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patrimoine

  • L’église de Saint-Marc-sur-Mer

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    L’église de Saint-Marc, avec son clocher à la française et son chevet à la bretonne, est, par sa silhouette, l’un des bâtiments les plus charmants du quartier de Saint-Marc-sur-Mer. On devine de loin cette église, mais sa situation à flanc de coteau, dans la courbe d’un large virage, son esplanade pentue encombrée de voiture, et surtout deux grands tilleuls la dissimulent au regard du passant. Cette église est aussi la plus mal connue des Nazairiens, car elle est dans un quartier à vocation balnéaire, dont la population, pour l’essentiel, n’y vit pas à l’année, et plus encore, en périphérie du centre du charmant bourg blottie contre la plage qui porte initialement le nom de Saint-Marc, et qui au fil des décennies fut rebaptisée plage du gorille, en raison de la forme d'un rocher aujourd’hui érodé, et depuis une vingtaine d’année, plage de Monsieur Hulot, en souvenir du personnage principale que Jacques Tati filma ici les extérieurs des vacances durant l’été 1951. Nous l’avions déjà écrit dans un article précédent concernant le Château de Saint-Marc[1], la station balnéaire se nommait à l’origine Le Crépelet ; c’était un village de vignerons situé au bas du coteau où se trouve l’actuelle église, et c’est parce qu’il y avait initialement une chapelle dédiée à Saint Marc au bord de la plage, à l’emplacement de la Place de la Chapelle, plus exactement devant le jardin du n°36, que la station balnéaire fondée durant le Second Empire pris son nom actuel.

     

    L’ancienne chapelle Saint-Marc :

     

    Il y avait donc une chapelle, depuis des temps immémoriaux, au bord de la plage. On ne connait de celle-ci qu’un dessin de Charles Beilvaire, publié le 19 mars 1932 dans Le Courrier de Saint-Nazaire figurant un bâtiment qui comportait à l’intérieur une poutre portant le millésime 1643.

     

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    Longue et basse, très simple, orientée à l’Est, avec une porte double à l’Ouest surmonté d’un clocheton en arche comportant une seule cloche, trois fenêtres au nord, une porte basse et deux fenêtres au Sud, vers la plage, dotée d’une sacristie au nord, et accompagné d’une croix de bois sur un large piédestal remontant à la fin du 17ème siècle ou au début du 18ème ; croix qui existe encore et surveille les voitures que l’on parque ici. Cette église était le siège de la frairie de Saint-Marc et servait de lieu de culte ordinaire à la population environnantes éparpillées en plusieurs villages et hameaux, (Le Crépelet, Béac, Verdun, La Ville Cresneau, La Villès Molé, Berrien, Le Grand Pez, Le Prasilun, La Fin, etc.). Seule bâtiment à proximité de cette chapelle, une ferme en longère posée en parallèle à l’Est, qui lui était dépendante et fournissait le revenu à son chapelain.

    Saint Marc bénéficiait chaque 25 avril, jour de la saint-Marc, d’une procession qui faisait venir à une messe spéciale à 11h toute la population de la frairie, mais aussi de celle de Gavy et Saint-Sébastien. Les fidèles se réunissait au bas de la Colline du château[2], la contournait en direction de la plage. Après la messe, ils piqueniquaient sur des tables devant la ferme et sur le sable de la plage, puis rentraient chez eux. Il était de coutume que ceux de Gavy prennent une chaloupe pour se faire déposer à Port-Charlotte. La chapelle passa la Révolution sans encombre malgré la suppression des cultes et la nationalisation des biens du clergé. Elle fut rendue au culte au moment du Concorda en 1801, et fut desservie jusqu’en 1857, date de la création de la Paroisse de l’Immaculée, qui vida les chapelles séculaires des banlieues de Saint-Nazaire, et en entraina la ruine, même si celle de Saint-Marc fut toujours considérée comme une chapellenie, et donc encore desservie occasionnellement jusqu’en 1870. La création de la station balnéaire, à la veille de la Troisième République, fit qu’on eut besoin d’un lieu de culte avec des messes et un service régulier. Le cimetière actuel y avait été fondé par mademoiselle Marie-Joseph Mollé[3], le 1er janvier 1885. L’Evêché et la Préfecture fondèrent la paroisse Saint-Marc le 1er juin 1888.  La chapelle étant dans un état de délabrement avancé, le conseil de fabrique vota la construction d’une église, loin de la chapelle qui devait laisser place au développement de la station, au bourg même du Crépelet.

     

    L’église de Saint-Marc :

     

    L’église de Saint-Marc fut rapidement construite. Elle comporte un clocher porche, sommet d'un coq girouette perché sur une croix, accolé d'une tourelle d'escalier qui va jusqu'au niveau de la tribune, une porte latérale, et dix-sept baies, dont cinq dans le chœur. Sa bénédiction solennelle eut lieu le 22 décembre 1889. elle fut rapidement décrite comme « si grande en hiver, si petite en été ».

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    Sortie de la messe vers 1903.

     

    Elle est constituée d’une simple nef, précédée d’une entrée, le chœur se trouve orienté au Nord, car il fut décidé que l’entrée se ferait face à la route en contre bas, par la base du clocher, ce qui oblige à gravir un escalier pour y entrer, et allonge sa façade Sud en lui procurant un aspect étroit disgracieux de part de cake oublié sur un coin de table à la fin d’un banquet. Une sacristie se trouve à l’Ouest, elle est séparée du jardin du presbytère par un petit chemin. Le sentiment d’étroitesse est accentué quand on passe l’entrée sous le clocher, et il se trouve alors suivit d’un sentiment d’écrasement. En effet, la majesté du lieu, songé comme une ouverture à la Foi après le passage du chameau dans le chas d'aiguille, a été totalement détruit par la construction d’une tribune démesurée et pensée dans aucun bon sens en 1964. La mairie, qui possède le bâtiment depuis 1905, (le presbytère restant propriété de la paroisse), avait accordé à l’abbé Jaunin, curé de 1953 à 1967, la construction de cet étage démesuré de 50 places, car à l’époque l’église se trouvait incapable de contenir tous les fidèles qui y venaient l’été. cette structure est posée trop bas et pire s'abaisse encore de 60 cm à la moitié.

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    L'intérieur de l'église, sous la tribune, en avril 2020, © L.O.M.

     

    Une fois passé sous ce plafond oppressant, on retrouve les proportions initiales qui sont, elles, gracieuses et dotées d’un décor sobre et élégant sous une voûte lambrissée en coque de navire renversée.

     

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    La nef et le chœur en avril 2020, © L.O.M.

     

    L’église de Saint-Marc a en effet bénéficié du goût réfléchit de deux de ses curées.  D’abord l’abbé Jean Blois, (1858 – Saint-Marc en Nazaire 18 décembre 1926)[4], ancien professeur au Petit Séminaire de Guérande, curé de Saint-Marc de 1904 à sa mort. Celui-ci a doté le clocher de quatre cloches bénies par monseigneur Rouard, évêque de Nantes. Celle nommé Maria Anna, fut refondue en 2010. L’abbé Blois fit l’acquisition en 1912 d’une chaire en chêne de style Louis XVI finement sculptée de panneau figurants les quatre évangélistes et de fleurons et des palmes, et un panneau gravé du mot « Veritas », au-dessus d’un trophée composé des tables de la Loi, d’une page d’Evangile, et d’une trompe de la renommée. Cette chaire a depuis été déposée à même le sol du chœur). Son successeur, l’abbé Guisnel[5], curé de 1927 à 1955, dès 1935 il fit remplacer l’autel du chœur en pin peint en blanc par l’actuel en chêne, ajouta des lambris bas du même bois tout au long de la muraille, avec, enchâssés de chaque côté de l’entrée des coquilles de bénitier. Il modifia aussi en parti le dallage, en faisant ajouter entre les carreaux de terre cuite sous les bancs, (qui remplacent les chaises paillées qui meublaient  autrefois), les carreaux de ciment qui tracent l’allée traversante, et celle menant à la porte latérale, et ceux qui délimitent le chœur. Il y avait aussi initialement deux autels de chaque côté de l’entrée, mais ils furent supprimés, ainsi que le chemin de croix et toutes les statues en plâtre du 19ème [6], par l’abbé Jaunin.

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    Intérieur de l'église vers 1905

     

    En 1955, l’abbé Guisnel fit maroufler sur la voûte du chœur la peinture qui représente la pêche miraculeuse, (l'auteur nous en est inconnu).

     

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    L'a tribune, en avril 2020, © L.O.M. ; on l’ose espérer qu’elle sera un jour détruite et que l’on rendra à cette ravissante église son aspect d’avant le massacre Jaunin.

     

     

    La tribune actuelle date, nous l’avons écrit plus haut, de 1964. On y accède par deux escaliers, le premier est par de la nef via une porte percée exprès, conduisant à un escalier construit dans un appentis disgracieux et débouche par l’une des baies baie reconvertie en passage ; le second par l’escalier du clocher, depuis le hall, à droite en entrant, en passant sous la plaque posée en 1920, faisant liste des paroissiens morts et disparus au champs d’honneurs durant la première-guerre-mondiale. Cet escalier qui conduisait dès la construction à une tribune qui aurait dû être doté d’un orgue, à la particularité de comporté dans sa chaux qui le crépi, des graffitis allant de 1926 à 1968. Ce sont essentiellement des patronymes typiquement nazairiens, (Cavarro, Lejeune, Berthaud, Gouard, etc.), mais aussi une bicyclette et des personnages des années 1930.

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    Exemple de graffitis, © L.O.M.

     

    La tribune se décompose en deux plateaux pentue descendant vers le chœur. 

     

    L’église avait été dotée dès sa construction de vitraux, qui n’étaient en réalité que des verrières claires peintes de fleurons en grisailles. Ces verrières furent détruites par le souffle d’une bombe tombée sur la place la nuit du 28 juin 1942. La déflagration avait été si forte que les porte de l’église avaient elles aussi été arrachées. On les remplaça par du verre martelé, dont sont encore pourvues les quatre baies latérales qui éclairent la tribune. En 1964, nous l’avons écrit, l’une des baies fut transformée en accès pour la nouvelle tribune, quatre autres virent leur ouverture entravée par la nouvelle tribune. En 1977, onze des baies furent doté de vitraux non figuratifs, interprétables de mille façon pour celui qui s'ennuie durant l’homélie, aux tons jaunes, orangés et rouges, signé par Colin Leroux à Béac.

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    Signature sur l'un des vitraux, © L.O.M.

     

    A la suite du Concile Vatican II, on suréleva le chœur d’un planché haut de trois marches, on y plaça une table de chêne pour servir la messe, et l’on posa la chaire à même ce nouveau planché. Le baptistaire, qui se trouvait à l’entrée de l’église, fut placé devant le chœur.

     

    Le dernier curé résident fut le père Pierre Brétéché, (1928-2020), parti en 1997. Depuis 2005 l’église est rattachée à la paroisse Saint-Pierre de l’Océan.

     

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    Le chevet en avril 2020, © L.O.M.

     

     

     

     

    [1] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/07/25/le-chateau-de-saint-marc.html

    [2] A propos de cette colline et de l’origine de son nom : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/01/18/l-allee-du-chateau-a-saint-marc-6121661.html

    [3] Née le 20 octobre 1845 à la ferme du Petit Verdun propriété de ses parents laboureurs, elle avait hérité, n’était qu’une fille, des terres les plus proche de l’océan, et qui étaient déconsidérées mauvaise pour l’agriculture. La mode des bains de mer fit décupler la valeur de ces terrains considérés ingrats, la rendant riche, et lui permettant de jouer un rôle dans l’urbanisation du quartier.

    [4] Il repose au cimetière de Saint-Marc dans le caveau des religieux de la paroisse. La plaque qui le mentionne comporte des dates erronées.

    [5] Lui aussi ancien professeur au Petit Séminaire de Guérande, il dirigea l’école libre de garçon de Saint-Marc, qui comportait une institutrice, mademoiselle Boya, âgée de 53ans en 1927, et le prêtre instituteur Bouché. Cette école était préférée des habitants de Saint-Marc, dès son ouverture en septembre 1927, si bien que l’école public du bourg perdit à son profit les trois quarts de ses élèves, et ceux malgré le fait que l’école publique était gratuite et fournissait, livres, blouse, et sabots. Le Travailleur de l’Ouest entama le 26 novembre 1927, une attaque contre cette école, à travers un article de quarante-huit alinéas, non signé, l’accusant de faire concurrence à l’école publique, prétendit que l’abbé Guisnel avait fait pression pour cela sur les familles, prétendit que l’école était à une distance non réglementaire du cimetière, que l’eau qu’on y consommait était impropre, (ce qui fut contredit par une analyse de l’institut Pasteur), et qualifiant son personnel « d’illettrés ». En réalité, le problème était que les habitants de Saint-Marc étaient en conflit avec la municipalité qui imposait aux enfants un règlement d’école trop strict et avec des exigences que la population qualifiait de « chinoiseries ». Par ailleurs le maire François Blancho, dès son élection, cherchait à empêcher les processions et autres manifestations religieuses, ce qui déplaisait à cette population fortement religieuse. Quelques mois auparavant, le curé de Méan avait écopé d’une amande de 1 Fr. pour en avoir organisé une, et s’était retrouve emprisonné durant 48h pour avoir refusé de la payer ; l’affaire était remontée jusqu’au Conseil d’Etat et au président Poincaré en mars 1927, et l’on se battait régulièrement à coup de poing devant l’église Saint-Gohard place Marceau. Le prédécesseur de l’abbé Guisnel, l’abbé Blois, avait bravé en juillet 1925 à l’occasion de la Fête Dieu l’arrêté municipal Blancho, et en avait écopé 25 centimes d’amande. L’abbé Guisnel eut aussi à faire aux délires d’une pauvre folle, la demoiselle Berthe, qui lui asséna des coups de parapluie en 19 février 1936, au prétexte que sa T.S.F. la dérangeait. L’abbé n’ayant pas de radio chez lui, et ne tolérant pas qu’on le frappa, porta plainte contre la femme.

    [6] La Vierge, Jeanne d’Arc, saint Michel, Jésus au Sacré Cœur, saint Joseph, sainte Anne, un petit saint Pierre sur son trône, et deux très petit saints Antoine et François

  • Inventaire du patrimoine bâtî nazairien

    Ce samedi 27 avril au Garage se tiendra une journée « d’ateliers-découverte animés », consacrée à l’Inventaire du patrimoine nazairien, essentiellement celui du bâti[1].

     

    ⦁ 10h00-12h30 : Accueil et Ateliers de l’Inventaire

    ⦁ 14h00-15h30 : l’Enquête Patrimoine : (ateliers et sortie sur le terrain)

    ⦁ 15h30-16h30 : analyse et bilan de l’Enquête Patrimoine

     

    Depuis 2015, madame Stéphanie Le Lu, chargée de l'inventaire du Patrimoine pour la ville de Saint-Nazaire, arpente notre cité à la recherche des éléments patrimoniaux. Si sa nomination fut l’objet d’un article de Ouest-France en mars 2015, il est dommage que la municipalité n’ait pas mieux communiqué à propos de ce beau projet qui est devenu en deux semaines la découverte soudaine chez les passionnés de Saint-Nazaire et de son histoire, autant que pour ceux qui sont en capacité de la raconter et de corriger les erreurs que l’on voit dans les publications officielles, (que de choses fausses sur les pages nazairiennes de l’inventaire du patrimoine balnéaire réalisé par la région Pays de Loire qui n’a jamais rien corrigé malgré les courriels adressés !). Ce manque de communication est fort regrettable car maintenant que madame Le Lu va présenter son travail, nous lui tomberons dessus un peu comme des inspecteurs des travaux finis, ce qui sera probablement désagréable autant pour elle que pour nous qui pourtant ne pensons pas à mal.

     

     

    À l’heure du grand émoi causé par l’incendie de la cathédrale Notre Dame de Paris, la question du patrimoine bâti nazairien va en énerver beaucoup. On a vu, le 3 avril, la mise en place d’une pétition contre le projet de construction d’une structure à façades de verre dans la cour de l’ancienne Usine élévatoire. Insistons ici sur le fait que c’est cette nouvelle construction qui dérange les signataires, (j'écris bien les signataires), et non comme l’a laissé entendre L’éco de la Presqu’île une opposition à une implantation hôtelière. Ce nouveau bâtiment est autant discutable par ses dimensions, que par son aspect inesthétique pour un établissement qui espère attirer une clientèle ayant les moyens d’un certain art de vivre. Et l’on ne peut que douté de son vieillissement face aux réalités de l’environnement marin, autant que l’on peut se demander dans ce cas pourquoi avoir empêcher les propriétaires d’une maison qui surplombe l’Usine de procéder à une isolation par l’extérieur de leur façade, sans intérêt esthétique autant que patrimoniale, sous le prétexte qu’on avait pas rasé au moment du déblaiement ce bâtiment transformé en café pour les ouvriers alors qu’on a pas eu de scrupule de le faire à l’époque avec d’autres mitoyens qui remontaient parfois au 15ème siècle. Même les plus acharnés de la défense du patrimoine nazairien en sont restés interloqués.

    Ajoutons que contrairement à ce qu’il a été dit ici où là, et qui circule en ville, le site n’appartient pas à la municipalité. C’est la propriété du Grand Port Maritime de Nantes-Saint-Nazaire. La Mairie est limitée dans son champ d’action, et ne peut que donner des recommandations et exprimer des préférences, autrement cela ferait déjà longtemps que le Conseil aurait œuvré pour en faire un pôle touristique et muséal.

    Cependant on ne peut pas transformer tout en musée, c’est impossible, même si nombre de Nazairiennes aurait voulu que l’on fasse quelque chose dans l’esprit de la Centrale Montemartini à Rome, où vestiges antiques ont été associés aux machineries début 20ème. Le projet qui avait été envisagé par le Conseil régional des Pays de la Loire d'y créer un « centre d’interprétation et de valorisation de l’estuaire de la Loire », était sans avenir, nous aurions eu encore un truc qui coûte de l’argent et où personne ne serait allé, et tout le monde aurait ronchonné. Les musées peinent à faire venir des visiteurs, une exposition temporaire coûte énormément, tout comme l’entretient des œuvres d’une exposition permanente pèse sur un budget.

    Un bâtiment a besoin d’une destination, tout comme une ville a besoin de se développer et de s’adapter en permanence aux besoins de ses habitants.

    J’entends les Nazairiens qui se plaignent du manque de protection accordé à ces demeures privées par la Mairie qui accorde des permis de démolir sans que l’on ait le sentiment que les responsables soient allés faire un tour sur place pour voir ce qu’ils vont laisser être remplacé par un phalanstère cage à lapin baulois ou cube. Cette architecture cube déplaît fortement à la population, c’est un fait, mais elle n’est pas une spécifié nazairienne, elle est en réalité une mode française que l’on retrouve partout en hexagone, que ce soit en Bretagne, à Montpellier, en banlieue Parisienne ou même à Chartres. C’est un fait, les sociétés de construction comme Legendre-Ouest, dont les bureaux sont à Nantes, construisent partout en France les mêmes cubes blancs à toit plat, et tant pis si cela n’est pas adapté au climat et que l’eau y stagne. Cet espéranto architectural qui désespérait Cocteau, existe depuis des siècles, car il suit les modes, mais il est depuis l’industrialisation du Second-Empire épidémique. Ces maisons à arêtes de briques que nous trouvons charmantes étaient les cubes de la IIIe République. On en vient donc à se demander : qu’est-ce que le patrimoine architectural ?

    Dans une ville comme Saint-Nazaire, où le centre fut ravagé par les bombes à 72%, (chiffres de l’État), et que la reconstruction a augmenté à 85% pour des raisons de réaménagement, (élargissement de rue, destruction volontaire pour un agrandissement du port qui n’a finalement pas été réalisé), dans une ville comme Saint-Nazaire, donc, le patrimoine est ce qui est à la fois la survivance d’avant la Catastrophe de 1943, que la cohérence urbaine de la Reconstruction.

    Combien de fois ai-je entendu des gens de la génération de mes parents débarquer dans notre ville et dire que c’est « stalinien » ? Trop ! Beaucoup trop, et il me faut à chaque fois toute la contenance de mon éducation pour retenir mon sang nazairien qui me donne envie de coller un baigne à l’impudent accompagné d’un cortège d’insultes. Saint-Nazaire n’est pas reconstruite dans les goûts du Régime soviétique, allez voir Moscou, la périphérie de Saint-Pétersbourg, Chișinău. Non, Saint-Nazaire a été reconstruite suivant des plans établis dès 1943, en suivant le gout de l’époque, et qui étaient ceux aimés par les régimes fascistes. Il suffit de sa balader dans la banlieue de Rome, et sur la côte romaine, entre Sabaudia et Torvaianica, et ensuite de comparer aux immeubles des avenues de la République et du Général de Gaulle pour en prendre conscience. Bon, je vous l’accorde, la référence est dérangeante, mais rassurez-vous, les constructions de l’entre-deux-guerres par Mallet-Stevens et Le Corbusier, et même par les nazairiens Seiz Breur avaient eux aussi les codes esthétiques adoré par Mussolini. C’est la réalité du goût d’une époque.

    Le résultat est cependant esthétique, cela vaut bien l’uniformité architectural haussmannienne, et ceux qui ont aujourd’hui moins de 30 ans trouvent plein de qualités à ces façades.

    Il faut admettre que notre patrimoine est à la fois ce qui là depuis toujours, notre toujours humain, c'est-à-dire une centaine d’années, comme le disait Lampedusa en réduisant malgré lui les affirmations de Léonard de Vinci, et aussi ce que nous trouvons esthétique, ce qui est une valeur fluctuante. L’ancienne gare était considérée comme une verrue par la génération de mes grands-parents qui n’y voyait que les restes d’une structure utilitaire réalisée sans brio dans des matériaux friables. Or, depuis, on s’est beaucoup affairé à en protéger les vestiges, à retrouver les deux mauvaises copies de Michel-Ange qui en avait été démontés de la façade. Ces murs mitées, réemplâtrées pour poser des visseries même pas sur mesure, les Nazairiens ne pourraient plus vivre sans elles. Cette ancienne gare est devenue comme l’Immeuble Barakat de Beyrouth, (surnommé par les Européens « maison jaune »), un symbole de ce qu’a subi la ville, non par la guerre, car en dehors des vitrages elle était encore intacte à la Libération, mais du choix de faire table rase d’un passé douloureux par les générations précédentes. Et je comprends aujourd’hui les jeunes ménages qui s’efforcent d’arracher les moquettes 1980’ collé sur les parquets 1950’ et les faïences marron-beurk pour retrouver les petits carreaux de ciment jaune ou rouge, tout comme je comprends ces passionnés de patrimoine qui rétablissent des décors 19èmes dans les villas de la corniche nazairiennes éprouvée par les modes des années 1960’&70’.

    Notre ville a été bien reconstruite, même si à un moment l’État a arrêté de financer la reconstruction des immeubles publics, ce qui explique que l’on a des bâtiments très agréables visuellement comme ceux de l’École élémentaire Jean Jaurès, et d’autres franchement repoussants mais que la Municipalité se retrouva seule à financer en urgence. Il en va de même pour les immeubles privés qui subirent les tractations des indemnités de guerre et de la spéculation de la Reconstruction. Ajoutez à cela le poids de la culture ouvrière qui a interdit durant des décennies d’avoir la fantaisie d’un pot de géranium à la fenêtre ou de volet d’une autre couleur que le blanc, cela n’a pas poussé les particuliers à oser comme leurs prédécesseurs, (voyez la diversité du quartier autour du Jardin des Plantes et les cartes postales anciennes de Saint-Nazaire).

     

    Vient aussi le patrimoine défini comme tel par les autorités. Peu de choses sont classées au titre des Monuments historiques dans notre ville : des sites mégalithiques, (dont le dolmen qui fut en 2012 l’objet d’une des nombreuses polémiques et aberrations de la fin de règne du maire précédent), quelques calvaires ignorés dans les buissons et qui attendent encore, malgré les alertes, qu’on les restaure, deux éléments maritimes au milieu des flots… La base sou marine n’est pas classée, contrairement à ce que croient les gens ; le label patrimoine du XXème siècle n’est qu’une étiquette pour désigner un élément touristique, mais il n’offre aucune protection. Au demeurant, la base a tellement été transformée qu’elle ne peut plus faire l’objet d’un classement. Il en va de même pour le recensement du patrimoine balnéaire, c’est uniquement une mise ne lumière dans le cadre d’un inventaire, et cela n’a pas empêché la destruction, il y a trois ans à La Baule, d’une villa du front d’océan. L’État a longtemps limité la protection au titre des monuments historique presque uniquement à ce qui était antérieur à 1815. Les sites fouilles archéologiques ne furent aussi intéressantes aux yeux du législateur que quand c’était un trou de poteau « gaulois » ou un mur « romain », au mieux une muraille médiévale. L’étude d’une fosse 17ème, qui pourtant nous permet de comprendre la vie de nos prédécesseurs, est encore reçu tièdement, surtout quand il y a un immeuble à livrer. Pourtant au niveau du patrimoine bâti, il y a eu de grandes évolutions sur les critères de l’État.

    Peu de choses sont classées au titre de Monuments Historiques à Saint-Nazaire. Pourtant nous avons des bâtiments privés qui mériteraient que leurs propriétaires fassent quelques démarches pour les protéger, et même pour bénéficier d’avantages fiscaux. Que l’on ne me réponde pas qu’un bâtiment classé est contraignant pour un privé. C’est faux ! On vous demandera de ne pas le laisser tomber en ruine, de ne pas peindre sa façade en rose à rayures vertes, de ne pas faire passer une colonne d’eau usagée au milieu du salon, ou de remplacer les visseries en bois par du pvc. On me dira aussi que cela peut être cependant contraignant pour les voisins d’un élément classé car ils ne sont plus libres de modifier leur façade comme ils le veulent. Je réponds que l’on ne peut pas modifier sa façade comme on le veut, tout répond à des normes d’urbanise définis par la mairie, même si beaucoup de municipalité se cachent derrière le prétexte du classement au lieu d’assumer sa politique urbaine.

     

    On l’ignore généralement, mais les villes ont toutes une liste de constructions qu’elles désirent préserver. On ne peut ainsi modifier à Saint-Nazaire les immeubles de l’avenue de la République, ou de la place François Blancho, les demeures qui donnent directement sur l’océan. Même changer vos barrières de jardin dans une rue oubliée relève de normes municipales définies par le Plan Local d’Urbanisme (PLU), et doit faire l’objet d’une déclaration.

     

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    Extrait du cahier de prescriptions des clôtures de la mairie de Saint-Nazaire

    ( http://www.saintnazaire.fr/fileadmin/Saint-Nazaire/01.Demarches_infos-pratiques/Urbanisme/201703_cahier-prescriptions-clotures.pdf )

     

    J’entends des Nazairiens dirent que l’initiative de monsieur Samzun de faire répertorier les bâtiments intéressants de la commune arrive trop tard. Mais il fallait bien que cela commence un jour, et au moins cela a été entrepris, saluons donc l’entreprise.

    J’entends aussi crier qu’à côté de ce relevé, il a été accordé depuis 2015 la destruction ou la modification de bâtiments qui avaient une valeur aux yeux des Nazairiens. Oui, je suis peiné moi aussi qu’on ait laissé à la spéculation la ferme de Kerlédé, et d’autres demeures du la route de la Côte d’Amour faire place à des immeubles inesthétiques construit sur des parcelles si petites qu’il en ressort des choses ridicules et étriquées qui agressent le regard. ̶J̶e̶ ̶s̶u̶i̶s̶ ̶n̶a̶v̶r̶é̶ ̶d̶e̶ ̶v̶o̶i̶r̶ ̶q̶u̶’̶o̶n̶ ̶v̶a̶ ̶d̶e̶ ̶c̶e̶t̶t̶e̶ ̶m̶a̶n̶i̶è̶r̶e̶ ̶f̶a̶i̶r̶e̶ ̶d̶i̶s̶p̶a̶r̶a̶î̶t̶r̶e̶  RECTIFICATION DU TEXTE LE 23 AVRIL 2019 : Contrairement à ce qui m'avait été communiqué, la villa art-déco « Mektoub » réalisée pour un nazairien qui avait été en poste à İstanbul durant l'occupation de Constantinople par les troupes françaises, britanniques et italiennes, de novembre 1918 à octobre 1923, ne sera pas détruite.

    Mademoiselle Stéphanie Le Lu, chargée d’études Inventaire du Patrimoine, à la Direction de la Culture à la Ville de Saint-Nazaire, m’a écrit ce jour à propos de la villa Mektoub : « Je l’ai repérée au titre de l’Inventaire dès l’instant où je l’ai vue. Je l’ai présentée à de nombreuses reprises aux élus pour les alerter sur son intérêt patrimonial. […] la maison ne fait pas l’objet d’un permis de destruction. […] Effectivement, un collectif sera prochainement construit mais uniquement sur une partie de la parcelle. La maison sera préservée. »

    Je suis heureux de pouvoir communiquer aux lecteurs que cette maison restera. Elle a des proportions et une architecture aux emprunts islamiques qui s’inscrivent dans le paysage, (elle est aussi un cube),qu’elle comporte sur sa façade le mot « Mektoub » en calligraphie ottomane, écriture disparue avec la réforme d’Atatürk, et non en arabe classique. Cette calligraphie faite dans l’enduit est la seul à ma connaissance en France. FIN DE RECTIFICATION DU TEXTE LE 23 AVRIL 2019.

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    La calligraphie ottomane de la villa « Mektoub » au 37 rue de la Vecquerie

     

    Le jardin si agréable de la villa va disparaître, réduisant encore un peu plus la verdure dans l’agglomération en étouffant plus encore Porcé. Il faut aussi tenir compte que notre patrimoine est aussi les espaces vert municipaux et privés.

     

     

    Saint-Nazaire est un sujet compliqué. Mais encore une fois je salue les efforts de la municipalité actuelle, et souhaite à madame Le Lu que son travail reçoive un écho positif autant auprès du Conseil que parmi la population.

     

    [1] Plus d’information à ce sujet ici : https://legaragesaintnazaire.com/2019/03/27/27-avril-2019-les-enquetes-patrimoine-de-saint-nazaire-au-garage/

  • Le Vieux-Môle

    Saint-Nazaire était doté depuis les temps anciens d’un havre d’échouage, le portereau, ou plage du petit Traict, situé le long des murailles Nord, dans l’anse vaseuse que formait la Loire au pied du logis seigneurial, remplacé à partir de 1580 par une église (connue à la fin du 19e sous le nom de vieille église). Ce havre s’étendait jusqu’au rocher de Penhoët, (y avait des blocs de pierre posés sur la rive avec des anneaux plus en amont), et était nommé « Anse de la Ville Halluard ». Les navires calant plus de 4 m venaient s’y échouer quand la Loire charriait des glaçons. Ce portereau avait de l’importance, le duc Jean V considérait Saint-Nazaire comme la principale « yssue » de Bretagne, de même qu’Henri IV et Louis XIII, la Compagnie néerlandaise des Indes orientales avait songé un temps y établir un comptoir, proposant le financement de la construction d'une digue submersible qui aurait rendue navigable la Loire jusqu'à Nantes même à mare-basse, à la condition que l'on lui attribua le port de Saint-Nazaire en franchise. L’Intendant de Bretagne dans son Arrêt du 3 avril 1714, jugeait que « Saint-Nazaire est un port de mer recommandable pour [le] commerce [du vin par mer et Loire] », cela s’explique par le fait que Saint-Nazaire, outre sa situation et son vignoble[1], était dispensée du droit de billot[2], mais aussi par le fait que la route menant à Nantes depuis l’estuaire et la presqu’île était une ancienne voie romaine en mauvais état et longue à suivre, et qu’il était plus pratique pour les habitants de Guérandes, du Croisic, et de Paimboeuf, de se rendre à Saint-Nazaire pour y embarquer à bord de navires remontants la Loire. On accédait au portereau par des marches depuis la Place de l’église. Il y avait déjà un môle, fait de grosses pierres posées sur les rochers, on en pouvait accéder en barque qu’aux flots ou à la fin de l’èbe entre cette digue et les navires dans l’estuaire. Il y avait à proximité un petit chantier de radoubage.

     

     

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    La Vieille-église en 1830, dessin de Charles Beilvaire d’après un tableau disparu, publié dans Le Courrier de Saint-Nazaire du 7 octobre 1933.

     

    Jean-Baptiste Ogée, dans son Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne, en 1778, estima qu’il fallait construire « un môle de 150 toises » pour l’embarquement des voyageurs de Paimboeuf et Guérande.

    Le 20 mars 1795 un « rapport des pilotes à l’administration maritime » avait émis le vœu que « pour la sureté et la facilité de la navigation, il soit fait une soit fait une jetée qui commencera depuis la cale jusqu’aux derniers rochers, avec une arche dans l’un de ses points pour faciliter le passage des chaloupes ».

    On ne fit jamais suite à leur demande.

    En 1802 il fut projeté un arsenal maritime par les ingénieurs Goury et Groleau, qui resta en carton.

    Les 9, 10 et 11 août 1808 Napoléon Ier descendit la Loire depuis Nantes jusqu’à Saint-Nazaire, dans le but d’établir un port profond ne dépendant pas des marées, et des chantiers navals. L’architecte nantais Mathurin Curcy lui proposa les plans d’un projet à construire à Saint-Nazaire qu’il avait mis au point avec son frère, et qui comprenait l’élévation d’un grand môle et le creusement d'un canal au niveau de l'isthme, ce qui préfigurait la Nouvelle-entrée du port actuel. Si Napoléon s’enthousiasma pour celui-ci, le Ministère ne saisit les Pont-et-Chaussées pour une étude que le 26 mars 1812 ! Ce furent les ingénieurs Sganzin et Prony qui furent chargés d’entreprendre une étude minutieuse du fleuve, dans laquelle il ressortit : « le seul point où un grand établissement pût être construit était Saint-Nazaire ».

    Le 23 juin 1822 un pyroscaphe, bateau à vapeur et roue à aube, assura le transport journalier des voyageurs entre Saint-Nazaire et Nantes. Ce bateau avait été lancé par le chantier Guibert de Nantes, et baptisé « Loire » , il appartenait aux consuls étasuniens Fenwick et Strobel. Il fut l’année suivante concurrencé par « Le Courrier », autre pyroscaphe appartenant aux armateurs nantais Tranchevent, Gaillard et Vince. Le Courrier partait de Nantes à 7 h et arrivait à Saint-Nazaire entre 11 h et midi en fonction du temps, et repartit à 14h pour arriver à Nantes à 18 ou 19 h. Cette mécanisation du transport fluviale obligea a municipalité nazairienne à réagir. La construction fut mise à l’ordre du jour du Conseil par le maire Charles Blanchard les 12 octobre 1822 et 28 septembre 1823. En s’appuyant sur les difficultés d’accès au port et à l’avantage qui en résulteraient de l’édification d’un môle :

    « Considérant :

    1e que Saint-Nazaire, placé sur un rocher fort élevé, est environné d’autres rochers beaucoup moins hauts, mais qui le rendent pour ainsi dire inabordable ; que la rade qui se trouve au Nord-Est de ce lieu contient presque toujours un grand nombre de forts bâtiments qui y restent ancrée sur le mouillage excellent, sans craindre de toucher, même à la basse mer des plus forte marées ; que ces bâtiments, soit qu’ils entre en rivière ou qu’il soient sur leur départ, ont besoin de se ravitailler, ce qu’ils font avec leurs embarcations, mais avec grandes difficultés ;

    2e Que Saint-Nazaire est le lieu d’embarquement des habitant des villes et bourgs du Croisic, de Guérande, du Pouliguen, de Piriac, de Mesquer, et autres qui se rendent à Nantes ;

    Le Conseil Municipal est d’avis unanime :

    1e Qu’il est de la plus grande nécessité qu’un môle, long d’environ 400 mètres et d’une hauteur convenable au-dessus des plus grandes marées, soit construit depuis l’extrémité des rochers qui s’avancent de l’Est, Sud-Est de Saint-Nazaire jusqu’à la rue qui descend au rivage ; qu’il résulterait de l’édification de ce môle ou chaussée de très grand avantages ; qu’en outre les pilotes pourraient toujours à ce moyen, tenir leurs chaloupes à flot et se trouver par conséquent à même de porter, quelque heure de marée que ce soit, les secours ou assistances dont les navires qui entrent en rivière on toujours besoin ;

    2e Que dans l’endroit appelé le Courceau, on face une arche, dont la largeur doit être proportionnée à la quantité d’eau qui est susceptible de passer à cet endroit – cette eau dont le cours sera très rapide, entrainera avec elle toutes les vases qui, sans cette arche, s’accumuleraient dans le port et qui dans peu d’années finiraient par le combler entièrement ;

    3e Que pour la sûreté des bâtiments, il sera nécessaire de construire à l’extrémité du susdit môle une petite tour élevée de quelques mètres, au sommet de laquelle on pourrait mettre, au moins pendant les six mois d’hier, un fanal. »

     

    Le 11 mars 1827 un avis favorable du conseil municipal fut donné pour le plan de l’ingénieur Plantier des ponts et chaussées.

    Le projet comprenait un môle avec un fanal tour dressée sur le musoir de la jetée, reçu l’approbation du directeur général des Ponts et Chaussées le 25 octobre 1827. Une grande jetée de 185 m 45 de longueur à son extrémité, percée à 73 m de sa racine par une voûte de 8 m de long d’ouverture e 8 m 5 de rayon.

    L’adjudication des travaux fut accordée au profit de l’entreprisse Perredeau le 19 décembre 1827 au prix de 2444.410 francs et 19 centimes.

     

    En 1828 la Compagnie « Les Riverains de La Loire », replaça les deux compagnies de transport en pyroscaphe. Son navire fut nommé « Le Rapide » et filait à 10 nœuds, ce qui faisait chavirer à son passage les petites barques. Balzac dans son roman « Béatrix », paru en 1829, se plaignit de l’absence de débarcadère entre le vapeur et le rivage.

    (Notons ici que le bac à vapeur depuis Mindin et Saint-Nazaire ne fut établit qu’en 1863 par monsieur Bergmann.)

     

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    La construction fut longue, il fallut apporter les pierres à l'aide de chars à bœufs qui défoncèrent la chaussée menant à Saint-Nazaire, et la rue principale du bourg, ce qui provoqua des protestations et des frais supplémentaires.

    L’ingénieur Lemierre succéda à Plantier, et présenta le 22 mai 1831 une modification en proposant la construction d’une cale latérale en amont du mole d’abri, à partir de la culée droite de la voûte de chasse, et celle d'une pente d'accès au portereau pouvant permettre l'embarquement des animaux, dont l’ajout fit s’élever les frais à 320.000 francs. 

     

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    Plans du Môle par les Ponts-et-chaussées en 1835

     

    Longue de 111 m et large de 6 m, élargi à 8 à son extrémité, avec une plateforme située à 8 m 45 au-dessus de la laisse de la basse-mer pour porter le phare, et accessible aux voitures, le Vieux-Môle fut achevés à la fin de l’année 1835. Le 1er janvier 1836 un feu blanc à occultation régulière, d’ne puissance lumineuse de 25 becs Carcels et d’une portée de 10 milles, brilla à 15 m 40 au sommet du fanal du môle pour la première fois.

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    Charles Beilvaire, dessin publié dans Le Courrier de Saint-Nazaire du 22 janvier 1939

     

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     On pratiquait le carénage sur le traict à son abri, le patron gréeur était monsieur Moreau, dont le fils a produit plusieurs dessins, aquarelles et peintures du vieux Saint-Nazaire.

     

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    Embarquement des vaches

     

     

    Le jour de Noël 1856 on inaugura par une grande fête le bassin à flot du port voulu par Napoléon III. Le Môle perdit son rôle principal, ne devenant que la jetée d’un feu de position. Le portereau disparut sous l’élévation des fortifications faites de monticule de terre (Saint Nazaire aurait dû être fortifiée), puis par les nouvelles parois du bassin. Le Vieux-Môle avec la création des quais du port, et plus encore par la construction du Quai des Marées (Jetée Ouest de la Nouvelle-Entrée), perdit environs 25 m de longueur depuis la terre, rendant inutile l’arche à désenvaser du portereau.

    Utilisé comme place publique, on s’y réunissait pour discuter et observer les entrée et sorties du port par la Vielle-Entrée. Avec une longue vue on pouvait observer jusqu’au-delà de la Barre des Charpentiers les voilures.  Les pécheurs à la ligne y passaient leurs journées, les jeunes gens leurs soirées d’été en rêvant de devenir marins. Le Vieux-Môle pris le surnom de « Pointe des blagueurs », car les marins s’y réunissait et racontaient leurs voyages de façon un peu fantastique. Il en reste le souvenir de deux vieux marins qui avaient voyagé sur le même navire, qui racontaient de la même manière les mêmes histoires de voyage, les mêmes détails sur l’équipage et la même tempête qu’ils avaient essuyés en plein océan, mais qui se traitaient mutuellement de menteur en disant ne s’être jamais vu à bord… Cela dura des années, amusant la ville qui s’attendait à une bagarre, et cela devint un énorme gag quand un vieil officier de marine fit escale à Saint-Nazaire, et reconnaissant les deux marins démêla l’affaire : ils avaient navigué sur le même navire, avec le même équipage, dans les mêmes mers et rivages, mais… à un an d’intervalle ! Ils ne s’étayent pas aperçu de ce détail en raison du fait que durant ces deux voyages dans la même mer, les navires avaient essuyé un typhon…

     

    Le phare fut remplacé le 31 décembre 1904 la tourelle préexistante qui culminait sur une plateforme qui fut arasée.

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    Avec le nouveau phare en 1905

     

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    Le parapet nord du Môle fut détruit par le raz-de-marée du 9 janvier 1924

     

    Dans les années 1930 la fréquentation du Môle était réduite, on avait vidé de presque tous les commerces le quartier, et il ne restait que des habitations modestes et des hangars. Cela devint même un endroit dangereux le soir, des agressions eurent lieu, on osait plus sortir à la nuit tomber vider son pot de chambre sur les rochers, (il n’y avait pas d’égout, ni de fosse, ni même d’eau courante dans le Vieux-Nazaire avant sa destruction). On ne s'y rendait plus que certains dimanches ensoleiller. La destruction de la Vieille-ville l'isola totalement.

     

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    la lentille du phare en 1936

     

    [1] Carte du vignoble nazairien : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2015/11/25/carte-du-vignoble-nazairien-5722067.html 

    [2] À propos de la dispense du droit de billot : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/07/09/saint-nazaire-pays-de-vignobles-dispense-du-droit-de-billot.html 

  • le Château de Porcé à Saint-Nazaire, première partie

     

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    Un château et son nom

     

     

    «  Porcé, nid de verdure au bord de l'Océan,

    Où, doucement, le flot vient mourir sur la grève

    Reçois les compliments de ton obscur amant,

    Car, souvent, en ta crique il vient vivre son rêve...

    Emeraude enchassée dans un cercle d'argent ! »

    Guy Folklore, novembre 1927

     

    Château de Port-Cé en aout 2009, photo L.O.M..

     

    Port-Cé ou Porcé, les cartes ne sont pas d'accord sur l'orthographe du lieu, en fait le nom original est Port Ségurand, ou encore Port Ségouran, du latin Portus-Séguranus, c'est à dire " port protégé ". Sous le règne de Louis XIV, les romains étaient à la mode, et l'on chercha le lieu où s'abrita avec sa flotte Jules César durant les combats navals qui l'opposèrent aux Vénètes et aux Namnètes, entre l'estuaire de la Loire et celui de la Vilaine(1), on associa alors le nom de Port-Ségurand, orthographié parfois en Port-Sé au nom de Portus-Caesaris, en faisant alors Port-Cézaré, Port-César, puis Port-Cé, enfin Porcé(2), on y installa un corps de garde pour surveiller la côte, et le lieu fut alors cartographié Port-Cé… Bien que Port Ségurant soit le nom utilisé dans tous les actes seigneuriaux, le nom de Porcé apparaît pour la première fois sur la carte Cassini en 1783, rendant définitif son usage. On trouve encore les orthographes suivantes jusqu'au début du 20e siècle : Porsay, et Porçay.

     

     

    On y a retrouvé au 19e siècles des subductions de pierres et de briques qui furent attribuées aux romains, mais faute de fouilles réelles la datation reste incertaine. 

    Port-Cé n'a jamais été une seigneurie, il n'a jamais comporté de manoir ou de château avant l'arrivée de la famille Bord. Avant la Révolution c'était un fief, (comprenez un terrain qui se transmettait en partage noble), appartenant aux seigneurs du Bois-Jolland, inféodé à la vicomté de Saint-Nazaire, où l'on piégeait dans des nasses les poissons qui venus frayer dans le ruisseau. L'aveu rendu le 13 septembre 1734 par Jacques Le Pennec, chevalier, seigneur du Bois-Jolland, du manoir de Lesnerac, de Trévécar et d'Escoublac, vicomte du Brontay, etc, commandant de la capitainerie des Gardes côtes de Saint-Nazaire, auprès de Perrine-Françoise de Carné, vicomtesse de Saint-Nazaire précise : « six erraux d'écluse à mettre borgne pour prendre poisson avec leurs issues, décharges et appartenances situées au rang des écluses de Ségurand, près le port dudit lieu, joignant d'autres côtés erraux appartenant au seigneur de Heinlex-Pommeraie, d'autre côté au erraux appartenant à Jacques Bernard, fils Mathurin, qu'il tienne prochement dudit seigneur de Bois Joalland » (A.D.44, E 572).

    Les propriétaires du lieu furent donc les familles Le Pennec, puis de Sesmaison.

    L'aveu du 13 septembre 1734 mentionne dans le dénombrement des biens de la famille Le Pennec seigneur de Bois-Joallan, dans ses article 36 et 37 parmi les terres sises à Gavid (Le Grand Gavy) " l'escluse de Ségurand ". Puis à l'article 52 il est écrit : " Six erraux de terres autres erreaux appartenant au seigneur de Heinleix-Pommeraie, d'autre côté erreaux appartenant à Jacques Bernard, fils de Mathurin, qu'ils tiennent dudit seigneur de Boisjollan ".

    L'emplacement de l'école Ferdinand Buisson et du terrain dépôt des espaces verts de la ville était une vigne : " la vigne du Prieuré" ; elle appartenant en effet au Prieuré Saint-Jean-Baptiste de Saint-Nazaire suite à un don de Friold de Donges en 1079. Saisies à la Révolution, elles avait été acquise par les Sesmaisons. Rappelons que toutes les falaises de Saint-Nazaire étaient couvertes de vignes et que le vignoble nazairien couvrait 250 ha au 19ème siècle, 200 ha au 20ème siècle après que Pornichet soit devenue une commune. La vigne du Prieuré se trouvait réduite après la construction du château des Charmilles à la surface seule du dépôt municipale, elle subsistait encore en 1953 quand la municipalité entra en possession du domaine.

    Seuls bâtiments existant avant la construction du lotissement de Porcé : la métairie de La Vecquerie, propriété de la famille Goy, entre 1804 et 1854, qui devint, à force de rachat de parcelle par Alcide Bord, la ferme du Château de Charmilles. Mathieu Goy, (1792 - 1860), ancien capitaine au long cours, avait hérité de la Vecquerie de son Antoine Goy, qui lui-même l'avait acquise en 1804 suite à la liquidation de la succession de Claude-Louis-Gabriel-Donatien marquis de Sesmaisons. Mathieu Goy conserva pour son usage la maison qui fait l'angle de la rue de La Vecquerie et de la route de Saint Marc, qui était à la fois son logement et son commerce d'épicerie et de restauration, ainsi que trois parcelles de vignes. Il fut promu maire de Saint-Nazaire du 21 décembre 1830 au 22 octobre 1834, sous décision préfectorale. Mathieu Goy avait hérité La Vecquerie de son père, Antoine Goy, qui l'avait acquise en 1804 à la suite de la liquidation de la succession de Claude-Louis-Gabriel-Donatien marquis de Sesmaisons.

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    la plage de Porcé vers 1908, Coll. de l'auteur

    (on voit au fond les vigne de la famille Lebesque qui possédait le domaine voisin de Port-Gavy)

     

    Henri Moret nous apprend que l'on tenta de créer une sorte de station balnéaire à l'image de ce qui se faisait à La Baule, Saint-Marc, et Sainte-Marguerite, le commanditaire était Alcide Bord. Ces maisons sont toutes construites à partir de 1857-58 sur les dessins de l'architecte Alphonse Pinguet, (1832-1888)(3), comme le témoigne une pierre gravée sur l'une de ces villas qui ont toutes le mêmes style, en gré enduits, briques et tuiles mécaniques, garnitures et balcons bois découpés, toutes baptisées de noms floraux : Les Acacias, sur la falaise, dominant la plage près de l'ancien corps de garde transformé en chapelle par l'abbé Créton(4).

     

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    La plage, avec les Acacias, et l'ancien corps de garde devenu chapelle du chanoine
    Coll. de l'auteur
     

    Les Camélias, sur le chemin de La Plage ; Les Glycines qui se trouve à côté de l'école et est invisible depuis la rue, propriété de Constantin-Félix-Camille Nouvellon, (1837-1912), capitaine au long cours ; et le Château des Charmilles, connu à partir de son achat par monsieur et madame Raffegeau sous le nom de " château de Porcé ". Ce type de lotissements sera encouragé par la propagation des découvertes de Pasteur qui recommandera pour la santé les séjours balnéaires et les bains de mer pris par l'impératrice Eugénie et la reine Victoria.

    Commentaires sur la Guerre des Gaules : Ouvrage d'histoire en sept livres constitué de notes rédigées au fur et à mesure de la guerre par Jules César, et rassemblées vers 52-51 av. J.-C.

    2 cf. Fernand Guériff.

    3 François-Alphonse Pinguet, (Saint-Benoit-du-Sault 16 décembre 1832 - Saint-Nazaire 7 janvier 1888), fut d’abord professeur de langues à Montmartre, puis architecte à Nantes en 1857, collaborateur de l'ingénieur Paul Leferme, architecte-voyer de la ville de Saint-Nazaire en avril 1866, il a construit de nombreuses demeures et immeubles en ville, essentiellement autour de la place Marceau, ainsi que les Halls (aujourd’hui à Penhoët), en 1877, l'école (de garçons) de Saillé en 1882. Il était membre de la Société française pour la conservation des monuments historiques et réfuta quelques-unes des affirmations de Léon Maître en question d'archéologie (lui-même en conflit avec René de Kerviler) en s'appuyant sur les observations du sol nazairien qu'il avait pu faire durant ses chantier (cf. Congrès archéologique de France : séances générales tenues à Nantes en 1886). Il fut capitaine des pompiers de Saint-Nazaire, et vénérable de L'Etoile des Deux-Monde, loge du Grand Orient à Saint-Nazaire, (cette loge disparue en 1874/75). Il avait épousé le 20 octobre 1856 à Nantes, Marie-Constance-Emma Jaudeau, (Nantes 13 décembre 1822 – Nantes 12 septembre 1897). Dont il eut Anthime, décédés le 31 décembre 1866 ; et François-Joseph, né à Nantes le 2 janvier 1863. Il est inhumé au cimetière de La Briandais avec sa mère, son épouse, et son fils Anthime. 

    4 Alfred-Pierre Créton, né à Saint-Nazaire en 1842, prêtre en 1867, professeur aux petits séminaires de Nantes et de Guérande dont il fut le directeur, puis vicaire à Saint-Similien de Nantes en 1882, aumônier de l'Hôtel Dieu en 1883, curé de Montoir en 1883, curé doyen de la basique de Saint-Nicolas de Nantes en 1891. Il fut pressenti pour devenir évêque de Vannes en mars 1898, mais se fut Amédée-Jean-Baptiste Latieule qui fut nommé à sa place. Quand il possédait la villa des Accacias, le chemin côtier n'existait pas devant la maison. Il avait aussi fait aménager un portail en bois au bord de la falaise avec un escalier muni d'une rampe en fer qui descendait jusqu'aux rochers sur lesquels se trouvait en bout d'un quai en maçonnerie terminé en un belvédère arrondi doté d'une barre d'appuie demi-sphérique en fer. Il n'en reste que des vestiges, dont les premières marches de l'escalier qui s'arrête de nos jours dans le vide.

     

     

    Propriétaires successifs du Château des Charmilles, dit de Port-Cé

    On trouvera dans ces notes les généalogies et biographies des propriétaires privés. (Les prénoms soulignés sont les prénoms usuels).

     

    Première époque, le château des Charmilles, 1858-1907 :

    La famille Bord. D'Alcide à Gustave...

     

    I° Silvain-Alcide Bord, (le premier prénom est parfois orthographié avec un " y ", mais il est à l'état civil avec un " i " ), né le 21 février 1827 à La Châtre dans l'Indre, décédé au Pellerin le 13 octobre 1888, entrepreneur de travaux publiques. Il était le fils d'Etienne Bord, né le 5 septembre 1798 à Lachatre, et décédé en cette même commune le 27 avril 1857, menuisier comme ses ancêtres, et de Jeanne-Eulalie Vaury, née à Aigurande le 1er juin 1807, (elle était encore vivante et domiciliée à La Châtre à la mort de son fils). Ainsi, contrairement à ce qui a été longtemps dit et publié, les Bord sont du Berry, et non du Limousin. Sa mère était la fille d'un marchand aubergiste, et l'une de ses sœurs, Jeanne-Adélaïde, avait épousé un entrepreneur limousin, Silvain Bujardet, qui fut son parrain, et l'incita à faire des études. 

    devenu employé des Pont-et-Chaussées en 1851, et ingénieur civil en 1859, son parrain influa pour qu'il vienne travailler avec lui à Limoges, et c'est dans cette ville qu'il se maria , et que sont nés ses deux fils. Il s'installa à Saint-Nazaire avec eux vers 1852-1853, afin de participer à création du port de Saint-Nazaire, où il collabora d’abord avec l’ingénieur Paul Leferme, il y fonda sa propre entreprise de travaux publics maritimes, et se fait promoteur en créant le lotissement de Porcé. A la naissance de sa fille en 1864 il réside à Boulogne-sur-Mer, rue d'Alger, et est déclaré entrepreneur du bassin à flot de cette ville, (chantier commencé en 1858 et achevé en 1868). Il retourne à Saint-Nazaire, et sous la direction de Kerviler, il réalisa les travaux de construction du bassin de Penhoët (où il participa aux fouilles ce qui lui permis de se constituer une collection archéologique, composée d'objets usuels et d'armes en bronze mais aussi de poteries et de bois de cerf), et ceux du site des chantiers de la Loire, de 1875 à 1884. En 1883, dans ses bureaux de Saint-Nazaire, Alcide, il dressa avec son équipe et messieurs Kervilès et Gribe (futur surintendant du chemin de fer de Panama), le projet du Canal des Deux-Mers.  Il finança aussi la construction de l'église Saint-Gohard ("une grange atroce" a écrit à son sujet F. Gueriff), construite entre le 23 décembre 1873 et le 14 juin 1874.  D'après les descendants de ses anciens employés, Acide Bord aurait aussi participé à la construction du canal de Suez, nous n'en avons pas trouvé d'informations à ce sujet, mais son fils Gustave le mentionna plusieurs fois à son entourage d'après d'autres sources, et l'on sait que pour la réalisation du canal de la Basse-Loire, une partie des machines et du matériel employé avait auparavant servi pour la construction du canal de Suez... Les travaux du canal de la Basse-Loire avaient été commencé en 1882 par Alphonse Couvreux qui ne sut pas les achever. Alcide repris le chantier le 14 novembre 1885. La reprise du chantier obligea Alcide à avancer la somme de 500.000 fr, en attendant la liquidation judiciaire de son prédécesseur. Cette avance lui posa des problèmes car les représentants de l'Etat firent traîner le dossier, et c'est sur la menace de licencient de 1.000 ouvriers que les fonds prévus lui furent enfin allouer. On lui fit promesse de lui attribuer la médaille de Légion d'Honneur, mais ne fut jamais décoré. Notons qu'Alcide possédait entre autres six dragues pour la réalisation de ses travaux, fonctionnant jour et nuit, dont les noms étaient : La Châtre, L'Indre, L'Alcide, L'Avesne, La Boulogne, et La Penhoët.

    C'est durant la construction du canal qu'Alcide décéda dans une maison du Pellerin. Son corps fut inhumé à Saint-Nazaire, et c'est René de Kerviler, dont il était l'ami, qui prononça le discours sur sa tombe. La Revue historique de L’Ouest publia : " [...] Travailleur infatigable et d’une sollicitude sans bornes pour les malheureux et les ouvriers qu’il employait, personne ne saurait dire le bien qu’il a su faire pour les pauvres, pour sa famille et ses nombreux amis. "

     

     

    A Saint-Nazaire Alcide était domicilié rue de La Paix, au premier étage d'un immeuble lui appartenant, et qu'il laissa à son fils à son mariage, au profit d'une résidence au 20 rue Mercœur à Nantes. Alcide vivait dans cet appartement avec sa femme, ses trois enfants, sa belle-sœur Charlotte-Louise Sazerat, et sa belle-mère, et avec à demeure : un maître d'hôtel, un valet (pour monsieur), une femme de chambre (pour madame), une cuisinière, et un cocher. Onze logements étaient loués à des familles donc les revenus s'évaluaient comme partout à Saint-Nazaire en fonction de l'étage où elles logeaient. Plus on montait d'un étage, plus pauvre étaient les locataires, faible et petits les logements. Seuls les deux premiers étages bénéficient de l'eau courante, en raison de nature du château d'eau situé rue Victor Hugo. Au-delà du second niveau il fallait se rendre dans la cour pour s'alimenter.

    Le siège de son entreprise se trouvait rue du Croisic. Il avait pour associé Arsène Nouteau, (ami d'Aristide Briand dont il fut le témoin durant un duel, qui fut conseiller général et dont une rue de S.-N. porte le nom). Ces locaux disparurent quand on prolongea la rue de Nantes, (cf. article de Gustave Bord à propos de son père dans le Courrier de Saint-Nazaire du 31 mars 1928).

    A Saint-Nazaire, sa position de notable, sa fortune grandissante, le bruit constant de la ville en construction, mais surtout les épidémies régulières de choléra et de fièvres qui firent plusieurs morts, incitent Alcide à se faire bâtir une demeure à l'extérieur de la ville, suffisamment éloignée pour en fuir les désagréments, mais suffisamment proche pour revenir rapidement gérer ses affaires en ville. Son choix se porte alors sur Porcé où dont fait l'acquisition en 1854 de la métairie de La Vecquerie qui comprenait tout le vallon, et par la suite de l'ancienne vigne du prieuré acquise à la Révolution par la famille de Sesmaisons.

    L'ensemble du lotissement de Porcé, qui aurait dû devenir une station balnéaire, est à l'image de ce qui se fait encore en 21e siècle, nous entendons par ces termes que les matériaux sont industriels, que rien n'est personnalisés, aucun artisan d'art n'est intervenu, l'architecte ne s'est pas permis des fantaisies particulières. C'étaient des maisons de vacances aux fenêtres toutes orientées vers l'océan. Le château est en réalité une vaste villa second empire dans le style " chalet " alors très en vogue. Les pièces étaient nombreuses, spacieuses, mais pas démesurées, dotées de grandes cheminées de marbre, dont le bord des foyers était garni de carreaux de Delft, figurant des cavaliers. Tout était conçu pour profiter de l'air marin, de la lumière tout en étant abrité du soleil.

     

    A l'origine la maison ne comporte que le corps central, avec sa tour, l'ajout d'une aile à Est, pour recevoir dans un vaste espace de réception, se fait ultérieurement. Cette aile a été construite en deux campagnes. A l'origine elle est un simple pavillon ajouté, sur un niveau plus bas de deux marches, dont la profondeur ne va pas jusqu'au mur de façade du pavillon central, le mur nord était occupé par une grande cheminée. Gustave, le fils d'Alcide, transforma cette partie en la prolongeant en aile en retour avec la suppression de la cheminée, et l'ajout d'une salle de billard au plafond plus haut que le salon, auquel elle était reliée par une arcade rectangulaire. Une fenêtre à meneaux dans le gout Louis XIII, comme son mobilier, l'éclairait par l'Est. L'ajout de ce billard permis à l'étage la création de la chapelle. Toujours au temps d'Alcide l’aile Ouest, contiguë à la tour, n'existait pas. Il y avait seulement un escalier hors d'oeuvre menant les domestiques depuis le premier étage jusqu'à la cuisine qui était dans une sorte d’appentis en colombages et briques. L'aile en retour à pans coupés est un ajour de Gustave. Par ailleurs, il y avait deux petites fenêtres supplémentaires sur la façade Sud, autour de la fenêtre centrale au premier étage, qui furent supprimées lord de l'ajout de la véranda sur le balcon. Ajoutons que les volets, les lambrequins de toit, et les garde-corps des balcons étaient ajourés en moucheture d'hermine, motif héraldique symbole de la nation bretonne.

     

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    Les Charmilles durant l'hiver 1888-89, détaille d'une photographie réalisée à la demande de Gustave Bord (coll. personnelle.) - 1 cuisine dans appentis en colombages et briques et escalier de service ; 2 conduits de cheminée détruits pour la construction du billard et de la chapelle ; 3 salle à manger ; 4 hall ; 5 petit salon ; 6 grand salon dit " salle des gardes " qui servait de bibliothèque et de salon de musique.

     

    C'est sous l'impulsion de Gustave que Les Charmilles se mutèrent en château. La maison était alors faite pour recevoir, avec au rez-de-chaussée un hall d'où part un escalier centrale en bois ouvragé à double évolution, qui se réunissaient à un inter-palier ou se trouvaient à gauche les wc, puis delà repartaient quelques marches vers un second palier menant aux couloirs des chambres ; au rez-de-chaussée donc, vers l'Est un petit salon s'ouvrant sur une loggia, qui fut par la suite vitrée en vitrail géométriques et transformée en salon d'hiver, et un second salon très vaste, nommée « salle des gardes » qui faisait office bibliothèque et billard doté, d'un parquet alors que le reste de la maison était carrelée, avec une porte fenêtre ouvrant sur le parc au sud, le plafond était garni de poutres de bois entre les quelles se trouvaient des lattes posées en chevrons, le premier tiers de la pièce était coupé par une poutre de fonte appuyée sur deux colonnes de fonte, le second tiers était très de sorte de former une alcôve. Vers l'ouest une salle à manger intime, une loggia, qui fut elle aussi vitrée avec des visseries métalliques par le docteur Raffegeau, faisant office de salon d'hiver, une cuisine et son office, à l'étage une dizaine de chambres, une véranda, et luxe extrême en cette période de catholicisme exacerbé, une chapelle, à l'imitation des familles nobles, située à l'angle Nord-Est. On y accédait par quelques marches qui conduisaient à une fusse tribune, on en redescendait pour accéder à la chapelle proprement dite, de forme octogonale avec une voûte en ogive en stuc. Les six chambres des domestiques étaient sous les combles du corps central, l'aile Est était surmontée d'un vaste grenier, l'aile ouest avait une toiture plate. Il y avait des caves en sous-sol n'occupaient que la moité de la largeur, l'accès se faisait depuis la cuisine et depuis le hall, ainsi que par un escalier extérieur sous le pallier de la cuisine à l'Ouest. Comme nous l'avons écrit les matériaux de constructions étaient simples, carreaux de ciments, lambris bas en sapin tinté, dont les moulures n'étaient que des baguettes cloutées formant des rectangles et des losanges, surmonté d'une frise de 10cm ou 15cm de hauteur, constituée de fuseaux de bois tourné, entre deux moulures, derrière lesquels était "collé du cuir rouge" d'après le souvenir d'une ancienne résidente, mais qui devaient être probablement de la moleskine. Le haut des murs étaient tapissés de lincrusta. L'escalier était en chêne, comme les portes du hall et des pièces de réception, traité dans le style breton. Les volets étaient en bois, ou métalliques, balustres et festons en bois blanc découpés mécaniquement, poutres et colonnes de soutènement en fonte, tout est produit de l'industrie, mais la forme générale du bâtiment, avec sa tourelle, ses nombreuses dépendances, et surtout le lieu de son édification, font que cette demeure a un charme unique, qui malgré sa ruine nous laisse encore rêveurs. Depuis le perron sud, le parc descend en pente douce vers la mer aboutissant à une maison de plage dotée d'un garage à bateau. Le domaine était constitué de 22ha de terres qui s'étendait de la route de Vecquerie à la Plage et du chemin de la Plage jusqu'au sous-bois qui constitue l'actuel parc de Porcé. La propriété comportait plusieurs portails, le principal se trouve encore en 2012 sur la rue de La Vecquerie, entre le blockhaus-tour, (Flakturm Nz 351), et l'école Ferdinand Buisson, il porte à son sommet les initiales B et V, pour "Bord" et "des Vallières", ce portail d'honneur est en fait sur une parcelle séparée du parc du château, (ancienne vigne du Prieuré) ; le chemin de Porcé passe en effet à cet endroit, Alcide Bord chercha à annexer cette partie du chemin communal mais ce chemin existaient depuis bien avant la Révolution, après de nombreuses querelles il dut abandonné son projet. Depuis le portail d'honneur on accédait dont à un second portail ouvrant sur le sommet du parc, un autre portail en fer forgé, plus modeste se trouve le long du chemin de la plage, enfin un simple portail de bois fait face à la plage, l'ensemble de la propriété était clôturé de grillages et de haie, sauf au nord le long du chemin de Porcé où il était bordé d'un mur de pierres. En dehors du château proprement dit il y avait donc de nombreuses dépendances : des écuries construites à l'ouest à peu près à l'emplacement du gymnase, un atelier en haut du chemin de la plage, une maison de gardien près de l'école Ferdinand Buisson, une autre belle maison plus tard baptisée Pornichette à l'emplacement de l'école, et bien sûr la ferme de La Vecquerie à l'emplacement du collège composée d'une maison d'habitation, d'une grange et d'un corps de bâtiment pour les animaux. Notons qu'il y avait aussi une petite vigne située le long du chemin de Porcé à l'interieur du parc du chateau, vigne qui fut arrachée en 1954 par la Ville... Le parc était agrémenté de vases en fonte, de quelques statues, d'un colombier en bois, (simple nichoir au sommé d'un poteau carré planté dans un rond en maçonnerie entre l'aile Ouest et le chemin de La Plage), on peut encore voir deux citernes enterrées qui ont perdu leur pompe. Il était planté d'arbres tétards survivants de l'ancien morcellement agricole qui ont depuis disparus, d'arbres exotiques alors à la mode, dont il reste encore quelques spécimens : cèdres de l'atlas, et plusieurs espèces de palmiers qui ont mal survécu à l'étouffement provoqué par la prolifération des frênes. À propos de ces palmiers, Léon Maître, (1840-1926), historien qui dirigea les archives départementales de Loire-Inférieure à Nantes, ami de Gustave Bord, qui séjourna plusieurs fois au château, parle des " charmes de ce coin de serre qu'on nomme l'anse de Porcé ", dans son ouvrage " Guérande et la contrée guérandaise ". Il y avait aussi autrefois des massifs de camélias, arbuste alors commun à tous les jardins de Porcé, Pierre Loti en avait acheté ici pour les offrir une caisse à Sarah Bernhardt.

     

    Alcide Bord était employé des Pont et chaussées quand il épousa à Limoges la fille de sa voisine de la rue Manigne où il résidait alors, (son oncle, Silvain Bujardet, époux de Jeanne-Adélaïde Vaury, y était entrepreneur, et fut son témoin de mariage). Le 24 février 1851, il épousa donc Marie-Joséphine Sazerat, née le 3 juin 1831 au hameau du Plantadis, à Nexon (Haute-Vienne), décédée à Nantes le 4 avril 1890, fille de Jacques, dit Louis, Sazerat, (Limoges 5 avril 1805 (15 germinal an XIII) - Nexon 9 mars 1837), propriétaire (le domaine du Plantadis à Nexon et en partie un immeuble à Limoges rue Manigne), et de Charlotte, dite Caroline, Cacatte, née à Limoges le 15 août 1808, décédée le 31 octobre 1891 au château des Charmilles, fille de Jean-Baptiste Cacatte, fabricant de porcelaine, et de Suzane Sazerat. (Les Sazerat sont d'une très anciennes famille d’apothicaires et de porcelainiers ayant des ascendances nobles ; Sazerat est aussi le nom d'un des hameaux de Nexon). Elle était par ailleurs la nièce à la mode de Bretagne du côté Cacatte, d'Etienne Tarneaud, ancien commissaire de police de Limoges, qui avait pourvu à son éducation quand elle perdit son père, la logeant avec sa mère en son hôtel particulier ; ce monsieur, fils d'un aubergiste, qui décéda à l'age de 86 ans en 1858, était chevalier de Saint-Louis et avait combattu dans l'armée des Princes. Fervent royaliste, il avait influencé la pensée politique de ses nièces, et ses souvenirs écrits, furent une base pour les recherches de son petit-neveu Gustave Bord. Etienne Tarneaud fut témoins de mariage de Marie-Joséphine.

    Un acte de consentement au mariage passé devant notaire maître Vacher à la Châtre par Etienne Bord et Jeanne Vaury le 30 janvier 1851, Alcide avait justifié de la sa libération du recrutement, et le contrat de mariage fut signé le 3 février 1851 à Limoges, chez maître Dupeytren. De cette union naquirent :

    1° Jean-Baptiste-Gustave Bord, qui suit ;

    2° Jean-Marie-Louis Bord, né à Limoges le 21 mai 1859, déclaré le lendemain, mort à Saint-Nazaire au domicile de ses parents rue de La Paix le 22 septembre 1879 ;

    3° Louise-Eulalie-Jeanne Bord, née à Boulogne-sur-Mer le 5 février 1864, le mariée civilement le 15 novembre 1884, Paris 9e, religieusement le 17 novembre, en l'église Notre Dame de Lorette à Paris, par l'abbé Auguste Touchet, avec Octave-Marie Fidière des Prinveaux, né à Versailles le 3 mai 1855, décédé à Pau le 2 mai 1904, issu d'une vieille famille de notaires de Morlais, passées à nantes à la Révolution, il était fils d'Ernest-Louis Fidière des Prinveaux, juge d'instruction au tribunal civil de Versailles, et de Marie Lefebvre des Vallières, cousin germain de sa belle-sœur Dolorès Lefebvre-Desvallières. L'importante dote de sa femme lui permis l'acquisition du château de la Borde à Eugènie-les-Bains, d'une meute de chasse don Le Gaulois venta la qualité le 27 mai 1886, et de devenir membre de plusieurs cercles ; Unions artistique, Société de tir aux pigeon Les Acacias, etc. L'union figure dans une notice de l'Annuaire de la noblesse de France et d'Europe de 1886. Il avait fait des études de droit, et s'était adonné un temps  la peinture. Au moment de son mariage, Octave était attaché de 4e classe à la conservation du musée du Luxembourg, critique d'art, et fit la monographie du sculpteur Henry-Michel Chapu. Il contribua à l'enrichissement de la collection municipale qui devaient constituer un jour le Musée de Saint-Nazaire en sollicitant des dons de la part d'artistes reconnus et des veuves de ceux-ci. Ainsi le 7 mai 1893 la ville de Saint-Nazaire entra en possession du plâtre original de " Jeanne d'Arc à Domrémy " de Chapu, dont le marbre était au Musée du Luxembourg, (elle est aujourd'hui au Musée d'Orsay). Cette intervention pour l’enrichissement des collections nazairiennes lui value d'être nommé par le Conseil municipal membre de la commission du Musée, mais cette commission n'aboutit pas à la création d'un musée, et il fallut attendre 1902 pour que la ville se dota d'un premier musée. Il quitta ses fonctions d'attaché à la direction des Beaux-Arts en 1895, pour se faire uniquement critique d'art, et reçu les Palme Académiques en janvier 1896. En 1899 il fut employé à la banque Internationale, puis devint en 1901 directeur de la Revue illustrée, mais malade, il dut abandonner cet emploi en mars 1904 ; parmi les témoins du mariage citons : Ernest Legouvé, dramaturge, académicien, (il est aussi le grand-père maternel de l'épouse du peintre George Desvallières), Louis de Ronchaud, directeur des Musées Nationaux, et Charles d'Héricault dont nous allons reparler. Le couple eut deux enfant, Bertrand, dont on ne sait rien, probablement mort jeune, et Anne-Marie, personnalité très mondaine, amie de tout le gratin parisien, infirmière à la Croix Rouge dès 1911, membre de la 5ème équipe à Réthel en août 1914, infirmière-major à l'hôpital du Panthéon, décorée par Poincaré en février 1916 de la médaille d'or des épidémies, après guerre elle fut membre du comité de La Croix Rouge à Paris. Anne-Marie épousa en 1914 André Bourdet, conseiller général du Loiret, qui laissa un fils, François Bourdet, qui n'eut pas d'enfant. Jeanne Bord consacra son veuvage à l’éducation de sa fille et aux bonnes œuvres, elle devient ainsi membre du conseil de la société philanthropique L'Adelphie. Elle décéda le 22 janvier 1960 en son domicile du 122 rue de Grenelle à Paris 7. Le peintre George Desvallières, cousin de son époux, avait réalisé son portrait, perdu depuis, dont il reste une esquisse.

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    signature d'Alcide Bord

     

    Au cours de l'hiver 1878-79, Marie-Joséphine Bord se rendit chez le sculpteur nazairien Alfred Caravaniez dans son atelier de la rue du Dolmen, qui était en réalité une serre (une autre version de l'histoire dit qu'elle envoya en fait Gustave mais il semble bien que c'est elle qui fit la visite). Caravaniez n'avait pas les moyens de payer de quoi se chauffer, ni de rémunérer un modèle. Il posait nu devant un miroir pour l'une de ses œuvres quand madame Bord débarqua ! Elle lui versa une pension à titre de mécénat, incita son époux à faire pression sur le conseil municipal pour qu'une bourse d'études lui soit versée, et avec l'aide de son fils Gustave l'introduit dans le milieu royaliste, ce qui lui procura des commandes.

     

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    Le château au temps de Gustave Bord, vers 1905. Coll. de l'auteur.

     
    II° Jean-Baptiste-Gustave Bord, né le 26 janvier 1852 à Limoges, décédé le 21 avril 1934 à Saint-Malo. Sans profession au moment de son mariage et à la naissance de ses deux fils, il était un érudit, passionné de mathématique, de musique qui devient historien spécialisé sur la période révolutionnaire. Dès l’adolescence il commença à collectionner les vestiges archéologiques, les livres rares, les manuscrit et autographes, les œuvres d'art. Son contrat de mariage dont nous reparlerons plus bas, donne une idée de sa précocité et de ses centres d’intérêt. Royaliste légitimiste, il fut un intime et représentant du comte de Chambord, et intime de la demi-sœur de ce prince, Louise-Charlotte-Marie de Bourbon (1809-1891), par son mariage baronne de Charette, qui fut par son intermédiaire mécène de Caravaniez. Le comte de Chambord l'autorisa à porter le chef de France dans ses armoiries qui se blasonnent : d'argent à deux plumes d'écrivain au naturel, passées en sautoir ; au chef d'azur chargé de trois lys d'or. Devise : FERIR POUR GUARIR, ce qui signifie en vieux français : Frapper pour défendre.

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    Ex-Libris de Gustave Bord, collection L.O.M.

    La tradition familiale raconte que les pins noirs d'Autriche qui poussent dans la parc viendraient du parc du comte.

    Gustave Bord fut l'un des cinq membres du Parti monarchiste autorisés à assister aux obsèques du comte de Chambord en 1883, et rédigea l'Acte d’adhésion au comte de Paris, (retouché et présenté par le baron de Lareinty). Il fonda un comité royaliste cantonal à Saint-Nazaire, et devient conseiller municipal de Saint-Nazaire de 1885 à 1889. De catholique fervent il devint fanatique, totalement antirépublicain, persuadé de la culpabilité des loges maçonniques dans la Révolution de 1789, qu'il accusa d'être " une secte religieuse matérialiste ", et il participa à répandre aussi une stupide et infamante légende qui prétendait que le comte de Chambord aurait été tué à l'aide de poudre de diamant par les francs-maçons ! 

     

    La reprise du chantier de la Basse-Loire : 

    Au décès d'Alcide Bord, le chantier du canal de la Basse-Loire n'était toujours pas achevé. En novembre 1888 Gustave proposa au Préfet de poursuivre les travaux, mais il négligea totalement le chantier qui accumule alors les retards, les malfaçons, et les malversations. Un incident fit éclater le scandale : trois ouvriers furent surpris à bord de la drague La Châtre entrain de jeter à l'eau de l'huile d'éclairage dans le but de faire croire à une consommation plus grande et à des heures supplémentaires de nuit. L'ingénieur Charron qui depuis plus de vingt-ans était chargé par les Ponts et Chaussées d'inspecter les chantiers, réclama le renvoi des coupables. Gustave s'y opposa car il manquait de personnel qualifier. L'affaire remonta jusqu'au préfet qui exigea la mise à la porte. Ce fut le début d'une surveillance permanente motivée par le désir de se débarrasser de Gustave. Paul Joly, l'ingénieur en chef chargé du service de la navigation de la Loire depuis 1854, dans une lettre du 11 décembre 1890 adressée au préfet écrit : " Il ne faut pas chercher dans ces récriminations, qu’un nouveau prétexte pour se débarrasser d’une entreprise devenue très onéreuse entre ses mains, et qu’il ne nous paraît pas en état de mener à sa bonne fin ". Le Préfet mis Gustave en demeure de terminer les travaux pour la fin de l’année 1891, ce qui lui était impossible. Le Ministre somma le Préfet d'en finir. Ce dernier décida le 12 juin 1891 de retirer à Paul Joly la direction qui fut remise aux ingénieurs Charron, Babin, et au conducteur Bechtold. Il fit aussi appliquer la mise en régie de l’entreprise Bord. Il y eu des accusations de fraude sur le cubage des pierres extraites des carrières, des contestations sur le volume des vases réellement draguées, et surtout le reproche d'un dépassement du budget annuel alloué et du retard important sur la date de mise en service prévue. Le 15 juin 1891 les Pont et Chaussées prirent possession du chantier et du matériel présent. La gendarmerie dut intervenir car les ouvriers, inquiétés de leur devenir, se révoltèrent. Gustave Bord demanda une indemnisation de 24.000.000 fr à l'Etat, qui lui versa 17.925.829,20 fr. Gustave entra en conflit avec l'Etat au sujet du montant du rachat du matériel. Ses experts évaluaient celui-ci à une valeur de 2.480.796 fr, les Ponts et Chaussées donnèrent une estimation de 1.337.976,45 fr. Le Préfet rendit deux rapports, les 18 juin et 17 juillet 1894, dans lesquels il attaqua Gustave avec messieurs Dinet et Monmerqué. Gustave demanda révision d'expertise auprès du Conseil de la préfecture le 27 octobre 1894. Finalement le Conseil d’Etat débouta Gustave le 26 décembre 1897. Les ingénieurs et hommes d'état d'alors étant presque tous des francs-maçons avérés, Gustave vit là une connivence de la part d'un groupe que ses opinons rejetait.

    De leur côté les ouvriers virent leurs salaires fortement diminués car l'on jugea qu'Alcide, puis Gustave, les payaient trop. Le canal fut mis en service le 1er septembre 1892,  (Cf. Jean-Luc Ricordeau, " Des hommes et un canal ", Société des historiens du Pays de Retz, juillet 2010). La société de travaux publics Bord fut liquidée liquidée.

     

    Train de vie et écriture :

     

    L'affaire du canal n'empêcha pas Gustave de continuer à vivre sur un grand pied, en dépensant sans compter et en gérant très mal ses avoirs. Il commença à prendre les usages du Gratin en prenant dès 1885 un logement à Paris, et en faisant paraître dans Le Gaulois ses allées et venues entre Les Charmilles et la capitale. Il partait ainsi fin juin pour son château, suivant l'usage de l'aristocratie qui quittait Paris pour la campagne après le grand-prix de Lonchamp, et ne rentrait à Paris qu'à la fin mars ou au début d'avril.

    Son beau-frère Octave le parraina avec Maurice Bucquet, (1860-1921), célèbre chasseur mondain et tireur sportif, qui participa aux Jeux olympiques de 1900, pour le faire recevoir comme membre du cercle de l'Union artistique. Il devint rapidement membre du la Société des artistes français, qui organisait le Salon d'Automne, cercle où il fut très actif, et auprès duquel il dépensa beaucoup en mondanités.

    Il devint membre de l'Union des yachts français, suite à son acquisition en juillet 1895 d'une goélette vapeur à hélice et coque d'acier, " Olivia ", qu'il rebaptisée " Lola ", (lettres sémaphoriques : MRVD - Port de Saint-Nazaire- construite en 1883 à Glasgow par A. & J. Inglis - tonnage 105 - longueur totale 35 m - bau : 4,35 m - creux : 2,90 m -tirage d'eau 1,5 m ; 100 chevaux), et fit enregistrer comme guidon les armes de sa mère : d'azur à la cotice de gueules, accompagnée de deux lions d'or.

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     Guidon de navigation de Gustave Bord

     

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    La Lola en 1898, le capitaine en était alors Fardel, qui avait succédé en avril au capitaine Tual, (coll. particulière)
     
     
     
    La famille Bord fit de nombreuses croisières à bord de ce yacht, accompagné par le couple Des Prinveaux-Bord et les cousins Des Vallières, notamment sur les côtes espagnoles et portugaises. Gustave Bord fut le premier (ou le second ?) nazairien à posséder une voiture.

    Il commença à participer des 1879 à La Revue de Bretagne et de Vendée, avec une série d'articles intitulés " Les préliminaires de la guerre de Vendée ", puis il fonda à la fin de l'année 1882, avec l'orléaniste Charles d'Héricault de La Revue de la Révolution, dont le premier numéro paru en janvier 1883, qu'il dirigea jusqu'en 1890, où il signa des article sous le pseudonyme de " vicomte B. d'Agours "(cf. sa fiche à la BNF). Il écrivit aussi des articles dans Le Correspondant, L'Éclair, collabora à L'Intermédiaire des chercheurs et des curieux dont le créateur était son ami, et à partir de 1912 dans la Revue internationale des sociétés secrètes, ou encore La revue bleue. En parallèle il fut l'auteur entre autres de : 

     

    • Saint-Nazaire sous la Révolution, 1789-1790 ; Saint-Nazaire, Frédéric Girard imprimeur, 1881 ;
    • Le patriote Bournonville, 1791-1792 ; Saint-Nazaire, Frédéric Girard imprimeur, 1881 ;
    • Inauguration du bassin de Penhouet, 8 mai 1881 : Saint-Nazaire, F. Girard imprimeur, 1881, (à la demande Kervilers) ;
    • La Prise de la Bastille, conséquences de cet événement dans les provinces jusqu'aux journées des 5 et 6 octobre 1789, Paris, Honoré Champion, 1882 ;
    • Le combat du 13 prairial an II et La légende du vengeur, Nantes Imprimerie Vincent Forest et Emile Grimaud, 1883.
    • Un épisode de l'histoire de Saint-Nazaire : les pilotes de Saint-Nazaire en 1791 ; Saint-Nazaire, Girard imprimeur, 1883 ;
    • La vérité sur la condamnation de Louis XVI : liste des membres de la Convention et de leurs suppléants, Paris, A. Sauton, éditeur. 1885 ;
    • Napoléon et ses derniers historiens, Paris, A. Sauton, 1887.
    • Histoire du blé en France : Le pacte de famine, histoire-légende, Paris, A. Sauton, 1887 ;
    • La France moderne et l'ancien régime, Vannes, E. Lafolye, 1888 ;
    • Catalogue d'une collection importante sur la Révolution Française & L'Empire : histoire, mémoires, pamphlets, journaux, bibliographie, beaux-arts, etc., provenant de la bibliothèque de Gustave Bord, Paris, Vve. A Foulard, 1904 ;
    • La fin de deux légendes : l'affaire Léonard, le baron de Batz, Paris, H. Daragon 1909 ;
    • La conspiration révolutionnaire de 1789, les complices, les victimes, Paris, Bibliothèque d'histoire moderne, 1909 :
    • Rosinat Stoltz, Paris, H. Daragon, 1909 ;
    • La franc-maçonnerie en France des origines à 1815Tome 1er. Les ouvriers de l'idée révolutionnaire (1688-1771) ; Nouvelles Librairie nationale, Paris, 1909, (qui se voulait être une liste brûlot des loges maçonniques, mais qui est devenu malgré lui un outil de recherche pour les francs-maçons, et que l'historien académicien  Frédéric Masson éreinta dans une critique parue le 7 novembre 1909 dans Le Gaulois en commentant que " les listes authentiques des maçons s'arrêtaient en 1789 ") ;
    • Les inondations du bassin de la Seine, 1658-1910, Paris, chez l'Auteur, 1910 ;
    • Le Dauphin, Paris, E. Paul, 1911 ;
    • Étude sur la question Louis XVII – Autour du Temple (1792-1795)III Pièces justificatives, Paris, Émile-Paul, 1912 ;
    • Autour du Temple (1792-1795), (4 tomes), Paris : Emile-Paul, 1912 ;
    • Législation des grains ;
    • Changements apportés aux noms de villes pendant la Révolution ;
    • Histoire de l'épiscopat français ;
    • Une émeute à Saint Nazaire en 1791 ;
    • Lendemain de Révolution ;
    • L'histoire de la Révolution et la méthode de M. Aulard, Paris, Émile-Paul, 1914
    • Grandes et petites légendes, Saint-Nazaire, Imprimerie du Courrier de Saint-Nazaire, 1930.
    • La maison du "dix-huit brumaire ", Paris, Editions Neptune, 1930, en collaboration avec L. Bigard.

    sous le pseudonyme de Vicomte B. d'Agours :

    • Documents inédits pour servir à l'histoire des soulèvements de Mars 1793 dans le département de La Vendée, Frédéric Girard imprimeur à Saint-Nazaire, 1883 ;

    et fit éditer et annota :

    • Mes trois mois de prison dans la Vendée : mémoires d'un capitaine des volontaires de Sillé-le-Guillaume envoyé en Vendée en 1793, Nantes, Vincent Forest et Emile Grimaud, 1882 ;
    • Documents pour servir à l'histoire de la Révolution Française, en collaboration avec Charles d'Héricault, Paris, A. Saudron, 1885 ;
    • Notes sur les tribunaux criminels sous le directoire, d'après des documents inédits recueillis et annotés, Nantes, imprimerie Bourgeois, 1882 ;
    • Papiers du comte Molé, Paris, A. Sauton, 1887.

    La majorité de ses publications le furent à compte d'auteur, et sa revue ne lui rapporta jamais d'argent. Gustave dépensa sans compter durant des années pour ses publications et pour l'achats de manuscrits et d'objets pour ses nombreuses collections. Si ces publications furent traitée avec exactitude, elles sont cependant dans un style laborieux.Déjà de son vivant les critiques s'en plaignaient, comme la Revue bleue, qui en 1909 à propos de Rosinat Stoltz dit : " Gustave bord écrit avec une pittoresque audace, dont son style incorrect est çà et là comme relevé ". Cependant la revue lui procura l'image d'un historien spécialisé des la période Révolutionnaire, et fit de lui une référence en la matière, quoiqu'on lui reprocha régulièrement son attitude à orienter tout à la faveur des royalistes, et de travestir ainsi souvent les faits par des commentaires trop partisans.

    Sa correspondance d'entre 1882 à 1932, tombée dans des mains étrangères, a été vendue en salle des ventes à Paris en 2005, elle comprenait des échanges avec les historiens Léon de La Sicotière, Henri Wallon, le marquis de Lescure, Alphonse Aulard, les écrivains et critiques littéraire Hippolyte Babou et Edmond Biré, Gustave Desnoiresterres, Georges Montorgueil fondateur de L'intermédiaire des chercheurs et des curieux, Henri Lavedan, l'avocat Claudio Jannet auteur antimaçonique, imprimeur-éditeur parisien, mais aussi le recteur de l'Institut Catholique de Paris monseigneur Maurice Le Sage d'Hauteroche d'Hulst, l'abbé Ernest Jouin, vicaire à Saint-Augustin et curé de Saint-Médard à Paris, réputé pour ses jougs contre les francs-maçons par journaux interposés, théoricien du complot, et antisémite notoire..

     

    Gustave était l'ami de l'historien et sociologue Augustin Cochin, qui étudia et analysa la période révolutionnaire ainsi que la franc-maçonnerie, sans pour autant y voir dans cette dernière, comme Gustave, un groupe désireux de nuire à la monarchie. Cochin lui présenta l'historien et écrivain Jean de Pange. D'après De Pange, Gustave était " entouré de mystères ", et avait une personnalité "gaie et affable ".

    Devenu une référence quand il était question de la période révolutionnaire et du destin de Louis XVII, ont fit appelle à lui dans le journal le Gaulois, entre 1905 et 1911, pour s'exprimer sur des publication de G. Lenotre, ou encore sur le cas Naundorff, dont l'un des descendants avait intenté  un retentissant procès en diffamation  contre les gérants du journal La Patrie, parce qu'ils avaient mis en cause la véracité des prétentions de ce faux-dauphin. procès dont il fut appelé à être l'un des témoins de la défense ; (l'affaire remonta jusqu'au Sénat qui renvoya les Naundorff dans leurs prétentions).

    Le Gaulois, avait fait dès 1887 l'éloge de sa revue par la plume du poète et académicien royaliste Emile Augier, le citait encore en référence en 1927, en reprenant régulièrement ses interventions dans l'Intermédiaire du chercheur et du curieux.

    En février 1906, il fut l'une des personnes invitées à assister aux recherches (infructueuses) des cercueils de Corneille et Dugay-Trouin en l'église Saint-Roch.

    En novembre 1906, c'est lui qui fut chargé d’accueillir, avec Diaghilev, les grands-ducs Vladimir, Alexis et Cyrille, l'infante Eulalie, à la grande soirée des ballets russes organisée par la Société des artistes français, en présence des ambassadeurs de Russie, d’Italie, l'ambassadeur de France en Russie Bompart, du ministre de Belgique et de la comtesse Greffulhe.

    Par ailleurs passionné de théâtre, Gustave était lié au bibliophile Auguste Rondel (1858-1934), qui avait acquis auprès de lui deux manuscrits reliés aujourd'hui à la BNF, concernant deux actrices du 18e siècle, Mademoiselle Montansier, et Julie Talma. Il fut parmis les membres cité dans l'assistance aux obsèques de Victorien Sardou le 11 novembre 1908.

    Gustave Bord avait aussi une oreille musicale presque absolue ; il était capable de dire à la sortie d'un concert qui dans l'orchestre avait joué une fausse note. Sa collection de partitions originales et d'instruments anciens était fabuleuse.

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    signature de Gustave Bord

     

    Mariage, descendance et fin de vie :

     

    Gustave Bord épousa à Saint-Nazaire le 26 juillet 1880 Jeanne-Dolorès Lefebvre-Desvallières, dite des Vallières, et surnommée Lola, née le 13 août 1860 à Ville d'Avray, (anciennement en Yvelines, aujourd'hui en Haut de Seine), décédée en février 1918 à Rabat (Maroc), fille d'Anatole-Marie Lefebvre-Desvallières, (Paris 22 octobre 1837 - 19 août 1925 Vannes), alors receveur particulier des finances à Saint Nazaire (il devint en 1896 régent de la Banque de France Vème Siège), et de Luisa-Prospera-Francesca de Barberia, dite Louise et surnommée "Tita", (La Havane 1842 - 7 mai 1917 Vannes) (elle était fille de Sévérino de Barberia, consul d'Espagne, et de Dolorès  Salaméro). Dolorès eut pour témoins son oncle paternel Ernest-Louis-Prosper Lefebvre-Desvallières, et pour second témoin son cousin germain par filiation paternelle Octave-Marie Fidière des Prinveaux. Un contrat de mariage, négocié par les mères, fut signé chez les parents de la promise, rue du Croisic, devant maître Georges Le Besque, notaire à Saint-Nazaire. Les Bord donnèrent à leur fils 30.000 fr le jour de son mariage, et la promesse du versement sur une période de huit ans de la sommes de 100.000 fr placée à 5% d’intérêt, en biens propre Gustave apportait 100.000 fr en argent comptant, une bibliothèque dont les volumes concernaient les sciences, belles-lettres, littérature et histoires et comprenait des manuscrits et autographes, estimée avec les meubles à 40.000 fr, une collection d'armes, statues, bronzes (dont des bols antiques provenant des fouilles de Penhoët), tableaux, estimé à 5.000 fr, le mobilier d'une chambre à coucher en noyer ciré estimé à 3.000 fr, pour 4.000 fr de vêtements, linge de maison et argenterie, un cheval de selle estimé 2.000 fr, avec son équipement à 1.000 fr. Dolorès apporta un trousseau d'une valeur de 16.000 fr, (habits, vêtements, linges et effets à son usage personnel 3.000 fr ; bijoux, châles, dentelles : 10.000 fr ; piano à queue 3.000 fr), 10.000 fr le jour du mariage, et une rente annuelle de 2.500 fr payable par trimestres avec réserve de versement du capitale d'une valeur de 50.000 fr. Les sommes, (à l’exception des 3.000 fr de la mariée et de son trousseau), devaient revenir aux familles en cas de décès sans enfants. La communauté était réduite aux acquêts, en cas de séparation, Dolorès avait la possibilité de récupérer sa dote et de garder tout ce qu'elle aurait hérité ou reçu durant l'union, ce point la sauvera de la ruine en 1907 quand elle se sépara de Gustave. (En comparaison un ouvrier travaillant 15 heures par jour, 6 jours par semaine, pouvait espérer un mieux un salaire annuel de 1.450 fr, et une ouvrière 700 fr).

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    Signatures du contrat de mariage du 24 juillet 1880. On distingue : Dolorès des Vallières, Gustave Bord, Luisa des Vallières, Louis Sazerat (tante maternelle de Gustave), Alcide Bord et Josephine Bord, Caroline Sazera (grand-mère maternelle qui précède son nom de " veuve"), Anatole des Vallières, Jeanne des Vallières (sœur de Dolorès), Jeanne Bord (sœur de Gustave), une signature illisible et celle du notaire.

     

    Le mariage religieux fut célébré en l'église Saint-Nazaire le 26 juillet 1880 par le parisien abbé Auguste Touchet, Gustave fit publier en 1885 son allocution, avec celle que le même avait fait au mariage de sa sœur Jeanne, en 1884. Ils se domicilièrent à Saint-Nazaire rue de La Paix dans la maison des Bord, où naquirent :

    1. Henri-Louis-Georges Bord, né le 30 avril 1881 à Saint-Nazaire, bachelier, vivant avec sa mère à partir de 1907 jusqu'en 1910, il demanda par publication au Journal officiel du 20 octobre 1908 à prendre le nom de " Bord de Pierrefitte " ce qui lui sera refusé. C'est cependant sous ce nom qu'il prit part à la cérémonie de mariage de sa cousine Magdeleine Blondel le 27 novembre 1909 comme le témoigne un article du Gaulois paru le lendemain. Il prit un logement en 1910 Paris, 1 square Alboni, et débuta une vie mondaine qui lui fit côtoyer le gratin parisien. On le trouve ainsi cité comme participant au fameux bal donné par le comte et la comtesse de Bonvouloir en leur château de Magny-en-Bessin en août 1912. Il vivait chez sa mère à Rabat à la déclaration de guerre. Dispensé du service militaire en 1903, 1904 et 1905, pour "un fibrome douloureux à la fesse gauche ", à la mobilisation générale, il rejoignit, e 4 août 1914, la Compagnie Territoriale de la Région de Rabat et fut ensuite affecté à la Subdivision de Fez le 1er avril 1916 et fut décorer de la médaille Coloniale du Maroc, et reçu le titre d'entreposeur de tabacs (Décision 2701 du 22 avril 1917 du Général Commandant la Subdivision de Fez, le général Just Cherrier). Il y fréquenta le maréchal Lyautey et son épouse, Ines, avec qui Dolorès s'était liée. Au décès de Dolorès il continua des résider au Maroc jusqu'à sa complète démobilisation en mars 1919, il regagna alors son adresse parisienne. Il hérita de sa mère le manoir du Bon-Don. En mai 1923 il séjourna à l'hôtel des Anglais à Menton sous l'identité de " Henri-Georges Bord de Pierrefitte ", et rencontra le prince Louis II de Monaco qui cherchait un nouveau chambellan. Le maréchal Lyautey, répondant le 23 décembre 1923 à une demande de renseignement du Prince à son sujet, en avait brossé un portrait flatteur : " […] Il est charmant, très droit, consciencieux, d’une probité absolue - il a un goût remarquable au point de vue arts, intellect, organisation -et je l’ai largement utilisé dans les ordonnances, une personne mieux que lui ne peut mieux. Il a des façons charmantes, qualité élevée d’une mère honorable avec qui ma femme fut liée et qui a été enlevée brusquement il y a quelques années. Il a été pour elle le meilleur des fils […]  ", et expliqua son départ du Maroc " en raison du climat qui ne convenait pas à sa santé " (renseignements fournis par le Palais de Monaco). Par Ordonnance souveraine du 4 janvier 1924, le prince Louis II de Monaco fit Georges Bord de Pierrefitte chambellan. Cette fonction lui permis de rencontrer plusieurs personnalités du monde politique et des cours européenne, notamment le roi de Suède, Gustaf V. Durant ce laps de temps, et ce malgré ses obligations officielles, sa vie mondaine s'intensifia en France. Il fit de nombreux séjours au château de Marchais, résidence de plaisance du Prince en France. La famille princière avait de l'estime pour Georges. Le comptes rendus dans le journal officiel de la Principauté révèlent que le Prince Louis II, la princesse Charlotte et le prince Pierre, lui faisaient prendre part à leurs repas officiels ce qui est peu commun pour une cour, surtout devant des souverain étrangers dont les étiquettes étaient plus rigides. En août 1925 il se rendit à Vannes avec son frère pour assister aux funérailles de son grand-père maternel. Le 26 novembre 1926, Georges proposa sa démission au Prince en raison d'accusations portées à son encontre par un valet du château de Marchais qui lui reprocha d'avoir eu envers lui un "comportement déplacé ". Le Prince ne voulant croire à la véracité des accusations, refusa au début la démission, puis, après quelques semaines, lui demanda finalement de la représenter. Lui gardant sa haute considération, le Prince lui accorda un congé avec solde pendant un an afin de ne pas le mettre " dans une situation financière trop difficile ". Il est indiqué dans les archives du Palais de Monaco, Georges tomba malade et affichait un état de faiblesse important quand éclata l'affaire. Il prit congé le 22 décembre 1926. Le prince demanda une enquête complémentaire, il semble, à la lecture de la correspondance du Souverain, qu'il était désireux de conserver son chambellan dont il était satisfait. Hélas, les accusations portées par le valet furent confirmées par le Régisseur du château de Marchais qui révéla d'autres incidents avec des fermiers, des ouvriers, deux cantonniers âgés de 52 et 56 ans, ainsi que par des témoignages parvenus du Maroc obtenus par Marc Mallet, directeur de la Sûreté publique de Monaco, suivant une lettre du 3 janvier 1927 adressée à monsieur Teuly, directeur de la Sûreté générale au Maroc. Teuly expliqua que Georges fut nommé entreposeur de la Régie des tabacs à Fez sur intervention du maréchal Lyautey, " après un stage assez court, emploi dans lequel il se montra assez nul. Très mondain, il s'occupait davantage de réunions élégantes qu’il organisait avec succès et grâce aux relations très suivies qu’il entretenait avec le Général Commandant la région. En raison de son incapacité et de ses négligences,il fut conduit à démissionner et reçut en compensation une gratification qu’on évaluait à 25.000 fr. Il disparut aussi tôt. " (réponse du 14 janvier 1927 ; Archives du Palais de Monaco). Par ailleurs, Teuly confirma l'homosexualité de Georges et renseigna que Georges fréquentait intimement Maurice Tranchan de Lunel, architecte de renom, homosexuel et opiomane notoire, qui au Maroc occupait les fonctions d'Inspecteur général des Beaux-Arts. Si l'homosexualité avérée de son chambellan, ne choqua pas le Prince, l'attitude que Georges avait envers les hommes pour qui il ressentait du désir était faite de telle manière qu'il n'était pas possible de le rétablir. Sa démission fut rapidement entérinée. Dès le début de l'année 1927 Georges, retourné dans son appartement parisien, fut plus rare dans les chroniques mondaines et ne figura plus dans les annuaires mondains en 1929. A partir de sa démission, il ne fréquenta plus que des goûtés-bridge, des après-midis musicaux, des conférences organisées par la Fédération des Artistes français, à quelque soirées offertes par des aristocrates parisiens dont l'homosexualité n'était pas un mystère. Sa subsistance semble avoir été assurée par l'année de salaire accordée par le prince Louis II et la vente du manoir du Bon-Don à la famille Lessoile, (passé par alliance dans la famille Mahé). Georges disparut des chroniques mondaines vers 1933. Il fut le seul membre de la famille assistant aux obsèques de Gustave le 23 avril 1934 à Saint-Malo, et à l'inhumation le 24 avril à Saint-Nazaire ; reclus en son logement du 16 Square Alboni à Paris 16, sa fin de vie reste mystérieuse, il décéda le 2 février 1941 à la clinique Oudino à Paris (07), son frère Jacques étant par la suite évasif à son propos. Il a été inhumé dans la chapelle des Bord à Saint-Nazaire, mais aucune gravure ne l'indique.
    2. Henri-Sylvain-Jacques Bord, né à Saint-Nazaire le 6 août 1882, vivant avec sa mère à partir de 1907, il figure dans les annuaire mondains de cette époque sous le nom de Bord de Pierrefitte, mais c'est sous le nom de Bord, que vivant, depuis 1913, 14 rue de Tocqueville à Paris, (à quelque pas de l'appartement de la femme de lettre nazairienne Marc Hélys), et déclaré comme " homme de lettres " de profession, qu'il se maria à Versailles le 5 mars 1915 avec Lucrèce Protopopesco, née le 29 octobre 1884 à Roman, județ de Neamț, circonscription de Moldavie, en Roumanie, déclarée dans l'acte comme vivant 71 avenue de Wagram à Paris, sans profession, fille de de Vasili Protopopesco, militaire, et de Lucrèce Protopopesco, tous deux décédés ; le jour de leur union, Jacques déclara reconnaître comme sienne la fille que son épouse avait eu, Irène Protopopesco, née le 27 mars 1902 à Roman en Roumanie ; ce mariage, contracté sans contrat, fut annulé par jugement du tribunal civil de la Seine le 22 avril 1922. Durant la Première guerre mondiale, il est nommé brigadier, (25 octobre 1914), est affecté à l'équipe des bombardiers du 3ème Corps d'Armée le 5 mars 1915, passa au 59ème Régiment d'Artillerie le 2 juin 1915, puis 83ème d'Artillerie le 14 jan 1916, passa le brevet de pilote d'avion lourd (n°5336) le 19 mars 1917 (confirmé par le Comité Départemental de la Seine le 6 décembre 1937. Rayé du personnel navigant de l'Aéronautique le 13 mai 1927), il fut nommé sergent le 2 septembre 1917. Retourné à Paris, il prit domicile avec son épouse Lucrèce au 6 rue Théodule Ribot, ans le 17ème. Puis il parti au Maroc, à Meknès, où il fut sous-directeur de l'Entrepôt des Tabacs, sans son épouse restée à Paris. au Maroc, il pris à l'imitation de son frère la nom de Bord de Pierrefitte. C'est du Maroc qu'il signa, sous le seul nom de Bord, l'acte authentique autorisant Irène, sa fille légitimée, alors mineure, d'épouser le 6 octobre 1926, à Paris 17ème, Charles-Emiles-Paul Gauthier, (Asnières-sur-Seine le 28 décembre 1895 - Luynes 1er janvier 1980), croix de guerre, directeur des affrètements maritime de la maison Daher. Ce mariage annulé par jugement du tribunal de la Seine le 23 mai 1933 et l'on ignore ce qu'il est advenu d'Irène. A son retour en France en octobre 1923, Jacques, séparé définitivement de Lucrèce, s'établit 9 rue Fanny Pecot à Nantes, il fut alors employé comme inspecteur par la société la Société foncière du Nord, et l'était encore quand il tua par accidentellement en août 1929 Juliette Loisel, une enfant de trois ans qui échappa à sa mère et traversa devant son automobile à proximité du village de Bel-Air en Miniac-Morvan (35). En août 1925 il assista aux funérailles de son grand-père maternel, c'est la dernière fois qu'il participa à une réunion familiale. C'est sur présentation d'un acte de réputation au nom de Bord de Pierrefitte qu'il justifia de son identité quand il reconnut le 7 septembre 1926 comme son fils Philippe-Jacques-Gabriel Garnier, né à Paris 8e le 28 août 1926, qu'il eut Gabrielle-Anne Garnier ; Philippe-Jacques-Gabriel Bord de Pierrefitte, décorateur, se maria le 20 octobre 1949 à Marseille avec Régine-Mathilde-Alphonsine Guillermain, née le 21 novembre 1923 à Marseille, décédée le 18 novembre 2013 à Marseille (d'où postérité) ; Philippe décéda le 10 décembre 1955 à Paris 12e sous le nom Bort de Pierrefitte. Jacques parti vivre au Maroc avec son fils et sa concubine durant quatre années et était déclaré en 1937 domicilié à Paris 36 rue de l'Abbé Groult (15e). C'est toujours sur présentation de son acte de réputation que Jacques se remaria sous le nom Bord de Pierrefitte à Marseille le 28 septembre 1940, suivant contrat de mariage du 14 septembre chez maître Cachia, notaire à Marseille, avec Gabrielle-Anne Garnier, née le 8 décembre 1899 à Salon-de-Provence, décédée à Marseille le 20 décembre 1982, fille de Raymond Garnier et de Jeanne Joséphine Magdeleine Lugeyre, mère de son fils, légitimé de fait par ce mariage ; Jacques était alors agent général de L'Illustration et résidait 448 rue Paradis. Il décéda sous le patronymique Bord de Pierrefitte le 22 janvier 1971, en son domicile du 153 boulevard Chave à Marseille. Il n'eut pas au contraire de son frère de vie mondaine. On ignore s'il eut d'autres enfants, ni quelles furent ses publications littéraires. A la fin de sa vie une tumeur lui avait perdre l’œil droit et portait donc, comme son père un œil de verre.

    A la naissance de ses fils, Gustave se déclara sans profession.

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     Dolorès Bord en 1917 à Rabat, détail d'un portrait par Jean de Gaigneron, (coll. privée).

     

    En 1885 Gustave Bord avait pris location d'un appartement au 55 avenue des Champs Élysées à Paris, à l’angle de la rue de La Boétie, et à partir de 1897 il fit publier dans l'Annuaire des châteaux, qu'il résidait au château des Charmilles à Saint-Nazaire, en plus de son adresse parisienne, qui, en 1899 changea pour le 60 rue de Londres, face au pont de l'Europe, au 32 rue La Boétie en 1904, puis en 1907, le couple et leurs fils résident au 145 rue de La Pompe dans le quartier de l'Etoile. Il n'est pas propriétaire de ses logements parisiens, l'immeuble de la rue de La Pompe appartient à la Compagnie d'assurance sur la Vie. Son adresse nazairienne figuraient des les carnets mondains comme sa résidence d'été chaque année dès les 29 juin ; il retournait à Paris en septembre.

     

    Le château des Charmilles était meublé avec goût, même si les meubles acquis par le couple Gustave-Dolorès étaient de facture industrielle dans le style " néo-Louis-XIII " alors en vogue, en noyer, très coûteux à l'achat, sans une valeur marchande particulière de nos jours. (Ce mobilier fut vendu avec la maison au Raffeageau, le dressoir de la salle à manger ainsi que la table ronde et ses chaises sont toujours à Saint-Nazaire chez des propriétaires différents. Les chaises portent sur le cuir de leur dossier les lettres BV enlacés, pour Bord-Vallières). Gustave était lui un collectionneur, instruments de musique, objets d'art et de curiosités de la fin du 18e siècle s'entassent dans les pièces du château, et surtout il possédait une importante bibliothèque et une collection réputée de manuscrits révolutionnaires. Son appartement parisien comportait une vaste bibliothèque où il recevait. Ajoutons qu'en 1903, George Desvallières, fit le portrait de Dolorès sous le titre de " Portrait de madame Dolorès G. Bord ". Dans ce portrait en pied, sa cousine figurait dans une toilette très élégante avec une cape d'hermine. Dolorès en fit don à sa sœur Jeanne-Marie des Vallières, (Ville d'Avray 26 septembre 1863 - Paris 29 octobre 1924), épouse d'Albert-Louis Blondel. Transmis ensuite à des nièces par alliance, la toile est malheureusement amputée dans les années 1980 afin d'entrer dans un appartement moderne, passant des dimensions 110 x 80 cm, 43 x 31 in., à​ 75 x 61 cm, 30 x 24 in.​, (cf. Ambroselli de Bayser, Catherine, avec la collaboration de Thomas Lequeu et Priscilla Hornus, George Desvallières, Catalogue raisonné de l'œuvre complet, Paris : Somogy éditions d'art, décembre 2015. T II, p. 171, CR 828).

     

    Gustave Bord et son épouse laissèrent à Saint-Nazaire l'image des personnes généreuses. Gustave fit de nombreux dons pour financer l'entretient de l'église Saint-Gohard que son père avait contribué à construire. En 1897, à la création de la salle 6 de l'Hôpital, dite salle Sainte-Anne, il donna les 5.000 fr que nécessitaient l'achat du mobilier, avec condition qu'on n'y retira jamais du mur le crucifix qu'il offrit.

     

    En juillet 1905 Gustave perdit l'œil droit suite à l'apparition d'une tumeur (son fils Jacques connu le même sort). Cette maladie ne l'empêcha pas de poursuivit plus ardemment ses activités littéraires, politiques, et antimaçonnique. Gustave perdit peu à peu le bon sens et la raison, il devint totalement fanatique, persuadé d'un complot perpétuel de la franc-maçonnerie contre le Roi, l'Eglise et la France sa fille aînée. La loi de 1905 qui sépare l'Eglise et l'Etat, la réforme des congrégations qui entraîna l'exil de millier de religieux, et surtout les inventaires des églises qui furent l'objet d'affrontements entre gendarmes et paroissiens, finissent de le conforter dans sa paranoïa, il associa dans son esprit la République et franc-maçon, au point d'affirmer que si l'on supprimait le principe d'égalité les loges-maçonniques disparaîtraient, le tout soutenu par de longues théorisations alambiquées nourries des écrits d'Augustin Barruel. C'est aussi en 1905 qu'il se retrouve en faillite en raison de ses dépenses somptuaires et de désintéressement à se constituer des revenus, et ce malgré une tentative de relancer l'activité de son entreprise en se rendant adjudicataire des travaux de réalisation des deux jetées de la nouvelle entrée du port, au côté de Nouteau, projet pour lequel il avait gagé ses biens auprès de son agent de change parisien, H. Lestiboudois, pour une somme très inférieure à leurs valeurs réelles. Gustave se montra incapable de diriger le chantier ; un effondrement due à des mal façon lui fit perdre son investissement. Ne pouvant poursuivre les travaux, ni rembourser son emprunt, le 18 avril 1907 H. Lestiboudois devint propriétaire de tous ses biens gagés, qui revendit immédiatement ; ainsi, le 29 avril 1907 le Lola fut vendu à Southampton, et le château des Charmilles avec son mobilier fut acquis par le docteur Raffegeau, médecin spécialisé dans le traitement de la dépression et des troubles psychiatriques, qui depuis de nombreuses années habitait une partie de la l'année à Balz, (voir seconde partie). Le contenu de sa bibliothèque fut acheté par la marquise de Mac Mahon pour passer ensuite aux mains du collectionneur et historien Henri Parguez et enfin à l'Université de Princeton, (USA - New Jersey). Identifiée comme Collection Gustave Bord, elle comporte des livres, de la correspondance, des documents juridiques, des cahiers et des notes sur l'histoire de la France, sur une période allant de 1626 à 1877. Si le ce fond est surtout constitué de document ayant attrait à la Révolution française, il comprend un grand nombre de volumes de poésies du 19e siècle, des livres concernant les Pont-et-Chaussées ayant appartenu à Alcide, et les papiers de historiques de la famille Bord quand elle résidait à La Châtre. 

    Gustave, qui passait pour l'un des hommes les plus riches du canton de puis la mort d'Alcide en 1888, et pour " le millionnaire de la famille " pour les cousins de son épouse, se trouva fort démuni. Après une violante dispute, il fut contraint de quitter le logement familiale  sous pression de ses fils et de sa femme avec qui il eut une altercation physique. Il prit un logement au 90 avenue Niel, et Dolores obtint la séparation afin de sauver ce qui reste de sa fortune personnelle, comme le lui permettait le contrat de mariage signé en 1880. Elle prit dans le monde le nom de Bord de Pierrefitte, que reprirent ses fils, au grand étonnement des nazairiens et parisiens qui la recroisèrent plus tard. Elle se domicilia avec ses enfants en 1909 au manoir du Bon-Don à Vannes (en réalité Bondon), un pavillon agrémenté d'une tourelle et d'un corps de ferme dans un vaste parc entouré de hauts murs, qui fut le siège d’un couvent de carmes fondé par le duc Jean V, et conserve la location du 145 rue de la Pompe à Paris.

     

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    Médaille commémorative de la Fête de la fédération du 14 juillet 1790 incorporée dans une horloge de bureau, seule pièce de la collection de Gustave Bord à avoir été conservée.

     

     

     

    A partir de 1908, Gustave n’apparut plus dans les annuaires mondains. Il fut fortement éprouvé par sa faillite, il troua réconfort et subsides auprès de sa tante Louise Sazerat qui vivait à Saint-Nazaire, comme en témoigne la dédicace de son livre " La Franc-maçonnerie en France " paru cette année-là.

     

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    Dans l'acte de mariage de son fils Jacques le 5 mars 1915, Gustave est déclaré domicilié 19 boulevard Berthier à Paris, Dolorès domiciliée à Rabat au Maroc. En effet, Dolorès était partie en 1913 avec Georges créer une affaire commerciale non déterminée dans ce pays, dont on sait par le rapport Teuly déjà cité, qu'elle " ne tarda pas à sombrer ". Teuly, qui décrit Dolorès comme " une femme très intelligente ", la désigne comme " veuve ", et renseigne qu'elle fut nommée par l'intermédiaire de Lyautey, et plus exactement de l'épouse de celui-ci avec qui Dolorès s'était liée, inspectrice des écoles indigènes.

    Par la suite, la guerre et la dévaluation du Franc ayant fini de lui faire perdre à Gustave ses derniers revenus, et malgré l'héritage que lui a laissé sa tante Louise-Charlotte Salzerat, il fut contraint de s'établit à Saint-Malo où on lui avait offert le poste de professeur d'histoire à un collège libre, occupant un modeste appartement 2 rue Sainte-Marguerite, dans la ville close, ce fut sont dernier domicile. L'Académie Française lui versa un prix de subvention de 850 frs en 1931 afin de continuer ses travaux historiques, il fut aussi aidé épisodiquement par Georges Montorgueil, et il contribua ponctuellement au journal Le Salut : Gazette de Bretagne. On ne reparla de lui à Saint-Nazaire qu'à la suite de la publication dans la presse d'une lettre qu'il avait adressé le 6 avril 1926 au Courrier de Saint-Nazaire. En mars précédent le Conseil d'administration de l'hôpital avait fait retirer les crucifix qui se trouvaient dans les salles. Gustave Bord fit rappeler qu'il avait payé un crucifix ainsi que tout l'aménagement de la salle 6 et que l'hôpital s'était alors engagé à respecter la présence du Christ en croix qui s'y trouvait. Dans le cas contraire, l'hôpital se devait de verser 5.000 frs à partager entre les Petites sœurs des pauvres, la paroisse Saint-Gohard, la maison de la Providence à Saint-Marc, et les sœurs de Saint-Vincent-de-Paul à Saint-Malo. Le Conseil fit remettre le crucifix qui resta en place dans la salle 6 qui y resta jusqu'à la destruction de l'hôpital durant les bombardements. Une nouvelle publication en 1930 financée par Le Courrier de Saint-Nazaire et publié par lui par son imprimerie, " Grandes et petites légendes "passa localement inaperçue, car presque non-concernant la Bretagne, et absolument pas Saint-Nazaire. La quatrième page de couverture de ce livre comporte la mention de onze publications majeures de Gustave, mais à l’exception de quatre, elles sont indiquées comme étant épuisées, y compris son livre sur la Franc-Maçonnerie. Gustave ne touchait presque plus de droits d'auteur. A Saint-Malo il était un vieux monsieur discret qui passait son temps aux archives de la ville et rédigeait des mémoires. Il avait parfois la visite d'érudits locaux, et les dernières années un ancien élève venait quelques heures par semaine pour ses courriers et lui faire la lecture car il était devenu presque aveugle de l’œil qui lui restait. Il décéda dans une grande misère.

     

    Alcide Bord avait fait bâtir en 1879, pour lui et les siens, une chapelle funéraire au cimetière de La Briandais. C'est plus grosse concession de la ville. Elle mesure au sol 6m x 4m40 (26m²40) et culmine à 5m au point le plus haut (croix sur le toit). Toujours existante en 2012, elle fait face au portail d'entrée au bout de l'allée principale. Elle est construite dans le même granite que les quais de Penhoët, et avec la même méthode de jonction à l'aide de pitons de bronze. Les archives municipales sont muettes à propos des corps inhumés, est les gravures à l'intérieur sont presque illisibles et incomplètes, mais on sait la présence dans le caveau les cendres d'Alcide et de son épouse Marie-Joséphine, née Salzerat, et de leur fils Louis, ainsi que des restes de membres de la famille Salzerat, rapportés de Limoges : Jacques dit Louis-Jacques Salzerat, père de madame Bord, déjà cité, et son épouse Charlotte-Caroline Cacatte, déjà citée ; deux frères de madame Bord : Antoine-Aimé Sazerat son fils, né à Limoges le 5 mars 1829 (déclaré le lendemain), décédé à Nexon le 26 mai 1829 et Pierre-Gustave Sazerat, né à Limoges le 5 février 1828, décédé à Limoges le 11 mai 1842, ainsi que leur sœur Charlotte-Louise Sazerat, née à Limoges le 6 août 1837 (déclarée le lendemain), décédée à Saint-Nazaire le 19 septembre 1919 (51 rue Villès-Martin). Enfin, quoi qu’aucune gravure le cite, Gustave Bord repose lui aussi dans cette chapelle. Après une messe d'obsèques le 23 avril 1934 à Saint-Malo, son corps fut transporté de Saint-Malo pour être inhumé le 24 avril 1934 à Saint-Nazaire en présence de son fils Georges qui avait fait le déplacement seul depuis Paris. D'anciens employés, des gens qui avaient bénéficié de ses largesses, quelques royalistes nazairiens, la famille Nouteau, des religieuses de l'hôpital, la veuve de Raymond Gasnier ancien maire, le peintre Charles Beilvaire, et A. Bernard, directeur du Courrier de Saint-Nazaire, journal de droite-catholique, virent lui rendre hommage. Jean de Pange lui consacra un article hommage, sous le titre " Gustave Bord et la franc-maçonnerie ", totalement antimaçonnique, en première page du journal La Croix du mercredi 20 juin 1934, et y affirma que le manuscrit du second tome que Gustave consacrait contre les Francs-Maçons, avait disparu à l'imprime où il avait été envoyé.

     

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    La chapelle funéraire de la famille Bord, (photo Galahad L.)

     

    Bord de Pierrefitte ?

    Comme nous l'avons expliqué, les Bord sont issus d'une famille du Berry enrichies par les politiques de grands travaux et de modernisation de la France au 19e siècle. Mais d'où vient cette particule et ce nom de terre que Dolorès, femme séparée de Gustave Bord, et ses fils portèrent dans le monde, puis à l'état civil ?

    Pour comprendre il faut savoir avant tout qu'il exista en Limousin une famille chevaleresque du nom de Bort, avec une particule et un T et non un D à la fin de son patronyme, qui posséda la seigneurie de Bort-les-Orgues en Corrèze. Cette très ancienne famille noble s'illustra durant la quatrième croisade, fonda le monastère de Bort, donna des chevaliers à l'Ordre du Temple qui seront appelés à témoigner lors du fameux procès intenté à l'Ordre par Philippe le Bel. Très riches et très puissants, ils héritèrent par mariage de la seigneurie de Pierrefitte, où dès 1471, Charles de Bort, gentilhomme de la Chambre de Charles VIII, époux d'Antoinette de Saint Avit, ordonna la construction en cet emplacement du château de Pierrefitte située maintenant sur la commune de Sarroux en Corrèze, où durant trois siècles, dix générations de Bort se succéderont dans une admirable résidence médiévale toujours existante. Cette famille s'éteignit avec deux frères, Léonard-Antoine de Bort de Pierrefitte, (1758-1822), qui n'eut de Béatrice de Laforet-Bulhon, un fils, Jean mort jeune, et une fille, Sophie Antoinette, épouse de Guillaume de Lagrange, (qui ne laissa elle-même que deux enfants mort jeune), et Octavien de Bort de Pierrefitte, né en 1767, chevalier de Malte, fait prisonnier par les troupes de Bonaparte en 1798 au siège de La Valette, et qui sous la Restauration fut maire de la ville de Bort de 1816 à 1830. Resté célibataire, il décéda très âgé le 14 novembre 1859. Le nom de Bort de Pierrefitte s'éteignit, mais il subsistait une branche, celle de Tessonnière, issue de Charles de Bort, seigneur de Pierrefitte, et de Louise de Murat, nommée de Bort à l'état-civil, ayant des droits sur le nom de Pierrefitte (cette famille est toujours existante).

     

    A sa séparation d'avec Gustave en 1907, Dolorès et ses fils prirent le nom de Bord de Pierrefitte et les armoiries de cette famille, d'or au sautoir de gueules, (blasonnement de l'enregistrement du 27 février 1699 à l'Armorial général, cependant la famille de Bort de Pierrefitte portait en réalité le sautoir denché). L'homophonie patronymique et le lieu de naissance de Gustave furent suffisants pour asseoir leur prétentions.

    C'est Georges qui, nous l'avons écrit plus haut, fit la demande de changement de nom publiée au Journal officiel du 20 octobre 1908. La demande ne fit pas l'objet d'un décret, elle fut donc refusée faute de preuves de filiation recevables, et parce qu'elle consistait en une usurpation. Jacques, nous l'avons écrit plus haut, présentait pour papier d'identité un acte de réputation, (acte dressé devant notaire en présence de deux témoins certifiants), il reconnut son fils sous le nom Bord de Pierrefitte, faisant passer le nom officiellement, mais c'est toujours sur présentation de son acte de réputation qu'il se remaria en 1940. Son acte de décès et celui de son épouse furent dressés au nom de Bord de Pierrefitte. Il ne semble pas avoir obtenu de rectification d'état civil.

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    demande de changement de nom émise par Georges Bord, Journal officiel du 20 octobre 1908

     

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    Gravure aux armes des Bort de Pierrefitte sur le briquet de Jacques Bord.

     

    Notes :

    La famille Lefebvre des Vallières porte depuis le 18e siècle : d'azur au chevron d’or accompagné de deux épis de blé tigés et feuillés d'or en chef, couchés dans le sens du chevron, et d’une fève de haricot d'argent en pointe.

    La famille de Barberia, (Navarre) : écartelé ; au 1, d’or à un arbre de sinople devant et derrière le fût duquel passent deux loups de sable ; au 2, de gueules à deux faces d’or, accompagnées en pointe d’un chaudron de sable ; au 3, d’argent à la croix alésée de sinople, cantonnée de quatre cœurs de gueules (alias chaque travée appointée d’un cœur de gueules) ; au 4, d’or à un arbre de sinople contre le fût duquel rampe un loup de sable.

    La famille Salamero, (Navarre) : de sinople au bélier d’argent ; à la bordure d'or, chargée de huit cœurs de gueules, transpercés chacun en face par une fléchet de sable.

     

    Sévérino de Barberia, sujet espagnol, fut de 1856 à 1858 consul d’Espagne à Gibraltar  (acceptation de l’exéquatur par la reine Victoria le 30 août 1856) ; de juillet 1858 à 1861 consul de Parme à Marseille (l’Espagne se chargeait alors de la représentation diplomatique de Parme) ; de 1861 à 1864 consul d’Espagne à Alexandrie (le 12 février 1863, durant les tentions entre musulmans et chrétiens, ayant assisté en uniforme à la proclamation de l’avènement d’Ismaïl Pachas à la citadelle d’Alexandrie, il fit cracher dessus alors qu’il regagnait sa voiture) ; et en 1864 consul d’Espagne à Bordeaux (exéquatur au journal début juin).

     

    (Sources : Archives de Saint-Nazaire, Paris, et Marseilles ; BNF ; René Kerviler, Répertoire général de bio-bibliographie bretonne, 1899 ; Histoire de Saint-Nazaire par Fernand Guerrif ; Annuaire des Châteaux, 1898 à 1935 ; L'intermédiaire des chercheurs et des curieux, 1938 ; La franc-Maçonnerie, Christian Jacq, Paris, Robert-Laffont éditeur, 1975 ; Ésotérisme, occultisme, franc-maçonnerie et christianisme aux XIXe et XXe siècles. Explorations bio-bibliographiques, Marie-France James, Paris, Nouvelles Éditions latines, 1981 ; Archives du Courrier de Saint-Nazaire ; Journal officiel ; Bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin ; Archives du Palais de Monaco ;  sources orales et écrites de la famille Bord et des ses parentés de la famille et de celles de ses anciens employés. - Remerciements particuliers à monsieur G.M. qui nous a fourni de nombreux détails et documents, ainsi qu'à madame Catherine Ambroselli de Bayser.)