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Petite Californie

  • Saint-Nazaire petite Californie bretonne ?

    Saint-Nazaire « Petite Californie Bretonne », dans les années 1990 la municipalité Batteux nous rabâcha cette formule tout en plantant des palmiers de Chine anorexiques le long de l’avenue du Général de Gaulle. On nous assura que c’était le surnom de la ville au 19ème siècle. Toutes les huiles de la communication municipale s’en emparèrent, et bientôt les amateurs d’histoire locale en noircirent leurs plaquettes. Pensez donc, cela venait de La Revue des Deux Mondes, on nous donna même la date de 1848, et le nom de l’auteur : « F. Fourcade ». Ajoutez que pour la génération baby-boom tous ce qui vient des USA est forcément bien, c'est culturel, c'est « l'effet Débarquement ». Et comme le monument de celui de 1917 avait été relevé par une association en 1989, (initiative heureuse), c’était continué à surfer sur la dernière vague d’un effet de mode.

     

    californie-bretonne- saint-nazaire

    La Californie c’est la petite Bretagne (crédit photo emoji drapeau breton pour la Bretagne)

     

    Quand on s’attèle à écrire sur un sujet, il faut toujours vérifier les sources, surtout en histoire, et même ainsi, on n'est pas à l'abri d'une erreur.

    En consultant La Revue des Deux Mondes, j’ai trouvé dans la « Chronique de la Quinze » du 14 septembre 1858, un texte de E. Forcade : « Si l'on veut avoir une idée de la façon incohérente et saccadée dont s'élève en quelques mois une ville californienne, on peut aller chercher ce spectacle à Saint-Nazaire, qui était un hameau il y a un an, et qui sera peut-être un de nos grands ports de commerce avant dix années. »

    En premier lieu corrigeons que Saint-Nazaire n’était pas un hameau, mais bien une ville de 3.771 habitants en 1841.

    En second lieu, constatons que E. Forcade, transformé F. Fourcade, n’a pas écrit que Saint-Nazaire est une petite Californie bretonne.

     

    Mais d’où vient cette appellation ? « C’est Fernand Guériff », nous a-t-on répondu. Guériff a bon dos, dès qu’on publie une ânerie sur l’histoire de Saint-Nazaire, on l’accuse en se disant que personne n'ira chercher ses publications pour vérifier, et qu'il n'est plus là pour se défendre !

    En réalité c’est le commentaire du docteur Auguste Amaury Gellusseau, qui sous le pseudonyme d’Auguste Amaury, rédigea un guide à destination des voyageurs en train, Itinéraire de Nantes à Saint-Nazaire, publié par Hachette en 1858[1] :

    « Saint-Nazaire ressemble à San-Francisco. C’est une petite Californie bretonne, la plus mince parcelle de terre vaut un lingot d’or ; le moindre champ, la plus triste falaise devient pour son heureux propriétaire un vaste domaine seigneurial, avec féaux et fidèles. Ici tout se passe comme dans un conte de fée ; rien n’y manque, pas même l’invraisemblance. »

    Comme souvent, quand la citation est entière, elle perd sa magie. Cette description lapidaire fut reprise ensuite en 1867 par Adolphe Joanne dans son guide De Paris à Nantes et à Saint-Nazaire par Orléans, Tours et Angers. Pour autant cette reprise ne fait pas de l’appellation « petite Californie bretonne », une généralité du langage. On ne la trouve pas ensuite employée et jusqu’à ce que la municipalité Batteux en fasse un argument touristique, les Nazairiens n’en savaient rien, ou du moins avaient fait l'effort d'oublier ce qui avait été une insulte contre leur ville !

     

    Il y a quelque mois, durant une exposition organisée par la Mairie, on a pu lire sur les cartels « petite Californie de l’Ouest ».

    Quand on me téléphona entre deux avions pour me faire part de cette histoire, j’eu un rire flaubertien. La Californie est située à l’Ouest dans l’esprit Occidental, et même au « Far Ouest » ; nous sommes face à un pléonasme quand l’interlocuteur nous sort cette phrase absurde. Absurde, mais pas neuve, hélas, déjà en avril 1999 dans la plaquette « Le petite Californie bretonne », publiée conjointe de l’Écomusée et l’Université inter-âges, il y a à la page 21 la formule « Petite Californie de l’Ouest », avec un renvoi en marge donnant pour source « Fourcarde R., la Revue des Deux Mondes 1858 ».

     

    [1] Né à Cholé en 1812, il publia plusieurs Guide, dont consacré à Clisson. Kerviler lui reprochait de ne pas être breton…