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Porcé

  • Porcé, le docteur et madame Raffegeau

    Dans nos articles sur le château de Port-Cé, il existe une carte postale d'avant 1914 du château portant la mention de son nom d'origine, Les Charmilles, et où l'on peut reconnaître le docteur et madame Raffegeau 

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     cartes postale entre 1907 et 1914, coll. Saint Loup

    La maison de retraite  " Résidence des Sources ", à Saint-Germain-sur-Moine, conserve dans son hall les portraits du docteur et de son épouse, fondateur de l'établissement.

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    Nous portons aussi à votre connaissance une copie du faire-part de décès du docteur, communiqué par l'un de nos correspondants 

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    Enfin, les archives municipales de Saint-Nazaire conservent la photocopie d'une photographie de 1939, où figure madame veuve Raffegeau, entourée de neveux et cousins, devant le perron du château.

     

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    Cette photographie, dont nous reproduisons ici le scanne de la photocopie déposée aux archives municipales, avait été envoyée à la fin des années 90' par monsieur P. A., petit cousin du docteur, en attache à un courrier d'indignation et d'interrogation sur le devenir du legs Raffegeau. Nous ne savons pas quelle fut la réponse du maire, (si même il y a eu réponse), mais hélas le lègue a été respecté dans la mesure où des établissements scolaires ont été bâtis, sur le domaine, rien n'obligeait dans le testament de ma madame Raffegeau de conserver le château, si ce n'est l'éthique, (chose qui n'existe pas en politique municipale), la donation est rédigée un peu comme celle de la donation du Parc des Sports. La seule chose qui pourrait sauver ce qui reste du château, serait une mobilisation des habitants. Monsieur Joël-Guy Batteux, maire de Saint-Nazaire, n'a pas fait raser dans les années 90 le bâtiment par crainte d'une contestation de masse, mais a dit publiquement " qu'il tomberait tous seul ". Le soucis est qu'il risque surtout de tomber sur quelqu'un, de préférence l'un des enfants ou adolescents que le vaisseau de pierre intrigue, fournissant ainsi dans un avenir proche un bon prétexte devant l'opinion de faire passer un bulldozer... On ne peut que blâmer la politique, ou plutôt l'absence de politique patrimoniale du monsieur Batteux, (Saint-Nazaire est ainsi une zone de non-droit pour la DRAC gentiment invitée à ne pas mettre un pied sur la commune), mais que dire dans ce cas du manque de mobilisation des habitants ? Saint-Nazaire souffre d'une attitude de non auto-appropriation par ses habitants de leur cité, heureusement la nouvelle génération des moins de 30ans a aujourd'hui une attitude très différente, même si elle ne sait pas encore s'organiser face à une municipalité qui se garde de communiquer sur ses projets urbanistiques, (cf. " l'affaire de Guindreff ").

     

  • la Villa Nelly

    La Villa Nelly est un lieu qui se rattache affectivement à nombre de familles nazairiennes. Plusieurs d'entre nous y ont déjà loué une salle (pourtant vilaines) dans l'un des batiments annexes, pour s'y réunir à l'occasion d'un mariage ou d'un baptême. Aujourd'hui propriété de l'évêché de Nantes qui songe régulièrement à s'en séparer à chaque problème de trésorerie, le domaine, situé entre le feu fixe de Porcé et la Tour du Commerce, est connu des Nazairiens, mais personne n'en sait l'histoire, l'évêché ne m'ayant jamais répondu, c'est tout à fait par hasard que j'ai trouvé son histoire, grâce à d'anciens annuaires mondains, et la généalogie de la famille Juchault qui fut le commentaire de la villa, simple maison de week-end ,qu'habite aujourd'hui le gardien du lieu.

     

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    Je porte ici à la connaissance du lecteur, la copie d'une photographie prise en 1865 de la villa, dont l'original m'a été offert il y a peu. C'est à ma connaissance la seule représentation ancienne qui existe.

     

     

    La Villa Nelly fut construite à la demande d'Amédée Juchault, baron des Jamonières, dans les années 1850-1855, période à laquelle Porcé fut peu à peu transformé en lieu estival. La propriété est restée dans sa descendance jusqu'au lègue fait à l'évêché de Nantes. Le nom de la villa était celui de sa fille aînée, à qui il destinait la propriété.

     

     

    Famille Juchault des Jamonières

     

    Sans titre-2.jpgd'azur, à la fasce d'or, accompagnée de trois coquilles d'argent.

     

    Famille anoblie par une charge à la Chambre des Comptes de Nantes en 1583, maintenue lors de la réformation de noblesse par arrêt du 7 novembre 1669. (Bibliothèque Municipale de Rennes, Ms. 504 et 505) 

     

     

     

    I° Amédée Juchault, baron des Jamonières, (né à Nantes, le 2 pluviôse an XI / 21 janv. 1803 -  décédé  le 29 octobre 1881 ; époux d'Augustine-Aimée de La Borde, (12 juin 1811 -  31 décembre 1878), d'où :

    1° Augustine-Nelly, (1834-1862), mariée par contrat du 12 mai 1857 avec Alfred Bascher de Souché, capitaine adjudant-major au 3e dragons, dont Maurice Bascher de Souché, mort jeune.

    2° A.-Arthur, (6 juin 1835 - 9 mars 1836) ;

    3° Arthur-Antonin Juchault, baron des Jamonières, né à Nantes, le 22 octobre 1837,  marié le 6 septembre 1870, Anna Siffait, née à Clisson, le 17 avril 1846, fille d'Albert Oswald Siffait, (héritier et commanditaire des Folies Siffait à Clisson), et de Rosalie-Marie-Anne Lorette de la Refoulais, d'où postérité ;

    4° Louise, mariée en 1870 avec Jules Pellu du Champ-Renou.

     

    Famille Pellu du Champ-Renou

     

    D'azur à deux étoiles d'or en chef et un croissant du même en pointe.Sans titre-1.jpg

     

     Famille de la bourgeoisie nantaise. 

     

     

     

     

     I° Jules Pellu du Champ-Renou , (ou Champrenou), marié en 1870 à Louise Juchault des Jamonières, fille d'Amédée Juchault, baron  des Jamonières, et d'Augustine-Aimée de La Borde, d'où :

    1° Yvonne, épouse d'André Bénier ;

    2° Charlotte, née en 1873, épouse de Frédéric-Marie-Charles de La Laurencie, lieutenant de vaisseau. 

     

    Famille Bénier 

     

    I° André Bénier époux d'Yvonne du Champ-Renou, héritière de la villa Nelly, d'où : 

    1° Edith, ( Nantes 10 octobre 1899 -  23 novembre 19?? à Parpeçay (36)), marié le 28 novembre 1931 à Singapour à  Alain-Gaétan-Marie-Lunaire d'Augustin de Bourguisson, (Saint Lunaire (35) le 15 juin 1906  - Parpeçay (36) le 2 février 1995), d'où postérité.

     

    Madame Yvonne Bénier légat la Villa Nelly à l'évêché de Nantes qui la possède encore en 2012.

     

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    1954

     

     

    Note ajoutée le 01/09/2014 : Je vous invite à lire de beaux souvenirs d'enfance de Michel C. Mahé à la villa Nelly sur son blog : http://michelcmahe.com/category/la-villa-nelly/

  • le Château de Porcé à Saint-Nazaire, quatrième partie

    Quatrième époque, 1948 à aujourd'hui : La ville de Saint-Nazaire.

     

    L'ensemble du domaine, qui s'étend pour l'essentiel entre la plage et la route de Pornichet, avait pour avantage d'être limitrophe de la propriété Port-Gavy, achetée à la famille Lebesque en 1929 pour l'installation d'un hospice de vieillards, et qui fut ensuite le siège de l'école d'infirmières. Le conseille municipal délibéra le 13 octobre 1949 sur la création de la fondation demandée par la testatrice. On repoussa la suggestion de création d'un sanatorium " en raison du climat marin de notre pays " (sic). Il fut adopté la création d'un orphelinat agricole et artisanal, en raison de la présence de la ferme, et des sœurs de La Sagesse qui desservaient l'hospice de Gavy. On argumenta aussi qu'il n'existait pas d'orphelinat laïc sur la commune. La réalisation de cet orphelinat ne semble pas avoir eu lieu finalement, car Ouest-Matin du 6 septembre 1954 annonça que le collège technique de La Baule s'installa au " château Raffegeau ". Pour ce faire on transforma la disposition intérieure du bâtiment et supprima les balcons de bois et la véranda sur la façade sud. L'étage accueillit les dortoirs et l'infirmerie, le réfectoire au rez-de-chaussée, qui devait aussi accueillir les internes du collège, mais trop exigu il était déjà projeté de faire deux services, (le journal précise que la cuisine fut aussi installée à ce niveau, mais dans l'annexe sur l'état actuel de la demeure nous verrons qu'elle est en fait au sous-sol, c'est la cuisine originelle qui était au rez-de-chaussée). Deux baraquements furent construits dans le parc pour loger le personnel, trois autre déplacé depuis La Baule pour servir de dortoir et de salle d'étude, il n'est pas précisé le devenir des anciennes écuries et dépendances, mais il semble qu'elles furent détruites plutôt qu'aménagées, le bâtiment construit par les allemands en face de la façade est du château fut aménagé et crépis, enfin le surveillant-général fut logé dans la villa en bord de plage dont les murs qui avaient soufferts d'impacts furent couvert d'un épais crépi eux aussi.

     

    Voici le plan du 1er étage avec les transformations pour en faire l'internat :

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    1 palier intermédiaire

    2 niveau du 1er étage

    3 escalier vers le grenier 

    4 escalier vers le rez-de-chaussée 

    5 tour (WC)

    6 chapelle transformée en bibliothèque (niveau surélevé par rapport à celui du reste 1er étage)

     

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    1955, archives municipales

     

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    1955, archives municipales

     

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    1955, archives municipales

     

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    1955, archives municipales

     

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    Juillet 1957, coll. Saint Loup

     

    Le Lieu ne se prêta jamais à l'enseignement, il aurait fallu bâtir des immeubles supplémentaires. Le 5 janvier 1967 la section locale de l'association des Paralysés de France reçut l'usage du château pour l'installation d'une école pour enfants handicapés physique. Malgré l'aménagement de rampes en dur, et la largeur des portes, le lieu n'était pas non plus adapté à cet usage. Le premier étage restait inutilisable par les enfants. Ouest-France du 5 janvier 1974 relata le besoin imminent de cette école de quitter les lieux pour des locaux adaptés, ce qui fut fait à Méan rue Ernest Rénan le 3 novembre 1978.

     

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    1984, coll. S.P.

    En 1983 la mairie espéra transformer le château en lieu de découverte sur le sujet de la mer au profit des enfants du centre de Bonne Anse. On tarda, le bâtiment fut muré, laissé à l'abandon jusqu'à l'effondrement de sa toiture et des planchers du grenier et du premier étage. (Voir en annexe les photographies de l'état en 2007-2008). En janvier 2012 l'état des ruines est véritablement critique, l'intérieur a été saccagé, mettant en péril le reste de la structure, une intervention de conservation devient indispensable, mais le maire de Saint-Nazaire, a fait savoir par voie de presse qu'il désire que le tout s'effondre tout seul... ce qui se fera bientôt car les Nazairiens ne se mobilisent pas pour leur patrimoine par manque d'information !



    La ferme fut rasée pour faire place au collège, les écuries le furent pour la salle de sport, la maison dite « Pornichette » près du portail d'honneur fut transformée en école avant d'être rasée à son tour pour être remplacée par des bâtiments plus fonctionnels.

     

    (Sources : Archives de Saint-Nazaire, et enquête de voisinage)

     

     

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    2010

  • le Château de Porcé à Saint-Nazaire, troisième partie

    Troisième époque, guerre et après-guerre, 1940-1948 :

     

    Au moment de l'invasion allemande, le personnel et les malades de la clinique des Pages, toujours propriété de madame Raffegeau, trouvèrent refuge au château. Mais l'invasion allemande se fit sur toute la Bretagne, et les forces d'occupations obligèrent ces gens à retourner à la Clinique des Pages, et de faire place à des officiers. Madame Raffegeau était alors à Saint-Germain-sur-Moine. A la libération de la poche de Saint-Nazaire le 11 mai 1945 les Nazairiens évacués par l'occupant découvrent une ville qui n'existe plus. Il fallut trouver à se loger, et les baraquements apportés par l'armée américaines, qui perdureront pour certains jusqu'en 1976, ne furent pas suffisamment nombreux. Le domaine qui avait été vidé de ses meubles fut alors réquisitionné par la municipalité, et affecté avec accord de l'exécuteur testamentaire à des membres des familles autrefois au service du docteur et de son épouse. Des appartements furent constitués dans le château, des artisans logent leurs ateliers dans les dépendances, les anciens employés de madame Raffegeau reprirent possession dans leurs anciens logements de fonction.

     

    La municipalité de Saint-Nazaire, informée du lègue et de l'affaire qui lui était liée, accepta celui-ci sur délibération du conseil tenue le 14 avril 1944 à Pornichet, et s'associa à la famille Raffegeau. Ils obtinrent par jugement du tribunal civil de Cholet la confirmation de la validité du testament de 1932 le 19 juillet 1946, décision confirmée par la cour d'appel d'Angers le 14 avril 1948, déclarant nul le testament du 24 avril 1942 et seul valable celui du 2 novembre 1932, avec ordre d'exécution, sous réserve des accords convenus entre madame Leulier et monsieur Sandemont. La familles Raffegeau tenta cependant de contester l'étendu du lègue fait à la commune de Saint-Nazaire, prétextant qu'il ne concernait que les propriétés sises en bordure de plage. La commune accepta la réduction d'un million sur le lègue fait en numéraire et rentra enfin en possession de 22ha constituées du Château des Chamilles et ses dépendances, la villa les Mouettes, la maison Pornichette, la ferme de La Vequerie, ensemble estimé d'après le journal Populaire du 6 septembre 1950 à 17 millions de Francs.

     

    (Sources : Archives de Saint-Nazaire, enquête de voisinage et souvenirs précieux des petits enfants des anciens métayers de madame Raffegeau.)

     

    Vues du domaine du chateau de Port-Cé  prisent en 1950, (ces documents sont la propriété des archives municipales)

     

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    façade sud

     

     

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    Est

     

     

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    Nord

     

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    angle Sud-Ouest, avec un b

    atiment construit par les allemands et le linge des réfugiés.

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    batiment allemand, arrière

     

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    batiment allemand, façade

     

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    écuries

     

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    écuries

     

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    chaumière

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    chaumière

     

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    maison de la plage

     

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    maison du jardinier transformée en menuiserie

     

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    vue arrière

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    maison du gardien

     

     

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    maison dite " Pornichette " devenue école, puis rasée pour faire place à l'école F. Buisson

     

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    "Pornichette"

     

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    " Pornichette "

     

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    batiment allemand, avec le chateau d'eau de La Vecquerie

     

     

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    Ferme de La Vecquerie

     

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    Grange de la ferme

     

     

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    Plan de situation, cliquer pour agrandir

  • le Château de Porcé à Saint-Nazaire, seconde partie

    Seconde époque, le Château de Port-Cé, 1908-1943 :

    Le docteur Raffegeau et son épouse.

    Monsieur et madame Raffegeau achètent le château des Charmilles en 1908 à Gustave Bord qui bradait son patrimoine afin de couvrir ses dettes. Le docteur Raffegeau connaissait déjà Saint-Nazaire et la presqu'île guérandaise, il était en effet employé durant la saison des bains  de mer par madame Boju de la Monnelière, propriétaire de l'Hôtel Regina à Batz. Elle lui fit acquérir une maison sur place à la  suite de son mariage, le manoir de Landévénec à Batz sur Mer, une villa de 8 pièces dans le gout médiéval dotée d'un vaste jardin, face à l'océan. A la suite de la mise en vente de l'hôtel en 1908 le docteur décida d'acquérir les  Charmilles alors en vente, et vendit sa maison de Batz.

    Les Raffegeau firent repeindre en blanc les boiseries extérieures de la maison principale, auparavent en rouge de Balz, ils installèrent le chauffage central et créèrent de salles de bains ; au temps des Bord l'eau provenait du puits près du chemin de la plage, un château d'eau est construit par la municipalité au bord de la route de La Vecquerie, la propriété fut alors pourvue de toutes les commodités modernes et hygiénistes. Sur une carte postale de la maison publiée en 1908 on distingue à une fenêtre de l'étage le docteur Raffegeau, et son épouse à celle de la véranda. Les Raffegeau employaient environ six personnes en permanencece qui était peu pour une maison de cette taille à l'époque. Le mobilier était pour l'essentiel celui des Bord, car à on achetait alors les demeures avec leur contenu. Presque tout fut volé à la Libération. Seul échappa le mobilier de la salle à manger, un dressoir de la salle, récupéré à la libération par l'époux de la jeune bonne de Madame Raffegeau à la demande du docteur Paul Raffegeau, meuble se trouve toujours à Saint-Nazaire, les héritiers du docteur et de son épouse l'ayant finalement donné au couple précité après la Libération, une table ronde et quatre chaises assorties, garnies de cuir, avec un "B " en fer doré à l'angle supérieur gauche des dossiers, ensemble vendue par les Raffegeau à une famille nazairienne qui les conservent toujours. Ce mobilier n'a pas de valeur marchande, il est d'une facture ordinaire, fabriqué en série. L'acquisition par les Raffegeau avait un but commercial, comme nous l'expliquerons plus loin.

     

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    Le château avec aux fenêtres le docteur Raffegeau, son épouse, et une partie de don personnel,

    vers 1910. Coll. Saint Loup.

     

    Donatien-Vincent-Marie Raffegeau, est né le 30 avril 1855 à Saint-Germain-sur-Moine, il décéda dans cette même commune le 16 mai 1931. Sa famille vit depuis toujours à Saint-Germains-sur-Moine, une bourgade du Maine et Loire qui compte 2700 habitants 2011, on y trouve un Georges Raffegeau né en 1564, c'est de lui dont est issu le docteur, s'étaient des artisans sabotier de père en fils depuis des générations, son père, prénommé lui aussi Donatien, (1815-1881), n'échappa pas à cette fonction, sa mère, Louise Poilâne (1815-1903) était elle aussi d'une famille depuis toujours implantée à Saint-Germain-sur-Moine. Le petit Donatien s'avéra un très bon élève, et d'une intelligence supérieure, on l'expédia au petit séminaire de Beaupréau. Jugé inapte au service militaire par le conseil de révision, il entreprit des études de médecine à la Faculté d'Angers, et devint docteur en médecine, mais très vite il rencontra le professeur Charcot et en devint le disciple, se spécialisant en psychiatrie, une science médicale alors toute nouvelle, il soutient le 23 février 1884 une thèse intitulée "Du rôle des anomalies congénitales des organes génitaux dans le développement de la folie chez l'homme" (58 pages, Imprimerie A. Davy, 1884), et devient chef de service à l'asile du Vinet (Yvelines) où il exerça durant trente ans, parallèlement il participa à l'étude de la transmission de la " folie " et en 1886 affirma que la " dégénérescence est la suite de l'hérédité ". Il achète en 1890 au Vésinet une propriété de 2ha, la " Villa des Doges ", où il fonde pour une clientèle fortunée une clinique psychiatrique baptisée " Villa des Pages "(1) (établissement encore existant) où il soignait à base d'hydrothérapique, d'électrothérapique, de bains hydroélectriques sulfureux ou " térébenthinisés ", l'anémie, l'obésité, la morphinomanie, la dipsomanie et particulièrement la neurasthénie,. Le docteur Raffegeau fut une sommité dans son activité, et en août 1900 à l'occasion d'un "Congrès international de l'hypnotisme expérimental et thérapeutique", sa clinique fut l'objet d'une visite officiel d'officiels de la République et de médecins français et étrangers. Il y eut pour patients le ministre Louis Barthou (assassiné au coté du roi Alexandre Ier de Serbie à Marseille en 1934), Édouard Herriot, (maire de Lyon, député, puis sénateur), l'écrivain Paul Bourget, mais aussi Marguerite Steinheil, la célèbre " connaissance " du président Félix Faure, qui après son acquittement dans le procès qui lui fut intentée au sujet de l'assassina de son époux et de sa mère se réfugia chez lui, à la villa Chantemerle, où il résidait au Vésinet, le 16 novembre 1909. Ce séjour causa bien des soucis à Vincent Raffegeau, plus quarante voitures de journalistes investirent le parc de sa clinique et il du demander aux forces de l'ordre d'intervenir afin de les faire sortir de son établissement et d'arrêter de faire le siège de sa maison !



    Le docteur Raffegeau passa dix années à agrandir sa clinique, achetant des parcelles supplémentaires, multipliant les pavillons, il argumentait à ce sujet " Le service en est certes plus difficile et réclame un plus nombreux personnel, mais les avantages qu'on en retire sont une large compensation. ". L'acquisition de Port-Cé s'était faite dans le but compléter sa clinique en proposant à ses clients un séjour au bord de l'océan, dans un espace calme et retiré : madame Raffegeau y faisait office d'hôtesse, assistée par des infirmières et des employés de maison(2). Les convalescents participaient à des activités de relaxation, gymnastique, et natation, le docteur avait fait construire des cabines de bain sur la plage, à l'emplacement du renfoncement dans la roche à l'Ouest, l'épicerie Grenapin fournissait alors l'alimentation, mais aussi les journaux, et des ouvrages et du matériel de couture, de crochet et de tricot. La maison du bord de plage, dite " Les Mouettes ", abritait à elle seule une dizaine de lit, elle fit l'objet d'un cambriolage, constaté le 17 janvier 1921, par Morel, le jardinier : on avait emporté les garnitures des lits (3).

     

    Le 24 septembre 1932, une volante tempête frappa la côte, les rafales de vent déracinèrent plusieurs grands chênes dans le parc, l'un d'entre eux tomba sur l'une des annexe où logeaient au premier étage une employée, la jeune femme ne fut pas blessée, mais eut une très grande frayeur (4).

     

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    vers 1910. Coll. Saint Loup.

     

    Donatien Raffegeau fut conseiller municipal du Vésinet avant 1900, il ne fit pas de carrière politique, mais s'intéressa toujours à la vie dans les communes où il résidait. Sa commune de naissance le sollicita pour en devenir maire aux élections de mai 1908, il entra au conseil municipal le 10 mai, et fut élu maire le 17 mai avec 10 voix contre une à Jean Pasquier, qui deviendra premier adjoint et qui gérera la commune, le docteur Raffegeau ne faisant que trois ou quatre passages par an à la mairie, car résident au Vésinet, il sera cependant réélu à quatre reprises et décédera en fonction dans son village natal où il y laissa un souvenir impérissable par son humanisme et sa charité. Aujourd'hui la rue principale de cette commune porte son nom. Il offrit de son vivant une statue de Jean d'Arc érigée près de l'église le 31 juillet 1914, et le 29 octobre 1930, il fit avec sa femme un don de 200000 frs à la commune pour installer une sœur infirmière pour des soins à domicile, l'instauration d'un foyer pour personne âgées sous direction de religieuses et le paiement des journées d'hospice aux vieillards indigents. Cet établissement créé sous le nom de fondation Raffegeau, ouvrit en 1932, il devint établissement public le 23 juin 1947, puis maison de retraite sous le nom de " Residence des Sources ", existe toujours et conserve dans son hall les portraits du docteur et de son épouse reproduits en annexe III. Au Vésinet, en dehors de différent dons charitables, il offrit en 1927 à la ville la statue du cerf qui orne le rond point Royal, Il reçu la Légion d'Honneur pour son dévouement auprès des blessés de la Grande guerre. Il avait épousé Cécile-Louise Carpentier, née en 1864, décédée le 19 octobre 1943 à Saint-Germain-sur-Moine. Le docteur et madame Raffegeau n'eurent pas d'enfant, le docteur et son épouse avaient convenu en 1930 de se léguer au dernier vivant l'ensemble de leurs biens, mais hors contrat ils avaient convenu qu'à la mort du dernier d'entre eux, il serait restituer les biens venant de leurs familles respectives à leur plus proches parents, et que les biens acquits durant leur vie maritale seraient légués à des œuvres de charité. De ce fait, par testament olographe du 2 novembre 1932, madame Raffegeau précise ses lègues et institue son neveux par alliance, Pierre-Charles Raffegeau, exécuteur testamentaire.

     

    A la suite de l'invasion allemande, Cécile Raffegeau se réfugia dans la maison natale de son époux. Elle y abrita d'autres réfugiés, dont un monsieur Sandemont, qui prit l'ascendance sur elle et profita tant de sa générosité que de son grand âge, aidé pour cela par l'infirmière de madame Raffegeau, qui s'arrangea pour que sa fidèle servante, Marie-Rose Danilo, soit congédie. Sandemont l'isola et obtint peu à peu la gestion de son patrimoine et de sa fortune estimée en 1944 à quarante millions de Francs, (soit presque quinze millions d'euros de 2012), allant jusqu'à vendre à son profit des immeubles, et enfin obtint le 27 avril 1942 un testament l'instituant légataire universel et révoquant les testaments précédents. Madame Raffegeau mourut le 19 octobre 1943, son dernier testament fut contesté par madame Leulier, veuve du neveu de madame Raffegeau, qui convient avec le sieur Saudemont un arrangement lui laissant la propriété d'une ferme et le quitus de la gestion, ce qui évita un procès. Elle se retrouva héritière universelle de la tante de son époux, étant sa seule parente directe du faite de la donation au dernier vivant entre les époux Raffegeau en 1930. Cependant la famille Raffegeau fut informée quelques mois plus tard de la mort de leur tante, et contesta les dispositions prises par madame Leulier en vertu du testament de 1930, Pierre-Charles Raffegeau déposa le 18 février 1944 au rang des minutes de maître Gruau, notaire à Cholet, le testament olographe de 1932 dans lequel madame veuve Raffegeau déclarait entre autres dans l'article VI de cet acte léguer " tous mes immeubles de Port-Cé, sauf les " cabines " (légué à une de ses amies décédée avant elle) et une somme de cinq millions de franc à la commune de Saint-Nazaire, sous conditions expresses : 1° d'y créer un sana-prévention ou orphelinat agricole et artisanal pour enfants malheureux, indigents de la commune et région, sous le nom de " Fondation du Docteur Donatien Raffegeau " ; 2° et d'en conférer la gérance à une œuvre religieuse. En cas de refus, ce legs irait au docteur Leulier, mon neveu, s'il se conforme à ces conditions. " La commune de Saint-Germain-sur-Moine reçue elle aussi une somme de cinq millions, avec la maison familiale dans le bourg et la ferme de l'Eventar, sises sur cette commune. (rappelons que monsieur et madame Raffegeau avaient fait un don à cette commune pour la création d'un hospice dès 1930). Les autres légataires étaient : Pierre-Charles Raffegeau, chef de service à la Banque de France, célibataire, demeurant à Paris 70 rue de Saint-Louis en l'Ile, (nommé exécuteur testamentaire), le docteur Paul Raffegeau, demeurant à Maintenon (une rue y fut baptisée en son honneur), Marie-Louise Raffegeau, épouse de Maurice Laury, demeurant à Paris 13 rue Bréa, et Geneviève Raffegeau, pharmacienne, (inventeur d'un thé laxatif), demeurant à Paris, 3 rue de l'Amiral Mouchet, tous parents du docteurs, et madame Leulier, veuve du docteur Leulier, neveu de madame. Les parents du docteur, cohéritiers du fait du testament de 1932 entamèrent un démarche auprès des tribunaux, faisant valoir celui-ci, argumentant la volonté de respecter la mémoire de son époux par madame Raffegeau, l'accord entre madame Leulier et monsieur Sandemont fut remis en question, le tribunal statua que Cécile Raffegeau était physiquement et mentalement diminuée au moment de la rédaction du testament de 1942 et le cassa définitivement, mais les héritiers avaient omis que les municipalités Saint-Germain-sur-Moine et de Saint-Nazaire étaient elles aussi cohéritières, le procès dura jusqu'en 1948, l'ensemble des biens de monsieur et madame Raffageau devaient rester sous scellés, mais ils furent en réalité occupés comme nous l'expliquerons dans le chapitre suivant.

     

    Le docteur et madame Raffegeau reposent au cimetière de Saint-Germain-sur-Moine, ils ont laissés le souvenir de gens doux et aimants, extrêmement généreux. A Saint-Nazaire quelques personnes se souviennent encore que madame Raffegeau passait ses journées sur la terrasse abritée de sa maison, elle avait une vue dégagée sur la plage et sur le chemin qui y conduit, n'hésitant pas à inviter les passants à avenir lui faire la conversation.

     

     

    (Sources : Archives de Saint-Nazaire et du Vésinet, " La transmission de la folie, 1850-1914 ", de Jean-Christophe Coffin, Ed. L'Harmattan, 2003 ; Les élections municipales en maine-et-Loire : coups de gueules et coups de poing; Anne de Bergh, Archives et culture, 2008 ; La Curieuse Histoire du Vésinet, Georges Poisson, Société d'Histoire du Vésinet, Editeur, 1998 ; et article de Paul René Vallier publié en 2006 dans le bulletin municipal de Saint-Germain-sur-Moine ; témoignages oraux des enfants et petits enfants des anciens employés du château.)

     

    1 Nommé ainsi en raison de deux statues lanterne en fonte figurant des pages en costume renaissance, se faisant face de chaque coté du parvis.

    2 Une partie de ce personnel, résident à demeure toute l'année, était déjà en poste du temps des Bord, l'autre partie était constitué de gens qui accompagnait madame Raffegeau dans tous ses déplacements et séjours. 

    cf. Ouest-Eclair du 18/01/1921

    4 cf. Ouest-Eclair du 25/09/1932, qui se trompe en disant qu'il s'agit de la fille du docteur.

  • le Château de Porcé à Saint-Nazaire, première partie

    saint-nazaire,porcé,château,gustave bord,patrimoine,histoireUn château et son nom

     

    Château de Port-Cé en aout 2009, photo Saint Loup.

     

    Port-Cé ou Porcé, les cartes ne sont pas d'accord sur l'orthographe du lieu, en fait le nom original est Port Ségurand,  ou encore Port Ségouran, du latin Portus-Séguranusc'est à dire « port protégé ». Sous le règne de Louis XIV, les romains furent à la mode, et l'on chercha le lieu où s'abrita avec sa flotte Jules César durant les combats navals qui l'opposèrent aux Vénètes et aux Namnètes. entre l'estuaire de la Loire et celui de la Vilaine(1), on associa alors le nom de Port-Ségurand, orthographié parfois en Port-Sé au nom de Portus-Caesaris, en faisant alors Port-Cézaré, Port-César, puis Port-Cé, enfin Porcé(2), on y installa un corps de garde pour surveiller la côte, et le lieu fut alors cartographié Port-Cé… On trouve encore les orthographes suivantes jusqu'au début du 20e siècle : Porsay, et Porçay.



    Port-Cé n'a jamais été une seigneurie, il n'a jamais comporté de manoir ou de château avant l'arrivée de la famille Bord. Avant la Révolution c'était un fief, (comprenez un terrain qui se transmettait en partage noble), appartenant aux seigneurs du Bois-Jolland, inféodé à la vicomté de Saint-Nazaire, où l'on piégeait dans des nasses les poissons qui venus frayer dans le ruisseau. Les propriétaires du lieu furent donc les familles Le Pennec, puis de Sesmaison.

    L'aveu du 13 septembre 1734 mentionne dans le dénombrement des biens de la famille Le Pennec seigneur de Bois-Joallan, dans ses article 36 et 37 parmi les terres sises à Gavid (Le Grand Gavy) " l'escluse de Ségurand ". Puis à l'article 52 il est écrit : " Six erraux de terres autres erreaux appartenant au seigneur de Heinleix-Pommeraie, d'autre côté erreaux appartenant à Jacques Bernard, fils de Mathurin, qu'ils tiennent dudit seigneur de Boisjollan ".

    L'emplacement de l'école Ferdinand Buisson était une vigne : " la vigne du Prieuré" ; elle appartenant en effet au Prieuré Saint-Jean-Baptiste de Saint-Nazaire, et fut saisie à la Révolution. Les terres du prieuré furent toutes rachetées par la famille Galliot de Cran. Rappelons que toutes les falaises de Saint-Nazaire étaient couvertes de vignes jusqu'à l'épidémie de phylloxéra. Seuls bâtiments existant avant la construction du lotissement de Porcé : la métairie de La Vecquerie, propriété de la famille Goy, entre 1804 et 1854, qui devint, à force de rachat de parcelle par Alcide Bord, la ferme du Château de Charmilles. Mathieu Goy, (1792 - 1860), ancien capitaine au long cours, avait hérité de la Vecquerie de son Antoine Goy, qui lui-même l'avait acquise en 1804 suite à la liquidation de la succession de  Claude-Louis-Gabriel-Donatien marquis de Sesmaisons. Mathieu Goy conserva pour son usage la maison qui fait l'angle de la rue de La Vecquerie et de la route de Saint Marc, qui était à la fois son logement et son commerce d'épicerie et de restauration. Il fut promu maire de Saint-Nazaire du 21 décembre 1830 au 22 octobre 1834, sous décision préfectorale. Mathieu Goy avait hérité La Vecquerie de son père, Antoine Goy, qui l'avait acquise en 1804 suite à la liquidation de la succession de Claude-Louis-Gabriel-Donatien marquis de Sesmaisons.

     

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    la plage de Porcé vers 1908, Coll. Saint Loup

     

    Henri Moret nous apprend que l'on tenta de créer une sorte de station balnéaire à l'image de ce qui se faisait à La Baule, Saint-Marc, et Sainte-Marguerite, le commanditaire était Alcide Bord. La destruction des archives de Saint-Nazaire durant la Seconde guerre mondiale fait que nous ignorons qui était l'architecte, mais il est probable que se soit Henri Van Den Broucke(3) qui en fut l'auteur, il était le seul architecte de Saint-Nazaire compétent en la matière, celui-ci a réalisé le lotissement de Sainte-Marguerite, et de nombreuses villas dans le centre de Pornichet. Ces maisons sont toutes construites à partir de 1854-55 dans le mêmes style, en gré enduits, briques et tuiles mécaniques, toutes baptisées de noms floraux : Les Acacias, sur la falaise, dominant la plage près de l'ancien corps de garde transformé en chapelle par l'abbé Créton(4).

     

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    La plage, avec les Acacias, et l'ancien corps de garde devenu chapelle du chanoine
    Coll. Saint Loup
     

    Les Camélias, sur le chemin de La Plage, et le Château des Charmilles, connu à partir de son achat par monsieur et madame Raffegeau sous le nom de Château de Port-Cé. Ce type de lotissements sera encouragé par la propagation des découvertes de Pasteur qui recommandera pour la santé les séjours balnéaires et les bains de mer pris par l'impératrice Eugénie et la reine Victoria.

    Commentaires sur la Guerre des Gaules : Ouvrage d'histoire en sept livres constitué de notes rédigées au fur et à mesure de la guerre par Jules César, et rassemblées vers 52-51 av. J.-C.

    2 cf. Fernand Guériff.

    3 Il était  le beau-père de Ferdinand de Puigaudeau, et le grand-père d'Odette du Puigaudeau

    4 Alfred-Pierre Créton, né à Saint-Nazaire en 1842, prêtre en 1867, professeur aux petits séminaires de Nantes et de Guérande dont il fut le directeur, puis vicaire à Saint-Similien de Nantes en 1882, aumônier de l'Hôtel Dieu en 1883, curé de Montoir en 1883, curé doyen de la basique de Saint-Nicolas de Nantes en 1891. Il fut pressenti pour devenir évêque de Vannes en mars 1898, mais se fut Amédée-Jean-Baptiste Latieule qui fut nommé à sa place. Quand il possédait la villa des Accacias, le chemin côtier n'existait pas devant la maison. Il avait aussi fait aménager un portail en bois au bord de la falaise avec un escalier muni d'une rampe en fer qui descendait jusqu'aux rochers sur lesquels se trouvait en bout d'un quai en maçonnerie terminé en un belvédère arrondi doté d'une barre d'appuie demi-sphérique en fer. Il n'en reste que des vestiges, dont les premières marches de l'escalier qui s'arrête de nos jour dans le vide.

     

     

    Propriétaires successifs du Château des Charmilles, dit de Port-Cé

     

    On trouvera dans ces notes les généalogies et biographies des propriétaires privés. (Les prénoms soulignés sont les prénoms usuels).

     

     

    Première époque, la château des Charmilles, 1854-1909 :

     

    La famille Bord. D'Alcide à Gustave...

     

    I° Sylvain-Alcide Bord, né en 1827 à La Chatre dans l'Indre, décédé au Pellerin le 13 octobre 1888, entrepreneur de travaux publiques. Il était le fils d'Etienne Bord, natif du village de Compreignac près de Limoges, d'une famille de tailleurs de pierres, et de Jeanne Vaury, originaire de l'Orléanais (elle était encore vivante et domiciliée à La Chatre à la mort de son fils). Son père avait fait fortune avec la Révolution et l'Empire, période durant lesquelles de nombreuses routes nouvelles furent créées et des ponts construits. Alcide restera toute sa vie très attaché à ses racines limousines, c'est d'ailleurs à Limoges qu'il se maria et où sont nés ses enfants. Il s'installa à Saint-Nazaire avec eux vers 1852-1853, afin de participer à création du port de Saint-Nazaire, où il collabora d’abord avec l’ingénieur Paul Leferme, puis sous la direction de l'ingénieur (aussi archéologue et historien) René de Kerviler c'est son entreprise qui creusera le bassin de Penhouët de 1875 à 1884. D'après les descendants de ses anciens employés, Acide Bord aurait aussi participé à la construction du canal de Suez, nous n'en avons pas trouvé d'informations à ce sujet, mais son fils Gustave le mentionna plusieurs fois à son entourage. Alcide participa à la construction du canal de Basse-Loire (et non du chenal), travaux durant lesquels il décéda dans une maison du Pellerin. Son corps fut inhumé à Saint-Nazaire, et c'est René de Kerviler, dont il était l'ami, qui prononça le discours sur sa tombe. De son vivant il était domicilié rue de La Paix, maison où se trouvait le siège de son entreprise dont l'associé était A. Nouteau, et qu'il laissa à son fils à son mariage, au profit d'une résidence au 20 rue Mercœur à Nantes. A Saint-Nazaire, sa position de notable, sa fortune grandissante, le bruit constant de la ville en construction, mais surtout les épidémies régulières de choléra et de fièvres qui firent plusieurs morts, l'incitent à se faire bâtir une demeure à l'extérieur de la ville, suffisamment éloignée pour en fuir les désagréments, mais suffisamment proche pour revenir rapidement gérer ses affaires en ville. Son choix se porte alors sur Porcé où dont fait l'acquisition en 1854 de la métairie de La Vecquerie qui comprenait tout le vallon, et par la suite de l'ancienne vigne du prieuré après de la famille Galliot de Cran.

     

    L'ensemble du lotissement de Porcé, qui aurait du devenir une station balnéaire, est à l'image de ce qui se fait encore en 21e siècle, nous entendons par ces termes que les matériaux sont industriels, que rien n'est personnalisés, aucun artisans d'art n'est intervenu, l'architecte ne s'est pas permis des fantaisies particulières. Le château est en réalité une vaste villa second empire dans le style " chalet " alors très en vogue. Les pièces étaient nombreuses, spacieuses, mais pas démesurées, dotées de grandes cheminées de marbre, dont le bord des foyers était garnie de carreaux de Delft, figurant des cavaliers. Tout était conçu pour profiter de l'air marin, de la lumière tout en étant abrité du soleil.

     

    La nature de la structure du château, laisse à penser que la construction eu lieu en plusieurs temps, d’abord le corps centrale, à la manière sur un plant classique, pour résider, puis l’aile Est, pour recevoir dans un vaste espace de réception, et enfin l’aile Ouest, pour les services, et l’adjonction d’une tour pour castelliser l’ensemble. De villa, Les Charmilles, se mutèrent en château, témoignage de sa réussite d'Alcide Bord. 

     

    La maison était faite pour recevoir, avec au rez-de-chaussée un hall d'où part un escalier centrale en bois ouvragé à double évolution, qui se réunissaient à un inter-palier ou se trouvaient à gauche les wc, puis delà repartaient quelques marches vers un second palier qui s'ouvrait sur une véranda et les couloirs des chambres ; au rez-de-chaussée donc, vers l'Est un petit salon s'ouvrant sur une loggia qui fut par la suite vitrée et transformée en salon d'hiver, et un second très vaste, nommée « salle des gardes » qui faisait office bibliothèque et billard doté d'un parquet alors que le reste de la maison était carrelée, avec une porte fenêtre ouvrant sur le parc au sud, le plafond était garni de poutres de bois entre les quelles se trouvaient des lattes posées en chevrons, le premier tiers de la pièce était coupé par une poutre de fonte appuyée sur deux colonnes de fonte, le second tiers était très de sorte de former une alcôve. Vers l'ouest une salle à manger intime, une loggias  elle aussi vitrée avec des visseries métalliques par le docteur Raffegeau, faisant office de salon d'hiver, une cuisine et son office, à l'étage une dizaines de chambres, une véranda, et luxe extrême en cette période de catholicisme exacerbé, une chapelle, à l'imitation des familles nobles, située à l'angle Nord-Est. on y accédait par quelques marches qui conduisaient à une tribune, on en redescendait pour accéder à la chapelle proprement dite, de forme octogonale avec une voûte en ogive en stuc. Les six chambres des domestiques étaient sous les combles du corps central, l'aile Est était surmontée d'un vaste grenier, l'aile ouest avait une toiture plate. Il y avait des caves en sous sol n'occupaient que la moité de la largeur, l'accès se faisait depuis la cuisine et depuis le hall, ainsi que par un escalier extérieur sous le pallier de la cuisine à l'Ouest. Comme nous l'avons écrit les matériaux de constructions étaient simples, carreaux de ciments, boiseries en sapin tinté, dont les moulures n'étaient que des baguettes cloutées formant des rectangles et des losanges, surmonté d'une frise de 10cm ou 15cm de hauteur, constituée de fuseaux de bois tourné, entre deux moulures, derrière lesquels était "collé du cuir rouge" d'après le souvenir d'une ancienne résidente, mais qui devaient être probablement de la moleskine. L'escalier était en chêne, comme les portes du hall et des pièces de réception, traité dans le style breton. Les volets étaient en bois, ou métalliques, balustres et festons en bois blanc découpés mécaniquement, poutres et colonnes de soutènement en fonte, tout est produit de l'industrie, mais la forme général du bâtiment, avec sa tourelle, ses nombreuses dépendances, et surtout le lieu de son édification, font que cette demeure a un charme unique, qui malgré sa ruine nous laisse encore rêveurs. Le parc est encore agrémenté de cèdres, palmier phénix, une vaste pelouse décent en pente douce vers la mer aboutissant à une maison de plage dotée d'un garage à bateau, les massif de camélias ont malheureusement disparus, ainsi que les nombreux bâtiments annexes.  Le domaine était constitué de 22ha de terres qui s'étendait de la route de Vecquerie à la Plage et du chemin de la Plage jusqu'au sous-bois qui constitue l'actuel parc de Porcé. La propriété comporte plusieurs portails, le principal se trouve encore en 2012 sur la rue de La Vecquerie, entre le blockhaus-tour et l'école Ferdinand Buisson, il porte à son sommet les initiales B et V, pour "Bord" et "des Vallières", ce portail d'honneur est en fait sur une parcelle séparée du parc du château, le chemin de Porcé passe en effet à cet endroit, Alcide Bord chercha à annexer cette partie du chemin communal mais ce chemin existaient depuis bien avant la Révolution, après de nombreuses querelles il dut abandonné son projet. Depuis le portail d'honneur on accédait dont à un second portail ouvrant sur le sommet du parc, un autre portail en fer forgé, plus modeste se trouve le long du chemin de la plage, enfin un simple portail de bois fait face à la plage, l'ensemble de la propriété est clôturée de grillages et de haie, sauf au nord le long du chemin de Porcé où il était bordé d'un mur de pierres. En dehors du château proprement dit il y avait donc de nombreuses dépendances : des écuries construites à l'ouest à peut prêt à l'emplacement du gymnase, un atelier en haut du chemin de la plage, une maison de gardien près de l'école Ferdinand Buisson, une autre belle maison plus tard baptisée Pornichette à l'emplacement de l'école, et bien sûr la ferme de La Vecquerie à l'emplacement du collège. Le parc était agrémenté de vases en fonte, de quelques statues, d'un colombier en bois, (simple nichoir au sommé d'un poteau entre l'aile Ouest et le chemin de La Plage).

     

    Alcide Bord avait épousé Marie-Joséphine Sazerat (1), issue d'une vieille famille limougeaude, d'où   :

    1° Jean-Baptiste-Gustave Bord, qui suit ;

    2° Louise-Eulalie-Jeanne Bord, mariée civilement le 15 novembre 1884, Paris 9e, religieusement le 17 novembre, en l'église Notre Dame de Lorette à Paris,  avec Octave-Marie Fidières-Desprinveaux puis Fidière des Prinveaux, 1855-1904, cousin germain de sa belle sœur Dolorès Lefebvre-Desvallières.

     

    - Au cours de l'hiver 1877-78, Marie-Joséphine Bord se rendit chez le sculpteur nazairien Alfred Caravaniez dans son atelier de la rue du Dolmen, qui était en réalité une serre (une autre version de l'histoire dit qu'elle envoya en fait Gustave mais il semble bien que c'est elle qui fit la visite). Caravaniez n'avait pas les moyens de payer de quoi se  chauffer, ni de rémunérer un modèle. Il posait nu devant un miroir pour l'une de ses œuvres quand madame Bord débarqua ! Elle lui versa une pension à titre de mécénat, incita son époux à faire pression sur le conseil municipal pour qu'une bourse d'études lui soit versée, et avec l'aide de son fils l'introduit dans le milieux royaliste, ce qui lui procura des commandes.

     

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    Le château au temps de Gustave Bord, vers 1905. Coll. Saint Loup.

     

    II° Jean-Baptiste-Gustave Bord, né le 26 janvier 1852 à Limoges, décédé le 21 avril 1934 à Saint-Malo. Sans profession au moment de son mariage et à la naissance de ses deux fils, c'est un érudit, passionné de mathématique, de musique qui devient historien spécialisé sur la période révolutionnaire, royaliste légitimiste, il fut un des cinq membres du Parti monarchiste à assister aux obsèques du comte de Chambord en 1883, de catholique fervent il devint fanatique, totalement antirépublicain, persuadé de la culpabilité des loges maçonniques dans la Révolution de 1789, qu'il accusa d'être " une secte religieuse matérialiste ". Il reprit la direction de l'entreprise de son père à la mort de celui-ci, poursuivant la construction du canal de la Basse-Loire, mais dilapida ses revenus et sa fortune dans ses activités royalistes. Il fonde en 1883 avec l'orléaniste Charles d'Héricault de La Revue de la Révolution, qu'il dirigea jusqu'en 1890, il écrivit des articles dans Le Correspondant, L'Éclair, collabore à L'Intermédiaire des chercheurs et des curieux dont le créateur est son ami, et à partir de 1912 dans la Revue internationale des sociétés secrètes, ou encore La revue bleue. En parallèle il est l'auteur entre autres de :

     

    • Saint-Nazaire sous la Révolution, 1789-1790 ; Saint-Nazaire, Frédéric Girard imprimeur, 1881 ;
    •  La Prise de la Bastille, conséquences de cet événement dans les provinces jusqu'aux journées des 5 et 6 octobre 1789, Paris, Champion, 1882 ;
    • La Prise de la Bastille, conséquences de cet événement dans les provinces jusqu'aux journées des 5 et 6 octobre 1789, Paris, Champion, 1882 ;

    • Le combat du 13 prairial an II et La légende du vengeur, Nantes Imprimerie Vincent Forest et Emile Grimaud, 1883.

    • Un épisode de l'histoire de Saint-Nazaire: les pilotes de Saint-Nazaire en 1791; Saint-Nazaire, Girard imprimeur, 1883 ;

    • La vérité sur la condamnation de Louis XVI : liste des membres de la Convention et de leurs suppléants, Paris, A. Sauton, éditeur. 1885 ;

    • Documents pour servir a l'histoire de la Révolution Française, en collaboration avec Charles d'Héricault, Paris, A. Saudron, 1885 ;

    • Naploléon et ses derniers historiens, 1887.

    • Histoire du blé en France : Le pacte de famine, histoire-légende, Paris, A. Sauton, éditeur. 1887 ;

    • La franc-maçonnerie en France des origines à 1815 ; Nouvelles Librairie nationale, paris, 1909, (qui se voulait être une liste brulot des loges maçonniques, mais qui est devenu malgré lui un outil de recherche pour les francs-maçons !) ;

    • Étude sur la question Louis XVII – Autour du Temple (1792-1795), III Pièces justificatives, Paris, Émile-Paul éd., 1912 ;

    • Législation des grains ;

    • Changements apportés aux noms de villes pendant la Révolution ;

    • Histoire de l'épiscopat français ;

    • Une émeute à Saint Nazaire en 1791 ;

    • Lendemain de Révolution ;

    • Grandes et petites légendes ;

    • La conspiration révolutionnaire de 1789, 1909 :

    • La fin de deux légendes: l'affaire Léonard, le baron de Batz, 1909 ;

    • Documents inédits sur les soulèvements de mars 1793 dans le département de la Vendée ; Saint-Nazaire sous la révolution, 1789-1790, document inédits pour servir l'histoire de la Révolution à Saint-Nazaire, sous le pseudonyme de " vicomte B. d'Agours " ;

    • Autour du Temple (1792-1795), 1912 ;

    • Grandes et petites légendes ;

    • Barfleur et La Hougue ;

    • Restauration des Stuart ;

    • La maison du "dix-huit brumaire ", (Paris), Editions Neptune, 1930, en collaboration avec L. Bigard.

     

    et fit éditer et annota :

     

    • Le patriote Bournonville, 1791-1792 : documents inédits pour servir à l'histoire de la révolution à Saint-Nazaire, Saint-Nazaire, F. Girard imprimeur, 1881 ;

    • Mes trois mois de prison dans la Vendée : mémoires d'un capitaine des volontaires de Sillé-le-Guillaume envoyé en Vendée en 1793, Nantes, V. Forest, 1882 ;

    • Notes sur les tribunaux criminels sous le directoire, d'après des documents inédits recueillis et annotés, Paris, Bourgeois, 1882 ;

    • Papiers du comte Molé.

     

    La majorité de ses publications le furent à compte d'auteur, et sa revue ne lui rapporta jamais d'argent.

     

    Gustave Bord épousa à Saint-Nazaire le 26 juillet 1880 Jeanne-Dolorès Lefebvre-Desvallières, dit Dolorès des Vallières, née le 13 août 1860 à Ville d'Avray, (anciennement en Yvelines, aujourd'hui en Haut de Seine), décédée avant 1919, fille d'Anatole-Marie Lefebvre-Desvallières, né en 1838, alors receveur particulier des finances à Saint Nazaire, et de Luisa-Françoise-Prospère de Barberia, dite Louise. Elle eut pour témoins son oncle paternel Ernest-Louis-Prosper Lefebvre-Desvallières, et pour second témoin son cousin germain par filiation paternelle Octave-Marie Fidière-Desprinveaux dit des Prinveaux. Un contrat de mariage fut signé chez maître Georges Le Besque, notaire à Saint-Nazaire, on en ignore le contenu, mais tout laisse à penser que la dote de Dolores était très importante et que ce contrat permis à celle-ci de ne pas être entraînée dans la ruine de son époux. Le discours du mariage fut prononcé par Auguste Touchet, Gustave fit publier le discours, avec celui que le même avait fait au mariage de la sœur de Gustave, en 1885.  Ils se domicilièrent à Saint-Nazaire rue de La Paix dans la maison de son père, où naquirent :

     

    1. Henri-Louis-Georges Bord, né le 30 avril 1881, mort en 1929, connu sous le nom de Bord de Pierrefitte, il hérite de sa mère le château de Bon Don, près de Vannes où celle-ci vit séparée de son époux en 1909, il a un domicile au 1 square de l'Alboni à Paris (16), il ne contracta jamais d'alliance ;

    2. Henri-Sylvain-Jacques Bord, né à Saint-Nazaire le 6 août 1882, marié 1° à Versailles le 5 mars 1915 à Lucrèce Protococcus ; 2° à Marseille le 28 septembre 1940 à Gabrielle-Anne Garnier ; il décéda le 22 janvier 1971 à Marseille. Il est nommé sous le nom de Bord de Pierrefitte à l'adresse de sa mère en 1909, mais n'utilisera jamais cette particule à sa majorité, et n'aura pas au contraire de son frère de vie mondaine.

     

    En 1897 Gustave Bord fit publier dans l'Annuaire des châteaux, qu'il résidait au château des Charmilles à Saint-Nazaire, et au 55 avenue des Champs Elysées à Paris, à l'angle de la rue de La Boétie, en 1899 son adresse parisienne change pour le 60 rue de Londres, face au pont de l'Europe, puis en 1907 le couple et leurs fils résident au 145 rue de La Pompe dans le quartier de l'Etoile, il n'est pas propriétaire de ses logements parisiens, l'immeuble de la rue de La Pompe appartient à la Compagnie d'assurance sur la Vie.

     

    L'intérieur était meublé avec gout, si les meubles hérités de son père étaient de facture industrielle dans le style « renaissance » alors en vogue, sans une valeur marchande particulière, Gustave était un collectionneur, instruments de musique, objets d'art et de curiosités de la fin du 18e siècle s'entassent dans les pièces du château, et surtout il possédait une importante bibliothèque et une collection réputée de manuscrits révolutionnaires.

     

    S'il poursuivit à la suite de son père le creusement du canal de la Basse-Loire, pour lequel il demanda révision d'expertise auprès du Conseil de la préfecture le 27 octobre 1894, après que le Préfet l'ait attaqué dans deux rapports les 18 juin et 17 juillet 1894, avec messieurs Dinet et Monmerqué les 26 et 27 juin, Gustave Bord se désintéressa de plus en plus de son entreprise, il fonda un comité royaliste cantonal à Saint-Nazaire, et devient conseiller municipal de Saint-Nazaire de 1885 à 1889, sa correspondance d'entre 1882 à 1932, tombée après la mort de son fils aîné dans des mains étrangères, a été vendue en salle des ventes à Paris en 2005, elle comprenait des échanges avec les historiens Léon de La Sicotière, Henri Wallon, le marquis de Lescure, Alphonse Aulard, les écrivains et critiques littéraire Hippolyte Babou et Edmond Biré, Gustave Desnoiresterres, Georges Montorgueil fondateur de L'intermédiaire des chercheurs et des curieux, Henri Lavedan, l'avocat Claudio Jannet auteur antimaçonique, imprimeur-éditeur parisien, mais aussi le recteur de l'Institue Catholique de Paris monseigneur Maurice Le Sage d'Hauteroche d'Hulst, l'abbé Augustin Jouin. En juillet 1905 il perdit l'usage de l'œil droit, la cause nous est inconnue, (peut être une risque au moment des inventaires des églises), mais il poursuivit plus ardemment ses activités littéraires, politiques, et antimaçonnique. Gustave perdit peu à peu le bon sens et la raison, il devint totalement fanatique, persuadé d'un complot perpétuel de la franc-maçonnerie contre le Roi, l'Eglise et la France sa fille aînée. La loi de 1905 qui sépare l'Eglise et l'Etat, la réforme des congrégations qui entraîna l'exil de millier de religieux, et surtout les inventaires des églises qui furent l'objet d'affrontements entre gendarmes et paroissiens, finissent de le conforter dans sa paranoïa, il associa dans son esprit la République et franc-maçon, au point d'affirmer que si l'on supprimait le principe d'égalité les loges-maçonniques disparaîtraient, le tout soutenu par de longues théorisations alambiquées nourries des écrits d'Augustin Barruel (3).

    Gustave Bord et son épouse passaient à Saint-Nazaire pour des personnes généreuses. Gustave fit de nombreux dons pour financer la construction de l'église Saint-Gohard que fit édifier l'abbé Hamel. En 1897, à la création de la salle 6 de l'Hôpital, dite salle Sainte-Anne, il donna 5.000fr et paya le mobilier. 

     

      En 1907, Gustave qui passait pour l'un des hommes les plus riches du canton, se trouva ruiné, de plus en plus violant  et instable psychiquement. Sa femme obtint la séparation afin de sauver ce qui reste de sa fortune personnelle et de protéger ses enfants, elle prit dans le monde le nom de Bord de Pierrefitte, particule et nom de terre qui ne passeront jamais à l'état civil, (voyez à ce sujet l’annexe VIII), et que leur fils aîné utilisera jusqu'à sa mort, celle-ci est domiciliée avec ses fils en 1909 au château de Bon Don à Vannes, un logis renaissance qui fut le siège d’un couvent de carmes fondé par le duc Jean V, et conserve la location du 145 rue de la Pompe à Paris. Pour payer les créanciers, Gustave céda à bas prix ses collections d'objets d'arts, ses papiers et autographes révolutionnaires, ses biens immobiliers à Saint-Nazaire. A partir de 1908, Gustave n’apparaît plus dans les annuaires, les Charmilles furent acquises la même année par le docteur Raffegeau. Gustave Bord s'établit à Saint-Malo, la guerre finit de lui faire perdre ses derniers revenus, à l'armistice l'Académie Française lui verse une maigre subvention durant quelques années afin de continuer ses travaux historiques. On ne reparla de lui à Saint-Nazaire qu'à la suite de la publication dans la presse d'une lettre qu'il avait adressé le 6 avril 1926 au Courrier de Saint-Nazaire. En mars précédent le Conseil d'administration de l'hôpital avait fait retiré les crucifix qui se trouvaient dans les salles. Gustave Bord fit rappeler qu'il avait payer un crucifix ainsi que tout l'aménagement de la salle 6 et que l'hôpital s'était alors engagé à respecter la présence du Christ en croix qui s'y trouvait. Le Conseil fit remettre le crucifix qui resta en place dans la salle  6 jusqu'à la destruction de l'hôpital durant les bombardements.

     

    Il avait fait bâtir pour lui et les siens une chapelle funéraire au cimetière de La Briandais, plus grosse concession du cimetière, elle est toujours existante en 2011, elle fait face au portail d'entrée au bout de l'allée principale. Aucune plaque ne précise qui est y est inhumée et les archives municipales sont muettes à ce sujet. On sait cependant par des extraits de presse de l'époque qu'elle contient  le corps d'Alcide et celui de son épouse, celui de Gustave. Quoique séparé de sa famille qui ne lui parlait plus, son corps fut transporté de Saint-Malo pour être inhumé le 1er mai 1935 à Saint-Nazaire en présence de son fils Georges qui avait fait le déplacement seul depuis Paris. D'anciens employés, des gens qui avaient bénéficié de ses largesses, beaucoup de royalistes nazairiens, la famille Nouteau, des religieuses de l'hôpital, la veuve de Raymond Gasnier ancien maire, le peintre Charles Beilvaire, et A. Bernard, directeur du Courrier de Saint-Nazaire, journal de droite-catholique, virent lui rendre hommage. 

     

    Détail historique : Gustave Bord fut le premier (ou le second ?) nazairien à posséder une voiture !

     

    Bord de Pierrefitte ?

     

    Comme nous l'avons expliqué, les Bord sont issus d'une famille de tailleurs de pierre du Limousin enrichies par les politiques de grands travaux et de modernisation de la France au 19e siècle. Mais d'où vient cette particule et ce nom de terre que la femme séparée de Gustave Bord et ses fils portèrent dans le monde, et qui ne passa jamais à l'état civil ?

     

    Pour comprendre il faut savoir avant tout qu'il exista en Limousin une famille chevaleresque du nom de Bort, avec une particule et un T et non un D à la fin de son patronyme, qui posséda la seigneurie de Bort-les-Orgues en Corrèze. Cette très ancienne famille noble s'illustra durant la quatrième croisade, fonda le monastère de Bort, donna des chevaliers à l'Ordre du Temple qui seront appelés à témoigner lors du fameux procès intenté à l'Ordre par Philippe le Bel. Très riches et très puissants, ils héritèrent par mariage de la Seigneurie de Pierrefitte, où dès 1471, Charles de Bort, gentilhomme de la Chambre de Charles VIII, époux d'Antoinette de Saint Avit, ordonna la construction en cet emplacement du château de Pierrefitte située maintenant sur la commune de Sarroux en Corrèze, où durant trois siècles, dix générations de Bort se succéderont dans une admirable résidence médiévale toujours existante. Cette famille s'éteignit avec deux frères, Léonard-Antoine de Bort de Pierrefitte, (1758-1822), qui n'eut de Béatrice de Laforet-Bulhon, un fils, Jean mort jeune, et une fille, Sophie Antoinette, épouse de Guillaume de Lagrange, (qui ne laissa elle même que deux enfants mort jeune), et Octavien de Bort de Pierrefitte, né en 1767, chevalier de Malte, fait prisonnier par les troupes de Bonaparte en 1798 au siège de La Valette, et qui sous la Restauration fut maire de la ville de Bort de 1816 à 1830. Resté célibataire, il décéda très âgé le 14 novembre 1859.

     

    Ainsi, en 1907, quand Gustave Bord et son épouse Dolorès des Vallières se séparèrent, il n'y avait plus de membre de la famille de Bort de Pierrefitte vivant, probablement Gustave avait au cours de ses recherches voulu se trouver une filiation commune avec cette famille. Ainsi à leur séparation, son épouse et ses fils prirent le nom de Bord de Pierrefitte, ainsi que les armoiries de la famille de Bort de Pierrefitte, dont plus aucun membre ne pouvait leur intenter un procès pour usurpation. Le plus jeune fils, Jacques, ne semble pas l'avoir utilisé, mais son frère aîné, Georges le conserva jusqu'à son décès en 1926.

     

    La famille de Bort de Pierrefitte avait pour armoiries : D'or au sautoir denché de gueules.

     

     

     

    (2) Une erreur de retranscription sur l'un des registres nous a fait croire qu'elle était décédée avant le mariage de son fils, en réalité elle survécus à son époux. Elle avais une soeur, Louise, fut très proche de son neveu Gustave, qui lui dédia son ouvrage sur les Loges. 

    (3) Il participa à répandre aussi une stupide et infamante légende qui prétendait que le comte de Chambord aurait été tué à l'aide de poudre de diamant par "les franc-maçons" ! 

     

     

    (Sources : Archives de Saint-Nazaire ; BNF ; René Kerviler, Répertoire général de bio-bibliographie bretonne, 1899 ; Histoire de Saint-Nazaire par Fernand Guerrif ; Annuaire des Châteaux, 1898 à 1935 ; L'intermédiaire des chercheurs et des curieux, 1938 ; La franc-Maçonnerie, Christian Jacq, Paris, Robert-Laffont éditeur, 1975.Ésotérisme, occultisme, franc-maçonnerie et christianisme aux XIXe et XXe siècles. Explorations bio-bibliographiques, Marie-France James, Paris, Nouvelles Éditions latines, 1981. Archives du Courrier de Saint-Nazaire.)