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Chroniques de Saint-Nazaire

  • Le Vieux-Môle

    Saint-Nazaire était doté depuis les temps anciens d’un havre d’échouage, le portereau, ou plage du petit Traict, situé le long des murailles Nord, dans l’anse vaseuse que formait la Loire au pied du logis seigneurial, remplacé à partir de 1580 par une église (connue à la fin du 19e sous le nom de vieille église). Ce havre s’étendait jusqu’au rocher de Penhoët, (y avait des blocs de pierre posés sur la rive avec des anneaux plus en amont), et était nommé « Anse de la Ville Halluard ». Les navires calant plus de 4 m venaient s’y échouer quand la Loire charriait des glaçons. Ce portereau avait de l’importance, le duc Jean V considérait Saint-Nazaire comme la principale « yssue » de Bretagne, de même qu’Henri IV et Louis XIII, la Compagnie néerlandaise des Indes orientales avait songé un temps y établir un comptoir. L’Intendant de Bretagne dans son Arrêt du 3 avril 1714, jugeait que « Saint-Nazaire est un port de mer recommandable pour [le] commerce [du vin par mer et Loire] », cela s’explique par le fait que Saint-Nazaire, outre sa situation et son vignoble[1], était dispensée du droit de billot[2], mais aussi par le fait que la route menant à Nantes depuis l’estuaire et la presqu’île était une ancienne voie romaine en mauvais état et longue à suivre, et qu’il était plus pratique pour les habitants de Guérandes, du Croisic, et de Paimboeuf, de se rendre à Saint-Nazaire pour y embarquer à bord de navires remontants la Loire. On accédait au portereau par des marches depuis la Place de l’église. Il y avait une sorte de digue qui le protégeait, faire de grosses pierres posées sur les rochers, on en pouvait accéder en barque qu’aux flos ou à la fin de l’èbe entre cette digue et les navires dans l’estuaire. Il y avait à proximité un petit chantier de radoubage.

     

     

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    Charles Beilvaire, le portereau en 1832, aquarelle d’après une autre plus ancienne,

    publié dans Le Courrier de Saint-Nazaire du 4 janvier 1936

     

    Jean-Baptiste Ogée, dans son Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne, en 1778, estima qu’il fallait construire « un môle de 150 toises » pour l’embarquement des voyageurs de Paimboeuf et Guérande.

    Le 20 mars 1795 un « rapport des pilotes à l’administration maritime » avait émis le vœu que « pour la sureté et la facilité de la navigation, il soit fait une soit fait une jetée qui commencera depuis la cale jusqu’aux derniers rochers, avec une arche dans l’un de ses points pour faciliter le passage des chaloupes ».

    On ne fit jamais suite à leur demande.

    En 1803 il fut projeté un arsenal maritime par les ingénieurs Goury et Groleau, qui resta en carton.

    Les 9, 10 et 11 août 1808 Napoléon Ier descendit la Loire depuis Nantes jusqu’à Saint-Nazaire, dans le but d’établir un port et des chantiers navals. L’architecte nantais Mathurin Curcy lui proposa les plans d’un projet à construire à Saint-Nazaire qu’il avait mis au point avec son frère, et qui comprenait l’élévation d’un grand môle. Si Napoléon s’enthousiasma pour celui-ci, le Ministère ne saisit les Pont-et-Chaussées pour une étude que le 26 mars 1812 ! Ce furent les ingénieurs Sganzin et Prony qui furent chargés d’entreprendre une étude minutieuse du fleuve, dans laquelle il ressortit : « le seul point où un grand établissement pût être construit était Saint-Nazaire ».

    Le 23 juin 1822 un pyroscaphe, bateau à vapeur et roue à aube, assura le transport journalier des voyageurs entre Saint-Nazaire et Nantes. Ce bateau avait été lancé par le chantier Guibert de Nantes, et baptisé « Loire » , il appartenait aux consuls étasuniens Fenwick et Strobel. Il fut l’année suivante concurrencé par « Le Courrier », autre pyroscaphe appartenant aux armateurs nantais Tranchevent, Gaillard et Vince. Le Courrier partait de Nantes à 7 h et arrivait à Saint-Nazaire entre 11 h et midi en fonction du temps, et repartit à 14h pour arriver à Nantes à 18 ou 19 h. Cette mécanisation du transport fluviale obligea a municipalité nazairienne à réagir. La construction fut mise à l’ordre du jour du Conseil par le maire Charles Blanchard les 12 octobre 1822 et 28 septembre 1823. En s’appuyant sur les difficultés d’accès au port et à l’avantage qui en résulteraient de l’édification d’un môle :

    « Considérant :

    1e que Saint-Nazaire, placé sur un rocher fort élevé, est environné d’autres rochers beaucoup moins hauts, mais qui le rendent pour ainsi dire inabordable ; que la rade qui se trouve au Nord-Est de ce lieu contient presque toujours un grand nombre de forts bâtiments qui y restent ancrée sur le mouillage excellent, sans craindre de toucher, même à la basse mer des plus forte marées ; que ces bâtiments, soit qu’ils entre en rivière ou qu’il soient sur leur départ, ont besoin de se ravitailler, ce qu’ils font avec leurs embarcations, mais avec grandes difficultés ;

    2e Que Saint-Nazaire est le lieu d’embarquement des habitant des villes et bourgs du Croisic, de Guérande, du Pouliguen, de Piriac, de Mesquer, et autres qui se rendent à Nantes ;

    Le Conseil Municipal est d’avis unanime :

    1e Qu’il est de la plus grande nécessité qu’un môle, long d’environ 400 mètres et d’une hauteur convenable au-dessus des plus grandes marées, soit construit depuis l’extrémité des rochers qui s’avancent de l’Est, Sud-Est de Saint-Nazaire jusqu’à la rue qui descend au rivage ; qu’il résulterait de l’édification de ce môle ou chaussée de très grand avantages ; qu’en outre les pilotes pourraient toujours à ce moyen, tenir leurs chaloupes à flot et se trouver par conséquent à même de porter, quelque heure de marée que ce soit, les secours ou assistances dont les navires qui entrent en rivière on toujours besoin ;

    2e Que dans l’endroit appelé le Courceau, on face une arche, dont la largeur doit être proportionnée à la quantité d’eau qui est susceptible de passer à cet endroit – cette eau dont le cours sera très rapide, entrainera avec elle toutes les vases qui, sans cette arche, s’accumuleraient dans le port et qui dans peu d’années finiraient par le combler entièrement ;

    3e Que pour la sûreté des bâtiments, il sera nécessaire de construire à l’extrémité du susdit môle une petite tour élevée de quelques mètres, au sommet de laquelle on pourrait mettre, au moins pendant les six mois d’hier, un fanal. »

     

    Le 11 mars 1827 un avis favorable du conseil municipal fut donné pour le plan de l’ingénieur Plantier des ponts et chaussées.

    Le projet comprenait un môle avec un fanal tour dressée sur le musoir de la jetée, reçu l’approbation du directeur général des Ponts et Chaussées le 25 octobre 1827. Une grande jetée de 185 m 45 de longueur à son extrémité, percée à 73 m de sa racine par une voute de 8 m de long d’ouverture e 8 m 5 de rayon.

    L’adjudication des travaux fut accordée au profit de l’entreprisse Perredeau le 19 decembre 1827 au prix de 2444.410 francs et 19 centimes.

     

    En 1828 la Compagnie « Les Riverains de La Loire », replaça les deux compagnies de transport en pyroscaphe. Son navire fut nommé « Le Rapide » et filait à 10 Noeux, ce qui faisait chavirer à son passage les petites barques. Balzac dans son roman « Béatrix », paru en 1829, se plaignit de l’absence de débarcadère entre le vapeur et le rivage.

    (Notons ici que le bac à vapeur depuis Mindin et Saint-Nazaire ne fut établit qu’en 1863 par monsieur Bergmann.)

     

    La construction fut longue, il fallut apporter les pierres à l'aide de chars à bœufs qui défoncèrent la chaussée menant à Saint-Nazaire, et la rue principale du bourg, ce qui provoqua des protestations et des frais supplémentaires.

    L’ingénieur Lemierre succéda à Plantier, et présenta le 22 mai 1831 une modification en proposant la construction d’une cale latérale en amont du mole d’abri, à partir de la culée droite de la voûte de chasse, dont l’ajout fit s’élever les frais à 320.000 francs. 

    Longue de 111 m et large de 6 m, avec une plateforme située à 8 m 45 au-dessus de la laisse de la basse-mer, accessible aux voitures, le Vieux-Môle fut achevés à la fin de l’année 1835. Le 1er janvier 1836 un feu blanc à occultation régulière, d’ne puissance lumineuse de 25 becs Carcels et d’une portée de 10 milles, brilla à 15 m 40 au sommet du fanal du môle pour la première fois.

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    Charles Beilvaire, dessin publié dans Le Courrier de Saint-Nazaire du 22 janvier 1939

     

     

    Le jour de Noël 1856 on inaugura par une grande fête le bassin à flot du port voulu par Napoléon III. Le Môle perdit son rôle principal, ne devenant que la jetée d’un feu de position. Le portereau disparut sous l’élévation des fortifications faites de monticule de terre (Saint Nazaire aurait dû être fortifiée), puis par les nouvelles parois du bassin. Le Vieux-Môle avec la création des quais du port, et plus encore par la construction du Quai des Marées (Jetée Ouest de la Nouvelle-Entrée), perdit environs 25 m de longueur depuis la terre, rendant inutile l’arche à désenvaser du portereau.

    Utilisé comme place publique, on s’y réunissait pour discuter et observer les entrée et sorties du port par la Vielle-Entrée. Avec une longue vue on pouvait observer jusqu’au-delà de la Barre des Charpentiers les voilures.  Les pécheurs à la ligne y passaient leurs journées, les jeunes gens leurs soirées d’été en rêvant de devenir marins. Le Vieux-Môle pris le surnom de « Pointe des blagueurs », car les marins s’y réunissait et racontaient leurs voyages de façon un peu fantastique. Il en reste le souvenir de deux vieux marins qui avaient voyagé sur le même navire, qui racontaient de la même manière les mêmes histoires de voyage, les mêmes détails sur l’équipage et la même tempête qu’ils avaient essuyés en plein océan, mais qui se traitaient mutuellement de menteur en disant ne s’être jamais vu à bord… Cela dura des années, amusant la ville qui s’attendait à une bagarre, et cela devint un énorme gag quand un vieil officier de marine fit escale à Saint-Nazaire, et reconnaissant les deux marins démêla l’affaire : ils avaient navigué sur le même navire, avec le même équipage, dans les mêmes mers et rivages, mais… à un an d’intervalle ! Ils ne s’étayent pas aperçu de ce détail en raison du fait que durant ces deux voyages dans la même mer, les navires avaient essuyé un typhon…

     

    Le phare fut remplacé le 31 décembre 1904 la tourelle préexistante.

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    Avec le nouveau phare en 1905

     

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    Le parapet nord du Môle fut détruit par le raz-de-marée du 9 janvier 1924

     

    Dans les années 1930 la fréquentation du Môle était réduite, on avait vidé de presque tous les commerces le quartier, et il ne restait que des habitations modestes et des hangars. Cela devint même un endroit dangereux le soir, des agressions eurent lieu, on osait plus sortir à la nuit tomber vider son pot de chambre sur les rochers, (il n’y avait pas d’égout, ni de fosse, ni même d’eau courante dans le Vieux-Nazaire avant sa destruction). On ne s'y rendait plus que certains dimanches ensoleiller. La destruction de la Vieille-ville l'isola totalement.

     

    [1] Carte du vignoble nazairien : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2015/11/25/carte-du-vignoble-nazairien-5722067.html 

    [2] À propos de la dispense du droit de billot : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/07/09/saint-nazaire-pays-de-vignobles-dispense-du-droit-de-billot.html 

  • La " Vieille-église "

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    La « Vieille-église », dessin de Paul Bellaudeau publié dans Le Courrier de Saint-Nazaire du 2 mai 1931.

     

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    La Vieille-église en 1830, dessin de Charles Beilvaire d’après un tableau disparu, publié dans Le Courrier de Saint-Nazaire du 7 octobre 1933.

     

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    Nous l’avons expliqué dans notre article précédent, les Nazairiens obtinrent du vicomte, Charles d’Avaugour, de transformer les restes manoir fortifié féodale ruiné durant la Guerre de Cent ans en église. Cela fut entrepris entre 1580 et 1584, date à laquelle le culte est officiellement pratiqué dans ce nouveau lieu consacré.

     

    L’emplacement de cette église, et donc de l’ancien manoir féodal des Vicomtes de Saint-Nazaire, se situait à proximité du portereau et de l’estuaire, proche de là où est aujourd’hui le Vieux Môle.

     

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    Emplacement de la vieille-église et donc du logis féodal des vicomte de Saint-Nazaire

     

    Cette église reprenait des éléments de murailles déjà élevé, on relatait encore au milieu du 18ème siècle l’existence d’anciennes marches saillantes dans une encoignure extérieure du mur Nord, à côté de la porte de la chapelle du Rosaire, et dont on devinait encore l’emplacement au moment de la destruction en 1896. Cette chapelle du Rosaire, latéral à la nef, et contiguë au chœur était la partie où le vicomte et les autres seigneurs de la paroisse avaient leurs bancs, et où ils étaient inhumés, ce qui explique l’existence d’une entrée particulière. Les autres restes du manoir féodal avaient disparu des aveux depuis 1673, ce qui laisse supposer qu’on les avait finalement arasés. En effet, un nouveau cimetière s’était constitué autour de l’église, et fut bientôt délimité par des murs.

    Outre l’autel du Rosaire, il existait quatre autres autels dans le style de la Contre-réforme, dédié à la Vierge et à saint Nazaire, encadrant un autel principal, et un cinquième situé dans une seconde chapelle latérale, consacré à la Vraie Croix. La paroisse possédait en effet une relique constituée de deux lamelles du bois de la croix que les Empereurs latins de Constantinople disaient avoir été celle du Christ, et qu’ils avaient gagé auprès de la république de Venise, et rachetée par Saint Louis, qu’il émietta en présent à ses vaisseaux, alliés, et amis. Les deux lamelles étaient collées en tau sur un morceau de parchemin rangé dans un reliquaire. La présence de Saint-relique faisait que nombre de pèlerins venaient à Saint-Nazaire pour l'Exaltation de la Croix chaque 14 septembre, elle était suivit le lendemain par une grande foire. Le droit de la manipuler, et de récolter l'argent des dons dans le tronc quil lui était associé entraîna des querelles. En 1709 on du saisir le Présidial de Nantes à ce propos. Il fut alors interdit au recteur de Saint-Nazaire « de se mêler directement ou indirectement des deniers et de la boyste de la précieuse Vraye Croix  », mais n'ayant que faire de la décision du Présidial, le recteur avait fait réalisé une copie de la clef du tronc, ce dont se lamenta le conseil de la Paroisse dans le compte rendu de son assemblée générale du 3 novembre 1709. Cette relique était enchâssée dans un reliquaire d'argent sculpté.

    Le style des autels cités était celui de la contre-réforme, en bois sculpté, peint et doré. On en conserve qu’un seul élément, le retable avec tabernacle qui se trouve sur l’autel du cœur de l’église Saint-Nazaire actuelle.

    La nef centrale de l’église, avaient la particularité d’avoir en sa première partie, et sous le clocher, des colonnes de bois qui étaient en réalité six anciens mats offerts par des marins. Ils supportaient un plafond plat en lambris, que J. Desmars disait être« ignoble ». Un jubé de bois réalisé en 1682 par Pierre Hayard, artisan nazairien, séparai la nef du chœur. Les arcades, mettant en communication les chapelles et le chœur, étaient en plein-cintre et fort larges, de sorte qu’on apercevait sur une seule ligne les cinq autels de face. la nef dans sa partie haute et les chapelles latérales avaient des plafonds à voûte de bois. Plusieurs peintures sur toile décoraient le sanctuaire, celle de l’autel du rosaire avait été réalisée en 1657 par un peintre nantais, Jean Le Coutz, un baptême du Christ avait été peint en 1780 pour orner les fonds baptismaux, par l’atelier des peintre Collet, père et fils, et avait couté la somme astronomique de 300 francs au conseil de fabrique. On leur trouva tous les défauts au 19ème siècle, et elles furent mises au rebut quand on détruisit l’église.

     

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    Plan de l’église dressé par Fernand Gueriff.

     

    Du décor on a aussi conservé en statue de bois polychrome, un ange gardien doré qui devait être un ornement de l’autel principal, une stature dite de Notre-Dame du Bon Port, la Vierge de douleur et Saint-Jean priant, œuvres du 15ème siècle, anciens ornements d’une poutre de gloire, qui provenaient de la première église, dite « chapelle Notre-Dame d’Espérance » au 19ème siècle, ainsi que deux reliefs en albâtre anglais, La Jérusalem céleste et Le Couronnement de la Vierge,  acquisitions courantes par les marins bretons durant les ventes qui eurent lieu en Angleterre à la suite de la Réforme. L’ensemble des boiseries étaient donc colorés, dorés, c’était un décor riche même si les éléments étaient de qualité variable.

    Le clocher était surmonté d’une croix de fer qui surmontait une girouette de cuivre doré en forme de main, nommée par les Nazairiens « main du bon accueil ». Conservée dans les collections municipales, elle mesure 43 cm de long sur 38 cm de large,pour une épaisseur de 3 mm. La tradition était que quand les couvreurs œuvraient sur le toit de l’église, ceux-ci décrochaient la main, et la baladaient ensuite dans la ville, en la présentant à chaque maison. Les gens donnaient alors quelques pièces qui servaient à payer le redorage.

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    La croix du clocher fut détruite par la foudre le dimanche 16 janvier 1739 durant la messe, au moment de l’élévation. L’orage arracha la majeure partie de ardoises de l’église, et y eu plusieurs blessés qui décédèrent des brûlures. On remplaça la croix[1] et refit le toit, mais l’ouragan de 1751 causa de nouveaux dommages.

    Le clocher comportait plusieurs cloches, trois d'entre-elles nous sont connues : la première d'un poids de 900 livres, fut baptisée le 13 décembre 1734 « Françoise », elle eut pour marraine Perrine de Carné, vicomtesse de Saint-Nazaire et baronne puis baronne de Marcein, épouse de Joseph du Boisbaudry, comte de Langan, et pour parrain Jacques Le Pennec, seigneur du Bois-Joalland ; la seconde, dite la Grosse Cloche, avait un poids de 1065 livres, fut baptisée en 1767 et eut pour parrain René-Jean Bonin, comte de La Villebouquais, co-vicomte de Saint-Nazaire, et pour marraine la co-vicomtesse Louise-Françoise Raoul de La Guibourgère, épousede  Jean-Baptiste-Elis Camus de Pontcarré, seigneur de Viarmes ; la troisième, d'un poids de 200 livres, fut baptisée le 5 juin 1778 « Jeanne-Marie », en hommage à l'une des filles d'Alain-Jacques-René Bonin de La Villebouquais, elle remplaçait une précédente tombée du clocher dans la nef en ayant transpercé le plafond lambrissé en juillet 1772.

     

     

    En 1792 le curé Constitutionnel de Saint-Nazaire voulu prendre pour son usage l'argent déposé dans el tronc de la Vraie-Croix, faisant valoir la sentence du Présidial de Nantes de 1709 qui en attribuait le contenu à la seule paroisse, il fut arrêté par les Gendarmes et mis en prison à Guérande. Le tribunal du district l’acquitta, jugeant qu'il ne pouvait pas savoir.

    En 1794 le culte catholique fut interdit, l'église fermée, et la direction du District de Guérande exigea qu’on lui fasse parvenir tous les objets d’art et précieux ayant servi au culte. Le maire, Jean-François Allançon, pris la décision d’envoyer le reliquaire d’argent, mais conserva chez lui la relique. Il la concevra plusieurs années, et alors que le culte catholique n’était plus autorisé en France, il dressait chez lui chaque 14 septembre un autel dans sa maison, et réunissait secrètement les notables de la ville pour une messe. Craignant des problèmes avec les gendarmes, il finit par la remettre au chapellain de Marsain, l’abbé Rouaud, qui avait refusé de s’assermenter, et s’était caché durant toute la période révolutionnaire. Quand l’église fut rendue au culte en avril 1802, la relique de la Vraie-Croix retrouva son autel.

    En 1844, l’évêque, monseigneur de Hercé, fit dont d'une troisième lamelle issue de la Vraie Croix. On l'ajouta à la relique nazairienne en transformant le tau en croix latine. La relique mesurait environ 2 cm de hauteur et de largeur.

     

    En 1867 un poids de l’horloge placée dans le clocher tomba, perça le plancher, et atterrie dans la nef alors qu’on célébrait la messe. Ce fut prétexte pour dire qu’il fallait une nouvelle église. On se mis à dire qu’elle était aussi laide et sans intérêt patrimonial. En réalité l’église était condamnée par les agrandissements du port.

    On entreprit ainsi la construction de l’église Saint-Nazaire actuelle, où la messe fut célébrée à partir de juillet 1891, mais ce ne fut qu’en 1895 que la désacralisation de la « Vieille-église » fut prononcée. La destruction eu lieu en 1896. Il fallut employer la dynamite, preuve qu’elle était bien plus solide que ce qu’on avait raconté pour justifier sa destruction. Dans la crypte de la chapelle du Rosaire, la chapelle seigneuriale, il fut trouvé une urne de plomb contenant le cœur de Perrine de Carnée, vicomtesse de Saint-Mazaire et baronne de Marcein, décédée le 16 février 1754, épouse de Joseph du Boisbaudry,comte de Langan. Elle fut remise à la famille de Carné qui le fit placé dans son enfeu de Saint-Aubain de Guérande. Les ossements des anciens seigneurs connurent la fosse commune au Cimetière de Toutes-Aides, tout comme les ossements issu du curage du cimetière. Huit convois par chariot transportèrent les restes à Toutes-Aides. Dans les gravats on trouva des monnaies dont nous avons déjà parlé ici : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2015/10/18/des-pieces-chinoises-dans-le-cimetiere-5702134.html

     

     

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    Démolition de la vieille église par Paul Bellaudeau

     

    [1] Cela fut réalisé par le serrurier du Pouliguen, Jean Lamarre, qui fut payer 45 livres.

  • Ancien chapelle Notre-Dame d’Espérance

     

    Si le nom de Notre-Dame d’Espérance est celui de la paroisse de Pertuischaud et de son église circulaire, bel exemple de construction religieuse des années 1950, il fut auparavant celui d’une chapelle située dans le Vieux Saint-Nazaire, au point le plus élevé du rocher, rasée en 1906, là où se dresse aujourd’hui le quartier du Petit-Maroc[1], .

     

    Remontant le temps, jusqu’au début du Moyen-âge. Il ne nous est pas possible d’affirmer si cette chapelle était l’église dont parle Grégoire de Tour à propos de la légende du Baudrier d’or, même si c’est la théorie de Desmars à laquelle s’opposait maître Galibourg[2] qui voulait que la ville se situait à l’origine au lieu-dit « la Vieille-Ville », nom qui pourrait en réalité désigner l’emplacement d’un bourg antique. Faute de documentation, et plus encore de fouilles archéologiques, matière encore balbutiante quand on urbanisa à la fin du 19ème siècle, nous nous bornerons à dire que le bâtiment désigné au 19ème siècle sous le nom de « Chapelle Notre-Dame d’Espérance », était initialement l’église de la ville médiévale de Saint-Nazaire.

    Dominant l’agglomération, ce long bâtiment à une seule nef sous une toiture à plafond voûté de bois, doté un temps d’un clocheton en façade, était orienté vers l’Est, comme le voulait la tradition. Cette église offrait l’aspect simple de ses consœurs bretonnes, et donc architecturalement très proche de la chapelle de Penchâteau au Pouliguen. Comme elle, elle comportait une porte principale à deux ventaux face au chœur, et une petite porte latérale au milieu du mur sud dans le gout de la seconde moitié du 14ème siècle. Si l’éclairage se faisait par les baies du chœur.

    Sa situation au sommet du rocher de Saint-Nazaire, tout comme son orientation, rendait la construction vulnérable aux vents et tempêtes. L’église fut aussi incendiée durant la guerre de Cent-ans, déclarée en ruine dans l'aveu de 1373, et reconstruite que partiellement, on recula le chœur de plusieurs mètres. Il fut reconstruit à trois pans, avec deux baies en arc et un mur central sans ouverture devant lequel fut placé un retable. Les deux sculpture qui sont dans l'actuel chœur de l'actuelle église Saint-Nazaire, à savoir la « Vierge de douleur » et « Saint-Jean priant », que l'on date du 15ème siècle et qui devaient être des ornements d'une poutre de gloire, proviennent de cet ancien lieu de culte.

    Les dommages réguliers dus aux tempêtes poussèrent les habitants à solliciter en 1580 leur seigneur, Charles d’Avaugour, à obtenir l’autorisation de transformée les ruines de l’ancien logis seigneuriale, détruit durant la guerre de Cent-ans, en église et d'en remployer les pierres. En 1584 l’église usuelle de la paroisse était définitivement fixée sur la place au bord de la Loire, ce sera le bâtiment nommé « Vieille-église » au moment de la construction du Port, (nous lui consacrerons un article).

    Cependant l’église initiale, au sommet du rocher, resta pour Rome la seule église principale de la paroisse, si bien que quand en 1660 Jean de Carné acquit la vicomté de Saint-Nazaire, il fit modifier le portail d’entrée de celle-ci en ajoutant de chaque côté son écu dans un quadrilobe, car c’était encore le siège de la paroisse où il avait le pas sur les autres seigneurs locaux.

     

    Armes de la famille de Carné :

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    D’or à deux fasces de gueules.

    Dans les premières années du 18ème siècle, les Gardes côtes édifièrent un corps de garde au bord des flots, sur le bas du cimetière, au sud de la chapelle.  Durant le creusement des fondations de ce nouveau bâtiment, il fut découvert « plusieurs cadavres qui avaient sept pieds de haut, et dont quelques-uns avaient encore des casques[3] », ce qui fait des sépultures de 1 m 80 à 1 m 90 de long.

     

    Sur le cadastre seigneurial du 18ème siècle, dit par Fernand Guériff « plan Goinard », (du nom de son découvreur en 1980), on lit la mention « Grande chapelle, autrefois grande église de Saint-Nazaire ».

     

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    Ce plan nous renseigne aussi sur le recul du chœur en précisant l’emplacement des ruines de l’ancien, et délimite « Le grand cimetière ».

     

    La chapelle fut employée jusqu’en 1749 comme chapelle mortuaire, quoique le cimetière qui l’entourait fut désaffecté au profit du nouveau constitué autour de l’église le long de la Loire.

    1749 fut donc la date de sa désaffection comme que lieu de culte ; une tempête avait une nouvelle fois endommagé sa toiture, qui fut sommairement réparée par les militaires qui en firent un magasin. Restitué à la paroisse, le clergé y établit l’école.

     

    À la Révolution la chapelle devint la propriété de la commune, l’enseignement de l’école fut confié à des laïcs, puis déplacée. Le cimetière en parti vendu par lots remployés comme jardins potagers, la plus grande part revenant à l'Armée pour l'usage de son fort, (une simple batterie). La grande chapelle tomba peu à peu en ruine et servant au stockage militaire jusqu’au retour des Bourbon. On entreprit alors de lui rendre sa fonction primitive, mais ce n’est qu’en 1861 qu’une restauration, dans le goût troubadour, en modifia la façade, la dotant d’un œil de bœuf bordé de rinceaux qui se rêvait rosace, et d’un clocheton qui ne reçut jamais de cloche ! On préféra poser devant l’arc de celui-ci une colonne néo-gothique supportant une Vierge à l’Enfant en fonte.

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    Enfin, on fit établir de larges baient à fronton triangulaire dépassant la pente du toit, toutes sur le même modèle, trois à chaque flanc. Le résultat était laid et le lieu, rebaptisé Notre-Dame d’Espérance, servit peu au culte. Vide à l’intérieur, sans décors, quelques ex-votos de marbre furent fixés aux murs blancs, ainsi que quelques maquettes de navires.  On se contentât d’y faire le catéchisme et en 1896 elle fut à nouveau désaffectée et employée comme magasin pour les sacs de ciment du port.

     

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    La chapelle en 1872, dessin d’après photographie originale, par Charles Beilvaire, le Courrier de Saint-Nazaire du 20 août 1932.

     

    Le percement de la Nouvelle-entrée entraîna sa destruction. La chapelle n’était pourtant pas dans l’axe du percement, mais il faut décider de raboter le haut du rocher. Outre la destruction du lieu de culte, ce nivellement du sommet du Vieux-Saint-Nazaire entraîna le curage de l’ancien cimetière en août et juillet 1906. On trouva des sarcophages en granites qui furent estimé antérieurs au 11ème siècle, l’entrée d’une crypte, une fosse contenant les ossements entremêlés de chaux des victimes de la peste de 1501, (que certains prirent au début pour les victimes de Carrier), des cercueils en châtaigner dont les clous à tête biseautée remontaient avant le 17ème siècle, un autre cercueil contenait des restes datant du règne de Louis XIV d’un homme dont les dentelles, les étoffes, et les souliers étaient dans un bon état de conservation, et qui tenait en ses main un chapelet d’ivoire. Maître Galibourg, ainsi que messieurs Luc Totain et G. Billard, vinrent observer les découvertes[4]. Mais rien en fut conservé. Les objets archéologiques ou monnayables furent partagés, dispersés. Les ossements furent mis dans des charrettes recouvertes de draps mortuaires, et conduit par le clergé à la fosse du cimetière de La Briandais, le 23 août 1906.

    De la chapelle furent conservés la statue de fonte de la Vierge à l’Enfant avec sa colonne placée sur la façade de l’église Saint-Nazaire actuelle ; les deux porches, transportés au jardin des plantes, le plus grand posé dans un massif de roses, le plus petit employé comme porte d’accès dans l’avenue Ferdinand de Lesseps. Ce dernier fut détruit durant la guerre, où peut-être volé durant le déblaiement, les souvenirs divergent.

     

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    [1] Concernant le nom Petit-Maroc, voyez notre article : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2018/07/22/le-petit-maroc-histoire-d-un-nom-6067779.html

    [2] A propos de maitre Galibourg : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/11/02/maitre-alexandre-galibourg.html

    [3] Jean-François Le Boyer : « Notices sur le département de la Loire-Inférieure », 1824.

    [4] Lire à ce propos l’article de L’Ouest Éclair 6 février 1931, page 6.

  • Léon Guillet, un académicien nazairien

    On trouve parfois dans la presse nazairienne de l’entre-deux-guerres la mention de l’académicien Léon Guillet, membre l’Académie des sciences, notamment lors de remis de prix au Collège Saint-Louis, comme ici en juillet 1933 :

     

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    Le Courrier de Saint-Nazaire, 22 juillet 1933

     

     

    Madame Nicole Chezeau lui a consacré une longue biographie et bibliographie en 1994, consultable ici : https://www.persee.fr/doc/inrp_0298-5632_1994_ant_19_1_8458

     

    Nous nous bornerons à ajouter à cet excellent travail les éléments suivants :

    Léon-Alexandre Guillet est né le 11 juillet 1873[1] au 6 de la rue de Ville-es-Martin[2] à Saint-Nazaire. Il était le septième enfant, (sur une fratrie de 8), de Pierre-Joseph Guillet, avoué licencié (en droit), âgé de 45 ans, et d’Elisabeth-Jeanne Chauveau, âgé de 38 ans. Il y avait 15 ans de différence lui et son frère aîné. Il épousa civilement[3] le 21 juillet 1898 à Paris Marie-Béatrice-Hedwige Soullier, (1871-1953), dont il eut :

    1° Béatrix, (1900-1994), épouse de Jean Cournot, (1895-1993), d’où postérité ;

    2° Léon-Pierre, (1908-1991), ingénieur métallurgiste, époux de Paule Terrien, (1909-2009), d’où postérité dont l’écrivain Christian Guillet, (°1934).

    Il décéda le 9 mai 1946 en son domicile du 30 avenue de Villiers à Paris. Son acte de décès le mentionne comme : « Grand officier de la légion d’honneur, directeur honoraire de l’École Centrale, membre de l’Institut ».

     

     

    [1] Déclaré le 12.

    [2] Actuelle avenue Général de Gaulle.

    [3] Nous ignorons la date de son mariage religieux.

  • L'Allée du château à Saint-Marc

    Il nous a été demandé : « Pourquoi à Saint-Marc l'Allée du château se trouve si loin du château ? »

     

    Cette allée se trouve sur la pointe qui domine la plage à l'Est, et celle-ci se nomme « colline du château »

    Léon Maître, (1840-1926), dans son « Guérande et la contrée guérandaise » édité par Grimaud à Nantes en 1894, explique :

    « Sur la pointe de Saint-Marc on voyait encore, il n'y a pas 50 ans d'énormes fortifications qui font penser aux terrasses que César édifia contre les oppidia des Vénêtes. Les lieu a conservé au cadastre le nom de Château, il est assez élevé pour servir de point d'observation. Les cultivateurs y on ramassé une monnaie romaine qui est dans la collection Kervilier ; leur charrue soulève des pierres taillées et des briques à rebords. »

    C'est donc le souvenir de castrum antique qui a donné son nom au lieu. On ne sait pas plus son sujet que ce que Léon Maître a écrit, car l'endroit c'est urbanisé dès la fin du 19e siècle et il n'y a pas eu de fouilles officielles. Notons aussi que la section au nord de la Colline du Château se nomme « île du Château ». A Saint-Nazaire et dans tout le pays de Guérande, on appelle « île » une grande réunion de pièces de terre entourées de chemins ou de fossés de drainage.

     

    Il n'y a donc aucun lien avec l'Allée du Château et la grande villa dite « château de Saint-Marc », dont nous avions parlé il y a quelques années : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/07/25/le-chateau-de-saint-marc.html

  • Du casino de Saint Nazaire au Collège Saint-Louis, 2ème partie

    En 1922, monseigneur Eugène Le Fer de La Motte, (1867-1935), évêque de Nantes[1], fit acquisition des bâtiments, annexes et terrains de l’ancien casino des Mille Colonnes et y fonda le collège Saint-Louis à l’usage exclusif des garçons[2].

     

    Il fit faire des rénovations au bâtiment du Casino, supprimant au passage l’horloge en façade, transformant la grande salle devint le réfectoire, le théâtre une chapelle, et procéda à des agrandissements. Il obtint par ailleurs de la Municipalité que seule le chemin vicinal n°15, (actuelle rue André Le Nôtre), soit prolongé à travers la propriété, vers l’océan depuis l’avenue de Plaisance (actuelle avenue François Mitterrand).

     

     

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    L’établissement ouvrit en octobre 1924. L’enseignement allait des classes enfantines jusqu’à celle de philosophie et de mathématique, et conduisait aux baccalauréats A, A’, B. 

    Les élèves devaient tous être catholiques.

     

    En mars 1925 une tempête arracha une partie du revêtement de la digue du boulevard. Il y eu une première réparation, mais d'autres tempêtes arrachèrent le revêtement de pierre.

     

    En 1932 monseigneur Le Fer de La Motte décida l’édification d’un nouveau bâtiment, (nommé actuellement bâtiment Atlantique). Il en commanda les plans à l’architecte nantais René Ménard[3], (1876-1958), Mémorial de Sainte-Anne-d'Auray à la mémoire des 240 000 Bretons morts pour la France.

    On obtint d'abord de la municipalité le renforcement de la digue du remblai dont les grande marées et tempêtes arrachaient régulièrement le revêtement. la grande marrée de mars 1930 avait entrainé un effondrement du boulevard Albert Ier.

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    Effondrement du boulevard Albert Ier en mars 1930

    (Le Courrier de Saint-Nazaire 22 mars 1930)

     

    Cette la section de mur fut reconstruite en béton armé par l'entreprise nazairienne Chabot, et achevé en janvier 1933.

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    (Le Courrier de Saint-Nazaire 31 décembre 1932)

     

    Les travaux de construction de la nouvelle aille débutèrent en décembre 1932.

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    Le chantier en décembre 1932.

    (Le Courrier de Saint-Nazaire 31 décembre 1932)

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    Visite du chantier par monseigneur Le Fer de La Motte le 13 mars 1933

    (Le Courrier de Saint-Nazaire 18 mars 1933)

     

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     Il fut présenté achever, le 25 septembre 1933 à la presse, et ouvert à la rentrée du 1er octobre 1933.

     

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    Monseigneur Le Fer de La Motte le 25 septembre 1933 sur le toit du nouveau bâtiment, (le Courrier de Saint-Nazaire 30 septembre 1933)

     

    À un angle de ce bâtiment fut placée une statue en béton armé à l’effigie de Saint-Louis, œuvre de Maxime Real del Sarte[4], (1888-1954), posée sur une console sculptée par Alexandre Desmarchix, (1874-1962), aux armes de monseigneur Le Fer de La Motte, (Écartelé : aux 1 & 4, échiqueté d'or et de gueules (Le Fer) ; au 2, de gueules au vaisseau équipé d'or, habillé d'hermine, voguant sur une mer de sinople mouvant de la pointe et ondée d'argent, au chef aussi d'hermine (Nantes) ; au 3, d'argent de chef de gueules, (Avaugour), avec chapeaux et lambrequins, crosse, cri de guerre « Jhesus Maria », et devise  « Pour vos âmes ». Real del Sarte réalisa en fait uniquement une maquette qui fut reproduite par un jeune artiste finistérien, Baron, qui assura la mise en place de l'oeuvre. haute de 4 m 20, elle se compose de trois parties qui pèsent chacune 1 tonne.

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    Le montage de la statue, photographie publiée dans La courrier de Saint-Nazaire du 11 novembre 1933.

     

    L'oeuvre fut inaugurée le 8 novembre 1933[5].

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    La statue dans son état original et dans celui de 2015

    (seconde photo © Fondation du Patrimoine)

     

    Ce nouvel immeuble, équipé du chauffage central, contenait des salles de classes, un dortoir au dernier étage, et un « escalier d’honneur », aux marches en iroko.

     

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    Vues aérienne prise en 1933

     

    Le terrain à l'arrière, malgré l'aménagement d'une cour entre les bâtiments, resta un terrain vague. Au moment de l'achèvement du bâtiment de 1933, un ouvrier avait demandé à monseigneur le Fer de La Motte ce qu'il comptait en faire, l’Évêque avait répondu qu'il prévoyait d'y « organiser les prochains jeux olympiques ». En réalité s'il était projeté d'agrandir le collège en y ajoutant d'autres bâtiments, les caisses étaient vides pour plusieurs années.

     

    Le Collège Saint-Louis fut durant l’entre-deux-guerres un lieu important de la communication de l’évêché de Nantes. On y invita de nombreuses personnalités catholiques et royalistes, comme l’académicien Henry Bordeaux venu à Saint-Nazaire pour faire une conférence en janvier 1935.

     

    En 1938 les élèves reçurent à la rentrée un carnet de cartes postales du collège, et un carnet comprenant des extraits du règlements, ainsi que les tarifs de pension.

     

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    Couverts d'un demi-pensionnaire de 1925, portant initiales et chiffre de l’économat

     

    L’établissement, qui jusque-là avait échappé aux réquisitions de l’occupant[6], ferma le 18 novembre 1942 en raison de l’évacuation des élèves de toutes les écoles nazairiennes ordonnée par la municipalité. Investi par les troupes allemandes, celle-ci édifièrent blockhaus de 1 500 m2, à l’angle des rues André le Nôtre et de Pornichet, (dont la destruction ne fut entreprise qu’en juillet 2018 et nécessita plus de 5 mois de travail).

     

    Le Collège réouvrit en octobre 1945 dans les locaux de l’hôtel des Edelweiss, au 127 avenue de Paris à La Baule. En 1951, bénéficiant des indemnités de dommages de guerre, l'évêché fit détruire les bâtiments du Casino et des bains turcs pour faire place à un nouvelle immeuble copié sur celui construit en 1933, avec une aile en retour, et l’ajout d’une conciergerie entre les deux. Ce n’est qu’en 1953 qu’il retrouva ses locaux nazairiens. Le bâtiment de 1933 fut agrandi d'une aile en 1957.

     

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    © éditions Gaby

     

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    © éditions Gaby

     

    Du casino des Mille Colonnes il ne resta que les grilles et murés d’enceinte, si celles-ci disparurent dans les années 80, l’observateur peux encore voir dans les reprises de maçonnerie du muré les traces de l’ancien casino et des bains turcs.

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    © éditions Gaby

     

     

    [1] Évêque de Nantes du 28 mai 1914 au 8 juillet 1935, date de sa démission pour raison de santé ; évêque émérite de Nantes et in partibus d'Ionopolis du 8 juillet 1935 à sa mort le 20 juillet 1936.

    [2] Très phallocrate, il avait poussé jusqu’à interdire en 1928 la présence simultanée d'acteurs de sexe opposé, dans les représentations théâtrales organisées par ses paroissiens, contraignant au travestissement des hommes en femmes !

    [3] On lui doit la restauration et l’agrandissement de plusieurs châteaux et manoirs dans le département, mais aussi la réalisation d‘églises, et du mémorial de Sainte-Anne-d'Auray.

    [4] Catholique enflammé et royaliste militant, il plaida avec Henry Bordeaux en 1952 la grâce médicale de Charles Maurras après du président Auriol.

    [5] Cette statue, fortement érodée, fait l’objet depuis 2015 d’un appel aux dons pour son remplacement, car sa restauration s’avère impossible : https://www.fondation-patrimoine.org/les-projets/statue-saint-louis-du-college-lycee-saint-louis-a-saint-nazaire ; seul la console à pour l’instant été restaurée en juin 2017.

    [6] Les écoles de Méan et la cantine des écoles située dans le bâtiment des halles avaient été requestionnées à l’arrivée des troupes allemandes.

  • Du casino de Saint Nazaire au Collège Saint-Louis, 1ère partie

     

    À la fin du 19e siècle, Saint-Nazaire n’était pas uniquement un port d’où l’on partait vers les Antilles et l’Amérique Centrale, c’était aussi une station balnéaire. On y prenait les bains de mer à La Villès-Martin, à Porcé, à Saint-Marc, à Sainte-Marguerite et Pornichet (Pornichet n’est devenu une commune qu’en 1905) et aussi au Grand-Traict, que l’on désigne aujourd’hui comme « plage du centre-ville »

    Sur cette plage du Grand-Traict,  qui n’était pas encore envasée à cause des brises lames de la Nouvelle-entrée, il y avait un établissement nommé d’après celui de son propriétaire : « Les Bains Jaguin ». Le boulevard Albert Ier n’existait pas encore ; le boulevard de l’Océan, (qui devint Wilson en 1925), stoppait à l’angle de l’avenue de Lesseps et du bois de pins planté pour fixer les dunes, et qui  ne deviendra qu’à partir de 1887 le Jardin des Plantes. On était alors à l’extérieur de la ville, le quartier du Sable (avenue de La Havane) commençait à être loti, il ne le fut véritablement qu’au milieu des années 1930.

     

    Les Bains Jaguin était un baraquement de bois tout en longueur, contenant une salle de café, avec à chaque bout un vestiaire par sexe. Une fois changé, on allait, sous la surveillance d’un maitre-nageur, prendre son bain en suivant une ligne de corde fixée à des poteaux plantés dans l’eau, ou en s’y immergeant depuis un ponton qui s’aboutissait par quelques marches descendantes dans les flots.

     

    En 1896 la municipalité décida de prolonger le Boulevard de l’Océan. Désireuse de développer le caractère balnéaire de la commune, elle entraîna la destruction des Bains Jaguin, et permit la création d’un casino qu'on baptisa l’établissement de jeux : « Grand Casino des Mille Colonnes ».

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    Le projet de 1896 était aussi ambitieux que son nom l'indiquait. Sur le vaste quadrilatère qui correspond aujourd’hui au Collège Saint-Louis, mais aussi au Skatepark et au lotissement contigu, jusqu’à la rue Severine, devaient s’élever un casino avec salle de spectacle et restaurant, un bain turc, un hôtel, une plage privée avec des cabines, des écuries et remises pour les chevaux et un service d’automobiles qui aurait dû faire les taxis jusqu’au Croisic, le tout dans un vaste jardin agrémenté.

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    Une voiture taxi devant le casino

     

    La ville créa aussi une ligne d’omnibus Gare-Villès-Martin avec un arrêt devant le complexe.

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    L'omnibus devant le casino

     

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    Le bâtiment des bains turcs

     

    Monsieur F. Grailhes, initiateur du projet, et propriétaire en propre du casino, avait pour le reste trouvé plusieurs associées, dont Maxim Audoin (1858-1925), le directeur du journal Le Goéland, qui devait diriger la partie voiturage.

    L’entreprise, malgré la diffusion de nombreux articles élogieux dans la presse, ne vit réaliser que le casino avec sale de café et restaurant, la salle de théâtre, le bain turc, les écuries, dans le prolongement du casino, et la plage privée avec ses cabines, qui était reliée au casino par un souterrain aujourd’hui bouché mais dont l’entrée est encore visible dans les maçonneries du remblai. Cette plage, munie de cabines telle qu’on peut encore en voir sur l’île du Lido à Venise, fut anéantie par un mini raz-de-marée en août 1904, et jamais rétablie.

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    La plage du casino avec ses cabines

     

     Le jardin ne fut jamais réalisé, et l'ensemble donnait à l'arrière sur un terrain vague accidenté de dunes et d'herbes.

     

     

    Le casino se composait au premier étage d’une salle centrale où était le café, donnant sur la colonnade.  En entrant, à gauche était la salle du restaurant, et gauche une salle dite « salon des petits-chevaux », du nom de la machine de jeu de hasard placée comme une roulette en bout de table, qui se composaient de figurines de chevaux avec jockeys, fixés sur des rails dans une imitation d’hippodrome, et qui tournaient sous les paris grâce à un mécanisme actionné par le croupier. Ce jeu rassemblait des paris à 5 ou 30 centimes, et était le seul jeu de casino autorisé, aux femmes, (ou du moins toléré), par la circulaire du 13 novembre 1886.

    Le jeu, principalement le baccara, se faisait dans la grande salle de l’aile à droite de l’entrée. On y jouait sous la surveillance d’un commissaire, et une tenue élégante y était de rigueur. Les femmes pouvaient entrée dans cette salle si elle était accompagnée d’un homme, mais il leur était interdit de parier, ni même de tenir les cartes de leur époux.

    À l’arrière se trouvait la salle de théâtre, qui servait à la fois pour des spectacles, des concerts, mais aussi pour des conférences, (Jean Charcot en fit une en 1903), et même les remises de prix des écoles.

     

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    Sortie d'une distribution de prix des écoles

     

    Quoique certaines célébrités de la chanson et de la musique de l’époque soient venues s’y produire, et qu’il fut situé aux abords immédiats de l’agglomération, le casino ne fut jamais totalement rentable, (le premier casino de La Baule, aujourd’hui sur le territoire de Pornichet, ouvert en 1882 avait lui-même été contraint de cesser ses activités en 1887). En 1904, F. Grailhes vendit l’établissement moribond. Il était aussi pris dans le scandale d’un meurtre commis en 1903 par un habitué de son établissement, un dénommé Largeteau, jour compulsif, ancien employer des contributions, chassé de l’administration pour malversations, avec qui il entretenait des liens d’amitié. Largeteau fut accusé d’avoir tué la veuve Deceroit, née Marie Houstin, une rentière de la Haute-Saône, âgée de 43 ans, en vacances à La Baule. Connue sous le nom de « Crime du Grand-Marais », car c’est dans ce lieu nazairien que l’on découvrit, coincé sous un trépied qui devait le maintenir immergé, le corps de la malheureuse, cette affaire secoua profondément la ville, et provoqua toutes sorte de rumeurs et de lettres de dénonciation. Largeteau fut acquitté faute de preuves, mais le mal avait été fait et la rumeur resta persistante surtout après la découverte une fois le jugement rendu des valises de la veuve Deceroit maculée de sang, envoyée en consigne à Paris depuis Saint-Nazaire. Or à l’époque on ne rejugeait pas les affaires criminelles.

    Une campagne de presse annonça en 1904 le changement de propriétaire avec promesses de nouveau jeux et spectacles.

     

    Le lundi 23 septembre 1907, à l’occasion des festivités données pour l’inauguration de la nouvelle entrée, le déjeuner officiel du premier jour fut organisé au casino par la mairie et la préfecture. En grande pompes y vinrent y assister : Aristide Briand, alors ministre de l’Intérieur, Gaston Thomson, ministre de la Marine, et Louis Barthou ministre des Travaux publics[1], différents officiels, plusieurs invités appartenant à l’élite municipale, et d’autres personnes désignées non sans ironie par Henry Moret, comme « des souscripteurs qui avaient réussi à se procurer des cartes [2]». Au dessert le maire, Baptiste-Auguste Lechat, puis Aristide Briand, prononcèrent discours.

     

    casino, saint-nazaire, nouvelle-entrée-1907

     

    Le 10 juillet 1910 un autre banquet officiel eut lieu au casino en présence d’Albert Sarrault, sous-secrétaire d’État à la guerre, venu inauguré le monument aux morts de 1870.

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    L’établissement finit par fermer à la fin de l’année 1911, et se dégrada rapidement sous l’effet des tempêtes et de l’air marin. Les repas officiels furent alors donnés au Grand Hôtel, et cela jusqu’aux bombardements.

     

    L’armée requestionna en 1914 les lieux. Transformé en caserne, puis, un temps en hôpital militaire.

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    Au temps de l'occupation militaire

     

    L’ancien casino fut ensuite affecté aux troupes étasuniennes en avril 1917. Sur le vaste terrain de l’établissement et ses abords, les autorités françaises avait établi le dépôt pour les 160.000 chevaux et 68.727 mulets amenés d’Amérique.

    Quand les troupes étasuniennes le restituèrent en 1920 à leur départ, le bâtiment était dans un état lamentable. Les portes avaient presque toutes disparues. Il devint un squatte pour tous les sans-logis de l’agglomération.

     

    En 1922, monseigneur Le Fer de La Motte, évêque de Nantes, fit acquisition du complexe et y fonda le collège Saint-Louis. (À suivre…)

     

    [1] Louis Bathrou décéda en 1934 à Marseille, victime d’un terroriste qui visait le roi de Yougoslavie. Il fut le patient régulier du docteur Raffegeau, médecin qui soignait les états dépressifs, qui légat aux Nazairiens le château des Charmilles à Porcé.

    [2] Henry Moret, « Histoire de la ville de Saint-Nazaire ».

  • Alfred Caravanniez

    Souvent cité comme célébrité née à Saint-Nazaire par les historiens locaux, sans plus de détail, Alfred Caravanniez est à la fois un inconnu des Nazairiens mais aussi des historiens de l’art qui en redécouvrent l’œuvre que depuis quelques années.

    Nous n’établirons pas ici un catalogue de ses oeuvres, mais à travers le récit de sa vie, nous en citerons quelques unes dans cet essai biographique de situer une partie de sa production artistique en donnant des repères temporels.

     

     

    Alfred-Adolph Caravanniez est né le 7 octobre 1855 à Saint-Nazaire au domicile de son père, Léon Caravanniez, âgé de 33 ans, plongeur, et d'Angélique Monnet, 36 ans, demeurant à Saint- Florent-le-Viel, de passage à Saint-Nazaire. Sa naissance fut déclarée le 9 octobre ; l’acte mentionne que sa mère était " sa ménagère '', ce qui signifie concubine, et que son père adoptait l'enfant qu’il déclarait, démarche ordinaire pour les couples non mariés.

    Les parents d’Alfred ne se marièrent jamais, et Léon, probablement natif de l’Anjou, disparu rapidement, laissant l’enfant et sa mère à Saint-Nazaire, occupant la maison louée par Alfred. C’était une étrange masure dans laquelle on pénétrait en passant par le grenier, et dont le jardin et qui s’enfonçait dans le sol, éclairée par une cour étroite un niveau plus bas. La disposition s’explique par le fait que la maison se trouvait initialement à flanc du rocher de la vieille-ville, du côté de ce qui est aujourd’hui le grand-bassin du port. La réalisation des quais avait enterré la maison. Elle disparue à la création de la nouvelle entrée.

     

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    La toiture qui dépasse à gauche est la maison natale d'Alfred Caravanniez (photo d'avant 1897)

     

    Angélique y avait ouvert un cabaret, mais elle but plus qu’elle ne vendit, si bien qu’elle devient chiffonnière, arpentant les rues et fouillant les boites à ordures et la décharge du trou à David, une excavation située en amont de la rue d’Anjou, servant initialement à drainer les eaux de pluie au moment de la construction du port, devenu dépotoir pour les navires de commerce et les paquebots. Il arrivait que le personnel des paquebots y jetât au milieu des restes un couvert en argent ou une pièce de service en porcelaine. Le trou était fouillé par les plus pauvres, surtout des enfants, au risque de leur vie. L’odeur était tellement pestilentielle, et la présence des mouettes et des pigeons telle, qu’on surnommait la zone : " le guano ".

    Angélique, que l’alcool et la misère faisait perdre tout bon sens, était surnommée " la Mère Toupet ". Elle fit connaitre à son fils la honte et la violence de l’alcool. Un jour, n’y pouvant plus, Alfred s'enfuisit à l'âge de 11 ans en s'engageant comme mousse. Au contact des marins il apprit à sculpter dans des visages dans le bois au couteau et se montra rapidement très doué. Le capitaine du navire sur lequel il était embarqué lui conseilla de suivre des cours aux beaux-arts et l'incita à rentrer à Saint-Nazaire.

    Il revint à Saint-Nazaire à 17 ans quand il revint à Saint-Nazaire et se rendit à Paris en 1872. On ignore de quoi il vécut, probablement il épuisa le pécule qu’il s’était constitué en travaillant en mer. Il fut rapidement remarqué par le sculpteur Aimé Millet dont il avait reproduit la tête de la vénus du Capitole. Cependant, faute de moyens financiers, il retourna à Saint-Nazaire en 1878, où il loua une serre à la sortie de la ville, prêt du Dolmen, pour en faire son atelier et son lieu de vie. Durant l'hiver 1877-1878 madame Alcide Bord, née Marie-Joséphine Sazerat, recherchait un sculpteur pour réaliser des bustes de ses trois enfants. Elle avait entendu qu’un jeune sculpteur revenu de Paris, dont on ventait les modelages. Elle se rendit chez Alfred, et le trouva entièrement nu devant un miroir. Alfred Caravanniez était si pauvre, qui ne pouvant s’offrir un modèle, il réalisait alors les corps de ses sculptures en se basant sur son reflet. La serre n’était pas chauffée, et Alfred grelottait les mains dans l’argile, (une autre version dit que c'est Gustave qui le découvrit ainsi, mais c'est bien en réalité sa mère).

    Madame Bord, '' émue par cette vision '', (Alfred était très beau jeune), et mère de garçons qui avaient le même âge que lui, décida de lui fit immédiatement une commande. Elle persuada son mari de faire pression sur le Conseil municipal afin qu'une bourse lui soit attribuée pour qu'il fit des études aux Beaux-Arts à Paris. Il reçut ainsi 1.200 frs de la part de la municipalité par décision du Conseil du 24 mai 1878. Le Conseil Général de Loire Inférieure lui versa lui aussi une bourse. Il fut reçu le premier au concours de place à l'école des Beaux-Arts où son professeur est Jules Cavenier, et où il se lia avec Stanislas Biron dont il fit un médaillon en 1882.

    La famille Bord le prit sous sa protection, d’autant que le décès de Louis Bord, en septembre 1879, dont il avait presque le même âge, avait laissé ses parents dans une peine immense. Alfred fut pour ainsi dire adopté, et introduit dans leur cercle de relations. C’est grâce à eux qu’il reçut la commande en 1880 des portraits en médaillons de terre-cuite des enfants de José-Maria-Fernandez Quiros, consul d'Espagne à Saint-Nazaire.

    Gustave Bord finança la réalisation de tirages en terre-cuite à échelle réduite de l’œuvre originale, il lui commanda de « Cathelineau jurant de défendre sa foi en 1793 », dont le plâtre fut présenté au Salon de 1881 et lui permis de recevoir une médaille de troisième classe. Le plâtre fut offert au Collège Aristide Briand de Saint-Nazaire, et disparu durant l’occupation. L’œuvre représentait le général contre révolutionnaire en soldat vendéen, adossé à un calvaire brisé, la croix à ses pieds, la main droite tendu en serment. Exposée prêt du bureau du proviseur, la main gauche avait été brisée avant juin 1929.

    On lui connait de cette époque les œuvres suivantes : " Mon petit ami Henri Biron ", médaillon terre cuite 1882 ; le buste terre cuite de François Soubigou, sénateur du Finistère en 1883 ; un bas-relief en marbre destiné au cimetière de Coutances en 1884, et toujours la même année la statue d’Anne de Bretagne, en pierre, 1m87 de haut, acquise par l’État qui en fit don en 1897 au musée de Saint-Brieuc.

    Gustave introduisit Alfred auprès de ses relations politiques du milieu royaliste, ce qui permit d'avoir de multiples commandes, " Le général de Charrette à Palay " statue en terre-cuite en 1885, commandé par Adémar de Lusignan, et toujours la même année une représentation en terre-cuite de saint Ignace de Loyola. Gustave Bord le présenta Louise-Charlotte-Marie de Bourbon de Vierson (1809-1891), fille illégitime du duc de Berry, demi-sœur du comte de Chambord, veuve du Général baron de Charrette. Elle favorisa son installation en 1888 à Saint-Servan, où il eut un atelier en plus de celui qu’il avait à Paris. Elle fut par ailleurs la marraine de l'une de ses filles. Par la suite il s’établit à Saint-Suiliac.

    En 1888 il exposa au Salon les maquettes des statues qui lui avait été commandées pour le Monument au comte de Chambord, à Sainte-Anne d’Auray. Le monument, dessiné par l’architecte Édouard Deperthes, fut érigé à la demande de Société de Saint-Henri, une association royaliste fondée par Athanase de Charrette, baron de La Contrie. Alfred Caravanniez réalisa les statues monumentales du comte de Chambord en tenue de sacre un genou à terre, placée au sommet d’un piédestal, avec Jehanne d'Arc devant, Sainte Geneviève à l'arrière, Du Guesclin et Bayard à gauche. L’ensemble fut coulé chez Barbedienne. Des tirages en taille 64 et 66 cm des deux chevaliers et de Jehanne furent vendus en grand nombre aux amateurs. La critique se déchaina contre Alfred dès l’exposition au Salon.

    En 1890 on lui fit commande d’une statue de la Vierge destinée à être érigée sur le rocher de la Vierge de Bizeux, au milieu de la Rance entre Saint Servant et Dinard. Un premier plâtre fut posé au sommet du rocher, puis en 1891 le préfet d'Ille et Vilaine autorisa qu’on la remplace par un tirage, en fonte de fer recouverte d'une couche argentée de nickel, fondue dans les Ateliers Durenne. Elle fut exposée au salon de 1896, puis érigée le 24 octobre 1897. Elle est haute de 3 mètres.

    La ville de Dinan avait songé lui commander une statue de Du Guesclin en 1891, mais ce fut finalement Emmanuel Frémiet qui fut retenu en 1900.

    Si le milieu royaliste permis à Alfred d'avoir d'importantes commandes, son carnet commença à se vider dès 1891, car il était considéré comme trop politisé. René de Kerviler dans ses biographie bretonnes, dit à son propos : '' s'est fait une spécialité de la sculpture royaliste et religieuse ". Alfred avait dit publiquement que reconnaissant envers Dieu de ses succès, il jurait de ne jamais « traiter que des sujets inspirés par la foi ». Cette étiquette et ce serment lui furent par la suite défavorables. Au demeurant Kervilez ne lui pardonna jamais de ne pas avoir livré trois statues qu’il lui avait commandé en 1891 au nom du Conseil de fabrique, pour l’église Saint-Nazaire : Saint Nazaire, Saint Yves, et Sainte Françoise d’Amboise.

     

    Les œuvres qui furent commandées à Alfred après 1891 étaient des généralement des médaillons pour des particulier ou des bustes, comme celui de Charles Rouxin, (1814-1891) maire de Saint-Malo, pour orner son tombeau. En 1894 il reçut la commande du ministère des Beaux-Arts d’un buste en marbre du poète Auguste Brizeux, donné au musée de Nantes.

     

    alfred caravanniez

    Alfred Caravanniez avec son épouse et deux de ses filles en 1900.

     

    Le 10 juillet 1902, il fut reversé par une voiture à la sortie du Salon. Le conducteur continua sans s'arrêter, le laissant grièvement blessé, avec trois cotes brisées.

    Les deux dernières commandes importantes qu’il reçut, furent le bronze monumental à l’effigie de Surcouf inauguré le 6 juillet 1903 à Saint-Malo, coulée elle aussi par Barbedienne, et pour laquelle Alfred avait reçu pour elle la médaille 3e classe au Salon des Artistes Français de 1903, et la décoration du monument funéraire de Robert Planquette en 1904. Planquetet devait à l’origine poser pour Caravanniez, mais celui-ci prétexta n’avoir jamais le temps, si bien qu’il ne réalisa qu’un médaillon, qui fut tiré en bronze pour le monument.

    Il faut préciser qu'il était devenu alcoolique comme sa mère, et que d’après Alexandre Bernard, le directeur du Courrier de Saint-Nazaire, il agaçait profondément ses interlocuteurs en " parlant couramment de son génie ". Alfred ne savait pas garder ses élèves, se fâchait avec ses commanditaires, s’épuisait en procès pour la moindre chose, dont un très long contre la Société des Artistes dont il ne vit jamais l’aboutissement, et honorait de moins en moins ses commandes. Par ailleurs, il ne sut pas prendre le tournant de l'Art-nouveau. Au fur et à mesure des années, il déménagea plusieurs fois par an, ayant à chaque fois des ateliers et des logements plus petits que les précédents. Il avait aussi onze enfants, qu’il terrorisait dans ses crises d’ivrognerie, et son épouse, qu’il battait, peinait à les nourrir.

    Il tenta d'obtenir plusieurs commandes d'états, mais se vit toujours écarté. Il exposa au Salon des Artistes Français en 1904 " La pensée " et " L'étude ", et en 1905 un bronze " Plaisir champêtre ". Gustave Bord, qui était alors en pleine ruine, força la municipalité de Saint-Nazaire à accepter dans le cadre des fêtes de l’inauguration de la nouvelle entrée les 21, 22, et 23 septembre 1907, un grand plâtre, désignée comme " maquette de la statue La Glorification du Travail ", qui fut placée à titre de décoration provisoire à côté du pont des Frégates. L’œuvre représentait une femme, dans les canons de l’époque, revêtue d’une sorte de tunique d’où s’échappait un sein traité à la Michel-Ange, un bras tendu tenant une couronne de lauriers, et s’appuyant de l’autre sur un écu aux armes de la ville. 

    Caravanniez

    Maquette de la statue La Glorification du Travail, septembre 1907, (Coll David Silvestre).

     

    Cette statue n'avait pas l'énergie ni le fini des antérieures. Elle fut accueillie tièdement par la population, et les bigot nazairens habituels lui reprochèrent ce sein qu’ils ne voulaient voir. On la relégua aux réserves du musée qui fut inauguré le 4 mars 1908, et qui comprenait dans ses collections exposées le plâtre original de la statue de Surcouf de Saint-Malo, mais aussi des modelages en terre cuite, et quelques bronzes de taille moyenne. L'ensemble disparu dans les bombardement, car les caisses du musées ne furent pas évacuée à temps.

     

    Alfred se retrouva au début de la Première-Guerre-Mondiale dans un pavillon de Montrouge situé au fond d’une impasse, où il survit péniblement avec sa femme et ses plus jeunes enfants. Un jugement du Tribunal de Senlis, en date du 28 novembre 1916, lui permit de recevoir le paiement des travaux de restauration de sculptures exécutés pour la propriété de madame veuve Napoléon Doyen, l’une des nombreuses personnes avec qui il était en conflit.

    Il décéda dans le plus grand dénuement à Paris le 30 aout 1917. Sa veuve poursuivit ses procès, qui furent presque tous classés sans suite, dont celui contre les Artiste Français, qui perdura jusqu’en 1929 !

     

    Les communes de Saint-Malo et de Saint-Suiliac ont baptisée chacune une rue à son nom. Il n'existe aucune plaque à Saint-Nazaire.

     

     

    Les aînés des enfants d’Alfred Caravanniez firent carrières dans la mode et la vente de soieries. L’une de ses filles, Irène, née à Paris en 1901, fut une chapelière réputée travaillant en collaboration avec les grandes maisons de couture parisiennes. Fiancée à Alain Saboureau, un étudiant en médecine, elle partie avec lui en mer à bord d’un canoë pliable en caoutchouc rouge à deux places, muni d’une voile, depuis le port de Monaco le 19 août 1931, à destination de la Corse. Les marins et pêcheurs du port de la Principauté les déconseillèrent de se lancer dans une telle expédition. Mais Irène était sûr d’elle, elle était une très bonne nageuse. Hélas, la Méditerranée n’est pas l’Atlantique, et un hydravion retrouva le 25 août le canoë à la dérive en pleine mer au large des côtes italiennes, proche de La Spezia, avec à assise à l’arrière Irène décédée. Alain Saboureau était introuvable. Sur l’instant il courut la rumeur qu’elle avait été assassinée d’un tir de révolver, ce qui provoqua des spéculations de la part de sa famille, au grand agacement de la famille Saboureau qui demanda qu’on attende les résultats de l’autopsie. Par ailleurs Irène avait emporté avec elle le passeport de sa sœur Marinette, ce qui créa quelques problèmes supplémentaires au début de l’enquête. En réalité Irène n’avait aucune blessure ; elle était décédée de faim et de déshydratation. On supposa que son fiancé avait tenté de rejoindre la côte à la nage, ou s’était volontairement jeté à la mer pour lui permettre de survivre avec les rations qu’ils avaient emporté. Le corps d’Alain ne fut jamais retrouvé.

       

  • Port Gavy ou l'école des infirmières

    Connu actuellement comme " l’École des infirmières ", Port Gavy fut à l'origine une propriété comportant une villa et ses dépendances dans un vaste parc.

     

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    La villa de Port Gavy en septembre 1919, (coll. personnelle)

     

     

    Située sur la Grande île des Gavids, à un emplacement où il n'y avait aucune construction, la propriété fut bâtie durant le Second Empire, probablement vers 1855 à la même période que le château des Charmilles à Porcé, pour William-Felix Le Besque, (1802 - 8 décembre 1877 à Nantes), capitaine de navire, et son épouse Delphine-Aimée Lefebvre, native de Saint-Florent-le-Vieil, couple domicilié à Nantes.

    Destinée a l'usage de demeure de vacances, la villa fut construite sur cave, avec au-dessus un entresol avec une cuisine carrelée munie d'un monte plat, et une salle à manger pour les domestiques ; un rez-de-chaussé avec salle à manger lambrissée et plafonnée d'acajou, grand salon, et dans la tour un boudoir rond. Au 1er étage trois grandes chambres de maître avec chacune leur cabinet de toilette. Celle qui occupait la tour était dite de Monseigneur Fournier, en référence à Félix Fournier, (1803-1877), évêque du diocèse de Nantes de 1870 à sa mort en 1877, qui passait chaque été quelques semaines à Port-Gavy, car il était ami d'enfance de William-Felix Le Besque. Sa chambre était décorée de peintures qui représentaient en médaillon les bustes des Apôtres et des premiers disciples, avec au-dessus de chaque médaillon, en lettres gothiques dorées, un versé du credo. Les fenêtres étaient dotées de vitraux évoquant des moments de la vie d’Anne de Bretagne, et de François Ier. Au second étage étaient les quartiers des domestiques, avec un accès au grenier et au troisième niveau de la tour, ainsi qu'à la terrasse qui la somme, d'où l'on peut voir de la rade de Saint-Nazaire à la pointe Saint Gildas, et le clocher de l'Immaculée.

    Le domaine était d'une surface de 10ha, le long de 400m de côte, il y avait notamment 3ha de vignes situées à l'emplacement des bâtiments de l'université, qui donnaient encore en 1929 cents barriques de vins rosé dont la qualité était louée par ceux qui l'avaient goûté. Un verger et une prairie, un bois de chênes verts, sapins, et lauriers, une pelouse dégagée en direction de la Villès-Martin, bordée de rosiers, de camélias, et d'une allée de palmiers. Encore aujourd'hui, on pénétré en direction de l'ancienne villa par un portail du 19e siècle peint en vert, via une allée autrefois bordée de houx. Il y avait aussi une chouette de granite près de la grille, référence  aux Chouans pour les familles royalistes.

     

    Au décès de William-Felix Le Besque, son fils Georges-William, né à Nantes le 25 avril 1844, hérita d'une fortune suffisamment confortable pour ne jamais avoir à travailler, et du domaine où décida de résider toute l'année. A l'âge de 36ans, il rencontra Eliza Chavril, âgée de 19ans, orpheline placée sous la tutelle d'un lointain parent, Yves Martin, propriétaire domicilié à Saint-Nazaire. Eliza Chavril naquit le 12 mai 1864 à La Motte dans les Côtes-d'Armor. Sa mère, Marie Anne Le Maire, décéda à La Motte le 5 mai 1875, et son père, Louis Chavril, décéda à Saint-Nazaire le 10 juin 1880. Afin de se marier, Eliza obtint l’autorisation de son conseil de famille, par délibérations du 20 juillet 1883, validées par le juge de Paix du Canton de Saint-Nazaire. Le couple s'unit à la mairie de Saint-Nazaire le 20 août 1883. Si les témoins de Georges-William étaient ses cousins germains Lefebvre venus de Saint-Florent, Eliza eut quant à elle Victor Delaris, le vérificateur des douanes de Saint-Nazaire, cousin par alliance, et Charles Marion de Procé, procureur de la République, désigné comme son ami dans l'acte.

     

    En 1929, la ville de Saint-Nazaire, désireuse de construire un hospice pour ses vieillards, qui se trouvait rue du Traict, tenu par les Filles de la sagesse, congrégation de religieuses hospitalières, se porta acquéreur auprès des héritiers Le Besque, du domaine de Gavy pour la somme de 800.000 frs avec son ameublement et le matériel agricole. La maison était alors relativement défrichée : les marches du perron étaient disjointes, semé d'herbe, les rampes de bois des balcons auxquels s’accrochaient des rosiers, de la glycine et de la vigne vierge, étaient branlantes. La chapelle et les bâtiments de la ferme qui la complétaient, nécessitaient des travaux. Les Nazairiens trouvèrent aussi que déplacer les vieillards à 6km du centre, dans une partie de la commune mal desservie par une ligne de bus, n'était pas une bonne idée, même si tous s'accordaient sur la beauté de l'endroit. Au demeurant, la propriété n'avaient ni gaz, ni électricité. 

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    La propriété au moment de son achat dans un reportage du Courrier de Saint-Nazaire publié le 07/12/1929.

     

     

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    Intérieur de la chapelle en 1939. (Carte Postale éditions Rosy.)

     

     

    Plusieurs projets furent discutés, le premier, dit " projet A " consistait à l'ajout d'une aile à la villa, le second, " projet B ,  prévoyait de construire en plus un vaste complexe de bâtiments construits en paravent face à la côte.

     

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    projet A, (réalisé). (Archives départementales).

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    Projet B, (Archives départementales).

    1 = villa ; 2 = aile réalisée.

     

    Ce fut le projet A qui fut réalisé, par l'ajout à la villa une aile pour les patients. L'entresol de la villa fut adapté aux services, et les niveaux supérieurs devinrent le logement du directeur. Le balcon en bois découpé de la tour fut remplacé par un balcon en ciment avec escalier ; la fenêtre du troisième étage de la tour fut retaillée en ogive, et l’ensemble fut enduit de ciment peint en blanc. Il est à noter que jusqu'à la guerre, le logement servait uniquement durant les périodes d'été, comme résidence secondaire de l'économe de l'hopital... En effet, Gavy étant à 4km du centre ville, et 3km de Saint-Marc, et l’absence d'un ligne de bus régulière, firent que son utilisation comme logement à l'année ne convenait pas à une famille.

    Ce n’est que le 30 avril 1939 que l’inauguration eut lieu.

     

     

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    Les bâtiments en 1939, (Carte Postale éditions Rosy).

     

    Occupé par les Allemands durant la guerre, puis par les troupes française, les bâtiments furent restitués en septembre 1945 à la municipalité. Après une remise en état des lieux, effectuées par 180 prisonniers allemands, Henri Allanet, ancien économe devenu directeur, à qui l'on doit entre autre la reconstruction de l'hôpital de saint-Nazaire, y installa l'ensemble du service chirurgicale de la ville, toujours en collaboration avec les Filles de la sagesse. C'est sœur Gustave, (née Anne-Marie Barreteau), qui en assura la gestion. Trois chirurgiens y officiaient : Jagot, Gentin, et Delouche.

    Henry Allanet emménagea dans l'apparentement de fonction avec sa famille, au grand dam de son épouse qui se plaignait de l'isolement géographique du site (Cf. " Henri Allanet, un citoyen du XXe siècle ", de Pierre H. Allanet). Ils y restèrent jusqu'à la construction de leur maison square des Acacias, actuellement square Henri Allanet.

    En janvier 1947, le Centre chirurgicale de Gavy était équipé de 90 lits. En décembre de cette année, la ministre de la Santé, Germaine Poinso-Chapuis, vint visiter les installations hospitalières de Saint-Nazaire. 

    En 1951 il comportait 100 lits.

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    Salle des malade du centre Chirurgicale en 1939. (Carte Postale éditions Rosy.)

     

    A la suite de la construction d'un nouvelle hôpital, inauguré en 1960, le Centre chirurgical fut déplacé, et Gavy devient un institut de formation en soins infirmiers en 1961 après de nouveaux travaux de transformation. L’inauguration eut lieu en septembre 1962 et l'enseignement débuta avec 30 élèves en formation de 3 ans.

     

    (Remerciements particuliers à monsieur S. Paquet pour le complément d'informations.)

     

     

  • Le quartier de Plaisance

     Si vous vous promenez rues Honoré de Mirabeau et Frederic Mistral, vous découvrirez des maisons de style art-déco. Ces maisons sont les survivantes d’un projet urbanistique ayant pour but de loger les familles ouvrières de Saint-Nazaire.

     

    Le lieu d’édification du quartier de Plaisance est l’emplacement des terrains occupés par le Camp N°1 des troupes des États Unis d’Amérique dans le cadre de l’aide armée et matérielle que ce pays apporta à la France en 1917.

    Ce camp était doté de préfabriqués en bois entre lesquels furent tracés des voies goudronnées.

     

    camp-N°1, américains, 1917, saint-nazaire

    Le Camp N°1

     

    Après le départ des Etasuniens en 1922, l’ancien camp, dont on avait démonté les préfabriqués, devint un terrain vague sillonné de routes goudronnées.

     

    Il fut décidé d’y édifier une cité afin de pallier le manque de logements pour les ouvriers de Penhoët et remédier à l’existence des taudis (le mot bidonville n’existait pas encore).

    Le chantier fut entrepris entre 1926 et 1930 autour des voies déjà existantes, ce qui explique que certaines rues ne débouchent pas directement sur les avenues qui bordent les îlots.

    Ce projet fit qu’on projeta la création d’une avenue à travers le Grand Marais (actuel Parc Paysager). Cette avenue, qui devait relier le nouveau quartier à l’avenue de Lesseps, fut nommée avenue de Plaisance, et est actuellement l’avenue François Mitterrand.

    Bien sûr on s’étonna de choisir un endroit aussi éloigné des chantiers, mais la Municipalité n’avait pas la possibilité de lotir décemment à Penhoët, et le choix de Plaisance permettait d’offrir aux familles ouvrières l’électricité, et surtout l’eau courante, un lux dans la Saint-Nazaire d’avant la reconstruction.

    Au demeurant, à l’époque on était au milieu des champs et des prairies, et l’on pouvait voir jusqu’au clocher de l’Immaculée et au château d’Heinlex !

    La construction débuta en 1927 avec six premières constructions où furent loger onze familles.

    Les logements, construits en pierre, au toit en tuiles (presque tous remplacées depuis par de l’ardoise), étaient constitués de quatre pièces et dotés d’une cave et doté de jardinets. Les premiers bâtiments étaient tous identiques. On décida pour éviter une monotonie dépriment que les constructions suivantes seraient d’une autre architecture. Quatre nouveaux bâtiments destinés à six familles furent livrés en 1928. Une troisième tranche de construction eu lieu en 1929 afin d'atteindre le nombre de 31 logements.

    On permit aux familles qui le désirez, d’acquérir ces maisons sous des conditions avantageuses, et l’on proposa des terrains à lotir à la vente à des prix avantageux. L’Abri familiale fut aussi intéressé au projet.

     Enfin, on y créa l’École Jules Ferry, dont les locaux abritèrent le cinéma Cameo.

     

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    Le cinéma Cameo, derrière l'école Jules Ferry, carte postale Rosy.

     

    Plaisance à beaucoup changé depuis l’installation des premières familles en 1927, c’est en 2018 un quartier en mutation, mais au hasard des promenades, vous pourrez y découvrir quelques constructions intéressantes.

  • Le Groupe Artistique de Saint-Nazaire et le Groupe de Indépendants

    La création du Groupe Artistique :

     

    En 1904 et 1905, le peintre Beilvaire Charles (1861-1943)[1], aidé financièrement par Gustave Bord[2], organisa deux expositions regroupant les œuvres d’artistes nazairiens. Malheureusement le succès fut mitigé, et la ruine du mécène de ces expositions laissa les artistes sans possibilité.

     

    En 1912 Victor Lamoureux[3], directeur de la caisse d'épargne et de prévoyance de Saint-Nazaire, qui s'adonnait en amateur à la sculpture en réalisant des modelages, décida de réunir des collectionneurs de ses relations afin de créer une société artistique regroupant artistes et amateurs d’art, et qui aurait pour but de promouvoir les créateurs locaux en les sortant de leurs ateliers. Il poussa l’idée avec la création d’une école de beaux-arts.

     

    Le Groupe Artistique de Saint-Nazaire fut ainsi fondé en 1913 par Victor Lamoureux, avec le concours de monsieur Pied, de Jacques Dommée[4], et du docteur Meloche[5].

     

    La Première-guerre-mondiale mis en sommeil le Groupe artistique, et il fallut attendre 1919 pour que celui-ci reprenne son activité, toujours sous l’impulsion de ses fondateurs, et avec l’aide du journaliste Pierre Norange[6] qui combattit l’opposition que souleva la réouverture des cours d’art. En récompense il devint le secrétaire de l’association. Le comité central du Groupe, composé de 15 membres renouvelables part tiers chaque année, était présidé par le docteur Méloche, suppléé par Victor Lamoureux, et Louis Joubert, (président de la chambre de commerce de Saint-Nazaire, remplacé par Louis Brichaux en 1938), choisit de placer les activités d’enseignement de l’école qu’il fonda sous la direction du peintre impressionniste Georges Eveillard[7], qui donna des cours de dessin et de peinture, et qui fut rejoint par messieurs Chartier et Périgo.

    Ce fut un rapide succès, le groupe organisa sa première exposition en 1919, avec un succès d’estime, mais sa seconde exposition qui débuta le 31 janvier 1920 dans la salle de la Fraternité 1 boulevard de l’Océan attira beaucoup de visiteurs et d’acheteurs. Ouverte avec une conférence, l’exposition perdura jusqu’au 22 février. L’exposition n’était pas réservée aux seuls sociétaires du groupe, on pouvait, moyennant 3 frs, y participer. Chaque artiste pouvait exposer 5 œuvres. Les deux murs du passage qui conduisait de la rue à la salle d'exposition, à l'éclairage zénithal, qu'on divisait avec des panneaux de bois, furent réservés à deux peintres que le groupe voulait mettre à l'honneur, et qui avaient la possibilité d'exposer chacun 20 à 30 tableaux. L’exposition était réservée aux peintures, sculptures, dessins, aquarelles, pastels, miniatures, gravures, lithographies, travaux d’architectures, arts-décoratifs, céramiques, vitraux, dentelles, bijoux, arts-appliquées. La restriction d’admission se faisait aux peintures, aquarelles et dessins non encadrés, ainsi que les copies, sauf celles qui reproduisaient une œuvre originale par procédé d'une technique différente. Le groupe se chargeait de vendre les œuvres exposées moyennant 15% de commission, comme le font les galeristes. L’exposition fut renouvelée chaque année jusqu’en 1940. Par ailleurs, le Groupe Artistique conclu un contrat avec la Galerie Mignon-Massart à Nantes pour la promotion de ses artistes les plus talentueux.

    Le groupe organisa aussi régulièrement des conférences.

     

    Le 13 novembre 1924 l’inspecteur des Beaux-Arts fut délégué par le Ministère pour présider la distribution des prix remis aux élèves en présence d’un adjoint au maire, du secrétaire de la sous-préfecture, de l’inspecteur primaire et des membres du comité central du Groupe Artistique, alors sous la présidence du docteur Meloche. On considéra dès lors au Ministère que le Groupe Artistique était suffisamment important pour bénéficier à chaque remise de prix la présence de l’inspecteur des Beaux-Arts.

     

    En 1926 le Groupe Artistique réunissait 500 sociétaires. La marie municipalisa alors son école, et concevra Georges Eveillard à sa direction.

     

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    L'exposition de 1929

     

    En 1929 fut fondée la Foire commerciale de Saint-Nazaire[8], on réserva chaque année un stand au Groupe Artistique qui y participa sans pouvoir concourir aux prix et récompenses.

    À partir de juillet 1929 le Groupe organisa des visites de musées dans le département en affrétant un autocar. Les frais de transport et le déjeuner étaient offerts par le Groupe à ses sociétaires. La première fut sous la forme d’une récompense accordé à chaque meilleur élèves de chaque école, publiques et privées, de Saint-Nazaire, soit 26 enfants qui purent se rendre au Château de Nantes. Cette visite récompense devint annuelle et par la suite fixée au 21 juin. Pour nombre de ces enfants cette visite était alors la première fois qu’ils allaient à Nantes.

     

    En 1933, avec l’aide des Réseaux de Chemins de Fer Français, le Groupe Artistique organisa une exposition itinérante des œuvres de ses sociétaires.

     

    L’exposition du 27 janvier au 27 février 1934 fut réalisée dans un état de tensions. Le Groupe Artistique de Saint-Nazaire était en perte de vitesse, et qualifié par certains de ses sociétaires de « réunion de vieilles barbes ». Il est vrai que le Comité central était toujours composé de ses fondateurs réélus chaque année, qui avaient tous un âge avancé, et regardaient avec un certain mépris les styles nouveaux s’éloignant du figuratif et de l’impressionnisme convenu, et qu’ils estimaient comme des phénomènes de mode qui passeraient. Georges Eveillard ne voyait pas les choses ainsi, et tentait de pousser le Comité central à plus d’ouverture. Rares étaient les artistes professionnels nazairiens et du canton à ne pas être sociétaires, mais ceux de l’Unvaniezh ar Seiz Breur, (les peintres René Yves Creston et Suzanne Candré-Creston, l’architecte André Batillat, etc.), étaient mis de côté, considérés comme des décorateurs, leur innovation artistique déconcertait ces messieurs. Émile Guillaume avait eu plus de chance auprès du Comité central. Assimilable au symbolisme et au néo-bretonnisme, avec des personnages aux teints rouges, ressemblant à des pantins plus ou moins désarticulés. Il était pourtant à la mode, mais outre que son style déconcertait ces messieurs du Comité central, il était perçu comme un peintre décorateurs car il exerçait ce travail dans des studios de cinémas, et qu’il ne refusait pas les commandes que lui faisaient les commerçants ou les particuliers désireux d’une fresque sur leurs murs[9]. Au demeurant il avait le tors de vivre à La Baule. Cependant cette année-là, le Comité fit le choix de donner une place importante aux œuvres d’Émile Guillaume qui eut tout un mur pour lui. On accorda la même largesse aux œuvres de Ferdinand du Puigaudeau mort quatre ans plus tôt, et dont la vente des œuvres devait se faire au profit de sa famille qu’il avait laissé démuni. Mais le jour même de l’exposition l’Ouest éclair dans la colonne précédent celle consacrée à l’exposition du Groupe Artistique publia que l’idée d’une exposition de photographie était dans l’air du temps, et s’étonnait que la Groupe Artistique ait écarté cet art. La révolte grondait parmi les sociétaires, car outre le rejet de certains styles ou de certains médiums d’expression artistique, il y avait aussi une censure concernant les nus. Pourtant il y avait des cours de dessin anatomique, mais dans l’esprit du Comité Central, le nu était forcément pornographique, et la peur d’avoir les protestations des biens pensants avait même relégué les nus académiques d’Eveillard pourtant bien innocents.

     

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    L'Ouest éclair 27 janvier 1934,

    (cliquer pour agrandir)

     

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    Le courrier de Saint-Nazaire 24 février 1934

     

    En avril-mai 1934 le Groupe ouvrit une exposition commune de dessin avec les des écoles d’Art de Brest, Orléans, Nantes, Angers, Tours, Le Mans, Rennes et Laval, en présence de monsieur Bayard, inspecteur général des Beaux-Arts. René Geoffroy, le critique artistique de L’Ouest éclair, commenta que le niveau était plus élevé dans les écoles de Rennes, Angers et Nantes, et nota que le cubisme était dans les travaux exposés en minorité.

    L’exposition commune fut couplée d’une seconde sous forme de concours réservée aux dessins de Nazairiens de moins de 15 ans, organisée par l’Université Populaire sur la supervision de George Eveillard qui cherchait à renouveler le groupe. Il y eu 560 participants sur la thématique : « Ce que je vois par ma fenêtre ». Un tri garda 300 dessins qui furent exposés le dimanche 29 avril 1930 et 10 gagnants furent désignés. Le succès fut tel que le concours devint annuel.

     

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    L'exposition concours des dessins des moins de 15 ans,

    L'Ouest éclair 30 avril 1934.

     

    La réunion du Comité centrale qui suivit, avec la remise des prix, furent réalisés devant une assistante clairsemée. L'actif du Groupe Artistique avait atteint 16.346 frs, contre 17.115 frs, l'année précédente. Les sociétaires étaient passé de 472 à 464 en un an, ce nombre continua de chuter les années suivantes.

     

    Pourtant l'exposition du 27 janvier au 24 février 1935 se fit avec le concours du peintre Paul Chabas, président des Artistes Français, et André Dauchez, président de la Société Nationale des Beaux-Arts. Plusieurs artistes Nazairiens qui avaient été médaillés au Salon des Artistes Français : Yvonne Carro, qui peignait des paysages, mais dont la réputation est surtout basée sur ses tableaux de fleurs, et Alice Carissandre, qui peignaient elle aussi des fleurs ; les poste impressionnistes Michel Collé, Émile Simon, Alexis de Broca, (grand-père du réalisateur Philippe de Broca), et d’autres au Salon du Société Nationale des Beaux-Arts, dont Hélène Lacoulomère, (qui vivait en Vendée).

    Aux côtés des sociétaires du Groupe Artistiques ont exposa 50 tableaux provenant du Salon des Artistes Français, dont : Marie-Louise Lustremant, Gabrielle Henriette Rieunier-Rouzaud, Maurice Joron, Jean Vincent-Darasse, Gaston Galey, Robert Genicot, Fernand Maillaud, Cesar Mammes, Jules Merle, Henri Barnoin, (qui devint sociétaire, mais décéda l’année suivante), ainsi que le graveur Jacques Derrey, le sculpteur Roger Favin, et Luc Lanel créateur de mobilier et d'objet de décoration en métal émaillé qui travailla pour les Chantiers.

    Le Normandie était alors en réalisation, et pour l’occasion on exposa des maquettes de ses décors, ainsi que des projets pour d’autres paquebots, dont Ville d’Alger.

    Le Groupe Artistique acheta 20 œuvres qui furent reparties au tirage entre les visiteurs qui avaient acquis le catalogue illustré de l’exposition.

     

    Le groupe des indépendants :

     

    L'exposition du Groupe Artistique de 1936 fut un four. On sentait que toutes l’énergie dont pouvaient faire preuve les organisateurs et les soutiens extérieur dont ils pouvaient bénéficier avait été épuisée par l'exposition de 1935, et ceux malgré une volonté de renouveler l'effet en faisant venir quelques personnes du Salon d’Automne dont le président se demanda ce qu’il faisait là le jour du vernissage où André Astoul, portraitiste vendéen, fut invité d’honneur. Il y eu des différents entre le Comité Central et René-Yves Creston, proue des artistes de style contemporain. Le bateau coulait inexorablement et le nombre des sociétaires toujours à la baisse.

     

    Il existait à Nantes un Salon des Indépendants, qui longtemps n’exposa que des refusés des beaux-Arts de Nantes, et dont les œuvres étaient de mauvaise qualité. En 1935, ce Salon des Indépendants nantais commença à regrouper quelques artistes dont le talent était indéniable, mais qui n’étaient finalement pas à leur place et n’y participaient qu’en raison de mésententes avec les Beaux-Arts de Nantes. C’est alors que René Yves Creston et André Batillat, lassés d’être déconsidérés par le Groupe Artistique de Saint-Nazaire, décidèrent de créer à Saint-Nazaire un Salon des Indépendants. Ils débauchèrent sans mal les peintres Pierre Wagner, (1897-1943), ancien élève d'Emile Simon et qui était aussi sociétaire des groupes des Indépendants de Bordeaux et Bourges, et Edmond Bertreux, (1911-1991), mais attirèrent aussi à eux des nazairiens mécontents du Groupe Artistique : Michel Brun (qui avait tenté sa chance aux indépendants de Nantes), Émile Guillaume, Berthe Riboulleau-Margotton, une miniaturiste et illustratriste spécialisée dans le genre néo-médiéval, Marthe Danard Puig connue essentiellement pour ses bouquets de fleurs, et surtout Georgette Nivert, (1900-1960) peintre de nus féminin sensuels et de couples saphiques[10]. Batillat et Creston eurent l’idée d’ouvrir leur groupe aux photographes. Créé en février 1936, ce nouveau groupe se finança au début avec une tombola, et avec les fonds avancés par René-Yves Creston et André Batillat, qui logeait chez lui, 18 rue Villebois Mareuil[11], le bureau de ce nouveau groupe, et avec l’aide de l’agence Havas de Saint-Nazaire.

     

    La première exposition eu lieu durant la foire commerciale de Saint-Nazaire, du 25 au 30 mai 1936. Affichant un panneau « fondé en 1936 », le Groupe des Indépendants avait disposé quelques œuvres de ses sociétaires, et Émile Guillaume faisait des démonstrations de dessin, tout en proposant des cours gratuits aux visiteurs. Batillat fit la réclame de son groupe en organisant un concours réservé aux amateur « Le meilleur croquis de la Foire Commerciale », avec pour jury les membre du bureau de la Foire et du Groupe des Indépendants, et de ses professeurs.

    Le Groupe Artistique, qui participait aussi à la Foire, qui était sous le pavillon de l’alimentation, semblait bien poussiéreux avec son exposition d’un portrait réalisé par un inconnu de Victor Lamoureux, et les dessins d’enfants sous le thème des fables de La Fontaine.

     

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    Emile Guillaume à la Foire de Saint-Nazaire,

    L'Ouest éclair 27 mai 1936.

     

    La première exposition organisée par les Indépendant eut lieu le weekend du 30 et 31 mai 1936 au cercle du Club d’aviation populaire et des Officiers républicains, 7 rue de Villès-Martin 1936. Devant le succès de cette exposition, le Cercle proposa de prêter ses locaux pour l’année suivante. Mais les Seiz Breurs avaient été sollicités en 1935 pour réaliser le pavillon de Bretagne à L'Exposition universelle de 1937[12]. Cela impressionna tant la municipalité de Saint-Nazaire, que le maire, François Blancho, proposa pour l’exposition du Groupe des Indépendant la salle des Halles, un vaste espace que la mairie avait destinée à y déplacer le musée, située rue du Bois Savary. Cela n’alla pas sans créer des tensions avec le Groupe Artistique qui y avait fait son exposition annuelle.

    En effet, ayant quitté les locaux du boulevard de l’Océan, le 6 février 1937, la 19e exposition du groupe Artistique eut lieu dans la salle des halles, une vaste pièce qui se trouvaient à l’étage des halles, et en avait la même surface. L’exposition avait réunie 600 œuvres, elle eut lieu sous le patronage de François Blanche, sous-secrétaire d'État, du Sous-Préfet de Saint-Nazaire et sous la présidence effective de M. Leroy, préfet de la Loire-Inférieure. Un déjeuner payant, (19 frs), fut organisé au Grand Hôtel et réservés aux personnalités de la ville et du département, les membres honoraires, les sociétaires et les artistes participants. La aussi l’événement fut rendu annuel.

    Pour ménager le Comité central du Groupe Artistique, François Blancho proposa aux Indépendants un autre lieu d’exposition… le vieux Musée municipal ! On s’étrangla devant ce choix du maire qui consacrait des artistes qui avaient été refusés ou mal traités jusque-là, mais il n’était pas possible de protester. Les Indépendants de Saint-Nazaire exposèrent ainsi au Musée les 29 mai au 30 juin 1937. René Geoffroy, le critique artistique de L’Ouest éclair, fut dithyrambique, mais avoua aussi dans son article 4 juin 1937, qu’il était l’ami et le cousin de René Yves Creston…

     

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    Le Comité central le jour du déjeuner donné pour le 25e anivarsaire de la fondation du Groupe Artistique,

    L'Ouest éclair du 30 novembre 1937.

     

    La paix avec les Indépendants :

     

    La 20e expolition du Groupe Artistique, eu lieu du 30 janvier au 27 février 1938. Elle regroupa les œuvres des artistes locaux, d’un choix d’artistes quelques autres régions françaises et de quelques parisiens, qui travaillent en collaboration avec les fabricants de tapisseries d'art d'Aubusson. Les ateliers envoyèrent pour l’occasion des tapisseries et du mobilier contemporains et anciens, dont des œuvres du 16e siècles, 17e et 18e siècles qui éblouirent les visiteurs.

    Parmi les invités officiels pour le vernissage et le déjeuner, il y eut André Batillat et René-Yves Creston. L’Exposition universelle de 1937 leur avait donné une importance auprès des autorités.

     

    René-Yves Creston participa à la 21e exposition en 1938, exposition qui pour la première fois fut réellement novatrice, et fut placée sous le haut patronage du Ministère de l'Éducation Nationale, subventionné par le département de la Loire-Inférieure, la Ville et la Chambre de Commerce de Saint-Nazaire. Le Salon des indépendants disparu dans cette réconciliation, échange de bons procédés et réalité économiques obligeant.

    Cette année-là, l’adhésion des sociétaires fut fixée à 20 frs par an. 

     

    La fin du Groupe Artistique :

     

    Il n’y eu pas d’exposition en janvier 1939 en raison d’un problème financier.

     

    La 22e exposition de 1940 fut retardée et n’ouvrit que le 25 février, avec 500 tableaux malgré la mobilisation de certains artistes. Elle se déroula dans une sale de l’école Jean Jaurès, boulevard Victor Hugo.

     

    Après avoir obtenu une subvention municipale de 1.000 frs, la 23e exposition se déroula avant la date classique, du 1er décembre 1940 au 22 décembre 1940 au Syndicat d’Initiative 4 rue de l’Océan. On lui avait accordé une semaine de prolongement devant le succès qu’elle suscita. Il est vrai qu’à ce moment-là il y avait peu de distractions à Saint-Nazaire. Il avait eu une semaine de prolongement. Parmi les peintres exposés citons, venue de Stenay en Meuse, Germaine Lantoine-Neveux, (1892-1978) exposa des portraits, Berthe Riboulleau-Margotton et Émile Guillaume revenus au bercail. Celui-ci fut, avec Ulysse Gorrin, (1884-1965), éreinté par la critique de René Geoffroy.

    L’exposition s’acheva avec un tirage au sort de numéro d’acheteurs de l’exposition précédentes, de catalogue d’exposition acheté, et de cartes de sociétaire, qui gagnèrent des aquarelles et des tableaux des têtes de pont du Groupe, mais aussi une toile de Puigaudeau.

     

    Le 24 mai 1941 dernier concours des enfants. La guerre fit son œuvre, et le groupe disparu dans les ruines de la ville. Mais l'école d'enseignement d'art plastique, fondée en 1919, et municipalisée en 1926, fut rétablie. Emile Guillaume y fut professeur, (il enseigna aussi à l'Ecole Normale de Savenay).

     

    Le Groupe Artistique de Saint-Nazaire : une école ?

     

    Peut-on parler d’une école nazairienne ? Nous pensons que oui, en ce qui concerne la peinture.

     

    Si l’on excepte les membres de l’Unvaniezh ar Seiz Breur, qui forme une école particulière et clairement identifiée, et bien sûr Émile Guillaume qui est inclassable, ainsi que Georgette Nivert aux nus sensuels et sexuels, et Félix Lorioux (1872-1964), illustrateur et dessinateur de bande dessinée qui participa à la dernière exposition de 1940 mais dont on ne peut affirmer qu’il fut sociétaire, on s’aperçoit qu’il y a une cohérence des œuvres des peintres membre du Groupe Artistique de Saint-Nazaire pour ceux qui nous sont aujourd’hui connu.

     

    Nous avons pu établir à la lecture des articles de presse et des rares catalogues d’exposition qui nous sont parvenus une liste de nom de peintres qui sont aujourd’hui reconnus par les marchands d’arts comme des peintre de tallent :

     

    Auffray Alexandre (1869-1942)[13] ;

    Beilvaire Charles (1861-1943)[14] ;

    Bouillon Gaston (1881-1958) ;

    Broca Alexis (de) (1868-1948), médaille d'argent Salon des artistes français 1922 ;

    Brun Michel ;

    Carro Yvonne(-Antoinette), (1895-1946), membre de l'Union des Femmes Peintres et Sculpteurs, sociétaire des Artistes Français, mention honorable au Salon des artiste français 1928 et médaille d'argent 1933, surtout connue pour ses fleurs, que pour ses intérieurs et paysages, ou ses illustrations, (elle signait parfois Carro-Boulard) ;

    Chaney Lester Joseph (1907-1998), né hongrois, après avoir vécu à Saint-Nazaire, il s’exila aux USA devant l’avancée allemande et y obtint la nationalité ;

    Collé Michel-Auguste (1872-1949) ;

    Cylkow Louis (1877-1934) ;

    Deboute Maurice-Pierre (s'éloigna en peignant des paysages d'Ile de France) ;

    Eveillard Georges (1879-1965) ;

    Evein Claude-René-Pierre ;

    Gauffriaud Émile (1877-1957) ;

    Gauthier Stany (Joseph dit) (1883-1969) ; 

    Gautier Émile (1920-2013) ;

    Gorrin Ulysse (1884-1965), médaille d'argent du Salon des artistes français 1936, prix Corot et médaille d'or 1949 ;

    Guyot Paul (1906-1960), (il fut aussi romancier) ;

    Jacquier Marcel (1877-1957) ;

    Labittes Eugène Léon (1858-1937) ;

    Lacouloumère Hélène ;

    Lemasson Paul (1897 1971) ;

    Lusseau Georges (1897-1989) ;

    Massonneau Madeleine, (1901- ...) ;

    Maxence Jean (1901-1962), médaille d'argent Salon des artistes français 1920, médaille d'or 1925 et prix Madagascar ;

    Puigaudeau Ferdinand (du) (1864-1930), issu de l'école de Pont-Aven ;

    Simon Émile (1890-1976), mention honorable Salon des artistes français, médaille d'argent 1934, médaille d'or 1935 ;

     

    Ces peintres, dont la liste est non exhaustive, (le Groupe artistique ayant eu jusqu’à 500 sociétaires, et cumula le même chiffre en nombre de tableaux exposés), ont en commun d’avoir peint à l’huile et à l’aquarelle des marines du port de Saint-Nazaire, des côtes d’Amour et de Jade, de l’estuaire et de la Loire maritime, des marais salants, de la Grande Brière, des environs paysage de Guérande, Saint-Nazaire et Pornic, et des scènes bretonnes de la Loire Atlantique, dans le style postimpressionniste de l’entre-deux-guerres, sur une période allant de 1919 à 1941.

     

    On peut aussi pousser la thèse d'une école nazairienne à une école parallèle consacrée à la présentation florale dont nous citerons :

    Carissandre Alice, médaille d'argent au Salon des artiste français, médaille d'argent au Salon (des Beaux-Arts) 1934 ;

    Carro Yvonne,déjà nommée plus haut ;

    Danard-Puig Marthe.

     

     

     

    [1] Cf : L’Ouest éclair du 30 novembre 1934. Pour sa biographie, voir notre article : http://saint-nazaire.hautetfort.com/charles-beilvaire/

    [2] A propos de Gustave Bord voir : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/06/13/le-chateau-de-porce-a-saint-nazaire-premiere-partie.html

    [3] Marcel-Pierre-Victor-Alexandre Lamoureux, né à Saint-Nazaire le 2 février 1893 (déclaré le lendemain), il était le fils d’un couple de tailleurs pour homme, Victor Lamoureux et Marguerite Janvin, dont la boutique, ouverte en 1855, existe toujours à Saint-Nazaire, quoiqu’elle ait changé de nom en devenant « Territoire des hommes ». La fondation par lui du Groupe artistique de Saint-Nazaire le fit nommer officier de l’instruction publique le 1er février 1930 pour services rendus aux arts. Le 12 février 1931 il reçue la médaille d’argent de la Prévoyance sociale. Il habitait rue Henri Gautier, puis à partir de 1938 rue Charles Brunellière.

    [4] Jacque Dommée devient l’archiviste du Groupe, il fut rejoint par son fils, Claude Dommée, architecte, qui fut nommé trésorier adjoint.

    [5] Ancien interne des hôpitaux de Nantes, il avait son cabinet 24 rue Henri Gautier à Saint-Nazaire. C’était un très mauvais médecin qui fut la risée de la ville et de la profession à la suite d’une erreur de diagnostic : le 18 mars 1896 le juge d’instruction de Saint-Nazaire convoqua le docteur Meloche pour examiner une prévenue, la veuve Billy, arrêtée sous l'inculpation d'infanticide. La femme nia l’accusation, et affirma être toujours enceinte. Le docteur Méloche se déplaça, examina, et dit que la femme avait déjà accouchée. Deux jours plus tard, la veuve Billy accoucha en prison d'un enfant de cinq mois qui ne vécut que quelques minutes. Elle porta plainte conte le médecin, et lui réclama 1.000 frs de dédommagement, (la consultation qui avait coutée 6 frs au Tribunal de Saint-Nazaire). Le tribunal de Saint-Nazaire condamna le docteur Meloche le 26 février 1897. Il fit appel, et, chose surprenante, gagna en appel à Rennes le 2 juin 1898. Son honneur étant lavé, il reprit sa place à Saint-Nazaire, et la ville fit comme si rien ne s’était passée, tout en ricanant dans son dos. Appuyé par ses confrères, et ses relations politiques et maçonniques, il fut promu en 1911 médecin chef du comité de la Crois Rouge de Saint-Nazaire, et fut nommé président du syndicat des médecins de Saint-Nazaire le 28 septembre 1930.

    [6] Journaliste militant socialiste, de son vrai nom Georges Pierre, né le 25 avril 1871 à Bléneau, décédé le 9 février 1958 à Saint-Nazaire.

    [7] Georges-Alexandre Eveillard, né à Nantes le 2 juillet 1879, marié à Nantes le 11 mai 1817 à Augustine Louise-Marie Carrière, décédé à Nantes le 25 février 1965. Sa peinture, d’inspiration postimpressionniste, représente essentiellement des marines et paysage bretonnant de l’estuaire de la Loire et quelques scènes de genre. A la suite du débarquement des troupes des États Unis d’Amérique à Saint-Nazaire en 1917, il réalisa de nombreuses aquarelles de celles-ci.

    [8] Elle eut d’abord le nom de Foire Exposition.

    [9] Membre de la Loge Le Trait d’Union, Emile Guillaume réalisa les décors de la nouvelle loge à la demande de son vénérable, Henri Allanet, chirurgien et directeur de l’Hôpital de Saint-Nazaire. Il ilustra aussi des cartes postales avec des scènes bretonnes, dont une série ayant pour thème les côtes de la province. Ajoutons qu'Emile Guillaume était né à Paris dans une famille originaire de Questembert, et dont la grand-mère maternelle vivait au Pouliguen, s'était établi à La Baule en 1928.

    [10] À la fin de sa vie elle se consacra à des représentations d’enfants.

    [11] Par la suite il se fit construire une maison sur ses plans 82 rue Jean Macé.

    [12] Ce fut sous l’impulsion de Joseph Stany-Gauthier, conservateur du musée des beaux-arts de Nantes, que le comité de l’Exposition Universel choisit les Seiz Breur. Le secrétariat général pour la réalisation de ce pavillon étant attribué à René-Yves Creston.

    [13] Voir notre article : http://saint-nazaire.hautetfort.com/alexandre-affray/

    [14] Voir notre article : http://saint-nazaire.hautetfort.com/charles-beilvaire/

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  • Auffray, juge au tribunal civil de Saint-Nazaire

     Auffray : Famille bourgeoise originaire de Lamballe.

     

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     De sinople à trois besants d'argent posés en barre, à la bordure d'argent chargée de huit mouchetures d'hermine de sable. (cf. Armorial général de 1696, cachets, et Frotier de La Messelière.)

     

     

    I° Paul-Louis Auffray, né à Lamballe le 14 septembre 1848, sous-lieutenant de mobilisés des Côtes-du-Nord en 1870, titulaire de la médaille de 1870-1871, demeurant à Lamballe en 1925 ; marié à Pontivy le 8 janvier 1878 à Cécile-Berthe Cravin, fille de Pierre Cravin, greffier en chef du tribunal civil de Pontivy, et de Marie-Grâcieuse Labordette, d'où :

    1° Pierre-Alfred-Marie, né à Lamballe le 23 avril 1880, docteur en médecine de la Faculté de Paris, médecin à Morlaix en 1905, mobilisé à l'ambulance 4/14 pendant la première guerre mondiale, puis médecin chef de l'hôpital Luxembourg, à Vesoul (Haute-Saône) jusqu'à sa démobilisation, propriétaire-éleveur au manoir de Kerminizy, en Saint-Tugdual, en 1925 ; marié à Lorient le 11 novembre 1909, avec Amélie-Françoise-Gertrude Marchai, fille de Maurice Marchai, ingénieur en chef de la marine, puis directeur des Chantiers de l'Atlantique, à Saint-Nazaire, chevalier de la Légion d'honneur, et de Marie Jan de La Gillardais ;

    2° Joseph-Marie, né à Lamballe le 17 mars 1883, licencié en droit et avocat stagiaire à Rennes en 1906, docteur en droit en 1907, avocat du barreau de Saint-Brieuc, membre du Conseil de l'Ordre de 1912 à 1914, mobilisé de 1914 à 1918, magistrat en 1919, juge au tribunal civil de Saint-Nazaire en 1920, juge d'instruction à Ploërmel, depuis le 19 janvier 1921, procureur de la République à Ploërmel en 1925 ; titulaire de la médaille interalliée de la Grande Guerre et de la médaille des Y. M. C. A. Franco-Américains ;

    3° Joseph, né à Lamballe le 2 juillet 1886, mobilisé de 1914 à 1918, titulaire de la médaille interalliée de la Grande Guerre et de la médaille des Y. M. C. A. Franco-Américains ;

    4° Louis-Joseph-Marie, né à Lamballe le 6 juin 1890, licencié en droit en 1912, avocat stagiaire à Rennes, mobilisé simple soldat au front, bien que reçu avec la note 18/20 au concours d'admission à l'Ecole de l'Intendance de Vincennes, blessé 3 fois, avec cinq citations, dont : du 1" juin 1918, à l'ordre de l'armée ; du 20 juin 1918, à l'ordre du corps d'armée n° 373. Décoré de la Croix de Guerre avec une palme, 2 étoiles d'or et une de bronze, proposé deux fois pour la Légion d'honneur par le colonel du 41e d'infanterie ; après l'armistice du n novembre 1918, substitut au Conseil de guerre de la Xe armée, à Mayence (Rhénanie); lieutenant de réserve au 41e d'infanterie et avoué près le tribunal civil de Pontivy depuis 1920, chevalier de la Légion d'honneur en juin 1920; marié à Saint-Michel de Saint-Brieuc, le 15 avril 1920, Anne-Félicité Lemée, fille de Mathurin Lemée, négociant, et d'Aline Roussin.

  • Le Petit Maroc, histoire d'un nom

    Nous venons de recevoir une question intéressante de la part de l’un de nos lecteurs qui nous demande d’où provient le nom de « Petit-Maroc » que porte le quartier en bordure du Port et du Vieux-Môle, à l’emplacement du « Vieux Saint-Nazaire », c'est-à-dire la ville fortifiée du moyen-âge qui se trouvait sur le rocher à la pointe de l’estuaire.

    Ce nom, « Petit-Maroc », a fait couler beaucoup d’encre, et s’empoigner quelques-uns sur le bienfondé de l’appellation.

     

    Petit-Maroc depuis quand ?

     

    Rétablissons d’abord quelques éléments temporels. Quand est apparu ce nom ?

    Dans le découpage municipal la ville historique de Saint-Nazaire était désignée, avant la reconstruction d’après-guerre, sous le nom de « Vieux-Quartier », et c’était sous ne nom qu’était alors constitué le comité de quartier en charge de ses animations.

     

    Nous en avons trouvé trace écrite de l’emploie du nom « Petit-Maroc », pour la première fois dans un article de L’Ouest éclair en date du 6 juin 1926 :

    « Le bassin et la jetée Est de la nouvelle entrée du port de St-Nazaire présenteront les 25 et 26 juin un féerique aspect. Les feux nautiques, promenés par des vedettes, et les lueurs d'apothéose des nombreuses pièces d'artifice doivent, s'il fait beau, réaliser des merveilles. Près de cent mille francs seront consacrés Il cette partie de programme. Le Vieux Saint-Nazaire, le « petit Maroc » et les dévoués commissaires veulent lancer un car… dont on parlera longtemps. »

    Nous constatons donc que c’est un surnom qui s’employait dès avant juin 1926.

     

    De son côté Le Courrier de Saint-Nazaire employait les termes de « Vieux-Quartier », et utilisa tout le temps cette dénomination, comme le faisait la municipalité.

     

    Pourtant, dès le 3 octobre 1929, et jusqu’à la destruction de la ville historique, L’Ouest éclair ne désigna le quartier que sous le nom de « Petit-Maroc ».

     

    L’origine du nom « Petit-Maroc » :

     

    Faisons d’abord la liste des suppositions, théories et affirmations de toutes espèces :

     

     « Le nom aurait été donné par d’un journaliste qui avait critiqué le fait que la ville historique, isolée de la ville moderne, surtout depuis la réalisation de la nouvelle entrée du port en 1906, était une sorte de bouge infecte dont les habitants devaient s'approvisionner en eau potable la borne-fontaine de la rue de ta Vieille-Église, et qui vidaient à marée haute leurs pots de chambres sur les rochers, faute d’égout ».

    Cette origine est plausible attendu qu’il y a en France plusieurs lieudits « Petit-Maroc », qui doivent leur nom au fait qu’ils étaient à l’origine des zones urbaines miséreuses, et les descriptions du Vieux-Quartier comme étant resté moyenâgeux jusque dans le mode de vie de ses habitant pourraient corroborées, mais c’est regarder le passé avec nos yeux du 21e siècle. Vivre sans eau courante et sans tout à l’égout était normal durant l’entre-deux-guerres. Avant la reconstruction de la ville, plusieurs quartiers de Saint-Nazaire n’avaient pas d’égout. Dans toute la ville, seuls les premiers et seconds étages des immeubles en bordure de rue avaient l’eau courante. Le château d’eau situé boulevard Victor Hugo était construit trop bas, et depuis la réalisation du Port et de la ville nouvelle, on n’avait jamais su régler le problème d’alimentation en eau potable de la population. Jusqu’à la reconstruction, les rues étaient sillonnées par des marchands d’eau qui tiraient des citernes. Les habitants s’alimentaient aux pompes des cours d’immeuble, ou aux bornes fontaines municipales, et on a des descriptions des ménagères allant le matin vider les seaux hygiéniques aux vespasiennes des quartiers, avec de longues files d’attente devant celles de la Place Marceau. Enfin, il faut rappeler qu’il y eut des épidémies de choléra à Saint-Nazaire jusqu'à la guerre.

     

    « Le nom lui aurait été donné par le peintre Charles Beilvaire[1] ou le dessinateur Paul Belondeau vers 1934. »

    Nous l’avons démontré, le surnom est employé dès avant juin 1926. Charles Beilvaire, qui fut aux Ponts-et-Chaussées, fut nommé le 1er juillet 1920 à la sous-direction du Chemin de fer et Travaux publics du Maroc, alors protectorat français. Il revient à Saint-Nazaire en 1931. Paul Belondeau s’engagea dans les troupes coloniales au Maroc en 1920 et ne revient qu’en 1933 à Saint-Nazaire. C’est aussi accorder trop d’influence pour ces deux personnalités locales. Certes Charles Beilvaire participait activement à la vie locale, mais seulement dans la partie artistique et sportive. Quant à Paul Belondeau, en dehors de la paroisse et des illustrations qu’il réalisait pour Le Courrier de Saint-Nazaire, à la demande de Jacqueline Bruno, il était plutôt anonyme.

    Au demeurant, le quartier comportait 213 recensés en 1926, le fait que deux personnes qui y avaient conservé une résidence durant leur séjour marocain est une argumentation trop maigre pour justifier l’origine d’un surnom, surtout que des nazairiens, originaires d’autres quartiers, partis vivre au Maroc, il y en avait alors un nombre important à Rabat et Fez[2]. Et enfin, nous allons le démontrer plus loin, l’emploi « officiel » des termes « Petit-Maroc », ce fit en 1930, donc avant le retour des deux artistes.

     

    L’Université Inter-Ages dans sa publication « L’abécédaire des rues de Saint-Nazaire », (2002), mentionne pour origines possibles : « une fête organisée en l’honneur du Sultan du Maroc ; des corsaires marocains qui seraient venus au XVIème siècle caréner leurs navires ; et enfin la présence de pêcheurs bretons qui allaient sur les côtes marocaines. » 

    Éliminons immédiatement les corsaires, car les carénages se faisaient à Méan, et que leur voyage jusqu’à l’estuaire de la Loire aurait laissé des traces dans les chroniques. Mettons de côté la fête en l’honneur du Sultan, nous y reviendrons, et ne gardons que les pêcheurs bretons.

     

    Les pêcheurs bretons :

     

    Un article de la rédaction de nazairienne de L’Ouest éclair, intitulé : « Une question dévie ou de mort pour les pêcheurs de la Basse-Loire maritime », en date du 26 novembre 1933 indique :

    « À Saint-Nazaire, les 213 habitants du vieux quartier appelé Petit Maroc à cause du teint bistré des gens et de la couleur des filles du Bono ou d'Auray vivant là n'ont d'autre ressource que de pêche au chalut. »

     

    Cette affirmation pose deux problèmes.

    La première, monsieur Hubert Chemereau, qui a réalisé des études et des recherches historiques de sur l’histoire de Saint-Nazaire et de son port, souligne que s’il y a origine par la présence de pêcheurs résidents au Vieux-Saint-Nazaire dans les premières décennies du 20e siècle, c’est que ces pêcheurs seraient des douarnenistes.

    En effet, là où les pêcheurs de Tréboul, ancienne commune rattachée en 1945 à Douarnenez, ont établi des colonies, on trouve le surnom de « Petit-Maroc ». La raison en est que ces pêcheurs partaient pêcher la langouste au large des côtes du sud du Maroc.

    Mais, pour cela il faudrait qu’il y eu au Vieux-Quartier une colonie venue de Tréboul et Douarnenez. Les recensements révèlent que seuls deux hommes et une femme étaient nés à Douarnenez durant la période qui nous concerne, et aucun n’est dans l’activité de la pêche, et que sur l’ensemble des habitants du quartier, il n’y avait que 4 pécheurs en 1926, un né à Indré, un à Saint-Nazaire (Edouard Labbé, dont la famille est nazairienne depuis longtemps), un à Asserac, le dernier à L’Ile Tudy. La population du quartier était composée surtout d’employés du Port et des entreprises portuaires, de quelques marins et pilotes. Les non natifs de Saint-Nazaire les plus nombreux étaient de Noirmoutier, et ne composaient qu’un groupe d’une dizaine.  En fait on s’aperçoit que les pécheurs résidents à Saint-Nazaire, peu nombreux au demeurant, étaient loger un peu partout en ville, car les abords du Port étaient surtout le pré-carré des manœuvres et des matelots.

    En fait, la présence des pécheurs de Tréboul surnommé « marocains », s’explique par le fait que la criée, c'est-à-dire le marché au poisson, se trouvait entre le Vieux-Môle et la place de la Vieille-Église.

     

    Conclusion :

    C’est la présence de la Criée située au Vieux-Saint-Nazaire qui fit qu’au début du 20e siècle on surnomma le quartier « Petit-Maroc », et qu’on l’assimila tout aussi absurdement aux pêcheurs, alors qu’aucun pour dire n’y résidait.

     

     

    Le Sultan :

     

    Mais quelle est cette fête en l’honneur du Sultan du Maroc ? Elle apparait durant l’été 1930. À l’époque le comité de quartier du Vieux-Quartier peinait à organiser des fêtes qui attire du monde et rapporte de quoi remplir ses caisses souvent en déficit. Le quartier vivait sur la tradition des foires qui s’organisaient deux fois l’an à Saint-Nazaire depuis l’Ancien-Régime, et qui étaient devenues une seule en 1830, organisée chaque septembre, d’abord sur le sable à l’entrée de la ville, puis le long de la voie du Vieux-Môle. Tirs, loteries, chevaux de bois, artistes de rue, danses dans la rue sous les lampions au son des orchestres installés en équilibre instable sur des tréteaux, feu d'artifice, ne suffisaient plus, pas plus que les chars de parade qui avaient été réalisés pour des défilés entre 1900 et 1914 à la gloire des océans, ou de Jean d’Ust, le héros de Saint-Nazaire face aux Espagnols[3].

    Durant la réunion publique du comité du Vieux-Quartier le 17 juin 1930, rapportée par L’Ouest éclair du 22 juin 1930, monsieur Rigoire, son secrétaire général, exposa la situation financière :

    « En 1925, le Comité a recueilli 6.643 fr. 25 et dépensé 4.618 fr. 40. Il a pu, lors de la cavalcade des fêtes franco-américaines, faire admirer le plus beau char, qu'il a construit de ses deniers, sans l'aide du Comité général. En 1926, on totalise 4.418 fr. 25 de recettes et on dépense 4.408 fr. 40. L'excédent en caisse n'est que de 9 fr. et quelques centimes. En 1927, coup dur. Les recettes ne sont que de 4.621 fr. 15 et les dépenses dépassent cinq mille. Il y a un trou de 475 francs. La vie a augmenté dans de notables proportions. Par contre, les commerçants du quartier ont diminué leurs subventions. Le généreux trésorier comble lui-même le déficit avec son propre argent. En 1928, il n'y a pas de fête, et pour cause. On craint de recevoir une nouvelle douche. L'année 1929 revoit les manifestations du vieux quartier. Les commerçants se montrent un peu plus généreux. On recueille 5.552 francs. Grâce à des prodiges d'économie et de savoir-faire, les dépenses ont été relativement faibles, Bref, aujourd'hui, il y a un excédent de 530 fr. 36. La subvention de la ville va venir, et puis le montant des cotisations des sociétaires et les dons des commerçants. Des listes de souscriptions seront déposées dans les magasins. Peut-être arrivera-t-on ainsi aux six mille francs indispensables pour mener à bien les fêtes projetées et maintenir l'antique réputation du Vieux Quartier. »

     

    Or, à la même époque, était la mode des commune libres et des micro-états autoproclamés souverains, et certains quartiers de Saint-Nazaire s’étaient ainsi proclamés. La liste ne nous est pas entièrement connue, ces mairies libres ayant eu des existences éphémères qui ne stimulèrent pas l’attention des historiens et chroniqueurs locaux, mais l’on sait que Cadurand eut un prince président prénommé Emmanuel 1er qui avec sa garde et ses musiciens, rendit « officiellement visite » au comité de quartier de Marceau le 14 juillet 1934.

    Donc, en juin 1930, monsieur Rigoire dépoussiéra le comité du Vieux-Quartier, et organisa « Les fêtes de l'Indépendance Marocaine », qui débutèrent le 12 juillet 1930 à 21 heures 30 grande retraite aux flambeaux avec char d'artifice au son des trompettes de L'Étendard. Toutes les rues du Vieux-Quartier, avaient changé de noms, dès samedi soir, sur les plaques de la ville avaient été apposé des calicots portant les dénominations : rues de Mogador, de Fez, de Casablanca, etc., place de la Vieille-Église était devenue « place Fille du Bédouin », en référence à une chanson grivoise tirée de l'opérette « Comte Obligado » créée en 1927 par le parolier André Barde et le compositeur Raoul Moretti.

    À cette occasion, le Comité du Vieux-Quartier devint Comité de l’Indépendance marocaine.

     

    L’Arrivée du Sultan dans sa province du Petit Maroc :

    Le dimanche 13 juillet, dès 7 heures 30 réveil en fanfare par l'Étendard nazairien, suivit à 8 heures d’un tir de bombes, puis de 10 heures à 11 heures d’un grand concours de pêche à la ligne doté de nombreux prix. A 14 heures mât horizontal et à 14 heures 30 mât de cocagne, à 15 heures concours de grimaces ; de 15 heures à 16 heures manifestation des Goélands dans le sas ; course aux canards. À 16 heures 30 ce fut l’arrivée du Sultan Mahomet Bol Ier du Petit-Maroc accompagné de la sultane Rebiane, du caïd Ben-li-Kébir, du grand vizir Ala-Ari-Berka, et de l'amiral de la flotte Allah Amda, sous des salves d'artillerie, reçus par le gouverneur de la province du Petit Maroc, M. Blanche, entouré des grands dignitaires, dont Jean Lemouël, le marchand de chaussure du quartier, élu maire du Petit Maroc. Un muezzin, du haut du phare du Vieux-Môle, lança des appels solennels auxquels répondirent les cuivres de la fanfare marocaine.

    Le couple royal et leur suite firent l’inspection de la flotte débarquement à la jetée du Vieux-Môle puis il y eu grand défilé de cavaliers et fantassins, d’une girafe et d’un dromadaire en papier mâché, de vendeurs de bretelles en poils de chameau, avec musique marocaine, suivit par le consul d'Auvergne, monsieur Despert, avec sa voiture à âne, son chapeau haute forme et son gigantesque parapluie, (il était aussi le père du « sultan »), partant depuis la place de la Vieille-Église, par la Grand’Rue, les rues de Montoir, du port, et de l'Hôtel de Ville, où le maire, monsieur Blancho, donna une réception.

     

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    La cavalerie du Sultan et son orchestre devant l’Hôtel de Ville, photocarte souvenir du 13 juillet  1930 offerte aux participants par le comité de quartier « L’indépendance Marocaine ».

     

    Comme les commerçants des rues Villès-Martin, Henri Gautier, du Calvaire et Thiers, avaient fait des dons généreux, le Comité avait décidé de faire passer le cortège dans ces différents points de la ville, et de le faire revenir par la place du Bassin, les rues des Sables, du Port et de Guérande, du Pont-Roulant, la place de la Vieille-Ville, la rue de la Rampe et la Grand’Rue, pour revenir enfin à la place de la Vieille-Église. Le consul sortit un parchemin qui ne mesurait 1 m 85 et prononça un petit discours qui fut ponctué par des ovations.

    À 17 heures 15 concert marocain sur la place de la Vieille-Église, de 18 heures 15 à 19 heures second Concert marocain au bas de la rue des Sables. À 22 heures grand Feu d'Artifice près du Pont-Roulant, côté est : Bombes, miroir à quatre branches, tableau féerique, trèfle lumineux, diadèmes, cascade de 30 jets, 101 bombes, comètes et volcans. À 22 heures 30 bals populaires, place de la Vieille-Église et place du Bassin. Le succès fut immense. Les gens avaient loué des fenêtres, étaient debout sur les parapets, et même sur les piles de bois de l’entreprise de bois Hailaust, les acclamations furent méritées.

     

    Ironie de l'Histoire, le véritable sultan du Maroc, le jeune Sidi Mohammed, futur roi Mohammed V, séjourna à l'hôtel de L'Hermitage à La Baule dit jour après avec sa suite et son grand vizir...

     

    Après la fête de juillet 1930 :

     

    Le Sultanat tenta de se maintenir, mais il fallut se renouveler, et le comité du Petit-Maroc commença à avoir du mal à organiser ses fêtes chaque année, et à des dates fixes.

    En 1934 les fêtes de l’Indépendance Marocaine eut lieu les 1er septembre et dimanche 2. Elles débutèrent par grande fête vénitienne dans le bassin en présence du Sultan. Dix barques chargées transformée en nefs, garnies de lanternes et de drapeaux décrivirent des ronds sur l'onde du bassin. Devant la Chambre de Commerce la Société de gymnastique de jeunes filles de l'Union de Méan-Penhoët exécuta des ballets et des danses avec orchestre et effets de lumière, qui furent suivit de deux bals en plein air. Le dimanche matin, tir de bombes, réveil en fanfare et ouverture de l'exposition de bateaux modèles et de tableau par le peintre Émile Simon[4] à la Criée. À 10 heures, concours de pêche à la ligne, avec de nombreux prix. Dans l'après-midi grande kermesse avec mât de cocagne, concours de fumeurs, de grimacer, repas d'affamés, pêche miraculeuse, jeux de massacre, lapinodrome, ventes diverses, concours de natation, courses aux canards, courses à l'aviron noces bretonnes, comiques ambulants, concerts. Le Comité avait fait appel à tous ceux qui avaient des costumes bretons à venir habillés pour participer au défilé d’une noce bretonne. Le cortège, toujours accompagné du consul d’Auvergne, s’était rendu à l’Hotel de Ville, où monsieur Blancho et son premier adjoint, monsieur Drouin, reçu les jeunes mariés à 16 h 30. Monsieur Blancho déclara qu'il n'avait pas à prononcer les textes sacramentels du mariage à cause de la jeunesse des prétendants. Le cortège fit une tour en ville et regagna la place de la Vieille-Église. Les fêtes se terminèrent par un feu d'artifice et deux bals populaires que la pluie écourta.

     

    Saint-Nazaire, Petit-Maroc

    Défilé de la noce Bretonne le 2 septembre 1934.

     

    En 1935 et 1936, pas de fêtes. On finit par en redonner les 21 et 22 aout 1937 sous la présidence toute neuve de monsieur Denier qui tenta de redonner vie à l’institution. Il fut décidé de recevoir « Œil de Lynx, grand chef des mohicans, pour fumer le calumet de la paix ».

    Le samedi il y eut kermesse, lapinodrome, course de canards, jeux de massacre. Tout l'après-midi, exposition de pigeons par la Colombe Nazairienne. Dans l'intervalle, concours de chants de coqs. À 17 heures, lâcher de pigeons, place Vieille-Église. À 21 heures grands bals dans tout le quartier. Le dimanche À 7 heures réveil en fanfare par le Ralliement. À 8 heures pêche à la ligne quai Démange. À partir de 9 heures, il y eut une multitude de courses à pied, course des assoiffés, qui consistait à aller de bar en bar pour y boire en terrasse des choppes de vin rouge... les participants finirent les vêtements maculés sur le sol… À 13 h. 30 ouverture de la fête en musique. À 14 heures réception du chef indien Œil de Lynx par le Sultan du Petit Maroc et sa suite sur le Vieux Môle. À 14 h. 15 défilé dans le quartier, suivit à nouveau de courses ! Courses à l'œuf, à la valise, course de bateaux à rames au Vieux Môle, course de plates dans le bassin jusqu'au pont de la Douane et retour, course à la bougie. À 16 h. 45 mât de cocagne au petit jardin. À 17 heures concours de danse du ventre. À 17 h 15 course en sacs. À 17 h 30 mangeurs de boudins. À 18 heures défilé dans le quartier par toute la troupe suivit d’un lâcher de 500 pigeons sur le Vieux Môle. À 21 heures grands bals champêtres et musettes dans tout le quartier. L’époque ayant changée, il n’y avait plus d’orchestre, ce fut au son d’un pick-up et d’haut-parleurs que dansèrent et défilèrent les gens.

     

    En 1938 les fêtes de l’Indépendance du Petit-Maroc débutèrent le dimanche 19 juin avec l’installation de forains qui restèrent toute la semaine suivante sur la place des Bassins. Les fêtes finirent le 26 juin avec un bal populaire.

     

    Après, ce fut la guerre, et la ville fut rasée… Il n’y eu plus de Sultan, mais le nom de Petit-Maroc fut donné au quartier reconstruit, et on y logea les pécheurs du Port.

     

    [1] Voir article : http://saint-nazaire.hautetfort.com/charles-beilvaire/

    [2] On pourrait citer, entre autres, plusieurs envoyés à la coloniale, ou encore madame Dolores Bord, épouse séparée de l’homme de lettres et historien nazairien Gustave Bord, ainsi que leur fils ainé Voir article : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/06/13/le-chateau-de-porce-a-saint-nazaire-premiere-partie.html

    [3] Voir article : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/07/03/je.html

    [4] Émile Simon, (28 février 1890 à Rennes - 25 septembre 1976 à Clohars-Fouesnant), professeur à l’École des beaux-arts de Nantes, il fut sociétaire du Groupe Artistique de Saint-Nazaire. Il disait à ces élèves : « Il faut, surprendre la vie et peindre dans l’emballement ».

  • Quand le soldat américain perdit son épée...

    Inauguré le 26 juin 1926, le monument commémoratif du débarquement des troupes étasuniennes, offert à la ville par une association d’anciens combattant d’outre Atlantique. Il était l’œuvre de Gertrude Vanderbilt Whitney, élève (payante) de Rodin, à qui l’on doit entre autres le monument commémoratif du naufrage du Titanic, figurant une femme en robe tunique, les bras tendus, comme le soldat de Saint-Nazaire, et dont le réalisateur James Cameron s’inspira pour la scène la plus fameuse de son film. Gertrude Vanderbilt Whitney avait réalisé une marquette en glaise, qui fut retirée en bronze, et dont un exemplaire se trouve aujourd’hui à l’Eco Musée ; c’est un don fait en 1954 par la fille de la sculptrice. Pour le monument original, il avait fallu s’adresser à la fonderie d’art Henri Rouaud. Le corps et la structure avaient été réalisé d’après la maquette, et madame Whitney avait retouché la maquette grandeur nature réalisée par un assistant, et sculptée seule le visage et les mains du soldat, ainsi que la tête de l’aigle, le bout de ses ailes et sa queue. Elle en remporta les moulages, mais on ne sait ce qu’ils advinrent.

     

    Les Archives municipales de Saint-Nazaire ont consacré quelques lignes superbement illustrées[1] à propos de l’inauguration de ce monument qui fut dynamité le 13 décembre 1941 par l’occupant allemand en représailles de l’entrée en guerre des États Unis d’Amérique. Le Sammy actuel est une restitution due à l’initiative de monsieur Michel Lugez, qui après trois années de travail et une souscription franco-américaine, permit à la ville de retrouver un très bel élément de son patrimoine. La nouvelle statue est due à Pierre Fouesnant.

     

    Le monument original se composait de plusieurs éléments coulés à part et assemblés sur le site, comme l’illustre la photographie ici reproduite et conservée aux Archives municipales, (Express photo. – Saint-Nazaire, 1926 - Fonds Maltier, Archives municipales de Saint-Nazaire 13J/4).

     

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    Sur cette photographie on observe que la lame de l’épée manque. La technique ne permettait pas de la mouler avec la main en une seule pièce. La lame fut donc fondue à part, puis assemblée sur le rocher du Soulvain sur la plage du Grand Traict avec le reste de la composition, sous la direction de l’architecte Charney.

     

    monument américain, Gertrude Vanderbilt Whitney, saint nazaire

    Le monument de 1926 achevé.

     

    L’épée devenue croix :

     

    Le samedi 24 janvier 1931, vers 2h du matin une bourrasque arracha la lame de l’épée. Jacqueline Bruno, journaliste au Courier de Saint-Nazaire, commenta dans l'édition du jour, qu’il était ainsi « transformé en Croisé de la Paix ». La lame fut ramassée par Joseph Rabine, marin-pêcheur domicilié 37 rue d’Anjou, qui la déposa au commissariat de la rue des Quatre-Vents. On ne la refixa jamais, et nul ne sait ce qu’il advint de l’objet. Le monument resta en l’état, jusqu’à son dynamitage.

    Après la perte de la lame, au touriste qui demandaient ce qu’était ce monument, les Nazairiens répondaient que c’était le saint patron de la ville…

    Gertrude Vanderbilt Whitney, monument, saint nazaire

    Le monument après la perte de la lame de l'épée.

     

     

    [1] http://archives.saintnazaire.fr/actualites-1095/ils-sont-venus-sur-les-ailes-de-laigle-le-monument-americain-2255.html?cHash=87fca4a2775b3f7186ec697da5ee28e7

  • Chapelle Notre-Dame de Toutes Aides

     

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    La chapelle Notre Dame de Toutes Aide, carte postale Gaby. 

     

     

    Durant l’Ancien régime, la paroisse de Saint-Nazaire était divisée en frairies. A la périphérie de la ville fortifiée qui occupait le rocher maintenant occupé par le quartier du Petit-Maroc, se trouvait la Frairie de la Vieille-Ville, dont le nom est le souvenir du port antique de Noedunum, redécouvert par René de Kervilers, situé à proximité du Dolmen et de l’ancienne rive de la Loire dont le cours est depuis modifié.

    Cette frairie couvrait le territoire de plusieurs fiefs, dont celui de La Vieille-Ville, du Prieuré Saint-Jean-Baptiste, du Bois Savary, celui du manoir du Sable, et des deux petites seigneuries des Bouexières et de la Ville-aux-Fèves. C’est au manoir de cette dernière que se trouvait la chapelle de la Frairie, dédiée à Saint-Jacques. L’abandon progressif du manoir reconverti en ferme, entraina la ruine de la chapelle seigneuriale. Le 10 septembre 1635 Jan Mothais, sieur de La Girauderie, vicaire et régent de Saint-Nazaire, (régent signifie maitre de des petites écoles), fut nommé chapelain de la Ville-aux-Fèves. Jan Mothais de La Girauderie appartenait à la même famille que Jan Mothais, sieur de La Vielle-Ville, avocat à la Cour, cité dans les registres paroissiaux comme époux en 1655 de Catherine Bernier, et en 1661 de Perrine Le Faché. Trouvant la chapelle Saint-Jacques en ruine, le père Mothais décida de désacraliser le lieu et d’en édifier un nouveau sur un terrain qu’il avait acquis. La nouvelle chapelle, dédiée à Notre-Dame de Toutes Aides, figurée comme une vierge noire, fut achevée en 1659 comme en témoigne la date gravée sur une poutre. La chapelle est donc le plus ancien édifice catholique subsistant à Saint-Nazaire.

    A cette refondation fut associé la possession d’une maison située dans le bourg de Saint-Nazaire. Le père Mothay de La Girauderie décéda le 16 janvier 1660.

     

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    Description :

     

    Située aujourd’hui impasse de la Chapelle, située au croisement de la rue de Toutes Aides et du Boulevard de la Fraternité, l’édifice est un exemple typique de chapelle bretonne du 17e siècle. Une seule nef, longue d’une dizaine de mètre de long, sur environ 5m de large, orientée vers l’Est à la charpente soutenue par deux grosse poutre en chataigner. On y pénètre par deux portes en plein cintre, une à l’extrémité Ouest, sous un clocheton, et une autre au Sud. Elles ont chacune à droite un bénitier en granite pris dans la muraille, de taille grossière. L’autel, adossé au chevet, est éclairé latéralement par deux fenêtres en plein cintre, de 70x50cm et 79x50cm.

    La chapelle, en dehors du mardis des Rogations où l'ont y disait une messe, fut sous le Second Empire un prétexte aux promenades. Une auberge existait alors dans l’une des maisons du hameau à proximité. Les peintres amateurs ou professionnels de genre, en firent plusieurs représentations dans l’esprit et le gout bretonnant alors en vogue.

    A la création de la paroisse Saint-Gohard en Saint-Nazaire, par décret du 23 décembre 1923, c’est le curé de cette nouvelle église qui en reçu l’usage.

    Une première restauration eut lieu en 1911 à l'initiative du chanoine Blanloeil, curé de Saint-Gohard. La chepelle ne servait alors plus depuis 1903, et il fallu attendre 1915 pour qu'une procession y ait à nouveau lieu.

    Henri Moret en donne une description de l’autel en 1925. Il était alors en pierre de Crazannes, (carrière en Charentes), abondamment sculpté, et mentionne la présence de la Vierge Noire offerte par le père Jan Mothay de La Girauderie. Cet autel disparu à la suite de la guerre, probablement volé durant le déblaiement. La Vierge elle-même avait disparue durant l’Occupation. La chapelle échappa de peu à un bulldozer grâce à l’intervention d’un voisin qui avait réintégré sa maison durant le déblaiement.

    C’est le père Rene Pointhière, ancien vicaire de Vieillevigne, nommé à la Libération curé de Saint-Gohard, qui procéda en 1953 à seconde la restauration et fit resacraliser le lieu. Il choisit re rétablir l’autel par une structure en moellons, et fit daller le sol. Alors que le père Pointhière supervisait la construction de la nouvelle église Saint-Gohard, il fut mis en contact avec Gabriel Loire, peintre et vitrailliste établit à Chartres, qui avait dessiné pour l’église principale de Saint-Nazaire des grilles et des meubles en ferronneries, volés durant le déblaiement, à la demande du Chanoine Gouy entre 1937 et 1941. Après avoir réalisé les nouveaux vitraux de l’église de L’Immaculé, Gabriel Loire participa au concours organisé par la Coopérative des églises pour la réalisation des vitraux de Saint-Gohard. S’il ne fut pas retenu pour ce nouveau chantier, il fut charmé par la chapelle de Toutes-Aides, et offrit généreusement deux nouveaux vitraux pour celle-ci. Le premier illustre l'annonciation faite à Marie par l'archange Gabriel, l’autre représente la Vierge couronnée veillant sur des enfants. Monsieur Jacques Loire, fils de Gabriel, nous a ouvert les archives de l’atelier familiale, et nous a appris que c’est lui qui est l’auteur des deux vitraux offerts par son père à la paroisse. Les échanges entre le père Pointhière et Gabriel Loire nous apprennent que le curé pressa son généreux donateur dès mai 1953 afin que les vitraux promis soient installés pour la bénédiction par monseigneur Villepelet, évêque de Nantes, prévue le 28 juin 1953. Deux maquettes furent envoyées pour approbation le 11 mai, le père Pointhière craignait que les vitrages rendent obscure la chapelle, ce au sujet de quoi Gabriel Loire le rassura.  Un courrier daté du 3 juin annonça qu’on avait rendu à la paroisse la Vierge noire. Celle-ci fut placée sur une sellette de pierre au-dessus de l’autel. Malgré le délais court, Gabriel Loire apporta les vitraux à temps à Saint-Nazaire, et sur des visseries réalisées par monsieur Pilpré, menuisier rue de la Motte à Saint-Nazaire.  

    On a depuis ajouté deux volets extérieurs aux baies pour des raisons de sécurité.

    De nos jours la messe n’y est dite qu’à l’occasion du 15 août. La chapelle est ouverte tous les jeudis de 14 h à 18 h durant le mois d'août, et aussi le lundi, en période scolaire. Avant la première-guerre-mondiale il y avait à proximité du chevet une croix de calvaire en fer, on faisait passer entre la croix et la chapelle les enfants malades pour qu'ils guérissent, on faisait aussi faire leur premier pas aux enfants autour de la chapelle pour que la Vierge les prennent sous sa protection, et, suivant une tradition bretonne, les femmes des marins venaient balayer la chapelle dans le sens du vent qui serait favorable aux époux en mer.

     

  • Notes sur la famille Laborde

    La famille Laborde s'établie à Saint-Nazaire, dans la Grand Rue, durant la Restauration avec Charles Laborde, que l’on pense être né à Bayonne en 1797, officier de marine, fils de Jean-Baptiste Laborde, capitaine, et de Marie Billard ; de son épouse d’Anne-Françoise Tartoué, il eut deux fils qui ont marqué l'histoire de notre ville :

    1° Charles Honoré, né le 1er novembre 1826 à Saint-Nazaire (déclaré le 2), baptisé le 16 ; il fit ses études au petit séminaire de Guérande. Il fut ordonné prêtre en 1850, par monseigneur Sibour, à Saint-Sulpice, dont il avait dirigé les catéchismes. Il devint secrétaire de monseigneur Jaquemet évêque de Nantes, qui le nomma, en 1855, chanoine honoraire. En 1857 il fut élevé à la dignité de vicaire général honoraire, puis, en 1859, à celle de vicaire général titulaire. En 1869, le chapitre de l’Église de Nantes le nomma vicaire capitulaire, avec l’abbé François Richard de La Vergne (futur archevêque de Paris, puis cardinal). Durant la guerre de 1870 il fut aumônier des mobiles de la Loire-Inférieure et s’illustra en Eure durant les combats par son abnégation et de sa charité. Il y contracta une pleurésie dont il souffrait encore, quand monseigneur Fournier, évêque de Nantes, lui confia en avril 1870, la cure de Saint-Similien à Nantes, composée de vingt mille âmes, « surtout d’ouvriers et de gens du peuple ». Il y veilla au développement des œuvres de charités, et fut un pasteur très actif après de ses ouailles. Il fut nommé évêque de Blois, par un décret ministériel du 9 juin 1877, ce que confirma la Vatican le 25 juin par préconisation du pape Pie IX, « étonné d’abord, il a dû obéir. bien qu’ayant le cœur déchiré » (cf. Revue de Bretagne et de Vendée). Il prit pour armoiries : d’azur à Notre Dame des Aides sur un nuage, tout d’argent ; au chef du même chargé de cinq mouchetures d’hermine de sable. Monsiegneur Laborde, quoiqu'évêque de Blois, célébra la grand-messe, le dimanche 2 août 1891 en l'église principale de Saint-Nazaire, qui avait été inaugurée cinq jours auparavant. Son visage a été sculpté sur l'un des chapiteaux des transepts cette l'église, côté Évangile (c'est à dire à droite quand on est face au chœur).  Il décéda le 18 mai 1907.

    2° Joseph-Marie-Athanase, né le 29 juillet 1838 à Saint-Nazaire. D’abord engagé dans la Marine marchande, il entra dans la Marine militaire le 15 juillet 1859. Lieutenant de vaisseau au 3e Bataillon de fusiliers marins, il fut affecté août en 1870 à l’Armée de Paris, comme capitaine de la 6e compagnie. « Au cours du siège de Paris, le 21 décembre 1870, l'Armée de Paris tenta une sortie dans le nord de la capitale. Le corps d'armée de Saint-Denis, commandé par le vice-amiral de La Roncière, fut chargé de s'emparer du village du Bourget, fortement défendu par les troupes ennemies. Le 3e Bataillon, commandé par le capitaine de frégate Lamothe-Tenet, réussit à s'installer au centre du village, mais privé du soutien du 134e Régiment d'infanterie qui n'avait pu attaquer par le sud comme prévu, il dut se replier après avoir été soumis à un feu intense et avoir subi de lourdes pertes. Dans cette attaque, les marins perdirent 254 hommes dont 7 officiers parmi lesquels le lieutenant de vaisseau Laborde ». Son acte de décès fut inscrit au rôle d'équipage de la 3e annexe du vaisseau Louis XIV, établi à Saint-Denis le 22 décembre 1870. Une place de Saint Nazaire fut baptisée en son honneur (place avec les pots rouges).

     

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    La France illustrée, 25 août 1877

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    Armoiries de monseigneur Laborde :

    De gueules à la Vierge d'argent sur un nuage du même tenant dans ses bras l'Enfant Jésus aussi d'argent ; au chef d'argent chargé de cinq mouchetures d'hermines de sable.

     

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  • La Villa Victor à Porcé

    La Villa Victor a été construite pour monsieur Victor Dupin, dont nous avons pu établir la biographie grâce à la famille Hailaust qui lui est apparentée.

     

    Né le 4 octobre 1854 à Seiches-sur-le-Loir, Victor Dupin était le second fils d’Auguste Dupin, pontonnier, et de Marie Hailaust qui fut cabaretière à Lézigné.

    En 1872 il rejoignit avec son frère ainé, Auguste, leur oncle Louis Hailaust, qui avait fondé à Nantes Hailaust et Cie, une société d’importation de bois, dans laquelle leur père avait une participation financière. Il y fut alors commis-négociant

     

    En 1896 il fit l’acquisition à Saint-Nazaire d’un terrain situé entre le chemin de Porcé, le chemin de la Plage, et le chemin des Demoiselles. Ce sera la villa Victor, propriété toujours existante, même si les deux tiers de son parcs, planté d’essences variées, a depuis été réduit à son tiers, au profit des immeubles du 97 chemin de Porcé, et 28 chemin de la Plage.

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    La villa Victor en 1912, (coll. David Silvestre)

     

    La demeure, en moellons de granite, a conservé jusqu’à présent son décor d’origine. Une cheminée dans le grand salon, en stuc, porte les initiales VD, et est décorée de panneau de céramiques figurant une biche et un cerf et des oiseaux autour du foyer. Le rez-de-chaussée comporte des parquets, en damier trompe-l'œil dans le bureau, avec une étoile dans le bow-window du salon, ainsi que des plafond en caissons dans le style typique de la presqu'île guérandaise.

    La maison était à l’origine associée à un bâtiment rectangulaire en pierres enduite et garniture de briques, abritant remises et logement des employés. Construit le long du chemin de Porcé, il a aujourd’hui disparu.

    En 1906, Victor Dupin devint directeur de la succursale nazairienne de Hailaust et Fils. En 1908 son cousin germain, Georges Hailaust donna une importante extension à la société en s’associant à Carl Benjamin Gutzeit, un négociant d’origine norvégienne établi à La Rochelle. L’entreprise devient Société d’Importation des Bois du Nord et d’Amérique Hailaust et Gutzeit. A la même période, monsieur Van Duym, vice-consul de Norvége à Saint-Nazaire depuis 1906, décida d’abandonner ses fonctions, la Norvège n’a retrouvé son indépendance qu’en 1905 après 518 ans de soumission au Danemark puis à la Suède - monsieur van Duyn était aussi vice-consule de Danemark depuis 1881). Victor Dupin reçut alors l'exequatur de vice-consul de Norvège. L’annonce parut dans le numéro de juillet 1908 de la revue Questions diplomatiques et coloniales, et au Journal officiel le 18 octobre 1908.

    Victor Dupin saint nazaire

    Victor Dupin devant sa villa en 1912

     

    En 1911, Victor Dupin quitta la direction de la succursale de Saint Nazaire. C’est à cette époque que, retraité, il posa devant sa villa pour un carte postale éditée par Delaveau à Saint-Nazaire.

    Le 24 juillet 1916, alors âgé de 61 ans, il épousa à Saint-Nazaire Marie-Joséphine Evrare, et décéda mois de trois semaines plus tard, le 11 août 1916.

  • Le major général de la province d’Accadie est à Saint-Nazaire en 1710

    Le registre paroissial de Saint-Nazaire mentionne à la date du 5 décembre 1710 le baptême de Charles de Gannes, fils de Louis de Gannes, écuyer, seigneur de La Falaize, major général de la province d’Accadie, et de dame Marguerite Le Neuf.

     

     

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    Extrait de l'acte de baptême de Charles de Gannes.

     

    Louis de Gannes de La Falaize, est né à Buxeuil, (Vienne), où il fut baptisé le 10 août 1664. Il était le fils de Louis de Gannes, écuyer, seigneur de Falaise, de Rosne et de La Chancellerie, gendarme d'une compagnie du roi, et de Françoise Le Bloy. Sa famille maintenue noble par J.H. Barentin suivant les arrêts du Conseil d'Etat des 22 mars 1666 et 5 mai 1667 dans la généralité et élection de Poitiers (A. Gouget, Armoriai du Poitou). Elle avait pour armoiries : d'hermine à huit mouchetures d'hermine de sable, posées 4, 3 et 1.

     

    Garde de la marine en 1683, Louis de Gannes passa en qualité de lieutenant d’infanterie des troupes de la Marine en Canada en 1687, puis fut nommé capitaine à l'Acadie 1er mars 1696. Après deux veuvages, à l’âge de 40ans, il se maria le 5 août 1700 Rivière Saint-Jean (province de Québec), avec Marguerite Leneuf de La Vallière, âgée de 21ans, native de Beaubassin (aujourd’hui Amherst en Nouvelle-Ecosse). Elle était la nièce de sa première épouse.

    Le 1er mai 1704 il fut promu major de troupes d'Acadie à Port-Royal (aujourd’hui Annapolis, Nouvelle-Ecosse).

    Port-Royal fut prise par les Bostonnais le 13 octobre 1710, durant la deuxième guerre intercoloniale. Les troupes françaises quittèrent la ville et Louis de Gannes de La Falaize embarqua immédiatement avec sa famille à bord de La Dépêche. Marguerite était alors enceinte de son 9e enfant. Celui-ci naquit en mer le 11 novembre, et fut ondoyé le 12. À l’arrivée du navire en rade de Mindin, la famille débarqua à Saint-Nazaire, et le baptême de Charles fut préparé.

    Charles de Gannes, neuvième enfant du couple, reçu ainsi le baptême en l’église de Saint-Nazaire, le 5 décembre 1710. Son parrain fut le frère de sa mère, Alexandre Leneuf, écuyer, seigneur de Beaubassin, capitaine de la Marine ; sa marraine fut Marie-Anne de Goutin[1], épouse de Michel du Pont de Renon[2], aide-major. Tous avaient fuis Port-Royal. Il est à noter que dans le registre le nom de la marraine est orthographié Anne des Goudains, et qu’elle signe Renon.

     

    Louis de Gannes profita de son séjour forcé en France pour régler la succession de ses parents, chez maitre Gibouin, le 4 avril 1711, puis, nommé à Québec, comme major-général de l’Ile royale. Il s’en retourna en Amérique avec sa famille à la fin de juillet 1711, depuis à Rochefort, à bord du Héros, avec deux compagnies de l’Acadie, la sienne et celle du capitaine de Renon. Le 7 octobre 1711, il arrive à Québec. Le dixième enfant du couple, Louis, naquit à Québec le 25 novembre 1711. Louise-Thérèse, onzième et dernière enfant y naquit le 6 octobre 1713. Fait chevalier de l’Ordre de Saint-Louis le 28 juin 1713, en novembre il partit pour la France afin de voir au détail des troupes de l’Acadie restées stationnées à Oléron depuis 1710, et qui devaient se rembarquer pour l’île Royale. Il décéda le 25 février 1714 en arrivant à La Rochelle.

     

    Sa veuve, décéda le 24 mars 1760 à Trois-Rivières (Québec).

     

     

     

    Charles de Gannes, connu par la suite comme Charles-Thomas, fut officier de marine. Il se maria avec Madeleine-Angélique Coulon de Villiers[3] [3]le 23 octobre 1749 à Trois-Rivières. Le couple eut sept enfants, entre 1750 et 1761, dont seule une fille atteint l'âge adulte. Enseigne en second en 1733, il fut promu enseigne en pied en 1738 et lieutenant en avril 1744 ;  en garnison à Louisbourg en 1753, il fut lieutenant dans l’une des deux compagnies du Canada qui avaient été envoyées à l’île Royale ; major en 1757 au fort Saint-Frédéric ; il en fut fait capitaine le 1er janvier 1759. Sur demande du marquis de Vaudreuil faite au ministre Berryer, le 7 janvier 1761, il fut proposé pour la croix de l’ordre de Saint-Louis, avec la mention suivante : « Officier de 1733 ; homme de mauvaise santé et qui fait tout ce qu’il peut. La date de ses services et sa bonne volonté ne méritent pas de le laisser dans l’oubli ». La demande resta sans suite.

    Son épouse fit publier dans La Gazette de Québec du 16 février 1767 : « Damoiselle Angélique Villiers, épouse de Monsieur Charles de Gannes, chevalier de Falaise, avertit le public que, pour son avantage et celui de ses enfants, elle a renoncé par un acte public à la communauté d’entre elle et son époux de présent en France et dans le dessein d’y rester ».

    Charles embarqua pour la France en octobre 1761 à bord de La Jeanne. D’après l’état de la noblesse canadienne, recensement dressé par Carleton en 1767, il résidait à Tours à cette époque, il s’était établi à Tours.

    Le 13 mars 1769, le ministre de la marine écrivait au marquis de Paulmy qu’il ne pouvait « pas nommer capitaine en la légion de l’Ile de France, le chevalier de Gannes Falaise, capitaine ci-devant du Canada, car ce serait faire injure aux lieutenants que d’y admettre des capitaines pris hors corps. »

    On perd ensuite sa trace et on en le retrouve pas dans la liste des chevaliers de l'Ordre de Saint-Louis.

    Son épouse, Madeleine-Angélique Coulon de Villiers, décéda 8 février 1810 à Chambly (province de Québec).

     

    Son parrain, Alexandre Leneuf de La Vallière de Beaubassin, fut pris sur le Neptune et emmené prisonnier en Angleterre en août 1711, alors qu’il revenait de France porter des secours en Acadie. En octobre, il se trouva sans argent à Paris. Louis XIV, en reconnaissait ses services le fit chevalier de Saint-Louis en juin 1712. Il décéda en mer, à bord du Héros, en septembre de la même année.

     

    Sa marraine, Marie-Anne de Goutin, resta en France jusqu’à ce que son époux, Michel du Pont de Redon, fut nommé aide-major de la nouvelle colonie de l’île Royale en 1714 ; en juin 1715 il en fut capitaine. Veuve le 4 septembre 1719, elle se remaria en 1724 ou 1725 épousa, avec Michel Hertel de Cournoyer, subdélégué de l’intendant à Port-Dauphin, (aujourd’hui Englishtown, Nouvelle-Ecosse).

     

    [1] Elle était fille d’un roturier, Mithieu de Goutin, né Goutin, conseiller du roi, lieutenant général civil et criminel, écrivain du roi, dont la descendance s’unit avec toutes les familles nobles du Canada français.

    [2]  Membre d’une faille noble du Saintonge qui portait : d'argent, à quatre chevrons de gueules.

    [3] Famille noble issue de Nicolas Coulon, seigneur de Chargny et de Boutinville, conseiller du Roi, prévôt juge civil et criminel de la ville de Mantes, anobli en 1590. Portait : D’azur à une face d’or chargé de trois têtes de maure, bandées d’argent. (La nièce de Madeleine Angélique, Charlotte Amable Coulon de Jumonville, présenta ses preuves de noblesse pour les demoiselles de Saint-Cyr le 17 février 1762 (B.N., fr. 32135, dossier n° 75).

  • Publication sur Despiau

     

     Nous avons le plaisir de vous informer la publication aux éditions Atlantica de l'ouvrage que madame Elisabeth Lebon, docteur en Histoire de l'art (Paris I Panthéon-Sorbonne), a consacré au sculpteur de Charles Despiau, et où il est, entre autres, question de " La Faunesse ", dont nous avons eu plusieurs fois l'occasion de parler sur ce blog.

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    http://www.atlantica.fr/livre/22035

  • Coiffes et costumes nazairiens

    frogozsydneyaussie.jpgLes costumes dits « régionaux » sont nés durant le règne de Charles X. Il était alors en vogue de retourner vers des racines identitaires et moyenâgeuses idéalisées d'une France composite en réponse à la politique unitaire née de la Révolution. Si les coiffes particulières à chaque « pays » existaient déjà depuis des temps très anciens, leurs particularités et tailles furent exagérées pour convenir à la mode du temps. A Saint-Nazaire les coiffes et les ornements de tenue d’apparat n'y échappèrent pas. Gravure de l'époque romantique, daguerréotypes et photographies datant de la fin du règne de Louis-Philippe au milieu du XXe siècle en témoignent. Si l'aquarelle représentant une femme de Saint-Nazaire et deux de Pornichet en coiffe de cérémonie priant dans l'église Saint-Nazaire réalisée par François-Hippolyte Lalaisse en 1843 et publiée sous forme de gravure dans Recueil des costumes de la Bretagne et des autres contrées de la France en 1844, puis dans Galerie armoricaine en 1848, (image ci-contre), est aujourd'hui la représentation la plus connue, on s’intéressera à une petite publication intitulée Coiffes et costumes de la région nazairienne, et publiée par les éditions du journal Le Courrier de Saint-Nazaire en 1938, dont l'auteur est Jacqueline Bruno, journaliste spécialisée dans l'histoire locale, qui de 1931 à l'évacuation de Saint-Nazaire en 1939 publia régulièrement dans le journal des articles très détaillés et des interviews qui sont une source importante pour les historiens, amateurs et curieux de l'histoire de Saint-Nazaire. Cet opuscule de 1938 reproduit, sans commentaire et description hélas, des photographies anciennes de Nazairiennes en costume et coiffe, tirée d'album de familles non identifiées.

     

    Description :

     

    Edouard Richer, dans son livre " Voyage pittoresque ", publié en 1823, écrit à propos des costumes nazairiens :

    " Les femmes, habillées en bure toute la semaine, mettent les jours de fête, des vêtemets de soie de toute les couleurs, des tabliers de mousseline, des coiffures garnies de dentelles et des croix d'or azurées. Le lingue répond mal à cet ajustement le plus beau et le plus fin étant employé par les homes, les femmes sont forcées de se servir d'une sorte de grosse toile d'étoupe. "

     

    Durant les années 1840 le costume des Nazairiens est celui des marins des années : un pantalon avec une veste et un gilet en laine bleue ou noire, une chemise blanche, et un chapeau rond, à bord relevé et calotte basse, avec boucle en argent ou en nacre qui retient un ruban retombant en deux longs pans à l'arrière.

     

    01.jpgLe costume des Naziairiennes à partir de 1840 est très simple et semblable à peu de chose près à l'ordinaire qu'à la fête. Il se compose d'une camisole noire, en coton, popeline, ou en velours selon la fortune, d'un corset qui se lace par le devant, dont le bas partait en pointe vers le sexe, d'un fichu en jaconas en semaine, unis ou imprimé, et d'un col blanc, orné de dentelles ou de broderies blanches pour les cérémonies. Plus ce col était ample et surchargé, plus la femme affirmait sa fortune. La jupe, longue, est dans le même tissu que le corset. Traditionnellement la couleur du vêtement est le noir, surtout dans un pays de marins qu'est Saint-Nazaire qui connaît des deuils fréquents, mais il était aussi d'usage que les jeunes filles portent du violet, les femmes mariées du bleu marine comme les hommes, et les dames âgées du noir, cependant la mode parisienne incitait les femmes les plus riches à porter des tissus imprimés ou de couleurs marron, grise, ou verte. Par-dessus la jupe s'ajoutait pour les femmes n'ayant pas de domestique ou ayant une activité professionnelle, (les femmes du bourg de Saint-Nazaire s'assuraient un revenu en tressant des chapeaux de paille, réputés pour leur qualité), un tablier cintré aux hanches, et dont le bustier est fixé par deux épingles. Lalaisse montre en 1843 les épingles sur le col, alors que les photographies anciennes les montre en dessous. Ce tablier est aujourd'hui porté de couleur violette par les dames du Cercle Celtique de Saint Nazaire, cependant comme le fait figurer dans son aquarelle originale François-Hippolyte Lalaisse, le bleu roi était la couleur courante. Le tablier était en coton à l'ordinaire. La soie n'est employée que pour la tenue du dimanche et des jours de fêtes.

     

    On distingue deux types de coiffes :

     

    845_001.jpgLa première est celle de tous les jours, petite, qui est celle portée actuellement par les danseuses du Cercle Celtique de Saint Nazaire, posée sur le chignon, en forme de sabot, en calicot blanc, linon ou tulle, bordée de dentelles, plus ou moins complexes et larges toujours en fonction de la fortune, elle se pose au-dessus d'une sous-coiffe en tissu sombre, et est fixée à l'aide de deux lacets et des épingles. On se doit d'amidonner pour en rigidifier la forme. Cette coiffe est dite de Saint-Marc par Jacqueline Bruno, mais en réalité elle était commune à toutes les Nazairiennes.

     

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    Coiffe nazairienne ordinaire dite de Saint-Marc

     

     

    011.jpgLa coiffe de cérémonie, totalement oubliée aujourd'hui, était un tube volumineux, posé à deux ou trois centimètres du front, laissant paraître les cheveux, et dégageant le visage, en tulle ou linon brodé et dentelles. Amidonnée, repliée en deux couches pour pouvoir former deux oreilles tombantes, elle comportait à l’intérieur un large peigne en bois ou en écaille qui assurait la bonne tenue de la forme.

     (photographie issue de la collection Beilvaire, dont l'originale fut détruit dans les bombardements, et qui fut exposée au public pour la première fois en 1904.)

    C'était la coiffe de cérémonie du bourg de Saint-Nazaire, mais dans la périphérie de la paroisse, on distingue une variante qui, comme les cornettes des religieuses, dissimulait le visage. Elle comportait un repli qui faisait rebord et se resserrait à l'arrière à l'aide d'un large ruban qui se finissait en deux longs pans. Cette coiffe, dite par Lalaisse de Pornichet, (Pornichet fut jusqu'en 1905 un bourg de paludiers faisant parti de la commune de Saint-Nazaire), se portait entre Guérande, Pornic, et Chateaubriant avec quelques variantes dans les années 1840 à 1860 pour ne plus se porter uniquement qu'à Pornichet par la suite.

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    Coiffe de Pornichet présentée comme celle de Saint-Nazaire...

     

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    Les femmes de Méan, dont le bourg dépendait jusqu'au Second Empire de Montoire, portaient leur coiffe de cérémonie qui se fixait très en arrière, en forme de tube simple, avec deux oreilles de dentelles triangulaires. Leur col était simple, avec deux larges pans écartés. Leur coiffe ordinaire était semblable à la coiffe simple de Saint-Nazaire.

     

     

     

     

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    Sur le daguerréotype ici reproduit, nous voyons Marie Anne Loumeau, épouse d'Émile-Fidel Ollivaud, propriétaire du chantier naval homonyme, réalisé au moment de son mariage en 1854, on voit ici la coiffe de Méan, et l'on distingue l'emploi d'un tissu imprimé d'un motif léopard, et un corsée et sa jupe en soie.

    F. Guériff rapporte que les Belles méanaises, ainsi qu'on les nommait aux 18e et 19e siècles, portaient des étoffes précieuses et des bijoux rapportés des Indes par leurs époux marins.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Jusqu'aux années 1930, il n'était pas convenable qu'une femme « sorte en cheveux ». Si la coiffe est à partir de l'Empire un apanage de paysans, les dames de la bourgeoisie bretonne continuèrent de l'arborer pour les cérémonies. Avec la redécouverte de l’identité bretonne par les intellectuels à la fin du 19e siècle, le port du costume traditionnel pour des cérémonies et des fêtes populaires fut remis à l'usage en ville. Nous reproduisons ici la photographie d'une mariée tirée de l'ouvrage de Jacqueline Bruno, et celle du jour de ses noces, propriété de monsieur David Silvestre.

     

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