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Chroniques de Saint-Nazaire

  • Trains fous en Gare de Saint-Nazaire

    Nous avons tous vu un jour l’image du train ayant traversé la façade de la gare Montparnase du 22 octobre 1895, et dont la locomotive folle alla s’écrasera un étage plus bas sur la place. Mais savez-vous que l’ancienne gare de Saint-Nazaire connu trois accidents semblables ? Oui, vous avez bien lu, il en eut trois ! Il faut dire que jusqu’à la in de la première-guerre-mondiale ce genre d’accident était commun dans les gares dites « Terminus », c’est-à-dire en impasse, et de façon plus générale les accidents de train sur la ligne de la Compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans (PO), à qui appartenait les tronçons de la Presqu’Ile étaient réguliers au point qu’on n’en parlait jamais dans la presse sauf quand il était meurtrier ou particulièrement impressionnant.

     

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    Ancienne Gare, état d'origine.

     

    Les trains, quelques soient leur provenance, devaient décélérer au nouveau de la Croix Amisse, et ne pas dépasser les 25 km/h à partir de ce point. Les trains devaient ralentir. En 1892, le mécanicien d’un train venant du Croisic n’avait pu freiner et le train entra en plein vitesse dans la gare, explosa le butoir, passa par-dessus le quai et au travers de la façade de la Gare de Saint-Nazaire au niveau deux arches qui sont à votre droite quand vous lui faite face. Cela arriva une nouvelle fois en 1907, mais cette fois le train traversa le centre de la façade ; le mécanicien sauta de la locomotive avant l’impact. La même année la Gare de Guérande vit elle aussi un convoi sorti de sa voie et se retrouver sur la route d’Herbignac. Par miracle, il n’eut aucun blessé ou tué dans ces accidents, mais durant l’année 1907, la ligne Paris-Saint-Nazaire connu plusieurs accidents meurtriers, avec des effondrements de viaducs dans la compagne angevine et mayennaise.

     

    Le seul accident en gare de Saint-Nazaire sur lequel nous sommes bien renseigné, et celui du samedi 8 octobre 1927. Ce genre d’événement étant alors devenu rare, la presse locale et la presse parisienne le couvrirent.

    L’Express 115 à destination de Saint-Nazaire, parti de Paris à 16h40, comportant six voitures de première et seconde classe, mais pas de troisième, ce qui était suffisamment rare pour que nous le soulignions. Il devait atteindre son terminus à 23h43. Arrivé à La Croix Amisse, il devrait ralentir fortement pour passer de 70 km/h à 25km/h ; le mécanicien, monsieur Chapineau, du Dépôt d’Angers, s’aperçu que les freins ne fonctionnaient plus. Il tenta de battre machine arrière, et demanda au chef de train, monsieur Barbin, lui aussi du Dépôt d’Angers, de faire fonctionner les freins à main, en le prévenant à l’aide de coups de sifflet, mais les freins à main ne fonctionnèrent pas non plus. Le train arriva dans la gare à la vitesse de 65km/h à 23h37. Sur la voie n°1 se trouvaient par chance une rame de wagons de marchandises vides, la Rame 132, dans laquelle s’enfonça la locomotive de l’Express, propulsant les wagons de la rame à l’arrêt contre le butoir d’arrivée qui céda. Les wagons passèrent par-dessus le quai, défoncèrent la façade de la Gare sur une longueur de quinze mètres, soit les deux arches à droite quand on fait face à la façade.  Deux wagons atterrirent dans le jardinet qui la longeait alors le devant, arrachant un arbre et la grille qui séparait le jardinet de la place. Heureusement le premier wagon sorti se mis de travers, empêchant que le matériel ne se retrouva sur la chaussée. Dans l’Echo de la Loire du 10 octobre 1927 un témoin qui passait au moment où arriva l’accident, dit qu’il avait entendu comme un bruit de tonnerre venant de l’intérieur de la gare, puis quelques secondes plus tard, il vit la masse sombre de la rame tamponnée trouée le mur d’enceinte de la gare et tombe dans le jardin. En même temps que la véranda brisée tombait en mille éclats, d’énormes pierres étaient projetées en l’air sous la violence du choc, et un nuage, « qu’on pouvait croire de fumée », emplissait l’atmosphère. Puis tout retomba dans le calme de la nuit que rompait seul les accords de musicaux arrivant du café Lièvre, situé en face de la gare, sortaient les soupeurs danseurs de « La Flamande des Clochards », organisée par Le Clochard Club[1] , un des fêtards dit que « le train voulait venir danser le Charleston » et que le mécanicien avait « été soudoyé par la Chambre de Commerce pour qu’on réalisa les travaux qu’elle espérait depuis longtemps », (En effet, la Chambre de commerce sollicitait depuis 1925 la Compagnie de chemin de fer pour qu’elle modifia les accès de la gare afin de les rendre plus fluide). « On se serait cru au cinéma ! » dit un témoin au journal La Presqu’Ile Guérandaise du 16 octobre 1927. La locomotive de l’Expresse eut ses tandems brisés et ses tôles tordues. Il n’y eu aucun blessé. En dehors du mécanicien et du chef de train, il y avait douze passagers dans l’Express. Seul un gendarme de la brigade de Saint-Nazaire eu à se plaindre d’un mal au genou, et une voyageuse d’une éraflure à la main. Le chef de Gare, monsieur Grangien, fit évacuer les passagers, puis les wagons de l’Express, et rédigea le rapport. Le bruit avait réveillé le quartier, et les curieux étaient nombreux dans la nuit. Au matin, la ville défila devant la gare, photographie par monsieur Rébin, photographe du studio Express Photo, prit des vues qui furent publiées dans les journaux.

     

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    Photographie par monsieur Rébin prise le 11 octobre 1927 et publiée dans Le Courrier de Saint-Nazaire du 15 octobre.

     

    Ce fut l’entreprise Audrain qui fut chargée du déblaiement et de la consolidation qui débutèrent dès 7h du matin. La PO délégua pour enquête messieurs Lequoy, inspecteur principal, Coez chef de section, et le Baron, chef de district. Le dernier wagon fut retiré le 13 octobre, on ne publia jamais le résultat de l’enquête, et l’origine de la panne de freins demeure inconnue. L’accident entraina la modification de l’accès à la gare, le jardinet fut remplacé par un perron, couvert en 1930 par une marquise.

     

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    Façade avec le perron

     

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    Façade avec la marquise

     

    [1] Une flamande est à l’origine une fête donnée entre brigands, par dérision une société de fêtard, Le Clochard Club, fondé cette année-là, dont le siège social était l’Hôtel des Colonies, puis à L’Hôtel de la Gare, et à partir de 1930 au Café des Sports de la rue Amiral Courbet, intitula les repas dansants qu’il organisait sous cet adjectif. Un orchestre, le Big Jazz, y jouait les danses contemporaines, il organisait des repas dansant au café Lelièvre, mais aussi des bals masqués à la Salle des Fêtes. Regroupant surtout des gens de moins de 30ans, le comité se composait de chanteurs, de musiciens, de peintre, de décorateur et même d ‘architectes. C’était une sorte de Montparnasse à Saint-Nazaire, image des Années Folles, qui avait des bannières portant la devise : « Rire, santé, gaité ». Le Club se développa suffisamment pour organiser aussi des fêtes sur la côte hors Saint-Nazaire. La réputation de la qualité de ses événements fit que même le maire, François Blancho, y participait régulièrement.

  • Histoire & Patrimoine n°100

    Le numéro 100 de la Revue Histoire & Patrimoine, revue de l’APHRN, se trouve en kiosques ce matin, (ici : la liste des points de ventes : https://aphrn-asso.fr/points-de-vente/ ), elle peut aussi être achetée via le site de l’APHRN, y compris en version numérique.

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    Ce numéro 100, (auquel il nous avons été une fois encore invité à participer, avec la seconde partie d’une biographie du nazairien Gustave Bord), est feuilletable sur le lien suivant : https://online.fliphtml5.com/qnsyv/jiwh/#p=1 ).

    Il rassemble comme toujours des articles intéressants sur l’histoire de Saint-Nazaire et de la Presqu’ile et de l’Estuaire, mais qu’il me soit permis de saluer particulièrement certains contributeurs pour l’excellence et la pertinence de leurs recherches :

    Ainsi, dans l’ordre d’apparition dans la publication :

    • Claude Thoméré, avec son étude historique et onomastique « Le verrou de Méan - Origine du nom de quelques anciennes îles de l’embouchure de la Loire», dont la lecture fera pour la majorité d’entre vous des éléments jusque-là inconnus ;
    • Emmanuel Mary, qui nous apprend des éléments pertinents et inédits dans « Usine élévatoire – Saint-Nazaire, Ville d’Art et d’Histoire - L’inscription au titre des Monuments Historiques », et nous fait ainsi découvrir véritablement un monument nazairien qui était jusqu’à cet article si mal connu ;
    • Daniel Sauvaget, avec ses articles «Sentinelles de la mémoire » et « Georges Bareau, sculpteur nazairien », nous fait comprendre la valeur patrimonial et artistique des monuments aux morts en les resituant dans le contexte du traumatisme de la Grande-Guerre, tout en nous éclairant sur un artiste à redécouvrir ;
    • Christophe M. Josso, avec « Le cépage nommé “Aunis”, de Guérande à Sarzeau I – Introduction : Les cépages connus en Bretagne», qui est une véritable étude de ce patrimoine actuellement perdu, et qui pourtant fut notre quotidien jusque dans la première décennie de la seconde partie du 20ème siècle.
    • Article que complète admirablement celui de Jocelyne Le Borgne, avec « Vignes et vendanges à Mesquer – 1412-1912 », qui replace dans le contexte humain et séculaire, et qui une fois de plus nous délivre la mémoire de Mesquer, qui sans les publications de madame Le Borgne, serait probablement oubliée et inconnue du grand public ;
    • Et enfin, Jean de Saint-Houardon, avec « Conlie : l’humiliation - La terrible aventure de l’Armée de Bretagne (1870-1871) ». Jean de Saint-Houardon, à propos de qui écrire qu’il a une fois de plus dire produit un travail excellant semble une redondance, tant c’est un plaisir à chaque fois de lire ses publications.

     

  • Merci pour Narcisse

    Depuis trois semaines, des déposent des cailloux sur la tombe de Narcisse Pelletier, et cette semaine une personne a déposé des narcisses. Les Amis de Narcisse Pelletier adressent leurs remerciements à ces anonymes.

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  • Paul Bellaudeau

    A l’occasion des 160 ans de la demande de rattachement du port de Méan à la commune de Saint-Nazaire, (obtenu le 13 mai 1865), les archive de la Ville de Saint-Nazaire ont publié sur leur page une illustration de Paul Bellaudeau, artiste nazairien, intitulée « Vue panoramique de la rue principale de Méan il y a cinquante ans », parue dans le journal Le Courrier de Saint-Nazaire du 15 octobre 1932.

    (https://www.facebook.com/archives.saintnazaire/photos/a.1520462947987881/4134941979873285/ ).

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    Cette illustration, tirée des Fonds et Collections Odoevsky Maslov, nous donne l’occasion de publier enfin une biographie de cet artiste que nombre de nos lecteurs nous ont demandé depuis des années, mais que nous n’avions jusqu’à présent mis de côté par volonté de vérifications de quelques éléments.

     

    Paul Bellaudeau, artiste nazairien :

     

    Paul Bellaudeau c’est toujours défini comme nazairien, il l’était, du plus profond de l’âme jusqu’au bout des ongles. Il en avait hérité l’esprit du voyage, de l’aventure, la force morale et des convictions. Pourtant il n’y est pas né, et n’en était pas originaire. Léon-Paul Belleaudeau est né à Nantes au 2 quai de l’Ile Gloriette, le 7 janvier 1899. Son père, Léon-Aimé-Joseph Bellaudeau, né à Machecoul, au hameau de La Doucetière, le 23 mai 1871, était l’ainé d’une fratrie de cinq, issue d’un père forgeron natif de Legé, d’où il était venu avec son épouse, et où les Bellaudeau sont présent depuis des temps immémoriaux. Léon-Aimé-Joseph, dit Léon, s’intéressa à la mécanique et intégra la Marine ; il fut d’abord chauffeur, puis mécanicien à bord d’un bateau pilote au moment de la naissance de son fils, sa carrière stagna longtemps ; ce ne fut que le 21 janvier 1924 qu’il fut promu officier mécanicien de 2e classe[1], et le 16 février 1927, qu’il devint chef mécanicien du vapeur du pilotage Hervé-Rielle[2]. Quand Paul naquit, son père avait 27ans, sa mère, Marie-Emilie-Antoinette Martineau, née à Legé le 7 janvier 1867, avait 32 ans. Elle était la cousine germaine de son époux ; en effet, le grand-père paternel de Paul et sa grand-mère maternelle étaient frères et sœur.

    Paul avait quatre ans quand sa famille s’établit à Saint-Nazaire, au rez-de-chaussée du 13 de La Rue Neuve, en 1903. La maison, divisée en trois appartements, était un manoir urbain relevant directement de la Vicomté durant l’Ancien-Régime, construite à la fin du 15ème siècle, avec une tour escalier, dont le jardin s’ouvrait sur l’Estuaire, mais hélas coupé de son accès au fleuve par la construction du Quai de Marées. Une demeure sans eau courante et dont il fallait vider les pots de chambres dans la Loire par-dessus le mur du quai, avait tout du château de conte de fée pour un enfant. Paul y grandit, frêle, fragile des poumons, fragilité qui tourna à l’asthme en raison des briquettes faite de poussières agglomérées de charbon, moyen de chauffage des familles pauvres, vendue sur le port par la Société des Houilles et Briquettes de Saint-Nazaire[3].

    Solitaire, rêvant d’aventure en mer, chapitré des valeurs du catholicisme par une mère bigote qui l’envoya uniquement à l’école religieuse, (Notre Dame d’Espérance, rue des Sables, externat à Saint-Joseph), il fut imprégné très tôt d’une Foi et d’une religiosité exacerbée. Certificat d’étude en poche, on ne lui laissa pas d’autre choix que celui d’entrer chez Haillaust et Gutzeit, marchands de bois du Nord, sa santé lui interdisant le métier de marin. Doué pour le dessin, il arriva à 17 ans à intégrer comme dessinateur Les Ateliers et Chantiers de la Loire. Nous étions en 1916, on manquait de personnel et le jeune Paul savait naturellement dessiner, talentueux, mais sans culture. Plus tard, rêvant sa vie, enjolivant son passé, il prétendra être entré à l’école d’hydrographie, puis avoir tout abandonné pour partir au Canada y mener « quelques temps la rude vie des marchands de fourrures », s’en être allé à Constantinople, « qu’il visite, admire, fouille », mais par nécessité matérielle avoir « abrassé la carrière militaire [allant] au Maroc en 1922 »[4]. La réalité est tout autre. Il ne vit jamais le Canada ; il fut incorporé en février 1918 au 93e régiment d’Infanterie, se retrouvant cantonné à Pargny dans la Somme, faisant la Seconde bataille de la Marne, la bataille de l’Aisne. De là il intégra le 1er régiment des Zouaves, qui de l’Aisne fut envoyé en 1919 à Casablanca, où on le retrouve, 2ème classe, décoré de la Médaille coloniale avec agrafe le 25 janvier 1921. Pour les pauvres, l’Armée offraient la possibilité d’études et de formations en échange d’un long engagement[5]. Paul en profita pour se cultivé, mais cela ne fut qu'en surface, et maladroitement. Il n'approfondit les quelques brides de culture classique qu'il absorba à cette période.

    Affecté au service géographique de l’Armée après une formation en hydrographie, il reçut la Médaille de la Paix du Maroc, décoration espagnole, et fut fait chevalier de l’Ordre du Ouissam alaouite chérifien[6], ordre de la Couronne Marocaine[7]. Profitant d’une permission à Saint-Nazaire en janvier 1925, il illustra le menu du repas précédant le vernissage de l’exposition du Groupe Artistique[8], tenu à l’Hôtel de Bretagne[9]. Durant un autre séjour en janvier 1930, alors qu’il exposait au Salon du Groupe Artistique quelques dessins fait au Maroc, Renée Bernard, la fille du directeur du Courrier de Saint-Nazaire, qui publiait dans ce journal sous le pseudonyme de Jacqueline Bruno[10], le persuada d’illustrer pour elle des textes d’une plaquette qu’elle projetait d’éditer. Ils firent alors dans les derniers jours de janvier 1931, une longue promenade sur les sites de Dissignac et du Pé. Au milieu du paysage aux arbres dénudés, Paul fit des croquis qui lui servirent pour des dessins à la plume. L’ensemble fut publié à la fin du mois de mai 1931 sous le titre « Les curiosités mégalithiques de Dissignac et du Pé en Saint-Nazaire-sur-Loire », et comprend, outre des vues des mégalithes en question, des représentations des calvaires de Dissignac et des Forges.

     

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    Couverture du fascicule de Jacqueline Bruno, mai 1931

     

    Cette collaboration avec Jacqueline Bruno lui ouvrit les portes du Courrier de Saint-Nazaire ; dès l’édition du 2 mai 1931, il illustra le journal d’un premier dessin inspiré d’une photographie de l’ancienne église, (détruite en 1896)[11]. Le dessin eu tant de succès, qu’il fut reproduit immédiatement en tirages particuliers, offert aux souscripteurs de la levée de fonds au profit de l’Orphelina des Sœurs gardes malades de la rue du Traict. Ce furent, du 2 mai 1931, jusqu’au 5 juin 1942, une collaboration qui mena à l’illustration de 30 éditions du Courrier de Saint-Nazaire.

     

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    La « Vieille-église », dessin de Paul Bellaudeau publié dans Le Courrier de Saint-Nazaire du 2 mai 1931.

     

    Le Courrier de Saint-Nazaire du 12 septembre 1931 publia un long portrait de Paul, que nous avons cité plus haut, contenant une biographie fantasmée, à l’occasion de la publication d’un ouvrage intitulé « Croquis Marocains ». Cet article, « Silhouettes nazairiennes : un écrivain et un artiste », est signé « C.J.C. Nogos », pseudonyme qui n’existe qu’une fois dans le Courrier de Saint-Nazaire, est bien sûr de Jacqueline Bruno, totalement envoutée, qui ose la comparaison avec Baudelaire, qu’elle n’avait pas lu, mais dont Paul se réclamait pour expliquer sa fascination pour les cimetières et chez qui il piochait des formulations poétiques. L’article nous apprends que Paul avait réalisé aussi une série de dessins de pêcheurs bretons. Concernant la publication « Croquis Marocains », il n’est pas dit qui était l’éditeur, et on apprend uniquement qu’il comportait 50 illustrations hors texte à côté d’écrits descriptifs du Maroc. En réalité, ce fut édité à compte d’auteur, et vendu chez le libraire Léon Dariès rue de Villès Martin. La publication, tirée à peu d’exemplaires, se vendit mal, et demeure encore à redécouvrir. Elle figure des dessins de Fez, Tanger, Meknès, Mogador, l’Oued Cherrat, la Kasbat El Mehdia, etc., qui ne sont pas sans intérêt.

    En janvier 1932, Paul réussit à être publié dans La vie marocaine illustrée pour un court texte, titré « Le Coteau du sommeil sans rêve », issu de sa publication « Croquis Marocains », dont dans l’incipit commence par la phrase « le sommeil des morts est sans rêve », pensée qu’il attribua au poète perse du 13ème siècle Abū-Muḥammad Muṣliḥ al-Dīn bin Abdallāh Shīrāzī, nommé à l’occidentale « Saadi », mais qui est en réalité la déformation d’une citation de Socrate[12] qu’on attribue traditionnellement à Napoléon Ier sous cette forme, et que Paul Bellaudeau confond avec une pensée du poète persan : « Le sommeil des tyrans est le repos du monde » ; son erreur doit venir d'une mauvaise recopie d'un dictionnaire de citation en bibliothéque. Son texte, qui n’en demeure cepandant pas moins joli et bien tourné, décrit le cimetière de Bab-Ftouh à Fès, le plus grand et le plus prestigieux de la ville, et plus précisément une partie, que Paul ne sut pas nommer, qu’est celle d'el-Kbab, littéralement « les Dômes », où se trouvent les tombeaux de saints hommes et de marabouts qu'il mentionne, sous les coupoles que Paul décrit. Le lieu était déjà très touristique en 1931, et l’on comprend pourquoi la revue La vie marocaine illustrée, revue fondée en 1928, et éditée par la Fédération des Syndicats d'Initiative et de Tourisme de Casablanca, le choisi.

     

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    Carte postale figurant le cimetière de Bab-Ftouh à Fès au début du mandat français.

     

    Arrivé à Saint-Nazaire avec la revue sous-le-bras, Paul, tout fier, la montra à Jacqueline Bruno, qui le publia à son tour le texte dans le numéro du 23 janvier 1932 du Courrier de Saint-Nazaire ; un certain nombre est l’interprétation graphique de photographies anciennes, ou de dessins, peintures et aquarelles de la collection de Gustave Ollivaud, (1855- 1936)[13].

    Au début de l’année 1933, l’adjudant Paul Bellaudeau fut envoyé à l’état-major à l’Etat-major de Troyes. En avril 1933, monsieur Dariès organisa en sa boutique une exposition vente de « dessins à la plume en au encres de couleurs, […] une vingtaine de vues, […] tantôt l’ardente lumière marocaines, tantôt la grisailles des vieilles maisons et des vieilles rues de Troyes-en-Champagne ; tantôt enfin la douce poésie de la perle du Golfe du Morbihan »[14]. Nous ne connaissons que des reproductions à l’encre noire de ces dessins, dessins dont la précision du trait et la souplesse ne laissent pas indifférent, mais cette description de l’exposition nous laisse entrevoir pourquoi Paul enthousiasma ceux qui l’employèrent comme illustrateur. Précisons que Paul ne métrisa jamais les autres médiums des arts graphiques et ne fit rien pour apprendre l’aquarelle ou la peinture. L’exposition à la librairie Dariès alla de paire avec la publication en mai suivant d’un dossier regroupant des articles consacrés à l’histoire locale, illustré par Paul et Charles Beilvaire[15], « Le vieux visage de Saint-Nazaire ».

    L’Ouest Eclaire du 9 décembre 1933, nous apprend, que, caserné à Troyes, il reçut la médaille militaire « après avoir servi 12 ans au Maroc », ce qui confirme que c’est bien en 1921 qu’il s’engagea dans les Zouaves dans ce pays et que mineur, il ne put se rendre Canada.

    En 1934, à l'occasion du Salon du Groupe Artistique de Saint-Nazaire, c'est lui qui réalise l'article consacré à l'exposition dans Le Courrier de Saint-Nazaire, sous la signature de Aristarque, (pseudonyme emprunté à un astronome de l'antiquité grecque), il fit la liste de ce qui n'allait pas en matière de dessin, (seul art qu'il métrisait), dans l'ensemble des œuvres accrochées, allant chercher le moindre détail secondaire pour cela, démolissant finalement chaque travaux, à l'exception de ceux d'Alexis de Broca et de Charles Beilvaire. Ecrit dans son style habituel et reconnaissable entre tous, il y distilla du fiel, et s'attaqua à Charles Perron, professeur aux Beaux Arts de Nantes, deuxième Grand prix de Rome en 1921, et plus particulièrement à Madeleine Massonneau, artiste parisienne reconnue, deuxième Grand prix de Rome en 1928, qui avait à Saint-Nazaire réalisé deux ensembles de fresques, (dont il nous reste celles de l'ancienne école Jean Jaurès). A son propos, il écrivit : « Mlle Massonneau est-elle portraitiste ou caricaturiste ? Elle expose sur fond bleu charron une interprétation rappelant Mlle C… Un si charmant modèle méritait mieux. » Ce fut la seule participation de Madeleine au Salon de Saint-Nazaire, et, elle ne renouvela pas son adhésion au Groupe !

    Paul acheva sa carrière militaire à Strasbourg au milieu de l’année 1936, et s’établit chez ses parents. Il dessine la couverture du Bulletin paroissial de Saint-Nazaire, bulletin de la paroisse Saint-Nazaire, dont dépendait le Vieux-Quartier ; la publication du Bulletin débuta en octobre 1936.

    Devant assurer sa subsistante, Paul entre le 1er janvier 1937 aux Chantiers de Penhoët comme dessinateur. Adjudant officier de réserve état-major, il dessina le menu du banquet des sous-officiers de réserve de Saint-Nazaire du 24 janvier 1937. Durant ses jours de congés il parcourait la région, dessinant églises et moulins.

    Sa mère décéda en février 1938, alors qu’il exposait au 20e Salon du Groupe Artistique. On le retrouve jouant Hérode l’occasion de Noël paroissial de décembre 1938 en la salle Saint-Pierre.

    Il exposa au 21e Salon du Groupe Artistique, en janvier février 1939.

    Son père décéda en février 1940.

    Jacqueline Bruno ne cacha jamais son penchant pour Paul, elle le trouvait charmant, séduisant, aimait qu’il fût fervent catholique. Mais elle avait un physique difficile, un caractère qui l’était tout autant et était d’un tempérament indépendant. Paul lui préféra une autre, belle et soumise, et le 4 mai 1940, il épousa à Saint-Nazaire, civilement, puis religieusement le 18 mai, Anne-Marie Burgaud, employée de bureau aux Chantiers de la Loire, qui quitta le domicile de ses parents chemin des Gauvinets pour s’établir au 3 rue Neuve dans le logement de son époux. Paul arrêta de dessiner Saint-Nazaire et ne fournit plus au Courrier de Saint-Nazaire que des dessins de moulins à partir de l’édition du 28 février 1941.

    De son union naquit Cécile, qui décéda à l’âge de 7 mois en janvier 1942.

    Le 28 mars 1942, l’Opération Chariot, provoqua des représailles de l’Occupant allemand sur la population du Vieux-Quartier accusée d’avoir secouru des marins britanniques. Les habitants des maisons, situées en bordure du quai des Marées, furent alors vidées de leurs habitants qui, en camion, furent transportés à l’Hippodrome de Savenay. Des voisins en profitèrent pour piller les habitations. La Croix Rouge réussit à intervenir pour récupérer le maximum d’effets et de meubles des habitant chassés alors que l’Occupant fit raser les bâtiments. Paul et son épouse regagnèrent Saint-Nazaire, trouvèrent un logement dans le quartier de Sautron, et récupèrent les quelques biens que la Croix-Rouge avait sauvé.

    Le 29 mai 1943 Saint-Nazaire fut anéanti par un bombardement incendiaire britannique. Les nuées ardentes furent visibles à 100km à la ronde, formant un halo orangé qui fendit la nuit sur une côte atlantique plongée depuis des années dans un couvre-feu.  Les vapeurs du phosphore, qui transforma la ville en un fleuve de feu, se propagèrent sur des kilomètres. Paul, en fut particulièrement atteint. Retiré avec son épouse enceinte chez une tante paternelle, à Machecoul, où naquit son fils, Jean-Paul-Marie, le 20 octobre 1943. Paul mit plusieurs mois à guérir d’un abcès pulmonaire. Durant sa convalescence, il rédigea une pièce de théâtre intitulée « Tertiae », titre latinisant faisant référence au Troisième jours qui est celui de la résurrection du Christ. Etablit à La Baule-Escoublac en 1946, il participa à la revue catholique La famille Nazairienne, procurant à celle-ci ces illustrations du Courrier de Saint-Nazaire, accompagnées des textes des articles de Jaqueline Bruno, (en prison pour collaboration), plus ou moins réécrit en son style, et des illustrations de sa publication Croquis Marocains. A nouveau gravement malade, il s’attaqua à l’illustration des Quatre Evangiles, œuvre testamentaire d’un homme emplie de Foi, et mourut le 24 aout 1947. Son fils Jean-Paul, décéda le 4 mars 2015 à Saint-Étienne[16].

     

     

    [1] Journal Officiel du 21 janvier 1924.

    [2] Journal officiel du 16 février 1927.

    [3] Ce produit de chauffage, très allergène, couvraient de suie et d’une graisse jaune les intérieurs, et noircissaient les toits et les façades, produite partout dans le monde occidentale, fut à l’origine de milliers de cas d’asthme en France, et rendit aussi malade Odette du Puigaudeau, autre figure nazairienne au Maroc.

    [4] Cf. « Silhouettes nazairiennes : un écrivain et un artiste », Le Courrier de Saint-Nazaire du 12 septembre 1931.

    [5] Paul-Emile Conard, autre figure nazairienne, passa par l’Armée lui aussi pour pouvoir mener des études : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2020/09/17/paul-emile-conard-6263914.html

    [6] Créé en 1913, il se nomme aujourd’hui Ordre du Ouissam alaouite.

    [7] La mention de ces médailles a pour source l’article publié par monsieur Patrick Pauvert dans Histoire & Patrimoine n°92, en juillet 2018, qui n’indique pas ses sources. Nous n’avons pas trouvé les décrets concernant ces décorations, ni de mention dans la presse de l'époque.

    [8] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2018/07/30/le-groupe-artistique-de-saint-nazaire-et-le-groupe-de-indepe-6069504.html

    [9] Cf. Le Courrier de Saint-Nazaire du 17 janvier 1925.

    [10] Voyez à propos du Courrier de Saint-Nazaire : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/03/25/la-presse-nazairienne-1857-1944-6138789.html

    [11] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/02/05/la-vieille-eglise-6126779.html

    [12] « Si la mort est une absence totale de sensation, comme si l'on dormait d'un sommeil sans rêve […] »

    [13] Le concernant, voyez : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/07/17/mean-chantiers-et-patrimoine.html

    [14] Le Courrier de Saint-Nazaire du 22 avril 1933, page 2.

    [15] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2014/12/08/charles-beilvaire-un-peintre-nazairien-oublie-5505901.html

    [16] Il est inhumé en cette ville au cimetière de Côte-Chaude.

  • Article Ouest France du 27 février 2021

    Monsieur Benoit Robert, journaliste à Ouest France, dans le cadre d'une série d'articles consacrés aux naufrages en l'Estuaire de la Loire, nous a sollicité pour répondre quelques questions concernant le Station de sauvetage de Saint-Marc et le canon qui domine la plage. L’article est consultable en ligne sur le lien suivant :

    https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/saint-nazaire-44600/saint-nazaire-la-plage-de-saint-marc-une-terre-de-sauveteurs-7169805  

     

    Une notice complète à propos de la Station de sauvetage sera produite dans le numéro 101 de la revue Histoire et patrimoine, en juin 2021.

  • Narcisse Pelletier, reportage de France-Culture

     

    Narcisse, pPelletier, Saint-Gilles, Saint-Nazaire, France-Culture, Yves-AumondNarcisse, pPelletier, Saint-Gilles, Saint-Nazaire, France-Culture, Yves-Aumond

    Messieurs Yves Aumont et François Teste, dans le cadre de la série de documentaires « Une histoire particulière », sont venus en janvier dernier à Saint-Nazaire interroger l'auteur de ce blog à propos de Narcisse Pelletier[1], occasion de parler brièvement de la vie de cet homme au destin incroyable, de la restauration de sa tombe qui débutera au printemps 2021 grâce aux co-financement des villes de Saint-Gilles-Croix-de-Vie et de Saint-Nazaire, sur l'initiative de l'auteur et avec l'aide des Amis de Narcisse, association internationale qui a maintenant son antenne à Saint-Nazaire.

     

    Les passages enregistrés à Saint-Nazaire l'ont été au phare de la Tour du Commerce, grâce l'intervention de monsieur Emmanuel Mary, chargé des missions patrimoine de la Ville de Saint-Nazaire, et à la bienveillance de monsieur Michel Ray, adjoint à la Culture ; sur la plage de Porcé, où Narcisse expliqua à la famille Bord, à l’aide d’un grand dessin, un jour de 1877, le Rêve, mythe de la Création selon la nation Aborigène ; et enfin, au cimetière de La Briandais, devant la tombe où repose Narcisse avec son épouse.

     

    Le documentaire, en deux parties, est audible sur les liens suivants :

    Première partie, sa jeunesse à Saint-Gilles, et son naufrage : https://www.franceculture.fr/emissions/une-histoire-particuliere-un-recit-documentaire-en-deux-parties/yukio-mishima-1925-1970-le-labyrinthe-des-masques

     

    et

     

    Seconde partie, son retour en France et sa vie à Saint-Nazaire :

    https://www.franceculture.fr/emissions/une-histoire-particuliere-un-recit-documentaire-en-deux-parties/narcisse-pelletier-laborigene-vendeen-22-le-paria-des-iles

     

     

    [1] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/09/22/narcisse-a-saint-nazaire-6177707.html

  • La croix de Heinleix

    La croix de Heinlex était une croix de chemin dont la disparition est l’objet de légendes urbaines qui prétendent un renversement par un camion allemand ou un broyage par un char étasunien. Deux affirmations fausses, comme nous allons l’expliquer.

    croix de Heinlex

    Le Croix d’Heinlex avant 1914

     

    La Croix d’Heinlex se trouvait face au portail du parc du château d’Heinlex, portail de pierres et briques, fortement endommagé, disparu il y a quelques années pour laisser place à la voie qui désert la « Résidence Tricastel ».

     

    croix de Heinlex

    Emplacement de la croix vers 1905

     

    croix de Heinlex

    Emplacement de la croix, vue en 2008, © Google Maps

     

    croix de Heinlex

    Emplacement de la croix et du portail, vue en 2019, © Google Maps

     

    Elle fut inscrite à la liste des Monuments Historiques le 18 octobre 1944 car elle était réputée dater du XIIIème siècle. C’était une croix latine simple, au sommet d’une colonne dotée d'un chapiteau et qu'une base de facture grossière, elle-même posée sur un piédestal rectangulaire en moellons assemblés probablement plus récent. Cependant, quand son classement fut décidé, la croix avait déjà disparue. En effet, elle était tombée de son socle par manque d’entretien, et un article du Courrier de Saint-Nazaire du 6 févier 1941 nous apprend que la croix proprement dite et la colonne, qualifié de incorrectement de  « calvaire [fut] pieusement recueilli et abrité dans une maison voisine ». Une photo du piédestal publiée dans le même journal le 14 novembre 1941 montre le piédestal intact.

    croix de Heinlex

    Piédestal de la croix de Heinlex en 1941, photographie d'Alex Bernard fils,

    publiée dans Le Courrier de Saint-Nazaire du 14 novembre 1941

     

    Malheureusement jamais remise en place, les éléments ont été perdus car on ne s’y est pas intéressé au moment de la Reconstruction, les priorités étant ailleurs, et la base du monument a disparu avec l’élargissement de la route du Haut Rocher. Ce n’est qu’en 1960 que Ferdinand Guériff remémora aux Nazairiens son existence, mais sans donner de détail à propos de sa disparition autre que « disparue durant la guerre », ce qui entraina les légendes citées.

     

     

     

  • Trois esclaves à Saint-Nazaire

    Le commerce triangulaire, instauré par Louis XIV, est à l’origine de la Traite négrière française. Nantes fut l’une des villes à vivre de ce commerce qui consistait à envoyer des marchandises manufacturées sur les côtes africaines, où ils étaient entre autres échangés contres des humains à la peau noire que les marchands magrébins[1] ou les chefs de tribus côtières de l’Ouest de l’Afrique, mais aussi de l’Est, avaient réduit en esclavage après les avoir capturés dans les terres. C'est ici un point abominable de l'histoire Africaines, durant des siècles des peuple des l'Afrique-Noire vendirent aux étrangers, qu'ils soient du Maghreb, du Proche-Orient ou de l'Europe de l'Ouest et des colonies d'Amérique, des prisonniers de guerre issus d’ethnies rivales, des victimes de razzias, et des personnes jugées coupables d’adultères. Si un jour vous visitez le mémorial de la Route des esclaves à Ouidah au Benin, vous y apprendrez qu'au marché aux esclaves qui s'y tenait, que « 1 pipe valait 5 esclaves, 1 bouteille d’alcool 10 esclaves, 1 canons 15 hommes ou 21 femmes ». On vous y montrera aussi l'emplacement de l'Arbre de l'oublie, un arbre disparu autour duquel les femmes faisaient neuf tours, et les hommes sept, en signe d'adieu à leur continent. Embarqués de force sur les navires occidentaux, ils étaient ensuite vendus dans les colonies d’Amérique, territoire du royaux sous administrations privées, où ils se retrouvaient presque tous réduits à des travaux de força dans les plantations, plus rarement à des travaux ménagers dans des conditions de traitement pas plus enviables.

    Les esclaves des colonies du Roi de France ne connurent jamais l’Europe, à quelques exceptions, dont Saint-Nazaire fut témoin pour trois cas, car, outre le fait que Saint-Nazaire était déjà durant l'Ancien-Régime l'avant port de Nantes, le commerce triangulaire nantais rayonna aussi sur Saint-Nazaire, Paimboeuf, et Le Croisic.

     

    Philippe :

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    Acte de Baptême de Philippe, Archives de Saint-Nazaire

     

    Le 9 mai 1728, le père André Moyon, curé de Saint-Nazaire, donna le baptême à un adolescent « d’environs 16 ans », natif de l’Illinois. Désigné comme « négre » dans l’acte, était né esclave dans ce qui était alors encore une colonie française d’Amérique rattachée à la Louisiane, et administrée par la Compagnie d'Occident.

    Son arrivée en Bretagne est due probablement au transport de son propriétaire, qui, même si l’acte ne le précise pas, doit être celui qui se désigne comme son parrain, messire Philippe Anthoine Préval, major de milice, dont l’épouse devait certainement être celle qui fut la marraine de l’adolescent, la demoiselle Elisabeth Duplessis. Aucun des deux n’était de Saint-Nazaire ou de sa région, pas plus que les huit autres signataires de l’acte, dont le révérent père Simon de Rennel, « prédicateur missionnaire », c’est-à-dire un jésuite, originaire de Lorraine, qui fut chargé de présenter Philippe au père Moyon. On peut donc supposer qu’il s’agit d’un débarquement depuis un bateau venu des colonies d’Illinois, qui attendait dans la rade la marée haute pour débarquer à Nantes. Attendu que Philippe avait presque l’âge adulte, le père Moyon appliquât la procédure de l’interrogation sur les mystères de la Foi catholique, afin de déterminer s’il avait reçu l’enseignement nécessaire pour intégrer la communauté catholique.  L’ayant trouvé « suffisamment instruit », le père Moyon donna le baptême.

     Donner le baptême aux esclaves était dans les colonies française un acte relativement rare, car ont si on leur enseignait l’évangile, leur condition d’esclave paraissait incompatible avec la qualité de Chrétien qui sous entendait une condition de liberté en terre chrétienne. On accordait le baptême à ceux-ci quand ils étaient transportés dans les états de la Couronne de France, car seuls les catholiques pouvaient y vivre, et que suivant une ordonnance du roi Henri II, toute personne entrant dans les états de la Couronne devenait automatiquement le sujet du Roi de France, ils étaient donc automatiquement libres. Cela fut nuancé plus tard avec la notion de nationalité, qui obligea à demander la naturalisation au cours du 18ème siècle, mais dans l’absolu, celui qui naissait dans les colonies françaises était sujet français, même s’il était esclave et dépendant des règlements de la colonie. Dans cet univers hypocrite où des territoires étaient conquis au nom d’un souverain, mais administrer par des sociétés qui étaient libres de pratiquer les Lois qu’elles désiraient, du moment qu’elles ne furent pas en contradiction avec les édits royaux, les ailes du paradoxe étaient peu écartées.

    Philippe, à qui on n’accorda pas de nom de famille, mais dont l’usage faisait de lui un Préval, fut donc libéré par le Droit au moment où il posa le pied sur le sol de Bretagne. Cependant, s’il avait plu à Philippe Anthoine Préval de le renvoyer en Illinois ou dans n’importe quelle colonie, Philippe aurait retrouvé immédiatement sa condition d’esclave, et aurait du bénéficier d’un acte d’affranchissement pour être réellement libre.

    Le nom de Préval se rencontre encore en Haïti, on peut donc supposer que Philippe-Anthoine Préval soit reparti aux colonies et que lui, ou sa descendance, se sont établis à Saint-Domingue après que le traité de Paris de 1763 céda l'Illinois à la Grande-Bretagne, et que les Préval d’Haïti sont de son sang, ou des descendant d’affranchis qui ont pris le nom de leur ancien propriétaire pour patronyme. Nous ne pouvons que supposer car le destin de Philippe nous est hélas inconnu.

     

    Jean Louis :

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    Acte de Baptême de Jean Louis, Archives de Saint-Nazaire

     

    Philippe n’est pas le seul jeune esclave à se retrouver baptisé à Saint-Nazaire. Le 12 mars 1750 c’est un enfant « d’environ 12ans », natif de Guinée, que l’on a nommé Jean Louis, qui fut baptisé en l’église de Saint-Nazaire. Son propriétaire, désigné hypocritement comme son maitre dans l’acte, comme s’il en était juste un valet, est le négocient, capitaine de navire et armateur croisicais, est Jean Bocandé[2], (Le Croisic21 avril 1704 - Le Croisic 14 février 1780), actionnaire de la Compagnie de Guinée, l'une des plus importantes sociétés de la traite négrière et du commerce triangulaire du pays nantais, fournisseur d’esclaves à l’île de Saint-Domingue. L’enfant fut certainement rapporté en cadeau à l’épouse de Jean Bocandé, née demoiselle Ursule Le Maugen, (Le Croisic 9 janvier 1703 - Le Croisic 9 décembre 1788). Il était en effet à la mode d’offrir « un négrillon » à sa femme, sa maitresse, ou à une dame de la noblesse dont on espérait une faveur. L’enfant était alors déguisé en page coiffé d’un turban, et servait de valet et de garçon de compagnie, généralement il avait charge des animaux de compagnie de la dame, et se devait de la distraire par ses jeux ou des pitreries. A l’âge adulte, débarrassé de son turban, revêtu d’une livrée, il était relégué comme valet pour monsieur, où devenait valet de pied pour la maison, chargé du vestiaire, summum du chic de l’époque. Pour un homme richissime comme Jean Bocandé, armateur négrier dont les navires accostaient à Paimboeuf, ce qui explique le choix de Saint-Nazaire comme lieu de baptême pour Jean Louis, il convenait de se plier à cette mode qui perdura jusqu’à la Révolution, car, outre madame du Barry à qui on offrit Zamor, la reine Marie-Antoinette reçu Amilcar, dont elle se débarrassa aussitôt en l’affranchissant et en l’envoyant comme son pupille dans une pension[3].

    Le destin de Jean Louis nous est inconnu, mais tout laisse à supposer qu’il fut le valet d’Ursule Bocandé, qui fut aussi sa marraine. Le parrain fut un nazairien, homme René Galliot, sieur de Cran, (Saint-Nazaire 1693 – Saint-Nazaire 8 février 1772), avocat à la cour, sénéchal de Saint-Nazaire et de Marcein, subdélégué de l'Intendance à Saint-Nazaire et marguillier, membre de la confrérie Saint-Nicolas de Guérande[4]. Un homme considérable alors dans la petite ville. L’acte de baptême comporte aussi les signatures de quatorze témoins, membre des bourgeoisies de Saint-Nazaire et du Croisic, on y déchiffre notamment celles de Catherine-René Moyon, (1726-1795), épouse de Joseph du Bochet, (1722-1757), fille du seigneur des Boexières[5] ; de Jean-Olivier Kermasson, seigneur de Kerisac, (en 1689- Saint-Nazaire 18 mars 1754), notaire et procureur de la juridiction de Saint-Nazaire ; Un cousine, Jeanne Bocandé, épouse Guiheneuc, (Saint-Nazaire 18 novembre 1706  - Saint-Nazaire 27 octobre 1787), celle de Renée Walsh[6], (Saint-Nazaire 24 janvier 1697 – Saint-Nazaire 24 juillet 1782), d’une famille irlandaise implantée au Croisic et à Saint-Nazaire, parente de l’armateur négrier Antoine Walsh de Nantes actionnaire de la Compagnie de Guinée, Renée Walsh fut l’une des chevilles de l’équipée de prince Charles Stuart[7], dont l’époux, René Guisnel est aussi signataire ; on lit aussi la signature d’un Leray, autre cousin nazairien des Walsh… et une nazairienne non identifiée, Geneviève Le Breton, qui l’on retrouve trois ans plus tard dans un autre acte de baptême d’esclave.

     

    Jean-Baptiste Ambroise :

     

     

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    Acte de Baptême de Jean-Baptiste », (étalé sur deux pages), Archives de Saint-Nazaire

     

    Le troisième et dernier esclave qui fut baptisé à Saint-Nazaire, le fut le 15 janvier 1753 « avec permission verbale de l’évêque de Nantes ». C’est Jan Baptiste Ambroise, « âgé d’environ 10ans », qui eut pour parrain Bonaventure-Ambroise Lorieux, sieur de La Mainguisserye, seigneur de Tréballe en Saint-Nazaire[8], (Saint-Nazaire 1er décembre 1720 - Saint-Nazaire 5 décembre 1782), avocat, époux de Julienne David de Drézigué, (sœur du maire du Croisic exécuté durant la Révolution), et pour marraine, celle à qui l’enfant était probablement destiné, Marie Masson, (Saint-Nazaire 6 juin 1728 - Saint-Nazaire 3 avril 1759), épouse du capitaine de navires marchands René Michon, (originaire de l’Ile d’Yeu), et sœur du capitaine de navires marchands Jean Masson, (Saint-Nazaire 19 septembre 1720 - Saint-Nazaire 12 avril 1786), signataire de l’acte. On retrouve comme autres signataire Renée Walsh et Jean-Olivier Kermasson, du vicaire Sébastien Bureau de La Bessardière, par la suite recteur de la paroisse et premier maire de Saint-Nazaire, et enfin Geneviève Le Breton.

    Encore une fois nous ignorons ce qu’il advint de ce garçon, il semble être encore vivant à la mort de Marie Masson-Michon, décédée quelques jours après avoir mis au monde une fille, Marie-Anne Jeanne-Renée Michon vivante en 1767, mais rien ne prouve que René Michon, remarié en 1766 avec Marie Tourbe, dont il eut une descendance à Saint-Nazaire, où il décéda le 7 septembre 1813, ait gardé le garçon à son service. Il est possible que Jean-Baptiste Ambroise fût confié à Jean Masson ou qu’il soit décédé avant d’atteindre l’âge adulte. Il a cependant vécu un certain temps à Saint-Nazaire, car la mémoire nazairienne garde le souvenir d’un valet noir qui aurait vécu jusqu’à au moins ces 30 ou 35 ans en ville et qui de fait pourrait être Jean-Baptiste Ambroise.

     

     

    [1] Les magrébins, qu’on désignait comme « barbaresques », procédaient à la piraterie et réduisait à l’esclavage aussi des Européens, qu’ils proposaient généralement à la revente aux ordres de Saint-Jean de Jérusalem (chevaliers de Malte), ou à l’ordre de la Très-Sainte-Trinité pour la rédemption des captifs, (ordre des Trinitaires), ou à celui de Notre-Dame-de-la-Merci (ordre des Mercédaires). Cependant certains de ces captifs blancs finissaient au service des beys ou des sultans marocain ou ottoman, et les femmes jeunes dans les harems. Les noirs non vendus aux étrangers étaient cantonnés à des fonctions de serviteurs de conditions inférieures. Les plus jeunes pouvaient s’ils avaient de la chance être formés pour devenir soldats des armées des sultan, où pire, être confié à des moines coptes en Egypte, qui procédaient à leur châtrage, (un musulman n’ayant pas le droit de mutiler un homme), « opération » à laquelle peu d’enfants suivaient.

    [2] Il fut aussi conseiller du roi, miseur en titre de la ville et communauté du Croisic en 1756.

    [3] Zamor devint à la Révolution membre du Club des jacobins, inventa des pamphlets sur madame du Barry qui le renvoya de son service. Il s’en vengea en la dénonçant au Comité de Salut Public, la condamnant ainsi à mort. Emprisonné par les révolutionnaires, il subsista en jouant du violon dans des soirées, et décéda dans la misère, détesté de tous, le 7 février 1820. Amicar, devenu par volonté de la Reine Jean Amicar, fut à la Révolution pupille de la Nation, au titre de victime de l’esclavage, il décéda à l’âge de 14ans en mai 1896.

    [4] Le concernant, lui et sa famille, voyez : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/06/27/la-famille-galliot-de-cran.html

    [5] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2014/06/12/famille-moyon-des-bouexieres-5389431.html

    [6] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/06/16/les-walsh-de-saint-nazaire.html

    [7] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/06/15/bonnie-prince-charlie-ou-the-young-pretender.html

    [8] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/10/03/la-seigneurie-de-la-treballe.html

  • Le petit canon de Saint-Marc

     

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    Le canon de Saint-Marc en 1912.

     

    Il y a à Saint-Marc, un canon scellé dans le béton, entre la place de la Chapelle et la plage. C’est un canon d’appel, qui servait autrefois à alerter les sauveteurs en mer d’un péril ou d’un naufrage. Il avait ses semblables sur le port et au sémaphore de Chemoulin. On les faisait tonner, on issait un drapeau noir, et au port les canots étaient mis à l’eau[1]. C'était ainsi depuis toujours, les canots partaient de Saint-Nazaire, au pied de la Veille-Eglise, sous la protection de la main du Bon accueil[2]. Saint-Marc était doté d'une station de secours dès 1866, avec un canot, remplacé régulièrement au cours des décennies. celui offert par le belle mère de l'explorateur Charcot n'était pas le premier comme on a tendance à le croire. On consultera les Annales du Sauvetage Maritime pour connaitre les nombreuses interventions de sauvetage des marins de Saint-Marc qui précisent que la Ville de Saint-Nazaire concéda gratuitement le 17 juin 1866, à la demande du comité de la Société de Sauvetage un terrain pour la construction d'un abri pour un canot sur la plage de Saint-Marc, que la société de Sauvetage avait désigné en février précédent comme la plus apte à devenir une station de sauvetage. La station de sauvetage fut fondée officiellement en 1867.

    La mémoire nazairienne raconte que l’on acquit le canon fut faite en même temps que l'établissement de la station de sauvetage, et qu’on le plaça sur la hauteur, prêt de la place de la chapelle, avec un mât. Le canon était doté d’un affût de bois à quatre roues.

     

    Le canot disparu avec la motorisation, les phares et balises vendirent aux enchère les canons d’appels rendu obsolètes par la radio dont le développement se généralisa durant le premier conflit mondial[3]. Seul celui de Saint-Marc resta, symbole et fierté du bourg, mais il perdit ses roues et son affut, et fut scellé dans un bloc de béton. Un maire avait, parait-il, eut l’intention de le retirer. Cela provoqua une révolte. Est-ce vrai cette attention ? Difficile de répondre, Saint-Marc est un bourg de légendes, on l’on se plait à dire que craignant de revoir l’épisode des canons de Montmartre et une commune se proclamer, le maire de l’époque préféra ne pas y toucher.

     

    Mais pourquoi le petit canon perdit-il ses roues ? Voilà une question qui revient régulièrement. La réponse nous vient des chaumières du Crépelet, ignorée de ceux qui ne viennent ici que pour les vacances :

    En 1922, alors que les humains se battaient uniquement encore en Orient, les Korrigans de Saint-Marc se déclarèrent la guerre. Il faut comprendre qu’il y eut durant des siècles deux clans de Korrigans séparés uniquement par la plage. L’un, celui du Crépelet, vivait sur la colline Ouest, l’autre, celui du Château, vivait sur la colline homonyme, à l’Est. Le château, qui datait des Celtes et des Romains, a depuis longtemps disparu, mais les Korrigans de l’Est ressentirent durant des siècles fiers de ces murailles disparues, de leurs logis de pierres couchées. Leur fierté était d’autant plus grande, que, sur cette hauteur pellée par les vents, était un cerisier, qui étalait ses ramures et les nourrissait de fruits rouges et sucrés.

    Sur la colline opposée, l’autre clan korrigan n’était pas malheur, et s’ils n’avaient pas de château et de cerisier, ils avaient des vignes au grappes juteuse et enivrait les nuits de fêtes. Ils regardaient avec un sourire moqueur leurs cousins de la colline du château, dont le snobisme, n’ayons pas peur du mot, leur semblait ridicule.

    Un jours les humains trouvèrent qu’il serait agréable de vivre là. On construit des maisons, monsieur Tiget fonda un hôtel sur la plage. Monsieur Lourmand, industriel nantais vint, et au milieu de la vigne, au sommet de la colline Ouest, édifia une grande maison, avec une tour surmontée d’un belvédère[4]. La nouvelle construction prit le nom de Château de Saint-Marc. En faisant cela, monsieur Lourmand ignorait qu’il provoquerait une guerre entre Korrigans. Oh, elle n’eut pas lieu tout de suite. Il y eut une escalade de mots. Le château neuf, si beau, avait rendu fier les Korrigans de l’Ouest, et ceux de l’Est, furent bien jaloux de n’avoir si belle demeure. Il y avait bien, sur leur colline, une grande demeure, mais c’était un grand pavillon carré, sans tours et plombs qui font souffler le vent.

    Durant des décennies, ils se narguèrent, mais un jour, ils se répondirent en chanson :

    « Ah mon beau château, Ma tant'tire lire lire, Ah mon beau château, Ma tant' tire lire lo…

    - Le nôtre est plus beau, Ma tant' tire lire lire, Le nôtre est plus beau, Ma tant 'tire lire lo…

    - Nous le détruirons, Ma tant'tire lire lire, Nous le détruirons, Ma tant' tire lire lo…

    - Comment ferez-vous ? Ma tant'tire lire lire, Comment ferez-vous ? Ma tant' tire lire lo…

    - À coup de canons, Ma tant'tire lire lire, À coup de canons, Ma tant' tire lire lo… »

     

    Une nuit, les Korrigans de l’Est volèrent de la poudre, et s’emparèrent du petit canon, ils le montèrent jusqu’en haut de leur colline, et l’ayant rempli de cerises, tirèrent sur les Korrigans de l’Ouest. Bruit épouvantable ! Tout Saint-Marc se réveilla ! Des cerises étaient tombées sur hôtel, qui se trouva maculé de jus rouge, et des noyaux avaient rebondi sur les ardoises et dans les gouttières. Le canon, dans la fureur de la projection, avait reculé et roulé jusqu’au bas de la colline. Les Korrigans de l’Ouest s’en emparèrent à leur tour, et la nuit suivante, tirèrent des raisins. Tout Saint-Marc se réveilla ! Des raisins étaient tombés sur hôtel, qui se trouva maculé de jus jaune, et des pépins avaient rebondi sur les ardoises et dans les gouttières. Le canon, dans la fureur de la projection, avait reculé et roulé jusqu’au bas de la colline. Les Korrigans de l’Est s’en emparèrent à nouveau…

    Cela durant des nuits et des nuits… Les gens de Saint-Marc en perdirent le sommeil. Monsieur Boussenot, qui depuis 1895 avait succédé à monsieur Tiget comme hôtelier, était profondément en colère. Ses clients partaient pour ne pas revenir, ses murs étaient maculés. On se réunit à l’église, on discuta, on proposa plein de choses, mais interférer dans les affaires des Korrigans est toujours risqué, les Bretons le savent. On se décida à priver le canon de ses roues, et on le scella dans le béton. Ainsi, les humains mirent fin à la guerre des Korrigans, et l’hôtel de la plage retrouva sa blancheur et le calme pour ses clients. Quant aux Korrigans ? Ils s’en sont aller un jour avec une équipe de cinéma car on avait coupé le cerisier et arraché la vigne en se disant que cela les empêcherait aussi de se battre. Depuis ce temps-là, on n’en a plus entendu parler.

     

     

    [1] En 1900 ; il y en avait deux, le Saint Philippe, le Sainte Jeanne de Faron, que l’on faisait partir du port.

    [2] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/02/05/la-vieille-eglise-6126779.html

    [3] On considéra à l’armistice que seuls les sémaphores de Chemoulin et de Saint-Gildas étaient suffisants pour la surveillance.

    [4] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/07/25/le-chateau-de-saint-marc.html

  • Revue Histoire & Patrimoine n°99

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    La revue Histoire & Patrimoine, n°99 est en kiosque, mais, en raison de sa situation sanitaire, elle l'est dans un nombre restreint de points de ventes dont voici la lite :

    Saint-Nazaire  Crespraud SNC (MagPresse) C. Ccial La Trébale – Place de Provence 02 40 53 50 35
    Saint-Nazaire  Intermarché 41 rue Jacques Offenbach 02 41 75 70 90
    Saint-Nazaire  La Civette – Tabac-Presse 4 place des 4 z’horloges 02 40 22 39 20
    Saint-Nazaire  Le P’tit Mousse – Tabac-Presse 8 place Athanase Laborde 02 40 70 50 02
    Saint-Nazaire Nonimag – MagPresse – Tabac-Presse 4 rue Ambroise Paré – Centre Commercial de Kerlédé 02 40 70 04 13
    Saint-Nazaire  SNC Richard-Guedou – Tabac-Presse 29 rue du Commandant Charcot – Saint-Marc 02 40 91 91 26
    Saint-Nazaire  Tabac-Presse – L’Immaculée 12 rue Ernest Lavisse – L’Immaculée 02 28 54 08 96
    Guérande  Le Havane – Tabac-Presse 13 boulevard Emile Pourieux 02 40 24 71 46
    Donges  Le Chiquito – Tabac-Presse 9 rue René Laënnec 02 40 45 22 38
    La Baule  1000 et Une pages – Kiosque de presse Place leclerc – Avenue du Général de Gaulle 02 40 66 39 82
    La Baule  Les Palmiers – Tabac-Presse 39 avenue Louis Lajarrige 02 40 60 38 78
    Mesquer (Quimiac)  Le Mannick – Tabac-Presse Place de l’Orée du Bois – Quimiac 02 40 42 56 03
    Saint-Joachim  Au Gagne Petit – Tabac-Presse 86 rue Joliot Curie 02 40 91 96 50
    Saint-Molf  Les Filets Bleus – Tabac-Presse 1 rue du Mès 02 40 62 54 81

     

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    Vous pouvez feuilleter quelques pages de la revue sur le lien suivant  : 

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  • Le Plessis / Le Plessis-Giffard

    plessis-giffard, saint-nazaire-, rochereuil, de-la--haye-de-silz, Le-Pouceau-de-Rollinveau,

     

    La seigneurie du Plessis, ou du Plessis-Giffard, était l’une des seigneuries secondaires de la paroisse de Saint-Nazaire, inféodée au vicomté, dotée de moyenne et basse justice. Le seigneur du Plessis devait en redevance annuelle au vicomte de Saint-Nazaire, deux moutons et quatre truellées de froment.

    Cette seigneurie se composait du village du Plessis, composé de sept maisons rassemblées autour de ce qui est aujourd’hui la rue (impasse) Nicolas Copernic, et d’un manoir seigneurial était situé à flanc de coteau à l’emplacement du 25 Rue Charles Delescluze, face au hameau. Il était constitué d’un logis rectangulaire à un étage doté d’une tour carrée à l’Est, semblable au logis du château de La Saudraie à La Baule-Escoublac tant pour son architecture que pour sa disposition.  Situé dans un parc clos de murs d’une surface de 3 ha, il comportait à l’ouest une allée bordée d’arbres qui précédait une grille s’ouvrant sur la cour d’honneur. Les dépendances se situaient au sud.

    plessis-giffard, saint-nazaire-, rochereuil, de-la--haye-de-silz, Le-Pouceau-de-Rollinveau,

    Le manoir du Plessis-Giffard en 1924, dessin d'Alexandre Auffray.

     

    Quand Henri Moret le décrivit pour son ouvrage « Histoire de Saint-Nazaire », publié en 1925, le bâtiment avait perdu sa tour dont il ne restait que les fondations, et était fortement dégradé ; sa toiture d’ardoise avait été remplacée par de la chaume. On ignore la date de sa destruction, mais elle a probablement eu lieu avant les bombardements. Cette demeure devait dater de la fin du 16ème siècle comme le laisse supposer la description faite par Henri Moret qui précise l’exitance au-dessus d’un écu sculpté identifiable comme celui de la famille Giffard du Plessis : d’argent, à la bande de sable chargée de trois mâcles d’argent. Elle avait subi plusieurs campagnes de transformation et de mutilation pour en faire une ferme après la Révolution. Le dessin réalisé par Alexandre Auffray nous laisse cependant penser que le bâtiment n’était cependant pas dépourvu de charme, et qu’une restauration aurait pu en faire une résidence charmante et élégante.

    Les villages de La Bernerie, (au niveau du 45 et 48 rue Charles Longuet), de La Berthauderie, (au croisement des rue François Villon et Robespierre), et de La Belle-Hautière, faisaient partie de cette seigneurie.  Il faut aussi ajouter un fief situé sur la côte, le Clos du Plessis, constitué de vignes, à l emplacement de la Villa Nelly. 

    L’histoire des seigneurs du Plessis-Giffard est mal connue en raison de la destruction des archives seigneuriales à la Révolution. On a cependant identifié comme seigneurs :

    plessis-giffard, saint-nazaire-, rochereuil, de-la--haye-de-silz, Le-Pouceau-de-Rollinveau,

    Guillaume Giffart, chevalier, seigneur du Plessis-Giffart, vivant en 1469.

    On trouve ensuite un François Giffart qui pourrait être son fils

    Puis, Olivier Giffart vivant en 1561, peut-être fils du précédent.

    La famille Giffard resta propriétaire de la seigneurie du Plessis jusque vers 1636, date après laquelle elle passa par achat à Jan de Rochereul.

     

    plessis-giffard, saint-nazaire-, rochereuil, de-la--haye-de-silz, Le-Pouceau-de-Rollinveau, I° Jan de Rochereui[1], seigneur de Cleuz-Coyau, notaire royal et procureur de la sénéchaussée de Guérande, sénéchal de Saint-Nazaire, obtint d'échanger sa redevance seigneurial du Plessis contre des baulles de marais salants, (AD44 E536) ; époux de Janne Robert, d'où :

    1° Françoise, baptisée à Guérande le 9 novembre 1615 ;

    2° Jan, baptisé à Guérande le 20 juillet 1617 ;

    3° Thomas, baptisé à Guérande le 16 novembre 1621 ;

    4° Aubin Rochereul, baptisé à Guérande le 1er octobre 1623 ;

    5° Georges, qui suit ;

    6° François, baptisé à Guérande le 13 juillet 1627.

    II° Georges Rochereul de Cleuz, né à Guérande le 8 juin 1627, baptisé le 13, enterré le 27 avril 1688 à Guérande, seigneur du Plessis-Giffard, de Cleuz-Coyau, et de Cleuz-le-Propre par achat à Julien Proust ; il était conseiller du Roi, et procureur au siège royal de Guérande, ces charges lui permirent d'assumer le titre d'écuyer, mais ne lui procura cependant pas la noblesse, ni à ses héritiers, ainsi il fut débouté de noblesse en 1669 lors du recensement de Guérande ; époux de Catherine Huré, d'où :

    1° René, baptisé à Guérande le 7 septembre 1655

    2° Jeanne, dame de Cleux, baptisée à Guérande le 6 février 1659, mariée le 5 février 1687 à Guérande avec René Begaud, sieur de Kervoyer ;

    3° Catherine, baptisée à Guérande le 27 juin 1660, inhumée le 3 juillet 1667 ;

    4° Georges, né à Guérande le 24 avril 1661, baptisé le 31 mai, inhumé le 4 juin ;

    5° Marie, baptisée à Guérande le 22 août 1662, inhumée le 24 août ;

    6° Georges, seigneur de Promarzin et de Cleuz-Coyau, né le 12 novembre 1664, décédé le 18 août 1738, inhumé le 19 août en l'église Saint-Jean de Guérande, conseiller du Roi, procureur au siège royal de Guérande, marié le 21 mai 1697 à Nantes avec Françoise Moriceau, fille de François Moriceau, sieur de La Halquinière, et de Catherine Loquet, d'où postérité branche de Promarzin ;

    7° Jean, seigneur du Plessis-Giffard, né le 20 juin 1666, ondoyé à la naissance, baptisé à Saint-Nazaire le 15 août 1668, inhumé à Guérande le 20 novembre 1684 ;

    8° Charles, baptisé à Guérande le 11 mai 1672, inhumé le 10 juin ;

    9° Rodolphe-Philippe, dit Raoul-Philippe, seigneur de de Cleuz-Coyau, baptisé à Guérande le 9 juin 1676, inhumé à Guérande en l'église Saint-Jean e 29 janvier 1722, capitaine d'une compagnie bourgeoise, époux de Genevieve Fouquer, d’où postérité ;

    10° Angélique, qui suit ;

    11° Marthe, baptisée à Guérande le 24 juin 1677, mariée le 18 février 1710 avec Michel Roger, conseiller du Roi, rapporteur du point d'honneur en la Sénéchaussée de Guérande ;

    12° Marie, baptisée à Guérande le 11 août 1679.

    plessis-giffard, saint-nazaire-, rochereuil, de-la--haye-de-silz, Le-Pouceau-de-Rollinveau, III° Angélique de Rochereul, dame du Plessis-Giffard et de La Cour de Béac, et de Cleuz-le-Propre, décédée en son manoire du Plessis-Giffard, inhumée dans le choeur de l'église de Saint-Nazaire le 4 juin 1754, épouse de Julien Le Pourceau de Rollivaud, écuyer, seigneur de Rollivaud[2], d’où :

    1° Renée-Jeanne, baptisée à Saint-Nazaire le 19 mars 1716, décédée le 25 juin 1716 à la Ville-Allain ;

    2° Julien-François-René, baptisé le 17 juillet 1717 ;

    3° Rosalie-Marguerite, baptisée le 23 aout 1718 ;

    4° Jean, baptisé le 4 octobre 1719 ;

    5° Jeanne, qui suit ;

    6° Marie, baptisée le 29 mai 1724.

    IV° Jeanne, dame de Cleuz-le-Propre, (vendu Jean-Baptiste-Elie Camus de  Pontcarré, co-vicomte de Saint-Nazaire), du Plessis-Giffard, et de la Cour de Béac (vendus à Jean-Sébastien de La Haye de Silz) et d'un fief nommé fief du Pourceau, (vendu vers 1780 à François Le Chauff de Kerguennec, maire de Guérande en 1789-1790, ce fief constitue par la suite la métairie de Cleuz dont hérite des Le Chauf Joseph-Aimé comte de Bruc d'Esdrieux qui en est propriétaire en 1850), baptisée le 21 octobre 1722, épouse de Pierre Geoffroy d'Entrechaux, chevalier, colonel d'infanterie, gouverneur de Port-Louis[3].

     

     

    plessis-giffard, saint-nazaire-, rochereuil, de-la--haye-de-silz, Le-Pouceau-de-Rollinveau, Jean-Sébastien de La Haye de Silz, chevalier, issu d'une famille d'ancienne extraction maintenue noble durant la réformation de 1668 qui portait : De gueules à trois coquilles d'argent ; il était seigneur de La Ville-aux-Fèves, seigneurie mitoyenne de celle du Plessis-Giffard. Il s’établit pour ses séjours nazairiens au manoir du Plessis, délaissant celui délabré de La Ville-aux-Fèves à son sénéchal.

     

    I° Jean-Sébastien de La Haye de Silz, chevalier, comte de Larre, seigneur de Silz, de Coscat, de Lauvergnac, de Trescalan, de Clis, Kermoisan, de la Ville-au-Fèvre, de Beaubois, du Plessis-Giffard, et de la Cour de Béac par achat à la famille Le Pourceau, de Saint-Denac en Beac8, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, baptisé le 29 aout 1727 à Saint-Nazaire, décédé le 14 juin 1791 à Arzal (56) ; marié : 1° le 5 janvier 1750 à Missillac avec Marie Elie ou Eslye, fille mineur de feu de Jean-Joseph Elie, sieur de Bréal, et d'Anne Payen, décédée au château de Silz la 19 décembre 1774 ; a l’occasion des fiançailles, le 30 décembre 1749 à Missillac, la fiancée est décrétée de majorité par jugement de Penestin ; 2° le 15 mai 1775 à Missilac, avec Jeanne Antoinette Cramezel de Kerhué, (18 septembre 1732 – 19 mai 1789), fille de René de Cramezel, écuyer, seigneur de Kerhué, et de Madeleine Elie, mariage possible après dispense d’affinité au deuxième degré. Ce remariage ne plait pas au fils aîné, Sébastien, car la nouvelle épouse serait autoritaire et dépensière. Jean-Sébastien va devoir vendre des propriétés, notamment celle de Lauvergnac en Assérac, qui est l’héritage du fils aîné ; d'où du premier lit :

    1° Jean-Marie, baptisé le 18 décembre 1750, décédé le 12 mars 1751 ;

    2° Jean-Marie, baptisé le 29 mars 1752, décédé la même année ;

    3° Sébastien-Antoine-Honoré-Marie, né le 14 mars 1756, baptisé le 7 mars 1757, tué à Grandchamps le 28 mai 1795, comte de Silz, dit " Monsieur de Lauvergnac ". Il sert un temps dans un régiment de Dragons, puis devient commandant de la garde nationale de Guérande, il est porté déserteur et, sur dénonciation de son père, capturé à Guérande, chez Me Hardouin, le 8 novembre 1781, par la police du Roi, en vertu d’une lettre de cachet. Il est emprisonné en maison de force à Angers. Il est amnistié le 18 Décembre 1785, (les origines de cette situation seraient liées au remariage de son père dont la nouvelle épouse a obligé la vente de Lauvergnac), à partir de 1792 il intégre l’état-major de la conspiration de La Rouërie. Il y est présent en tant que commissaire royal pour le Morbihan. Après l’éclatement de la conspiration, il erre dans le Morbihan et travaille comme simple journalier, reste longtemps chez son frère à Vieille-Roche, et au village du Bot en Sulniac, avant de reprendre la tête des " brigands ". Son signalement est donné à cette époque par l’administration qui le recherche : " Taille 5 pieds, 3,4 pouces, taille fluette, bien étagée, droit. Le visage gravé de petite vérole, le teint bourgeonné comme un ivrogne, physionomie ronde et intéressante. Il mâche beaucoup de tabac, surtout en poudre. " En mars 1793, la colère des paysans explose contre la décision de la Convention d’une levée de 300 000 hommes, et c’est le début de l’insurrection Sébastien prend alors la responsabilité de l’armée royaliste du Morbihan et participe avec ses deux frères Auguste et Jacques au soulèvement de l’ouest de cette région, et organise de nombreuses attaques (Prises de Guérande et du Croisic, coulage d’une frégate, maîtrise de tout le pays de Basse Vilaine). En 1795, des conférences de paix s’ouvrent au printemps. Sébastien y est présent, et sous l’influence des autres chefs chouans, il signe alors, le 20 avril 1795, à regret, les documents de reconnaissance de la République, mais quatre jours plus tard, il signe un autre document, parfaitement hostile celui-ci, appelant de nouveau à la rébellion. C’est au cours de la bataille de GrandChamp, qu'il est atteint d’un coup fatal. Après une courte fuite à cheval, il met pied à terre. Selon la tradition, les "bleus" (les républicains) firent inspecter et reconnaître le cadavre, qui fût enterré près du lieu où on le découvrit, là où le chemin qui conduit à Kervehein arrive sur la route de Loperhet. Sa sépulture a été depuis recherchée, mais plus aucun signe n’en indique l’emplacement ;

    4° Marie-Françoise, née le 18 juin 1757, arrêtée le 21 avril 1793, mais rapidement libérée. Pour éviter la confiscation du château de Silz, elle décide de le vendre à un dénommé Paul-Marie des Néttumières, le 8 prairial An 5, pour 27 000 francs. Epouse de René d’Osmond ;

    5° Auguste-Marie, Chevalier de Silz, chevalier de l’Ordre Royal et Militaire de Saint Louis, né au château de Silz en 1760 et baptisé le 19 novembre. Son père demande pour lui une inscription à l’Institution des Gardes de la Marine de Brest. Les plus strictes conditions y sont exigées. Auguste reçoit sa lettre de nomination comme élève-officier de Marine. Il est incorporé le 7 septembre 1778. Sa carrière a pu être reconstituée grâce aux archives de la Marine. Il a des embarquements successifs sur : Le Sphinx (14/01/1781), L’Alexandre (16/04 au 12/06/1781), La Néréide (12/06 au 12/09/1781), Le Dauphin Royal (16/11/1782), Le Glorieux (01/04/1782 à 12/04/1782), Le Triton (08/09/1782 à 19/05/1783), Le Réfléchi (02/01 au 30/04/1784 et 28/07 au 22/11/1784), La Résolution (13/12/1785 à 11/05/1786), Le Rhône (06/04 au 19/08/1789), L’Auguste (26/06 au 30/12/1790), Le DuguayTrouin (01/01 au 29/06/1791). Enseigne de vaisseau à bord du Glorieux, il participe à la campagne d’Amérique sur le Glorieux. Il est au combat naval des Saintes et de la Dominique, le 12 avril 1782. A la suite de cette bataille, le Glorieux est pris par les Anglais et son équipage est fait prisonnier. Auguste et les autres officiers prisonniers séjournent pendant un mois à la Cité Espagnole. Le 19 mai, tous les prisonniers montent à bord du bateau anglais Sandwich, qui appareille le 25 pour l’Angleterre. Ils arrivent à Portsmouth le 2 août. Ils sont enfin libérés et rejoignent la France le 12 août 1782 où un jugement de Conseil de Guerre de L’Orient (Lorient) est porté, et cite les officiers et l‘équipage du Glorieux, en louant leur conduite lors de la journée du 12 avril 1782. Promu lieutenant de vaisseau le 1er mai 1786. En 1791 il est détenu quelques temps au château de Brest pour avoir manifesté des idées royalistes. Le 10 janvier 1792 il épouse en l’église d’Arzal Jeanne Marie Olive Kermasson de Kerval, fille de Cassien Alexis Kermasson de Kerval, seigneur de Kerizel et de Heinlex-Pommeraye, et de Jeanne de Rochereul de Promarzin, promu Lieutenant de vaisseau de 2ème classe, au cours de l’été 1792, il quitte la Marine pour rejoindre son frère et le mouvement chouan, comme son frère Sébastien, il se cache et travaille comme journalier dans les paroisses environnantes. Recherché, son signalement est donné par l’administration : "Taille 5 pieds, 1 pouce (environ 1m68), gros, trapu, bien constitué, jambe forte un peu arquée ; le visage gros, rond, un peu soufflé. Il a une bonne carnation, les yeux un peu enfoncés et petits, la bouche petite, les lèvres épaisses un peu relevées surtout la supérieure. Il porte un chapeau à cuve élevée", un autre signalement de police, contradictoire mais pas de la même année, le décrit comme suit : " 30 à 40 ans, 5 pieds, cheveux châtains, sourcils idem, yeux bleus, nez court, bouche moyenne, menton long, visage basané, maigre, effilé, vêtu d’une chemise blanche, pantalon de toile, chapeau de paysan", mais bien que se sachant recherché, Auguste accepte le risque de paraître à la demande de ses concitoyens d’Arzal pour faire office, dans certaines circonstances, d’officier public, ce qui laisse supposer une confiance réciproque, et la notoriété et le respect que lui porte la population. En 1793, il participe avec son frère au soulèvement de l’Ouest. C’est lui qui est à la tête des brigands à Rochefort-en-terre, dénoncés avec son frère comme antirévolutionnaires, la nuit du 21 avril 1793, en vertu d’un mandat, une trentaine de soldats vont à minuit heurter aux portes des inculpés au château de Silz et à Vieille-Roche, les somment d’ouvrir au nom de la Loi. Jeanne Marie Olive, enceinte de 8 mois 1/2, son père Cassien Kermasson, qui est rongé d’infirmité, ainsi que d’autres membres de la famille et des enfants en bas âge, sont arrêtés, dirigés sur Vannes et internés au Petit Couvent. Leur internement est de courte durée, puisque Jeanne Marie Olive accouche quelques jours plus tard, le 3 mai 1793, d’une petite fille, Marie-Cassienne-Augustine, à Vieille-Roche, mais elle sera a nouveau arrêté et internée avec sa fille pendant plus de deux ans. En 1794, il est nommé chef de division de l’armée royale et catholique du Morbihan, il commande la division de Muzillac, de Redon et de la Roche-Bernard. En 1796, il accepte la pacification du 16 juin et dissout ses troupes, il est un des chefs dont l’influence est la plus efficace en faveur du désarment et sa femme contribue avec ardeur à cette tâche. Il écrit au général Hoche en ces termes : "[...] aussitôt que je fus informé le 3 juin dernier que les chefs comme les autres seraient amnistiés pourvu qu’ils ne fussent pas émigrés, je m’empressais de faire toutes les démarches auprès de ceux que nous nommons les membres de notre conseil et auprès des autres chefs pour les déterminer à profiter de la grâce qui nous est si généreusement offerte. Je me tais, Général, sur l’influence que j’ai eu pour la mise à bas des armes, mais j’ose me flatter que ce fût ma jeune épouse qui, par ses démarches dans les campagnes pour y répandre notre amnistie et les bienfaits du gouvernement, ébranla fortement le tout. Au besoin, j’en appellerai au Général Quantin, car il lui donna un passeport et mon amnistie". Néanmoins, l’administration du Morbihan, ayant retrouvé le nom de ce Silz sur la liste officielle des émigrés (alors qu’il ne l’avait jamais été), avait requis sa déportation et obligé le général Quantin à le faire arrêter. Le 14 vendémiaire (5 oct 1796), les bandes du général Quantin arrêtent à Arzal le Chevalier de Silz, cela malgré les supplications des membres de la famille présents. Il est dirigé à Vannes, jugé et condamné au bagne. Il est déporté au bagne de l’Ile de Ré, avant-poste de la Guyane. De sa captivité, il se procure divers certificats, notamment du district de la Roche-Sauveur (nom républicain de La Roche-Bernard) et du commandement militaire de l’arrondissement de Vannes, prouvant que depuis le mois de Mars 1793, il n’avait jamais quitté le pays. Il envoie à Hoche une requête des plus respectueuses afin que, lui ayant déjà reconnu les droits accordés aux chefs des chouans non émigrés de rester de France, "il ne souffrit pas de son exportation dans une terre étrangère et perfide, dont il avait toujours et très sincèrement détesté les habitants et leurs manœuvres". L’adjudant général Mermet signala au général en chef que l’emprisonnement de De Silz faisait du bruit, et que si les arrestations de ce genre se multipliaient, il pouvait en résulter de nouveaux troubles dans le Morbihan. Hoche transmit au Directoire cet avis et la requête d’Auguste, ainsi que toutes les pièces sur ce "pacifié", en émettant l’opinion qu’"il serait injuste, peut-être même dangereux, de traiter comme émigré des hommes qui ne l’étaient pas et le prouvaient d’une manière certaine". Cependant, Auguste reste interné 3 ans à l’Ile de Ré. C’est en juillet 1799 qu’il est libéré et assigné sous surveillance à Guérande. Il rentre à Arzal, retrouve sa famille, et part aussitôt avec sa femme et sa fille s’installer à Guérande pour un séjour surveillé. C’est là que le 23 février 1800 naît son 2ème enfant, Clara-Marie. Jeanne Marie Olive meurt à Vieille-Roche le 19 juin 1807 à 34 ans. Avec les effets du Concordat, la paix et le calme revenus, Auguste reprend du service dans la Marine. Il est nommé au grade de Capitaine de Frégate en 1814, puis admis à la retraite le 22 octobre 1817. Il se retire à Vieille-Roche dans la maison héritée de sa femme, appelée de nos jours la caserne des Douaniers. Il meurt à Vieille-Roche le 5 janvier 1822 à l’âge de 61 ans, d'où :

    A°Marie-Cassienne-Augustine, (3 mai 1793 – 15 mars 1831), marié le 10 aout 1810 à Hyacinthe-Louis-Victor Piars Deshays ;

    B° Clara-Marie, (23 février 1800 – 5 aout 1837), mariée à Guérande le 11 juin 1817 à Henri Le Masne, (1786-1837), négociant.

    6° Anne-Marie, née le 24 janvier 1762, décédée en 1789 ;

    7° Armande-Désiré-Marie, née le 12 octobre 1763, décédée en 1765 ;

    8° Anne-Louise, née le 16 octobre 1764 ;

    9° Jean-Marie, née le 6 février 1771, baptisée le 3 novembre 1772, décédé le 2 mai 1799, marié le 7 février 1792 à Jeanne-Louise-Antoinette Philippe ;

    10° Cassien-Jean-Marie, né le 3 mars 1767 ;

    11° Louis-Marie, né le 29 juillet 1768, marié le 17 aout 1799 à Marie-Jeanne Lizeul ;

    12° Antoinette, arrêtée dans la nuit du 21 avril 1793, condamnée à mort et dirigée à Nantes pour y être noyée. Elle échappa à la mort en épousant républicainement un garde national du nom de Robin ;

    13° Eugénie-Armande, née le 6 février 1771, baptisée le 3 novembre 1772, mariée le 13 août 1792 à René-Benjamin Thomas de La Borde, (1745-1804), président de District, inculpé sous la Terreur, d'où Prudent-Marie Thomas de Laborde, (Saint-Nazaire 11 janvier 1793 - Lorient 25 mai 1876), juge au tribunal civil de Vannes ;

    14° Jacques-Marie, né en 1773, guillotiné place du Bouffay à Nantes le 17 mars 1794 ; admis à l’institution des gardes de la marine à Brest, en 1792, il rejoint ses frères en Bretagne dans le mouvement chouan, et participe activement à la contre-révolution. Il se distingue au côté de Michel-François Thomas de Caradeuc, notamment lors de la prise du Croisic en mars 1793. C’est en ce lieu, le 18 mars 1793, qu’il prête serment de fidélité à Louis XVII. Arrêté le 15 pluviôse An II (janvier 94), il est alors dirigé vers Guérande, passe devant un jury militaire et un tribunal civil, de là, il est envoyé à Nantes où il passe devant un tribunal révolutionnaire le 7 février 1794 : " Le tribunal, d'après les dépositions des témoins, aveux et reconnaissances de Jacques-Marie Lahaye Desilz, Déclare que le dit Lahaye se joignit aux brigands dès le commencement de l'insurrection ; qu'il a eu différents grades parmi les brigands ; que lors de la prise de la ville du Croisic, il y entra accompagné de Guérif de Lanouan, leur chef ; — qu'il y prêta entre les mains de Lanouan serment de fidélité à Louis 17 ; que lorsque Caradeuc se présenta pour sommer la ville de Guérande, le même Lahaye y entra ; que le 18 mars, il entra, avec un détachement, chez le citoyen Boujus, aubergiste au Croisic, le menaça et lui enleva un sabre pour en armer un de ses camarades ", il fut alors condamné à mort avec cinq autres habitants du Croisic : " Le mois de mars 1794 apporte aux jacobins du pays la satisfaction d’apprendre le supplice de Jacques de la Haye de Silz, marin, ci-devant noble, natif d’Arzal domicilié à Penestin, guillotiné à Nantes, place du Bouffay, le 17 mars 1794 pour: s’être joint aux brigands dès le commencement de l’insurrection; avoir livré Le Croisic et Guérande avec d’autres chouans; avoir prêté serment de fidélité à Louis XVII. "

     

    En 1841 le manoir appartenait à monsieur Amelot, un parisien qui spéculait, en 1924 il appartenait à monsieur Agasse, entrepreneur de travaux publics.

     

     

    [1] Famille bourgeoise déboutée de noblesse à Guérande en 1669. Armoiries : D'azur au rocher d'argent, accompagné de huit yeux en orles.

    [2] Issu d’une famille anoblie en 1436, maintenue noble d'extraction lors de la réformation de noblesse par arrêt du 3 juillet 1669, sur 5 générations, recensement de Guérande (Bibliothèque Municipale de Rennes, Ms. 504 et 505), portant pour armoiries : d'azur à trois dauphins couronnés d'argent, accompagnés d'une étoile du même en cœur, il était veuf de Janne Coquard de Kerougas, (1643-1711) dont il eut cinq enfants),

    [3] Issu d'une famille bourgeoise de Toulon, il fut anobli par le service. - Armoiries Geoffroy d'Entrechaux : Parti ; au 1° d'or à l'aigle de sable ; au 2° de sinople au lévrier rampant d'argent ; au chef général d'azur, chargé de trois étoiles d'or.

  • Le crime de La Vague

    La Vague est l’un de ces charmants chalets balnéaires qui émaillait la corniche nazairienne et dont il reste hélas peu d’exemple. Sa construction fut entreprise entre 1899 et 1905, par le couple Henri Tahier, (Saint-Nazaire le 5 octobre 1845 – Saint-Nazaire 19 février 1924) et Angèle-Désirée Henry, (Saint-Nazaire le 6 mars 1850 – Saint-Nazaire 9 juin 1916), pour leur servir de lieu de villégiature avec leurs cinq enfants, Henri, Gabrielle, Hélène, Madeleine, et Andrée. Les Tahier avait acquis le terrain en décembre 1898 auprès du négociant nantais Honoré-Anatole Martineau.

     

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    La Vague, façade sur estuaire, L'Ouest-Éclair 30 septembre 1932.

     

    Henri et Désirée Tahier formaient un couple de bourgeois respectables, unis d’un amour véritable, qui les avaient fait défrayer la chronique en 1870. Désirée était la sœur de l’épouse du frère aîné d’Henri, amoureux, ils avaient consommé, et Désirée était tombée enceinte d’une petite Angèle, née trois mois avant le mariage de ses parents. L’aventure avait alors fait chasser Désirée par son père, et Henri, clerc de notaire, avait perdu son emploi. Il était devenu grâce à son aîné caissier à la Compagnie Générale Transatlantique, mais ne fit jamais l’effort de monter en grade, se contant d’un revenu relativement modeste au regard des besoin de sa nombreuse progéniture. Sa chance fut d’être issu d’une famille fortunée, (voyez sa généalogie ici : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2020/11/01/tahier-et-tahier-de-kervaret-6273855.html), de laquelle il hérita des fermes et une somme suffisamment importante pour s’offrir le luxe d’une résidence secondaire à l’extérieur de la ville, dans une banlieue alors recherchée où les Nazairiens allaient se détendre le dimanche dans les guinguettes, les cafés-restaurants, et sur les plages, à 2 km du port. La demeure, malgré l'illusion de son aspect extérieur, était à l’époque petite, composées de nombreuse pièces peu pratique par leur plan carré et leur disposition ; la cuisine elle-même tenait plus du couloir aménagé en kitchenette comme dans les logements d’étudiant du 21ème siècle. C’était une construction légère, conçue pour de courts séjours en belle saison. Les jours de tempête le vent passait par le sous-sol au travers du plancher du salon de la salle à manger, soulevant le tapis, ouvrant parfois les fenêtres ; les cheminées, alors présentes dans chaque pièce, étaient plus décoratives qu’efficaces. Le jardin, de 800m², clos de murs, sauf côté rue où était une palissade ajourée peinte en vert clair, avec un puits, domine cependant l’estuaire et était à l’époque doté d’une petite serre sous la terrasse côté océan[1].

     

    En 1915 le couple Tahier décida de quitter le centre-ville, où ils habitaient rue de Montoir, pour s’établir en leur chalet de La Villes-Martin. Depuis que le port était le lieu de débarquement des troupes australiennes et canadiennes, toutes les nuits il y avait des bagarres et des agressions, parfois à coup de révolvers. Epuisés par cette insécurité, ils firent de La Vague leur résidence principale. Désirée y décéda en 1916. Henri y demeura seul avec sa fille Madeleine, jusqu’à sa mort en 1924. Les filles Tahier étaient de jolies femmes aux yeux noirs, les deux ainées avaient trouvé à se marier avec des hommes qui avaient du bien et de bonnes situations, la plus jeune, « un peu masculine », menait une vie mystérieuse de modeste vendeuse à Paris, seule Madeleine était restée à Saint-Nazaire, à s’occuper de ses parents, car elle était bossue, chétive, et n’avaient du fait de sa difformité jamais trouvé à se marier. Elle avait vieilli prématurément, ayant « le visage chiffonné »[2]. A la mort de son père, elle hérita de La Vague et de la fermette de La Bouletterie, une métairie de 6ha, comprenant corps de bâtiments composés d'une maison, écurie, cave, grande cour devant la maison, un jardin, des terres sous labour divisée en 39 lots éparpillés (nous étions avant le remembrement). Cette ferme exploitée par la famille Bonhommeau, constituait le revenu principal de Madeleine et la pouvait deux fois par semaine en lait. La Vague était alors en mauvais état, Madeline peinait à l’entretenir, elle faisait réaliser les travaux les plus urgent, mais le balcon en fer de la façade d’arrivée avait perdu plusieurs barreaux remplacés par du fil de fer. Tout était à l’économie, y compris sa mise, elle portait ainsi les chaussures de son père, faute de pouvoir s’en offrir une paire pour les jours ordinaires, avait l’air de Pauline carton dans « ces messieurs de la Santé », avec ses mitaines. Endettée au point d’avoir contracté une hypothèque qui lui coutait 1.200 fr le trimestre, (un ouvrier gagnait 1.000 fr par mois à l’époque), ne recevant aucune aide de sa famille ; son frère, qui se faisait nommer monsieur de Kervaret, était vaguement ingénieur à Paris où il faisait des dettes que l’héritage de 1924 avait à peine couvertes ; ses sœurs mariées prétextaient dépendre de la bonne volonté de leurs époux, la plus jeune disait ne pas avoir la possibilité de l’aidée. En fait, Madeleine était une femme isolée qui, en dehors de la fille de ses métayers qui lui apportait du lait deux fois la semaine, et de sa voisine mademoiselle Tremer, tenancière du Café des familles, (ancien café du Fort, aujourd’hui Villa Ker Villès), d’une amie d’enfance, madame Defaille, et d’une tante à la mode de Bretagne, madame Certain, qui vivait de l’autre côté de la ville aux trois-Ormeaux, (boulevard de la Renaissance), elle ne voyait personne.

    Madeleine se contraint à louer les deux chambres se trouvant au second étage, sous les combles, pour un loyer de 50 fr chacune, (l’un se composait d’une vaste pièce, la seconde plus petite avait en sus un grenier qui pouvait servir de rangement supplémentaire. Les locataires étaient invités à prendre pension au restaurant au Café des familles où chez monsieur Balle au Restaurant de la Côte. Elle trouva difficilement hors saison estivale à louer, jusqu’à ce qu’en 1931 arriva un couple.

     

    Thibaud et la Sorcière :

     

    En janvier 1931 débarquèrent deux individus à la drôle d’allure : Une femme prénommée Suzanne, veuve d’un employé de la Compagnie Parisienne du Gaz, nommé Carousse, qui disait avoir 40ans, alors qu’elle en avait 55, hystérique, tyrannique, attifée comme l’as de pique, que le voisinage surnommait « La Sorcière ». Elle n’était pas une inconnue pour Madeleine, cela faisait sept-ans qu’elle lui louait régulièrement une chambre en été. Un homme, de 38ans, Georges-Désiré Thibauld, désigné sous son seul nom de famille par les voisins, son compagnon depuis 1928, au teint noir, qui portait encore les codes vestimentaires des apaches, pourtant alors passé de mode : casquette, chemise avec gilet, pantalon large tenu par une ceinture de flanelle jaune de 20 cm de large et longue d'un mètre, enroulée autour de la taille. Dans l’intérieur bourgeois, quoique défraichi de Madeleine, ces deux énergumènes qui vivaient maritalement, même s’ils y avaient officiellement chacun leur chambre, se tapant dessus chaque soir en s’avinant avant de se réconcilier sous la couette, faisait tache. Parentés et amis de Madeleine lui disaient de se débarrasser d’eux, mais elle s’y refusait, motivée par le fait qu’elle avait besoin d’argent, et que personne ne voulait louer à l’année des pièces qui étaient loin du centre et inchauffables, dans une maison qui n'était au demeurant pas raccordée au réseau électrique. Madeleine, qui craignait l’intrusion dans son intimité ou les vols, nombreux dans les villas non habitées à l’année sur la Corniche, avait fait poser des cadenas à toutes les portes, et pensait que cela était suffisant pour la protéger des excès de ses locataires.

     

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    Georges Thibaut, Le Phare de La Loire du 30 janvier 1932.

     

    En dehors du nom de son époux et de son âge, on ne sait rien de Suzanne, elle est dite née à Candé dans les comptes rendus, mais nous n’avons pas trouvé d’acte de naissance pouvant correspondre à elle dans les actes. Le passé de Georges Thibaut nous est lui bien connu ; il est né le 2 juin 1894 à Nogeant-sur-Loir, huitième de douze enfants, d’un père journalier, dans une famille très pauvre, minée par l’alcoolisme. Son père et l'un de ses frères s'étaient noyés alors qu’ils avaient embarqué sur une barque, totalement saouls. Jeune, il avait été décrit comme « bon travailleur ». Durant l’appel de 1913, il avait intégré le 3ème régiment des Zouaves en Algérie. Durant la guerre il fut blessé deux fois, et cité à l’ordre du jour de son régiment. Les officiers le décrivirent comme très énergique et discipliné, mais il sortit de la guerre très éprouvé et fit deux séjours psychiatriques. Entré au chemin de fers en 1919, il resta dix ans à la gare de Clamart, puis fut muté à la gare de Montrouge, où il fut l’objet de nombreuse plaintes disciplinaire pour hybridée. Il avait en effet rencontré en 1928 Suzanne Garousse qui était une alcoolique notoire depuis la mort de son époux, et qui l’incita à boire. Avec ses antécédant familiaux et psychiatriques, Georges Thibaut sombra rapidement et commença à développer des délires schizophréniques ; il prétendait dans ces moments-là avoir été au bagne pour meurtre, ce qui devait certainement être une confusion avec ce qu’il avait vécu durant la guerre et ses séjours en physiatrie et une volonté de fantasmer une vie qui devait lui être triste, et contrebalancer un caractère effacé et faible. Il fut révoqué de son emploi pour être venus plusieurs fois gravement aviné. Suzanne le persuada de partir pour Saint-Nazaire afin d’y trouver un emploi de mécanicien aux Chantiers. Il fut employé par différentes entreprises, estimé comme actif, robuste bon travailleur, mais désigné comme alcoolique en dehors de ses heures de travail, ce qui à l’époque était commun. Le 14 janvier 1932, il quitta son dernier emploi et pris la décision de quitter Suzanne. Celle-ci fit sa valise avant lui. Elle parti le 18 janvier, en prétextant rentrer à Paris pour y devenir cuisinière, et avoir peur que Georges ne la tue durant un excès d’alcool, et qu’il avait une hache cachée sous le lit. Depuis plusieurs semaines elle disait pis que pendre de celui-ci, montant peu à peu le voisinage contre lui, ainsi que Madeleine à qui elle dit que son amant payerait sa part du loyer, soit 150 fr pour un trimestre non réglé. Madeleine eu un moment de panique. Elle devait verser 1.200 fr à son notaire, maître Labour, la première semaine de février pour le règlement de son hypothèque. Désemparée, elle décida de réclamer les loyers à Thibault qui répondit qu’il ne payerait pas pour Suzanne, d’autant qu’elle s’était sauvée en emportant ses économies, mais qu’il toucherait son salait le 20 et verserait alors ce qui correspondait au prix de sa chambre.

    Madeleine commença à l’assaillir tous les soirs à propos des loyers, et chaque soirs Thibaut répondait qu’il ne payerait pas pour Suzanne.

     

    Le meurtre :

    Les évènements ici relatés ont été reconstitués durant l’enquête grâce aux aveux que fit Georges Thibaut aux gendarmes de Nantes et à l’interrogatoire durant le procès.

    Le 25 janvier, vers 17h, au bas de l’escalier, à droite quand on entre dans la maison, se tenait Madeleine très agitée. Elle réclama l’argent des loyers de Madeleine. Thibault lui avait réglé sa part, mais refusait encore de payer la dette de Suzanne. Madeleine partie en direction de son salon, proférant des menaces, il la suivit, tout aussi énervé, la sommant de se taire. Agacé par les cris de sa logeuse, il lui mit un coup de poing dans le nez. Madeleine bascula en arrière, emportant dans sa chute en chaise, et en ayant le réflexe de dire : « que fais-tu là Thibaud ? »

    Allongée sur le sol, le visage ensanglanté, Madeleine n’eut pas le temps de dire plus ; Thibaud se rua sur elle et l’étrangla de ses mains, puis il détacha sa ceinture de flanelle jaune et se mis à étrangler plus encore Madeleine avec. La pauvre femme expira rapidement.

    Thibaut désaoula. Il réalisa son crime. Il transporta le corps de Madeleine dans le salon, lui posa la tête sous un coussin. Il se rendit dans la chambre de sa victime pour prendre une bouteille d’eau de Cologne et un mouchoir, puis revint lui nettoyer le visage. Après cela il alla chercher un chapelet qui lui mis entre les mains, et un drap avec lequel il la recouvrit.

    Il chercha à bruler le mouchoir et la ceinture de flanelle dans le fourneau de la cuisine, puis retourna de fond en comble les trois chambres qui constituaient l’appartement de madeleine au premier étage. Il lacéra les matelas, déchirant les draps au passage, à la recherche d’argent caché. Il ne trouva rien d’autre que le portemonnaie de la victime, qui contenait 6fr, et ne vit pas sur la table de sa chambre son portefeuille qui contenant 600fr, et une coupelle contenant quelques petits bijoux en or. Durant plusieurs jours Thibaud continua de vivre comme si de rien n’était. Il nourrissait les poules de Madeleine, allait en alternance au Café des familles et au restaurant de la Côte prendre ses repas et régla ses ardoises. Le soir il achetait une bouteille de vin. Madeleine n’avait pas été vue depuis le 22 janvier par ses voisins, et la fille des métayers dit aux gendarmes n’avoir vu personne le dimanche 24 janvier, ce qui n’était pas habituel. Mademoiselle Tremer passait habituellement ses dimanche soir avec Madeleine, le la voyant pas, elle interrogea Thibaut qui répondit que sa logeuse était partie voir sa tante aux Trois Ormeaux. Madeleine fut dans son acte de décès déclarée morte depuis le 26 janvier, mais plusieurs choses laissent à penser que le meurtre avait été perpétré entre les 22 et 23 janviers. Le corps commençant à sentir, Thibaut ouvrit la fenêtre du salon, le vent la fit battre bruyamment, ce qui éveilla la curiosité de mademoiselle Tremer. Le jeudi suivant la laitière ne vit que Thibaut qui lui apporta un pot qui n’était pas celui habituellement utilisé par Madeleine pour mettre le lait.

    Thibaut parti le 29 janvier au matin en direction de la ville, et marcha toute la journée jusqu’à arriver à la gendarmerie de Nantes vers 19h45, où il se déclara se constituer prisonnier pour meurtre. On téléphona à la gendarmerie de Saint-Nazaire pour vérifier les dires de Thibaut. Monsieur Balle assista les gendarmes à l’aide d’un phare de sa voiture qu’il démonta pour qu’ils puissent visiter les lieux dans la nuit, faute d'électricité. Les gendarmes posèrent des scellés, et confièrent le gardiennage de la maison à monsieur Balle.

     

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    Monsieur Balle, L'Ouest-Éclair du 30 janvier 1932.

     

    On fit venir le juge Lelièvre le matin suivant. On découvrit prêt du corps une lettre de Thibaut demandant pardon à madeleine et à Suzanne ; puis le corps fut emporté à l’hôpital où le médecin légiste Cousin procéda aux observations. Thibaut fut conduit à Saint-Nazaire, répéta ce qu’il avait dit aux gendarmes de Nantes, et fut présenté au médecin aliéniste Terrien, venu de La Baule, qui le déclara responsable de ses actes et accusa Suzanne de l'avoir rendu totalement alcoolique.

     

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    Le juge Lelièvre, L'Ouest-Éclair du 30 janvier 1932.

     

    Madeleine fut déclarée morte le 26 janvier, son acte se trouve dans le registre de la mairie de Saint-Marc dont dépendait alors La Villès-Martin, on l’inhuma au cimetière de La Briandais, avec ses parents, mais le caveau semble avoir été depuis été détruit.

     

    Le Procès :

    Maitre Moreau Vagnier l'ainé fut chargé de la défense de Thibaut devant les Assises à Rennes. Suzanne dit au Président du Tribunal qu’il était violant quand il buvait, mais qu’il ne l’avait battu d’une fois. Elle affirma qu’il vivait à ses crochets, ce qui ne fut pas prouvé. Madame Defaille répéta ce que Suzanne disait à chacun dans le quartier à propos de Thibaut, et l’avoir conseillé de partir car « il finirait par la tuer ». Monsieur Balle témoigna que Thibaut était un être faible et dépendant de l’alcool, et que malgré ses airs méchants et agressifs, qu’il « se serait tu devant un enfant de 10 ans s'il lui avait demandé de se taire ».

    Thibaut affirma ne pas savoir la situation financière de Madeleine, et ne pas avoir de fait compris son insistance agressive à lui réclamer le loyer de Suzanne. Il la croyait radine, et non ruinée. Il nia avoir retourner les chambres de l’appartement de Madeleine, et prétendit que le désordre y existait depuis toujours, même s’il avoua avoir fouillé, ce qui provoqua un émoi dans la salle. Il n’expliqua pas son geste, « j’ai perdu la tête », répétait-il. Il affirma qu’il avait fait exprès d’avoir provoqué son renvoi des chemins de fer. Le Président lui rétorqua : « C'est un raisonnement absurde, car vous pouviez démissionner ! ». On le questionna sur la provenance de l’argent qu’il avait employé pour le réglemente de ses notes de restaurant et l’achat de bouteilles de vin. Il dit avoir touché le 20 janvier 128fr de son précédent travail, et fanfaronna en affirmant qu’il avait ensuite erré dans les rues sans se donner la peine de chercher un nouvel emploi. Il reconnu avoir pris les 6fr contenus dans le portemonnaie après avoir tué Madeleine. Le 29 septembre 1932 le jugement fut rendu : comme le meurtre n’avait pas pour but le vol, Thibaut évita la guillotine au profit de vingt années de travaux forcés au bagne de Saint-Laurent-du-Maroni en Guyane.

     

    Après le meurtre :

    La famille Tahier et maître labour n’attendirent pas le jugement des assises pour procéder à la liquidation des biens de Madeleine. Un jugement rendu par le tribunal de Saint-Nazaire le 30 juillet 1932 ordonna la vente de ses biens, il est vrai qu’il fallait aussi régler l’hypothèque contractée par Madeleine. Le 11 octobre 1932 à 14h, fut misent en adjudication chez maître Labour, l’ensemble des biens de Madeleine. On ne trouva pas preneur pour La Vague et son mobilier que la famille ne désira pas récupérer. Personne ne voulait vivre dans une maison où un meurtre avait été perpétré. Des voisins l’affirmèrent hantée après avoir vu des ombres et des lumières derrières les volets. En fait des curieux s’amusèrent à visiter les lieux la nuit et à emporter des souvenirs. On trouva des locataires qui la fuyaient quand ils apprenaient le meurtre. Le frère de Madeleine arriva à sortir de la succession en faisant racheter sa part par ses sœurs. Occupée pendant la guerre, la maison sortie intacte des bombardements. A nouveau louée, elle finit par être acquise 28 mai 1947 par la famille Volant qui la revendit deux ans plus tard à la famille qui la possède actuellement, et qui n’en découvrit l’histoire qu’après leur emménagement, par une indiscrétion de l’épicier de la rue Ferdinand Buisson. Amoureusement entretenue, la villa a été agrandie après 1949.

     

    Georges Thibaut décéda au bagne le 6 mars 1948[3].

     

     

     

    [1] Eléments depuis disparus durant les agrandissements réalisés dans les années 1950.

    [2] Cf. L'Ouest-Éclair du 31 janvier 1932.

    [3] La condamnation au bagne fut abolie en 1938, mais les condamnés qui s’y trouvaient furent obligés d’y continuer leur peine. Le dernier bagnard fut libéré en 1953.

  • Tahier et Tahier de Kervaret

    Tahier, voici un nom qui était pour les Nazairiens synonyme d’ancienne bourgeoisie et d’honorabilité. Celle-ci s’étant éteinte en même temps que la ville fut détruite et sa population majoritairement dispersée, elle n’est plus qu’un vague souvenir que parfois ravive la lecture de la liste des anciens maires, où la mention d’un conseiller d’Etat.

    Pourtant, être Tahier s’était être de bon lignage à Saint-Nazaire, être revêtu d’honorabilité, et les membres de cette famille affichaient une certaine fierté, si ce n’est une certaine forme d’arrogance ; les enfants des filles Tahier faisaient en sorte d’associer le patronyme à celui de leur père.

     

    Les origines :

     

    Les Tahier sont originaires de Ploubalay, aujourd’hui une commune de Beaussais-sur-Mer, une paroisse dépendante du diocèse de Saint-Malo, entre Dinard et Dinan. Elle est connue dans les registres paroissiaux depuis Jehan Tahier marié vers 1580 avec Charlotte Agan, née le 15 décembre 1546 à Ploubalay. Leur petit-fils, Bertrand Tahier, marié le 25 juin 1630 avec Gilette Margot, entra en possession du fief de de La Villesgouté, (La Ville-es-Goutte), en Ploubalay. Ses suivants firent carrière dans la magistrature et le droit, et pratiquèrent le partage noble, ce qui leur permis de porter dans les actes le titre d’écuyer, mais aucun ne fit confirmer cette noblesse acquise par comportement noble que permettait la Coutume de Bretagne. On ne lui connait pas non plus d’écu d’armes, élément pourtant indispensable à la noblesse, car « il n’est nulle noblesse sans armoiries ». L’un de ses petits-fils, Julien-Maurice Tahier, né à Ploubalay le 14 janvier 1717, hérita du fief de Villesgouté, et fut contrôleur aux Devoirs à La Roche-Bernard. Il épousa à Guérande, le 2 août 1746, Aimable-Jeanne-Jérômine de Kervéno, (Donges 22 septembre 1719 – Guérande 13 février 1786), dame de Kervaret en Guérande, qui était issue d’une famille de très ancienne noblesse qui portait : d'azur, à dix étoiles d'argent, 4, 3, 2 et 1. Le couple eut au moins douze enfants, dont seuls deux fils atteignirent l’âge adulte.

     

    Généalogie en Presqu’Ile guérandaise :

     

    I° Julien-Maurice Tahier, sieur de La Villesgouté, né en 1717 à Ploubalay, décédé en avant la naissance de son second fils, écuyer, contrôleur aux douanes, capitaine des canonniers, contrôleur aux devoirs à La Roche-Bernard ; marié à Guérande le 2 août 1746 à Aimable-Jeanne-Jérômine de Kerveno (Donges 22 septembre 1719 – Guérande 13 février 1786), d'où 12 enfants, dont :

    1° Jacques-René-Claude, qui suit ;

    2° Julien Maurice qui suit branche Tahier de Kervaret.

     

    II° Jacques-René-Claude Tahier, (Guingamp 19 septembre 1748 – Guérande 13 juillet 1816), désigné dans les actes comme rentier et propriétaire, marié civilement à Guérande le 16 septembre 1798, (30 fructidor an VII), avec sa domestique avec qui il vivait maritalement depuis plusieurs années, Françoise Viaud, (Saint-Molf 1er décembre 1764 – Guérande 6 février 1806). Ce mariage civil avec reconnaissance d’une enfant, dérangea longtemps la famille, certes la Révolution avait changé la société, et un « ci-devant [1]» pouvait épouser une femme de condition très inférieure à la sienne, mais le fait que ce mariage civil fut contracté si tard, fit raconter par les Tahier, que le couple avait en réalité contracté un mariage religieux avant le mariage civil, devant un prêtre réfractaire, donc illégale en période révolutionnaire, dont on n’a jamais pu apporter la preuve ; la seule union connue du ce couple est de fait le mariage civile. Il y aurait eu cinq enfants né de ce couple, mais on n’en connait au moins deux :

    A° Françoise née à Guérande le 9 janvier 1796, reconnue par son père lors du mariage civil de ses parents ;

    B° Jacques-François qui suit.

    tahier

    Jacques-François Tahier © Fonds et collections de la famille Fraisse.

     

    III° Jacques-François Tahier, (Guérande 8 novembre 1799 – Saint-Nazaire 24 mars 1875), capitaine au long cours, syndic des gens de mer à Saint-Nazaire, maitre de port, chevalier de la Légion d'Honneur, médaillé de Sainte-Hélène, époux d'Eléonore-Aglaë Blanchard, sœur fille de l’officier de Santé du port, et sœur d’un éphémère maire en 1830[2]. D’où :

    1° Aglaë, (1836-1919), le docteur Hippolyte Durant, (Nantes 9 juillet 1827 – Saint-Nazaire 1892), diplômé docteur en médecine à Paris le 9 octobre 1860, médecin de la Santé, il se spécialisa dans la lutte contre le choléras, et obtint la médaille du Choléras en Meuse en 1854 ; en 1861, il fit le premier diagnostic de l''épidémie de fièvre jaune qui frappa Saint-Nazaire, un patient agité par la fièvre le frappa à l’œil par accident, il dut subir une énucléation, l'Empereur lui décerna une médaille d'honneur le 15 janvier 1862 ; il fut commissaire municipal à la mairie en 1870 et resta conseiller jusqu'en 1888 ; la Croix Rouge lui décerna sa Croix de bronze en 1871 en récompense de son dévouement ; il assura durant la seconde épidémie de fièvre jaune de 1881, le service durant 21 jours au lazaret de Mindin -  une rue porte aujourd'hui son nom, d’où  postérité sous le nom de Durant-Tahier, (voir http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/07/31/notes-sur-la-famille-durand.html ) ;

    2° François-Alexandre, né à Saint-Nazaire le 12 février 1838, capitaine au long-court, marié le 22 juin 1869 à Saint-Nazaire avec Marie Henriette Henry, fille de Jean-Louis Henry, pilote, (1817-1875), et de Jeanne Marie Audrain, (1817-1867), ; d’où :

    A° Blanche-Marie, (Saint-Nazaire 8 avril 1870 – 1962, inhumée au cimetière de La Briandais), épouse Giraud ;

    3° Louise-Aimée, né à Saint-Nazaire le 30 mai 1839 ;

    4° Henri, qui suit.

    IV° Henri Tahier, (Saint-Nazaire le 5 octobre 1845 – Saint-Nazaire 19 février 1924), d’abord clerc de notaire, il tomba amoureux de sa belle-soeur Angèle-Désirée Henry, (Saint-Nazaire le 6 mars 1850 – Saint-Nazaire 9 juin 1916). Il désira l’épouser, mais elle était mineure ; ils consommèrent leur amour et Désirée se trouva enceinte. Chassée par son père, elle trouva refuge chez la veuve Couronnée, rue de Nantes, où elle accoucha d’une fillette le 9 janvier 1871. Le couple se maria finalement trois mois après que la jeune mère accéda à l’âge adulte, le 26 juin 1871, soit le temps de publication des bans. Cette histoire obligea Henri à quitter l’étude qui l’employait. Heureusement son frère le fit entrer comme caissier à la Compagnie Générale Transatlantique. D’où :

    1° Angèle-Henriette Henry, puis Tahier, légitimée au mariage de ses parents, (Saint-Nazaire 9 janvier 1871 – Saint-Nazaire 6 avril 1877) ;

    2° Henri Tahier, dit de Kervaret, (Saint-Nazaire 26 octobre 1873 – Paris ?), ingénieur, marié le 14 avril 1926 à Paris, avec Jeanne Herviau, dont on ne sait pas grand-chose, mais qui semble avoir eu un style de vie dispendieux et qui s’endetta beaucoup, au point de connaitre une faillite en octobre 1924 ;

    3° Gabrielle-Marie-Alexandrine Tahier, (Saint-Nazaire, 2 septembre 1875 – Château-Thiébeau 2 février 1949), mariée le 25 septembre 1906 à Saint-Nazaire avec Eugène-Joseph-Antoine-Marie Nozières, (Chantenay-sur-Loire (commune de Nantes) en 1879 ou 1880, décédé avant le 28 mai 1947), négociant, puis industriel, demeurants à Paris 45 rue des Ternes ;

    4° Hélène Tahier, - Clichy La Garenne 26 janvier 1962), mariée le 15 janvier 1906 à Saint-Nazaire, avec Théodore-Auguste-Joseph Artaud, (°Vertou 8 avril 1879 - décédé avant le 28 mai 1947)), dessinateur, puis dessinateur-géomètre, demeurants à Villemomble 25 avenue des Roses ;

    5° Madeleine, (Saint-Nazaire le 19 septembre 1881 – Saint-Nazaire 26 janvier 1932) assassinée par son locataire en sa villa La Vague à Villès-Martin ;

    6° Andrée-Emilie Tahier, née à Saint-Nazaire le 30 mai 1886, employée de commerce, demeurant à Paris, 25 rue Henri-Monnier.

     

     

    Branche Tahier de Kervaret :

     

    II° Julien-Maurice Tahier de Kervaret, sieur de Kervaret, (La Roche-Bernard le 20 septembre 1749 – Saint-Nazaire 6 décembre 1832) ; fut nommé lieutenant de Frégate en 1778, puis de de Vaisseau 1786, et à nouveau en 1792, et le 18 Floréal an II ; parti à Philadelphie conduire un ambassadeur et toute sa suite, en l'an V (1796) comme commandant de la corvette Mercury, il fut à son retour nommé capitaine de la station navale de Mindin ; nommé capitaine de Frégate en 1814,il fut mis en retraite le 1er novembre 1817. Il avait été nommé maire de Saint- Nazaire le 13 septembre 1815, et resta en place jusqu'en 1823, date à laquelle il démissionna en raison de son âge et de ses infirmités ; chevalier de Saint-Louis 1821 ; propriétaire du domaine du Parc à l'Eau (situé à l'emplacement des anciens frigos, une rue située plus loin porte le nom de ce domaine en souvenir) ; marié à Saint-Nazaire le 18 juillet 1799 à Françoise Thomas, d'où :

    1° Aimable-Geneviève, (1801 - Nantes 11 novembre 1860), religieuse dans l'Ordre de Saint-Louis de Gonzague en la communauté de La Providence à Nantes, inhumée au cimetière de La Briandais où sa tombe existe encore à droit dans l'allée principale ;

    2° Claire-Eulalie, (1802-1866) ;

    3° Aimée-Gertrude, née à Saint-Nazaire le 23 octobre 1806, hérita du domaine du Parc à l'Eau,  mariée sous le nom de Tahier du Kreset à Saint-Nazaire le 10 mai 1830 avec Pierre-François-René de Brégeot, né à Herbigniac le 14 juin 1801, licencié en droit, juge auditeur à vannes le 10 mars 1825, substitut à Savenay en 1829, juge de paix à Guérande en 1849, conseiller général de la Loire-Inférieure de 1850 à 1853, juge de paix à Briec en 1867, d'où postérité, (voyez : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/07/26/notes-sur-la-famille-de-bregeot.html ).

     

     

    [1] Expression qui désignait durant la période révolutionnaire les gens ayant bénéficier de privilèges nobiliaires ou de charge.

    [2] Claude Alexandre Blanchard, officier de Santé, maire de Saint Nazaire du 29 juillet 1830 au 21 décembre 1830.

  • Jean d'Udine

    On vous dira probablement durant un souper en ville que Berlioz est venu séjourner plusieurs fois à Saint-Nazaire chez son fils, alors capitaine à la Compagnie Générale Transatlantique. Cette affirmation n’a rien de nouveau, maître Galibourg se plaisait à le répéter en boucle, en précisant que les Berlioz étaient ses locataires. On omet cependant de préciser à chaque fois qu’en ce temps-là Berlioz était une ombre, qu’il ne composait plus depuis des années. Les plus lettrés, vous parleront d’un charmant courrier qu’écrivit en 1884 Camille Saint-Saëns depuis le Grand-Hôtel, où il séjournait. L’année 1884, fut celle où il dirigea à Nantes la seconde partie de son oratorio « Le Déluge », « L'Arche — Le Déluge », (Op. 45), d’après le poème de Louis Gallet. Il était venu à Saint-Nazaire pour y visiter l’un de ses parents, (à moins que ce ne fut en réalité sa grande amie la pianiste Caroline Montigny-Remaury séjournant à Saint-Marc chez son beau-frère Eugène Wieczffinski ?). Dans cette lettre, qui réjouirait n’importe quel proustien, Camille Saint-Saëns, au faîte de sa gloire, monsieur ventru et longuement barbu, raconte son bonheur de faire des tours de chevaux de bois sur le carrousel de monsieur Guilleux sur la place Marceau, face au Café Américain.

     

    Le Nazairien, le vrai, celui dont les racines s’enfoncent à travers la stratification des siècles, vous comptera le souvenir de Jean d'Udine, charmante personnalité et musicologue qui  marqua son temps, auteur de quelques mélodies aujourd'hui oubliées.

     

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    Jean d'Udine,© fonds famille Gautier-Cozanet

     

    Jean d'Udine est un pseudonyme, celui d’Albert-Guillaume-Marie Cozanet, avocat à Saint-Nazaire. Né à Landivisiau le 1er juillet 1870, ce fils de médecin[1], petit-fils de notaire, il fut licencié en Droit à Rennes en 1890, s’inscrivit au barreau de Saint-Nazaire en 1891, et signa le mémoire de avocats de Saint-Nazaire demandant le monopole de la plaidoirie devant le tribunal de cette ville en 1892. Il préférait la musique et la poésie au Droit qu’il ne pratiquait que pour des raisons financières[2], sans y mettre beaucoup d’entrain. Ses plaidoiries étaient excellentes, mais il n’y mettait jamais de cœur, si bien qu’il perdait les affaires qu’il menait. Il est vrai qu’elles n’étaient généralement pas passionnantes, c’étaient des histoires de bagarres en Brière. Certaines ne manquait pas de piquant, ainsi c’était-il retrouvé, en mars 1893, à défendre Jean-Baptiste Moyon dit Tête Fine, accusé d’avoir donné un « coup de tête » au garde champêtre Moyon dit Bon Dieu, qu’un autre Moyon, dit Le Diable, était venu secourir… En juin suivant il avait défendu Félix-Marie Mausset pour un bras d’honneur avec invitation à la découverte du plaisir anal adressés au maire d’Avessac. Il n’en demeurait pourtant moins apprécié pour sa culture et son esprit ; sur décision du Conseil municipal du 4 novembre 1893, il fut nommé co-conservateur adjoint du Musée[3]. A l’époque de cette nomination, il ne s’illustrait que par des poèmes paraissant dans les journaux et des critiques artistiques, paraissant dans Le Courrier de Saint-Nazaire, La Démocratie de l’Ouest, L’Echo de Saint-Nazaire, Le Sonneur de Bretagne à Rennes, L’Ouest artiste de Nantes, des articles de critiques musicales et artistiques, ainsi que par l’amitié que lui vouait le compositeur Jules Massenet, (1842-1912), superstar de l’époque, mais s’investissait dans toute les manifestations artistiques ayant lieu à Saint-Nazaire. En 1894 il publia une pièce en vers nommée « L’Epée », jouée pour « L ’assaut d’armes du Grand Hôtel du 18 février 1894 », et un recueil de poésies nommé « Bourgeons », édité par la Grande Imprimerie de Saint-Nazaire, et épousa, le 7 août 1894, à Port-Vendres, (Pyrénées-Orientales), Marie-Estelle-Pauline Dardignac, (Fort-De-Franc 8 mars 1871 – Paris 21 décembre 1958). Cette notoriété lui valut une entrée élogieuse dans le Dictionnaire Biographique de la Loire-Inférieure, de Henri Jouvet en 1895, année où il composa une œuvre musicale pour théâtre d’ombres chinoise nommée « Jehanne d’Arc », jouée à Saint-Nazaire au concert de la Société philarmonique, et à Nantes par Le Clou.

    En 1897 il publia « La corrélation du son et des couleurs dans l’art », éditions Fischbacher à Paris.

    Il abandonna le barreau en 1898, et parti à Paris où il fut rédacteur à la Préfecture de la Seine, il y collabora à La Revue internationale de musique, qui hélas ne perdura qu’une année, ainsi qu’au Ménestrel, et au Courrier musical durant quinze ans. Fin musicologue, il publia tour à tour en : 1900 Dissonance, Lettres paradoxales sur la musique, Fischbache ; 1903 Paraphrases musicales sur les grands concerts du dimanche (Colonne et Lamoureux), 1900-1903, A. Joanin, L'Orchestration des couleurs, analyse, classification et synthèse mathématiques des sensations colorées, A. Joanin ; 1904 Le retour à Mozart, Petites lettres pour la jeunesse sur le « Jugend-Album » de Schumann, A. Joanin ; 1905 Les Caractères des musiciens, à la façon de Théophraste et de La Bruyère, A. Joanin, La Meule tourne, (roman), A. Joanin ; 1906 L'école des amateurs, Ed. du Courrier Musical, Gluck (biographie), H. Laurens ; 1908 La musique des syllabes, et les sirènes du docteur Marage, Société Internationale de Musicologie, La Belle musique, entretient pour les enfants, Devambez, La classification des timbres, Société Internationale de Musicologie ; 1909, année où il abandonna ses fonctions administratives pour se faire professeur de danse rythmique, Qu'est-ce que la gymnastique rythmique ? publiée à compte d’auteur ; 1910 L'Art et le geste, F. Alcan ; 1911 La Coordination des mouvements et la culture de la volonté par la gymnastique rythmique de Jaques-Dalcroze, Institut générale de physiologique ; 1912 Les rapports musicaux des unités d'espace et des unités de temps, Les naves et les pulses, à compte d’auteur ; 1914 Sur la danse, à compte d’auteur ; 1918 Dans la grotte féérique, sept contes pour les grandes personnes, G. Crès ; 1921 Qu'est-ce que la danse ?, H. Laurens ; 1922 Les Transmutations rythmiques, Heugel ; 1925 Qu'est-ce que la musique ?, H. Laurens ; 1926 Traité complet de géométrie rythmique, Heugel ;  1929 Qu'est-ce que la peinture et les autres arts plastiques ?, H. Laurens ; 1931 L'Art du lied et les mélodies de Massenet, Heugel ; 1932 Qu'est-ce que l'éloquence et la poésie ?, H. Laurens ; 1936 Qu'est-ce que la beauté ?, H. Laurens.

     

    Il composa en 1917 Apaisement, mélodie sur poésie de Verlaine, et Heures, mélodie sur poème de Tristan Corbière, Valse héroïque ; en 1923 Rondels pour après, cinq mélodies sur des poèmes de Tristan Corbière ; en 1929 Sept poèmes arabes.

     

    Divorcé de Marie-Estelle-Pauline Dardignac, remarié le 8 octobre 1907 à Neuilly-Sur-Seine avec Marie Antoinette Charruit, dont il eut un fils : Guillaume-Claude-Arthur Cozanet, (Paris 17ème 19 novembre 1907 - 9 juillet 1987), d’où postérité. 

     

    Jean d’Urdine affirmera toute sa vie la nécessité de la non-reproduction dans l’Art ; dans « Qu’est-ce que la musique ? », il écrivit : « La beauté d’un meuble, d’une dentelle, d’un vitrail, ne réside pas dans leur conformité à des modèles antérieurs fixés par l’usage, mais bien dans l’invention personnelle de celui qui les crée. »

     

    Mourant, il demanda à un ami de se mettre au piano et de lui faire entendre quelques notes de Beethoven, Gluck, « et surtout du Mozart, du pur, du charmant, du lumineux Mozart.[4] »

     

     

     

    [1] Il en était le troisième fils, quatrième et dernier enfant.

    [2] Son grand-père maternel, Gilbert Villeneuve, était avocat, ainsi que son frère Charle, au barreau de Quimpert.

    [3] Avec l’architecte Henri-Auguste van den Brouke, l'avocat Jean-Marie-Jules Gouzer, suppléant à la Justice de Paix et membre du Conseil municipal, ainsi que Paul-Joseph-Henri Barbara et Octave Fidière des Prinveaux comme co-conservateur ; voyez notre article consacré à l’Ancien musée : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2020/10/01/le-musee-disparu-de-saint-nazaire-6267147.html

    [4] Cf. Dictionnaire des compositeurs de musique en Bretagne, de Vefa de Bellaing, Ouest-Editions, 1992.

  • Un sanglier à la mer !

    Le 12 octobre 2020, on a filmé un sanglier nageant dans le port de Saint-Nazaire. cette video a été publiée sur le site de Ouest-France : https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/saint-nazaire-44600/saint-nazaire-un-sanglier-en-baignade-dans-le-port-6cf840e4-0e02-11eb-8368-80832aa050d1?fbclid=IwAR2la_CIm65UamS4momGY3SkQytu9UsgBEGRsU5lvdc8oLzPiTle5a6ewhY

     

    Des sangliers, des chevreuils, des renards, des fouines, nous en avons tous vu sur la plage, en réelle ou en vidéo, mais la présence de ces animaux nageurs n'est pas nouvelle, déjà dans son numéro du samedi 11 mai 1872, Le Chasseur Illustré, faisait état d'un sanglier pris en mer face à Saint-Nazaire : 

     

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  • Le musée disparu de Saint-Nazaire

    musée saint-nazaire

    L'ancien musée de Saint-Nazaire et l'ancienne Bibliothéque de Saint-Nazaire, carte postale, coll. David Silvestre.

     

    Nombre de Nazairiens ont entendu dire que la ville avait été dotée d'un musée qui fut détruit durant les bombardements. Certains ont aussi eu l'occasion de voir des cartes postales d'avant la première-guerre-mondiale le figurant.

     

    Quelques personnes âgées se souviennent de ses abords, mais très peu l'ont visité avant destruction, étant donné qu'il n'était ouvert que les dimanches après-midi. Le lecteur risque d’être profondément déçus en lisant les lignes qui suivront, nous en sommes désolés, mais nous nous efforçons de ne communiquer que des faits : il n'y avait pas de musée au sens où nous l'entendons au 21ème siècle ; il y avait un espace d'expositions des collections municipales, ensemble comparable aux collections d'un amateur éclairé, d'un érudit, mais pas digne d'être qualifié aujourd'hui de « musée ».

    Beaucoup de mythes perdurent autour de cette institution disparue. Durant la campagne municipale de 2020 il s’est même réinvité dans les débats, avec des cris de bourgeois choqués et des affirmations d’honnêtes gens qui nous assuraient que les collections n’avaient pas été détruites, que l’on nous cachait des choses, pire, que la Ville avait confié à des musées français des trésors de notre patrimoine, tels un chef de village donnant les fétiches et les masques de ses ancêtres à un colon armé d’un fusil. Vision des Nazairiens et déformation des faits très exaspérantes… grossie par l’alimentation des réseaux sociaux où chacun y allant de son commentaire pour le plaisir de commenter, faisant grossir de plus en plus la légende de façon pagnolesque.

     

    Le lecteur comprendra que l’auteur de ce blog s’est abstenu de s’exprimer au milieu de cette cacophonie et des insultes qui ont ponctuées cette triste période d’élections, n’étant pas désireux de faire de la politique municipale et surtout n’étant pas homme à se produire en foire, surtout au risque de ne pas être entendu au milieux des hurlements de quelques excités, ou pire, d'être l'instrument malgré lui d'une contre argumentation n'ayant pour but que des intérêts particuliers au détriment de ceux des Nazairiens.

     

    Maintenant que le calme est revenu, exprimons-nous sur ce sujet en relatant l’histoire de ce musée.

     

    Avertissement :

    Ce blog est un blog de vulgarisation de l’histoire de Saint-Nazaire, il a pour but de rendre accessible l’histoire de notre ville et de permettre à ceux qui le consultent, de s’orienter vers des sources plus détaillées. En l’occurrence le lecteur aura, s’il est désireux de faire une thèse sur le sujet, la possibilité de consulter la très dense documentation conservée aux archives municipales, qui traite de l’ancien musée en question, mais aussi de la suite qu’on a espérée lui donner à la Reconstruction, et de ce qui constitue actuellement la collection municipale d’avant l’ouverture de l’Ecomusée en 1998. Cette documentation est cotée 423W005 à 423W023. Ajoutons ici que la consultation de ces archives nous a été proposée spontanément, avec pour commentaire que personne n’avait encore demandé à étudier.

     

    musée saint-nazaire

    Archives de l'ancien musée de Saint-Nazaire et de la collection municipale actuelle dite « ancien musée » ou « musée de Saint-Nazaire », conservées aux Archive de la ville de Saint-Nazaire.

     

    A cette documentation nous ajoutons des journaux de l'époque : Le Courrier de Saint-Nazaire, Le Phare de la Loire, L'Ouest-Eclair, sur la période allant de 1879 à 1943, consultables sur le site des Archives départementales de Loire-Atlantique.

     

    Histoire de l'ancien musée de Saint-Nazaire :

     

    L'idée de doter la ville de Saint-Nazaire d'un musée est apparue tardivement. Jusque dans les années 1880 la ville avait d'autres priorités ; son développement était totalement dépendant de celui du port et se concentrait sur l'aspect économique de celui-ci.

    A la chute du Second-Empire, seule la vieille-ville, (à emplacement du Petit-Maroc), une part de la rue de Nantes, (avenue Henri Gautier), et de la place Marceau, (Ruban Bleu), étaient urbanisées. C'est durant les vingt premières années de la Troisième-République que la ville commença à prendre sa forme réelle, même si le tracé de ses voies avait déjà été décidé par l'ingénieur en chef des Ponts-et-chaussées, Paul Leferme. Certes, très tôt, on rêva à la constitution d'un musée. Quand il remplaça Paul Leferme, René de Kerviler ne croyait pas que la ville soit un jour en capacité d'avoir un musée. Il préféra inciter la municipalité Desanges[1] à donner au Musée National d'Archéologie le morceau brisé du menhir de La Dermurie qui gisait dans l'herbe, (menhir prétendu phallique de 1,50 m), musée auquel il remit aussi trois épées, une hache, et un poignard, faisant de ce mobilier archéologique des biens nationaux inaliénables, et envoya au Musée Dobrée dix-neuf artéfacts archéologiques trouvés durant le creusement du bassin de Penhoët[2].

     

    Le 26 avril 1889, un mois après la formation de la commission pour la création de la bibliothèque[3], la municipalité Gasnier décida que la ville se doterait d'un musée, mais cette décision ne faut pas suivit d'une mise en forme réelle. On créa la bibliothèque dans une aile de l'immeuble de la Chambre de commerce, à l'angle des rues Thiers, et amiral Courbet, (à l'emplacement du parking qui fait face à la base sous-marine), et l'on entreprit quelques acquisitions d’œuvres, mais le projet du musée resta une nébuleuse.

    Pourtant la famille Bord accomplit un mécénat actif en faisant des dons financiers pour acquisitions, mais aussi en contribuant directement à des dons à la Ville. Gustave Bord fit don de plusieurs œuvres originales du sculpteur nazairien Alfred Caravanniez : « Cathelineau jurant de défendre sa foi en 1793 », plâtre originale qui fut présenté au Salon de 1881 et permis à Caravanniez de recevoir une médaille de troisième classe. Ce plâtre fut déposé au Collège Aristide Briand de Saint-Nazaire. Il disparue durant l’occupation. L’œuvre représentait le général contre révolutionnaire en soldat vendéen, adossé à un calvaire brisé, la croix à ses pieds, la main droite tendu en serment. Exposée prêt du bureau du proviseur, la main gauche avait été brisée avant juin 1929. Il offrit aussi le plâtre original du buste de la statue de Surcouf commandée par la ville de Saint-Malo, et la maquette en plâtre de Bayard sculpté pour le monument dédié à Henri V, (le comte de Chambord), à Sainte-Anne-d'Auray. L'époux de Jeanne Bord,(sœur de Gustave), Octave Fidière des Prinveaux, conservateur au musée du Luxembourg, contribua à l'enrichissement de la collection municipale en sollicitant des dons de la part d'artistes reconnus et des veuves de ceux-ci. Ainsi le 7 mai 1893 la ville de Saint-Nazaire entra en possession du plâtre original de « Jeanne d'Arc à Domrémy » de Henri-Michel Chapu, dont le marbre était au Musée du Luxembourg, (aujourd'hui au Musée d'Orsay). Cette intervention pour l’enrichissement des collections nazairiennes lui valut d'être nommé par le Conseil municipal membre de la commission du Musée et co-conservateur avec Paul-Joseph-Henri Barbara, receveur de Douanes et peintre, et peintre[4], et co-conservateurs-adjoint l'avocat Albert Cozanet, (critique musicale et essayiste sous le nom de Jean d'Udine), l'architecte Henri-Auguste van den Brouke, (beau-père du peintre Fernand du Puygaudeau et grand-père d'Odette), et l'avocat Jean-Marie-Jules Gouzer, suppléant à la Justice de Paix et membre du Conseil municipal, (décision du Conseil municipal du 4 novembre 1893).  Malgré ces dons et cette nomination rien n'évolua. Autres intervenant : Hippolyte Durand-Tahier, qui comme secrétaire général de la Société des Beaux-Arts fit en sorte que l’État offre en 1894 à la ville une copie (180x225) de « La Liberté guidant le peuple » de Delacroix par Henri Lerolle, (1848-1929). Cette toile fut exposée la salle des délibérations du conseil municipal jusqu'aux bombardements[5].

     

    Il fallut attendre l'année 1901 pour que Étienne Port, (1860-1924), conservateur de la Bibliothèque et professeur au Collège, réussisse à persuader le maire, Baptiste Auguste Lechat, (1848-1928), de la nécessiter de concrétiser le projet. Le site fut proposé par lui, deux pièces de la bibliothéques, composée d’un ancien bureau au rez-de-chaussée, (longue pièce basse de plafond, avec une petite cheminée prêt de la porte et deux fenêtres étroites du même côté, et un autre à l’autre bout), et d’un espace au premier étage. On réfléchir à la constitution de la nouvelle commission et aux sections qui composeraient le musée :

     

    La section des Beaux-Arts fut confiée à Étienne Port, Charles Bergman artiste graveur nazairien, alors élèves aux Beaux-Arts à Paris[6] ; Paul-Joseph-Henri Barbara, (déjà cité) ; et Aimé-Victor-François-Joseph Tertrais, architecte de la ville[7] ;

    L'Ethnographie, à Marie-Théophile Griffon du Bellay, médecin, ancien explorateur, directeur du Service de Santé[8] ;

    L'Histoire naturelle, à monsieur Journet, principal du collège ; au médecin de marine Dauvin ; Thomas, professeur des sciences naturelles au collège ;

    L'Archéologie : revint, bien sûr, à René de Kerviler[9], l'ingénieur des ponts et chaussées Poisson ; au docteur François Merson[10], et le pharmacien nazairien François-Marie Corbineau[11] ;

    Et on ajouta Fernand Gasnier, ancien maire, pour la forme.

     

    Le projet était ambitieux. On s'adressa au Préfet pour avoir l'accord de création, qui fut rendu le 26 décembre 1901,

     

    Le 12 juillet 1902 eut lieu la réunion de la première commission présidée par Lechat. Monsieur Barbara fut nommé premier-vice-précisent ; monsieur du Bellay, second-vice-président ; monsieur Poisson, secrétaire. La présidence revenait au maire.

    Un budget de 1.000 fr fut promis par la municipalité, qui s'engagea à faire les démarches auprès de l'Administration des Beaux-Arts, qui donna 500 fr, et fit dotations de tableaux, sculptures et dessins : et près des artistes fréquentant la région pour l'obtention de dons. Les réunions, projetée trimestrielles, furent en réalité biannuelles. Les œuvres rassemblées par des acquisitions anciennes non répertoriées avec exactitude, et l’envoi par l’Etat de deux tableaux, « Gorges et Montagne » d’Empis et une copie par Nicolas-François Lorrain du « Concert » de Gerard ter Borch.

    Citons parmi les premiers donateurs :

    Monsieur Griffon du Bellay qui donna des pièces ethnologiques rapportées de ses explorations en Afrique de l'Ouest, mais aussi une robe de la reine Pōmare IV de Tahiti, accompagnée d'une lettre de celle-ci  ; monsieur Vié, ancien agent de la Compagnie Générale Transatlantique à Fort de France, en fait celui-ci avait pillé le site de la ville de Saint-Pierre rasée par une éruption volcanique le 8 mai 1902, en récoltant des « souvenirs » qu'il offrit à la ville de Saint-Nazaire, dont une copie en fonte de l'Enfant au dauphin d'Andrea del Verrocchio qui décora la borne fontaine du Jardin des Plantes, (disparue durant l'Occupation) ; monsieur Daigremont[12] offrit un portrait de son grand-père le général baron Guillaume François Daigremont, (1770-1827), avec ses médailles, à la condition qu’elles furent exposées avec dans un cadre sous-verre ; monsieur Bergman offrit la maquette de son affiche pour le casino de Saint-Nazaire, ainsi qu’un cadre contenant trois de ses eaux fortes exposées au salon de 1899, qui sont toujours en possession de la ville[13].

     

    musée saint-nazaire

    Eaux fortes de Charles Bergmann exposées au salon de 1899, (15x19 chacune) ; © Ville de Saint-Nazaire

     

    Monsieur de Kervilers des photographies des travaux du bassin de Penhoët ; il y eut aussi des dons plus éclectiques pour les sections ethnographiques et des sciences naturelles : des briques tunisiennes, un gongue en jade, souvenir d’un voyage en Chine, un lot d’objet celtiques (non détaillé dans le rapport), et un nid de guêpe trouvé à Saint-Brévin à destination. Durant la réunion du 22 novembre 1902 on vota l’acquisition d’aquarelles d’artistes locaux, qui furent mise sur le budget de 1903.

    Il n’y eut aucune activité ni réunion durant l’année 1904.

     

    En février 1905, Philippe Delaroche-Vernet, alors chef adjoint du cabinet du ministre de la Justice, et qui espérait faire carrière politique en Loire-Inférieure[14], qui avait fait en 1902 un don numéraire, offrit une gravure par Gautier d’après Horace Vernet, « Zouaves à l’assaut », (toujours en possession de la Ville), et deux autres d’après Paul Delaroche, dont une par Prevost, (toujours en possession), deux artistes peintres dont il était respectivement l’arrière-petit-fils et le petit-fils.

     

    musée saint-nazaire

    Gautier d’après Horace Vernet, « Zouaves à l’assaut », 40x33, © Ville de Saint-Nazaire

     

    La Commission fit acquisition d’une toile d'Auguste Bellanger (1862-1933) : « Au pays du sel », qui reçut la médaille d’or à exposition à Nantes en 1904, choisi pour la valeur de l’œuvre comme du sujet local. L’artiste consentit à descendre le prix de 1200 fr à 800 fr. cette acquisition risquant cependant d’absorber le budget, monsieur Molés[15], offrit 500fr, la Commission acquit grâce à ce don une autre toile, « La chanson de la mariée », qui disparues dans les bombardements[16].

     

    musée saint-nazaire

    Camille Bellanger :« Au pays du sel », (250x150) © Ville de Saint-Nazaire.

     

    Messieurs de Kervilers et Poisson ayant été mutés par les Ponts et chaussées, on les remplaça par messieurs Rabineau, receveur de l'enregistrement, et Beilvaire, conducteur des Ponts et Chaussée, dessinateur, peintre et aquarelliste[17].

     

    Le musée devient rapidement trop petit. On proposa l’achat de collection de minéraux de monsieur Malplâtre, cordonnier au Pouliguen qui avait rassemblé des curiosités géologiques et des fossiles. Monsieur Thomas exprima que ce genre de collection ne convenait pas actuellement pour le musée ; la commission se rangea à son avis. Cependant monsieur Molés acheta au nom du musée la collection et la Commission fut obligée de l’accepter ; elle l’installa à l'étage au-dessus de la bibliothèque et l’on chercha un autre lieu pour le musée.

    Le musée assura l’ensemble de ses collections pour 100.000 fr

    En 1906 le maire, Baptiste Auguste Lechat, obtint de la Chambre de Commerce qu’elle céder l'usage de la salle de la Bourse de commerce, institution qui avait été supprimée.

     

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    On procéda à de nombreux travaux, avec l'idée d'inaugurer la nouvelle salle d'exposition à l’occasion de l’inauguration de la nouvelle entrée, et de faire de l'ancienne salle du musée une salle pour les expositions temporaires, rebaptisée « salle Greuze ».

     

     

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    Exposition du 17ème salon du Groupe Artistique photographie en 1934 ; © Archives de la Ville de Saint-Nazaire. (Le nu est de Georgette Nivert, (1900-1960) – On observe aussi un portrait de George Eveillard par Charles Perron)

     

    La salle de la Bourse était dotée d’une verrière, il fallait installer des stores. Elle possédait une galerie qui en faisait le tour au niveau du premier étage, mais cette galerie était dépourvue de plancher et d’escalier ! Il fallait aussi acquérir des vitrines, des cimaises. La grille placée devant la porte vitrée de la salle n’allait pas jusqu’au cintre, il fallut la rehausser.

     

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    L’ancienne Bourse, au centre, à droite la bibliothèque musée, à gauche la chambre de commerce, carte postale J.-B. Joubier, Saint-Nazaire, coll. David Silvestre

     

    Monsieur Daigremont retira le portrait de son grand-père et ses médailles en échange d’une huile de Picou, (disparue dans les bombardements). La commission procéda à son premier achat d’une aquarelle du peintre Alexis de Broca[18], pour la somme de 200 fr. De Broca donna en plus une petite aquarelle figurant des marais. Monsieur Journet, décédé, fut remplacé au poste de principal, monsieur Cognel, qui le remplaça aussi à la Commission du musée, mais il décéda quelques mois plus tard, et ce fut monsieur Delâtre, professeur de dessin au collège qui pris sa place au conseil. Fernand Gasnier lui aussi décédé, ne fut pas remplacé malgré la sollicitation de la Commission.

    Monsieur Tertrais fut nommé secrétaire en remplacement de monsieur Poisson.

     

    Le manque de budget fit que qu'on repoussa l'ouverture et il fallut l'intervention d'Aristide Briand, alors ministre de l’Éducation publique et des Beaux-Arts. On se pressa de finir les travaux, d’autant que monsieur Port devait partir à Paris, où il devait devenir inspecteur général de l’Université. Il accepta de retarder son départ jusqu’en août 1907. Afin de mieux doter le musée, et de lui donner un caractère pédagogique, Aristide Briand fit offrir par son ministère un lot de 139 pièces issues des collections du musée de Sèvres, d’une valeur de 10.209 Fr, composé autant d’élément enseignant la fabrication de la porcelaine et de la céramique, que d’autres ayant un caractère décoratif, lot qui est encore dans son intégralité possession de la Ville. Cadeau empoisonné, il fallut payer le transport, et acheter pour 8.000 fr de vitrines. Il fut ajouté par les Beaux-Arts cinq tableaux, (non détaillés), quatre bustes en plâtres, (Buffon, Condorcet, Pécheur napolitain, La Pérouse (toujours en possession de la Ville), et la statue d’un jaguar dévorant un lièvre, plus un dessin et d’un lot d’estampes (non détaillé).

     

    En mai 1908, un comité formé de Nazairiens, avec sa tête monsieur Bonin, pilote, força la municipalité de Saint-Nazaire à accepter dans le cadre des fêtes de l’inauguration de la Nouvelle-entrée les 21, 22, et 23 septembre 1907, un grand plâtre, désignée comme « maquette de la statue La Glorification du Travail », qui fut placée à titre de décoration provisoire à côté du pont des Frégates. On l’entreposa au musée, en attendant de l’exposer dehors durant la fête ; elle finit au sous-sol, et fut perdue durant les bombardements.

     

    Les travaux trainèrent, la Ville, malgré des sacrifices pour acquisition et financement des travaux, n’avait pas de moyens à consacrer à l’installation du musée. Étienne Dujardin-Beaumetz, artiste peintre et sous-secrétaire d'état aux Beaux-Arts, à la demande d'Aristide Briand, qui était passé à la Justice, de visiter à l'improviste le chantier le 3 août 1908 pour vérifier la réalisation des travaux. Le résultat était pitoyable ; outre la médiocrité des collections municipales, rien n’était achevé. La Commission décida de cacher le plafond avec une toile tendue.

    Il fut convenu que l’inauguration le 30 septembre 1908, ce qui dispensa les ministres de venir se compromettre, mais que le Ministère financerait une partie des travaux.

     

    Étienne Port, devenu chef de cabinet du nouveau ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, Gaston Doumergue, fut remplacé le 14 mai 1908 par Aimé Tertrais comme conservateur par choix de la préfecture pour le remplacer, au détriment de Charles Bergman, avec un traitement annuel de 400 fr[19]. Il décréta que les horaires d'ouverture seraient le dimanche de 13 h à 16 h, que l’entrée serait gratuite, mais qu’il faudrait aller chercher la clef chez le concierge de la Chambre de Commerce qui logeait de l’autre côté de la rue ! En hiver, on déplaçait le calorifère de la bibliothèque dans la grande salle du musée…

    Le 19 février 1910 la Commission décréta : « Au sujet de l’achat d’un tableau de monsieur du Puygaudeau, la Commission décide en principe l’acquisition d’une œuvre de l’artiste monsieur du Puygaudeau demande que le tableau présenté soit acquis par le musée jusqu’au moment où il le remplacera part « un effet de lumière ». Cette demande est refusée. La Commission choisira entre plusieurs tableaux de l’artiste et décidera si l’un d’eux doit être acquis. » Monsieur Singer, commerçant nazairien qui peignait en amateur, offrit un tableau figurant l’ancienne église, et un autre composé de plusieurs vues de la ville, (ce dernier est exposé à l’Ecomusée, l’autre a disparu dans les bombardements).

     

    29 novembre 1910 : « La Commission, décide l’achat de deux tableaux de monsieur du Puygaudeau, intitulés Kervodu et La Vigie romaine pour le prix de 800 fr », ces deux toiles sont toujours en possession de la Ville[20].

     

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    La Vigie Romaine, photographie prise le 18 septembre 2020.

     

    Etienne Port sollicita le mécéna du baron Edmond de Rothschild, membre de l’Institut, qui accepta d’offrir un paysage de Le Poitevin, et « Effet du soir » de Bissy, perdue durant les bombardements. Il fut aussi accepté le don d’un portrait de gentilhomme du début du 18ème siècle, pris pour celui de Louis XIV, alors qu’il n’en a pas le visage, toujours en possession de la ville[21].

     

    Durant toute l'entre-deux-guerres on se plaignit plusieurs régulièreent dans la presse de l'état du bâtiment du musée, de ses dimensions trop petites, que la salle d'exposition provisoire, ancienne salle du musée, affectée aux vernissages de Groupe Artistique, était sombre et basse. Le musée achetait chaque année trois toiles, mais cela obligeait d'en décrocher trois autres et de les descendre à la cave. La conservation même des œuvres laissait à désirer en raison de l’absence de chauffage en hiver, les effets caniculaires de la verrière en été. Le baron offrit aussi en 1912 « Invitation » de Bernard, Venise par Alfred Smith, et « Chemin de la ville », par Langée, deux toiles encore en possession de la Ville. Le budget d’achat fut, en raison d’absence d’acquisition durant l’année 1911, d’un montant de 2.000 fr en 1913. Le Comité choisissait des toiles contemporaines très classiques, paysages, natures mortes ; rien n’était esthétiquement osé, on ne dépassait pas les choix d’un père de famille pour décorer son salon.

    Les acquisitions se poursuivirent durant la première guerre mondiale, avec jamais plus de 600 fr de dépense. Notons qu’en 1916, année durant laquelle il fut acheté pour 300f « Zouave », (perdu), par

    Georges Eveillard[22], peintre Nantais affecté aux services d'illustration des armées, il fut affecté à la réalisation d'aquarelles des troupes débarquant et stationnées à Saint-Nazaire. A l’armistice, il intégra le Groupe Artistique de Saint-Nazaire[23], et devient le premier professeur de peinture et de dessin de notre ville.

     

    Le 17 février 1921, en raison de l’arrête du Oréfet du 31 janvier 1920, il fut décidé par voix de tirage au sort à la désignation des membres, dans une première série qui devaient sortir au bout de cinq ans, et une seconde au bout de 10 ans.

    A l’issu du tirage au sort, devait sortir dans 5 ans : messieurs Devéria, Thomas, Despêcher, Leborgne, Cousin, Lebreton ;

    dans 10ans : messieurs Delâtre, Méloche, Guichard, Lamoureux, Lainé, Pasquier.

     

    24 février 1921, la Commission sollicita un envoi de l’Etat, ce qui ne fut pas entendu.

     

    le 27 septembre 1923, sur décision du Maire, les collections d'histoire naturelle fut répartie dans les établissements scolaires de la ville ; ces collections se détérioraient au Musée où elle étaient décrite comme entassées par la Commission du Musée.

     

    Le 3 février 1924 fut faite l’acquisition d’une collection de pièce oléographiques appartenant à monsieur Merlon, pour la somme de 2000 fr. C’était en réalité la moitié de la collection, le budget ne permettait pas d’en acquérir l’intégralité, et aucun mécène ne fut démarché.

    En février 1925 messieurs Lecomte et Eveillard entrèrent au Comité, remplaçant monsieur Thomas, démissionnaire, et Leborgne, décédé. Ils avaient été précédés en 1921 par messieurs Lamoureux et Méloche, membre du bureau du Groupe Artistique. Les acquisitions se firent à partir de cette date uniquement auprès des membres du Groupe Artistique. Ces achats par copinage furent, en dehors des acquisitions d’œuvre d’Alexis de Broca, dont le travail est l’alliance de l’excellence de la maitrise et d’un tallent indéniable[24], ces achats, donc, furent des très mauvaises opérations. Le Comité achetait cher des œuvres qui n’auraient jamais de côte, toujours dans les goûts d’un conventionnel petit bourgeois. Pire, alors qu’il aurait pu acquérir, même au sein du Groupe Artistique, des œuvres régionalistes dans leur figuration, qui auraient pu constituer une collection cohérente, les choix étaient sans logique muséale. Pour se donner une idée de la situation et de l'absurdité des achats, il suffit de lire un article en date du 2 février 1926 et publié en L’Ouest-Eclair :

    « La commission d'achat pour le musée de Saint-Nazaire réunie sous la présidence de M. Tertrais, avait à faire l’acquisition d’un tableau. On hésita longtemps entre Les nymphes s’amusent de Chautron et La vallée de la Loire de Deltombe. Les personnes de la commission étaient fort perplexes. Je ne sais si, comme cela se pratique à d’autres endroits, on joua à pile ou face, mais finalement c’est Deltombe et sa vallée qui furent choisis. » 

    Le registre de la commission ne retranscrit pas la façon dont le choix fut fait, mais il précise que ce tableau de Paul Deltombe fut acquis pour 2.000 fr., ce qui corresponde à-peu-près à deux mois de salaire d'un ouvrier de 1926.

    Le musée, qui depuis sa fondation ressemblait à une salle des ventes, devint un fourretout. Ces mauvais choix d’achat eurent un effet désastreux quand l’Etat demanda une évaluation des œuvres détruites pour procéder à la distribution des dommages de guerre. De façon général, sous le contrôle de des dirigeant du Groupe artistique, le musée se sclérosa, s’embourbant définitivement, bien que des expositions de grande qualité furent organisées par eux au musée, mais toujours tournées vers le 18ème siècle.

     

     Le 31 janvier 1926 madame Port, veuve, offrit une série de gravure du Vieux Saint-Nazaire.

     

    Entre les 1er février 1931 et 1er mars 1931, la Commission demanda augmentation de crédit pour achat de tableaux d’un montant de 13.000 fr ! La Municipalité refusa. Après plusieurs années de négociation, le budget qui était de 1.700 fr passa à 2500fr le 29 janvier 1933, ce qui n’empêcha pas une nouvelle demande de crédit à auteur demandent de crédit.

    Une nouvelle difficulté se présentât : la Chambre de Commerce désirait reprendre la salle. Déjà elle occupait pour diverse manifestation l’espace en semaine.

     

    Le 30 octobre 1934 la ville se vit héritière de la collection de mademoiselle Lehuédé, qui composait le « muséum d'histoire naturelle de Batz », composée d'oiseaux, de poissons, et de crustacés naturalisés, de pierres et fossiles. Les héritiers naturels n'ayant pas émis d’opposition à ce lègue, le don fut accepté par la municipalité en juin 1935. En dehors de l’acceptation de ce dont, il n’y eu plus d’autre lègue, don, ou acquisition. La situation s’empira avec une discorde née entre les dirigeants du Groupe Artistique, et ce qui allait constituer le groupe de Seiz Breur, dirigé par René-Yves Creston, entré en dissidence en 1936. Les dirigeant du Groupe Artistique furent forcés par le maire, François Blancho, de se réconcilier avec les Seiz Breur, fort d’avoir obtenus le contrat pour la réalisation du pavillon de Bretagne à l’exposition de 1937, en acceptant les courants contemporains.

     

    En 1935 la municipalité Blancho inaugura une nouvelle salle d'exposition muséale au premier étage des halls rue du Bois Savary.

     

    musée saint-nazaire

     

    La salle d’exposition des halls en 1935, parue dans Le Populaire, © Archive de Saint-Nazaire.

     

     

    Le musée se divisa en plusieurs site, les beaux-arts aux halls, l'ancien site devant conserver la salle de minéralogie et devenir un musée ethnologique local avec exposition des maquettes de navires et des installations portuaires, sous la direction de la Chambre de commerce.

     

    La nouvelle salle permit à la ville d'obtenir le prêt de tapisseries anciennes du Mobilier nationales pour une grande exposition, qui fut la dernière, notable, d'avant-guerre. Si l’espace des salles d’exposition était formidable, il faut cependant avouer que c’était d’une froideur effroyable, les collections municipales ne pouvant occuper l’espace sans paraître perdues dans l'immensité. En 1938, année ou monsieur Tertrais démissionnât de ses fonctions de conservateur, et fut remplacé par monsieur Eveillard, qui se faisait nommer par chacun et sur son papier à lettre : « Maître Eveillard ».

    En 1938 le musée n’avait que 28 sculptures, (dont 25 en plâtres, un buste en marbres intitulé « Sortie des vêpres » d’Agathon Léonard, une tête en bronze de Saint-Jean-Baptiste d'Edmond Decas, et une sculpture d’Antonin Larroux, figurant une bretonne, en bois (ces trois dernières toujours en possession de la Ville), mais dont 10 étaiebnt à l'Etat) ; 137 tableaux, (dont 31 à l'Etat), 44 aquarelles et dessins, (dont 1 aquarelle à l'Etat), et 39 gravures, (dont 2 à l'Etat). La ville n’avait pas de véritable fonds muséal, juste une collection dont les trois quarts n’avaient de véritable intérêt artistique. La section de sciences naturelles et ethnologique était d’une pauvreté affligeante, on y avait entré depuis qu’une massue indigène de Nouvelle-Guinée offerte en 1922 en même temps qu’une collection de coquillages à la condition qu’ils soient mis sous étiquette « don de madame Pontallier ». Fait consternant : nombre d’œuvres décrochées par manque de place, avait été remisées dans la cave de la Chambre de commerce, où l’humidité les détériorait !

     

    François Blancho enfonça le clou vis-à-vis de la Commission du musée en imposant d’accepter une gravure de Creton, et d’acheter pour 1500 fr une peinture du nazairien et Seiz Breur Émile Guillaume, que ces messieurs avaient jusque-là snobé en le considérant comme un décorateur de restaurants et un affichiste. La couleuvre à avaler se nommait : Les Chômeurs, (perdu[25]). Si le geste de monsieur Blancho mérite un salut, car il se voulait faire entrer le musée dans le 20ème siècle, il faut cependant reconnaitre que cela se limita à pousser en avant deux artistes locaux qui avaient pour eux l’instant d’une mode pour les mettre en lumière, dont la survivance sur le marché de l’art ne pouvait être que sur un moyen terme, et que ce geste ne fut pas renouvelé. Monsieur Blancho finit par faire dissoudre le Commission. Il laissa les pleins pouvoirs en matière d’acquisition à monsieur Eveillard, qui, libéré des désirs et visions étroites qui lui avaient été imposées jusque-là par les membres de la Commission, fit entre 1939 et 1943 une dizaine de tableaux par achat, d'un gout sûr, mais plus avec un regard d’enseignant que de peintre, et toujours sans logique muséale, faisant primer que les collections du musée devaient servirent à l’école municipale des Beaux-Art qu'il dirigeait[26]. Il fit entrer dans les collections des nues, type pictural jusque-là absent.

     

    La disparition du musée et les œuvres rescapées :

     

    Saint-Nazaire fut transformée en un fleuve de feu le 28 février 1943. Trois cents quadrimoteurs étasuniens larguèrent durant plus de deux heures des bombes explosives et incendiaires créant six-cents foyers d’incendies, détruisant près de la moitié de la ville, terrorisant une population déjà très éprouvée depuis 1942. Les photographies des ruines ne peuvent laisser imaginer le cauchemar de fut le 28 février 1943. Le phosphore des bombes incendiaires était une lave visqueuse qui s’écoulait par les ouvertures des bâtiments éventrés, s’insinuant dans les moindres interstices. Les nazairiens perdirent tout ce qu’ils possédaient. Charles Beilvaire, ancien membre de la Commission, peintre, aquarelliste et dessinateur, alors âgé de 82 ans en 1943, ne récupéra à la Libération qu’un seul de ses dessins dans les ruines de sa maison[27]. L’évacuation de la Population et des biens municipaux avait déjà été organisée depuis fin 1942. On avait ainsi envoyé à Nantes les vitraux de l’église Saint-Gohard, (ils sont entreposés aujourd’hui dans une réserve de la ville), les archives anciennes, antérieur à 1800, avaient été aussi envoyées à Nantes, mais les archives récentes, surtout celles du 19ème, étaient dans des caisses qui attendaient un lieu de stockage à l’extérieur de l’agglomération, tout comme le contenu de la bibliothèque. Le musée avait été vidé, seules dans la cave de la Chambre de Commerce restaient ce qui était trop lourd, et qu’on avait souvent entassé là depuis le début, comme le mobilier archéologique retiré du sol au moment de l’urbanisation du site de l’ancien Prieuré, qui était devenu la place Marceau, (Ruban Bleu). Cependant, par absence encore une fois de lieu de stockage hors Saint-Nazaire, les œuvres avaient été réparties en plusieurs lots dispatchés dans différents lieux, généralement des caves ou des garages des Administration[28]. Le bombardement du 28 février 1943 ne laissa aucune chance de survie aux œuvres, sauf une trentaine de tableaux et aquarelles encadrées, une dizaine de plâtres, un lot d’aquarelles et de gravure non encadrés, rescapés miraculeusement d’une cache, et rassemblés par la municipalité dans les sous-sols de la caserne de La Briandais. Le 8 mars 1945, quelques mois avant la Libération, il fut mis à disposition de la Ville six salles au Musée Dobrée à des fins d’exposition, mais on n’avait rien à y exposer, bien que la ville reçue le 4 juin 1945 pour la reconstruction de son musée 31 tableaux, de la part d’artistes liés au Groupe Artistique, (Yvonne Carro, Henry Vollet, Emile Gauthier, Noéls Cuillaud, Michel Colle, Michel Brun, Xavier Josse, Emile Simon, Georges Lhermitte, Henry Prévost, Paul Lemasson, Laure Martin, Henry Leray, Alice Carissan, Charles Perron, Vincent Cermignani), ou de famille d’artistes, (Lauthe, Chautron, Lerolle), mais aussi un tableau de Volot offert parmonsieur Gautiers, instituteur nazairien ; et le sculpteur Henry Drop’Sy deux plaques de bronze[29].

    La survivance de la collection fut laissée à la caserne de la Briandais, et l’ont entrepris après l’institution de la Loi du 28 octobre 1946 d’obtenir les indemnités de guerre dues pour les pertes et détériorations, ce qui concernait à la fois les collections, le mobilier d’exposition, (vitrines, encadrements, etc.), et le bâtiment. La Ville prouva qu’elle avait tout mis en œuvre pour la mise en sécurité des collections, et prévu l’évacuation.

    Il y eu alors un moment de désintéressement, entre 1952 et 1954. La Municipalité avait à reloger les nazairiens et reconstruire ses bâtiments et structures, le musée n’était pas la priorité, mais le directeur des musées de France s’en inquiéta de ces deux années de silence le 3 décembre 1954. De son côté R.Y. Creston envoya la même semaine à François Blancho le projet d’une création d’un musée national de la construction naval… 

    La procédure pour l’obtention de dommage de guerre se poursuivit cependant, mais l’Etat jugea que les collections étaient sans valeur marchande véritable, qu’on s’était contenté à tort de choisir des artistes régionaux, ce qui à l’époque était presque synonyme d’insulte dans les milieux parisiens, mais qui n’était pas sans fondement dans la mesure où ses artistes n’avaient pas de côte marchande ; quant aux œuvres muséales acquises avant 1920, elles correspondaient à des peintres passés de mode, si non oubliés, jugés « pompiers » ou « bons pour un couvercle de boite de chocolat » par les conservateurs des grands musées d’alors.

    Si l’Etat rechignait à indemniser à la hauteur des montants espérés par la ville, il encourageait à la recréation d’un musée, et pour ce faire, fit en 1949 l’envoi de quinze tableaux, comprenant un Matisse, via la Direction des Musése de France (DMF). Cet envoi obligea la municipalité à confier celui-ci, ainsi que les œuvres rescapées, aux Pompiers, afin de garantir une sécurité incendie. Les Pompiers d'abord logé dans la caserne de La Brindais avec les autres services municipaux, transportèrent la collection au grès des relogements, et finirent par entreposer dans un appartement de leur caserne, tableaux, aquarelles, gravures et dessins, et reléguant les plâtres dans un caveau dans la cour. La Ville était désireuse de ce musée qui aurait dû être construit place Laborde, côté Nord, avec une passerelle par-dessus l’avenue de Lesseps pour le relier par le dernier étage à celui de l’école municipale des Beaux-Arts. Le projet fit long feu, pourtant jusqu’à sa retraite en 1959, monsieur Eveillard démarcha tous les musées français pour aider à la reconstitution de celui de Saint-Nazaire. Celui d’Angers donna 16 tableaux. Monsieur Eveillard démarcha aussi les anciens consulats nazairiens repliés à Nantes en vain, le plus part de ces pays étant ruinés. Monsieur Eveillard parcourait la région pour tenter d’acheter des œuvres qu’on lui proposait à la vente, à une époque où le marché de l’Art en France ne reprenait pas en dehors de Paris. Ses efforts n’aboutirent pas ; on ne le remplaça pas à son départ en 1959, et en 1963 le musée était l’eau. Un inventaire des œuvres gardées par les Pompiers fut alors dressé sur une seule feuille, accompagné de commentaires sur les dégradations subies.

    On envoya ce qui restait du musée dans la cave de la bibliothèque qui avait été logée au manoir du Sable, au jardin des Plantes. L’Etat récupéra son envoi de 1979. A partir de cette période, les lieux de stockage changèrent régulièrement, avec des conditions de conservation alarmantes.

     

    Pourtant la Ville continua à espérer des indemnités de guerre conséquentes, indemnité qui concernait le Musée, mais aussi les collections municipales hors musée. Mauvaise surprise, sur décision ministériel du 13 novembre 1961, l’indemnité espérée depuis 1946 fut fixée à 48.330 fr, une misère ! Recours de la Ville le 5 janvier 1962, face à un Etat qui signifia que la Ville n’était pas en mesure d’espérer plus. De pourvoi en pourvoi, d’expertises, en contre-expertises, l’affaire perdura. Le Ministère de l’équipement et du logement se montrât tout aussi radin, et ferma les négociations le 19 aout 1971. Le 10 novembre 1971 devant la Commission Régionale des Dommages de Guerre de Paris qui ne voulue pas ajouter un centime malgré les cris de la municipalité nazairienne qui estimait que ces peintres « régionalistes », était sous-estimés par l’Etat, mentionnant que ces peintre régionaliste, tels Mauffra ou du Puygaudeau, se monnayaient alors 20.000 fr et 10.000 fr respectivement, et que des canons de marine, appartenant aux collections hors musée, se vendaient alors 5.000 fr, et cria à l’injustice, non sans raison, argumentant que Saint-Nazaire ne pouvait envisager de reconstituer un musée sans des indemnités honnêtes et à hauteur de la valeur marchandes de ce qu’elle avait perdu et quand une aide du ministère de l’Instruction publique et des Beaux-Arts, elle n’arriverait à rien. Constatons cependant que la Ville fit dans ces démarches deux erreurs : la première est qu’elle se débrouilla mal en choisissant pour experts des commissaires-priseurs, alors qu’il aurait fallu des historiens de l’Art et des critiques pour fait poids devant une intelligentsia parisienne méprisante par nature ; la seconde fut de confondre dommages de guerre et besoin de subvention pour réalisation d’un nouveau musée. Il en résulte une confusion qui est d’autant plus difficile à comprendre pour le chercheur par le contenu parcellaire du dossier.

     

    En 1972 la municipalité se décida à renommer un conservateur, afin de constituer une collection. Ce fut monsieur Emile Gautier, (1920-2013), artiste peintre, connu pour ses tableaux de la Presqu’ile, qui fut désigné. Il fit quelques acquisitions, acceptant surtout des dons, sans trop réfléchir, augmentant le bric-à-brac des réserves qu’il ne sut pas organiser. Une grande restauration des tableaux les plus importants, tant pour leur valeur historique que monétaire, fut entrepris en 1987 après la nomination de Jean François Pierre en 1986 comme conservateur qui procéda à récolement accompagné de photographies malgré le manque de moyens octroyé à ce monumentale travail. Mais le travail de monsieur Pierre ne connue pas de suite. On exposa à certaines occasion certaines pièces, une partie considérée comme historisante fut durant des années présente dans les couloirs de l'Hôtel de ville ; entre la création de l’Ecomusée qui réorienta la politique d’acquisition, une indifférence des élus successifs durant ce qu’il convient aujourd’hui, sans rire, de nommer « l’Aire Batteux », et que chacun jugera à sa guise, il résulte qu’on se désintéressa totalement de ce qui restait de l’Ancien musée, mais aussi de tout ce qui avait été rassemblé depuis 1946 par achat ou dons. Précisons que ce qui constitue la collection de l’Ecomusée est sous une responsabilité et une gestion différentes, et que les collections ne sont pas stockées ensembles, quoique certains éléments de la collection dite de l'Ancien musée, se trouvent exposés à l'Ecomusée. La dernière exposition d'œuvres artistiques de la collection se déroula en 1997. On confia le fonds municipal à une administration différente entre 2000 et 2014, dont le travail est plus que discutable, même si la réalité des financements médiocres entre dans en ligne. Ce que  l'auteur de ce blog vit durant une visite d'une ancienne réserve en 2008 était à faire hurler. Pour ne rien arranger, à cette époque, à la fin de la municipalité Batteux, il était impossible de savoir qui avait la responsabilité véritable du fonds, tant l’organigramme et les délégations à des tiers extérieurs, prestataire privés ou agents d’autre administrations, étaient dignes des plus grandes absurdités d’une dictature communiste. On émit que cela relevait de celle de la Documentation, service qui avait à charge les Archives, et l'on commanda un inventaire à ce service, inventaire mélangeant aussi le contenu des réserves de l’école d’art, sans raisonnement scientifique, car on n’avait finalement demandé qu’un catalogue avec photographies à rendre rapidement. Composé dans un classeur bleu, que l’auteur de ce blog eut l’occasion de feuilleté un matin qu’on l’oublia sur la table où il avait pris place, il disparue avec sa version numérisée de l’intranet municipale au départ de la municipalité Batteux pour des raisons ignorées.

     

    La collection dit de l’ancien musée en 2020 :

     

    Aujourd’hui la Ville de Saint-Nazaire procède à un récolement scientifique, documenté, avec restauration des œuvres issue de l’ancien Musée, et aussi de ce qui constitue la collection municipale, dont l’usage comprend des pièces muséales et décoratives à destination des bureaux et salles municipales. Ces travaux prendront des années, auront un coût important, mais ils ont pour but, outre la conservation et la pérennité, de faire redécouvrir prochainement aux Nazairiens ce qui constitue le patrimoine de la Ville.

     

     

     

     

    [1] Auguste-Joseph Desanges, maire de 1875 à 1884.

    [2]Alcide Bord donna trois bols trouvé durant ces travaux.

    [3] 21 mars 1889.

    [4] Né à Orléans le 26 juin 1844, il fit l’essentiel de sa carrière en Gironde, et arriva à Saint-Nazaire vers 1894, date à laquelle son plus jeune fils, Louis-Léopold, (futur curé à Dieppe), naquit.

    [5]  Registre des délibérations du conseil municipal de la ville de Saint-Nazaire du 6 mars 1894 : Cette copie a été offerte par l’état à la ville de Saint-Nazaire en 1894 pour décorer la salle des délibérations du conseil municipal, grâce aux actives démarches auprès de l’administration des Beaux-Arts de M Hippolyte DURAND de Saint-Nazaire, secrétaire de la société des artistes libres- afin d’obtenir pour sa ville natale, la toile dont il s’agit. La toile est encore en possession de la Ville.

    [6] Il avait exposé au Salon à Paris en 1899, mais c'est pour ses lithographies publicitaires qu'il est aujourd'hui encore connu. Son père possédait les vapeurs faisant, à partir de 1885, la liaison entre Saint-Nazaire, Mindin et Paimboeuf, et qui perdit son activité en janvier1911 quand la concession fut cédée aux Messageries de l'Ouest. Un caveau au cimetière de La Briandais porte le nom de cette famille, mais est dépourvu de prénoms et de dates.

    [7] Aimé-Victor-François-Joseph Tertrais, (Vertou 14 mai 1869 – 24 janvier 1952 Vannes), fils d’un négociant établit au village de Beautour en Vertou, élève architecte écoles des Beaux-Arts promotion 1892-3, élève de Guadet. Diplômé en 1897. On lui doit le bâtiment du Service Sanitaire maritime, qui existe toujours derrière l'Usine élévatoire, réalisé en 1908 ; il réalisa la maternité de la ville inaugurée en février 1923, le pavillon vénéréalique de l’hôpital en 1924 ; l'école de fille (vers 1927), des maisons pour l'Office d'habitations à bon marché ; la restauration de l'église de Montoir et son école de fille en 1930. Célibataire, il habitait 14 place Marceau et fut à partir de 1922 membre du Conseil de l'Œuvre anti-tuberculeuse.

    [8] Le concernant, voyez : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/04/06/un-explorateur-a-saint-nazaire-6141851.html

    [9] Le concernant, voyez : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/07/24/rene-de-kerviler.html

    [10] Croisicais, Francois Merson, (1880-1948), était le fils du peintre et illustrateur parisien Luc-Olivier Merson, (1846-1920), chef d'atelier à l'École des Beaux-Arts de 1905 à 1910.

    [11] François-Marie Corbineau, né au cellier le 4 octobre 1845, reçu pharmacien à Nantes en 1872, conseiller municipal et adjoint au maire de 1889 à 1892, secrétaire du conseil d'hygiène et de salubrité de l'arrondissement de Saint-Nazaire, président du syndicat des commerçants en 1894.

    [12] George-Pierre-Joseph Daigremont, (Reggio 8 novembre 1857 – Saint-Nazaire 1 mars 1907), rentier, fit d'un lillois ingénieur des Pont et chaussées, et d’une mère était italienne, possédait un hôtel particulier au 68 boulevard Wilson, (ancienne numérotation), sa veuve, née Berthe de Montreuil du Clavier décéda en 1934.

    [13] Il offrit aussi un tableau en 1903, disparu durant les bombardements.

    [14]Philippe Delaroche-Vernet, (Paris10 novembre 1878 à Paris – Le Pecq le 12 septembre 1935), maire du Pouliguen de 1907 à 1922 ; conseiller général de la Loire-Atlantique de 1907 à 1925 ; député de la Loire-Atlantique du 8 mai 1910 au 31 mai 1928.

    [15] Il était entrepreneur de travaux publics et participa à la construction de la Nouvelle entrée du Port.

    [16] La Ville possède aussi une gouache signée A. Bellanger une gouache, « les bruleurs de goëmons » (25x40), mais c'est Adhémar Bellanger, non Auguste.

    [17]Le concernant, lisez : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2014/12/08/charles-beilvaire-un-peintre-nazairien-oublie-5505901.html

    [18]Alexis de Broca, (Le Havre le 3 septembre 1868 – Nantes 10 novembre 1948), peintre et dessinateur, membre du Groupe Artistique de Saint-Nazaire, il fut l'élève de Luc-Olivier Merson, dont le fils faisait partie de la commission du musée. La collection municipale actuelle conserve de lui trois toiles achetées durant les expositions du Groupe Artistique : Femme Arabe, 1922 ; portrait de monsieur Jourdrain (membre de la commission du Groupe artistique, et président du syndicat des commerçants),1924 ; portrait du maire Vivian Lacour, 1938 ; et une quatrième achetée après-guerre : Ruine de Zaghouan, 1951. Il est le grand-père du réalisateur Philippe de Broca.

    [19] Arrêté municipal du 15 août 1908.

    [20] La Vigie Romaine fut représentée au public par monsieur Emmanuel Mary, Chargé de mission - Ville d'Art et d'Histoire - Ville Éducative et Créative - Mission des Patrimoines, durant une conférence consacrée à F. du Puygaudeau, le 18 septembre 2020. Cette toile, dont le vernis s’est fortement assombri, doit faire prochainement l’objet d’une restauration ; elle mesure 50x81. Kervaudu, mesure 73x60.

    [21] Don Picard, accepté le 10 février 1910.

    [22] Georges Eveillard (Nantes le 2 juillet 1879 - Nantes le 25 février 1965), était un peintre d’inspiration postimpressionniste, représente essentiellement des marines et paysage bretonnant de l’estuaire de la Loire et quelques scènes de genre, décoré de la médaille d'Argent de l'Ecole d'Art des Batignolles, lauréat du Concours général de la ville de Paris en 1900, grande médaille d'argent de l'école d'Art de Montparnasse en 1901, premier prix de l'Ecole des Beaux-Arts de Nantes en 1902, premier prix de l'Ecole des beaux Art de Rouen en 1903, il fut officier d'Académie en 1911. Il devint durant l’entre-deux-guerres le portraitiste des officiels laïc, militaire ou religieux du département, comme Aristide Briand ; le maire de Nantes, Paul Bellamy ; Brichaud, maire de Saint-Nazaire ; le père Ricodel, le chanoine Guillon. En 1923 il devient officier de l'Instruction publique en 1923, chevalier la Légion d'Honneur en 1936, puis officier en 1953.

    [23] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2018/07/30/le-groupe-artistique-de-saint-nazaire-et-le-groupe-de-indepe-6069504.html

    [24]

    [25] La ville fit acquisition en 1975 d’une toile intitulée « L’Effort », en 1973.

    [26] Monsieur Eveillard manquait de sens administratif, ses papiers sont un désordre mélangeant papier personnels et documents ayant attrait au Musée, ce qui rend difficile leur analyse à la première lecture.

    [27] Ce dessin à la plume, figurant le Vieux Saint-Nazaire et le port jusqu’à la Vieille-Entrée, vus d’un bateau stationné dans l’estuaire, daté de 1897, est en la possession de l’auteur de ce blog.

    [28] La « Jeanne d'Arc à Domrémy » de Henri-Michelle Chapu, se retrouva sur une étagère du garage municipale, ce qui fit hurler dans Le Courrier de Saint-Nazaire, la journaliste Jacqueline Bruno (Pseudo de Renée Bernard), qui ne comprenait pas qu’on ne l’ait pas mise en une église ! Cette œuvre ets rementionnée dans une lettre du 3 juin 1930 signée du Commissaire Général de la Société des Artistes Français, qui l’évaluait à 300.000 fr.

    [29] Les locaux furent mis à la disposition de la Trésorerie Générale d’octobre 1946 à octobre 1954.

     

     

  • La Mécanique, statue disparue

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    La Mécanique vue de dos, carte postale vers 1938.

     

    En 1935, la destruction du palais du Trocadéro, édifié en 1878, fut décidée. Le bâtiment, couvert de statues, de bas-reliefs, attisa alors les appétits des villes de provinces qui espérèrent en avoir un morceau. Nantes fut la plus gâtée, elle hérita de quatre statues de pierre, La Botanique de Jean-Baptiste Baujault, La Forêt d’Edmond Chrétien, La Moisson de Jean-Paul Aubé, La Sculpture de Vital Gabriel Dubray. Hautes de 2m30[1], pesant 2 tonnes chacune, elles étaient à l’origine parmis les trente qui sommaient la rotonde du palais. Elles arrivèrent par la route le mardi 22 janvier 1936, et furent entreposées dans le parc du château. On les avait espérées, on les jugea démodées, et on ne sut pas quoi en faire, et durant le carnaval. Un char, baptisé « Où les mettre ? », défila. Elles sont depuis placée dans le parc de Procé.

    Monsieur Gauthier, conservateur du Musée des Ducs de Bretagne à Nantes, avait fait les démarches pour les obtenir, mais par sympathie pour la ville de Saint-Nazaire[2], il avait aussi obtenu que notre ville soit dotée de l’une de leurs sœurs. Les Beaux-Arts, propriétaires au nom de l’Etat de ces sculptures, hésita entre La Navigation[3] de Léon François Chervet, et La Mécanique du vosgien François Roger, (1843-1898). C’est cette dernière qui fut attribuée à Saint-Nazaire.

     

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    La Mécanique, entourée en rouge à son emplacement sur la rotonde du palais du Trocadéro.

     

    La Ville avait anticipé que si c’était La Navigation ont l’aurait placé dans le parc des douanes (à l’emplacement de l’actuel Ecomusée), et que si c’était La Mécanique, elle serait installée dans le Square de la Marine, face à la gare. Elle n’avait cependant pas compris l’exactitude des dimensions, et l’on demanda aux Beaux Art de ne pas l’envoyer trop rapidement, afin de lui construire un piédestal.

     

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    Construction du piédestal, Ouest Eclair du 10 mars 1936

     

    Le journaliste nazairien, René Geoffroy[4], commenta dans L’Ouest Eclair du 10 mars 1936, à propos de ce choix des Beaux-Arts : « […] n’est-ce pas un symbole frappant de ce qu’est devenue l’activité de notre ville ? La navigation a cédé le pas à la construction et aux réparations. La mécanique trône sans conteste, et ses heures « d’embauche » et de « débauche » passeront devant sa concrétisation, sauvée d’un destin destructeur. »

    La Mécanique fut installée sur son socle durant l’après-midi du 14 mars 1936. Le Populaire la jugea dans son édition du 15 mars 1936 : « pas de la meilleur inspiration ».

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    Le Courrier de Saint-Nazaire, pourtant d’habitude loquasse sur ce type de sujet, ne fit qu’un entrefilet dans son édition du 14 mars 1936, et publia en bas de dernière page une photographie avec son commentaire le 21 suivant.

     

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    Photographie publiée dans Le Courrier de Saint-Nazaire du 21 mars 1936.

      

     

    Cette statue disparue dans les bombardements.

     

     

    [1] Non 2m50 comme le publia plusieurs fois Ouest Eclaire en 1936. Lisez à ce propos la notice consacrée au palais du Trocadéro publiée en 1878 par Ve Morel et Cie, libraires-éditeurs à Paris.

    [2] C’est aussi grâce à lui que le groupe nazairien des Seiz Breur obtint le contrat de réalisation du pavillon de Bretagne à l’exposition universel de 1937.

    [3] Et non nommée La Marine comme l’écrivit à tort l’ensemble de la presse de l’époque.

    [4] Son article est signé « R.G. ».

  • Alphonse Pinguet

    Les halles de Méan sont l’un des rares exemples de l’architecture municipale de la ville datant du 19ème siècle. Si les Nazairiens connaissent le site, Alphonse Pinguet, l’architecte qui les réalisa, demeure encore inconnu de la population. Voici quelques éléments biographiques :

     

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    Les Halles en 1865 (L'Illustration 15 avril 1865).

     

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    Les halles de Méan-Penhoët © Ville de Saint-Nazaire

     

    François-Alphonse Pinguet, dit Alphonse Pinguet, est né à Saint-Benoit-du-Sault 16 décembre 1832, de Jean Pinguet, né en 1805, perruquier, et d’Adélaïde Saller.

    Il fut d’abord professeur de langues à Montmartre, mais ayant rencontré une nantaise, Marie-Constance-Emma Jaudeau, née le 13 décembre 1822, rentière, veuve de Louis-Emile de La Guérandière, il l’épousa à Nantes le 20 octobre 1856, et s’établit en cette ville comme architecte en 1857, et y fit venir sa mère alors veuve. De son union naquirent : Anthime, décédés le 31 décembre 1866, enterré au cimetière de La Briandais ; et François-Joseph, né à Nantes le 2 janvier 1863.

    Il commença à répondre à quelques commandes à Saint-Nazaire et fut rapidement remarqué par l’ingénieur en chef des Ponts-et-Chaussées, Paul Leferme. Il retrouva à Saint-Nazaire l’ingénieur entrepreneur Alcide Bord[1], natif comme lui du Berry. Alcide, qui participait aux travaux du port, et avait acquis pour spéculation la métairie de La Vacquerie et le vallon de Porcé, lui commanda la réalisation de plusieurs villas sur ce site. Ainsi, furent construis en 1858 les villas Les Glycines, Les Camélias, Les Acacias, toujours subsistantes à Porcé, et le château des Charmilles avec ses dépendances, dont il reste les ruines du château et la maison de plage, dite depuis villa les mouettes, dont la restauration va être entreprise par la municipalité. Il est intéressant ici de noter que ces demeures furent réalisées avec des matériaux préfabriques, (carreaux de ciments, briques, etc.), avec l’incorporation pour poutres de fer et de colonnes de fonte, avec des extensions ou dépendances sans fondations, mais simplement posées sur des bordures de granites, sur lesquelles reposent une structure en bois, entre les poutres desquelles sont assemblées des briques. C’est le cas pour les deux ailes encadrant la maison de plage du Château des Charmilles, mais aussi sur des annexes disparues : la menuiserie, les écuries, et le pavillon du gardien. Ce genre de méthodes de construction rapides et peu onéreuses ont été réfléchies par Viollet-le-Duc.

     

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    Le pavillon de plage du château des Charmilles à Porcé en 1905

     

    Alphonse Pinguet devint architecte-voyer de la ville en avril 1866, ce qui le rendit auteur des dessins des égouts de la ville, et l’incita à quitter Nantes pour venir s’établir rue de L’Hôtel de Ville avec sa famille. Il fut chargé de l’édification de nombreuses demeures et immeubles en ville, essentiellement autour de la place Marceau, dont certains pour le comte de l’ancien ministre de la Guerre, Alphonse Henri d'Hautpoul, qui spécula lui aussi à Saint-Nazaire. La ville lui fit la commande en 1875 de plans pour la transformation de l’ancienne minoterie en un théâtre de 700 place. Les plans furent exposés à la librairie Blanchet, où les Nazairiens se percèrent, la ville voulait créer une société par actions afin de mener à bien le projet, mais se montra incapable de le faire. Le théâtre ne vit pas le jour. En 1877, la municipalité lui fit la commande des Halles en 1877. Le bâtiment en fonte, est construit suivant la même méthode que les annexe précédemment mentionnées, la fonte remplaçant le bois, ce qui permet le transport sur un autre site de cette structure, en 1936, depuis le centre-ville jusqu’à son empalment actuel à Méan-Penhoët.

    Entre autres commandes notables, citons : la chapelle funéraire de la famille Bord ainsi que celle de la famille Delzieu, et quelques autres au cimetière de la Briandais, l'école (de garçons) de Saillé en 1882, toujours existante, et qui a conservé son aspect originel[2].

     

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    Plaque sur la chapelle Delzieux

     

    Il fit parti de la commission chargée de trouver un local pour les cholériques en novembre 1884, et en 1887, il fut chargé de l’édification des immeubles entre la vieille-ville et le bassin.

    Alphonse Pinguet était membre de la Société française pour la conservation des monuments historiques et réfuta quelques-unes des affirmations de Léon Maître en question d'archéologie (lui-même en conflit avec René de Kerviler) en s'appuyant sur les observations du sol nazairien qu'il avait pu faire durant ses chantier[3].

    Sa mort, soudaine, fut relatée dans Le Phare de la Loire du 9 janvier 1888 : « On nous écrit de Saint-Nazaire, le 7 janvier : Ce matin à onze heures, dans la rue de Pornichet, monsieur Alphonse Pinguet, architecte-voyer de la ville, était à faire tracer une tranchée avec son fils et le nouvel entrepreneur des travaux d’égouts, lorsqu’il s’affaissa sans prononcer une parole, On s’empressa autour de lui, mais en vain, et monsieur le docteur Griffon du Bellay[4], appelé en toute hâte, ne put que constater le décès. Monsieur Pinguet, âgé de 55 ans, souffrait depuis quelque temps d’une maladie de cœur. Monsieur Pinguet était un homme instruit et laborieux. Il sera généralement regretté. »

    Il fut enterré au cimetière de La Briandais, en présence du sous-préfet Planacassagne ; du secrétaire de sous-préfecture s Bousseau ; de René de Kerviler ; du docteur Griffon du Bellay ; du conservateur des hypothèques Trévédy ; de Henri Duval, président de la chambre de commerce ; de presque tout le corps municipal ; d’un détachement des sapeurs-pompiers ; de messieurs Simon et Breton, officiers du génie ; de l’inspecteur primaire Labeyrie, etc. Le maire de Saint-Nazaire, Fernand Gasnier, fit le discours au cimetière. Sa sépulture a été dessinée par lui.

     

    Durant la séance du Conseil municipal du 22 janvier 1888, on établit l’annonce pour la recherche d’un successeur à Alphonse Pinguet, avec un traitement de 5.000fr l’an. Le 26 octobre suivant, le Conseil vota un secours de 600 fr à sa veuve.

     

    Sa mère décéda le 30 décembre 1892 ; sa veuve mourut à Nantes le 12 septembre 1897 ; elles furent toutes deux inhumées avec lui au cimetière de la Briandais.

     

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    [1] A propos d’Alcide Bord et de Porcé : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/06/13/le-chateau-de-porce-a-saint-nazaire-premiere-partie.html

    [2] Relevé par la Région Pays de la Loire https://www.patrimoine.paysdelaloire.fr/linventaire/detail-notices/IA44003808/

    [3] Cf. Congrès archéologique de France : séances générales tenues à Nantes en 1886)

    [4] Biographie du docteur Marie-Théophile Griffon du Bellay : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/04/06/un-explorateur-a-saint-nazaire-6141851.html

  • Le général Marquet

    Parmi les familles qui marquèrent en leur temps Saint-Nazaire, il convint de citer la famille Marquet, dont est issu le général Georges Marquet.

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    Georges Marquet, recevant la réédition des armes de soldats druzes au Djebel el-Druze en 1925.

     

    Les vieux Nazairiens ont encore le souvenir de la villa des Morées[1], vaste demeure en U aux allures de manoir Louis XIII dans un parc avec dépendances autrefois à la Villès-Martin, face à l'Estuaire, à l'angle de la rue des Cormorans et du boulevard Albert Ier, où elle occupait l'emplacement des trois villa qui se trouve aujourd'hui là, plus exactement au niveau du n°85, nommée Océane, (celle sise au 86 a été baptisée Villa des Morées en son souvenir). De la Villa des Morées, aucune image ne nous est parvenue, mais son souvenir éthéré, surtout de son décors intérieur aux murs couverts de boiseries, meublé en Louis XIV et Louis XV, de consoles en bois dorés à dessus de marbre, avec, dans sa salle à manger dans le style Renaissance, garnie de faïences anciennes, avec un grand aquarium sur un empiétement de ce style, qui était la curiosité du lieu, et une importante collections de meubles, tapis, armes et objets syriens et algériens .

    Cette histoire débute sous les hospices d’un homme dont on a aussi oublié la mémoire, et cela à tort, Octave Fidière des Prinvaux, (Versailles le 3 mai 1855 - Pau le 2 mai 1904), le beau-frère de Gustave Bord[2], critique d’art, qui incita plusieurs des ses amis collectionneurs et artistes à venir séjourner à Saint-Nazaire, et à s’y établir. Nous avions, dans notre article consacré à la villa Minne, déjà eut l’occasion de reparler de cet homme de grande culture[3]. Octave Fidière des Prinvaux était entre autres ami de Henri-Georges-Léopold Marquet, (Sens 5 décembre 1843 - Saint-Nazaire 9 février 1931), sculpteur des monuments historiques, officier d'académie, à qui il fit découvrir notre ville. Fils du suisse de la cathédrale de Sens, Henri Marquet avait débuté sa carrière à l’âge de 18 ans sous les ordres d’Eugène Viollet-le-Duc, qui l’avait remarqué sur le chantier de restauration de Notre-Dame de Paris ; il avait ensuite œuvré à la cathédrale de Sens, l’église Saint-Martin d’Aillant-sur-Tholon, en 1867, mais aussi sur les chantiers de création d’églises de style romane, comme la basilique Notre-Dame d'Afrique en 1872, et quelques autres en Algérie jusqu’en 1896, où de style gothique telle que l’église Saint-Antoine-de-Padoue du Chesnay en 1897. Outre la pierre, il sculptait le bois, et réalisa des meubles et des décors intérieurs d’églises et de châteaux.

    Marié avec Marie Amélie Joséphine Lotz, (Chaintreaux 1848 – Saint-Nazaire 29 décembre 1930), il eut pour enfants[4] :

    1. Henri-Georges-Justin-Nicolas, (Sens 8 août 1868 - Paris 7ème arrondissement, 19 mars 1932), dont nous allons parler plus particulièrement ;
    2. Emile-Jules-Ernest-Antoine, dit Antonio, né à Sens 25 janvier 1870, maître d'armes, sculpteur ; marié le 7 octobre 1893, à Sens, avec Blanche-Pauline-Hyacinthe Renard ; remarié le 13 janvier 1923, à Paris 18ème, avec Madeleine Antoinette Noël ; d’où, du second lit :

    a. Agnès.

    1. Blanche-Marguerite, (1878 – 1964), épouse de Pierre Joudrin, (1867-1947), pharmacien à Saint-Nazaire, rue de l’Océan, juge au tribunal de commerce en avril 1926, tout deux inhumé au cimetière de La Briandais dans le caveau Marquet.

     

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    Portrait de Pierre Joudrin par Alexis de Broca, (74x60), © Ville de Saint-Nazaire.

     

    Georges Marquet, sortit sergent de l’Ecole spéciale militaire en 1890, sous-lieutenant aux Tirailleurs algériens le 1er octobre 1891, lieutenant le 1er octobre 1893. Il intégra la Justice militaire au 1er conseil de guerre d'Oran en 1894, comme substitut du rapporteur, puis substitut du commissaire du Gouvernement du 9 janvier 1895 au 31 mars 1995. Il épousa le 25 mai 1895, à Oran, Séraphine-Emilie Commandeur, (Oran 1er avril 1868 - Oran 10 janvier 1958), riche propriétaire de domaines agricoles. Lieutenant officier instructeur à l’Ecole supérieur de guerre le 22 octobre 1895, puis au 130ème régiment d'infanterie à l’Ecole de guerre le 23 octobre 1895, au 102ème le 20 août 1896, le 130ème le 30 septembre 1898. Il eut une fille : Napoléonne-Marcelle, née en 1900. Il retourna en Algérie au 2ème régiment de tirailleurs algériens le 20 nombre 1900, y fut aussi substitut du capitaine rapporteur près du 2ème conseil de guerre de la division d'Oran du 8 mars 1901 au 5 mai 1902. Il fit un stage au groupe de batteries montées de la division d'Oran du 6 mai au 15 juillet 1902 avec grade de lieutenant de première classe, puis au régiment des tirailleurs algériens, au 2ème chasseur d'Afrique du 16 août au 27 septembre 1902, il quitta l'Algérie et devint capitaine au 15ème régiment d'infanterie le 30 décembre 1902, puis au 10ème le 18 1904. Affecté à l'état-major du 19 corps pour y accomplir le stage de deux ans prescrit par la Loi du 20 mars 1880, il entra comme stagiaire au service géographique de l’Armée le 24 novembre 1905, il accomplit une période d'instruction au bataillon d'artillerie de la 1ère division de cavalerie du 15 mai au 15 août 1906. Il fit affecté à l’état-major de la 30ème division à Avignon le 29 septembre 1909. Il fut fait chevalier de la Légion d'Honneur le 12 juin 1910, et fut appelé à l’état-major du Ministère de la guerre avec le général Goirand, il fut envoyé au Maroc comme chef de bataillon, il rentra en France en 1914 à la déclaration de guerre, commandant de régiment, puis de bataillon il reçut une blessure à Tracy-Leval, ce qui lui valut la Croix de guerre. Après rétablissement, il fut envoyé au Maroc pour commander la colonne de Casbahbella, comme adjoint de la subdivision de Zadla, avec le grade de lieutenant-colonel d'infanterie et fut promu au grade d'officier de la Légion d'Honneur. Il y fonda deux postes,puis demanda à retourner sur le front, et y commanda, à partir du 18 décembre 1917, le 171e régiment d’infanterie, avec lequel il se distingua pour avoir, durant 7 jours, conservé ses positions sous le bombardement et les attaques ininterrompus, faisant échouer l’attaque du 4 avril 1918 d’une division allemande, qui subit des pertes plus sanglantes, (citation à l’ordre des armées du 6 juin 1918). Le régiment reçut fourragère aux couleurs de la croix de guerre, et eut deux citations Avec le le capitaine Lhuillier, Georges Marquet reçut les pénitentiaires allemands à La Capelle. Il commanda un temps un régiment mixte de tirailleurs et de zouaves en Pologne, et combattit avec Weygand lors de l’attaque russe contre la Pologne, puis fut nommé à la mission interalliée en Posnanie. Retourné en France avec le grade de colonel, en poste à Rennes[5], il fut chargé en mai 1920 de mener à la caserne gendarmerie du Teilleul, une enquête à propos du meurtre par empoisonnement perpétré par le gendarme Le Borgne sur sa femme[6]. Il fut à l’origine d’un service des fiches de gendarmeries. Il divorça de son épouse, par jugement du tribunal de première instance d'Avignon le 27 janvier 1921. Sa fille, décéda peut après, et fut inhumée au cimetière de La Briandais.

    Apprécier pour ses capacités de commandement objet de la confiance et de l’affection de ses hommes, il fut nommé en cette même année 1921 au commandement de la 65 R. I. de Nantes. Envoyé en Syrie en 1923.

     

    general Marquet

    Au Djebel el-Druze en 1925.

     

    Les Druzes s'étant révoltés, sous la conduite du Sultan al-Atrach, (1891-1982), contre les troupes mandataires, révolte qui perdura jusqu'en 1927, aujourd'hui nommée en Syrie " Révolution nationale ", il combattit dans le Djebel el-Druze, et défendit la citadelle de Damas du 18 au 20 octobre 1925 durant les émeutes qui eurent lieu dans la ville ; puis, le 5 décembre 1925, il  prit d’assaut Hasbaya[7], cité libanaise qui avait été prise par les Druzes le 27 novembre précédent, et libéra le Sud-Est du territoire libanais.

    general Marquet

    Entrée dans Hasbaya, 5 décembre 1925.

     

    general Marquet, Hasbaya

    Ville et citadelle de Hasbaya avant la prise par les Druzes.

     

    Ces actes lui valurent d'être nommé commandant des troupes du Grand Liban, la médaille d’honneur de 1ere classe du Mérite libanais par arrête du 23 décembre 1925, « Prenant son commandement où de fort contingents de rebelles mettaient en péril sa sécurité de l’Etat, a galvanisé ses troupes par son énergie, sa confiance et sa bravoure. Les a personnellement conduites à l’assaut de la position fortifiée de Hasbaya qu’il a enlevée après un rude combat. A complétement disloqué les bandes ennemies et libéré le territoire libanais. A bien mérité du Grand Liban », et le 25 décembre il reçut sa quatrième citation à l’Ordre de l’Armée, avec croix de guerre des Théâtres d'opérations extérieurs.

    Il fut promu général de brigade en 1926.

     

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    Signature du général Marquet.

     

    Il prit le commandement du groupe de subdivision n°2 de la 11ème région le 25 février 1927, attaché à l’amiral Préfet maritime à Lorient. A l’occasion des fêtes pour l’inauguration du monument du débarquement des troupes étasuniennes à Saint-Nazaire, en juillet 1926, la ville organisa une exposition d’art ancien et moderne au collège de jeune filles, rue de La Villes-Martin ; Henri Marquet prêta une crédence à deux corps de style Louis XIII, qu’il avait sculpté, et des fauteuil Louis XIV et une bergère Louis XV, alors que Georges prêtât une commode Louis XIV et deux fauteuils Louis XV, ainsi que des objets syriens.

    Le 26 mars 1927 il assistât avec sa sœur aux festivités organisée pour les noces de diamant de leurs parents, dont une messe prononcer le matin en l’église Saint-Nazaire. Il dirigea les manœuvres de l’instruction à Lorient, les 22, 23, et 24 avril 1927. Le 9 février 1928 il reçut la cravate de commandeur de la Légion d’Honneur. Cadre de réserve le 8 août 1929 il quitta le commandement du groupe de subdivision n°2 de la 11e région et partagea sa vie entre la villa des Morées et Paris.

    Il fut président d’honneur de la société d’escrime de Saint-Nazaire en 1929 et membre de la société d’archéologie d’Ille et Vilaine, et se distinguait dans les rues de Saint-Nazaire, par les chaleureuse poignées de mains qu’il adressait aux anciens combattants qu’il croisait, s’enquérant de leur santé et de leur famille. Il épousa à Paris le 29 avril 1930, dans le 18ème arrondissement, Adèle-Anna-Victorine de Murat, (Paris 18ème 16 avril 1871 - Paris 1948), fille de l’architecte Antoine-Victor de Murat, (1840-1895), épouse divorcée le 31 décembre 1929 de Paul-Alphonse Delange, dont elle avait une fille, Madeleine.

    Les décès de ses parents le laissèrent particulièrement affecté.

    Le général Marquet décéda à Paris 7ème le 19 mars 1932. Son corps fut transporté par train à Saint-Nazaire, le cercueil recouvert du drapeau français.

     

    general Marquet

    L’Ouest-Eclair du 25 mars 1932.

     

    De la gare, un char funèbre le conduit en l’église Saint-Nazaire, suivit d’une foule nombreuse, regroupant toute la liste des notables nazairiens de l’époque. Les cordons du poële furent tenus par le docteur Diet, Cambiaggio, directeur de la Compagnie Générale Transatlantique, le docteur Tholon, et le lieutenant-colonel de Saint-Julien, du 65ème régiment d’infanterie, représentant le général comandant du 11ème corps d’armée à Nantes. Le cortège fut précédé par une délégation de la caserne de gendarmerie de Saint-Nazaire, du peloton mobile de la Garde républicaine, et des délégations des Anciens combattants.

    Après la messe de funérailles, son corps fut déposé à La Briandais, sans discours.

     

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    Tombeau de la famille Marquet, dont les sculptures furent réalisées par Henri Marquet

    general Marquet

     

    Incapable de s’entendre avec son beau-frère et sa belle-sœur pour la conservation de la Villa des Morées, son épouse fit procéder à la vente du mobilier aux enchères le mardi 7 juin 1932, durant laquelle on se pressa, puis de la mise en vente de la maison qui trouva acquéreur en juin 1933[8].

     

     

     

    [1] Du nom des rochers faisant face à la pointe de La Villès-Martin, où se trouve depuis une balise homonyme construite en 1756.

    [2] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/06/13/le-chateau-de-porce-a-saint-nazaire-premiere-partie.html

    [3] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2020/09/02/la-villa-minne-6260718.html

    [4] Henri-Georges avait eu de sa cousine germaine, Eléonore Leotet, lingère, Henri-Paul (Sens 27 janvier 1867 – 26 octobre 1959), légitimé sous le nom de Gauchet en 1869, par l’époux de se mère, Charles Gaucher, ouvrier boulanger.

    [5] Il y habitait 12 rue Brizeux.

    [6] Le Borgne avait commis ce crime pour épouser sa maitresse, la jeune fille d’un collègue, il fut condamné à mort.

    [7] Ville du Liban, chef-lieu du caza du même nom, dominée par une citadelle, à 58 km au sud-est de Beyrouth. les Français l'avaient délivrée une première fois des Druzes en mai-juin 1860.

    [8] Le décor était composé de mobilier Louis XV, renaissance, provençale, Louis XIV, de meuble en bois dorés, de tapis d’orients, gravures, cadres, lustres, panneaux de bois sculpté, d’un aquarium avec support renaissance dans la salle à manger, collection d’assiettes anciennes, lits à baldaquin, meuble dessus de marbre, boukhara tapis, tapis syriens, meubles syriens et algériens, armes arabes, coussins d’orient, le notaire Labour fut en charge de liquidation de la succession. La vente de la maison fut assurée par l’agent immobilier J. Lemesle, qui s’en fit sa publicité durant plusieurs semaines.

  • Paul Emile Conard

    Dans l’allée principale du Cimetière de La Briandais, il est difficile d’ignorer un haut et beau caveau de marbres, gravé d’un patronyme qui interpelle, c’est celui de Paul-Emile Conard, de son épouse, et Jacqueline, l’une de leurs filles. Mais qui se souvient de cet homme qui fut pourtant très important à Saint-Nazaire ?

    paul-Eùmile Connard, chantiers de Penouet

     

    Paul-Emile Conard, est né à Conflans Sainte Honorine, le 21 septembre 1887. Il était le fils de Paul-Ernest Conard, peintre en bâtiment, né en 1861 et de Louise-Emilie Huet, née en 1868. Rien ne prédestinait ce garçon né dans une famille pauvre, au patronyme offrant flancs aux quolibets, mais élève doué, il sortie de sa misère en se faisant engagé volontaire pour quatre ans le 7 octobre 1907, à la mairie du 9ème arrondissement de paris, au 32ème régiment d’artillerie, Brigadier le 11 avril 1908, maréchal des logis le 28 septembre 1908, il fut alors admis à suivre les cours à l’Ecole Polytechnique à compté du 12 octobre 1908, promu ingénieur de 3ème classe au Génie maritime par décret du 3 octobre 1909 pour premier rang le 1er octobre 1909 et entré à l’école d’application du Génie maritime, ingénieur de 2ème classe le  1er octobre 1910 à Brest, il y épousa, le 30 mai 1914, avec Anne-Marie Denis, (née à Brest le 17 mars 1891), fille d’un médecin de marine. Ingénieur de 1ère classe le 1er octobre 1914, ingénieur principale le 25 novembre 1919, en congé sans solde et hors cadre du 31 décembre 1920 au 31 décembre 1923, rayé du cadre actif, affecté spécial aux Chantier de Penhoët sur décision ministérielle du 26 octobre 1929, sous-directeur des Chantiers de Penhoët administré par le Bureau maritime de Lorient et ingénieur en chef des coques.

    Il s’établit au 70 rue de Villès-Martin, (avenue Général de Gaulle), avec son épouse et leurs trois premiers enfants :

    1. Robert, (Brest 28 novembre 1915 – Paris 17 janvier 1993), qui épousa le 29 mars 1939, à Megève, Marguerite-Marie-Lucie Peltier, (née le 7 juillet 1913 à Chatenois les Forges), infirmière, puis assistante sociale ;
    2. Suzanne, (née à Brest en 1918), qui fut secrétaire de direction ;
    3. Jacqueline (née à Brest le 31 décembre 1920 – Saint-Nazaire 9 mars 1927, inhumée à La Briandais).

    C’est à cette adresse que naquit :

    1. Monique, (Saint-Nazaire mars 1928).

    Anne-Marie décéda à Saint-Nazaire le 20 mars 1933. Le 5 novembre suivant, alors qu’il stationnait devant le collège de jeune fille rue de Villès-Martin, il recula sans regarder et percuta monsieur Riva qui venait de la direction de Pornichet sur une moto, et tenait tenant sa droite. Grièvement blessé, monsieur Riva fut amputé d’une jambe. Le tribunal de Saint-Nazaire, après plaidoirie de maitre Russacq, condamna Paul-Emile Conard à 25fr d’amande avec sursis, maitre Licimaque, parti civil aux débats, obtint 12.000 fr pour la victime, de provision et de commission du docteur Cousin. Paul-Emile il fit appel pour le sursis d’amande, car cela l’empêcherait d’être impétrant à l’Ordre de La Légion d’Honneur, mais fut condamné par arrêt de la Cour d’Appel de Rennes, chambre correctionnelle, le 29 mars 1934 à 25 francs d’amande.

    paul-Eùmile Connard, chantiers de Penouet

    Le Courrier de Saint-Nazaire du 4 mai 1935

     

    Il présida la remise de prix des cours professionnels de Saint-Malo-de-Guersac le 26 septembre 1936.

     

    paul-Eùmile Connard, chantiers de Penouet

    Le Courrier de Saint-Nazaire le 24 décembre 1938

     

    Sur décision de décembre 1938, le 1er janvier 1939, il fut promu directeur des Chantiers de Penhoët, en remplacement de monsieur Coqueret, (nommé administrateur- inspecteur-général membre du commuté de direction) ; l’ingénieur en chef section machine Caldagues le remplaça comme sous-directeur, mais garde sa fonction aux machines, c’est l’ingénieur Haurie qui le remplaça comme ingénieur en chef de la section coque. A l’occasion du 1er mai 1939, Paul-Emile Conard s’opposa à ce que les ouvriers chôment à l’occasion de la Fête du travail, avançant que cela engendrait une rupture de contrat pour le travailleur, suivant une convention signée le 11 décembre 1938. Il s’en suivit un bras de fer avec la CGT, avec manifestation et chants que son patronyme inspira… Il organisa, au prétexte de crise économique, le licenciement de 120 ouvriers le 10 juin 1939.

    paul-Eùmile Connard, chantiers de Penouet

    Durant la guerre, il participa aux différents événements municipaux tel que l’inauguration du stade de Goumelon le 7 novembre 1941 avec PierreToscer, maire malgré lui de Saint-Nazaire[1], et le sous-préfet pétainiste Michel Douay[2].

    Membre de droit du bureau de la Chambre de Commerce, il signa l’adhésion à la Chartre du travail exigée par le gouvernement de Vichy le 23 février 1942, à la sous-préfecture, avec les autres chefs d’entreprise de la métallurgie. Il fut démis avec les autres membres le 20 novembre 1942, mais fut imposé au nouveau bureau par le sous-préfet Douay en janvier 1943.

    Évacue à La Baule, à la suite des bombardements, il s’y fit discret à la Libération, et y décéda le 30 mai 1949.

     

     

    [1] Voir notre article : http://saint-nazaire.hautetfort.com/pierre-toscer/

    [2] Voir notre article : http://saint-nazaire.hautetfort.com/sous-prefet/