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Lord Harberton

  • Le Lord de La Villès-Martin

    Si vous vous baladez à Villès-Martin, en la rue Marcel Sembat, vous verrez la Villa Castelli, jolie demeure en retrait de la rue, au milieu d’un vaste jardin. Cette villa fut l’habitation d’un lord, Ernest Arthur George Pomeroy 7ème vicomte Harberton, pair du Royaume-Uni.

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    Lord Ernest Arthur George Pomeroy 7ème vicomte Harberton

     

    Né le 1er décembre 1867, cet aristocrate d’origine irlandaise, issue d’une famille anoblie en 1783, élevée au rang de baron Harberton of Carbery dans la pairie d’Irlande, et de vicomte Harberton en 1791 dans la pairie d’Angleterre.

     

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    Armoiries des Pomeroy of Herbeton

     

    Ernest était fils de James Spencer Pomeroy 6ème vicomte Harberton, (23 novembre 1836 – 1912), et de Florence Wallace Legge, (14 juin 1843 – 30 avril 1911). Sa mère fut une personnalité mondaine atypique. Tireuse à l’arc reconnue par plusieurs institution sportives, présidente de la Rational Dress Society, une société qui « contre l'introduction de toute mode vestimentaire qui soit déforme la silhouette, gêne les mouvements du corps ou tend de quelque manière à nuire à la santé », et donc principalement contre le corset et les jupes trainant au sol, préférant les « jupes courtes », dont l’ourlet était remonté à 13cm du pavé. Lady Florence était l’amie d’Oscar Wilde et de son épouse Constante, membre, elle aussi, de la Rational Dress Society, à laquelle l’écrivain apporta son concours à la promotion avec son essai « La philosophie de la robe », publié dans The New-York Tribune en 1885, ne s’étant pas risqué à le faire dans un Royaume-Uni trop conservateur. Lady Florance inventa « la jupe divisée », c’est-à-dire la « jupe culote », afin de pouvoir faire de la bicyclette ; elle était en effet membre de la Lady Cyclists'Association, qui avait pour but de promouvoir l’usage pour les femmes de ce moyen de transport. En 1899, la presse mondiale relata le procès qu’elle intenta contre une aubergiste qui ne lui avait pas permis l’accès à sa salle de restaurant à elle et ses compagnes d’excursion, lui indiquant le pub de son établissement où se rassasiaient les ouvriers. La cour donna raison à l’aubergiste, estimant qu’elle n’avait pas refusé de les servir, mais simplement orienté dans une salle où leurs tenues étaient plus appropriées.

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    Florence Wallace Pomeroy, viscountesse Harberton

     

    Ernest grandit à Londres et au manoir de Lyston Court à Wormelow Tump dans le Herefordshire, entre cette mère militante et fantasque, et un père qui ne sortait pas de son club et mangeait son bien et la dote de sa femme en ne faisant rien.

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    Lyston Court en 1903

     

    Il reçut une éducation typique de son milieu, c’est-à-dire décousue et pleine de choses inutiles, et poussa la perfection en choisissant l’étude de la Philosophie. Il ressentit fortement les défauts de cette éducation à l’âge adulte tout en végétant à la manière de son père, à une époque où l’oisiveté était une marque de bonne naissance. Entré en possession de sa part d’héritage à 45ans, il se mit à la critique, et à théoriser l’enseignement, publiant quelques plaquettes oubliées, mais surtout en 1917, un livre passé inaperçu en raison de la guerre, mais qui est depuis revenu à la mode dans certains cercles, « How to Lengthen Our Ears: An Enquiry Whether Learning from Books Does Not Lengthen the Ears Rather Than the Understanding », titre que l’on peut traduire par « Comment devenir un âne : une enquête pour savoir si apprendre des livres ne rallonge pas les oreilles plutôt quelle n’affine la compréhension »[1]. Les éléments principaux de cet ouvrage sont une reprise de Rousseau, comme le fait que l’on enferme contre leur nature des enfants dans une structure qui les empêchent de développer leur qualités innées, le sens de l’observation et du jugement, que l’enseignement prodigué en Occident formate des esprits incapables de penser par eux-mêmes, favorisant les idiots qui apprennent par cœur sans comprendre ce qu’ils retiennent, et s’évéreront des incapables sur le terrain, et inculte des choses inutiles à des groupes qui ne sont destinés qu’aux travaux manuels, alors qu’on aurait raison de généraliser l’enseignement technique et pratique à l’ensemble des classes sociales afin que chacun soit capable d’autonomie. Dissertation qui est toujours d’actualité un siècle plus tard, mais qui demeure dans l’idée que l’on ne doit pas encourager les transferts de classes sociales. On reconnait aujourd'hui à Ernest les qualités de philosophe et de théoricien de l’Education.   

     

    Le vicomte Harberton s’établit vers 1920 à Saint-Nazaire, faisant de la villa Castelli sa résidence, et ne gardant à Londres que l’adresse de son club. Il ne s’y établit pas seul, à quelques pas de sa maison se trouvait une autre habitée par la peintre Fairlie Harmer, (°Weymouth 1876), artiste de grand talent, formée à la Slade School of Fine Art, reconnue de son vivant, qui était son amante depuis des décennies, mais qu’il se refusait d’épouser car quoique fille d’un colonel, elle était de condition inférieure à la sienne. Le Vicomte avait beau plaider l’évolution et la réforme, celles-ci avaient définitivement leurs limites, et se bornaient en réalité qu’à des considérations superficielles, telle que refuser de porter un chapeau pour sortir, ce qui surprenait beaucoup la population nazairienne à une époque où être dehors tête nue était une indécence[2]. Le vicomte Harberton était ainsi très reconnaissable en ville, car il était leur seul « monsieur », en complet sans couvre-chef, son crâne dégarni luisant au soleil, le coup noué d’un foulard de soie criard noue de façon improbable en une sorte de tresse, la barbe blanche coupée dans une tentative de carré aux ciseaux à oncles, mais aussi par le fait que son alcoolémie maintenue en constante sans ivresse l’avait revêtu d’un masque de trogne rouge au nez comparable à une fraise, et doté d’un ventre démesuré qui partait en pointe s’affaissant en direction de la pointe de ses pieds. Il avait l’air d’avancer comme un pingouin, dans ses souliers vernis qui devaient lui meurtrir les pieds, avec les ondulations d’un culbuto qui cherche à se stabiliser. Sa consommation d’alcool lui joua un mauvais tout, en février 1925 il fut victime d’une escroquerie.  Ayant demandé à un garçon du café Mon Idée de lui faire différents achats de spiritueux et quelques autres menues emplettes, le garçon lui pris quelques centaines de francs, lui apporta ses commandes, mais ne régla pas les factures qui lui furent présentées par les commerçants quelques jours plus tard.

    Le Vicomte avait une vie relativement recluse, jugeant le monde avec dédain du haut du perron de sa villa. Il ne recevait pas, sortait peu, passait son temps entre ses livres qui emplissaient plusieurs pièces de sa résidence, peu et très simplement meublée. La salle à manger n’était faite que pour deux personnes, et le service fait par une gouvernante qui faisait aussi office de cuisinière et de femme de ménage, ce qui était véritablement scandaleux au regard des aristocrates nazairiens qui jamais ne se seraient fait servir à table par une femme, même coiffée de la coiffe nazairienne en sabot et d’une robe noire par-dessus laquelle elle revêtait un tablier à broderies bretonnes. Le décor de cette salle à manger était fort simple, une table carrée pliante Louis-Philippe, dotée d’un côté d’un solide fauteuil de pub à barreaux tournés pour supporter le poids du Vicomte, et à la droite du maître de maison d’une chaise de concert empire pour sa compagne, une commode empire servait de dressoir, un grand buffet aux lignes droites contenait l’argenterie. Quelques tableaux de Fairlie Harmer décoraient les murs, et de petites tables le long des murs servaient à disposer des romans en cours de lecture. Le salon était plus luxueux, contenant des restes de l’appartement de ses parents, tableaux anciens et portraits, meubles Louis XVI de petite tailles rangés côte à côte le long des murs, canapé et fauteuils dorés Regency.

    Fairlie Harmer avait un appartement à Cheyne Walk au quartier de Chelsea, et avait son atelier résidence à Saint-Nazaire dans une villa mitoyenne de la villa Castelli. En réalité elle vivait avec son amant à la Villa Castelli et que tout le monde le savait. Membre du New English Art Club depuis 1917, elle exposait chaque année à Londres, à la Royal Academy, au New English Art Club, à la Royal Society of British Artists, aux Grosvenor Galleries, aux Walker Galleries, et aux Beaux Arts Galleries depuis leur ouverture en 1923, établissement d’avant-garde extrême réputé. Par ailleurs elle faisait partie du Groupe artistique de Saint-Nazaire, et y exposa plusieurs fois, notamment en février 1933 avec un portrait du vicomte qu’elle avait exposé en novembre 1932 à Londres, le figurant dans sa salle à manger, et que La Démocratie de l’Ouest du 25 février 1933 qualifia de « criant de vérité », et à propos duquel L’Ouest Eclair du 5 février commenta perfidement « rien en manque… pas même le verre de gin ». Si Fairlie se permis d’exposer ainsi le portrait du Vicomte saisi dans son intimité, c’est qu’il avait fini par l’épouser le 1er mars 1932 à Monte-Carlo au Consulat britannique, faisant le 23 juillet suivant l’étonnement du Daily Mail qui parla de « mariage secret », relayé le 2 août suivant par L’Ouest Eclair. On prétendit que la nouvelle vicomtesse était sœur d’un général décoré de la légion d’Honneur et de la Croix de Guerre, ce qui était faux, son frère Charles D'Oyly Harmar, (1878-1963), était colonel au Royal Marines.

     

     

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    Fairlie Harmer, vicomtesse Harberton, en tenue de paresse du Royaume Unis dans son salon de Saint-Nazaire en 1937 avant le départ à Londres pour assister au Sacre du roi George VI.

     

    A la déclaration de guerre, le Vicomte et la Vicomtesse repartirent au Royaume-Unis. Ernest décéda le 22 avril 1944, le titre passa à son frère Ralphe Legge Pomeroy, 8ème vicomte Harberton, (1874–1956).

    Fairlie décéda le 13 janvier 1945, elle repose au Green Kensal Green Cemetery. Une rétrospective de son travail a eu lieu aux Leger Galleries en 1945. Ses œuvres se trouvent dans les collections de l'Imperial War Museum, University College Londondes musées de Glasgow, Birmingham, Southampton, Wolverhampton, et Bradford.

     

     

     

    [1] Consultable en ligne : https://archive.org/details/howtolengthenour00harbiala

    [2] Lire à ce propos l’article de J.-B. Gautreau dans l’Echo de la Loire du 12 juillet 1925.