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  • Le château de Saint-Marc

    Le château de Saint-Marc-sur-mer, dit aussi château Lourmand, se nommait à l'origine château du  Crépelet. Le nom de Crépelet est en fait le nom véritable du village de Saint-Marc, qui ne prit qu'à la fin du 19e siècle le nom du saint à qui la chapelle du bourg était dédiée. Il n'existait rien à l'emplacement du château si non quelques vignes, quand le terrain fut acquis par Henri-Joseph Lourmand, industriel nantais associé à Henri-Charles-René Serpette (1), et Édouard Lorois, dans la savonnerie " SERPETTE-LOURMAND-LOROIS ".

     

    Construite sur caves, avec un rez-de-jardin, un étage noble, et un second étage sous combles à lucarnes de façade en pierre et lucarnes de plomb, la demeure est constituée d'un corps rectangulaire simple en profondeur, encadré à l'Ouest de deux pavillons carrés accolés sous deux toitures carrées et très pointues, à l'Est d'un grand pavillon rectangulaires, dominant la baie, il est surmonté d'un très haut comble qui se fini en terrasse belvédère muni d'un garde-corps en fer forgé. La longueur totale est de quatre travées, à laquelle a été ajouté un pavillon sans étage d'un travée, abritant la cuisine. La disposition des pièces est : au rez-de-jardin, une galerie entrée dans le corps central, déversant les pavillons de bout, et une vaste salle à manger qui occupe tout la longueur du corps, le pavillon Est abrite un  grand salon, les pavillons Ouest un petit salon coté océan, et une office côté parc, au centre de ces pavillons se situe l'escalier. Le premier étage comporte quatre très grandes chambres. Les murs sont enduits et appareillés aux angles, les ouvertures moulurées. L'ensemble est situé sur une falaise qui domine la plage et la baie de Saint-Marc, dans un parc clos de murs. 

     

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    La famille Lourmand :

     

     

    I° Henri-Joseph Lourmand, (Nantes 31 décembre 1818 - Niort 18 février 1885), marié le 18 octobre 1853 à Angers, avec Lucile-Marie Lechalas, (Angers 23 octobre 1832 – Nantes 27 janvier 1933), fille de Médéric Lechalas, et de Joséphine Tharreau, d'où : 

    1° Marie-Amélie (Nantes 26 juin 1854 – Nantes 9 mai 1932), mariée le 19 juin 1875, à Nantes, avec Gaston-Amédée Thubé, (voyez ci-après) ; 

    2° Marguerite-Marie (Nantes 29 novembre 1855 - Nantes 20 octobre 1938), mariée : 1er le 21 septembre 1875, à Nantes, avec Henri-Marie Couëtou, (27 mai 1849, docteur en – Dax 23 avril 1878), droit, avocat à la Cour d'appel de Paris, puis à Nantes, candidat légitimiste aux élections législatives de Saint-Nazaire en février 1876 ; 2e Victor-Amédée-Marie Sécheras, (Vannes 12 janvier 1837 - Nantes 2 novembre 1908), chef de bataillon ;

    3° Henri, (Nantes15 mai 1860 - ??).

     

     

    A la mort de la veuve d'Henri-Joseph, la propriété passa à son petit fils, Gaston Thubé.

     

     

    La famille Thubé :

     

     

    I° Gaston-Amédée Thubé, (Nantes 25 février 1851 - Nantes 29 septembre 1936), substitut de Châteaubriant le 21 décembre 1874, substitut de Saint-Brieuc le 18 novembre 1876, procureur de Guingamp le 29 mars 1879, substitut du procureur général de Rennes le 30 juin 1880, marié le 19 juin 1875, à Nantes, avec Marie-Amélie (Nantes 26 juin 1854 – Nantes 9 mai 1932), d'où :

    1° Gaston-Marie, qui suit ;

    2° Henri (Saint-Brieuc 10 avril 1878 - Paris 1er mars 1943), marié le 8 mars 1913 avec Amélie Paigis, fille de Jean Paigis et d'Amélie Le Normand, d'où postérité ;

    3° Joseph-Jean, (Nantes 13 décembre 1881 - Nantes 8 août 1942), prêtre ;

    4° Jacques-Marie, (Chantenay sur Loire 20 juin 1883 – Nantes14 mai 1969), yachtman, champion olympique en 1912 à Stockholm, avec ses frères Gaston et Amédée ; marié le 16 septembre 1920, à Azay le Rideau, avec Marguerite-Berthe Pavy, fille d'Hubert Pavy et de Marie-Thérèse Vexier, d'où postérité ;

    5° Amédée-Georges-Marie, (Chantenay sur Loire 8 février 1885 - Paris 26 janvier 1941),yachtman, il participa avec ses frères Gaston et Henri, aux jeux olympiques de Stockolm en 1912, en tant qu'équipier d'avant, à bord du " Mac-Miche ", dans la série des 6 mètres, où il remporta la médaille d'or ; marié en 1918, Saint-Marc sur Mer, avec Marguerite-Nazli Denaut, fille d'Horace-Louis-Auguste Denaut, officier de la Légion d'Honneur, d'Emma Bojano, d'où postérité ;

    6° Marc, (Saint-Nazaire 4 juillet 1886 - Sézanne 11 mars 1918), mort pour la France ;

    7° Marie-Amélie, (Nantes 19 avril 1889 - Paris 26 août 1977), mariée le1er le 11 janvier 1911 à Nantes, avec René Bolloré, (Ergué-Gabéric 28 janvier 1885 - Paris 16 janvier 1935), industriel, (papeteries OCB) ; (veuve elle se remaria). 

     

    II° Gaston-Marie Thubé, (Chateaubriant 16 juin 1876 - Paris 22 février 1974), docteur en droit, industriel, juge au Tribunal de commerce, consul de Belgique à Nantes, il participa en 1912, avec ses frères Jacques et Amédée, aux jeux olympiques de Stockholm en tant skipper à bord du " Mac-Miche ", dans la série des 6 mètres, et remportèrent la médaille d'or ; il gagna aussi de nombreuses régates, dont le championnat de France en 1913 à Arcachon, son bateau, le Saint-Jean, construit en 1939 par l'architecte naval Talma Bertrand, mouillait dans la baie de Saint-Marc(3) ; marié le 16 octobre 1900, à Nantes, avec Madeleine Goullin,(1879-1980), fille de Gustave Goullin, et de Célestine Flornoy, sans postérité, il légat le château à son petit-neveu l'industriel Didier Pineau-Valencienne.

     

     

    Durant la Seconde-guerre-mondiale, le château servit de kommandantur, comme au château de Port-Cé, les nazis firent construire une tour fortifiée à proximité.

    A l'été 1951, Gaston Thubé prêtât à Jacques Tati le tennis du château pour une scène du film " Les vacances de Monsieur Hulot ", tourné à Saint-Marc (3) et sorti en 1953. ; 

     

     

    Monsieur Pineau-Valencienne vendit finalement la demeure en 1983 à Charles Goignard, entrepreneur en bâtiments, qui en fait sa résidence principale et entreprit de grandes rénovations. A son décès, la propriété fut acquise par monsieur Christian Seyres, son actuel propriétaire (3). 

     

     

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    vers 1960

     

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    La gloriette du parc vers 1860

     

    (1) Fils de l'un des fondateurs de l'entreprise qui fit construire la villa " La Malouine " à Pornic.

    (2) Ce bateau navigue toujours et est classé monument historique depuis 2005.

    (3) Renseignements provenant du site du château de Saint-Marc-sur-mer, disponible à la location pour des événementiels, et gîte. ( http://www.chateau-saint-marc.com/ )

  • La Motte Allemand, deuxième partie

    la motte allemand,chateau,saint-nazaire,pontcallecFamille Le Vallois

    D'azur à deux pigeons affronté d'argent, colletés de sable, enchaînés d'or par le coups, les chaines en bande et barre mouvantes des cantons du chef.

     Famille noble originaire de Rennes.

     I° Antoine Le Vallois, écuyer, époux de Françoise de Guémadeuc, dame de La Motte-Allemand, fille de François de Guémadeuc, chevalier, seigneur de Beaulieu et de Séréac, et de Jeanne Gastinel, dame de la Motte-Allemand, d'où :

    II° Jean Le Vallois, écuyer, seigneur de Sérac et La Motte-allemand en 1562, père de 

    III° Pierre Le Vallois, seigneur de Sérac et de La Motte-Allemand, qu'il vendit en 1615 à Pierre de La Bouexière.

     

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    Famille de La Bouexière

    D'or à trois bandes de gueules.

     

    Famille d'extraction chevaleresque, aux réformations de noblesse en 1426 et en 1669, à Saint-Nazaire sur 10 générations.

     

     

     

    I° Pierre de La Bouexière, écuyer, seigneur de La Motte-Allemand par achat en 1615 à Pierre Le Vallois ; marié : 1° Madeleine Barrin du Boisgeffray ; 2° à Jeanne de Saint-Aubin ; d'où du second lit :

    1° Philippe, seigneur de La Motte-Allemand, maintenu noble le 24 mai 1669, décédé à Saint-Nazaire le 8 décembre 1678 ;

    2° Pierre, seigneur de Brantonnet, maintenu noble le 24 mai 1669, un temps seigneur de Heinlex-Pommeraye en 1647 ;

    3° Jeanne, dame de La Motte Allemand, (Guérande 20 février 1606 – Guérande 3 décembre 1688), épouse de Jean Le Long, écuyer, seigneur du Dreneuc, à qui elle apporta 

    4° Perronelle, épouse de Jean Le Tresle.

     

    Famille Le Long du Dreneuc  

    D'or au quintefeuille de sable. 

    Famille guérandaise d'ancienne extraction maintenue lors de la réformation de noblesse par arrêt du 30 mars 1669 (Bibliothèque Municipale de Rennes, Ms. 504 et 505) .

     

    I° Jean Le Long, écuyer, seigneur du Dreneuc, époux de Jeanne de La Bouexière, dame de la Motte-Allemand, (Guérande 20 février 1606 – Guérande 3 décembre 1688), fille de Pierre de La Bouexière, écuyer, seigneur de La Motte-Allemand, et de Jeanne de Saint-Aubin, d'où :

    1° Renée, mariée le 2 mars 1783 à Louis-rené de Saint-gilles, écuyer, seigneur du Gage ;

    2° Jean-Baptiste, (5 aout 1646 – 30 jullet 1708), seigneur du Dreneuc, époux de Gabrielle Michiel ;

    3° Philippe ;

    4° Olive, dame de La Motte-Allemand, épouse de Louis de La Haye, écuyer, seigneur de la maison noble du Sable. 

     

    Famille de La Haye du Sable

    la motte allemand,chateau,saint-nazaire,pontcallecDe gueule à trois bandes d'argent. 

     

    La filiation de cette famille noble nous est en grande partie connue grâce au registre manuscrit des Preuves de noblesse pour les Pages de la Grande Ecurie tenu par Charles d'Hozier en septembre 1694, (B.N., fr. 32101, f° 107), elle sera exposée dans son intégralité dans un article sur la maison noble du Sable, pour des soucis de compréhensions, les degrés indiqués sont ceux de la généalogie complète.

     

    VII° Louis de La Haye du Sable, écuyer, seigneur de la maison noble du Sable pour laquelle il rendit aveu au Roi le 10 janvier 1678, seigneur de La Motte-Allemand par héritage maternel de son épouse, maintenu noble d'extraction lors de la réformation de noblesse par arrêt du 29 janvier 1671 ; marié le 9 avril 1647 à Saint-Nazaire avec Olive Le Long du Dreneuc, dame de La Motte-Allemand par héritage de sa famille maternelle, (Saint-Nazaire 20 aout 1638- Saint-Nazaire 3 novembre 1688), fille de Jean Le Long, écuyer, seigneur du Dreneuc, et de Jeanne de La Bouexière, d'où :

    1° Monique, née le 6 juillet 1675 à Saint-Nazaire, mariée le 2 mai 1707 à Guérande avec Louis-Gille du Matz, écuyer, seigneur de Gléré ;

    2° René, qui suit ;

    3° Pélagie, (Saint-Nazaire 10 mars 1680 – Saint-Nazaire 2 juin 1688) ;

    4° Olive, mariée le 7 mai 1715 à Guérande avec Pierre-François Le Flo de Tremelo, écuyer, seigneur de Kerleau, maintenue noble par ordonnance du 25 septembre 1703, (Bibliothèque Municipale de Rennes, Ms. 504 et 505). 

    VIII° René de La Haye du Sable, écuyer, seigneur de la maison noble du Sable et de La Motte-Allemand, né à Saint-Nazaire le 24 juillet 1676, baptisé le 29 juillet suivant, présenta ses preuves de noblesse pour les Pages de la Grande Écurie en septembre 1694, (B.N., fr. 32101, f° 107), Maintenue noble par ordonnance du 6 mai 1701, (Bibliothèque Municipale de Rennes, Ms. 504 et 505), établi au château de La Motte-Allemand, il participa à la conspiration de Pontcallec et fut interné un temps à Nantes ; marié à Guérande le 7 février 1702 à Marie-Madeleine Le Mintier, d'où :

    1° Jean-Marie, né le 15 février 1706 ;

    2° Marie-Olive, (6 juillet 1707 - 7 octobre 1707) ;

    3° René, qui suit.

    IX° René de La Haye du Sable, chevalier de La Motte-Allemand, époux de Marie Lefeuvre, d'où :

    1° Louis-Marie, seigneur de La Motte-Allemand et de la maison noble du Sable, mort avant 1768 ;

    2° Jean-Baptiste-René, décédé à Saint-Nazaire le 11 avril 1780, après son frère seigneur de la maison noble du Sable, (qu'il vendit entre 1774 et 1776 à Guillaume Charault de Merionnec, chevalier), seigneur de La Motte-Allemand, (qu'il vendit le 29 octobre 1770 à François Le Chauff).

     

     

    la motte allemand,chateau,saint-nazaire,pontcallecFamille Le Chauff de Kerguénec

    D'argent au pigeon d'azur, surmonté de deux croissants adossés de gueules. 

     

    Famille noble d'ancienne extraction maintenue en 1668 originaire de Vannes, apparenté à la famille de La Haye de Silz, seigneur de La Ville-au-Fève, et du Plessis-Giffard.

     

    I° François Le Chauff, écuyer, seigneur de Kerguénec, du Bois-Guimard, de La Motte-Allemand, (par achat à René de La Haye du Sable), de La Noë de Kerpoisson, des Bouexières (par achat à Catherine Boullet veuve de Jean Moyon) et du Pourceau (fief situé à Cleuz), baptisée le 21 octobre 1722, fils de François Charles Le Chauff, chevalier, seigneur de La Bernardière, et de Anne Cady ; maire de Guérande en 1789-1790, emprisonné en 1792, voit ses biens mis sous séquestre, libéré avant mars 1795 et récupère ses biens, il habitait le manoir de La Grillère, rue Bizienne, à Guérande ; fit aveux pour sa seigneurie de La Motte-Allemand le 30 juin 1788, passa transaction avec Jean-Baptiste-Elie Camus de Pontcarré, seigneur, co-vicomte de Saint-Nazaire, pour la propriété de la lande de Cuneix, en Saint-Nazaire ; marié à Nantes le  12 janvier 1761, en l’église conventuelle des dames de Sainte Élisabeth, à Catherine-Brigitte-Marguerite Maré (parfois nommée faussement Marrec), connue aussi sous ne nom de Maré d'Azincourt(1), suite à l’acquisition par son père de ce fief, née le 13 novembre 1740 à L’Arcahaye, (Saint-Domingue, aujourd'hui Haiti), baptisée le 09 mars 1741, fille de Jérôme Maré, planteur sucrier, capitaine de la milice du Roi à Saint-Domingue, et de Léogane-Jeanne-Julienne  Gené ;  elle hérita d'un tiers de la plantation de son père en 1760, la plantation Maré était évaluée en 1785 à 813.320 livres, et comportait 186 esclaves, à  la suite à l'indépendance d'Haïti le 1er janvier 1804 la plantation fut confisquée ; elle était veuve en 1805 ; d'où :

    1° Victoire-Brigitte-Marie-Anne-Charlotte Le Chauff, née vers 1763, décédée à Guérande le 17 octobre 1788, mariée à Saint-Nazaire, par contrat du 13 septembre 1783, puis religieusement à Guérande le  22 septembre avec René-Louis de Trévelec, chevalier ;

    2° Charlotte-Félicité, née  en 1766 ;

    3° Brigitte-Mathilde, née  en 1771 ;

    4° François-Marie-Hyacinthe Le Chauff de Kerguénec, chevalier, (Guérande 2 novembre 1772 -  1831 Guérande), voyage à Saint-Domingue en 1792 alors que l’île est en pleine insurrection, il est porté sur la liste des émigrés durant l'emprisonnement de son père, membre de l'Armée de Condé, il fut indemnisé avec sa sœur Victoire sur décision du 4 février 1828 pour les biens perdus du fait de l'indépendance d'Haïti ; marié le 15 mai 1811  à Nantes avec Thérèse-Françoise Bernard de Grand-Maison, née en 1785, d'où :

    A° Thérèse, qui épousa son cousin Henri Le Chauff de La Blanchetière, (1816-1876), d'où postérité. ;

    5°  Catherine, née le 24 août 1778 à Guérande,  mariée en 1800 Joseph-Louis de Bruc, d'où entre autres enfants Joseph-Aimé de Bruc, qui possédait en 1850 la métairie de Cleuz qu'il avait hérité de sa mère.

    6° un autre fils né vers 1782, marié à une Rouaud de La Villemartin qui hérita de La Motte-Allemand ;

    7°, 8° & 9° inconnus

     
    (1) La famille Maré d'Azincourt portait : d'azur au chevron d'or  accompagné de trois merlettes de même.
  • Le château de Heinlex, troisième partie

    De Cézard à Duval...

     

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    Photo Galahad L.

    Armes :Parti de gueules et d'azur à trois roses d'or brochant (2 et 1) ; au chef de … chargé d'un voilier de … navigant dans une mer agitée de …

     Cimier : Un dauphin nageant dans une mer. Devise : Post nubila Phœbus (Après la pluie le beau temps).(d'après les armoiries sculptées sur la façade sud du manoir.)

    En 1857 le domaine est acheté par Alphonse-Léopold-Nicolas-Louis Cézard, (Nicolas dans sa famille, Alphonse seulement pour ses affaires, cette double nomination explique que les noms des navires qu'il possédait au port de Saint-Nazaire), armateur et banquier, qui fit raser le manoir féodale et le remplaça par l'actuelle demeure en briques et pierres, avec toit mansardé sous ardoises, ne conservant de celui-ci que le linteau de la grande cheminée sculpté d'un écu et deux médaillons ovales, qui ont été bûchés à la Révolution. Aujourd'hui déposé le long de la façade sud, il servit alors de dossier de banc, mais ce banc a aujourd'hui sa base prise dans le trottoir qui cercle le bâtiment. Alphonse était né à Batavia aux Indes-Néerlandaises, son père, natif de Nancy y avait fait fortune comme armateur et planteur de sucre, devenu milliardaire, il était revenu avec toute sa famille en France afin d'y marier convenablement ses enfants, dépensant pour les doter toute sa fortune, et en faisant des spéculations industrielles. Alphonse Cézard contribua à fonte de la fortune de son père en spéculant dans l'industrie et le commerce au moment de l'ouverture du port de Saint-Nazaire, il fut impliqué dans quelques scandales locaux, et perdit d'importantes sommes que sont père recouvrit, il débuta comme armateur, avec deux navires, le Alphonse Cézard et le Nicolas Cézard, puis il voulu faire de la politique en se présentant pour les législatives de Saint-Nazaire contre le candidat seul et officiel (nous étions sous le Second Empire...) Anselme François Fleury, le 17 mai 1863, il ensuite fut directeur pour la France de la Saint-Nazaire Compagny, une société fondée à Londres en juillet 1864, pour l'établissement d'une nouvelle ville sur les terrains de l'ancien manoir du Sable, et fonda le 15 janvier 1865 la Société des Crédits généraux de Saint-Nazaire, qui, liée aux entreprises de transports et de comptoirs de son père à Batavia, devint la société du Commerce de France, (avec un capital de départ de 10 millions de francs !), laquelle fut mise en faillite en 1866... C'est à cette date qu'il vendit le Heinleix à Henri Duval. Alphonse fut défendu dans sa faillite par l'avocat nantais Edouard-Auguste Bonamy, contre ses associés Pilon, Perthuy et Derrien qu'il accusa de manœuvres frauduleuses dans le but de le ruiner ! Il se retira au château du Touchelais à Savenay, où se trouve aujourd'hui l'hippodrome, où décéda, après avoir fondé dans cette ville une fromagerie. 

    I° Nicolas-Sigisbert Cézard, né à Nancy le 12 juillet 1797, décédé le 9 février 1891 ; fils d'un boulanger devenu marchand en gros grâce à la Révolution, il devient armateur à Batavia, où il posséda jusqu'à 40 navires qui acheminaient café et sucre sur tous les continents, il acheta deux raffineries de sucre à Launay et Récollets, réunie par la suite sous le nom de "Raffineries Nantaises" dont la cotation en bourse fut un échec obligeant la fermeture en 1864, une mauvaise gestion de ses plantations d'Indonésie, les spéculations hasardeuses de son fils Alphonse à Saint-Nazaire,la dotations de ses autres enfants, dont celle démesurée de sa fille Malvina épouse du fils du Maréchal Molitor, et les caprices de sa seconde épouses, contribuèrent à la dilapidation de l'immense fortune qu'il avait constitué durant toute sa vie ; marié : 1° à Pekalongan (Indonésie) avec Sophie-Adèle-Hélène Petel de Vaugarny, née le 9 août 1809, décédée le 4 novembre 1845 à Nancy, fille de Louis-Auguste-Jean Petel de Vaugarny, écuyer, (originaire de Saint-Malo) et de Sara-Johanna van Poalen ; 2° le 9 juillet 1847 à Nancy avec Malvina-Antoinette Petel de Vaugarnay, (1918-1862), sœur de la précédente, d'où :

    Du premier lit :

    1° Jules-Stanislas-Sigisbert, né à Batavia le 16 juin 1829, décédé ) Meester Cornelis le 24 décembre 1900, marié le 15 avril 1852 à Anthonia-Cornelia Vreede-Bik, d'où postérité ;

    2° Alphonse-Léopold-Nicolas-Louis, qui suit ;

    3° Sophie, (1833-1897), mariée le 1er juin 1854 à Nancy avec Charles-Louis-Albert de Gau de Fregeville ;

    4° Léonce, né le 19 juillet 1834 à Batavia, marié à Nancy, le 7 juillet 1863 à Marie-Elisabeth-Adrienne Jeanpierre ;

    5° Albert, (1836-1907), exploitant d'une raffinerie de Sucre en 1877, établi ensuite à Bône en Algérie ;

    6° Malvina, (1838-1929), épouse de Pierre-Olivier, comte Molitor, secrétaire d'ambassade, fils du maréchal comte Molitor ;

    7° Louis, (1839-1899), ouvrit une sucrerie à Chantenay mais fit faillite en 1883, époux de Berthe Laude, d'où postérité ;

    8° Emmanuel, (1840-1847) ;

    du second lit :

    9° Fernande-Louise-Antoinette, (1851-1929), épouse de Charles Mabille de Poncheville.

    II° Alphonse-Léopold-Nicolas-Louis Cézard, né le 20 février 1831 à Batavia (Java, Indonésie), décédé à Savenay le 17 février 1892 au château du Touchelais ; Armateur et banquier, il acheta les terres et le manoir de Heinlex-Rohan dont il fit reconstruire les bâtiments, et perdit une grande partie de la fortune de son père dans des spéculations à Saint-Nazaire ; marié à Orléans le 22 avril 1854 à Marie-Gabriel Louët de Terrouenne, d'où :

    1° Adrienne-Marie-Hélène, née à Saint-Denis-du-Val le 10 avril 1855, décédé à Fleury-les-Aubrais (45) en 1943 ;

    2° Antoine-Nicolas-Emmanuel, né à Saint-Denis-du-Val le 15 juin 1856, décédé à Orléans le 7 janvier 1918), époux de Berthe Chartie ;

    3° Ferdinand-Nicolas-Jacques, né à Saint-Denis-du-Val le 24 septembre 1857, décédé en 1942 à Triel-sur-Seine (78), marié à Nantes le 30 janvier 1887 avec Lucie-Marie Demange, d'où postérité ;

    4° Marie-Nicolas-Pierre, né à Saint-Denis-du-Val le 19 mai 1862, décédé à Vannes le 19 juillet 1914, époux d'Alice de Miniac ;

    5° Henry-Nicolas-Louis, né à Saint-Denis-du-Val le 21 septembre 1864, décédé le 1er mars 1935, ingénieur des mines, marié à Rochefort-en-Terre (56) avec Noémie Rigaud, (1864-1921), d'où postérité ;

    6° Jeanne-Marie-Marguerite, née à Orléans le 15 janvier 1868, mariée à Orléans le 18 décembre 1890 avec Alphonse-Frédéric-Ernest de Lapanouse.

     

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    le chateau au temps d'Alphonse Cézard, coll. archives municipales

     

    Famille Duval

     

    Henri Duval acheta Heinleix à Alphonse Cézard en 1866 alors en faillite. Originaire de Blois, sont père s'était établi à Nantes en 1848 où il était directeur d'assurances. Henri Duval avait des fonctions importantes à Saint-Nazaire, il était directeur du Gaz, et président de la chambre de commerce (le troisième depuis la fondation de celle-ci). On baptisa en son honneur le vapeur Henri-Duval. Ses fils vendirent la propriété au prefet Cassé-Barthe après la Premier-guerre mondiale.

     

    I° Charles-Marie-Henry Duval, né à Blois le 27 juin 1834, décédé en 1905, entrepreneur nantais des usines à gaz des villes de Niort et de Saint-Nazaire, il devient directeur du Gaz de Saint-Nazaire, suite à la création de l'usine à gaz de Saint-Nazaire, suivant un traité passé le 15 mai 1861 entre le maire et lui, pour l'éclairage de la ville, (cette usine employa 6 personnes à ses débuts, elle située à l'emplacement du supermarché de l'avenue de la République), elle échappa aux bombardements et servit de repaire au milieu des ruines pour retracer la rue Jean d'Ust, actuelle avenue de la République, elle fut définitivement fermée et démantelée en 1961), président de la chambre de commerce de Saint-Nazaire, chevalier de la Légion d'Honneur, il appuya auprès du Préfet la demande d'établissement de la garnison de gendarmes à Saint-Nazaire en 1886, faisant jouer ses relations avec le Général Boulanger, dont il avait été le condisciple ; époux de Justine-Elisabeth-Julie-Jeanne Fournier,  (1849-1878), d'où :

    1° Pierre-Henry-Raymond, né à Saint-Nazaire le 6 février 1868, il fut éditeur imprimeur à Saint-Nazaire ;

    2° Jules-Marie-Emile, (Saint-Nazaire, 3 mars 1872 – Saint-Martin-Vésubie, 18 juillet 1935), compositeur de musique, homme de lettres, et industriel, marié le 5 février 1903 à Paris VIII, avec Marie-Elisabethe Lemonnier, (1873-1959), d'où une fille.

     

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    Coll. O. M. de S. L.

    Vers 1910, (on voit le long de la plus petite façade, sous les fleurs, l'ancien linteau de cheminée du manoir féodal, réemployé comme dossier de banc)

     

    Le château, sa ferme et les 20ha de terres furent proposés à la vente par petite annonce publiée dans le journal « Le Gaulois », le mercredi 4 juin 1924.

     

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  • Le château de Heinlex, deuxième partie

    De la famille Buard à la Révolution, l'affaire Caradeuc.

     

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    Écu sculpté dans l'église Saint-Nazaire, photo Saint Loup.

     

     

    Armes : De gueules au hibou d'argent. (écu de cette famille est sculpté sur l'une des voûtes de l'église Saint-Nazaire)

     

    I° Zacharie-Gabriel Buard, notaire royal à Guérande de 1730 à 1789, membre de la confrérie Saint-Nicolas de Guérande en 1732, acheta la seigneurie de Heinlex en 1749, reçu en gratification des Etats de Bretagne une bourse de cents jetons en 1788, (A.D. d'I.-et-V., C, 3053), père de :

    1° Marie-Françoise, née à Guérande en 1734, dame de Heinlex, dont nous allons parler après.

    2°Marie-Gabriel, née à Guérande en 1743, fut la bienfaitrice de l'hôpital de Guérande en 1817, légua par testament du 21 mai 1819 sa maison (actuellement 5 place du Vieux Marcher) afin qu'elle servit de presbytère à la cure de l'église paroissiale de Saint-Aubin à charge pour le cure de " célébrer deux messes par mois à perpétuité à la mémoire de la donatrice et pour le repos de l'âme de ses parents ", et décéda en cette ville le 16 août 1822.

      

    En 1793, Marie-Françoise Buard, 55ans, dame de Heinlex, vit au manoir avec la demoiselle Marie Bellinger, native du Croisic et âgée de 50ans (1). Elles sont dénoncées pour avoir donner asile à des prêtres réfractaires, entre autres à un abbé Jalin, ex-desservant de la chapelle Saint-Joseph de Méans. Le poste militaire de Ville-es-Martin reçut l'ordre d'opérer une perquisition à l'improviste et la nuit. Le citoyen Perrin, sergent du 5° bataillon de la Manche, 8° compagnie, fut chargé de commander l'expédition. Le 20 novembre 1793 (30 brumaire, an II), sur les neuf heures du soir, le sergent Perrin, accompagné de 4 fusiliers et d'un guide se rend à Henleix, cernent la maison, visitent le jardin et l'intérieur du logis, mais ne trouve rien, le Sergent Perrin rapporte que " les deux demoiselles lui ont paru tremblantes et pâles et lui ont offert des rafraîchissements au commencement et à la fin des perquisitions ". Elles lui ont demandé " s'il avait beaucoup d'hommes à investir la maison, à quoi le dit citoyen a répondu qu'il en avait trente. " Le sergent rassemble ses hommes et dit à haute voix : " Il est inutile que nous fassions d'autres perquisitions ; Il paraît que nous avons été mal informés ". Ils quittèrent le Henleix, en présentant leurs excuses à ces dames, et reprirent le chemin de Ville-ès-Martin. Ce n'était qu'une feinte. Le sergent s'assure une escouade de seize hommes et, à onze heures et demie, on repart pour le Henleix où ils arrivent vers minuit. Huit hommes et le guide sont postés de distance en distance autour du bois avec le reste de ses volontaires, le sergent Perrin frappe à la porte de la maison. A travers une fissure, il voit les deux demoiselles qui viennent à pas lents leur ouvrir et disent avec plus d'assurance que la première fois qu'ils pouvaient faire chez elles toutes les perquisitions ce qui fut fait effectivement ; on trouva sur l'escalier du milieu un sac blanc contenant des livres et bréviaires à l'usage des ecclésiastiques. Le sergent s'adressant aux demoiselles : " où sont les deux hommes qu'on a vus la première fois ainsi qu'une des domestiques ? " Au même instant, on entend un coup de fusil du côté du jardin ; c'est une sentinelle qui a tiré sur un homme qui se sauvait. Celui-ci, poursuivi, se jette dans un fossé plein d'eau ; le guide l'atteint et lui pose sa baïonnette sur l'estomac ; un des soldats le tient enjoué par derrière. Le malheureux, qui se débattait, écarte l'arme qu'il saisit à pleine main et entraîne son agresseur dans la mare. Les soldats arrivent, l'homme est pris et ramené dans la maison. Il est trempé, souillé de boue et glacé. Il se promène autour de la table pour essayer de se réchauffer. Il reproche aux volontaires leur inhumanité : on ne fusille pas, dit-il, des personnes qui ne font aucune résistance. Dans la matinée, on s'achemine vers Saint-Nazaire, où le juge de paix doit interroger le prisonnier- Celui- ci refuse de répondre, sous prétexte que le manque de nourriture et de sommeil ne lui permettent pas de subir les fatigues d'un interrogatoire. Il conteste toutefois avoir dit sérieusement au sergent qu'il venait de Noirmoutiers. Il ne l'a dit que pour " plaisanterie ". Sur-ce, le juge de paix lance un mandat d'amener contre les demoiselles du Henleix et dit qu'elles soient conduites, avec l'inconnu. Le juge de paix venait de clore son procès- verbal, lorsque les citoyennes Augustine Jamette, de Montoire, Elisabeth Glaud, Elisabeth Pierre et Julienne Le Breton, de Saint-Nazaire entrent dans l'auditoire et déclarent qu'elles reconnaissent le détenu pour être le citoyen Jalin ancien chapelain de Méans, paroisse de Montoire. Sommé de déclarer la vérité, le prisonnier répond que d'après des témoignages aussi multipliés et aussi fournis il lui serait inutile de contester et qu'il se voyait obligé d'y souscrire. Le lendemain (2 frimaire, an II), le prétendu Jalin est transféré à Savenay et enfermé dans la prison. Deux jours après (4 frimaire), il est interrogé par le citoyen Gourlay, commissaire délégué pour l'administration du département. Le prisonnier répète qu'il est François Jalin âgé d'environ 50 ans, ci-devant desservant de la chapelle de Méans, sans domicile fixe depuis environ 16 mois. Il ignore les motifs de son arrestation il a vécu en se cachant chez des particuliers auxquels il taisait son nom, notamment dans les paroisses de Marzan, Billiers, Arzal, Camoel, Escoublac, Saint-Nazaire. Il ne connaît pas les deux femmes chez lesquelles il a été arrêté, On lui demande d'où lui proviennent les onze louis de 4 francs en or et les 18 livres en argent trouvés sur lui ainsi que les deux montres d'or dont une à répétition. Il répond que ces effets proviennent de ses revenus et de ses épargnes. Le 5 frimaire, le prisonnier fut conduit, sous escorte, à Nantes et incarcéré dans la prison du Bouffay. Le 8 frimaire an II, huit jours par conséquent après son arrestation au Henleix, le prétendu prêtre Jalin comparaissait devant le tribunal révolutionnaire, sous la présidence de Philippes Tronjoly, assisté des juges : Normand, Le Peley, Lecoq et Le Davert-Gondet, accusateur public. (Séance de l'après-midi). Interrogé, le prévenu change de système. Il déclare qu'il n'a jamais été prêtre et qu'il n'est pas Jalin, l'ex-chapelain de Méans. Les quatre témoins, qui prétendent l'avoir reconnu, se sont trompés. Il se nomme François Pervoche, sans demeure fixe depuis un an, natif de Valenciennes. Il a perdu ses papiers à Paris, où il est demeuré huit mois. Il est sorti de Paris, il y a quatre mois et demi, muni d'un passeport que lui a procuré un ami... On fait venir des témoins de Montoir, dont le maire, Alexandre Clemenceau, âgé de 62ans et son petit fils qui a 11ans ! Tous le reconnaissent comme étant Jalin. L'accusé proteste de nouveau qu'il y a erreur et qu'il n'est pas le prêtre Jalin. Malgré ses dénégations, l'accusateur public, le citoyen Gondet, prononce son réquisitoire et conclut à une condamnation à mort contre le prêtre Jalin. Les juges allaient aux voix et déjà trois d'entre eux avaient successivement opiné pour la mort. Quant à ce moment-là l'accusé se lève et, interpellant le président Tronjoly, qu'il a connu à Rennes, et le juge Le Peley, ancien sénéchal de Guérande, qu'il connaît également, les somme d'attester qu'il est Michel-François Thomas de Caradeuc, de la Roche-Bernard, ancien juge criminel de Quimper, et membre de la Cour Supérieure provisoire de Bretagne ! Aussitôt, sans désemparer, l'accusateur Gondet se désiste de son accusation contre le prétendu prêtre Jalin, et s'empresse de fulminer un nouveau réquisitoire contre Thomas de Caradeuc " conspirateur royaliste, ayant commandé les brigands à l'attaque de Guérandc et du Croisic. " Les juges remirent la continuation de l'affaire à l'après-midi du lendemain (séance du 9 frimaire, an II), on allait établir l'identité de l'accusé et statuer sur inculpation. Huit témoins déclarent qu'il était bien Michel-François Thomas de Caradeuc. Le 9 frimaire, an II (29 novembre 1793) au matin Michel-François Thomas de Caradeuc se procure une feuille de papier et écrit une lettre à sa femme, lettre qui ne fut jamais transmise, dans laquelle il raconte son procès, et où il informe sa femme qu'il a laissé, chez les demoiselles qui l'ont cachée, son épée et différents effets personnels, mais surtout une somme de 2400 francs sous la forme de 88 louis en or, et 11 en argent, la priant de donné la monnaie d'argent, d'une valeur de 288 francs aux demoiselles pour payement de sa pension, et de ne garder pour elle que l'or, d'une valeur de 2112 francs. Il précise que l'argent est enterré dans le jardin : " A droite, en sortant de la maison, suivre l'allée qui conduit à l'allée qui donne contre les étangs, qui mène aux abeilles, au commencement du carré d'artichauts, vis-à-vis deux pommiers ou poiriers formant la pointe du dit carré d'artichauts, le plus près de la maison au bord de l'allée du dit jardin, dite la plus près des étangs. le tout est dans un pot de terre, qui n'est pas enfoncé à un pied et demi. Ainsi en fouillant, en longeant le buis sur la partie même de cette allée, on ne doit pas avoir de peine à trouver ce dont il s'agit. C'est dès le commencement de cette allée, auprès des plates bandes de fleuri, qui règnent et conduisent de la maison à cette allée”. Dans l'après midi il est condamné à mort. Il écrit alors une seconde lettre à son épouse :

     

    29 novembre, 9 heures du soir,  Mon sort est décidé, demain je n'existerai plus des personnes de confiance ont généreusement contracté l'engagement religieux de vous faire parvenir mes lettres, par sentiment d'humanité et d'intérêt à ma situation. Je joins ici mes boucles de jarretières à pierres, avec mon agrafe de col et un louis d'or. On m'a ôté mes deux montres et onze louis d'or et 18 en argent, que vous réclameriez inutilement. Priez Dieu pour moi.  Je me confie dans sa miséricorde. Je meurs pour mon Dieu et pour mon roy. Jetez-vous entre les mains de la Providence. Dieu seul doit être votre seul consolateur; rappelez moi à la tendresse de mes enfants. Je les recommande à la vôtre continuez à les élever chrétiennement. Adieu, ma tendre amie, sous peu d'instants, je ne serai plus. Je serai réuni, avec tant d'autres victimes, au père céleste. Je vous embrasse de tout mon cœur. Le courage ne me manque pas. Je vois la mort de sang froid. Je vais désormais m'occuper de Dieu seul, qui ne désavoue pas les instants que mon attachement pour vous lui a dérobés :   Adieu ! Votre époux.  Thomas de Caradeuc. 

     

    Le 30 novembre 1793 Michel-François Thomas de Caradeuc fut guillotine place Bouffer à Nantes. Ses lettres et derniers biens ne sont jamais parvenues à la pauvre femme laissée veuve avec quatre enfants, depuis un mois, elle était elle-même incarcérée à Vannes comme suspecte, avec plusieurs de ses parents de la Roche-Bernard. Les courriers furent remis au Directoire de Nantes qui ordonna au district de Savenay de récupérer l'argent, Un commissaire et le commandant Bedel furent chargés de l'expédition dans le jardin du Henleix, ils trouvèrent le trésor à l'endroit indiqué, mais rapportèrent qu'il se trouvait " 24 livres de moins... "

     

    Les femmes qui avaient identifié Michel-François Thomas de Caradeuc comme étant le père Jalin, furent conduite à Nantes, Les juges statuèrent :

     

    " Considérant qu'il est très possible que les quatre accusées se soient trompées, en assurant sur la foi du serment que la personne de Thomas dit Caradeuc était celle de Jalain, prêtre desservant la chapelle de Méans, en la commune de Montoir, puisqu'il est vrai que différents particuliers sont tombés dans la même erreur, attendu la parfaite ressemblance entre Thomas dit Caradeuc et Jalain ;  En conséquence les acquitte de l'accusation portée contre eux et ordonne qu'ils soient sur le champ mis en liberté. " 

    Il n'en fut pas de même pour les demoiselles Buard et Bellinger... Au bout de six semaines de détention, le 17 nivôse an II (6 janvier 1794) le tribunal rendit pour jugement :

    " Déclare et reconnaît pour constant que Marie Bellinger et Marie Buard ont retiré chez elles Thomas Caradeuc, chef de brigands, condamné à la peine de mort .... qu'elles lui fournissaient la pension alimentaire ; que c'est dans Ie jardin que Thomas Caradeuc avait enfoui en terre de l'or, de l'argent et effets, lui appartenant ; que leur liaison avec un pareil homme, aussi ennemi de la République, les fait considérer comme personne dont l'incivisme serait très préjudiciable à la chose publique, si plus longtemps elles continuaient à habiter le sol de la liberté ; Les a déclarées atteintes et convaincues des dits faits et conformément à la loi du 7 juin dernier, les a condamnées à la peine de la déportation à vif, et a déclaré leurs biens confisqués. "

     

    Confisqué par le Directoire, le domaine fut vendu aux enchères et fut acheté par un monsieur Havard qui le transmit à son fils et sa fille (connus sous le nom de Havard-Duclos). Ceux-ci vendirent la propriété en 1857 à Alphonse Cézard.
     
     

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    Cadastre de 1829, A.D. 44

     

     
    (1) elle était la fille d'Ollivier Bellinger, et d'Aimée Maillard, (de la famille du poète  Aimée B., fille de feu B. et d'Aimée Maillard (de la famille du poète Desforges-Maillard), elle était venue vivre à Heinlex avec sa soeur Aimée, qui y décéda le 27 mai 1791 (cf. Registres paroissiaux de Saint-Nazaire et René de Kerviler " Répertoire général de bio-bibliographie bretonne" 1899).
     
  • le château de Heinlex, première partie

    Heinlex, Heinlex-Rohan, Grand-Heinleix, Heinlex-Pommeraye ?

     

    La seigneurie d'Heinlex fut constituée 1330 à partir d'une part de la vicomté de Donges en faveur de Bonabes de Rochefort, fils cadet de Thibaut de Rochefort, lui-même ceignit sa seigneurie en deux domaines distincts se partageant l'autorité seigneuriale, le premier, pris siège au manoir originel et se trouva par la suite désigné sous le nom de Heinlex-Rohan, le second, fut constitué autour d'un nouveau manoir situé de l'autre côté de la voie qui coupait en deux la seigneurie initiale, à cinq cents mètres de distance et pris le nom de Heinlex-Pommeraye. Et se trouva elle-même scindée en deux domaines, la seigneurie proprement dite, et le manoir dit connu sous le nom de Grand-Heinlex...

     

    Si en 2011 il reste des traces concrètes du manoir de Heinlex-Rohan, (murs du parcs, étang), quoique fortement transformé par Alphonse Cézard et l'établissement des bâtiments de l'hôpital réalisé grâce à l'acharnement de Henri Allanet au sortir de la guerre, il ne reste rien du manoir de Heinlex-Pommeraye, déclaré comme masure sur prairie de 3ha en 1829, avec une marre dallée à proximité, (ancien vivier ou bassin d'agrément ?), la « masure » fut par la suite rasée pour faire place à la ferme Morantin, qui disparue à son tour pour faire place à l'IUT.

     

    Il est difficile de reconstituer l'histoire de Heinlex, car les titres féodaux furent incendiés au pied de l'Arbre de la Liberté le 20 décembre 1793 par Julien Fourage, ancien procureur de la seigneurie. Si l'histoire de Heinlex-Rohan avant la Révolution a été reconstituée grâce aux aveux et dénombrements de la vicomté de Saint-Nazaire, et aux généalogies des familles qui s'y sont succédées, celle de Heinlex-Pommeraye est encore nébuleuse à certaines périodes. Il existe aussi des sources « perturbatrices », en raison de l'existence d'une seigneurie de Heinlex au territoire de Blain, d'autres près de Vitré et de Carentoir.

     

     

    Seigneurie de Heinlex, dite plus tard de Heinlex-Rohan : des Rochefort-Donges aux Rohan-Poulduc

     

    Famille de Rochefort de Donges

     

     

    saint-nazaire,heinlex,rohan-poulduc,rochefort-dongesArmes : Vairé d'or et d'azur.

     

    I° Guillaume de Rochefort, vicomte de Donges, fils de Thibaut de Rochefort, seigneur de Châteauneuf-en-Saint-Malo, et d'Emma de Donges, vicomtesse héritière, né vers 1230, époux de Marquise de Chateaubriand, dame de Saint-Mars, fille de Geoffroy de Chateaubriand, chevalier, et de Sibylle de La Guerche, dame du Lion d'Anger, d'où :

     

    II° Thibaut de Rochefort, vicomte de Donges, (vers 1260 - † après 1327),époux d'Anne de Neuville, dame de Grez, fille d'Emery de Neuville, seigneur de Grez, et d'Ysabeau d'Iré, dame de La Cornuaille, d'où :

    1° Alix, dite aussi Aliette, dame d'Assérac, épouse d'Olivier II de Rohan ;

    2° Thibaud II, vicomte de Donges ;

    3° Guillaume, seigneur de Rochefort-en-Terre et de Châteauneuf-en-Saint-Malo ;

    4° Bonabes, qui suit ;

    5° Marguerite, épouse d'Yvon XI de La Jaille.

     

    III° Bonabes de Rochefort, seigneur de Heinlex, né vers 1295, époux de Marie d'Ancenis, fille de Geoffroy-Guillaume d'Ancenis, seigneur d'Esnade, et d'Isabeau de Brienne, dame d'Aire, veuve de Renaud de Montrelais, seigneur de Chateau-Thébaud, (d'où deux filles héritières de Château-Thébaud) ; d'où :

    1° Guy, qui suit ;

    2° Bonabes, évêques de Nantes, le 17 juillet 1338, décédé en 1398 ;

    3° Jean, dit Jean de Heinlex ou de Henlée, lieutenant de Jean d'Ust durant la défense de Saint-Nazaire, au profit de qui fut détaché une métairie qui prise par la suite le nom de Heinlex-Pommeraye, fit montre de noblesse le 28 aout 1421 parmi les quarante-six écuyers de l'hôtel et compagnie de monseigneur Richard de Bretagne, chevalier banneret (voyez chapitre Heinlex-Pommeraye).

     

    IV° Guy de Rochefort, seigneur de Heinlex, époux de Jeanne Chesnel, puis de Bonne de Saint-Gilles,, d'où du second lit :

    1° Guillaume qui suit ;

    2° Bonnabe, dit de Henlée, fit montre de noblesse le 28 aout 1421 parmi les quarante-six écuyers de l'hôtel et compagnie de monseigneur Richard de Bretagne, chevalier banneret.

     

    V° Guillaume de Rochefort, seigneur de Heinlex, né vers 1380, mort vers 1447, époux de Jeanne de Bruc, d'où :

     

    IV° Gillette de Rochefort, née vers 1430, décédée le 21 août 1510, inhumée à l’abbaye de Blanche-Couronne, dame de Henleix à Saint-Nazaire, mariée le 19 octobre 1498 avec Jean 1er de Rohan, chevalier, seigneur du Gué de l'Isle, écuyer et chambellan des ducs Pierre II et Arthur III de Bretagne, rendit aveu en 1478 à Catherine de Rohan, dame d'Albret et vicomtesse de Tartas, capitaine de Concarneau, né vers 1425, décédé en 1493, d'où postérité, (voyez généalogie de Rohan degré IV qui suit) ; elle testa le 21 aout 1510 au manoir de Heinlex, en présence de Jehan Jégo, souscuré de l'église de Saint-Nazaire, de Guillaume Le Feuvre, prétre et notaire en la cour de l'Officialité de Guerande, et de Pierre Mayet, notaire et pasteur de Saint-Nazaire.

     

    Famille de Rohan-Poulduc, (Extrait de la généalogie de cette famille à partir de la possession de Heinlex)

     

     


    saint-nazaire,chateau,heinlex,rohan-poulduc,rochefort-dongesArmes : De gueules à neuf macles d'or, 3, 3 et 3.

     

     

    IV°Jean 1er de Rohan, chevalier, chevalier, seigneur du Gué de l'Isle, écuyer et chambellan des ducs Pierre II et Arthur III de Bretagne, rendit aveu en 1478 à Catherine de Rohan, chevalier, dame d'Albret et vicomtesse de Tartas, capitaine de Concarneau, né vers 1425, décédé en 1493, marié en 1453 à Gillette de Rochefort, dame de Procop, née vers 1430, décédée le 21 août 1510, inhumée à l’abbaye de Blanche-Couronne, dame de Henleix à Saint-Nazaire, fille de Guillaume de Rochefort, seigneur du manoir d’Henleix, et de Bonne de Saint-Gilles, d’où :

    1° François, seigneur du Pornic et du Gué de l'Isle, marié 1° à Jacquette de Peillac, dame de Peillac ; 2° Adelise de Juch ; d'où :

    A° Jean, seigneur de Gue-de-l'Isle, mort avant juin 1504 ;
    B° Cyprienne, dame de Gue-de-l'Isle, morte en 1554, épouse de Francois de La Feillee, vicomte de Plehedel, mort en 1538 ;
    C° Vincente, dame de Peillac, épouse de Maurice de Plusquellac, seigneur de Bruillac.

    2° Jean, qui suit ;

     

    V° Jean II de Rohan, chevalier, seigneur de Trégalet et de Heinlex suite aux volontés testataires de sa mère rédigées le 21 août 1510 ; décédé en 1517 ; lieutenant d'une compagnie de 50 hommes d'armes sous le commandement du Maréchal de Rieux, capitaine de la ville de Dinan, (il dissipa la plupart de ses biens et sa descendance eut bien du mal à tenir son rang), épousa en première noce le 19 octobre 1498 Guillemette de Malor, dame de Desmellen et de Marzein, décédée en 1507, fille de Jacques de Malor, seigneur de Marzein, et d’Anne Auger ; en seconde noce Françoise Laurens, fille d’Olivier Laurens, seigneur de Launay, et de Jeanne Thomelin, veuve d’Yves Loret, seigneur du Poulduc, d’où :

    du premier lit :

    1° Gilette, dame de Desmellen et de Marcein, épousa le 6 janvier 1511, mariage organisé en 1506 par Anne de Bretagne qui éleva la seigneurie de Marcein au rang de baronnie, Marc-Pierre de Carné, chevalier, seigneur de Marcein du chef de sa première femme, devenu baron de Marcein par lettres de la duchesse Anne, gouverneur de Brest, né vers 1494, décédé le 15 juin 1553 à Brest, seigneur de la Boire, la Salle, la Larnière, la Touche-Carné, Prassay, le Castiller et Quéhélec, le tout en Sérent, recensé lors de la réformation de 1536, capitaine général de l'arrière-ban de Vannes en 1535, gouverneur de Guérande le 25 août 1536, gouverneur de Brest, député de Etats de Bretagne vers le Roi de France en 1538, grand Panetier de la reine Claude de France, chambellan du Roi de France François Ier, chanson du Grand Dauphin François, futur Roi de France, grand veneur de Bretagne et Grand maître des Eaux, Bois et Forêts de Bretagne, par lettres du 30 octobre 1548, données par Henri II, roi de France, après le décès de Louis du Perreau, d’où postérité (voyez généalogie de Carné barons de Marcein, vicomte de Saint-Nazaire) ;

    du second lit :

    2° Tristant, qui suit ;

    3° Ponceau, marié en 1514 à Madeleine Boissot ;

    4° Jeanne, mariée le 15 août 1526 à Pierre Ermar, seigneur de Coëtdolo

    5° Sulpice.

     

    VI° Tristant de Rohan, chevalier, seigneur de Heinlex et de Poulduc, décédé en 1561, resta sans bien par la dissipation de ses père et mère ; marié en 1523 à Adelice ou Alix de Bréhant, d’où :

    1° Jean ;

    2° Yves ;

    3° Louis, qui suit ;

    4° Isabeau ;

    5° Françoise ;

    6° Catherine ;

    7° Jeanne.

     

    VII° Louis de Rohan, chevalier, seigneur du Poulduc, et de Heinlex mort en 1584, marié en 1577 à Michelle de L'Hospital, fille de Michelle de l'Hopital, seigneurs de La Rouardais, et de Jeanne Cadio, d'où :

    1° Jérôme, qui suit ;

    2° Samsonne, épouse de Francois Josset, seigneur de Kerfredoux.

     

    VIII° Jérôme de Rohan, chevalier, seigneur du Poulduc et de Heinlexmarié en 1610 à Julienne Le Metayer, fille de Grégoire Le Métayer, sieur de Kerbalot, d'où :

    1° Isaac, qui suit ;

    2° Anne, mariée en 1638 à Jean de Coetlagat, seigneur de Clegrio.

     

    IX° Isaac de Rohan, chevalier, comte du Poulduc et de Heinlex, inhumé le 8 janvier 1678 en l'église des Jacobins de Guérande ; sans fortune, il était un gentilhomme en sabots qui vivait à Guérande, ses cousins Rohan-Chabot et Rohan-Soubise lui intentèrent un procès en bâtardise, il eut alors un soulèvement général dans toute la Bretagne en sa faveur ; marié en 1638 à Aliénor de Kerpoisson, dame de Kercabus à Guérande, baptisée à Saint-André des Eaux le 18 novembre 1609, inhumée à Guérande le 13 juin 1633, fille de Jean de Kerpoisson, et de Jeanne de Kercabus, dame de Kercabus à Guérande, native de Saint-Lyphare, (elle était veuve de René Rouault, mort en 1639, dont elle avait un fils, René Rouault, seigneur de Trégniel Lanvaux), d'où :

    1° Jean-Baptiste, qui suit ;

    2° Jean, chevalier du Pouduc, seigneur de Heinlex, mort en 1726, marié 1er avec Louise de Guygenou ; 2e à Guérande, avec dispense de parenté au 3e degré, le 26 juillet 1683 en l'église Notre-Dame, avec Marie Le Trelle (ou Trello), dame de Chateauloup ; d'où du premier lit :

    2a° Jean-Baptiste, baptisé à Guérande le 3 décembre 1679, inhumé à Saint-André-des-Eaux le 21 décembre 1679 ;

    2b° Jean-Emmanuel, né à Guérande le 31 mars 1681, baptisé à Guérande le 15 avril 1681 inhumé à Saint-André-des-Eaux le 2 août 1684.

    3° Anne, mariée : 1er à Guérande le 8 janvier 1660 en la chapelle de La Madeleine, avec René de Kerpoisson, écuyer, seigneur de Trevenegal ; 2e le 22 mai 1666 à Guérande, en l'église Saint-jean, avec François de Brouhel (ou Broël ou Brouel), seigneur de La Négrie (ou Lanegry), tout deux morts en 1681, leurs enfants furent mis en tutelle à Saint-Nazaire chez leur oncle Jean de Rohan.

     

    X° Jean-Baptiste de Rohan, chevalier, comte du Poulduc, seigneur de Kercabu et de Brevellec, mort en 1711 ; marié le 7 aout 1690 à Saint-André des Eaux avec Pelagie Martin, dame de Chateaulon, fille de René Martin, sieur de Chateaulon, et de Marie Le Tresle ; d'où :

    du premier lit :

    1° Jean-Baptiste, qui suit ;

    2° Marie, née à Guérande le 3 aout 1693, baptisée le 6 aout ;

    3° Jean-Louis, né le 30 décembre 1695 à Guérande, baptisé le 1er janvier 1696, seigneur de Heinlex, à la mort de son oncle Jean, il reçu chez lui les membre de la conspiration de Pontcallec qui se réunissaient au manoir sous déguisements de paludiers, il s'enfuit comme son frère en Espagne, mais bénéficia de lettres de Grace du Roi en 1734, revenu à Saint-Nazaire, il fit aveu en 1735 pour sa seigneurie de Heinlex, il al vendit en 1749 à Zacharie-Gabriel Buard, notaire royal à Guérande 

    4° Sévère, (fille), baptisée le 7 mars 1697 à Guérande ;

    5° Prudentiane, née en 1695, décédée le 13 mai 1733 à Guérande, , inhumée le lendemain en l'église Notre Dame ;

    6° Marie-Marquise, née à Guérande le 18 juin 1700, baptisée le lendemain ;

    7° Jean-Joseph, mort en nourrice à Escoublac chez Guillaume Le Querré, inhumé en l'église d'Escoublac :

    et avant son premier mariage :

    8° Julien Adelis, fils de la servante de son grand-père, Marie Adelis qui le 28 janvier 1679 à Saint-Nazaire jura sur l'Evangile au prêtre en présence du Sénéchal de la vicomté de Saint Nazaire et du procureur fiscal que l'enfant qu'elle avait mis au monde dix jours avant avait pour père le fils aîné du comte du Pouldu-Rohan, l'enfant fut élevé à Henleix.

     

    XI° Jean-Baptiste de Rohan, chevalier, comte du Poulduc, seigneur de Kercabu, né et baptisé à Guérande le 17 décembre 1691, ondoyer en la maison de son père, décédé en 1755 ; à 28ans il participa à la conspiration des gentilshommes bretons dite de Poncallec, le 15 août 1719 à la tête d'une troupe de paysans il mit en fuite des soldats venus collecter l'impôt, il fuit en Espagne en 1720 à bord d'une corvette espagnole encrée en face de la presqu'île de Rhuys, et est condamné par contumace par la chambre royale établie à Nantes, comme on le savait très épris d'une demoiselle de Kercabuz de Soursac on arrêté la demoiselle à Guérande, interrogée par monsieur d'Evry, celle-ci lui répondit qu'elle et Jean-baptiste étaient très épris, mais que « quand on en est là, vous devez savoir, monsieur, l'on ne songe guère aux affaires publiques, d'autres pensées vous occupent. » Il entra au service de Philippe V et épousa une riche et noble flamande en 1723, Marie Louise de Velthoven, fille de Guillaume de Velthoven, grand d'Espagne, colonel de dragons brigadier des armées de Sa Majesté Catholique, d'où quatre :

    1° Emmanuel-Bonaventure-Jean-Baptiste-François-de-Paul-Antoine-Cyriaque, né à Madrid en 1724, bénéficia de lettres de naturalisation française en février 1734 ;

    2° François-Marie-des-Neiges-Emmanuel, comte de Rohan-Poulduc, né à Madrid en 1725, fit ses études au collège des Jésuite de La Flèche, fut attaché très jeune au service de Don Philippe de Bourbon qu'il accompagna en Italie en 1742 quand celui-ci fut investi du duché de Parme, et en devint le grand veneur et le premier-gentilhomme, (il devint ensuite roi de Naples), devenu chevalier de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, de Rodes et de Malte, il finit grand-maître de cet ordre en 1775, et mourut à La Valette en 1797 ; il eut plusieurs bâtards de Giovanna Crespi, tous reconnus par l'époux de paille de celle-ci Lorenzo Fontani ;

    3° Jean-Leonard-Gabriel-Raimond, abbé de Monlieu ;

    4° Marie-Pélagie-Louise-Gabrielle, bénéficia de lettres de naturalisation française en février 1734, mariée à Guérande, par contrat du 15 avril 1737, et religieusement le 30 avril 1737, avec François de Bossan, comte de Groesquer, seigneur de Kergallan et de Moulinbleau.

     

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    Portrait de François-Marie-des-Neiges-Emmanuel  de Rohan-Poulduc

    conservé au Musee de la Legion d'Honneur

  • le Château de Porcé à Saint-Nazaire, quatrième partie

    Quatrième époque, 1948 à aujourd'hui : La ville de Saint-Nazaire.

     

    L'ensemble du domaine, qui s'étend pour l'essentiel entre la plage et la route de Pornichet, avait pour avantage d'être limitrophe de la propriété Port-Gavy, achetée à la famille Lebesque en 1929 pour l'installation d'un hospice de vieillards, et qui fut ensuite le siège de l'école d'infirmières. Le conseille municipal délibéra le 13 octobre 1949 sur la création de la fondation demandée par la testatrice. On repoussa la suggestion de création d'un sanatorium " en raison du climat marin de notre pays " (sic). Il fut adopté la création d'un orphelinat agricole et artisanal, en raison de la présence de la ferme, et des sœurs de La Sagesse qui desservaient l'hospice de Gavy. On argumenta aussi qu'il n'existait pas d'orphelinat laïc sur la commune. La réalisation de cet orphelinat ne semble pas avoir eu lieu finalement, car Ouest-Matin du 6 septembre 1954 annonça que le collège technique de La Baule s'installa au " château Raffegeau ". Pour ce faire on transforma la disposition intérieure du bâtiment et supprima les balcons de bois et la véranda sur la façade sud. L'étage accueillit les dortoirs et l'infirmerie, le réfectoire au rez-de-chaussée, qui devait aussi accueillir les internes du collège, mais trop exigu il était déjà projeté de faire deux services, (le journal précise que la cuisine fut aussi installée à ce niveau, mais dans l'annexe sur l'état actuel de la demeure nous verrons qu'elle est en fait au sous-sol, c'est la cuisine originelle qui était au rez-de-chaussée). Deux baraquements furent construits dans le parc pour loger le personnel, trois autre déplacé depuis La Baule pour servir de dortoir et de salle d'étude, il n'est pas précisé le devenir des anciennes écuries et dépendances, mais il semble qu'elles furent détruites plutôt qu'aménagées, le bâtiment construit par les allemands en face de la façade est du château fut aménagé et crépis, enfin le surveillant-général fut logé dans la villa en bord de plage dont les murs qui avaient soufferts d'impacts furent couvert d'un épais crépi eux aussi.

     

    Voici le plan du 1er étage avec les transformations pour en faire l'internat :

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    1 palier intermédiaire

    2 niveau du 1er étage

    3 escalier vers le grenier 

    4 escalier vers le rez-de-chaussée 

    5 tour (WC)

    6 chapelle transformée en bibliothèque (niveau surélevé par rapport à celui du reste 1er étage)

     

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    1955, archives municipales

     

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    1955, archives municipales

     

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    1955, archives municipales

     

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    1955, archives municipales

     

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    Juillet 1957, coll. Saint Loup

     

    Le Lieu ne se prêta jamais à l'enseignement, il aurait fallu bâtir des immeubles supplémentaires. Le 5 janvier 1967 la section locale de l'association des Paralysés de France reçut l'usage du château pour l'installation d'une école pour enfants handicapés physique. Malgré l'aménagement de rampes en dur, et la largeur des portes, le lieu n'était pas non plus adapté à cet usage. Le premier étage restait inutilisable par les enfants. Ouest-France du 5 janvier 1974 relata le besoin imminent de cette école de quitter les lieux pour des locaux adaptés, ce qui fut fait à Méan rue Ernest Rénan le 3 novembre 1978.

     

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    1984, coll. S.P.

    En 1983 la mairie espéra transformer le château en lieu de découverte sur le sujet de la mer au profit des enfants du centre de Bonne Anse. On tarda, le bâtiment fut muré, laissé à l'abandon jusqu'à l'effondrement de sa toiture et des planchers du grenier et du premier étage. (Voir en annexe les photographies de l'état en 2007-2008). En janvier 2012 l'état des ruines est véritablement critique, l'intérieur a été saccagé, mettant en péril le reste de la structure, une intervention de conservation devient indispensable, mais le maire de Saint-Nazaire, a fait savoir par voie de presse qu'il désire que le tout s'effondre tout seul... ce qui se fera bientôt car les Nazairiens ne se mobilisent pas pour leur patrimoine par manque d'information !



    La ferme fut rasée pour faire place au collège, les écuries le furent pour la salle de sport, la maison dite « Pornichette » près du portail d'honneur fut transformée en école avant d'être rasée à son tour pour être remplacée par des bâtiments plus fonctionnels.

     

    (Sources : Archives de Saint-Nazaire, et enquête de voisinage)

     

     

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    2010

  • le Château de Porcé à Saint-Nazaire, troisième partie

    Troisième époque, guerre et après-guerre, 1940-1948 :

     

    Au moment de l'invasion allemande, le personnel et les malades de la clinique des Pages, toujours propriété de madame Raffegeau, trouvèrent refuge au château. Mais l'invasion allemande se fit sur toute la Bretagne, et les forces d'occupations obligèrent ces gens à retourner à la Clinique des Pages, et de faire place à des officiers. Madame Raffegeau était alors à Saint-Germain-sur-Moine. A la libération de la poche de Saint-Nazaire le 11 mai 1945 les Nazairiens évacués par l'occupant découvrent une ville qui n'existe plus. Il fallut trouver à se loger, et les baraquements apportés par l'armée américaines, qui perdureront pour certains jusqu'en 1976, ne furent pas suffisamment nombreux. Le domaine qui avait été vidé de ses meubles fut alors réquisitionné par la municipalité, et affecté avec accord de l'exécuteur testamentaire à des membres des familles autrefois au service du docteur et de son épouse. Des appartements furent constitués dans le château, des artisans logent leurs ateliers dans les dépendances, les anciens employés de madame Raffegeau reprirent possession dans leurs anciens logements de fonction.

     

    La municipalité de Saint-Nazaire, informée du lègue et de l'affaire qui lui était liée, accepta celui-ci sur délibération du conseil tenue le 14 avril 1944 à Pornichet, et s'associa à la famille Raffegeau. Ils obtinrent par jugement du tribunal civil de Cholet la confirmation de la validité du testament de 1932 le 19 juillet 1946, décision confirmée par la cour d'appel d'Angers le 14 avril 1948, déclarant nul le testament du 24 avril 1942 et seul valable celui du 2 novembre 1932, avec ordre d'exécution, sous réserve des accords convenus entre madame Leulier et monsieur Sandemont. La familles Raffegeau tenta cependant de contester l'étendu du lègue fait à la commune de Saint-Nazaire, prétextant qu'il ne concernait que les propriétés sises en bordure de plage. La commune accepta la réduction d'un million sur le lègue fait en numéraire et rentra enfin en possession de 22ha constituées du Château des Chamilles et ses dépendances, la villa les Mouettes, la maison Pornichette, la ferme de La Vequerie, ensemble estimé d'après le journal Populaire du 6 septembre 1950 à 17 millions de Francs.

     

    (Sources : Archives de Saint-Nazaire, enquête de voisinage et souvenirs précieux des petits enfants des anciens métayers de madame Raffegeau.)

     

    Vues du domaine du chateau de Port-Cé  prisent en 1950, (ces documents sont la propriété des archives municipales)

     

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    façade sud

     

     

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    Est

     

     

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    Nord

     

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    angle Sud-Ouest, avec un b

    atiment construit par les allemands et le linge des réfugiés.

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    batiment allemand, arrière

     

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    batiment allemand, façade

     

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    écuries

     

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    écuries

     

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    chaumière

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    chaumière

     

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    maison de la plage

     

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    maison du jardinier transformée en menuiserie

     

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    vue arrière

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    maison du gardien

     

     

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    maison dite " Pornichette " devenue école, puis rasée pour faire place à l'école F. Buisson

     

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    "Pornichette"

     

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    " Pornichette "

     

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    batiment allemand, avec le chateau d'eau de La Vecquerie

     

     

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    Ferme de La Vecquerie

     

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    Grange de la ferme

     

  • le Château de Porcé à Saint-Nazaire, seconde partie

    Seconde époque, le Château de Port-Cé, 1908-1943 :

    Le docteur Raffegeau et son épouse.

    Monsieur et madame Raffegeau achètent le château des Charmilles en 1908 à Gustave Bord qui bradait son patrimoine afin de couvrir ses dettes. Le docteur Raffegeau connaissait déjà Saint-Nazaire et la presqu'île guérandaise, il était en effet employé durant la saison des bains  de mer par madame Boju de la Monnelière, propriétaire de l'Hôtel Regina à Batz. Elle lui fit acquérir une maison sur place à la  suite de son mariage, le manoir de Landévénec à Batz sur Mer, une villa de 8 pièces dans le gout médiéval dotée d'un vaste jardin, face à l'océan. A la suite de la mise en vente de l'hôtel en 1908 le docteur décida d'acquérir les  Charmilles alors en vente, et vendit sa maison de Batz.

    Les Raffegeau firent repeindre en blanc les boiseries extérieures de la maison principale, auparavent en rouge de Balz, ils installèrent le chauffage central et créèrent de salles de bains ; au temps des Bord l'eau provenait du puits près du chemin de la plage, un château d'eau est construit par la municipalité au bord de la route de La Vecquerie, la propriété fut alors pourvue de toutes les commodités modernes et hygiénistes. Sur une carte postale de la maison publiée en 1908 on distingue à une fenêtre de l'étage le docteur Raffegeau, et son épouse à celle de la véranda. Les Raffegeau employaient environ six personnes en permanencece qui était peu pour une maison de cette taille à l'époque. Le mobilier était pour l'essentiel celui des Bord, car à on achetait alors les demeures avec leur contenu. Presque tout fut volé à la Libération. Seul échappa le mobilier de la salle à manger, un dressoir de la salle, récupéré à la libération par l'époux de la jeune bonne de Madame Raffegeau à la demande du docteur Paul Raffegeau, meuble se trouve toujours à Saint-Nazaire, les héritiers du docteur et de son épouse l'ayant finalement donné au couple précité après la Libération, une table ronde et quatre chaises assorties, garnies de cuir, avec un "B " en fer doré à l'angle supérieur gauche des dossiers, ensemble vendue par les Raffegeau à une famille nazairienne qui les conservent toujours. Ce mobilier n'a pas de valeur marchande, il est d'une facture ordinaire, fabriqué en série. L'acquisition par les Raffegeau avait un but commercial, comme nous l'expliquerons plus loin.

     

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    Le château avec aux fenêtres le docteur Raffegeau, son épouse, et une partie de don personnel,

    vers 1910. Coll. Saint Loup.

     

    Donatien-Vincent-Marie Raffegeau, est né le 30 avril 1855 à Saint-Germain-sur-Moine, il décéda dans cette même commune le 16 mai 1931. Sa famille vit depuis toujours à Saint-Germains-sur-Moine, une bourgade du Maine et Loire qui compte 2700 habitants 2011, on y trouve un Georges Raffegeau né en 1564, c'est de lui dont est issu le docteur, s'étaient des artisans sabotier de père en fils depuis des générations, son père, prénommé lui aussi Donatien, (1815-1881), n'échappa pas à cette fonction, sa mère, Louise Poilâne (1815-1903) était elle aussi d'une famille depuis toujours implantée à Saint-Germain-sur-Moine. Le petit Donatien s'avéra un très bon élève, et d'une intelligence supérieure, on l'expédia au petit séminaire de Beaupréau. Jugé inapte au service militaire par le conseil de révision, il entreprit des études de médecine à la Faculté d'Angers, et devint docteur en médecine, mais très vite il rencontra le professeur Charcot et en devint le disciple, se spécialisant en psychiatrie, une science médicale alors toute nouvelle, il soutient le 23 février 1884 une thèse intitulée "Du rôle des anomalies congénitales des organes génitaux dans le développement de la folie chez l'homme" (58 pages, Imprimerie A. Davy, 1884), et devient chef de service à l'asile du Vinet (Yvelines) où il exerça durant trente ans, parallèlement il participa à l'étude de la transmission de la " folie " et en 1886 affirma que la " dégénérescence est la suite de l'hérédité ". Il achète en 1890 au Vésinet une propriété de 2ha, la " Villa des Doges ", où il fonde pour une clientèle fortunée une clinique psychiatrique baptisée " Villa des Pages "(1) (établissement encore existant) où il soignait à base d'hydrothérapique, d'électrothérapique, de bains hydroélectriques sulfureux ou " térébenthinisés ", l'anémie, l'obésité, la morphinomanie, la dipsomanie et particulièrement la neurasthénie,. Le docteur Raffegeau fut une sommité dans son activité, et en août 1900 à l'occasion d'un "Congrès international de l'hypnotisme expérimental et thérapeutique", sa clinique fut l'objet d'une visite officiel d'officiels de la République et de médecins français et étrangers. Il y eut pour patients le ministre Louis Barthou (assassiné au coté du roi Alexandre Ier de Serbie à Marseille en 1934), Édouard Herriot, (maire de Lyon, député, puis sénateur), l'écrivain Paul Bourget, mais aussi Marguerite Steinheil, la célèbre " connaissance " du président Félix Faure, qui après son acquittement dans le procès qui lui fut intentée au sujet de l'assassina de son époux et de sa mère se réfugia chez lui, à la villa Chantemerle, où il résidait au Vésinet, le 16 novembre 1909. Ce séjour causa bien des soucis à Vincent Raffegeau, plus quarante voitures de journalistes investirent le parc de sa clinique et il du demander aux forces de l'ordre d'intervenir afin de les faire sortir de son établissement et d'arrêter de faire le siège de sa maison !



    Le docteur Raffegeau passa dix années à agrandir sa clinique, achetant des parcelles supplémentaires, multipliant les pavillons, il argumentait à ce sujet " Le service en est certes plus difficile et réclame un plus nombreux personnel, mais les avantages qu'on en retire sont une large compensation. ". L'acquisition de Port-Cé s'était faite dans le but compléter sa clinique en proposant à ses clients un séjour au bord de l'océan, dans un espace calme et retiré : madame Raffegeau y faisait office d'hôtesse, assistée par des infirmières et des employés de maison(2). Les convalescents participaient à des activités de relaxation, gymnastique, et natation, le docteur avait fait construire des cabines de bain sur la plage, à l'emplacement du renfoncement dans la roche à l'Ouest, l'épicerie Grenapin fournissait alors l'alimentation, mais aussi les journaux, et des ouvrages et du matériel de couture, de crochet et de tricot. La maison du bord de plage, dite " Les Mouettes ", abritait à elle seule une dizaine de lit, elle fit l'objet d'un cambriolage, constaté le 17 janvier 1921, par Morel, le jardinier : on avait emporté les garnitures des lits (3).

     

    Le 24 septembre 1932, une volante tempête frappa la côte, les rafales de vent déracinèrent plusieurs grands chênes dans le parc, l'un d'entre eux tomba sur l'une des annexe où logeaient au premier étage une employée, la jeune femme ne fut pas blessée, mais eut une très grande frayeur (4).

     

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    vers 1910. Coll. Saint Loup.

     

    Donatien Raffegeau fut conseiller municipal du Vésinet avant 1900, il ne fit pas de carrière politique, mais s'intéressa toujours à la vie dans les communes où il résidait. Sa commune de naissance le sollicita pour en devenir maire aux élections de mai 1908, il entra au conseil municipal le 10 mai, et fut élu maire le 17 mai avec 10 voix contre une à Jean Pasquier, qui deviendra premier adjoint et qui gérera la commune, le docteur Raffegeau ne faisant que trois ou quatre passages par an à la mairie, car résident au Vésinet, il sera cependant réélu à quatre reprises et décédera en fonction dans son village natal où il y laissa un souvenir impérissable par son humanisme et sa charité. Aujourd'hui la rue principale de cette commune porte son nom. Il offrit de son vivant une statue de Jean d'Arc érigée près de l'église le 31 juillet 1914, et le 29 octobre 1930, il fit avec sa femme un don de 200000 frs à la commune pour installer une sœur infirmière pour des soins à domicile, l'instauration d'un foyer pour personne âgées sous direction de religieuses et le paiement des journées d'hospice aux vieillards indigents. Cet établissement créé sous le nom de fondation Raffegeau, ouvrit en 1932, il devint établissement public le 23 juin 1947, puis maison de retraite sous le nom de " Residence des Sources ", existe toujours et conserve dans son hall les portraits du docteur et de son épouse reproduits en annexe III. Au Vésinet, en dehors de différent dons charitables, il offrit en 1927 à la ville la statue du cerf qui orne le rond point Royal, Il reçu la Légion d'Honneur pour son dévouement auprès des blessés de la Grande guerre. Il avait épousé Cécile-Louise Carpentier, née en 1864, décédée le 19 octobre 1943 à Saint-Germain-sur-Moine. Le docteur et madame Raffegeau n'eurent pas d'enfant, le docteur et son épouse avaient convenu en 1930 de se léguer au dernier vivant l'ensemble de leurs biens, mais hors contrat ils avaient convenu qu'à la mort du dernier d'entre eux, il serait restituer les biens venant de leurs familles respectives à leur plus proches parents, et que les biens acquits durant leur vie maritale seraient légués à des œuvres de charité. De ce fait, par testament olographe du 2 novembre 1932, madame Raffegeau précise ses lègues et institue son neveux par alliance, Pierre-Charles Raffegeau, exécuteur testamentaire.

     

    A la suite de l'invasion allemande, Cécile Raffegeau se réfugia dans la maison natale de son époux. Elle y abrita d'autres réfugiés, dont un monsieur Sandemont, qui prit l'ascendance sur elle et profita tant de sa générosité que de son grand âge, aidé pour cela par l'infirmière de madame Raffegeau, qui s'arrangea pour que sa fidèle servante, Marie-Rose Danilo, soit congédie. Sandemont l'isola et obtint peu à peu la gestion de son patrimoine et de sa fortune estimée en 1944 à quarante millions de Francs, (soit presque quinze millions d'euros de 2012), allant jusqu'à vendre à son profit des immeubles, et enfin obtint le 27 avril 1942 un testament l'instituant légataire universel et révoquant les testaments précédents. Madame Raffegeau mourut le 19 octobre 1943, son dernier testament fut contesté par madame Leulier, veuve du neveu de madame Raffegeau, qui convient avec le sieur Saudemont un arrangement lui laissant la propriété d'une ferme et le quitus de la gestion, ce qui évita un procès. Elle se retrouva héritière universelle de la tante de son époux, étant sa seule parente directe du faite de la donation au dernier vivant entre les époux Raffegeau en 1930. Cependant la famille Raffegeau fut informée quelques mois plus tard de la mort de leur tante, et contesta les dispositions prises par madame Leulier en vertu du testament de 1930, Pierre-Charles Raffegeau déposa le 18 février 1944 au rang des minutes de maître Gruau, notaire à Cholet, le testament olographe de 1932 dans lequel madame veuve Raffegeau déclarait entre autres dans l'article VI de cet acte léguer " tous mes immeubles de Port-Cé, sauf les " cabines " (légué à une de ses amies décédée avant elle) et une somme de cinq millions de franc à la commune de Saint-Nazaire, sous conditions expresses : 1° d'y créer un sana-prévention ou orphelinat agricole et artisanal pour enfants malheureux, indigents de la commune et région, sous le nom de " Fondation du Docteur Donatien Raffegeau " ; 2° et d'en conférer la gérance à une œuvre religieuse. En cas de refus, ce legs irait au docteur Leulier, mon neveu, s'il se conforme à ces conditions. " La commune de Saint-Germain-sur-Moine reçue elle aussi une somme de cinq millions, avec la maison familiale dans le bourg et la ferme de l'Eventar, sises sur cette commune. (rappelons que monsieur et madame Raffegeau avaient fait un don à cette commune pour la création d'un hospice dès 1930). Les autres légataires étaient : Pierre-Charles Raffegeau, chef de service à la Banque de France, célibataire, demeurant à Paris 70 rue de Saint-Louis en l'Ile, (nommé exécuteur testamentaire), le docteur Paul Raffegeau, demeurant à Maintenon (une rue y fut baptisée en son honneur), Marie-Louise Raffegeau, épouse de Maurice Laury, demeurant à Paris 13 rue Bréa, et Geneviève Raffegeau, pharmacienne, (inventeur d'un thé laxatif), demeurant à Paris, 3 rue de l'Amiral Mouchet, tous parents du docteurs, et madame Leulier, veuve du docteur Leulier, neveu de madame. Les parents du docteur, cohéritiers du fait du testament de 1932 entamèrent un démarche auprès des tribunaux, faisant valoir celui-ci, argumentant la volonté de respecter la mémoire de son époux par madame Raffegeau, l'accord entre madame Leulier et monsieur Sandemont fut remis en question, le tribunal statua que Cécile Raffegeau était physiquement et mentalement diminuée au moment de la rédaction du testament de 1942 et le cassa définitivement, mais les héritiers avaient omis que les municipalités Saint-Germain-sur-Moine et de Saint-Nazaire étaient elles aussi cohéritières, le procès dura jusqu'en 1948, l'ensemble des biens de monsieur et madame Raffageau devaient rester sous scellés, mais ils furent en réalité occupés comme nous l'expliquerons dans le chapitre suivant.

     

    Le docteur et madame Raffegeau reposent au cimetière de Saint-Germain-sur-Moine, ils ont laissés le souvenir de gens doux et aimants, extrêmement généreux. A Saint-Nazaire quelques personnes se souviennent encore que madame Raffegeau passait ses journées sur la terrasse abritée de sa maison, elle avait une vue dégagée sur la plage et sur le chemin qui y conduit, n'hésitant pas à inviter les passants à avenir lui faire la conversation.

     

     

    (Sources : Archives de Saint-Nazaire et du Vésinet, " La transmission de la folie, 1850-1914 ", de Jean-Christophe Coffin, Ed. L'Harmattan, 2003 ; Les élections municipales en maine-et-Loire : coups de gueules et coups de poing; Anne de Bergh, Archives et culture, 2008 ; La Curieuse Histoire du Vésinet, Georges Poisson, Société d'Histoire du Vésinet, Editeur, 1998 ; et article de Paul René Vallier publié en 2006 dans le bulletin municipal de Saint-Germain-sur-Moine ; témoignages oraux des enfants et petits enfants des anciens employés du château.)

     

    1 Nommé ainsi en raison de deux statues lanterne en fonte figurant des pages en costume renaissance, se faisant face de chaque coté du parvis.

    2 Une partie de ce personnel, résident à demeure toute l'année, était déjà en poste du temps des Bord, l'autre partie était constitué de gens qui accompagnait madame Raffegeau dans tous ses déplacements et séjours. 

    cf. Ouest-Eclair du 18/01/1921

    4 cf. Ouest-Eclair du 25/09/1932, qui se trompe en disant qu'il s'agit de la fille du docteur.

  • le Château de Porcé à Saint-Nazaire, première partie

    saint-nazaire,porcé,château,gustave bord,patrimoine,histoireUn château et son nom

     

    Château de Port-Cé en aout 2009, photo Saint Loup.

     

    Port-Cé ou Porcé, les cartes ne sont pas d'accord sur l'orthographe du lieu, en fait le nom original est Port Ségurand,  ou encore Port Ségouran, du latin Portus-Séguranusc'est à dire « port protégé ». Sous le règne de Louis XIV, les romains furent à la mode, et l'on chercha le lieu où s'abrita avec sa flotte Jules César durant les combats navals qui l'opposèrent aux Vénètes et aux Namnètes. entre l'estuaire de la Loire et celui de la Vilaine(1), on associa alors le nom de Port-Ségurand, orthographié parfois en Port-Sé au nom de Portus-Caesaris, en faisant alors Port-Cézaré, Port-César, puis Port-Cé, enfin Porcé(2), on y installa un corps de garde pour surveiller la côte, et le lieu fut alors cartographié Port-Cé… On trouve encore les orthographes suivantes jusqu'au début du 20e siècle : Porsay, et Porçay.



    Port-Cé n'a jamais été une seigneurie, il n'a jamais comporté de manoir ou de château avant l'arrivée de la famille Bord. Avant la Révolution c'était un fief, (comprenez un terrain qui se transmettait en partage noble), appartenant aux seigneurs du Bois-Jolland, inféodé à la vicomté de Saint-Nazaire, où l'on piégeait dans des nasses les poissons qui venus frayer dans le ruisseau. Les propriétaires du lieu furent donc les familles Le Pennec, puis de Sesmaison.

    L'aveu du 13 septembre 1734 mentionne dans le dénombrement des biens de la famille Le Pennec seigneur de Bois-Joallan, dans ses article 36 et 37 parmi les terres sises à Gavid (Le Grand Gavy) " l'escluse de Ségurand ". Puis à l'article 52 il est écrit : " Six erraux de terres autres erreaux appartenant au seigneur de Heinleix-Pommeraie, d'autre côté erreaux appartenant à Jacques Bernard, fils de Mathurin, qu'ils tiennent dudit seigneur de Boisjollan ".

    L'emplacement de l'école Ferdinand Buisson était une vigne : " la vigne du Prieuré" ; elle appartenant en effet au Prieuré Saint-Jean-Baptiste de Saint-Nazaire, et fut saisie à la Révolution. Les terres du prieuré furent toutes rachetées par la famille Galliot de Cran. Rappelons que toutes les falaises de Saint-Nazaire étaient couvertes de vignes jusqu'à l'épidémie de phylloxéra. Seuls bâtiments existant avant la construction du lotissement de Porcé : la métairie de La Vecquerie, propriété de la famille Goy, entre 1804 et 1854, qui devint, à force de rachat de parcelle par Alcide Bord, la ferme du Château de Charmilles. Mathieu Goy, (1792 - 1860), ancien capitaine au long cours, avait hérité de la Vecquerie de son Antoine Goy, qui lui-même l'avait acquise en 1804 suite à la liquidation de la succession de  Claude-Louis-Gabriel-Donatien marquis de Sesmaisons. Mathieu Goy conserva pour son usage la maison qui fait l'angle de la rue de La Vecquerie et de la route de Saint Marc, qui était à la fois son logement et son commerce d'épicerie et de restauration. Il fut promu maire de Saint-Nazaire du 21 décembre 1830 au 22 octobre 1834, sous décision préfectorale. Mathieu Goy avait hérité La Vecquerie de son père, Antoine Goy, qui l'avait acquise en 1804 suite à la liquidation de la succession de Claude-Louis-Gabriel-Donatien marquis de Sesmaisons.

     

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    la plage de Porcé vers 1908, Coll. Saint Loup

     

    Henri Moret nous apprend que l'on tenta de créer une sorte de station balnéaire à l'image de ce qui se faisait à La Baule, Saint-Marc, et Sainte-Marguerite, le commanditaire était Alcide Bord. La destruction des archives de Saint-Nazaire durant la Seconde guerre mondiale fait que nous ignorons qui était l'architecte, mais il est probable que se soit Henri Van Den Broucke(3) qui en fut l'auteur, il était le seul architecte de Saint-Nazaire compétent en la matière, celui-ci a réalisé le lotissement de Sainte-Marguerite, et de nombreuses villas dans le centre de Pornichet. Ces maisons sont toutes construites à partir de 1854-55 dans le mêmes style, en gré enduits, briques et tuiles mécaniques, toutes baptisées de noms floraux : Les Acacias, sur la falaise, dominant la plage près de l'ancien corps de garde transformé en chapelle par l'abbé Créton(4).

     

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    La plage, avec les Acacias, et l'ancien corps de garde devenu chapelle du chanoine
    Coll. Saint Loup
     

    Les Camélias, sur le chemin de La Plage, et le Château des Charmilles, connu à partir de son achat par monsieur et madame Raffegeau sous le nom de Château de Port-Cé. Ce type de lotissements sera encouragé par la propagation des découvertes de Pasteur qui recommandera pour la santé les séjours balnéaires et les bains de mer pris par l'impératrice Eugénie et la reine Victoria.

    Commentaires sur la Guerre des Gaules : Ouvrage d'histoire en sept livres constitué de notes rédigées au fur et à mesure de la guerre par Jules César, et rassemblées vers 52-51 av. J.-C.

    2 cf. Fernand Guériff.

    3 Il était  le beau-père de Ferdinand de Puigaudeau, et le grand-père d'Odette du Puigaudeau

    Alfred-Pierre Créton, né à Saint-Nazaire en 1842, prêtre en 1867, professeur aux petits séminaires de Nantes et de Guérande dont il fut le directeur, puis vicaire à Saint-Similien de Nantes en 1882, aumônier de l'Hôtel Dieu en 1883, curé de Montoir en 1883, curé doyen de la basique de Saint-Nicolas de Nantes en 1891. Il fut pressenti pour devenir évêque de Vannes en mars 1898, mais se fut Amédée-Jean-Baptiste Latieule qui fut nommé à sa place. 

     

     

    Propriétaires successifs du Château des Charmilles, dit de Port-Cé

     

    On trouvera dans ces notes les généalogies et biographies des propriétaires privés. (Les prénoms soulignés sont les prénoms usuels).

     

     

    Première époque, la château des Charmilles, 1860-1909 :

     

    La famille Bord. D'Alcide à Gustave...

     

    I° Sylvain-Alcide Bord, né en 1827 à La Chatre dans l'Indre, décédé au Pellerin le 13 octobre 1888, entrepreneur de travaux publiques. Il était le fils d'Etienne Bord, natif du village de Compreignac près de Limoges, d'une famille de tailleurs de pierres, et de Jeanne Vaury, originaire de l'Orléanais (elle était encore vivante et domiciliée à La Chatre à la mort de son fils). Son père avait fait fortune avec la Révolution et l'Empire, période durant lesquelles de nombreuses routes nouvelles furent créées et des ponts construits. Alcide restera toute sa vie très attaché à ses racines limousines, c'est d'ailleurs à Limoges qu'il se maria et où sont nés ses enfants. Il s'installa à Saint-Nazaire avec eux vers 1852-1853, afin de participer à création du port de Saint-Nazaire, où il collabora d’abord avec l’ingénieur Paul Leferme, puis sous la direction de l'ingénieur (aussi archéologue et historien) René de Kerviler c'est son entreprise qui creusera le bassin de Penhouët de 1875 à 1884. D'après les descendants de ses anciens employés, Acide Bord aurait aussi participé à la construction du canal de Suez, nous n'en avons pas trouvé d'informations à ce sujet, mais son fils Gustave le mentionna plusieurs fois à son entourage. Alcide participa à la construction du canal de Basse-Loire (et non du chenal), travaux durant lesquels il décéda dans une maison du Pellerin. Son corps fut inhumé à Saint-Nazaire, et c'est René de Kerviler, dont il était l'ami, qui prononça le discours sur sa tombe. De son vivant il était domicilié rue de La Paix, maison où se trouvait le siège de son entreprise dont l'associé était A. Nouteau, et qu'il laissa à son fils à son mariage, au profit d'une résidence au 20 rue Mercœur à Nantes. A Saint-Nazaire, sa position de notable, sa fortune grandissante, le bruit constant de la ville en construction, mais surtout les épidémies régulières de choléra et de fièvres qui firent plusieurs morts, l'incitent à se faire bâtir une demeure à l'extérieur de la ville, suffisamment éloignée pour en fuir les désagréments, mais suffisamment proche pour revenir rapidement gérer ses affaires en ville. Son choix se porte alors sur Porcé où dont fait l'acquisition en 1854 de la métairie de La Vecquerie qui comprenait tout le vallon, et par la suite de l'ancienne vigne du prieuré après de la famille Galliot de Cran.

     

    L'ensemble du lotissement de Porcé, qui aurait du devenir une station balnéaire, est à l'image de ce qui se fait encore en 21e siècle, nous entendons par ces termes que les matériaux sont industriels, que rien n'est personnalisés, aucun artisans d'art n'est intervenu, l'architecte ne s'est pas permis des fantaisies particulières. Le château est en réalité une vaste villa second empire dans le style " chalet " alors très en vogue. Les pièces étaient nombreuses, spacieuses, mais pas démesurées, dotées de grandes cheminées de marbre, dont le bord des foyers était garnie de carreaux de Delft, figurant des cavaliers. Tout était conçu pour profiter de l'air marin, de la lumière tout en étant abrité du soleil.

     

    La nature de la structure du château, laisse à penser que la construction eu lieu en plusieurs temps, d’abord le corps centrale, à la manière sur un plant classique, pour résider, puis l’aile Est, pour recevoir dans un vaste espace de réception, et enfin l’aile Ouest, pour les services, et l’adjonction d’une tour pour castelliser l’ensemble. De villa, Les Charmilles, se mutèrent en château, témoignage de sa réussite d'Alcide Bord. 

     

    La maison était faite pour recevoir, avec au rez-de-chaussée un hall d'où part un escalier centrale en bois ouvragé à double évolution, qui se réunissaient à un inter-palier ou se trouvaient à gauche les wc, puis delà repartaient quelques marches vers un second palier qui s'ouvrait sur une véranda et les couloirs des chambres ; au rez-de-chaussée donc, vers l'Est un petit salon s'ouvrant sur une loggia qui fut par la suite vitrée et transformée en salon d'hiver, et un second très vaste, nommée « salle des gardes » qui faisait office bibliothèque et billard doté d'un parquet alors que le reste de la maison était carrelée, avec une porte fenêtre ouvrant sur le parc au sud, le plafond était garni de poutres de bois entre les quelles se trouvaient des lattes posées en chevrons, le premier tiers de la pièce était coupé par une poutre de fonte appuyée sur deux colonnes de fonte, le second tiers était très de sorte de former une alcôve. Vers l'ouest une salle à manger intime, une loggias  elle aussi vitrée avec des visseries métalliques par le docteur Raffegeau, faisant office de salon d'hiver, une cuisine et son office, à l'étage une dizaines de chambres, une véranda, et luxe extrême en cette période de catholicisme exacerbé, une chapelle, à l'imitation des familles nobles, située à l'angle Nord-Est. on y accédait par quelques marches qui conduisaient à une tribune, on en redescendait pour accéder à la chapelle proprement dite, de forme octogonale avec une voûte en ogive en stuc. Les six chambres des domestiques étaient sous les combles du corps central, l'aile Est était surmontée d'un vaste grenier, l'aile ouest avait une toiture plate. Il y avait des caves en sous sol n'occupaient que la moité de la largeur, l'accès se faisait depuis la cuisine et depuis le hall, ainsi que par un escalier extérieur sous le pallier de la cuisine à l'Ouest. Comme nous l'avons écrit les matériaux de constructions étaient simples, carreaux de ciments, boiseries en sapin tinté, dont les moulures n'étaient que des baguettes cloutées formant des rectangles et des losanges, surmonté d'une frise de 10cm ou 15cm de hauteur, constituée de fuseaux de bois tourné, entre deux moulures, derrière lesquels était "collé du cuir rouge" d'après le souvenir d'une ancienne résidente, mais qui devaient être probablement de la moleskine. L'escalier était en chêne, comme les portes du hall et des pièces de réception, traité dans le style breton. Les volets étaient en bois, ou métalliques, balustres et festons en bois blanc découpés mécaniquement, poutres et colonnes de soutènement en fonte, tout est produit de l'industrie, mais la forme général du bâtiment, avec sa tourelle, ses nombreuses dépendances, et surtout le lieu de son édification, font que cette demeure a un charme unique, qui malgré sa ruine nous laisse encore rêveurs. Le parc est encore agrémenté de cèdres, palmier phénix, une vaste pelouse décent en pente douce vers la mer aboutissant à une maison de plage dotée d'un garage à bateau, les massif de camélias ont malheureusement disparus, ainsi que les nombreux bâtiments annexes.  Le domaine était constitué de 22ha de terres qui s'étendait de la route de Vecquerie à la Plage et du chemin de la Plage jusqu'au sous-bois qui constitue l'actuel parc de Porcé. La propriété comporte plusieurs portails, le principal se trouve encore en 2012 sur la rue de La Vecquerie, entre le blockhaus-tour et l'école Ferdinand Buisson, il porte à son sommet les initiales B et V, pour "Bord" et "des Vallières", ce portail d'honneur est en fait sur une parcelle séparée du parc du château, le chemin de Porcé passe en effet à cet endroit, Alcide Bord chercha à annexer cette partie du chemin communal mais ce chemin existaient depuis bien avant la Révolution, après de nombreuses querelles il dut abandonné son projet. Depuis le portail d'honneur on accédait dont à un second portail ouvrant sur le sommet du parc, un autre portail en fer forgé, plus modeste se trouve le long du chemin de la plage, enfin un simple portail de bois fait face à la plage, l'ensemble de la propriété est clôturée de grillages et de haie, sauf au nord le long du chemin de Porcé où il était bordé d'un mur de pierres. En dehors du château proprement dit il y avait donc de nombreuses dépendances : des écuries construites à l'ouest à peut prêt à l'emplacement du gymnase, un atelier en haut du chemin de la plage, une maison de gardien près de l'école Ferdinand Buisson, une autre belle maison plus tard baptisée Pornichette à l'emplacement de l'école, et bien sûr la ferme de La Vecquerie à l'emplacement du collège. Le parc était agrémenté de vases en fonte, de quelques statues, d'un colombier en bois, (simple nichoir au sommé d'un poteau entre l'aile Ouest et le chemin de La Plage).

     

    Alcide Bord avait épousé Marie-Joséphine Sazerat (1), issue d'une vieille famille limougeaude, d'où   :

    1° Jean-Baptiste-Gustave Bord, qui suit ;

    2° Louise-Eulalie-Jeanne Bord, mariée civilement le 15 novembre 1884, Paris 9e, religieusement le 17 novembre, en l'église Notre Dame de Lorette à Paris,  avec Octave-Marie Fidières-Desprinveaux puis Fidière des Prinveaux, 1855-1904, cousin germain de sa belle sœur Dolorès Lefebvre-Desvallières.

     

    - Au cours de l'hiver 1877-78, Marie-Joséphine Bord se rendit chez le sculpteur nazairien Alfred Caravaniez dans son atelier de la rue du Dolmen, qui était en réalité une serre (une autre version de l'histoire dit qu'elle envoya en fait Gustave mais il semble bien que c'est elle qui fit la visite). Caravaniez n'avait pas les moyens de payer de quoi se  chauffer, ni de rémunérer un modèle. Il posait nu devant un miroir pour l'une de ses oeuvres quand madame Bord débarqua ! Elle lui versa une pension à titre de mécénat, incita son époux à faire pression sur le conseil municipal pour qu'une bourse d'études lui soit versée, et avec l'aide de son fils l'introduit dans le milieux royaliste, ce qui lui procura des commandes.

     

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    Le château au temps de Gustave Bord, vers 1905. Coll. Saint Loup.

     

    II° Jean-Baptiste-Gustave Bord, né le 26 janvier 1852 à Limoges, décédé le 21 avril 1934 à Saint-Malo. Sans profession au moment de son mariage et à la naissance de ses deux fils, c'est un érudit, passionné de mathématique, de musique qui devient historien spécialisé sur la période révolutionnaire, royaliste légitimiste, il fut un des cinq membres du Parti monarchiste à assister aux obsèques du comte de Chambord en 1883, de catholique fervent il devint fanatique, totalement antirépublicain, persuadé de la culpabilité des loges maçonniques dans la Révolution de 1789, qu'il accusa d'être " une secte religieuse matérialiste ". Il reprit la direction de l'entreprise de son père à la mort de celui-ci, poursuivant la construction du canal de la Basse-Loire, mais dilapida ses revenus et sa fortune dans ses activités royalistes. Il fonde en 1883 avec l'orléaniste Charles d'Héricault de La Revue de la Révolution, qu'il dirigea jusqu'en 1890, il écrivit des articles dans Le Correspondant, L'Éclair, collabore à L'Intermédiaire des chercheurs et des curieux dont le créateur est son ami, et à partir de 1912 dans la Revue internationale des sociétés secrètes, ou encore La revue bleue. En parallèle il est l'auteur entre autres de :

     

    • Saint-Nazaire sous la Révolution, 1789-1790 ; Saint-Nazaire, Frédéric Girard imprimeur, 1881 ;
    •  La Prise de la Bastille, conséquences de cet événement dans les provinces jusqu'aux journées des 5 et 6 octobre 1789, Paris, Champion, 1882 ;
    • La Prise de la Bastille, conséquences de cet événement dans les provinces jusqu'aux journées des 5 et 6 octobre 1789, Paris, Champion, 1882 ;

    • Le combat du 13 prairial an II et La légende du vengeur, Nantes Imprimerie Vincent Forest et Emile Grimaud, 1883.

    • Un épisode de l'histoire de Saint-Nazaire: les pilotes de Saint-Nazaire en 1791; Saint-Nazaire, Girard imprimeur, 1883 ;

    • La vérité sur la condamnation de Louis XVI : liste des membres de la Convention et de leurs suppléants, Paris, A. Sauton, éditeur. 1885 ;

    • Documents pour servir a l'histoire de la Révolution Française, en collaboration avec Charles d'Héricault, Paris, A. Saudron, 1885 ;

    • Naploléon et ses derniers historiens, 1887.

    • Histoire du blé en France : Le pacte de famine, histoire-légende, Paris, A. Sauton, éditeur. 1887 ;

    • La franc-maçonnerie en France des origines à 1815 ; Nouvelles Librairie nationale, paris, 1909, (qui se voulait être une liste brulot des loges maçonniques, mais qui est devenu malgré lui un outil de recherche pour les francs-maçons !) ;

    • Étude sur la question Louis XVII – Autour du Temple (1792-1795), III Pièces justificatives, Paris, Émile-Paul éd., 1912 ;

    • Législation des grains ;

    • Changements apportés aux noms de villes pendant la Révolution ;

    • Histoire de l'épiscopat français ;

    • Une émeute à Saint Nazaire en 1791 ;

    • Lendemain de Révolution ;

    • Grandes et petites légendes ;

    • La conspiration révolutionnaire de 1789, 1909 :

    • La fin de deux légendes: l'affaire Léonard, le baron de Batz, 1909 ;

    • Documents inédits sur les soulèvements de mars 1793 dans le département de la Vendée ; Saint-Nazaire sous la révolution, 1789-1790, document inédits pour servir l'histoire de la Révolution à Saint-Nazaire, sous le pseudonyme de " vicomte B. d'Agours " ;

    • Autour du Temple (1792-1795), 1912 ;

    • Grandes et petites légendes ;

    • Barfleur et La Hougue ;

    • Restauration des Stuart ;

    • La maison du "dix-huit brumaire ", (Paris), Editions Neptune, 1930, en collaboration avec L. Bigard.

     

    et fit éditer et annota :

     

    • Le patriote Bournonville, 1791-1792 : documents inédits pour servir à l'histoire de la révolution à Saint-Nazaire, Saint-Nazaire, F. Girard imprimeur, 1881 ;

    • Mes trois mois de prison dans la Vendée : mémoires d'un capitaine des volontaires de Sillé-le-Guillaume envoyé en Vendée en 1793, Nantes, V. Forest, 1882 ;

    • Notes sur les tribunaux criminels sous le directoire, d'après des documents inédits recueillis et annotés, Paris, Bourgeois, 1882 ;

    • Papiers du comte Molé.

     

    La majorité de ses publications le furent à compte d'auteur, et sa revue ne lui rapporta jamais d'argent.

     

    Gustave Bord épousa à Saint-Nazaire le 26 juillet 1880 Jeanne-Dolorès Lefebvre-Desvallières, dit Dolorès des Vallières, née le 13 août 1860 à Ville d'Avray, (anciennement en Yvelines, aujourd'hui en Haut de Seine), décédée avant 1919, fille d'Anatole-Marie Lefebvre-Desvallières, né en 1838, alors receveur particulier des finances à Saint Nazaire, et de Luisa-Françoise-Prospère de Barberia, dite Louise. Elle eut pour témoins son oncle paternel Ernest-Louis-Prosper Lefebvre-Desvallières, et pour second témoin son cousin germain par filiation paternelle Octave-Marie Fidière-Desprinveaux dit des Prinveaux. Un contrat de mariage fut signé chez maître Georges Le Besque, notaire à Saint-Nazaire, on en ignore le contenu, mais tout laisse à penser que la dote de Dolores était très importante et que ce contrat permis à celle-ci de ne pas être entraînée dans la ruine de son époux. Le discours du mariage fut prononcé par Auguste Touchet, Gustave fit publier le discours, avec celui que le même avait fait au mariage de la sœur de Gustave, en 1885.  Ils se domicilièrent à Saint-Nazaire rue de La Paix dans la maison de son père, où naquirent :

     

    1. Henri-Louis-Georges Bord, né le 30 avril 1881, mort en 1929, connu sous le nom de Bord de Pierrefitte, il hérite de sa mère le château de Bon Don, près de Vannes où celle-ci vit séparée de son époux en 1909, il a un domicile au 1 square de l'Alboni à Paris (16), il ne contracta jamais d'alliance ;

    2. Henri-Sylvain-Jacques Bord, né à Saint-Nazaire le 6 août 1882, marié 1° à Versailles le 5 mars 1915 à Lucrèce Protococcus ; 2° à Marseille le 28 septembre 1940 à Gabrielle-Anne Garnier ; il décéda le 22 janvier 1971 à Marseille. Il est nommé sous le nom de Bord de Pierrefitte à l'adresse de sa mère en 1909, mais n'utilisera jamais cette particule à sa majorité, et n'aura pas au contraire de son frère de vie mondaine.

     

    En 1897 Gustave Bord fit publier dans l'Annuaire des châteaux, qu'il résidait au château des Charmilles à Saint-Nazaire, et au 55 avenue des Champs Elysées à Paris, à l'angle de la rue de La Boétie, en 1899 son adresse parisienne change pour le 60 rue de Londres, face au pont de l'Europe, puis en 1907 le couple et leurs fils résident au 145 rue de La Pompe dans le quartier de l'Etoile, il n'est pas propriétaire de ses logements parisiens, l'immeuble de la rue de La Pompe appartient à la Compagnie d'assurance sur la Vie.

     

    L'intérieur était meublé avec gout, si les meubles hérités de son père étaient de facture industrielle dans le style « renaissance » alors en vogue, sans une valeur marchande particulière, Gustave était un collectionneur, instruments de musique, objets d'art et de curiosités de la fin du 18e siècle s'entassent dans les pièces du château, et surtout il possédait une importante bibliothèque et une collection réputée de manuscrits révolutionnaires.

     

    S'il poursuivit à la suite de son père le creusement du canal de la Basse-Loire, pour lequel il demanda révision d'expertise auprès du Conseil de la préfecture le 27 octobre 1894, après que le Préfet l'ait attaqué dans deux rapports les 18 juin et 17 juillet 1894, avec messieurs Dinet et Monmerqué les 26 et 27 juin, Gustave Bord se désintéressa de plus en plus de son entreprise, il fonda un comité royaliste cantonal à Saint-Nazaire, et devient conseiller municipal de Saint-Nazaire de 1885 à 1889, sa correspondance d'entre 1882 à 1932, tombée après la mort de son fils aîné dans des mains étrangères, a été vendue en salle des ventes à Paris en 2005, elle comprenait des échanges avec les historiens Léon de La Sicotière, Henri Wallon, le marquis de Lescure, Alphonse Aulard, les écrivains et critiques littéraire Hippolyte Babou et Edmond Biré, Gustave Desnoiresterres, Georges Montorgueil fondateur de L'intermédiaire des chercheurs et des curieux, Henri Lavedan, l'avocat Claudio Jannet auteur antimaçonique, imprimeur-éditeur parisien, mais aussi le recteur de l'Institue Catholique de Paris monseigneur Maurice Le Sage d'Hauteroche d'Hulst, l'abbé Augustin Jouin. En juillet 1905 il perdit l'usage de l'œil droit, la cause nous est inconnue, (peut être une risque au moment des inventaires des églises), mais il poursuivit plus ardemment ses activités littéraires, politiques, et antimaçonnique. Gustave perdit peu à peu le bon sens et la raison, il devint totalement fanatique, persuadé d'un complot perpétuel de la franc-maçonnerie contre le Roi, l'Eglise et la France sa fille aînée. La loi de 1905 qui sépare l'Eglise et l'Etat, la réforme des congrégations qui entraîna l'exil de millier de religieux, et surtout les inventaires des églises qui furent l'objet d'affrontements entre gendarmes et paroissiens, finissent de le conforter dans sa paranoïa, il associa dans son esprit la République et franc-maçon, au point d'affirmer que si l'on supprimait le principe d'égalité les loges-maçonniques disparaîtraient, le tout soutenu par de longues théorisations alambiquées nourries des écrits d'Augustin Barruel (3).

    Gustave Bord et son épouse passaient à Saint-Nazaire pour des personnes généreuses. Gustave fit de nombreux dons pour financer la construction de l'église Saint-Gohard que fit édifier l'abbé Hamel. En 1897, à la création de la salle 6 de l'Hôpital, dite salle Sainte-Anne, il donna 5.000fr et paya le mobilier. 

     

      En 1907, Gustave qui passait pour l'un des hommes les plus riches du canton, se trouva ruiné, de plus en plus violant  et instable psychiquement. Sa femme obtint la séparation afin de sauver ce qui reste de sa fortune personnelle et de protéger ses enfants, elle prit dans le monde le nom de Bord de Pierrefitte, particule et nom de terre qui ne passeront jamais à l'état civil, (voyez à ce sujet l’annexe VIII), et que leur fils aîné utilisera jusqu'à sa mort, celle-ci est domiciliée avec ses fils en 1909 au château de Bon Don à Vannes, un logis renaissance qui fut le siège d’un couvent de carmes fondé par le duc Jean V, et conserve la location du 145 rue de la Pompe à Paris. Pour payer les créanciers, Gustave céda à bas prix ses collections d'objets d'arts, ses papiers et autographes révolutionnaires, ses biens immobiliers à Saint-Nazaire. A partir de 1908, Gustave n’apparaît plus dans les annuaires, les Charmilles furent acquises la même année par le docteur Raffegeau. Gustave Bord s'établit à Saint-Malo, la guerre finit de lui faire perdre ses derniers revenus, à l'armistice l'Académie Française lui verse une maigre subvention durant quelques années afin de continuer ses travaux historiques. On ne reparla de lui à Saint-Nazaire qu'à la suite de la publication dans la presse d'une lettre qu'il avait adressé le 6 avril 1926 au Courrier de Saint-Nazaire. En mars précédent le Conseil d'administration de l'hôpital avait fait retiré les crucifix qui se trouvaient dans les salles. Gustave Bord fit rappeler qu'il avait payer un crucifix ainsi que tout l'aménagement de la salle 6 et que l'hôpital s'était alors engagé à respecter la présence du Christ en croix qui s'y trouvait. Le Conseil fit remettre le crucifix qui resta en place dans la salle  6 jusqu'à la destruction de l'hôpital durant les bombardements.

     

    Il avait fait bâtir pour lui et les siens une chapelle funéraire au cimetière de La Briandais, plus grosse concession du cimetière, elle est toujours existante en 2011, elle fait face au portail d'entrée au bout de l'allée principale. Aucune plaque ne précise qui est y est inhumée et les archives municipales sont muettes à ce sujet. On sait cependant par des extraits de presse de l'époque qu'elle contient  le corps d'Alcide et celui de son épouse, celui de Gustave. Quoique séparé de sa famille qui ne lui parlait plus, son corps fut transporté de Saint-Malo pour être inhumé le 1er mai 1935 à Saint-Nazaire en présence de son fils Georges qui avait fait le déplacement seul depuis Paris. D'anciens employés, des gens qui avaient bénéficié de ses largesses, beaucoup de royalistes nazairiens, la famille Nouteau, des religieuses de l'hôpital, la veuve de Raymond Gasnier ancien maire, le peintre Charles Beilvaire, et A. Bernard, directeur du Courrier de Saint-Nazaire, journal de droite-catholique, virent lui rendre hommage. 

     

    Détail historique : Gustave Bord fut le premier (ou le second ?) nazairien à posséder une voiture !

     

    Bord de Pierrefitte ?

     

    Comme nous l'avons expliqué, les Bord sont issus d'une famille de tailleurs de pierre du Limousin enrichies par les politiques de grands travaux et de modernisation de la France au 19e siècle. Mais d'où vient cette particule et ce nom de terre que la femme séparée de Gustave Bord et ses fils portèrent dans le monde, et qui ne passa jamais à l'état civil ?

     

    Pour comprendre il faut savoir avant tout qu'il exista en Limousin une famille chevaleresque du nom de Bort, avec une particule et un T et non un D à la fin de son patronyme, qui posséda la seigneurie de Bort-les-Orgues en Corrèze. Cette très ancienne famille noble s'illustra durant la quatrième croisade, fonda le monastère de Bort, donna des chevaliers à l'Ordre du Temple qui seront appelés à témoigner lors du fameux procès intenté à l'Ordre par Philippe le Bel. Très riches et très puissants, ils héritèrent par mariage de la Seigneurie de Pierrefitte, où dès 1471, Charles de Bort, gentilhomme de la Chambre de Charles VIII, époux d'Antoinette de Saint Avit, ordonna la construction en cet emplacement du château de Pierrefitte située maintenant sur la commune de Sarroux en Corrèze, où durant trois siècles, dix générations de Bort se succéderont dans une admirable résidence médiévale toujours existante. Cette famille s'éteignit avec deux frères, Léonard-Antoine de Bort de Pierrefitte, (1758-1822), qui n'eut de Béatrice de Laforet-Bulhon, un fils, Jean mort jeune, et une fille, Sophie Antoinette, épouse de Guillaume de Lagrange, (qui ne laissa elle même que deux enfants mort jeune), et Octavien de Bort de Pierrefitte, né en 1767, chevalier de Malte, fait prisonnier par les troupes de Bonaparte en 1798 au siège de La Valette, et qui sous la Restauration fut maire de la ville de Bort de 1816 à 1830. Resté célibataire, il décéda très âgé le 14 novembre 1859.

     

    Ainsi, en 1907, quand Gustave Bord et son épouse Dolorès des Vallières se séparèrent, il n'y avait plus de membre de la famille de Bort de Pierrefitte vivant, probablement Gustave avait au cours de ses recherches voulu se trouver une filiation commune avec cette famille. Ainsi à leur séparation, son épouse et ses fils prirent le nom de Bord de Pierrefitte, ainsi que les armoiries de la famille de Bort de Pierrefitte, dont plus aucun membre ne pouvait leur intenter un procès pour usurpation. Le plus jeune fils, Jacques, ne semble pas l'avoir utilisé, mais son frère aîné, Georges le conserva jusqu'à son décès en 1926.

     

    La famille de Bort de Pierrefitte avait pour armoiries : D'or au sautoir denché de gueules.

     

     

     

    (2) Une erreur de retranscription sur l'un des registres nous a fait croire qu'elle était décédée avant le mariage de son fils, en réalité elle survécus à son époux. Elle avais une soeur, Louise, fut très proche de son neveu Gustave, qui lui dédia son ouvrage sur les Loges. 

    (3) Il participa à répandre aussi une stupide et infamante légende qui prétendait que le comte de Chambord aurait été tué à l'aide de poudre de diamant par "les franc-maçons" ! 

     

     

    (Sources : Archives de Saint-Nazaire ; BNF ; René Kerviler, Répertoire général de bio-bibliographie bretonne, 1899 ; Histoire de Saint-Nazaire par Fernand Guerrif ; Annuaire des Châteaux, 1898 à 1935 ; L'intermédiaire des chercheurs et des curieux, 1938 ; La franc-Maçonnerie, Christian Jacq, Paris, Robert-Laffont éditeur, 1975.Ésotérisme, occultisme, franc-maçonnerie et christianisme aux XIXe et XXe siècles. Explorations bio-bibliographiques, Marie-France James, Paris, Nouvelles Éditions latines, 1981. Archives du Courrier de Saint-Nazaire.)