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  • Jacques Loire est décédé.

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    Le maitre verrier Jacques Loire, qui réalisa en outre nombre de vitraux en Presqu’île a été enterré hier à Chartres. Il allait avoir 89 ans.

     

    En lisant le fairepart, un mot m’est venu immédiatement à l’esprit pour résumer Jacques : élégance. Tout était élégance en lui, la personne, les idées, le geste, les goûts ; et c’est ainsi que je le garde en mémoire, vêtu de clair dans la lumière du ciel et des feuillages émaillés des goute d’une averse, le jour où j’ai eu la chance de le rencontrer. Il m’avait reçu et fait entrer dans son univers, montrant ce qu’il faisait, sans jamais parler de lui, préférant raconter les travaux de son père et ceux de ses fils. Il avait eu la gentillesse de m’ouvrir les Archives Loire afin que je puisse consulter les dossiers concernant les paroisses de Saint-Nazaire, et m’avait offert un carte postale rarissime figurant les grille de l’Eglise Saint-Nazaire réalisée par Gabriel, (grilles qui furent volée durant le Déblaiement). Sa modestie était telle, qu’il fut presque embarrassé de me confirmer que c’était bien lui, alors jeune-homme, qui avait réalisé les vitraux de la Chapelle de Toutes Aides, et que ce furent ses premières œuvres ; vitrages qui déjà résumaient sa poésie intérieur et l’ardence de son âme. Puis après un silence, il m’avait demandé ce qu’étaient devenu ceux qu’il avait fait une chapelle à La Baule Escoublac, et parlé de la maison de Batz, de l’église de Saint-André-des-Eaux

     

    A Saint-Nazaire, durant la reconstruction, il avait assisté son père pour les vitraux de Notre-Dame de l’Immaculée Conception. Jacques m’avait expliqué que pour les indemnités de guerre il fallait déclarer quel étaient le genre de vitraux détruits, et que le montant variait si c’était une simple grisaille ou des figures, obligeant les curés à mentir un peu pour leur paroisse….

    Et puis il y a toutes ces verrières pour les paquebots construits aux Chantiers nazairiens qui naviguent par le monde.

     

    Un grand artiste et un homme exceptionnel nous a quitté.  

  • Merci pour Narcisse

    Depuis trois semaines, des déposent des cailloux sur la tombe de Narcisse Pelletier, et cette semaine une personne a déposé des narcisses. Les Amis de Narcisse Pelletier adressent leurs remerciements à ces anonymes.

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  • Paul Bellaudeau

    A l’occasion des 160 ans de la demande de rattachement du port de Méan à la commune de Saint-Nazaire, (obtenu le 13 mai 1865), les archive de la Ville de Saint-Nazaire ont publié sur leur page une illustration de Paul Bellaudeau, artiste nazairien, intitulée « Vue panoramique de la rue principale de Méan il y a cinquante ans », parue dans le journal Le Courrier de Saint-Nazaire du 15 octobre 1932.

    (https://www.facebook.com/archives.saintnazaire/photos/a.1520462947987881/4134941979873285/ ).

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    Cette illustration, tirée des Fonds et Collections Odoevsky Maslov, nous donne l’occasion de publier enfin une biographie de cet artiste que nombre de nos lecteurs nous ont demandé depuis des années, mais que nous n’avions jusqu’à présent mis de côté par volonté de vérifications de quelques éléments.

     

    Paul Bellaudeau, artiste nazairien :

     

    Paul Bellaudeau c’est toujours défini comme nazairien, il l’était, du plus profond de l’âme jusqu’au bout des ongles. Il en avait hérité l’esprit du voyage, de l’aventure, la force morale et des convictions. Pourtant il n’y est pas né, et n’en était pas originaire. Léon-Paul Belleaudeau est né à Nantes au 2 quai de l’Ile Gloriette, le 7 janvier 1899. Son père, Léon-Aimé-Joseph Bellaudeau, né à Machecoul, au hameau de La Doucetière, le 23 mai 1871, était l’ainé d’une fratrie de cinq, issue d’un père forgeron natif de Legé, d’où il était venu avec son épouse, et où les Bellaudeau sont présent depuis des temps immémoriaux. Léon-Aimé-Joseph, dit Léon, s’intéressa à la mécanique et intégra la Marine ; il fut d’abord chauffeur, puis mécanicien à bord d’un bateau pilote au moment de la naissance de son fils, sa carrière stagna longtemps ; ce ne fut que le 21 janvier 1924 qu’il fut promu officier mécanicien de 2e classe[1], et le 16 février 1927, qu’il devint chef mécanicien du vapeur du pilotage Hervé-Rielle[2]. Quand Paul naquit, son père avait 27ans, sa mère, Marie-Emilie-Antoinette Martineau, née à Legé le 7 janvier 1867, avait 32 ans. Elle était la cousine germaine de son époux ; en effet, le grand-père paternel de Paul et sa grand-mère maternelle étaient frères et sœur.

    Paul avait quatre ans quand sa famille s’établit à Saint-Nazaire, au rez-de-chaussée du 13 de La Rue Neuve, en 1903. La maison, divisée en trois appartements, était un manoir urbain relevant directement de la Vicomté durant l’Ancien-Régime, construite à la fin du 15ème siècle, avec une tour escalier, dont le jardin s’ouvrait sur l’Estuaire, mais hélas coupé de son accès au fleuve par la construction du Quai de Marées. Une demeure sans eau courante et dont il fallait vider les pots de chambres dans la Loire par-dessus le mur du quai, avait tout du château de conte de fée pour un enfant. Paul y grandit, frêle, fragile des poumons, fragilité qui tourna à l’asthme en raison des briquettes faite de poussières agglomérées de charbon, moyen de chauffage des familles pauvres, vendue sur le port par la Société des Houilles et Briquettes de Saint-Nazaire[3].

    Solitaire, rêvant d’aventure en mer, chapitré des valeurs du catholicisme par une mère bigote qui l’envoya uniquement à l’école religieuse, (Notre Dame d’Espérance, rue des Sables, externat à Saint-Joseph), il fut imprégné très tôt d’une Foi et d’une religiosité exacerbée. Certificat d’étude en poche, on ne lui laissa pas d’autre choix que celui d’entrer chez Haillaust et Gutzeit, marchands de bois du Nord, sa santé lui interdisant le métier de marin. Doué pour le dessin, il arriva à 17 ans à intégrer comme dessinateur Les Ateliers et Chantiers de la Loire. Nous étions en 1916, on manquait de personnel et le jeune Paul savait naturellement dessiner, talentueux, mais sans culture. Plus tard, rêvant sa vie, enjolivant son passé, il prétendra être entré à l’école d’hydrographie, puis avoir tout abandonné pour partir au Canada y mener « quelques temps la rude vie des marchands de fourrures », s’en être allé à Constantinople, « qu’il visite, admire, fouille », mais par nécessité matérielle avoir « abrassé la carrière militaire [allant] au Maroc en 1922 »[4]. La réalité est tout autre. Il ne vit jamais le Canada ; il fut incorporé en février 1918 au 93e régiment d’Infanterie, se retrouvant cantonné à Pargny dans la Somme, faisant la Seconde bataille de la Marne, la bataille de l’Aisne. De là il intégra le 1er régiment des Zouaves, qui de l’Aisne fut envoyé en 1919 à Casablanca, où on le retrouve, 2ème classe, décoré de la Médaille coloniale avec agrafe le 25 janvier 1921. Pour les pauvres, l’Armée offraient la possibilité d’études et de formations en échange d’un long engagement[5]. Paul en profita pour se cultivé, mais cela ne fut qu'en surface, et maladroitement. Il n'approfondit les quelques brides de culture classique qu'il absorba à cette période.

    Affecté au service géographique de l’Armée après une formation en hydrographie, il reçut la Médaille de la Paix du Maroc, décoration espagnole, et fut fait chevalier de l’Ordre du Ouissam alaouite chérifien[6], ordre de la Couronne Marocaine[7]. Profitant d’une permission à Saint-Nazaire en janvier 1925, il illustra le menu du repas précédant le vernissage de l’exposition du Groupe Artistique[8], tenu à l’Hôtel de Bretagne[9]. Durant un autre séjour en janvier 1930, alors qu’il exposait au Salon du Groupe Artistique quelques dessins fait au Maroc, Renée Bernard, la fille du directeur du Courrier de Saint-Nazaire, qui publiait dans ce journal sous le pseudonyme de Jacqueline Bruno[10], le persuada d’illustrer pour elle des textes d’une plaquette qu’elle projetait d’éditer. Ils firent alors dans les derniers jours de janvier 1931, une longue promenade sur les sites de Dissignac et du Pé. Au milieu du paysage aux arbres dénudés, Paul fit des croquis qui lui servirent pour des dessins à la plume. L’ensemble fut publié à la fin du mois de mai 1931 sous le titre « Les curiosités mégalithiques de Dissignac et du Pé en Saint-Nazaire-sur-Loire », et comprend, outre des vues des mégalithes en question, des représentations des calvaires de Dissignac et des Forges.

     

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    Couverture du fascicule de Jacqueline Bruno, mai 1931

     

    Cette collaboration avec Jacqueline Bruno lui ouvrit les portes du Courrier de Saint-Nazaire ; dès l’édition du 2 mai 1931, il illustra le journal d’un premier dessin inspiré d’une photographie de l’ancienne église, (détruite en 1896)[11]. Le dessin eu tant de succès, qu’il fut reproduit immédiatement en tirages particuliers, offert aux souscripteurs de la levée de fonds au profit de l’Orphelina des Sœurs gardes malades de la rue du Traict. Ce furent, du 2 mai 1931, jusqu’au 5 juin 1942, une collaboration qui mena à l’illustration de 30 éditions du Courrier de Saint-Nazaire.

     

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    La « Vieille-église », dessin de Paul Bellaudeau publié dans Le Courrier de Saint-Nazaire du 2 mai 1931.

     

    Le Courrier de Saint-Nazaire du 12 septembre 1931 publia un long portrait de Paul, que nous avons cité plus haut, contenant une biographie fantasmée, à l’occasion de la publication d’un ouvrage intitulé « Croquis Marocains ». Cet article, « Silhouettes nazairiennes : un écrivain et un artiste », est signé « C.J.C. Nogos », pseudonyme qui n’existe qu’une fois dans le Courrier de Saint-Nazaire, est bien sûr de Jacqueline Bruno, totalement envoutée, qui ose la comparaison avec Baudelaire, qu’elle n’avait pas lu, mais dont Paul se réclamait pour expliquer sa fascination pour les cimetières et chez qui il piochait des formulations poétiques. L’article nous apprends que Paul avait réalisé aussi une série de dessins de pêcheurs bretons. Concernant la publication « Croquis Marocains », il n’est pas dit qui était l’éditeur, et on apprend uniquement qu’il comportait 50 illustrations hors texte à côté d’écrits descriptifs du Maroc. En réalité, ce fut édité à compte d’auteur, et vendu chez le libraire Léon Dariès rue de Villès Martin. La publication, tirée à peu d’exemplaires, se vendit mal, et demeure encore à redécouvrir. Elle figure des dessins de Fez, Tanger, Meknès, Mogador, l’Oued Cherrat, la Kasbat El Mehdia, etc., qui ne sont pas sans intérêt.

    En janvier 1932, Paul réussit à être publié dans La vie marocaine illustrée pour un court texte, titré « Le Coteau du sommeil sans rêve », issu de sa publication « Croquis Marocains », dont dans l’incipit commence par la phrase « le sommeil des morts est sans rêve », pensée qu’il attribua au poète perse du 13ème siècle Abū-Muḥammad Muṣliḥ al-Dīn bin Abdallāh Shīrāzī, nommé à l’occidentale « Saadi », mais qui est en réalité la déformation d’une citation de Socrate[12] qu’on attribue traditionnellement à Napoléon Ier sous cette forme, et que Paul Bellaudeau confond avec une pensée du poète persan : « Le sommeil des tyrans est le repos du monde » ; son erreur doit venir d'une mauvaise recopie d'un dictionnaire de citation en bibliothéque. Son texte, qui n’en demeure cepandant pas moins joli et bien tourné, décrit le cimetière de Bab-Ftouh à Fès, le plus grand et le plus prestigieux de la ville, et plus précisément une partie, que Paul ne sut pas nommer, qu’est celle d'el-Kbab, littéralement « les Dômes », où se trouvent les tombeaux de saints hommes et de marabouts qu'il mentionne, sous les coupoles que Paul décrit. Le lieu était déjà très touristique en 1931, et l’on comprend pourquoi la revue La vie marocaine illustrée, revue fondée en 1928, et éditée par la Fédération des Syndicats d'Initiative et de Tourisme de Casablanca, le choisi.

     

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    Carte postale figurant le cimetière de Bab-Ftouh à Fès au début du mandat français.

     

    Arrivé à Saint-Nazaire avec la revue sous-le-bras, Paul, tout fier, la montra à Jacqueline Bruno, qui le publia à son tour le texte dans le numéro du 23 janvier 1932 du Courrier de Saint-Nazaire ; un certain nombre est l’interprétation graphique de photographies anciennes, ou de dessins, peintures et aquarelles de la collection de Gustave Ollivaud, (1855- 1936)[13].

    Au début de l’année 1933, l’adjudant Paul Bellaudeau fut envoyé à l’état-major à l’Etat-major de Troyes. En avril 1933, monsieur Dariès organisa en sa boutique une exposition vente de « dessins à la plume en au encres de couleurs, […] une vingtaine de vues, […] tantôt l’ardente lumière marocaines, tantôt la grisailles des vieilles maisons et des vieilles rues de Troyes-en-Champagne ; tantôt enfin la douce poésie de la perle du Golfe du Morbihan »[14]. Nous ne connaissons que des reproductions à l’encre noire de ces dessins, dessins dont la précision du trait et la souplesse ne laissent pas indifférent, mais cette description de l’exposition nous laisse entrevoir pourquoi Paul enthousiasma ceux qui l’employèrent comme illustrateur. Précisons que Paul ne maîtrisa jamais les autres médiums des arts graphiques et ne fit rien pour apprendre l’aquarelle ou la peinture. L’exposition à la librairie Dariès alla de paire avec la publication en mai suivant d’un dossier regroupant des articles consacrés à l’histoire locale, illustré par Paul et Charles Beilvaire[15], « Le vieux visage de Saint-Nazaire ».

    L’Ouest Eclaire du 9 décembre 1933, nous apprend, que, caserné à Troyes, il reçut la médaille militaire « après avoir servi 12 ans au Maroc », ce qui confirme que c’est bien en 1921 qu’il s’engagea dans les Zouaves dans ce pays et que mineur, il ne put se rendre Canada.

    le 20 janvier 1934, à l'occasion du Salon du Groupe Artistique de Saint-Nazaire, c'est lui qui réalise l'article consacré à l'exposition dans Le Courrier de Saint-Nazaire, sous la signature de Aristarque, (pseudonyme emprunté à un astronome de l'antiquité grecque), il dressa la liste de ce qui n'allait pas en matière de dessin, (seul art qu'il maîtrisait), dans l'ensemble des œuvres accrochées, allant chercher le moindre détail secondaire pour cela, démolissant finalement chaque travail, à l'exception de ceux d'Alexis de Broca et de Charles Beilvaire. Ecrit dans son style habituel et reconnaissable entre tous, il y distilla du fiel, et s'attaqua à Charles Perron, professeur aux Beaux Arts de Nantes, deuxième Grand prix de Rome en 1921, et plus particulièrement à Madeleine Massonneau, artiste parisienne reconnue, deuxième Grand prix de Rome en 1928, qui avait à Saint-Nazaire réalisé deux ensembles de fresques, (dont il nous reste celles de l'ancienne école Jean Jaurès). A son propos, il écrivit : « Mlle Massonneau est-elle portraitiste ou caricaturiste ? Elle expose sur fond bleu charron une interprétation rappelant Mlle C… [Isabey Campredon] Un si charmant modèle méritait mieux. » Ce fut la seule participation de Madeleine au Salon de Saint-Nazaire, et, elle ne renouvela pas son adhésion au Groupe !

    Paul acheva sa carrière militaire à Strasbourg au milieu de l’année 1936, et s’établit chez ses parents. Il dessine la couverture du Bulletin paroissial de Saint-Nazaire, bulletin de la paroisse Saint-Nazaire, dont dépendait le Vieux-Quartier ; la publication du Bulletin débuta en octobre 1936.

    Devant assurer sa subsistante, Paul entre le 1er janvier 1937 aux Chantiers de Penhoët comme dessinateur. Adjudant officier de réserve état-major, il dessina le menu du banquet des sous-officiers de réserve de Saint-Nazaire du 24 janvier 1937. Durant ses jours de congés il parcourait la région, dessinant églises et moulins.

    Sa mère décéda en février 1938, alors qu’il exposait au 20e Salon du Groupe Artistique. On le retrouve jouant Hérode l’occasion de Noël paroissial de décembre 1938 en la salle Saint-Pierre.

    Il exposa au 21e Salon du Groupe Artistique, en janvier février 1939.

    Son père décéda en février 1940.

    Jacqueline Bruno ne cacha jamais son penchant pour Paul, elle le trouvait charmant, séduisant, aimait qu’il fût fervent catholique. Mais elle avait un physique difficile, un caractère qui l’était tout autant et était d’un tempérament indépendant. Paul lui préféra une autre, belle et soumise, et le 4 mai 1940, il épousa à Saint-Nazaire, civilement, puis religieusement le 18 mai, Anne-Marie Burgaud, employée de bureau aux Chantiers de la Loire, qui quitta le domicile de ses parents chemin des Gauvinets pour s’établir au 3 rue Neuve dans le logement de son époux. Paul arrêta de dessiner Saint-Nazaire et ne fournit plus au Courrier de Saint-Nazaire que des dessins de moulins à partir de l’édition du 28 février 1941.

    De son union naquit Cécile, qui décéda à l’âge de 7 mois en janvier 1942.

    Le 28 mars 1942, l’Opération Chariot, provoqua des représailles de l’Occupant allemand sur la population du Vieux-Quartier accusée d’avoir secouru des marins britanniques. Les habitants des maisons, situées en bordure du quai des Marées, furent alors vidées de leurs habitants qui, en camion, furent transportés à l’Hippodrome de Savenay. Des voisins en profitèrent pour piller les habitations. La Croix Rouge réussit à intervenir pour récupérer le maximum d’effets et de meubles des habitant chassés alors que l’Occupant fit raser les bâtiments. Paul et son épouse regagnèrent Saint-Nazaire, trouvèrent un logement dans le quartier de Sautron, et récupèrent les quelques biens que la Croix-Rouge avait sauvé.

    Le 29 mai 1943 Saint-Nazaire fut anéanti par un bombardement incendiaire britannique. Les nuées ardentes furent visibles à 100km à la ronde, formant un halo orangé qui fendit la nuit sur une côte atlantique plongée depuis des années dans un couvre-feu.  Les vapeurs du phosphore, qui transforma la ville en un fleuve de feu, se propagèrent sur des kilomètres. Paul, en fut particulièrement atteint. Retiré avec son épouse enceinte chez une tante paternelle, à Machecoul, où naquit son fils, Jean-Paul-Marie, le 20 octobre 1943. Paul mit plusieurs mois à guérir d’un abcès pulmonaire. Durant sa convalescence, il rédigea une pièce de théâtre intitulée « Tertiae », titre latinisant faisant référence au Troisième jours qui est celui de la résurrection du Christ. Etablit à La Baule-Escoublac en 1946, il participa à la revue catholique La famille Nazairienne, procurant à celle-ci ces illustrations du Courrier de Saint-Nazaire, accompagnées des textes des articles de Jaqueline Bruno, (en prison pour collaboration), plus ou moins réécrit en son style, et des illustrations de sa publication Croquis Marocains. A nouveau gravement malade, il s’attaqua à l’illustration des Quatre Evangiles, œuvre testamentaire d’un homme emplie de Foi, et mourut le 24 aout 1947. Son fils Jean-Paul, décéda le 4 mars 2015 à Saint-Étienne[16].

     

     

    [1] Journal Officiel du 21 janvier 1924.

    [2] Journal officiel du 16 février 1927.

    [3] Ce produit de chauffage, très allergène, couvraient de suie et d’une graisse jaune les intérieurs, et noircissaient les toits et les façades, produite partout dans le monde occidentale, fut à l’origine de milliers de cas d’asthme en France, et rendit aussi malade Odette du Puigaudeau, autre figure nazairienne au Maroc.

    [4] Cf. « Silhouettes nazairiennes : un écrivain et un artiste », Le Courrier de Saint-Nazaire du 12 septembre 1931.

    [5] Paul-Emile Conard, autre figure nazairienne, passa par l’Armée lui aussi pour pouvoir mener des études : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2020/09/17/paul-emile-conard-6263914.html

    [6] Créé en 1913, il se nomme aujourd’hui Ordre du Ouissam alaouite.

    [7] La mention de ces médailles a pour source l’article publié par monsieur Patrick Pauvert dans Histoire & Patrimoine n°92, en juillet 2018, qui n’indique pas ses sources. Nous n’avons pas trouvé les décrets concernant ces décorations, ni de mention dans la presse de l'époque.

    [8] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2018/07/30/le-groupe-artistique-de-saint-nazaire-et-le-groupe-de-indepe-6069504.html

    [9] Cf. Le Courrier de Saint-Nazaire du 17 janvier 1925.

    [10] Voyez à propos du Courrier de Saint-Nazaire : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/03/25/la-presse-nazairienne-1857-1944-6138789.html

    [11] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/02/05/la-vieille-eglise-6126779.html

    [12] « Si la mort est une absence totale de sensation, comme si l'on dormait d'un sommeil sans rêve […] »

    [13] Le concernant, voyez : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/07/17/mean-chantiers-et-patrimoine.html

    [14] Le Courrier de Saint-Nazaire du 22 avril 1933, page 2.

    [15] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2014/12/08/charles-beilvaire-un-peintre-nazairien-oublie-5505901.html

    [16] Il est inhumé en cette ville au cimetière de Côte-Chaude.

  • Le crime de La Vague

    La Vague est l’un de ces charmants chalets balnéaires qui émaillait la corniche nazairienne et dont il reste hélas peu d’exemple. Sa construction fut entreprise entre 1899 et 1905, par le couple Henri Tahier, (Saint-Nazaire le 5 octobre 1845 – Saint-Nazaire 19 février 1924) et Angèle-Désirée Henry, (Saint-Nazaire le 6 mars 1850 – Saint-Nazaire 9 juin 1916), pour leur servir de lieu de villégiature avec leurs cinq enfants, Henri, Gabrielle, Hélène, Madeleine, et Andrée. Les Tahier avait acquis le terrain en décembre 1898 auprès du négociant nantais Honoré-Anatole Martineau.

     

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    La Vague, façade sur estuaire, L'Ouest-Éclair 30 septembre 1932.

     

    Henri et Désirée Tahier formaient un couple de bourgeois respectables, unis d’un amour véritable, qui les avaient fait défrayer la chronique en 1870. Désirée était la sœur de l’épouse du frère aîné d’Henri, amoureux, ils avaient consommé, et Désirée était tombée enceinte d’une petite Angèle, née trois mois avant le mariage de ses parents. L’aventure avait alors fait chasser Désirée par son père, et Henri, clerc de notaire, avait perdu son emploi. Il était devenu grâce à son aîné caissier à la Compagnie Générale Transatlantique, mais ne fit jamais l’effort de monter en grade, se contant d’un revenu relativement modeste au regard des besoin de sa nombreuse progéniture. Sa chance fut d’être issu d’une famille fortunée, (voyez sa généalogie ici : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2020/11/01/tahier-et-tahier-de-kervaret-6273855.html), de laquelle il hérita des fermes et une somme suffisamment importante pour s’offrir le luxe d’une résidence secondaire à l’extérieur de la ville, dans une banlieue alors recherchée où les Nazairiens allaient se détendre le dimanche dans les guinguettes, les cafés-restaurants, et sur les plages, à 2 km du port. La demeure, malgré l'illusion de son aspect extérieur, était à l’époque petite, composées de nombreuse pièces peu pratique par leur plan carré et leur disposition ; la cuisine elle-même tenait plus du couloir aménagé en kitchenette comme dans les logements d’étudiant du 21ème siècle. C’était une construction légère, conçue pour de courts séjours en belle saison. Les jours de tempête le vent passait par le sous-sol au travers du plancher du salon de la salle à manger, soulevant le tapis, ouvrant parfois les fenêtres ; les cheminées, alors présentes dans chaque pièce, étaient plus décoratives qu’efficaces. Le jardin, de 800m², clos de murs, sauf côté rue où était une palissade ajourée peinte en vert clair, avec un puits, domine cependant l’estuaire et était à l’époque doté d’une petite serre sous la terrasse côté océan[1].

     

    En 1915 le couple Tahier décida de quitter le centre-ville, où ils habitaient rue de Montoir, pour s’établir en leur chalet de La Villes-Martin. Depuis que le port était le lieu de débarquement des troupes australiennes et canadiennes, toutes les nuits il y avait des bagarres et des agressions, parfois à coup de révolvers. Epuisés par cette insécurité, ils firent de La Vague leur résidence principale. Désirée y décéda en 1916. Henri y demeura seul avec sa fille Madeleine, jusqu’à sa mort en 1924. Les filles Tahier étaient de jolies femmes aux yeux noirs, les deux ainées avaient trouvé à se marier avec des hommes qui avaient du bien et de bonnes situations, la plus jeune, « un peu masculine », menait une vie mystérieuse de modeste vendeuse à Paris, seule Madeleine était restée à Saint-Nazaire, à s’occuper de ses parents, car elle était bossue, chétive, et n’avaient du fait de sa difformité jamais trouvé à se marier. Elle avait vieilli prématurément, ayant « le visage chiffonné »[2]. A la mort de son père, elle hérita de La Vague et de la fermette de La Bouletterie, une métairie de 6ha, comprenant corps de bâtiments composés d'une maison, écurie, cave, grande cour devant la maison, un jardin, des terres sous labour divisée en 39 lots éparpillés (nous étions avant le remembrement). Cette ferme exploitée par la famille Bonhommeau, constituait le revenu principal de Madeleine et la pouvait deux fois par semaine en lait. La Vague était alors en mauvais état, Madeline peinait à l’entretenir, elle faisait réaliser les travaux les plus urgent, mais le balcon en fer de la façade d’arrivée avait perdu plusieurs barreaux remplacés par du fil de fer. Tout était à l’économie, y compris sa mise, elle portait ainsi les chaussures de son père, faute de pouvoir s’en offrir une paire pour les jours ordinaires, avait l’air de Pauline carton dans « ces messieurs de la Santé », avec ses mitaines. Endettée au point d’avoir contracté une hypothèque qui lui coutait 1.200 fr le trimestre, (un ouvrier gagnait 1.000 fr par mois à l’époque), ne recevant aucune aide de sa famille ; son frère, qui se faisait nommer monsieur de Kervaret, était vaguement ingénieur à Paris où il faisait des dettes que l’héritage de 1924 avait à peine couvertes ; ses sœurs mariées prétextaient dépendre de la bonne volonté de leurs époux, la plus jeune disait ne pas avoir la possibilité de l’aidée. En fait, Madeleine était une femme isolée qui, en dehors de la fille de ses métayers qui lui apportait du lait deux fois la semaine, et de sa voisine mademoiselle Tremer, tenancière du Café des familles, (ancien café du Fort, aujourd’hui Villa Ker Villès), d’une amie d’enfance, madame Defaille, et d’une tante à la mode de Bretagne, madame Certain, qui vivait de l’autre côté de la ville aux trois-Ormeaux, (boulevard de la Renaissance), elle ne voyait personne.

    Madeleine se contraint à louer les deux chambres se trouvant au second étage, sous les combles, pour un loyer de 50 fr chacune, (l’un se composait d’une vaste pièce, la seconde plus petite avait en sus un grenier qui pouvait servir de rangement supplémentaire. Les locataires étaient invités à prendre pension au restaurant au Café des familles où chez monsieur Balle au Restaurant de la Côte. Elle trouva difficilement hors saison estivale à louer, jusqu’à ce qu’en 1931 arriva un couple.

     

    Thibaud et la Sorcière :

     

    En janvier 1931 débarquèrent deux individus à la drôle d’allure : Une femme prénommée Suzanne, veuve d’un employé de la Compagnie Parisienne du Gaz, nommé Carousse, qui disait avoir 40ans, alors qu’elle en avait 55, hystérique, tyrannique, attifée comme l’as de pique, que le voisinage surnommait « La Sorcière ». Elle n’était pas une inconnue pour Madeleine, cela faisait sept-ans qu’elle lui louait régulièrement une chambre en été. Un homme, de 38ans, Georges-Désiré Thibauld, désigné sous son seul nom de famille par les voisins, son compagnon depuis 1928, au teint noir, qui portait encore les codes vestimentaires des apaches, pourtant alors passé de mode : casquette, chemise avec gilet, pantalon large tenu par une ceinture de flanelle jaune de 20 cm de large et longue d'un mètre, enroulée autour de la taille. Dans l’intérieur bourgeois, quoique défraichi de Madeleine, ces deux énergumènes qui vivaient maritalement, même s’ils y avaient officiellement chacun leur chambre, se tapant dessus chaque soir en s’avinant avant de se réconcilier sous la couette, faisait tache. Parentés et amis de Madeleine lui disaient de se débarrasser d’eux, mais elle s’y refusait, motivée par le fait qu’elle avait besoin d’argent, et que personne ne voulait louer à l’année des pièces qui étaient loin du centre et inchauffables, dans une maison qui n'était au demeurant pas raccordée au réseau électrique. Madeleine, qui craignait l’intrusion dans son intimité ou les vols, nombreux dans les villas non habitées à l’année sur la Corniche, avait fait poser des cadenas à toutes les portes, et pensait que cela était suffisant pour la protéger des excès de ses locataires.

     

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    Georges Thibaut, Le Phare de La Loire du 30 janvier 1932.

     

    En dehors du nom de son époux et de son âge, on ne sait rien de Suzanne, elle est dite née à Candé dans les comptes rendus, mais nous n’avons pas trouvé d’acte de naissance pouvant correspondre à elle dans les actes. Le passé de Georges Thibaut nous est lui bien connu ; il est né le 2 juin 1894 à Nogeant-sur-Loir, huitième de douze enfants, d’un père journalier, dans une famille très pauvre, minée par l’alcoolisme. Son père et l'un de ses frères s'étaient noyés alors qu’ils avaient embarqué sur une barque, totalement saouls. Jeune, il avait été décrit comme « bon travailleur ». Durant l’appel de 1913, il avait intégré le 3ème régiment des Zouaves en Algérie. Durant la guerre il fut blessé deux fois, et cité à l’ordre du jour de son régiment. Les officiers le décrivirent comme très énergique et discipliné, mais il sortit de la guerre très éprouvé et fit deux séjours psychiatriques. Entré au chemin de fers en 1919, il resta dix ans à la gare de Clamart, puis fut muté à la gare de Montrouge, où il fut l’objet de nombreuse plaintes disciplinaire pour hybridée. Il avait en effet rencontré en 1928 Suzanne Garousse qui était une alcoolique notoire depuis la mort de son époux, et qui l’incita à boire. Avec ses antécédant familiaux et psychiatriques, Georges Thibaut sombra rapidement et commença à développer des délires schizophréniques ; il prétendait dans ces moments-là avoir été au bagne pour meurtre, ce qui devait certainement être une confusion avec ce qu’il avait vécu durant la guerre et ses séjours en physiatrie et une volonté de fantasmer une vie qui devait lui être triste, et contrebalancer un caractère effacé et faible. Il fut révoqué de son emploi pour être venus plusieurs fois gravement aviné. Suzanne le persuada de partir pour Saint-Nazaire afin d’y trouver un emploi de mécanicien aux Chantiers. Il fut employé par différentes entreprises, estimé comme actif, robuste bon travailleur, mais désigné comme alcoolique en dehors de ses heures de travail, ce qui à l’époque était commun. Le 14 janvier 1932, il quitta son dernier emploi et pris la décision de quitter Suzanne. Celle-ci fit sa valise avant lui. Elle parti le 18 janvier, en prétextant rentrer à Paris pour y devenir cuisinière, et avoir peur que Georges ne la tue durant un excès d’alcool, et qu’il avait une hache cachée sous le lit. Depuis plusieurs semaines elle disait pis que pendre de celui-ci, montant peu à peu le voisinage contre lui, ainsi que Madeleine à qui elle dit que son amant payerait sa part du loyer, soit 150 fr pour un trimestre non réglé. Madeleine eu un moment de panique. Elle devait verser 1.200 fr à son notaire, maître Labour, la première semaine de février pour le règlement de son hypothèque. Désemparée, elle décida de réclamer les loyers à Thibault qui répondit qu’il ne payerait pas pour Suzanne, d’autant qu’elle s’était sauvée en emportant ses économies, mais qu’il toucherait son salait le 20 et verserait alors ce qui correspondait au prix de sa chambre.

    Madeleine commença à l’assaillir tous les soirs à propos des loyers, et chaque soirs Thibaut répondait qu’il ne payerait pas pour Suzanne.

     

    Le meurtre :

    Les évènements ici relatés ont été reconstitués durant l’enquête grâce aux aveux que fit Georges Thibaut aux gendarmes de Nantes et à l’interrogatoire durant le procès.

    Le 25 janvier, vers 17h, au bas de l’escalier, à droite quand on entre dans la maison, se tenait Madeleine très agitée. Elle réclama l’argent des loyers de Madeleine. Thibault lui avait réglé sa part, mais refusait encore de payer la dette de Suzanne. Madeleine partie en direction de son salon, proférant des menaces, il la suivit, tout aussi énervé, la sommant de se taire. Agacé par les cris de sa logeuse, il lui mit un coup de poing dans le nez. Madeleine bascula en arrière, emportant dans sa chute en chaise, et en ayant le réflexe de dire : « que fais-tu là Thibaud ? »

    Allongée sur le sol, le visage ensanglanté, Madeleine n’eut pas le temps de dire plus ; Thibaud se rua sur elle et l’étrangla de ses mains, puis il détacha sa ceinture de flanelle jaune et se mis à étrangler plus encore Madeleine avec. La pauvre femme expira rapidement.

    Thibaut désaoula. Il réalisa son crime. Il transporta le corps de Madeleine dans le salon, lui posa la tête sous un coussin. Il se rendit dans la chambre de sa victime pour prendre une bouteille d’eau de Cologne et un mouchoir, puis revint lui nettoyer le visage. Après cela il alla chercher un chapelet qui lui mis entre les mains, et un drap avec lequel il la recouvrit.

    Il chercha à bruler le mouchoir et la ceinture de flanelle dans le fourneau de la cuisine, puis retourna de fond en comble les trois chambres qui constituaient l’appartement de madeleine au premier étage. Il lacéra les matelas, déchirant les draps au passage, à la recherche d’argent caché. Il ne trouva rien d’autre que le portemonnaie de la victime, qui contenait 6fr, et ne vit pas sur la table de sa chambre son portefeuille qui contenant 600fr, et une coupelle contenant quelques petits bijoux en or. Durant plusieurs jours Thibaud continua de vivre comme si de rien n’était. Il nourrissait les poules de Madeleine, allait en alternance au Café des familles et au restaurant de la Côte prendre ses repas et régla ses ardoises. Le soir il achetait une bouteille de vin. Madeleine n’avait pas été vue depuis le 22 janvier par ses voisins, et la fille des métayers dit aux gendarmes n’avoir vu personne le dimanche 24 janvier, ce qui n’était pas habituel. Mademoiselle Tremer passait habituellement ses dimanche soir avec Madeleine, le la voyant pas, elle interrogea Thibaut qui répondit que sa logeuse était partie voir sa tante aux Trois Ormeaux. Madeleine fut dans son acte de décès déclarée morte depuis le 26 janvier, mais plusieurs choses laissent à penser que le meurtre avait été perpétré entre les 22 et 23 janviers. Le corps commençant à sentir, Thibaut ouvrit la fenêtre du salon, le vent la fit battre bruyamment, ce qui éveilla la curiosité de mademoiselle Tremer. Le jeudi suivant la laitière ne vit que Thibaut qui lui apporta un pot qui n’était pas celui habituellement utilisé par Madeleine pour mettre le lait.

    Thibaut parti le 29 janvier au matin en direction de la ville, et marcha toute la journée jusqu’à arriver à la gendarmerie de Nantes vers 19h45, où il se déclara se constituer prisonnier pour meurtre. On téléphona à la gendarmerie de Saint-Nazaire pour vérifier les dires de Thibaut. Monsieur Balle assista les gendarmes à l’aide d’un phare de sa voiture qu’il démonta pour qu’ils puissent visiter les lieux dans la nuit, faute d'électricité. Les gendarmes posèrent des scellés, et confièrent le gardiennage de la maison à monsieur Balle.

     

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    Monsieur Balle, L'Ouest-Éclair du 30 janvier 1932.

     

    On fit venir le juge Lelièvre le matin suivant. On découvrit prêt du corps une lettre de Thibaut demandant pardon à madeleine et à Suzanne ; puis le corps fut emporté à l’hôpital où le médecin légiste Cousin procéda aux observations. Thibaut fut conduit à Saint-Nazaire, répéta ce qu’il avait dit aux gendarmes de Nantes, et fut présenté au médecin aliéniste Terrien, venu de La Baule, qui le déclara responsable de ses actes et accusa Suzanne de l'avoir rendu totalement alcoolique.

     

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    Le juge Lelièvre, L'Ouest-Éclair du 30 janvier 1932.

     

    Madeleine fut déclarée morte le 26 janvier, son acte se trouve dans le registre de la mairie de Saint-Marc dont dépendait alors La Villès-Martin, on l’inhuma au cimetière de La Briandais, avec ses parents, mais le caveau semble avoir été depuis été détruit.

     

    Le Procès :

    Maitre Moreau Vagnier l'ainé fut chargé de la défense de Thibaut devant les Assises à Rennes. Suzanne dit au Président du Tribunal qu’il était violant quand il buvait, mais qu’il ne l’avait battu d’une fois. Elle affirma qu’il vivait à ses crochets, ce qui ne fut pas prouvé. Madame Defaille répéta ce que Suzanne disait à chacun dans le quartier à propos de Thibaut, et l’avoir conseillé de partir car « il finirait par la tuer ». Monsieur Balle témoigna que Thibaut était un être faible et dépendant de l’alcool, et que malgré ses airs méchants et agressifs, qu’il « se serait tu devant un enfant de 10 ans s'il lui avait demandé de se taire ».

    Thibaut affirma ne pas savoir la situation financière de Madeleine, et ne pas avoir de fait compris son insistance agressive à lui réclamer le loyer de Suzanne. Il la croyait radine, et non ruinée. Il nia avoir retourner les chambres de l’appartement de Madeleine, et prétendit que le désordre y existait depuis toujours, même s’il avoua avoir fouillé, ce qui provoqua un émoi dans la salle. Il n’expliqua pas son geste, « j’ai perdu la tête », répétait-il. Il affirma qu’il avait fait exprès d’avoir provoqué son renvoi des chemins de fer. Le Président lui rétorqua : « C'est un raisonnement absurde, car vous pouviez démissionner ! ». On le questionna sur la provenance de l’argent qu’il avait employé pour le réglemente de ses notes de restaurant et l’achat de bouteilles de vin. Il dit avoir touché le 20 janvier 128fr de son précédent travail, et fanfaronna en affirmant qu’il avait ensuite erré dans les rues sans se donner la peine de chercher un nouvel emploi. Il reconnu avoir pris les 6fr contenus dans le portemonnaie après avoir tué Madeleine. Le 29 septembre 1932 le jugement fut rendu : comme le meurtre n’avait pas pour but le vol, Thibaut évita la guillotine au profit de vingt années de travaux forcés au bagne de Saint-Laurent-du-Maroni en Guyane.

     

    Après le meurtre :

    La famille Tahier et maître labour n’attendirent pas le jugement des assises pour procéder à la liquidation des biens de Madeleine. Un jugement rendu par le tribunal de Saint-Nazaire le 30 juillet 1932 ordonna la vente de ses biens, il est vrai qu’il fallait aussi régler l’hypothèque contractée par Madeleine. Le 11 octobre 1932 à 14h, fut misent en adjudication chez maître Labour, l’ensemble des biens de Madeleine. On ne trouva pas preneur pour La Vague et son mobilier que la famille ne désira pas récupérer. Personne ne voulait vivre dans une maison où un meurtre avait été perpétré. Des voisins l’affirmèrent hantée après avoir vu des ombres et des lumières derrières les volets. En fait des curieux s’amusèrent à visiter les lieux la nuit et à emporter des souvenirs. On trouva des locataires qui la fuyaient quand ils apprenaient le meurtre. Le frère de Madeleine arriva à sortir de la succession en faisant racheter sa part par ses sœurs. Occupée pendant la guerre, la maison sortie intacte des bombardements. A nouveau louée, elle finit par être acquise 28 mai 1947 par la famille Volant qui la revendit deux ans plus tard à la famille qui la possède actuellement, et qui n’en découvrit l’histoire qu’après leur emménagement, par une indiscrétion de l’épicier de la rue Ferdinand Buisson. Amoureusement entretenue, la villa a été agrandie après 1949.

     

    Georges Thibaut décéda au bagne le 6 mars 1948[3].

     

     

     

    [1] Eléments depuis disparus durant les agrandissements réalisés dans les années 1950.

    [2] Cf. L'Ouest-Éclair du 31 janvier 1932.

    [3] La condamnation au bagne fut abolie en 1938, mais les condamnés qui s’y trouvaient furent obligés d’y continuer leur peine. Le dernier bagnard fut libéré en 1953.

  • Les Nazairiens en Turquie, (1928-1930)

    En septembre 1924, le fondateur de la République turque, que l’histoire à retenu sous le nom de Mustafa Kemal Atatürk, se rendit sur les bords de la mer Noire, à la frontière soviétique, pour inspecter le croiseur de guerre Yavuz Sultan Selim, (L’audacieux sultan Sélim[1]), ancien SMS Goeben.

     

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    Le SMS Goeben en 1911.

     

    Ce navire de 25.400 tonnes, d’une longueur de 186,6 mètres pour 30 mètres de large, avait été conçu à l’origine pour la Kaiserliche Marine par les chantiers Blohm & Voss à Hambourg.

    Au début du premier conflit mondiale, l’Empire ottoman, alors nation neutre, s’était vu confiés le 16 août 1914, avec le SMS Breslau, le SMS Goeben, au prétexte que tombés en panne de charbon en Méditerranée, l’Empire allemand n’avait, du fait de son entrée en guerre, n'avait pas possibilité de les ravitailler. Le gouvernement des Jeunes turcs avait annoncé qu’ils seraient postés à chaque entrée du Bosphore afin d’empêcher toute intrusion des belligérants dans ce détroit qui coupe en deux İstanbul, alors Constantinople, capitale du pays. Mais le gouvernement des Jeunes turcs avait conclus un accord secret à l’Allemagne le 2 août 1914, promettant une entrée en guerre à ses côtés, ce qui se réalisa le 29 octobre 1914.

    Rebaptisés Yavuz Sultan Selim et le Midilli, ils furent les terreurs des Alliés, empêchant toute intrusion dans le Bosphore, et si le Yavuz Sultan Selim n’avait été gravement endommagé le 20 janvier 1918, durant un combat contre les HMS Raglan et HMS M28 de la Royal Navy, en défendant les Dardanelles, il est probable que l’Empire serait sorti sans encombre de la guerre. Mais le destin en voulu autrement. Contraint à l’échouage à pointe de Nagara, où il fut attaqué par l’aviation, il fut remarqué par le Turgut Reis, autre navire acquis après des Allemands, qui le sauva de justesse de l’attaque projetée par le sous-marin HMS E14.

    Amarré à Constantinople dans un état lamentable, le traité de Brest-Litovsk, signé le 30 mars 1918 entre l’Allemagne et la République soviétique, fit qu’on le remorqua jusqu’aux chantiers de Sébastopol, où il subit une série de réparations entre les 7 août au 19 octobre 1918.

    L’Empire ottoman capitula le 30 octobre 1918. Dans l’espoir de relancer la guerre, le 2 novembre, l’Allemagne, à bout de souffle, donna les deux navires à l’Empire Ottoman, action vaine, car la république fut proclamée le 9, et l’armistice fut signée le 11, mettant fin à la guerre en Europe.

    Selon les termes du Traité de Sèvres, conclu le 10 août 1920, le Yavuz Sultan Selim devait être remis à la Royal Navy eau titre de dommage de guerre. Cependant, l'accord de Sèvres n'ayant pas pu être mis en œuvre en raison de la Guerre d'Indépendance turque, (1919-1923), dirigée par Mustafa Kemal Atatürk, dont il fut victorieux, et qui se conclue avec la signature du traité de Lausanne le 24 juillet 1923, le navire fut conservé par la Turquie.

    Le Yavuz Sultan Selim, resta en mer noir, oublié jusqu’à ce qu’Atatürk entreprenne la création de la nouvelle marine militaire turque. L’URSS étant devenu une alliée infréquentable, Atatürk ayant pour ambition de faire de son pays un état moderne, indépendant, et industrialisé, il fallut créer chantier naval en Turquie. Le traité de Lausanne ayant démilitarisé le Bosphore, le choix se porta sur le lieu d’un projet impérial avorté dans la baie d’Izmir, Gueuldjuk[2], nommé Gölcük en turc moderne.

     

    En effet, en 1911, l’Empire avait projeté de fonder 122 arsenaux et chantiers le long de ses côtes qui allaient de la Géorgie à l’Egypte, avec en plus la côte libyenne. Des imbroglios administratifs dans les expropriations nécessaires à la réalisation du projet, les guerres balkaniques, puis l’invasion de la Libye par l’Italie, avaient retardé le projet dont la britannique Armstrong Company était le partenaire. La première-guerre-mondiale avait remisé le projet.

    Au début de l’année 1925, Atatürk obtint qu’on expropriât İsmail Pasha, le propriétaire d’un domaine agricole au bord sur de la baie d’Izmir. Le 23 juin 1925 débuta la réalisation d’une cale sèche flottante pour loger le Yavuz Sultan Selim, rebaptisé Yavuz Selim, qu’ont construisit structures nécessaires à la navale, et dépôt de charbon.

     

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    Le Yavuz Selim dans sa cale flottante en 1929.

     

    On assécha les marais environnants, construisit routes et voie ferrée, et une ville fut fondée. Les travaux s’achevèrent le 14 septembre 1927. Faute d’ingénieur turc compétant, on alla chercher un en Allemagne un pour la réparation et la modernisation du Yavuz Selim, mais qui se révéla incapable de diriger des ouvriers turcs qui n’avaient aucune formation. Atatürk se résolu à lancer un appel d’offre auprès des autres pays. Ce fut la Société des Ateliers et Chantiers de Saint-Nazaire, dit Chantiers de Penhoët, qui remporta le contrat[3]. Il fut convenu de faire venir pour la durée d’une année et demie des ouvriers nazairiens, et leur famille s’ils le désiraient[4], pour qu’ils assurent les travaux et forment les ouvriers turcs. Deux ingénieurs des Chantiers de Penhoët furent choisis pour superviser[5]. Seules conditions imposées : en raison du secret militaire, il était interdit aux Nazairiens d’aller au-delà de 8 km autour d’Izmir et de raconter ce qu’ils faisaient, même aux familles restées au pays.

     

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    Les chantiers en 1928.

     

    Partis pour la Turquie :

    Le 29 août 1927, 50 ouvriers métallurgistes des chantiers de Penhoët, certains accompagnés de leur famille, partirent à 20 h 40 de la gare de Saint-Nazaire en direction de Marseille, afin de s’embarquer pour Izmir.

     

    En février 1928 il courut la rumeur que les ouvriers étaient maltraités en Turquie, ce qui fut rapidement démenti. Le 25 du même mois, 5 femmes partirent rejoindre leurs époux. En août suivant 40 autres ouvriers partirent ; 30 le 17 septembre 1928 ; 50 le 12 novembre, etc. Ce furent finalement 250 ouvriers qui partirent en Turquie, formant une colonie bretonne de 400 personnes avec leurs familles, qui lisaient les journaux nazairiens et vivait en autarcie. Le nombre des ouvriers turcs était de 250 ; la population de la ville de Gölcük était alors de 1.500 âmes.

     

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    Famille d'ingénieur à Gölcük le 5 avril 1929.

     

    En février 1928, Raymond-Charles-Louis Le Dahéron, ouvrier ajusteur, habitant du quartier de Toutes Aides, décédas de maladie à Gueuldjuk. Sa dépouille fut rapatriée à Saint-Nazaire, enterrée en grande pompe au cimetière de Toutes Aides, le mardi 28 février, en présence de la direction des chantiers et des syndicats, après une messe à Saint-Gohard.

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    Les chantiers durant l'été 1929.

     

    En mai 1929, trois ouvriers métallurgistes, Halgand, Viaud, et Mahé, voulurent faire une excursion à İstanbul, mais à peine arrivés ils furent arrêtés par la police, et renvoyé par le premier bateau en direction de Marseille. Les Chantiers de Penhoët avancèrent l’argent pour leur retour à Saint-Nazaire, sous réserve de retenu sur salaire. Le syndicat métallurgiste tenta de contester en affirmant qu’il n’y avait pas rupture de contrat, mais le non-respect des limites de déplacement était une faute professionnelle, et les ouvriers durent rembourser.

    Une affaire fit les choux gras de la presse nazairienne : le mécanicien Olivier Haspot[6], avait laissé son épouse, Marie-Augustine[7], dans leur domicile du 5 Grand’Rue avec leurs cinq enfants. Il lui envoyait de Turquie 1.400 fr à 1.900 fr par mois, argent qu’elle dépensait en alcool. Couverts de vermine, en guenilles, enfermés dans une maison d’une saleté repoussante, les enfants étaient livrés à eux-mêmes, nourris par des voisins charitables. L’ainée, Hélène[8], avait 19ans, et n’osaient s’opposer à sa mère à laquelle elle se substituait pour l’éducation de ses cadets ; c’est alors que le 7 juin 1929, le second de la fratrie, Alexandre, âgé de 16ans[9], se révolta, et blessa leur mère à la main avec un couteau. Les voisins s’en mêlèrent, appelant la police. Marie-Augustine racontât que l’adolescent vivait à ses crochets, lui réclamait chaque jour plus d’argent que ce qu’elle lui donnait, qu’il lui avait déjà lancé un jour son couteau qui s’était planté dans un mur, et se fit passer pour une victime. On n’écouta pas Alexandre, il fut condamné à six mois de maison de correction. Heureusement, le commissaire Pacaud veilla, il intervint en faisant dresser un procès-verbal pour maltraitances d’enfants. Les quatre frères et sœurs d’Alexandre envoyés à l’hôpital le 4 février 1930. Alexandre sortit rapidement de la maison de correction pour bonne conduite, et Marie-Augustine fut arrêtée le 3 juillet 1930, provoquant une manifestation de voisins qui se refusaient à la croire mauvaise. Elle écopa de cinq mois de prison, puis retourna vivre avec son mari revenu de Turquie[10].

     

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    photographies extraites de L’Animateur des Temps Nouveaux de juin 1931.

     

    Retour à Saint-Nazaire, l’Amical des anciens de Gueuldjuck :

    Les travaux du Yavuz Selim s’achevèrent le 31 mars 1930. On commença le rapatriement, certains Nazairiens restèrent jusqu’à la fin août, afin de former les chauffeurs ottomans qui manquaient d’expérience et n’auraient pas pu pratiquer une chauffe de 220 kg de charbon par m2 de grille soit une consommation par heure de 54 t. Les Chantiers de Penhoët transfèrent les installations au gouvernement turc et quittent le pays. Huit nazairiens naquirent à Gueuldjuck, : Leroux en 1928, Le Borgne, Legoffic, Georges, Mougenot, Colino, Chedorge, en 1929, Dupont en 1930.

     

    Durant leur séjour en Turquie, les ouvriers nazairiens se constituèrent en amicale. A leur retour à Saint-Nazaire, ils firent don de 1.103 fr 65, au bureau de Bienfaisance de la ville, le 18 août 1930.

    Après quelques tergiversations, il fut décidé de constituer l’Amicale des anciens de Gueuldjuck. Ainsi, le 20 septembre 1930, au café Hébert, rue du palais, se tient une grande réunion des anciens de Gueuldjuck. Marcel Blanchard exposa les buts de l’amicale : un groupe resserrant les liens qui les unissaient en Turquie, organisant des distractions, (concerts, bals, promenades, banquets), et surtout aider les membres des familles en cas de blessure, mort, ou chômage. Le président du bureau provisoire fut Rocheteau ; les vice-présidents Pipault et Tanguy ; le secrétaire Blanchard ; le secrétaire adjoint Brosseau ; le trésorier C. Alletz ; le trésorier adjoint Guilloré ; les commissaires Guillouet, Le Prévost, Bonhommeau, Viaud, Georges Coléno.

    La première réunion générale eut lieu le dimanche 28 septembre 1930 à l’hôtel du Berry, pour adoption des statuts avant déclaration en préfecture

     

    Le samedi 8 novembre 1930 l’amical donna sa première soirée, à 20 heures, dans la salle de L’Eden-Cinéma. La fanfare de l’UMP donna une pièce militaire, suivit d’un buffet de sandwichs, bière et vin, puis d’un bal. Ce fut la seule soirée donnée, malgré la bonne volonté des membres. Seule subsistât la caisse d’aide. Après une crise en août 1935, qui manqua d’entraîner sa dissolution, l'amical subsista jusqu'à la Seconde-guerre-mondiale.

     

    Le destin du Yavuz :

    Devenu en 1936 Yavuz , le croiseur remis en état et modernisé par les nazairiens, était considéré à la veille de la seconde-guerre-mondiale comme un navire dangereux. La Turquie resta neutre durant le conflit, et le navire fut affecté à empêcher des intrusions dans le Bosphore. Il resta en service jusqu’au 20 décembre 1950. Transféré aux services de l’OTAN sous le numéro B70 en novembre 1954. Le gouvernement turc proposa au gouvernement allemand de le racheter en 1963, ce qui fut refusé ; il fut alors vendu à MKE Seyman pour démantèlement en 1971. Le démantèlement débuta le 7 juin 1973 et s’acheva en février 1976. Le MKE Sanayi ve Teknoloji Müzesi, (Musée de l’Industrie et de Technologie), à Ankara, en conserve deux sections de blindage de coque et un tronçon de canon. Il est exposé au MKE

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    Médaille commémorative de la fondation des chantiers de Gölcük.

     

     

    Sources : Le Courrier de Saint-Nazaire, Le Phare de la Loire et L’Ouest Eclaire d’août 1928 à novembre 1930 ; Donanma ve Gölcük Tersanesinín Taríhi, F. Yavuz Ulugün ; The Hunters and the Hunted - The Elimination of German Surface Warships Around the World 1914-1915, Bryan Perrett, Pen&Sword Maritime, South Yorkshire, 2012.

    Remerciements particuliers à madame B.G.

     

     

    [1] (10 octobre 1470-20 septembre 1520) ; 9e sultan ottoman, du 24 avril 1512 au 22 septembre 1520, son successeur fut Soliman le Magnifique.

    [2] Littéralement : lagune.

    [3] La Turquie était alors considérée par les autorités françaises comme « un pays vierge au point de vue économique » (cf. discours de Mario Roustan, sénateur ancien ministre).

    [4] Un collège français, nommé Sainte Barbe existait à Izmir et devait assurer la scolarité de leurs enfants.

    [5] Deux sous-marins devaient aussi faire l’objet de réparations et modernisation, on les confia à une compagnie néerlandaise.

    [6] Né à Saint-Nazaire le 5 décembre 1877, fils naturel de Marie Louise Haspot, tailleuse.

    [7] Née Marie Augustine Denis, à Saint-Nazaire 2 décembre 1883, ancienne tailleuse pour dame, fille d’un cuisinier ; ils s’étaient mariés à Saint-Nazaire le 11 septembre 1909.

    [8] Née à Saint-Nazaire, le 30 juillet 1910

    [9] Alexandre-Daniel, né à Saint-Nazaire le 4 avril 1913.

    [10] Les enfants furent à jamais traumatisés ; Alexandre, devenu cuisinier au 3ème dépôt de la Marine à Lorient, tira en janvier 1935, dans la rue L’Enclos du Port, sur le tenancier d’une maison close, et traduit devant le conseil de guerre de la marine à Brest.

  • Chapelle Notre-Dame de Toutes Aides

     

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    La chapelle Notre Dame de Toutes Aide, carte postale Gaby. 

     

     

    Durant l’Ancien régime, la paroisse de Saint-Nazaire était divisée en frairies. A la périphérie de la ville fortifiée qui occupait le rocher maintenant occupé par le quartier du Petit-Maroc, se trouvait la Frairie de la Vieille-Ville, dont le nom est le souvenir du port antique de Noedunum, redécouvert par René de Kervilers, situé à proximité du Dolmen et de l’ancienne rive de la Loire dont le cours est depuis modifié.

    Cette frairie couvrait le territoire de plusieurs fiefs, dont celui de La Vieille-Ville, du Prieuré Saint-Jean-Baptiste, du Bois Savary, celui du manoir du Sable, et des deux petites seigneuries des Bouexières et de la Ville-aux-Fèves. C’est au manoir de cette dernière que se trouvait la chapelle de la Frairie, dédiée à Saint-Jacques. L’abandon progressif du manoir reconverti en ferme, entraîna la ruine de la chapelle seigneuriale. Le 10 septembre 1635 Jan Mothais, sieur de La Girauderie, vicaire et régent de Saint-Nazaire, (régent signifie maître des petites écoles), fut nommé chapelain de la Ville-aux-Fèves. Jan Mothais de La Girauderie (ou Gérauderie) appartenait à la même famille que Jan Mothais, sieur de La Vielle-Ville, avocat à la Cour, cité dans les registres paroissiaux comme époux en 1655 de Catherine Bernier, et en 1661 de Perrine Le Faché. Trouvant la chapelle Saint-Jacques en ruine, le père Mothais décida de désacraliser le lieu et d’en édifier un nouveau sur un fief qu’il avait acquis et dont il portait le nom La Girauderie. La nouvelle chapelle, dédiée à Notre-Dame de Toutes Aides, figurée comme une vierge noire, fut achevée en 1659 comme en témoigne la date gravée sur une poutre. La chapelle est donc le plus ancien édifice catholique subsistant à Saint-Nazaire. Avec le temps, son nom finit pas supplanté celui de La Girauderie. Ajoutons aussi qu'il fut parfois orthographié Toudezéde, suivant la prononciation bretonnante locale.

    A cette refondation fut associé la possession d’une maison située dans le bourg de Saint-Nazaire. Le père Mothay de La Girauderie décéda le 16 janvier 1660.

     

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    La chapelle, dessin de Charles Beilvaire, publié dans Le Courrier de Saint-Nazaire.

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    La chapelle et le hameau en 1909, aquarelle par Charles Beilvaire, collection de O. M. de S. L.

     

    Description :

     

    Située aujourd’hui impasse de la Chapelle, située au croisement de la rue de Toutes Aides et du Boulevard de la Fraternité, l’édifice est un exemple typique de chapelle bretonne du 17e siècle. Une seule nef, longue d’une dizaine de mètre de long, sur environ 5m de large, orientée vers l’Est à la charpente soutenue par deux grosse poutre en chataigner. On y pénètre par deux portes en plein cintre, une à l’extrémité Ouest, sous un clocheton, et une autre au Sud. Elles ont chacune à droite un bénitier en granite pris dans la muraille, de taille grossière. L’autel, adossé au chevet, est éclairé latéralement par deux fenêtres en plein cintre, de 70x50cm et 79x50cm.

    La chapelle, en dehors du mardis des Rogations où l'ont y disait une messe, fut sous le Second Empire un prétexte aux promenades. Une auberge existait alors dans l’une des maisons du hameau à proximité. Les peintres amateurs ou professionnels de genre, en firent plusieurs représentations dans l’esprit et le gout bretonnant alors en vogue.

    A la création de la paroisse Saint-Gohard en Saint-Nazaire, par décret du 23 décembre 1923, c’est le curé de cette nouvelle église qui en reçu l’usage.

    Une première restauration eut lieu en 1911 à l'initiative du chanoine Blanloeil, curé de Saint-Gohard. La chepelle ne servait alors plus depuis 1903, et il fallu attendre 1915 pour qu'une procession y ait à nouveau lieu.

    Henri Moret en donne une description de l’autel en 1925. Il était alors en pierre de Crazannes, (carrière en Charentes), abondamment sculpté, et mentionne la présence de la Vierge Noire offerte par le père Jan Mothay de La Girauderie. Cet autel disparu à la suite de la guerre, probablement volé durant le déblaiement. La Vierge elle-même avait disparue durant l’Occupation. La chapelle échappa de peu à un bulldozer grâce à l’intervention d’un voisin qui avait réintégré sa maison durant le déblaiement.

    C’est le père Rene Pointhière, ancien vicaire de Vieillevigne, nommé à la Libération curé de Saint-Gohard, qui procéda en 1953 à seconde la restauration et fit resacraliser le lieu. Il choisit re rétablir l’autel par une structure en moellons, et fit daller le sol. Alors que le père Pointhière supervisait la construction de la nouvelle église Saint-Gohard, il fut mis en contact avec Gabriel Loire, peintre et vitrailliste établit à Chartres, qui avait dessiné pour l’église principale de Saint-Nazaire des grilles et des meubles en ferronneries, volés durant le déblaiement, à la demande du Chanoine Gouy entre 1937 et 1941. Après avoir réalisé les nouveaux vitraux de l’église de L’Immaculé, Gabriel Loire participa au concours organisé par la Coopérative des églises pour la réalisation des vitraux de Saint-Gohard. S’il ne fut pas retenu pour ce nouveau chantier, il fut charmé par la chapelle de Toutes-Aides, et offrit généreusement deux nouveaux vitraux pour celle-ci. Le premier illustre l'annonciation faite à Marie par l'archange Gabriel, l’autre représente la Vierge couronnée veillant sur des enfants. Monsieur Jacques Loire, fils de Gabriel, nous a ouvert les archives de l’atelier familiale, et nous a appris que c’est lui qui est l’auteur des deux vitraux offerts par son père à la paroisse. Les échanges entre le père Pointhière et Gabriel Loire nous apprennent que le curé pressa son généreux donateur dès mai 1953 afin que les vitraux promis soient installés pour la bénédiction par monseigneur Villepelet, évêque de Nantes, prévue le 28 juin 1953. Deux maquettes furent envoyées pour approbation le 11 mai, le père Pointhière craignait que les vitrages rendent obscure la chapelle, ce au sujet de quoi Gabriel Loire le rassura.  Un courrier daté du 3 juin annonça qu’on avait rendu à la paroisse la Vierge noire. Celle-ci fut placée sur une sellette de pierre au-dessus de l’autel. Malgré le délais court, Gabriel Loire apporta les vitraux à temps à Saint-Nazaire, et sur des visseries réalisées par monsieur Pilpré, menuisier rue de la Motte à Saint-Nazaire.  

    On a depuis ajouté deux volets extérieurs aux baies pour des raisons de sécurité.

    De nos jours la messe n’y est dite qu’à l’occasion du 15 août. La chapelle est ouverte tous les jeudis de 14 h à 18 h durant le mois d'août, et aussi le lundi, en période scolaire. Avant la première-guerre-mondiale il y avait à proximité du chevet une croix de calvaire en fer, on faisait passer entre la croix et la chapelle les enfants malades pour qu'ils guérissent, on faisait aussi faire leur premier pas aux enfants autour de la chapelle pour que la Vierge les prennent sous sa protection, et, suivant une tradition bretonne, les femmes des marins venaient balayer la chapelle dans le sens du vent qui serait favorable aux époux en mer.

     

  • Le prieuré

    Saint-Nazaire avait un prieuré dédié à Saint-Jean-Baptite, il s'élevait à l'emplacement du Ruban bleu. 
     
    1079, fondation du prieuré de Saint-Nazaire 

    Saint-Nazaire était l'une des vingt-cinq paroisses de la vicomté de Donges. Au temps des premiers de la féodalité, une vicomté était une circonscription juridique, soumise à l'autorité d'un vicomte, qui était subordonné au comte de Nantes, lui-même subordonné au duc de Bretagne. Les vicomtes étaient à l'origine nommés pour une période, puis leurs fonctions devinrent héréditaires, et la propriété des domaines attachés à leur fonction devinrent leur pleine propriété. Au milieu du 11e siècle, la vicomté de Donges appartient à Rotald, celui-ci eut pour fils Friold, qui fonda à Donges un prieuré qu'il donna à l'Abbaye de Marmoutier, et en 1079, conjointement avec ses fils, Roald et Gaufrid, un prieuré à Saint-Nazaire, doté d'une chapelle dédiée à saint Jean-Baptiste, qu'il donna à l'abbaye Saint-Aubin d'Angerset à son abbé Girard. Friold ajouta au prieuré des vignes situées à Porcé2, des terres en labour, avec une partie des dîmes de la paroisse, et un four qu'il avait dans le bourg. C'est donc une ferme qu'il offre aux moines de Saint-Aubin d'Angers, avec espoir qu'ils y installent une communauté régulière de quelques moines. En même temps, il institua une foire pour la fête de saint Jean-Baptiste.

     

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    Retranscription par Dom Morice du texte de fondation du Prieuré, dans " Mémoires pour servir de preuves à l'histoire ecclésiastique et civile de Bretagne ", 1644.

     

    1157, mise en bail-viager du prieuré à un laïc

    Le prieuré il fut mis en location à des laïcs, situation commune à nombre de prieurés. Ces lieux de résidence monastique fondés par des donateurs se multiplièrent durant une période qui va du 11e au 13e siècle. Les fermes offertes aux abbayes étaient plus nombreuses que ce que les vocations monastiques pouvaient offrir en hommes, et la vocation de prière et d'étude n'allait pas de paire avec l'éclatement des communautés en groupe de moins de dix personnes. Il était donc nécessaire pour les communautés monastiques de garder au sein des abbayes leurs religieux et novices, et de louer les fermes à des paysans qui en assuraient l'entretien et la mise en valeur, et le cas échéant, pourvoyaient à la vie d'un ou deux moines que les évêques y obligeaient à résidence. Ainsi le prieuré Saint-Jean-Baptiste de Saint-Nazaire fut mis en bail-viager au moins dès le 12e siècle3 :

    '' Sachent les présents et les successeurs des présents que Jean, fils de Guillaume Chornout, venant dans le chapitre de Saint-Aubin , a donné à ladite abbaye sa personne et ses biens déjà acquis ou à acquérir. Or, moi, Guillaume, par la grâce de Dieu, élu abbé dudit monastère, et tout le couvent des religieux, nous avons concédé audit Jean notre prieuré de Saint-Nazaire, avec tout ce qui lui appartient, pour le posséder sa vie durant, à condition qu'il y entretiendra honnêtement avec lui un de nos moines, lui donnant tout ce qui lui sera nécessaire en vivres et vêtements. En outre, il rendra annuellement, le jour de la Nativité de saint Jean-Baptiste, à notre cellerier à Angers, mille sèches, grandes et bonnes , et 10 sous à la fête de Saint-Clair, 12 deniers à l'armoirier4 et 1 denier au porteur de bref5. Si nos frères vont lui demander l'hospitalité, il les recevra avec honneur et respect. Il ne faut pas passer sous silence qu'il acquittera toutes les dettes du prieuré, et, selon son pouvoir, en conservera les revenus et les possessions en bon état, il faut savoir aussi que, si l'évêque de Nantes veut nous astreindre à tenir deux moines dans le prieuré, ledit Jean fera renoncer le seigneur évêque à cette prétention ou entretiendra avec lui deux moines.  Quant à nous, nous serons témoins et défenseurs de cette convention, dans le cas où il éprouverait quelque dommage ou serait appelé en justice de la part de l'un de nos moines ; et, de son côté, le susdit Jean a prêté serment, la main levée sur le texte de l'Évangile , qu'il exécuterait fidèlement tout ce qui est écrit ci-dessus.  De cette chose sont témoins: d'abord le seigneur Guillaume, abbé de Saint-Aubin; Guérin , prieur-claustral ; Lembard ; Jean, chantre; Geoffroi de Virgal ; Geoffroi, cellerier ; Guillaume, censier ; Geoffroi Cormerel, Pierre Encombre-Rue, Geoffroi d'Alencé, moines ; Daniel et Guillaume, chanoines de Guérande, Guillaume Comout et plusieurs autres clercs. ''



    1178, conflit entre le prieur et le chapelain

    En 1178, il y eut une contestation entre Mathieu, chapelain qui desservait l'église de Saint-Nazaire et Fromont le prieur de Saint-Jean-Baptiste. Ce dernier voulait participer aux oblations de l'église, et le chapelain n'était pas disposé à le satisfaire. Robert II, évêque de Nantes, informé de ces contestations, les termina par un jugement qui portait que la communauté du prieuré ne pouvait avoir aucune prétention sur les revenus de l'église, comme le chapelain n'en avait aucunes sur ceux du prieuré6. Cependant le Prieur de Saint Aubin, de l'ordre bénédictin, '' présentait '', c'est-à-dire choisissait les prieurs de Saint Nazaire, du Corset, de Sainte Opportune à Saint-Père-en-Retz, et d'Oudon, mais aussi les curés de Couffé, de Saint Nazaire, du Corset, de Sainte Opportune, et d'Oudon, au diocèse de Nantes, qui étaient ensuite validés par Rome, ce qui explique pourquoi les religieux de ces paroisses et prieuré furent nombreux à être angevins, et cela jusqu'à la Révolution.

     

    De 1599 à 1793

    L'histoire du prieuré se perd un peu, les noms de prieurs ne nous sont pas parvenus, on sait cependant qu'en 1599 il se nommait Armelle Nicollas, et qu'en 1641 il se nommait Urbain de Fontenay. Attendu que le prieur nommé à sa tête n'y venait jamais, il s'y faisait représenté par un moine qui y vivait plus ou moins en permanence, pour les redevances seigneuriales. Le prieuré rapportait 2000 livres de revenu net, auquel s'ajoutait une dîme au trentième sur l'ensemble de la paroisse de Saint Nazaire. En dehors des revenus et privilège lié au prieuré, il y avait des devoirs envers le vicomte de Saint Nazaire, la déclaration de Saint-Nazaire de 1673 nous apprend que le prieur devait au vicomte '' a la feste de Noël, entre les messes de minuict et du point du jour, deux pains de froment d'un sol pièce et deux justes aultrement pintes de vin, le tout rendu audit Saint-Nazaire, au lieu appelé le Plaisir, soubs peine de 60 sols monnoie d'amende ''.

     

    En 1696 les armoiries du prieuré furent enregistrées à l'Armorial Général : d'or à la croix alésée de sable, soutenue d'une macle du même, et cantonnée en chef de deux autres macles de sable.

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    A partir de 1719 il n'y eut plus de moine au Prieuré, et la chapelle fut désaffectée, les bâtiments en dehors de la grange, furent très peu entretenus par René Galliot, sieur de Cran, (Saint-Nazaire 1693 – Saint-Nazaire 8 février 1772), qui obtint le bail d'exploitation de l'ensemble du domaine, et qui fut par la suite sénéchal de la vicomté, (voir article : http://saint-nazaire.hautetfort.com/famille-galliot-de-cran/ )

     

     

    Etienne Chaillon (Montoire (village du Pin) 8 février ou avril 1736 – Montoire 25 mars 1796), avocat au Parlement, dit l'avocat de la Brière, notaire de la juridiction de Montoir, procureur fiscal de Heinleix, signa avec Hardoin et Dufrexou, commissaires généraux de la Paroisse de Saint-Nazaire, une adresse au Roi en 1785 afin d'obtenir que les bâtiments du Prieuré qui était inhabité depuis un siècle soient transformés en hôpital pour les marins. Le prieur en était alors le père Richard, directeur du séminaire Saint-Sulplice à Paris, ne semble pas avoir fait d'effort pour reconvertir les bâtiments, le 14 février 1790 l'inventaire du contenu de la chapelle fut fait en son nom. 

    La Révolution changea la donne, les biens de l'Église furent nationalisés, La veuve de Louis-François-René Girard de La Cantrie, (avocat au parlement décédé en 1789 à Nantes), née Julie-Victoire-Rose Bonamy, (Nantes 6 septembre 1755 - Saint-Nazaire 24 juin 1819 - inhumée au cimetière de La Porterie, ses restes furent déplacé au cimetière de La Briandais en 1858), acheta le domaine dont il avait repris le bail à la suite de son père. Ce domaine de 7 ou 8 ha comprenait les bâtiments du prieuré, ensemble composé d'une chapelle rapidement rasée, d'une grange, d'un logis, et ce qui devait être un pigeonnier, transformé par la suite en moulin, et que l'on nommait au 20e siècle la Tour du Prieuré, une construction fortement retouchée prise dans un îlot urbain, qui avait résisté aux bombardements, mais que l'on flanqua parterre au moment de la reconstruction. Les reste des bâtiments, divisés en plusieurs habitations, appartenaient, toujours en 1857, à la famille Girard de La Cantrie, Il y avait alors 20 habitants répartis en quatre ménages.

     

     

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    Cadastre de 1829, le point rouge correspond au pigeonnier/tour

     

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    Le Prieuré sur la vue panoramique du Port en 1858

     

    L’extension de la ville entraîna la disparition des bâtiments du Prieuré vers 1880, sur subsista au milieu d’un îlot urbain la tour-ancien-pigeonnier, restaurée et transformée en habitation, nous est connue par deux photographies l'une prise en 1936, où elle s’aperçoit par dessus les toits depuis la rue, et une autre prise à la suite des bombardement Alliés, par Alex Bernard, le directeur du journal  Le Courrier de Saint-Nazaire, et publié dans celui-ci le 20 août 1943.

     

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    La tour en 1936

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    La '' tour du prieuré '' en  août 1943, photo d'Axe Bernard.

     

    1 Copie partielle, B.N.F., latin 17126, fol. 161 ; Dom Lobineau, Histoire de Bretagne, 170 ; Dom Morice, Preuve de l'histoire de Bretagne, I, 453 ; comte Bertrand de Broussillon, Cartulaire de l'abbaye de Saint-Aubin d'Angers, T. 2 p. 394 ; cf. l'Abbé Guillotin de Corson, Les grandes seigneuries de Haute-Bretagne, p. 111.

    2 Ces vignes, nommées vignes du Chapitre, se situaient sur la parcelle sise entre la rue de La Vecquerie et le chemin de Porcé, à l'emplacement de l'école Ferdinand Buisson.

    3 Abbaye de Saint- Aubin, rentes et redevances sur les prieurés, A.D.49 : H110, vol. V, fol. 31. ; traduction de monsieur de Marchgay pour la Société archéologique de Nantes et de Loire-Inférieure, tome IX, 1869.
    4 C'est en fait l'archiviste.
    5 Moine qui portait la liste des morts de l'abbaye aux églises avec lesquelles la communauté avait établi une association de prières. 

    6 Dom Lobineau, Histoire de Bretagne, II, 348 ; Dom Morice, Preuve de l'histoire de Bretagne, I, 671 ; comte Bertrand de Broussillon, Cartulaire de l'abbaye de Saint-Aubin d'Angers, T. 2 p. 395 ; BNF, 5027, fol. 402.