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Vieille ville de Saint-Nazaire

  • La " Vieille-église "

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    La « Vieille-église », dessin de Paul Bellaudeau publié dans Le Courrier de Saint-Nazaire du 2 mai 1931.

     

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    La Vieille-église en 1830, dessin de Charles Beilvaire d’après un tableau disparu, publié dans Le Courrier de Saint-Nazaire du 7 octobre 1933.

     

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    Nous l’avons expliqué dans notre article précédent, les Nazairiens obtinrent du vicomte, Charles d’Avaugour, de transformer les restes manoir fortifié féodale ruiné durant la Guerre de Cent ans en église. Cela fut entrepris entre 1580 et 1584, date à laquelle le culte est officiellement pratiqué dans ce nouveau lieu consacré.

     

    L’emplacement de cette église, et donc de l’ancien manoir féodal des Vicomtes de Saint-Nazaire, se situait à proximité du portereau et de l’estuaire, proche de là où est aujourd’hui le Vieux Môle.

     

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    Emplacement de la vieille-église et donc du logis féodal des vicomte de Saint-Nazaire

     

    Cette église reprenait des éléments de murailles déjà élevé, on relatait encore au milieu du 18ème siècle l’existence d’anciennes marches saillantes dans une encoignure extérieure du mur Nord, à côté de la porte de la chapelle du Rosaire, et dont on devinait encore l’emplacement au moment de la destruction en 1896. Cette chapelle du Rosaire, latéral à la nef, et contiguë au chœur était la partie où le vicomte et les autres seigneurs de la paroisse avaient leurs bancs, et où ils étaient inhumés, ce qui explique l’existence d’une entrée particulière. Les autres restes du manoir féodal avaient disparu des aveux depuis 1673, ce qui laisse supposer qu’on les avait finalement arasés. En effet, un nouveau cimetière s’était constitué autour de l’église, et fut bientôt délimité par des murs.

    Outre l’autel du Rosaire, il existait quatre autres autels dans le style de la Contre-réforme, dédié à la Vierge et à saint Nazaire, encadrant un autel principal, et un cinquième situé dans une seconde chapelle latérale, consacré à la Vraie Croix. La paroisse possédait en effet une relique constituée de deux lamelles du bois de la croix que les Empereurs latins de Constantinople disaient avoir été celle du Christ, et qu’ils avaient gagé auprès de la république de Venise, et rachetée par Saint Louis, qu’il émietta en présent à ses vaisseaux, alliés, et amis. Les deux lamelles étaient collées en tau sur un morceau de parchemin rangé dans un reliquaire. La présence de Saint-relique faisait que nombre de pèlerins venaient à Saint-Nazaire pour l'Exaltation de la Croix chaque 14 septembre, elle était suivit le lendemain par une grande foire. Le droit de la manipuler, et de récolter l'argent des dons dans le tronc quil lui était associé entraîna des querelles. En 1709 on du saisir le Présidial de Nantes à ce propos. Il fut alors interdit au recteur de Saint-Nazaire « de se mêler directement ou indirectement des deniers et de la boyste de la précieuse Vraye Croix  », mais n'ayant que faire de la décision du Présidial, le recteur avait fait réalisé une copie de la clef du tronc, ce dont se lamenta le conseil de la Paroisse dans le compte rendu de son assemblée générale du 3 novembre 1709. Cette relique était enchâssée dans un reliquaire d'argent sculpté.

    Le style des autels cités était celui de la contre-réforme, en bois sculpté, peint et doré. On en conserve qu’un seul élément, le retable avec tabernacle qui se trouve sur l’autel du cœur de l’église Saint-Nazaire actuelle.

    La nef centrale de l’église, avaient la particularité d’avoir en sa première partie, et sous le clocher, des colonnes de bois qui étaient en réalité six anciens mats offerts par des marins. Ils supportaient un plafond plat en lambris, que J. Desmars disait être« ignoble ». Un jubé de bois réalisé en 1682 par Pierre Hayard, artisan nazairien, séparai la nef du chœur. Les arcades, mettant en communication les chapelles et le chœur, étaient en plein-cintre et fort larges, de sorte qu’on apercevait sur une seule ligne les cinq autels de face. la nef dans sa partie haute et les chapelles latérales avaient des plafonds à voûte de bois. Plusieurs peintures sur toile décoraient le sanctuaire, celle de l’autel du rosaire avait été réalisée en 1657 par un peintre nantais, Jean Le Coutz, un baptême du Christ avait été peint en 1780 pour orner les fonds baptismaux, par l’atelier des peintre Collet, père et fils, et avait couté la somme astronomique de 300 francs au conseil de fabrique. On leur trouva tous les défauts au 19ème siècle, et elles furent mises au rebut quand on détruisit l’église.

     

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    Plan de l’église dressé par Fernand Gueriff.

     

    Du décor on a aussi conservé en statue de bois polychrome, un ange gardien doré qui devait être un ornement de l’autel principal, une stature dite de Notre-Dame du Bon Port, la Vierge de douleur et Saint-Jean priant, œuvres du 15ème siècle, anciens ornements d’une poutre de gloire, qui provenaient de la première église, dite « chapelle Notre-Dame d’Espérance » au 19ème siècle, ainsi que deux reliefs en albâtre anglais, La Jérusalem céleste et Le Couronnement de la Vierge,  acquisitions courantes par les marins bretons durant les ventes qui eurent lieu en Angleterre à la suite de la Réforme. L’ensemble des boiseries étaient donc colorés, dorés, c’était un décor riche même si les éléments étaient de qualité variable.

    Le clocher était surmonté d’une croix de fer qui surmontait une girouette de cuivre doré en forme de main, nommée par les Nazairiens « main du bon accueil ». Conservée dans les collections municipales, elle mesure 43 cm de long sur 38 cm de large,pour une épaisseur de 3 mm. La tradition était que quand les couvreurs œuvraient sur le toit de l’église, ceux-ci décrochaient la main, et la baladaient ensuite dans la ville, en la présentant à chaque maison. Les gens donnaient alors quelques pièces qui servaient à payer le redorage.

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    La croix du clocher fut détruite par la foudre le dimanche 16 janvier 1739 durant la messe, au moment de l’élévation. L’orage arracha la majeure partie de ardoises de l’église, et y eu plusieurs blessés qui décédèrent des brûlures. On remplaça la croix[1] et refit le toit, mais l’ouragan de 1751 causa de nouveaux dommages.

    Le clocher comportait plusieurs cloches, trois d'entre-elles nous sont connues : la première d'un poids de 900 livres, fut baptisée le 13 décembre 1734 « Françoise », elle eut pour marraine Perrine de Carné, vicomtesse de Saint-Nazaire et baronne puis baronne de Marcein, épouse de Joseph du Boisbaudry, comte de Langan, et pour parrain Jacques Le Pennec, seigneur du Bois-Joalland ; la seconde, dite la Grosse Cloche, avait un poids de 1065 livres, fut baptisée en 1767 et eut pour parrain René-Jean Bonin, comte de La Villebouquais, co-vicomte de Saint-Nazaire, et pour marraine la co-vicomtesse Louise-Françoise Raoul de La Guibourgère, épousede  Jean-Baptiste-Elis Camus de Pontcarré, seigneur de Viarmes ; la troisième, d'un poids de 200 livres, fut baptisée le 5 juin 1778 « Jeanne-Marie », en hommage à l'une des filles d'Alain-Jacques-René Bonin de La Villebouquais, elle remplaçait une précédente tombée du clocher dans la nef en ayant transpercé le plafond lambrissé en juillet 1772.

     

     

    En 1792 le curé Constitutionnel de Saint-Nazaire, nouvellement nommé, Yves Guinoys, voulu prendre pour son usage l'argent déposé dans le tronc de la Vraie-Croix, faisant valoir la sentence du Présidial de Nantes de 1709 qui en attribuait le contenu à la seule paroisse, il fut arrêté par les Gendarmes et mis en prison à Guérande. Le tribunal du district l’acquitta, jugeant qu'il ne pouvait pas savoir.

     

     

    En 1794 le culte catholique fut interdit, l'église fermée, et la direction du District de Guérande exigea qu’on lui fasse parvenir tous les objets d’art et précieux ayant servi au culte. Le maire, Jean-François Allançon, pris la décision d’envoyer le reliquaire d’argent, mais conserva chez lui la relique. Il la concevra plusieurs années, et alors que le culte catholique n’était plus autorisé en France, il dressait chez lui chaque 14 septembre un autel dans sa maison, et réunissait secrètement les notables de la ville pour une messe. Craignant des problèmes avec les gendarmes, il finit par la remettre au chapelain de Marsain, l’abbé Rouaud, qui avait refusé de s’assermenter, et s’était caché durant toute la période révolutionnaire. Quand l’église fut rendue au culte en avril 1802, il fallu attendre la fin des tractation entre Napoléon et le Pape pour que puisse être nommé au débit de l'année 1803 Jean Crossay, ancien curé du Croisic, comme curé de Saint-Nazaire. La relique de la Vraie-Croix  fut alors restituée et retrouva son autel.

    En 1844, l’évêque, monseigneur de Hercé, fit dont d'une troisième lamelle issue de la Vraie Croix. On l'ajouta à la relique nazairienne en transformant le tau en croix latine. La relique mesurait environ 2 cm de hauteur et de largeur.

     

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    En 1867 un poids de l’horloge placée dans le clocher tomba, perça le plancher, et atterrie dans la nef alors qu’on célébrait la messe.

    Vers 1880 le suisse, dit le Grand Blancho, fit tomber en pleine messe une pille de chaises, provoquant la frayeurs des paroissiens à qui l'on répétait depuis presque quinze-ans que le clocher leur tomberait sur la tête !

    Ce fut prétexte pour dire qu’il fallait une nouvelle église. On se mis à dire qu’elle était aussi laide et sans intérêt patrimonial. En réalité l’église était condamnée par les agrandissements du port, et en 1882 on lança activement le projet d'un autre lieu de culte.

    On entreprit ainsi la construction de l’église Saint-Nazaire actuelle, où la messe fut célébrée à partir de juillet 1891, mais ce ne fut qu’en 1895 que la désacralisation de la « Vieille-église » fut prononcée. La destruction eu lieu en 1896. Il fallut employer la dynamite, preuve qu’elle était bien plus solide que ce qu’on avait raconté pour justifier sa destruction. Dans la crypte de la chapelle du Rosaire, la chapelle seigneuriale, il fut trouvé une urne de plomb contenant le cœur de Perrine de Carnée, vicomtesse de Saint-Mazaire et baronne de Marcein, décédée le 16 février 1754, épouse de Joseph du Boisbaudry,comte de Langan. Elle fut remise à la famille de Carné qui le fit placé dans son enfeu de Saint-Aubain de Guérande. Les ossements des anciens seigneurs connurent la fosse commune au Cimetière de Toutes-Aides, tout comme les ossements issu du curage du cimetière qui fut effectué jusqu'à atteindre la roche. Huit convois par chariot transportèrent les restes à Toutes-Aides. Dans les gravats on trouva des monnaies dont nous avons déjà parlé ici : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2015/10/18/des-pieces-chinoises-dans-le-cimetiere-5702134.html

     

     

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    Démolition de la vieille église par Paul Bellaudeau

     

    [1] Cela fut réalisé par le serrurier du Pouliguen, Jean Lamarre, qui fut payer 45 livres.

  • Le bourg de Saint-Nazaire sous l'Ancien Régime

    Le bourg médiéval de Saint-Nazaire malgré ses dimensions réduites avait le statut de ville, c'était donc une agglomération fortifiée, siège d'une paroisse. Les fortifications constituaient, côtés fleuve et océan, en un ensemble de murs en pierre et un fortin, celui-ci initialement situé à l'emplacement de l'esplanade devant le Vieux-môle, puis à partir de 1756, à l'emplacement de l'entrée de la cour de l'usine élévatoire,  du côté du continental, les murs étaient en fait des palissades et des fossés que le sable envahissait, et que les tempêtes maritimes détruisaient régulièrement, cette partie du bourg, relevant de l'autorité de la baronnie de Marsain, souffrait régulièrement, et au début du 18e siècle, maisons et four banal avaient été abandonnés par les habitants. Cet ensemble formait le " château de Saint-Nazaire ", cette expression désigne l'ouvrage fortifier dans son ensemble, le logis seigneurial, (surnommé '' château Brutus'' ou '' château-forteresse ''), propriété des vicomtes de Saint-Nazaire. Ce logis était qui avait souffert de la guerre de Cent-ans, était ruiné en 1584, et presque réduit à rien en 1660 quand Jean de Carné achète la vicomté. Durant les décennies précédentes, la vicomté était en partage entre deux familles qui ne s'accordaient pas pour l'entretien du logis et de sa chapelle, aussi avaient-ils laissé la jouissance du lieu et des pierres pour l'édification d'une nouvelle église, l'église originelle, située sur le sommet de l'éperon rocheux, étant trop souvent victime des tempêtes, (au 19e siècle elle sera appelée " Notre-Dame d’Espérance "). La chapelle seigneuriale fut intégrée à la nouvelle construction, sous le nom de " chapelle du Rosaire ", et servit de caveau à la famille de Carné. Au-delà des fortifications, était le moulin de Saint-Nazaire, et plus loin le village de la Ville-Etable. Arrêtons-nous un instant sur un autre terme de vocabulaire propre à l'ancien régime : le mot village, récurant pour désigné des groupes de maisons sur le territoire de la paroisse de Saint-Nazaire, tant sur les cartes, que dans les aveux et dénombrements, désigne ce que nous appelons aujourd'hui un hameau. Ces villages n'étaient constitués en majorité que de trois à cinq maisons, pour la plupart habitées par une même famille, car nés du partage d'une ferme.

     

    Le plan que nous reproduisons, dit " plan Goinard ", du nom de l'homme qui l'a découverts aux archives de Vannes au-cours des années 1980, date du début du 18e siècle. Le bourg de Saint-Nazaire n'a pas encore subi les transformations opérées à la demande du duc d'Aiguillon pour le renfort des côtes du duché face aux intrusions anglaises. On distingue que les îlots urbains sont désignés comme des fiefs dépendants de seigneuries de la paroisse. En effet, cela était une situation commune à toutes les villes, étaient ainsi découpées en fiefs, ou en seigneuries pour les villes les plus importantes. Le bourg de Saint Nazaire était part entière de la Vicomté, mais certaines de ses maisons dépendaient des seigneuries inférieurs. Cela ne signifiait pas pour autant que les maisons étaient toutes propriétés d'un seigneur, loin s'en faut, mais simplement qu'elles dépendaient de l'autorité seigneuriale, de ses impôts, et qu'en cas de litige c'était le bailli de la seigneurie dont dépendait la maison qui intervenait, ou en cas d'absence d'héritier de la maison, celle-ci revenait au seigneur dont elle dépendait. En observant le plan, on s'aperçoit que la majorité des maisons dépendaient de la Vicomté, ou de la baronnie de Marcein, un îlots, près de l'église dépendait de la seigneurie d'Heinleix, une minorité relevaient de seigneurs inférieurs, on sait par exemple, qu'une maison à étages et un cabaret situés dans la Grand'rue, relevaient de la seigneurie des Boixières,  (A.D.44, E 572). 

     

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    (cliquer pour voir en grand)

     

    Ce plan nous permet aussi de constater, que malgré la disparition de la résidence seigneuriale des vicomtes au profit d'une nouvelle église, l'espace reste celui de l'autorité : l'auditoire où se réunit le conseil de la paroisse, la prison dit " ancien état ", le bâtiment des archives et registre ou siège le bailli dit " maison constancieuse ".

    Plan M. Goinard in Vieux saint-Nazaire Gueriff.jpg

     

    L'urbanisation du rocher était compliquée, les parcelles étaient étroites, et les bâtiments d'une même habitation se trouvaient en majorité sur plusieurs niveaux de sol. Les maisons du bourg étaient toutes en pierres, mais les toitures et l'existence d'étages variaient en fonction de la fortune des propriétaire ; avant la révolution industrielle du Second Empire, les classes sociales se mélangeaient, côte à côte se trouvaient des demeures bourgeoises, ou des demeures d'artisans qui pouvaient n'être que de simples masures, cette situation perdura jusqu'à la Première guerre mondiale, la maison où naquit le sculpteur Alfred Caravanniez tenait ainsi de la cave et de la grange, la maison du sénéchal Galliot de Cran, construite comme un hôtel particulier, était moyenne de petites échoppes surmontées d'un grenier, et les maison des capitaines et des pilotes avaient des allures de manoirs faisant face à la mer, avec leurs tourelles contenant les escaliers qui déversaient les étages. Le bourg comprenait plusieurs cabarets, de nombreuse échoppes, et deux foires commerciales s'y tenaient par an.  L'alimentation en eau laissait à désirée, les point d'eau étaient saumâtres, et il fallait faire venir l'eau potable depuis les terres. 

     

    En 1789, le bourg comprenait 200 maisons majoritairement couvertes de chaume, où logeaient 900 individus.

     

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    Dans une lettre du 13 février 1792, le lieutenant Besson, en fait le descriptif suivant :

     

    " Saint-Nazaire, ville dévote ; des femmes à plein l'église et des hommes à genoux jusque dans la rue. Des Bonnes Vierges au dessus des portes ; à certains jours, des cierges qu'on allume, et des neuvaines qu'on fait au vent, à la pluie, n'étant arrêté par rien. Il y a force de matelot dans le pays. Quand ils partent, ils font des vœux, ou ce sont leurs femmes qui en font pour eux ; des vœux aussi quand il y a tempête, si bien qu'au retour on prie, on accroche des drapeaux, des avirons, des rames aux piliers de la nef, et tout cela produit de bonnes sommes au curé et à deux prêtres qui le secondent. La Révolution à un peu troublé ces pratiques ; on se divise.

    Il y a des incrédules ; mais e grand nombre va toujours, prie toujours, craint et paye toujours, ce qui met le pasteur – car il ne faut rien celer – à même de secourir bien des familles pauvres, que sans lui, on verrait sans pain.

     

    Du bien et du mal : partout ainsi... " (1)

     

     

    Saint-Nazaire, une ville bretonne, comme toute les autres... 

     

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    1) Lettre rédigée à Savenay. Cf. " le patriote Bournonville ", de Gustave Bord ; et " Lettres, mémoires et documents publiés avec des notes sur la formation, le personnel, l'esprit du 1er bataillon français des Volontaires de Maine-et-Loire et sur sa marche à travers la crise de la Révolution Française ", Par Grillet, Ed. Amyot, 1850.

  • La famille Galliot de Cran

    Dans notre article sur le séjour à Saint-Nazaire du prétendant Charles-Edward Stuart, nous avons mentionné la famille Galliot de Cran. Cette famille a été attachée à l'histoire de la commune durant quatre générations.

     

    L'auteur de cet article a lu beaucoup de mentions inexactes au sujet de cette famille, la première concerne la « qualité » de cette famille, pour reprendre l'expression de l'Ancien Régime, nous voulons ici parler du fait que les Galliot de Cran étaient roturiers et non nobles, même s'ils bénéficiaient de certains privilèges en raison des charges qu'ils possédaient. Ajoutons qu'il n'était pas obligatoire d'être noble sous l'Ancien Régime pour posséder une terre noble,  et que le fait d'avoir une particule n'a jamais été preuve de noblesse, (au même titre que que certains nobles n'en ont jamais eu). La seconde légende à laquelle nous aimerions tordre le cou, et celle de l'origine du nom « Cran », celui-ci vient d'une métairie, constituée en fief, située au quartier de l'Immaculée à saint-Nazaire, et non un manoir de la commune de Saint-Dolay en Morbihan qui appartenait à la famille Thomas de Cran, qui n'avait pas de lien avec les Galliot, au demeurant, le premier Galliot arrivé à Saint-Nazaire, était « Galliot des Fresnières ». Les Galliot sont cependant originaires de la région de La Roche-Bernard, mais dans l'état actuel des recherches il nous est impossible de déterminée la paroisse exacte. 

     

    Faisons enfin mention d'un fait relevé par Henri Moret et Ferdinand Guériff dans leurs ouvrages sur l'histoire de Saint-Nazaire, celui des signatures des notables de Saint-Nazaire dans les registres paroissiaux. A chaque baptême ou mariage d'importance, les notables de la ville possédants un fief et en assumant le nom accolé à leur patronyme, signaient d'abord d'une particule, suivit du nom du fief, et enfin de leur patronymique, nous ignorons totalement l'origine et la raison exacte de cette mode, peut-être motivée par la volonté de faire oublier plus facilement leurs rotures en cas d'accession éventuelle à la noblesse ? La question reste pour l'heure sans réponse.

     

     

     

    Galliot de Cran : De gueules à une galiotte d'or. 

     

    I° Jérôme (ou Hierosme) Galliot, sieur des Fresnières, mort à Saint-Nazaire en 1711, inhumé dans la chapelle du Rosaire de l'église de Saint-Nazaire (c'était la chapelle des vicomtes), procureur fiscal de la vicomté de Saint-Nazaire et de la baronnie de Marcein avant 1670, fut mandataire de Marie Beliotte pour la réformation du domaine de Guérande en 1680 ; il avait acquis de la famille de La Haye du Sable une importante demeure dans la Grand-rue du bourg de Saint-Nazaire sur laquelle l'écu des La Haye figurait encore au 20ème siècle ; époux de : 1° Renée Labour ; 2° Renée des Grées (ou Desgrées) d'où :

    du premier lit :

    1° Claude, né à Saint-Nazaire en 1671 ;

    2° Olivier, né en 1673 ;

    du second lit :

    3° Perrine, née en 1682 ;

    4° Sébastien, né en 1684 ;

    5° Jeanne, dame des Fresnières, née en 1685, mariée le 26 novembre 1707 avec Jean-Vincent Diguet, sieur du Bot, (1683 - inhumé le 10 décembre 1721 en a chapelle du Rosaire), sénéchal seul juge de la vicomté de Saint-Nazaire et de la baronnie de Marcein, né à Vannes, paroisse Saint-Pierre, fils de Vincent Diguet, et de Jeanne Lesbouez ;

    6° François, né en 1686 ;

    7° René, qui suit.

     

    II° René Galliot, sieur de Cran, (métairie sise à Saint-Nazaire), (Saint-Nazaire 1693 – Saint-Nazaire 8 février 1772), avocat à la cour, sénéchal de Saint-Nazaire et de Marcein à la suite de son beau-frère en 1722, subdélégué de l'Intendance à Saint-Nazaire de 1722 à 1772, élu marguillier à l'unanimité en 1736, membre de la confrérie Saint-Nicolas de Guérande en 1737, correspondant de la Commission intermédiaire des Etats de Bretagne en 1755 ; au début de l'été 1745 il logea un temps chez lui le prince Charles-Edward Stuart, (dit Bonni prince Charlie), qui organisait avec les familles irlandaises de Nantes un débarquement dans le but de le placer sur le trône d'Ecosse et d'Angleterre (voyez l'article sur les Walsh), les dames de Saint-Nazaire brodèrent pour le prince une courtepointes à ses armes, qu'il laissa à son hôte, (encore en possession de ses descendant en 1850 d'après la légende locale). Le 20 novembre 1756 il fait fonction de commissaire aux classes alors que se déroule au large la bataille des cardinaux, avec ses hommes ils sauvèrent à bord d'une embarcation quelques marins français du navire Le Juste, il rédigea un rapport sur ces faits le 4 décembre, remis au rapporteur Millain, aujourd'hui conservé aux archives de la Marine. Marié à Férel (56) le 9 octobre 1724 Geneviève Durand, fille de feu Guillaume Durand, alloué et lieutenant du marquis d'Assérac, et offrit à l'église de Ferel un tabernacle posé et béni le 15 novembre 1739 ; d'où :

    1° Joseph-Marie né en 1726 ;

    2° François-René, né en 1727 ;

    3° François-Pierre, qui suit ;

    4° Michel-Thomas.

     

    III° François-Pierre Galliot, sieur de Cran, (Saint-Nazaire en 1736 – La Roche-Bernard 30 décembre 1796), il fut seigneur de La Tréballe à Saint-Nazaire (par acquisition en 1783 auprès de Louis Lorieux, sieur de La Mainguisserye, il revendit la propriété à Ambroise Lorieux, cousin et beau-frère du précédent, en 1793) ; avocat à la cour, marguillier de Saint-Nazaire en 1770, vendit en 1772 la charge de sénéchal de son père à Etienne Chaillon ; il fut en 1789 l'un des plus importants contribuables de La Roche-Bernard ; durant la  Révolution il acheta la vigne du Prieuré située à Porcé que sa famille avaient en métayage depuis le 18ème siècle, ainsi que différents terrains éparpillés sur la commune ; marié le 4 septembre 1787 à Josselin (56) avec Marie-Josèphe-Yvonne Martin Daumond, fille de Gilbert-Anne-Marie Martin Daumont, avocat au Parlement, lieutenant particulier des Eaux, Bois et Forêts du comté de Penhouet (56), alors ancien maire de Josselin et ancien commissaire des Etats de Bretagne, et de Marie-Louise (Le) Prieur, dame de Trégadoret, d'où :

    1° un enfant né en 1786 au Férel, mort la même année ;

    2° François-Louis-Marie, (La Roche-Bernard 3 juin 1790 – La Roche-Bernard 1858) ; 

    3° Joseph-Marie-François, (Josselin le 31 juillet 1788 – La Roche-Bernard 1860).

     

     

    Tous deux moururent célibataires en possession d'une importante fortune provenant de la plus-value de la vente de leurs terrains qui se situaient entre la rue de Toute-Aide et l'Avenue de la République, (d'où le nom de passage de Cran prêt du marcher couvert), ces terrains étaient ceux qui constituaient le domaine du Bois-Savary, acquis auprès du marquis de Sesmaisons en  1804. L'ancien hôpital de Saint-Nazaire, détruit durant les bombardements, avait été construit sur l'un de leurs terrains, (vendu à la ville un prix inférieur au marché cependant).

     


    galliot de cran,saint-nazaire,boussineauLa maison des Galliot de Cran, dite maison du Prétendant, avait été acquise de la famille de La Haye du Sable, dont l'écu figurait su la façade entre les deux portes-fenêtres sur premier étage, se situait dans la Grand-Rue de Saint-Nazaire, (N°42), dans le bourg historique. Construite sur en plan carré, caves éclairées par un grand soupirail en arc coté rue, au rez-de-chaussée surélevé, la façade de cette maison était large de deux travées, un perron de cinq marches pour accéder au rez-de-chaussée, le premier étage, « l'étage noble », était doté d'un balcon à balustrade de fer forgée, faisant toute la largeur du bâtiment, appuyé sur trois corbeaux sculptés. Le second étage sous un haut comble, était éclairé coté rue par deux lucarnes encadrées finissants en pointe. Dans les premières années du Second Empire, elle fut plusieurs fois louée à l'administration municipale, servant de caserne de gendarmerie à titre provisoire en 1850, puis d'école par décret municipal le 9 février 1851. A la mort du denier des Galliot de Cran, la maison fut vendu Athanase-Louis-Charles de Boussineau, (né à Saint-Etienne-de-Mont-Luc le 31 mars 1824), issu d'une famille nantaise anoblie par élection à l'échevinage de cette ville en 1668. Ses fils en héritèrent, et finirent par la vendre de force à l'Etat qui entreprenait le creusement de la nouvelle entrée du port. 

     
    Détail d'un dessin de Paul Bellaudeau, (Arch. Municipales)