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saint-nazaire

  • Le baron Nolde

    En 1930, la bonne société nazairienne vit ses jeunes filles à marier et ses mères de famille frémir d’extase à l’entrée dans ses salons d’une jeune-homme mince, blond aux yeux bleus, le visage émacié, qui roulait quelque peu les R, est été alors ingénieur de 3ème classe du Génie Maritime, en poste aux Chantiers de Penhoët. On le disait qu’il avait un destin professionnel prometteur, et surtout il avait un titre, celui de baron.

    Le baron Boris Borisovich Nolde fit donc lui une entrée remarquée. Il était russe, plus exactement il était né russe, le 25 septembre 1903 à Saint-Pétersbourg, et avait obtenu la nationalité française par décret du 1er octobre 1927, alors qu’il était étudiant à Paris. D’abord aspirant de réserve, affecté à Toulon, le 10 juin 1928, et promu ingénieur de 3ème classe du Génie maritime par décret du 24 décembre 1928.

    A son arrivée à Saint-Nazaire, il loua un logement au 3 rue de la Trinité.

     

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    Armoiries Nolde : De sable à trois criquets d’or.

    Gouache de Petr Fedorovich Kosmolinsky, 1996, Musée océanographique de Kaliningrad, inv. Gr-380, N selon GIK (KP) MMO 1 n° 2057/2.

     

    Le père de Boris Borisovich, le baron Boris Emmanuilovitch Nodle, (Saint-Pétersbourg 27 décembre 1876 - 28 mai 1948 Lausanne), fils conseiller d’Etat, avait été à partir de 1903 professeur de droit international à l'Université polytechnique de Saint-Pétersbourg, puis en parallèle, en 1905, aux Cours supérieurs pour femmes de Saint-Pétersbourg ; avait été membre du conseiller puis directeur juridique au ministère des Affaires étrangères durant la guerre. Il participa aux activités du Parti constitutionnel démocrate, et lors de la révolution de février 1917, et à la préparation du manifeste du grand-duc Mikhaïl Alexandrovitch sur l'abdication du trône et le transfert de tout pouvoir jusqu'à la convocation de l'Assemblée constituante au gouvernement provisoire. De mars à mai 1917, il fut sous-ministre des Affaires étrangères, et devint membre de la Conférence juridique du gouvernement provisoire et de la Conférence spéciale sur l'élaboration d'une loi sur les élections à l'Assemblée constituante. En octobre 1917, il devint membre du Conseil provisoire de la République russe. Anti-bolchevick, il émigra avec sa famille en 1919 en Finlande, et y représenta l’amiral Koltchak, chef du Gouvernement Blanc durant la guerre civile. L’assassinat de l’Amiral par les Soviétiques après une parodie de procès fit fuir les Nodel à Paris, où Boris Emmanuilovitch fut l’un des organisateurs de la branche russe à la Sorbonne, enseigna aux Cours Supérieurs Etrangers de Sciences Militaires à Paris, mais aussi en Belgique et aux Pays-Bas ; il fut doyen de la faculté de droit russe à l'Institut d'études slaves de Paris ; co-rédacteur en chef de la revue Droit et économie en 1925 ; président de la Direction générale de la Croix-Rouge russe à Paris ; du Barreau de Paris ; et membre du Bureau central du Comité des congrès des avocats russes à l'étranger. Il publia divers ouvrages de droit et d’histoire en français, anglais, allemand et russe.

     

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    Le baron Boris Emmanuilovitch Nodle par Constantin Andreïevitch Somov

    La mère de Boris Borisovich, née Alexandra Andreevna Iskritskaya (Tchernihiv 5 octobre 1880 - 15 mars 1932 Paris), de noblesse ukrainienne, était la sœur du député ukrainien Mikhaïl Andreïevitch Iskritsky (Tchernihiv 18 juin 1873 - 10 mars 1931 Marseille).

    Veuf, Boris Emmanuilovitch épousa le 6 août 1933 Olga Terestchenko, fille du philanthrope et industriel sucrier ukrainien Alexander Nikolovich Tereshchenko.

     

    En décembre 1932, Boris Borisovich fut promu ingénieur de 2ème de classe, faisant plus encore rêver les Nazairiennes qui se voyaient bien devenir baronne. Elles s’affolèrent encore plus quand elles surent qu’il avait deux frères cadets :

    1° Andreï, dit André, Borisovich, né à Saint-Pétersbourg 7 novembre 1905, qui sortit de l’école polytechnique avec mérite comme élève étrangers interne en août 1928, puit fit l’Ecole d’application d’artilleur de Fontainebleau, et intégra la Division d’artillerie coloniale et fut envoyé au 1er régiment d’artillerie colonial, comme sous-lieutenant le 1er mars 1930, envoyé en Indochine le 25 mars.

    2° Emmanuel Borisovich, né à Saint-Pétersbourg, le 25 novembre 1909, français par décrets du 3 juillet 1929, licencié en droit en 193, avocat 1932, attaché à la Cour d’appel en 1936, et habitait 1 rue Beaujon à Paris 8.

     

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    Le baron Emmanuel Borisovich Nolde par Constantin Andreïevitch Somov

     

    Quand Emmanuel, puis Andrei, vinrent rendre visite à Boris, les têtes firent des tours à 360 à leur passage dans les rues.

     

    Mais Boris Borisovich n’épousa pas une nazairienne malgré les charmes et les avances. Il porta son choix en 1937 sur une parisienne, Elisabeth Claude-Fontaine, fille d’un administrateur de banque, et collectionneur d’art. Il intégra une Compagnie d'assurances, et le couple vécu au 6 rue Monceau à Paris 8.

    André Borisovich, promu lieutenant-colonel, il sorti de l’Armée, et affecté en réserve, épousa Irina Pavlovna Andreeva, fille de la célèbre mécénée et égérie des arts, Salomé Nikolaïevna Andronikova, mais en divorça rapidement et se remaria avec France Arrou, dont il eut un fils, Cyrille, (1935 - 2018). Il passa trois années en chine, et devient un spécialiste de Chiang Kaï Chek auquel il consacra des conférences et des publications. A la déclaration de guerre, n’ayant pu rejoindre le 10e Régiment d’artillerie coloniale, il fut affecté à l’état-major de la Région parisienne. Son épouse se distingua dans la Résistance. Durant la guerre d’Indochine, Andrei fut embarqué le 15 août 1950 comme chef de bataillon. Admissible au concours à l’Ecole supérieure de guerre en mai 1948, il y obtint le brevet d’études supérieures en novembre 1950. Il acheva sa carrière avec le grade de général, et décéda le 22 janvier 1987 à Paris.

    Emmanuel Borisovich, publia plusieurs ouvrages consacrés à la géopolitique du Proche Orient à partir de 1935.devient par décret du 13 juillet 1938 titularisé dans l’emploi de rédacteur de 3e classe à l’Administration centrale des Colonies. Devenu rédacteur de 2e classe, il fut nommé adjoint de 2e classe des Colonies à compter du 1er janvier 1939. A la déclaration de guerre, il fut d’abord affecté à la région de paris, puis fut envoyé aux troupes du groupe de l’Afrique occidentale française. Il entra dans la résistance et fut déportés et Internés, (Service historique de la Défense Cote : SHD/ AC 21 P 605719). Il fut ensuite administrateur des Colonies à la direction de l’Intendance de Madagascar, il fut promu dans les réserves de l’Arme de terre en octobre 1948, et se vit attribuer le brevet du Centre des hautes études administrative en décembre 1950. Il fut un brillant annaliste géopolitique, proche des milieux monarchiques, et publia de nombreux articles dans des revues spécialisées. Il décéda en 1983.

  • Ker Renée, ou la villa tour de Villès-Martin, (olim Moulin de la Plage, puis Ker Léon)

    A La Villes-ès-Martin, au 16 rue Ferdinand Buisson, face au fort, est une étrange maison composée d’une tour circulaire, posée à l’angle d’une rue dans un étroit jardin.

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    Cette maison, nommé Ker Renée, surprend et intrigue. Tous les Nazairiens en connaissent la silhouette, mais peu savent ce qu’elle était à l’origine. Pourtant, dans le quartier, les personnes âgées se souviennent encore qu’on la désignait il y a encore trente ans comme « l’ancien moulin ». C’est en effet un ancien moulin, Le Moulin de la Plage, qui constitue la tour de la Villa Ker Renée.

     

    Remontons le temps, et racontons l’étrange destin de ce bâtiment auquel la municipalité ne porte aucun intérêt.

     

    En 1876, la supérieure et cofondatrice des Sœurs gardes-malades des pauvres et des orphelins de Saint-Nazaire, dite Congrégation des Sœurs Noires, Sœur Eugénie, née Jeanne Bouet, acquis la parcelle numéroté 500 au folio F1 au cadastre napoléonien, terrain nu situé en l’îIe du Corps de Garde, versant du milieu, d’une surface de 9 ares 35.

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    Cadastre de 1829, Archives départementales de Loire-Atlantique.

     

    Ce terrain tout en longueur, servait à la culture comme toutes les parcelles voisines. Sœur Eugénie l’acquit auprès de Thierry Smits, un négociant néerlandais[1], domicilié rue du Croisic, la rue où se trouvait le Couvent des Filles de la Sagesse. Il en était propriétaire parce qu’il en avait hérité de son beau-père, l’hôtelier Jean-Louis Loyseau qui lui-même en avait hérité de son père[2]. La fondation de cette œuvre religieuse à Saint-Nazaire fut très importante. Sœur Eugénie témoinia : « Ailleurs nous avions vu beaucoup de logis qui n'étaient guère riches ; jamais nous n'avions trouvé pareils taudis. Dans certains recoins de Saint-Nazaire, c'est la misère noire. Ni cheminée, ni feu, ni table, ni chaise ; rien pour s'asseoir. La Sœur apporte un peu de bouillon ou de vin, qu'elle a obtenu de la charité d'un hôtel ou d'une auberge ; avec cela elle réconforte son malade, l'encourage, le veille la nuit entière accroupie dans un coin. Pour réchauffer son bouillon, elle a les trois mottes de son chauffe-pieds. Vraiment nous avons eu déjà à Saint-Nazaire bien des consolations. Partout bon accueil ; et, de peur de nous faire de la peine, nos malades ne refusent guère le prêtre. »[3]. Ajoutons qu’à cette époque, monseigneur Fournier, évêque de Nantes, venait passer tous les étés chez les Le Besque, en leur manoir de Port-Gavy. De nombreux prêtre du département avait une résidence de vacances sur la corniche nazairienne, de Villès-Martin à Sainte-Marguerite[4].

    Sœur Eugénie possédait de nombreuses parcelles agricoles à Saint-Nazaire, et les affermait. Désireuse de faire fructifiée son bien, elle décida d’édifier sur ce point élevé de la côte un moulin. Ce n’était pas le seul présent à Villès-Martin, nombre de Nazairiens ont encore en mémoire le Moulin du Fort, qui avait été transformé en pension de famille et camping, que la Ville fit raser pour créer la percée verte du chemin Cécile Coudon Peccadeau de l’Isle[5]. Les deux moulins avaient les mêmes dimensions, avec un seul étage, et d’une calotte orientable. Initialement il n’y avait pas l’extension rectangulaire actuellement à l’arrière de la tour, construite dans le sens de la parcelle, attendu qu’il fallait pouvoir manœuvrer l’essieux d’orientation vers les vents dominants. Parce que ses vents arrivent de deux points sur l’Estuaire, la tour fut dotée de deux portes opposées, permettant l’accès sans être gêné par la rotation des ailes.

    La mémoire nazairienne rapporte que le meunier, qui habitait le village de Villès-Martin, près de la plage, était invité à venir se mettre à table par de grand mouvements de torchons fait par son épouse depuis le pas de la porte de leur maison.

    Ce moulin fonctionna sur une période très courte. La création de la minoterie à proximité du port ruina en effet la majorité des meuniers et des fariniers. La Villès-Martin commença à devenir un lieu de villégiature, on y construisit des villas et des cabanes de plaisance, et le percement de la rue Ferdinand Buisson entrainant une perte de surface du côté du fort, réduisant la parcelle à 8 ares 27 en 1880.

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    Plan du glacis militaire du Fort de Villès en 1900 avec le tracé de la rue Ferdinand Buisson dans son état initiale, depuis repercée et au tronçon longeant la parcelle renommé rue du Fort.

     

    En 1882, Sœur Eugénie vendit le terrain et le moulin à Jean-Pierre-Marie Laurent, (Herbignac 22 juin 1822 – 1890 Nantes), fondateur de la congrégation des Soeurs gardes-malades des pauvres et des orphelins et co-fondateur du couvent de cette ordre à Saint-Nazaire, ce prêtre, surnommé « le prêtre des pauvres », est une figure importante de l’histoire de la Loire-Atlantique. Né à Herbignac, où une exposition lui fut consacré en novembre 2016, il entra au petit séminaire à Guérande, en 1834, au grand séminaire en 1843.  Diacre en 1847, il fut ordonné prêtre par monseigneur de Hercé le 18 décembre 1847 ; Il exerça au collège de Guérande comme professeur d'histoire, puis rejoignit comme vicaire la paroisse de Saint-Nicolas-de-Redon, et enfin en 1852 celle de Notre-Dame-du-Bon-Port à Chantenay (Nantes) où, le 11 mai 1856, qu'il créa la Congrégation des Sœurs de la Sainte Famille de Grillaud, qui perdure[6], dont le but est « le soulagement des malades pauvres, l’assistance des orphelins et des aveugles ». En août 1866, M. Laurent, accompagné des premières filles que la Providence lui a envoyées, Sœur Marie et Sœur Eugénie, fut reçu à Rome par le pape Pie IX. On doit à l’Abbé Laurent la création d'un hospice à Chantenay, d’un orphelina, et d'une maison d'hospice et d'accueil à Guérande et à La Baule en 1884, à Tours en 1885. A Saint-Nazaire, l’Abbé Laurent fonda en 1874 la congrégation des Sœurs Gardes-Malades. Son biographe, l'abbé Victor Martin, professeur à la Faculté catholique d’Angers, rapporte à son propos :

    « Souvent il avait eu l'occasion de traverser Saint-Nazaire, et le spectacle de cette ville créée si rapidement l'avait frappé. « Ce pays-ci m'intéresse, disait-il ; on n'y voit que des chercheurs de travail et des chercheurs de pain. Mais que deviennent-ils quand la maladie les arrête ? Et s'ils meurent, comment meurent-ils ? Mes bonnes Sœurs ne seraient point de trop ici ; elles n'y manqueraient pas de besogne. Que de bien à faire ! Elles soigneraient les corps et sauveraient les âmes. »[7]

    L’œuvre s’installa d’abord dans un appartement loué rue du Croisic, puis en 1879 il entreprit la construction sur le boulevard de l'Océan (actuel boulevard Wilson), d’un orphelinat et hospice des vieillards. C’est le bâtiment de l’actuel EHPAD le Traict, boulevard Wilson, (rare construction monumentale à avoir résisté aux bombardements et aux appétits des promoteurs, qui hélas, malgré l’engagement qui avait été faite à l’ancien responsable de l’Urbanisme, n’a pas retrouvé le Christ en façade que l’Abbé Laurent avait bénit et placé).

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    L'Abbé Laurent en 1848

    L’Abbé Laurent transforma le Moulin de la Plage en maison de villégiature, ou plus exactement en ermitage où se retirer pour méditer en regardant l’Estuaire. Il fit ajouter l’extension afin d’y abriter la cuisine, et établit sa chambre au premier étage, sous une terrasse remplaçant la toiture, afin d’avoir un point de vue comme au manoir de Port-Gavy.

    Le moulin transformé ainsi en maison se trouve ainsi désigné par le cadastre comme « maison (tour) », durant toute la fin du XIXème siècle. Propriétaire de nombreuses parcelles et de plusieurs immeubles, l’abbé Laurent décida de constituer la Société hospitalière anonyme Jean Marie Laurent de Nantes, société charitable qui existe encore en 2022, qui hérita de tous ses biens à son décès en octobre 1890[8].

    En 1898 la maison fut achetée par Jacques Joux, domicilié rue de Nantes à Saint-Nazaire, époux de Thérèse Durand qui en fit sa maison de vacances, mais la revendit en 1899 à Pierre Nézereau, chef d’atelier à la Compagnie Générale Transatlantique, domicilié rue d’Anjou à Saint-Nazaire, époux de Henriette Chasseriau, qui la léga à sa fille, Eugénie-Henriette-Félicité Nézereau, (° Bordeaux 3 octobre 1869), mariée le 6 septembre 1892 à Saint-Nazaire à Léon Bauduin (Denain 4 novembre 1861 - 10 décembre 1907 Saint-Nazaire, Loire-Inférieure). Le couple était domicilié 4 rue d’Anjou. Ils eurent un fils, Léon-Pierre-Henri-Mathurin Bauduin, (Saint-Nazaire 11 juin 1893 - 31 décembre 1954 Villeneuve-sur-Lot), en l’honneur de qui il baptisèrent leur résidence de villégiature Ker Léon.

    La maison devint à la mort de l’époux d’Eugénie Bauduin, en raison de leur communauté de biens, une propriété partagée avec son fils, devenu à l’âge adulte chef comptable. Ils étaient tous deux domiciliés 4 rue d’Anjou quand ils vendirent en 1920 Ker Léon à Louis-René Maillet, (Saint Mars La Jaille 10 décembre 1878 - victime civile du bombardement du 28 février 1943 à Saint-Nazaire)[9], frappeur, époux de Victoire Gicquel, (née à Séron en 1880), domiciliés 30 rue du Bois Savary au moment de l’achat, puis à Ker Leon d’après le recensement de 1921, avec leur fille Marie, (née à Saint-Nazaire en 1908). Trop petite pour une famille, la maison fut vendue en 1924 à Edouard Le Gall, ajusteur et son époux née Jollivet qui en firent leur résidence principale. En 1926 Ker Léon fut acheté achat par Louis Jouanno qui y vécu à l’année. Il revendit la maison en 1929 à Henry Héridel, (né à Saint-Nazaire le 24 octobre 1886), ajusteur mécanicien retraité, et Renée Besson, (Angers 24 octobre 1890 – ?? 1961 Saint-Nazaire ??), qui en font leur résidence principale et renomment Ker Renée., et remplacèrent la porte d'entrée par l'actuelle de style art-déco.

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    Les Héridel et leurs proches à Ker Renée en septembre 1930, collection Sigismond.

     

    Veuve, Madame Héridel, dont la mémoire nazairienne se souvient qu’elle avait des traits et une attitude masculine, se promenait à cheval chaque jour. Durant l’Occupation, elle se réfugia au domicile de sa famille 124 rue Saint-Jacques à Angers, Ker Renée fut requestionnée pour loger une partie des bureaux administratifs des Chantiers de la Loire. A la libération Madame Héridel repris possession de sa maison qu'elle adorait, et y demeura jusqu’à son décès. La propriété passa à ses neveux Besson, qui vendirent en 1971 la partie arrière de la parcelle originale où est aujourd’hui édifiée la maison du 3 rue du Fort. Un garage fut construit en mitoyenneté.

     

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    Grilles et portail coté rue du Fort état le 28 mars 2022.

     

    Plusieurs propriétaires se succédèrent ensuite. L’actuel a déposé le 31 décembre 2021 un permis de construire visant à lotir tout le jardin en ajoutant un nouveau bâtiment à l’arrière de la cuisine actuelle, d’une surface supérieure à la construction présente, avec une piscine intérieure, un nouveau garage et de trois places de parking sur la parcelle qui entrainerons la disparition des grilles en fer forgé et la suppression de places de parking sur la voirie. Ce projet prévoit la transplantation des palmiers à l'arrière le long de la rue.

     

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    Plan d'élévation actuel et projet d'extension déposés le 31 décembre 2021.

     

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    Projet d'extension vu du ciel avec déplacement des palmiers.

     

    [1] Il était né à Rotterdam 17 décembre 1837.

    [2] Thierry Smits avait épousé à Saint-Nazaire le 25 juin 1861, Marie-Athanaise Loyseau, (1839- 9 novembre 1839 Saint-Nazaire), fille de Jean-Louis Loyseau, (né Loiseau à Saint-Nazaire le 6 avril 1810), et de Marie-Joséphine-Victoire, (Guérande 4 février 1811 -  1900 Saint-Nazaire), lui-même fils de René-Auguste Loiseau, propriétaire domicilié la Villès-Martin, et de Catherine Renée Letexier, (décédée le 13 février 1825 à Saint-Nazaire), plus ancien propriétaire connu de ce terrain, cité par le cadastre en 1833.

    [3] Abbé Victor Martin, M. l'abbé Jean-Marie Laurent, fondateur des Soeurs gardes-malades des pauvres et des orphelins, Imprimerie A. Mame et fils, Tours, 1891.

    [4] Ancien territoire nazairien devenu quartier de Pornichet en 1900.

    [5] Nom donnée à la mémoire d’une victime nazairienne des attentats de Paris en 2015.

    [6] En 1996, la Sainte-Famille-de-Grillaud compte encore 140 religieuses réparties en 22 communautés de 3 ou 4 membres, installées dans le département.

    [7] Abbé Victor Martin, M. l'abbé Jean-Marie Laurent, fondateur des Sœurs gardes-malades des pauvres et des orphelins, Imprimerie A. Mame et fils, Tours, 1891.

    [8] Les propriétés nazairiennes de l’Abbé ne furent cependant inscrites au nom de la Société qu’en 1895 sur la matrice cadastrale.

    [9] Son frère joseph vivait à l’Immaculé.

  • Porcé 24 février

    A la suite du vandalisme accomplit sur le porche arrière de la maison de plage du Château des Charmilles à Porcé, les services de la Ville de Saint-Nazaire ont procédé cet après-midi du 22 février 2022 à la sauvegarde des éléments découpés de la structure, et vont procéder à leur restauration dans le cadre du projet de mise en valeur de la plage de Porcé et du parc des Charmilles.

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  • Porcé,11 février 2022

    Arrière du pavillon de plage du château des Charmilles à Porcé, état le 11 février 2022.

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  • Transmettre et protéger, un petit geste pour le Vignoble nazairien

    Aujourd’hui, un petit poste sourire, un poste sur le petit patrimoine et son sauvetage par action citoyenne qui pourrait paraitre anodine si on ne la regarde pas de près.

     

    Il y a quelques jours, dans une parcelle de la Corniche nazairienne qui était autrefois au centre du Vignoble nazairien, vignoble dont nous avons plusieurs fois parlé sur ce blog, et dont la génération née entre 1945 et 1960 a encore le souvenir, ont été déplantés des ceps qui ne pouvaient pas rester sur le lieu, pour être transplantés sur une autre parcelle qui fut autrefois elle aussi une vigne, à Avalix, plutôt que de tout arracher. Ce ne sont que quelques ceps, et combiens d’entre nous en ont arraché dans leur jardin de lotissement pour faire place à une pelouse ou un massif de fleurs ? Trop hélas, car au prétexte d’évolution, nous passons souvent à côté des éléments qui continue à l’enrichissement de notre quotidien et de notre héritage immatériel.

     

    Ces ceps déplacés sont de types noah, (raisins blancs), othellos, (raisins rouges), et de sémillon, (raisins blancs). Les deux premiers sont ceux qui ont été replantés sur le vignoble nazairiens après l'invasion du Phylloxéra sur l’Estuaire dans les années 1890.  Le troisième est plus rare dans notre zone parce qu’il s’agit de celui qui servait pour la conception du vin de messe des églises de la Presqu’île. Il y avait autrefois une importante vigne de ce cépage à Saint-Nazaire, La Vigne du Prieuré, située à Porcé, sur les deux parcelles qui sont aujourd’hui séparée par le chemin de Porcé, à l’emplacement de l’école Ferdinand Buisson, et de l’ancien accès au château des Charmilles, terrain en friche dont le devenir est incertains, et dont les élus n’ont toujours pas compris qu’il s’agit ici du seul terrain dont nous connaissons parfaitement l’histoire depuis le don qu’en fit le vicomte Friold de Donges en 1079 au Prieuré Saint-Jean-Baptiste de Saint-Nazaire, et dont nous savons par les fouilles accomplies par Alphonse Pinguet en 1857-1858 qu’il y avait là une exploitation gallo-romaine.

    Il a été aussi réalisé des bouturages en prévision de l’avenir et de futures plantations dans le cadre d’un partage de plantes locales, (de jeunes chênes lièges, espèce non originaire de Bretagne mais qui se plait et se reproduit à Saint-Nazaire, ont aussi été transplantés dans le cadre d’un projet de peuplement, ainsi que diverses autres espèces d’arbres et de buissons contribuant à la biodiversité des jardins et taillis).

     

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    Quelques-uns des ceps transplantés

     

    Pourquoi ce poste sur ce qui pourrait paraitre anodin ? Parce qu’il faut mettre en lumière les bonnes volontés et les belles actions, le sens inné du devoir, mais aussi parce qu’il faut rappeler que le patrimoine ne se limite pas à quelques bâtiments classés, à un paquet de vieux papiers ou à quelques tableaux et collections oubliés sous les moisissures, (même s'ils sont très importants et qu'il y a urgence d’actions de sauvetage). Le patrimoine, surtout dans une ville comme Saint-Nazaire qui ne possède pas de monument important en dehors de son port, et où la politique patrimoniale, parce qu’elle suit la volonté d’élus qui désirent des résultats qui se voient de loin, ne comprend toujours pas l’humain dans ses projets, préfèrent l’inerte vidé de sa substance dans une conception muséale dépassée, alors qu’on ne peut pas faire du patrimoine sans de l’humain et de l’histoire. Ne désespérons pas, l’humanité finit toujours par évoluer, et les décideurs qui stagnes ne restent jamais longtemps en place en notre époque mouvementée ; mais surtout la stagnation et le fourvoiement sont heureusement toujours compensées par l’action de passionnés, en l’occurrence, ici, par des Nazairiens qui aiment leur ville et qui savent agir par bon sens, devenant malgré eux des résistants face au duo ignorance-bêtise. C’est la Société-civile qui a toujours fait avancée les consciences en France, et cela est visible depuis Napoléon III. mais surtout n'oublions pas un élément très important : les institutions n'ont pas vocation à tout sauver ou mettre en lumière, la politique obligeant à des choix au détriment du petit, même quand celle-ci veut bien faire. C'est à vous Nazairiens d'agir et de vous faire entendre !

    Le patrimoine est une conception bien encombrante, car elle est synonyme d’identité, ce qui le rend malgré lui politique, mais surtout c’est une chose qu’on regarde comme trop souvent intouchable et à mettre sous vitrine. Or, une ville ne peut être figée dans le temps, nous ne pouvons vivre dans un musée. Cependant, si nous admettons que le patrimoine est de fait l’identité des habitants d’une ville, il faut aussi admettre que cette identité est multiple par la nature de l’Etre humain et multiple dans ses incarnations.

    Depuis dix années qu’existe ce blog, nous avons œuvré à répondre aux interrogations des Nazairiens, et à mettre en lumière son histoire, ses personnalités marquantes, et ses patrimoines, de donner une image positive et historiquement juste avant même que les municipalités successives se penchent enfin sur le sujet. Soulignons ici que ce récent intéressement municipale s’est fait grâce à la lucidité et le professionnalisme de fonctionnaires qui aiment Saint-Nazaire et qui ont la volonté de bien faire et de transmettre aux générations futures, qui corrigent par la minutie de leurs travaux les légendes et inexactitudes, en dépit des conflits que cela génèrent malgré eux avec des institutions, municipales ou associatives, qui publient des absurdités qui aux yeux de tous, sauf des rédacteurs des plaquettes ou livres qui n’ont aucun recule ou logique. Heureusement ces publications ne trouvent généralement que peu de preneurs, mais l’on regrettera qu’elles se facent avec l’argent du contribuable nazairiens, et surtout qu’elles finissent par croupir sur des étagères de médiathèque ou de centre de documentations, où on les prendra benoitement un jour pour des ouvrages de référence, au prétexte qu’on y a associé un logo officiel, rendant le Nazairien ironique, c’est-à-dire lucide, comme le démontra Rémy de Gourmont.

     

  • Les Sauveurs en mer de la Côte d’Amour

    La station balnéaire de Saint-Marc-sur-Mer doit son existence, non à un programme immobilier, telles Porcé ou Sainte-Marguerite, mais à la création d’une station de sauvetage, la première de la Côte d’Amour.

    Cela nous donne ici l’occasion de raconter l’histoire des sociétés de Sauvetages implantées à Saint-Nazaire et en Presqu’ile, débordant exceptionnellement des frontières de Saint-Nazaire afin de permettre une pleine compréhension du sujet. Le lecteur trouvera au passage la réponse à l’interrogation récurrente sur l’origine du « Petit-canon de Saint-Marc »[1].

     

    Le sauvetage en mer :

    Durant des siècles les sauvetages autour de l’Estuaire de la Loire furent accomplit par les Pilotes de Saint-Nazaire. Gustave Bord, dans un opuscule intitulé « Un épisode de l'histoire de Saint-Nazaire : les pilotes de Saint-Nazaire en 1791 », Saint-Nazaire, Girard imprimeur, 1883, relate un exemple édifiant de leurs actions. Les régimes qui succédèrent à la Révolution ne fondèrent pas d’institution nationale pour assurer les sauvetages ; en cas de naufrage ou de tombée à la mer, on ne pouvait espérer son salut que de la bravoure de marins et de pêcheurs.

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    L’amiral de Genouilly par Pierre Louis Pierson, (source wikimedia commons)

     

    En 1865 fut fondé à Paris par l'amiral Charles Rigault de Genouilly, (Rochefort 12 avril 1807 - 4 mai 1873 Paris), ancien gouverneur de la Cochinchine, ministre de la Marine et des Colonies du 20 janvier 1867 à la proclamation de la Troisième République, le 4 septembre 1870, la Société centrale de sauvetage des naufragés, (S.C.S.N.), une œuvre philanthropique, inspirée de ce qui se faisait au Royaume-Unis, qu’il plaça sous la protection de l’impératrice Eugénie. Regroupant des membres du gouvernement et des proches du Souverain, elle fut copiée sur le modèle des sociétés de sauvetage britanniques qui palliaient la carence de l’Etat en matière de sauvetage, à une époque où même certains marins ne savaient pas nager. Une grande souscription à 20 fr accompagna cette fondation, réunissant 8.000 personnes, dont 1.200 ayant versé plus de 100 fr, et bénéficiant de fait de la qualité de membres fondateurs. Les sommes réunies permirent de projeter la création de stations de sauvetage, dotées d’un canot et de matériels. Sur la côte d’Amour, c’est l’anse de Saint-Marc en Nazaire qui fut choisie. Le lieu était alors désert, il n’y avait qu’une chapelle du 17ème, en mauvais état, et un corps de ferme, ancienne source de revenue au chapelain, confisquée à la Révolution et devenu poste douanier. Les habitats les plus proches étaient au Crépelet, village lové entre deux collines pour se protéger des vents. Le Saint-Marc que nous connaissons aujourd’hui est né sur les ruines de sa chapelle éponyme[2], avec la mise en sécurité du rivage par la création sur la dune de la station de sauvetage. Les Annales du Sauvetage Maritime, publication de la S.C.S.N., révèlent dans leur édition pour l’année 1866 que l’on estima que « le canot, aussi rapproché que possible des écueils les plus dangereux, situés à l'ouest et au sud des pointes de l'Eve et de Chemoulin, pourra se porter facilement soit par terre, soit par mer, du côté de Villès-Martin et de Saint-Nazaire dont il n'est éloigné que de 6 kilomètres ». Il avait été craint de manquer de matelots dans cette zone, mais les douaniers qui avaient ici leur poste, étaient des marins douaniers, dont le concours fut assuré. Il faut comprendre que si ces hommes acceptèrent de s’engager comme sauveteurs, ce n’était pas uniquement par dévouement, ou se griser de danger, mais surtout par le fait que leur salaire journalier était de 2fr12 en moyenne, et que la S.C.S.N. leur offrait une indemnité par manœuvre 2fr50, pour un sauvetage en journée 3fr, et pour un sauvetage de nuit 5 fr, et que 500gm de pain coutaient alors 0,80 fr. La Commune étant à l’époque propriétaire du littorale, il fut adressé en mai 1866 une demande de concession de terrain, ce qui fut accordé par vote du Conseil municipale le 17 juin. Il fallut désigner un délégué local, ce fut Atys Goy, (1832 - Saint-Nazaire 3 juin 1883), courtier maritime, correspondant de la Société d'encouragement pour la navigation de plaisance maritime[3]. Les Ponts-et-Chaussées réalisèrent les travaux de construction d’un hangar, remise à la S.C.S.N. le 12 avril 1867, mais le canot fut livré dès janvier, expédié de la Seyne par le chemin de fer depuis Lorient. Il fallut un affut doté de deux roues de chariot très larges pour permettre de le tirer sur le sable entre le hangar et les flots.

     

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    La Station de Sauvetage de Saint-Marc avant la construction de l'Hôtel de La Plage

     

    Les Douanes offrirent, pour servir de canon d’appel, une caronade anglaise datant de 1819, c’est le « Petit Canon de Saint-Marc », symbole de la station, actuellement fixé sur le promontoire au-dessus de la plage dans une base de béton.

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    Le « petit canon », état en 1911 et état actuelle.

     

    Les douaniers ne virent l’achèvement de leur formation qu’en septembre 1867. Le premier équipage se composait de : Le Pelley, patron ; Michel Rastel et Macro, sous-patrons ; Levenot, Le Nué, Piraud, Lepine, Couihouis, Lefaivre et Le Dugne, matelots des douanes ; ainsi que Denais et Hervet, marins à Saint-Marc. La première opération de sauvetage eu lieu dans la nuit du 8 au 9 avril 1868, par une violente tempête. La goélette La Charente, montée par quatre hommes, s'échoua en face de la pointe de l'Eve. Prévenu par le gardien du sémaphore, le patron de la station, Le Pelley, fit armer le bateau de sauvetage. L'état de la mer était tel à ce moment que ce ne fut qu'au prix des plus grands efforts que l'embarcation put être mise à l'eau et dirigée sur le lieu du sinistre : « Au moment où elle atteignait le navire, l'un des naufragés venait d'être enlevé par une lame ; les trois autres, qui se tenaient accrochés aux haubans, étaient sur le point de céder à la fatigue. Le danger était imminent, les vagues, s'élevant à une hauteur énorme, submergeaient par instants la goélette. Pendant trois heures, le canot de sauvetage a lutté contre la mer, qui l'éloignait ou le rapprochait du navire. Le capitaine de la Charente avait perdu la tête et se refusait à profiter du secours qui lui arrivait. On réussit enfin à l'arracher, ainsi que ses deux compagnons, à une mort certaine, et à les ramener à Saint-Marc, où, pendant deux jours, ils reçurent à la caserne des douanes, et surtout de la part de la femme du patron, les soins que réclamait leur position[4]. » Le Comité parisien de la S.C.S.N. marqua l’événement en décernant une médaille d'argent au patron Le Pelley, des médailles de bronze aux hommes qui montaient l'embarcation, et fit parvenir un remerciement sur parchemin à la madame Le Pelley, avec des indemnités supplémentaires aux sauveteurs, et une indemnité de 50 fr à madame Le Pelley. Le canot de sauvetage sortit deux autres fois par de très-gros temps cette même année 1868 : de nuit, pour se porter au secours du paquebot Impératrice Eugénie, qui faisait la ligne entre Saint-Nazaire et le Mexique[5], dont les signaux de navigation furent pris pour des signaux de détresse !  La seconde fois, pour secourir un navire naufragé près de Saint-Gildas, à huit milles de la station, mais dont on découvrit en arrivant qu’il n'avait plus d'équipage à son bord, le canot de sauvetage de Saint-Gildas, (situé à Préfailles), était intervenu plus rapidement.

    Dans le 24 avril 1869, un grand trois-mâts britannique, le Queen of the South, battu par la tempête, égaré par la brume, vint mouiller l'après-midi près de la pointe de Saint-Gildas. Dans la nuit, ses chaînes cassèrent, il se brisa à la côte ; cinq personnes seulement, sur les quarante-deux qui étaient à bord échappèrent au désastre. Quelques jours après cet événement, les journaux britanniques, notamment le Shipping and Mercantile Gazette, qui avait un fort tirage, firent paraître des articles d'une violence extrême, accusant l’équipage de la station de sauvetage « de Saint-Nazaire » de lâcheté. Dans un autre article, c'est au canot de sauvetage de Saint-Gildas, que l'on reprochait son inaction. Ces assertions étaient de tout point mensongères. La S.C.S.N. fit savoir à la presse britannique que seul canot de sauvetage existant dans ces parages était stationné à Saint-Marc, et non au port de Saint-Nazaire, à six milles et hors de vue de la pointe de Saint-Gildas. La chambre de commerce de Nantes, émue des attaques des journaux britanniques, procéda à une enquête, elle demanda au Comité central l'autorisation de visiter la station de Saint-Marc et d'interroger l'équipage. Le rapport de la Commission rapporta les faits suivants : « Dans la journée du 24, le patron du bateau de sauvetage de Saint-Marc était allé au sémaphore de Chemoulin, et avec la longue-vue du guetteur il avait pu à peine voir à une encablure au-delà des Grands Charpentiers. Il n'a eu aucune connaissance du Queen of the South et du péril où il se trouvait. »  Le Pelley, n’eut connaissance d'un navire qui paraissait coulé entre deux eaux, non loin de la pointe de Saint-Gildas que le 28 vers 10 h ! Il fit immédiatement armer le canot. A une 13 h 30, il arriva sur le lieu du naufrage, vit des épaves innombrables, fit le tour du navire et des épaves, ne trouva aucun naufragé et rentra à Saint-Marc à 17 h. Ce naufrage et la polémique des journaux britanniques décidèrent la création d'une station de sauvetage au petit port de l'Herbaudière, à l'extrémité nord de l'île de Noirmoutier. En 1870, Rastel devint patron en remplacement de Le Pelley.  Michel Rastel, (Saint-Lyphare 18 avril 1835 –21 septembre 1909 Escoublac), fils d’un laboureur. Entré aux douanes, fut d’abord le 1er janvier 1864 matelot à Couëron pour un salaire de 750 fr, puis à Nantes le 1er juin 1864 pour un salaire de 800 f. Muté à Saint-Marc le 1er septembre 1867 comme sous-patron avec un salaire de 900fr ; nommé patron en 1868 il gagna 1.000fr, et fut augmenté à 1.100fr en janvier 1872. Par décret du 25 février 1873 il fut fait chevalier de la Légion d’Honneur. La S.C.S.N. lui accorda deux médailles de bronze en 1868 et 1870, ainsi que le Prix Gémond en 1877, d’un montant de 1.000 fr. Il se montra aussi exceptionnel en portant secours durant un incendie le 13 juin 1875, et septembre 1878 il reçut le diplôme les insigne et le diplôme de l’Institut de sauvetage de la Méditerranée.

    Nous ne dresserons pas la liste de tous les sauvetages, mais ils ne furent, heureusement, que d’une moyenne de 2 à 3 interventions, généralement pour des navires britanniques, qui transportaient du sucre raffiné depuis Nantes, ou des navires norvégiens qui transportaient du bois de construction pour l’entreprise Hailaust et Cie[6]. L’un de ses navires de livraison, l’Héléna, eut une histoire singulière. Ce brick norvégien s'échoua au début de l’après-midi du 24 octobre 1872 sur les roches des Morées, à la pointe de la Ville-ès-Martin. Averti immédiatement par un télégramme du Commissaire de l'inscription maritime, l'équipage du canot de sauvetage pris la mer. Les lames étaient énormes et déferlaient avec une grande violence dans l’anse de Saint-Marc, à la force de leur bras, ils avancèrent avec les avirons, droit contre le vent et la lame. Il était 14h ; le canot, après des efforts inouïs, arrivé au large de la côte, le patron fit mater, prendre les ris, et orientant la voilure. Il fit route sur le navire naufragé, qu'il ne tarda pas à approcher. « Le brick avait déjà une forte voie d'eau ; les coups de mer l'ébranlaient constamment ; l'inclinaison était grande, la manœuvre presque impossible ; tout l'équipage était aux pompes, bien que la mâture fouettât avec violence. Le capitaine de L’Héléna, conservant encore un peu d'espoir de relever son navire, refusa de s'embarquer dans le canot ; le patron, prévoyant ce qui allait arriver, mit à la voile et courut au large afin de se tenir au vent du bâtiment. A quatre heures, la mâture tomba ; une lame énorme se fit jour à travers le navire, qui se sépara complètement ; ce n'était plus qu'une épave, où se trouvait réfugié l'équipage ; l'embarcation fit route sur les récifs et, malgré le danger, n'ayant plus le navire pour leur servir d'abri, grâce au courage et à l'habile manœuvre des canotiers, les neuf matelots et le capitaine purent s'embarquer dans le canot de sauvetage, qui les ramena à Saint-Nazaire, à sept heures du soir, sains et saufs. » Le patron Rastel devait encore couronner par un autre acte de dévouement cette journée déjà si bien remplie. Après avoir conduit au port les marins sauvé, Rastel, traversant les quais de Saint-Nazaire pour aller chercher des vivres pour lui et ses canotiers, il sauta dans le bassin pour sauver un homme qui y était tombé et criait sa détresse. Outre le fait remarquable que ce fut la première fois que l’un des canots de la S.C.S.N. resta en mer aussi longtemps, par une tempête aussi violente, l’épave de l’Héléna ne fut que partiellement démontée, laissant le squelette de sa coque que le temps couvrit d’algues et de coquilles. Avec le temps, les enfants qui le découvraient au loin demandaient à leurs parents ce que c’était. On était alors à l’époque des découvertes des fossiles de dinosaures, que l’on découvrait sous la forme de grand sauriens marins sur les gravures des revues. Un plaisantin raconta que c’était les reste d’un crocodile géant. Les restes du brick disparurent, mais la légende du crocodile, déplacé à Sautron avec la création du remblai et la canalisation des ruisseaux côtiers dont les accès depuis la plage sont condamnés par des grilles, préservant les enfants d’une terrible bête… 

     

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    Michel Rastel

    Le 22 janvier 1874, la vapeur norvégien Thereza s’échoua à son tour sur les Morées, mais cette fois le canot de Saint-Marc fut précédé par le par le remorqueur de La Compagnie transatlantique, le Belle-Ile. La motorisation rendit obsolète en partie la Station de Saint-Marc, dont l’aire d’intervention fut diminuée du côté de l’Estuaire, mais le même jour, les canotiers de Saint-Marc sauvèrent l’équipage du trois-mâts français Marie-Marguerite, vers Saint-Gildas, là où le Queen of the South s’était brisé.

     

    Hospitaliers Sauveteurs Bretons, (H.S.B)

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    Emblème des Sauveteurs Hospitaliers Bretons

     

    En octobre 1873, un avocat, Henri Nadault de Buffon, (1831-1890), de parents bourguignons, établit à Saint-Malo, fonda une nouvelle société philanthropique, dont les but était le sauvetage des baigneurs et des gens emportés par une vague en bordure de cote. Henri Nadault de Buffon en avait établi les statuts dès 1869, constatant que la mode des bains de mer conduisait à de graves imprudences, mais la guerre de 1870 à laquelle il participa, et l’effondrement de l’Empire l’avait empêché de mettre en place son idée. Les débuts de la Troisième République étaient ceux d’un régime provisoire qui prévoyait que le Comte de Chambord deviendrait roi. Au milieu des incertitudes et des enflamments pour le retour des Capétiens, Henri de Nadault de Buffon, issu d’une famille de noblesse de robe, et dont le père avait obtenu de relever le nom des Leclerc de Buffon, famille du naturaliste dont il était issu par les femmes, s’adressa à la noblesse de Bretagne pour mettre en place son projet, et plus exactement à ceux qu’on désignait il y a encore 30 ans par la formule « des gens bien », c’est-à-dire les royalistes pas trop compromis avec l’Empire ni avec la République. Guidé par une étique politique et non pas par le bon sens, et surtout dépourvue de relations influentes, c’est sa rencontre avec Louis-Charles d’Amphernet, (1816-1896), ancien juge au tribunal de Savenay, et alors conseiller à la Cour d’Appel de Rennes qui l’y aida. Louis-Charles s’était illustré plusieurs fois en sautant à l’eau pour repêcher des hommes qui se noyaient. La première fois en 1840 à Quimper, dans l’Odet, une seconde fois sur la plage du Grand Traic à Saint-Nazaire. Franc-tireur durant la guerre de 1870[7], il en était revenu boiteux et dégouté par ce que les officier de l’Empire avaient fait aux Bretons à Conlie. Le sens du devoir, l’engagement durant la guerre, et la ferveur royaliste[8], tout autant que la formation en Droit, rapprochèrent les deux hommes. Aidé aussi par Henri d’Amphernet, frère ainé de Louis-Charles, qui s’illustra sur la plage de Concarneau en sauvant de la noyade la fille du Général Valentin, le 18 août 1877. Il faut expliquer ici, que les frères d’Amphernet avait appris la nage de leur mère, Marie-Henriette de Madec, fille du Nabab des Indes. Les relations des d’Amphernet, et l’ancienneté de leur lignage en Bretagne, permirent Henri Nadault de Buffon de lever des fonds et d’obtenir peu à peu de pouvoir demander la protection de hautes personnalités pour sa société. Il faut avouer que, si H.S.B eut la force d’avoir été fondée par un haut personnage de l’Empire, c’est le caractère mondain et la nature royaliste de la H.S.B qui lui permirent son développement. Royaliste, jusque dans son emblème, qui n’était autre que les armes de Bretagne timbrée de la couronne royale de France[9], mondain par le choix de démarcher d’abord des membres de la noblesse d’Ancien Régime, qui une fois en nombre suffisant pour donner l’impression d’un armorial, démarcher des personnalités comme l’épouse du Maréchal de Mac Mahon, le duc d’Aumale, le Prince héréditaire de Monaco (futur Albert 1er), l’amiral prince Henri d'Orange-Nassau, Mustafa ben Ismael, premier ministre du Bey du Tunis, et l’Empereur du Brésil, en les priant d’accepter de devenir « Haut protecteur », ce qu’ils ne pouvaient refuser. Bientôt des financiers comme les Rothschild et les Bischolffsheim, à qui ces princes devaient pour la plupart de ne pas mourir de faim et pouvoir maintenir des trains de vie éblouissants, financèrent la société. Cependant, se perdant dans l’organisation de mondanité, et engloutissant au moins un tiers de ses ressources[10] dans la publication d’une épaisse revue nommée « Les Annales du Biens », la distribution de médailles, (400 en trois ans d’existence), la reconnaissance d’utilité publique ne fut pas accordée, au contraire de la S.C.S.N., alors que pourtant en 1877 elle pouvait se vanter d’avoir délivrer pour 5.000 fr en livrets d’épargne.

    La H.S.B décida en 1875 de fonder une station à Saint-Nazaire, nommée sous-section car dépendante de Nantes. Elle procéda à la distribution de gaffe Legrand, longs bâtons de 8 ou 10 mètres, se terminant par une croix et armés de crochets qui permettent d ' accrocher les noyés et de les ramener en lieu sûr, et des lignes Torrès, cordes de 5 à 7 mètres garnies sur toute la longueur de cabillots de bois et terminées à l’une des extrémités par une bouée en liège et à l’autre par une boucle permettant de la tenir. Elles furent disposées dans chaque guerite de douanier autour du bassin, et au poste des Pilotes au vieux mole, ainsi qu’au poste de l’écluse.

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    Ligne torres

    Henri de Nadault de Buffon, que la rétinite pigmentaire commencer à rendre aveugle, avait réussi à convaincre le capitaine du port, Charles-Elisabeth-Saint-Elphège de Laurens de Choisy, (Le Robert 7 avril 1809 - 24 mai 1888), chevalier de la Légion d'Honneur, ancien lieutenant de vaisseau, engagé en 1827, qui avait participé au blocus de Buenos Aires en janvier 1841, et s’était illustré à Dieppe en organisant une ambulance. Il fut soutenu par messieurs Pinguet et Maugat. Alphonse Pinguet, (Saint-Benoit-du-Sault 16 décembre 1832 – 17 janvier 1888 Saint-Nazaire), nommé second secrétaire de la sous-section, était capitaine commandant des sapeurs-pompiers de Saint-Nazaire, s’était illustré dans la nuit du 3 au 4 avril 1868 durant l’incendie dans le Port du paquebot La Floride, et avait organisé en 1870 un service d’ambulance à Saint-Nazaire, mais il était surtout l’architecte-voyer de la Ville, et avait débuté avec Paul Leferme sous la protection de l’entrepreneur Alcide Bord qui lui commanda la réalisation des villas de Porcé et de son château des Charmilles, aussi que de différents monuments funéraires à La Briandais, et surtout les Halles municipales aujourd’hui à Méan[11]. Jean-Prosper-Louis Maugat, (né à Paimboeuf le 19 juin 1829), banquier, fondateur de la banque nazairienne Maugat & Fils, négocient, actionnaire de plusieurs entreprises nazairiennes, dont la minoterie, nommé trésorier de la section, était alors conseiller municipal. Prospet Maugat était un banquier atypique, il aidait en secret des familles démunies, pensionnant notamment anonymement durant des années la veuve d’un pécheur noyé en mer qui finit par savoir qui était son bienfaiteur par hasard.

    Fondée sur le port, la 24ème station s’accompagnait d’une maison de secours située sur le Port, destinée à recevoir les noyés et naufragés, afin de leur donner soins dans de bonnes conditions. Elle se composait d’un lit, d’un poêle, de couverture et d’une boite de secours. Sa construction couta 500fr et fut réalisée par Pinguet, secrétaire de la sous-section de Saint-Nazaire, et fut inaugurée en juillet 1877.

     

    De la fondation des stations de La Turballe et du Pouliguen à l’ouragan de 1876

     

    La S.C.S.N. fonda en 1875 une station à La Turballe, dotée d’une ancienne baleinière nommé Charles comme canot, don de madame veuve Charles Tavernier ; puis en 1878 ce fut la fondation de la station du Pouliguen, sur un choix arrêté en 1877, qui avait pour but de resserrer la surveillance de la côte au nord du Port de Saint-Nazaire. Le premier canot de cette station fut le Joly Morey 2, nommé ainsi en raison le leg de la moitié de 400.000 fr fait par Leon-Alexandre Joly de Morey, (Moscou 23 mai 1837 - 27 août 1896 Châtelguyon), à la condition d’acquisition de canots à nommer d’après son patronyme[12].

     

    Un ouragan toucha les côtes du sud de la Bretagne durant la journée du 30 septembre 1876, de Brest à Saint-Nazaire, broyant les bateaux de pêches sur les quais des ports de La Turballe et du Croisic, et se fit ressentir jusqu’à Paris. Les Annales du Bien relatent qu’on tonna du canon pour rassembler les sauveteurs vers 10h car les douaniers de Saint-Marc avaient repéré des signaux de détresse émis par deux navires devant la baie du Pouliguen. Sous la direction de Ratelle, et des sous-patrons Le Godinec et Le Beau, huit matelots, Gautier, Guneau, Malenfant, Touzeau, Genevois, Jacques et Louis Pichon, mirent le canot à la mer, sous le vent furieux du Sud-Ouest qui brisa le mât de misaine, déséquilibrant l’embarcation qui pris l’eau et chavira, jetant les hommes à l’eau. Huit d’entre eux avaient des ceintures de sauvetage, les autres s’étripèrent aux avirons et débris qui flottaient pour ne pas couler, trois parvinrent à remonter dans le canot, mais les vagues remplirent à nouveau celui-ci partit à la dérive en direction de la Pointe de L’Eve, les contraignant à se jeter à nouveau à la mer. Le Gonidec arriva le premier sur la grève, où il fut accueilli par Masson, le directeur des douanes, et le chapelin de Saint-Marc, Le Gonidec retourna dans les vagues dans le petit canot du phare d’Aiguillon, qu’Audibert, le maître de phare, et que deux cultivateurs, Hospot et Molet, avaient mis à flot. Avec ces compagnon, Le Gonidec sauva Rastel, Gueneau et Malenfant, qu’il débarqua, puis reparti sauver Le Beau, qui avait été rejeté sur la grève, voulu l’accompagner, Touzeau fut sauvé par un cultivateur, Julien Couronné, qui s’était jeté dans les flots pour lui porter secours. Le canot fracassé sur les roché, s’échoua sur la plage de La Courance.

     

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    Le canot de Saint-Marc échoué le 30 septembre 1876 sur la plage de la Courance, Gravure de Le Sénéchal d’après croquis de Leduc, parue dans le Monde Illustré du 21 octobre 1876 ; on distingue le sémaphore de L’Eve et le phare d’Aiguillon.

     

    Après cet évènement, les Hospitaliers Bretons décidèrent d’implanter un canon à Port-Charlotte. Le remplacement du canot détruit de Saint-Marc fut possible grâce au don généreux du comte Foucher de Saint-Faron, bienfaiteur des côtes et œuvres bretonnes. Notaire comme ses ancêtres, dont la lignée s’est enrichie par la vente des biens de l’Eglise à la Révolution, et dont le père s’était piqué de prétention noblesse en s’affublant d’un comté imaginaire, Ernest-Edmé-Philippe Foucher, (Paris 25 juin 1809 - 18 mai 1888 Paris), à l’état civil, fut maire du 9ème arrondissement de Paris. Son épouse, née Jeanne-Pierre-Julie Fort, (Le Pont-de-Planches le 1er juillet 1827 - 28 octobre 1914 Paris), étaient aussi riches que ridicules et infectes. Vivants sur un grand pied, le couple distribuait des milliers de francs par an dans des œuvres de provinces, tout en étranglant pour quelques centimes leurs locataires parisiens. Chacun de leurs dons étaient conditionné à l’apposition de leur patronyme précédé du titre comtal, et ils poussèrent la mégalomanie jusqu’à se faire parfois affubler de l’appellation saint et sainte, comme ce fut le cas pour le canot offert à Saint-Marc baptisé sur leur exigence « Saint-Philippe et Sainte-Jeanne de Saint-Faron ». La donation fit lever un sourcil aux chatelains locaux qui compulsèrent leurs armoriaux à la recherche de ce comté que les parentés parisiennes dénoncèrent comme une face, dans un flot d’anecdotes affreuses et de railleries. Cependant ce don fut très utile à la station de Saint-Marc. Ainsi, le 12 février 1878, il permit le sauvetage quatorze hommes du trois-mâts nantais « Le Réveil », de 442 tonneaux, qu’une tempête avait s’échouer à 17h30 sur le Banc des Chiens face à L’Eve dont le canon du sémaphore tira pour donner l’alerte à Saint-Marc[13]. Son capitaine relata dans une lettre de remercîments : « Saint-Nazaire, 14 février 1879. Monsieur le Sous-Inspecteur des douanes de Saint-Nazaire.  Monsieur, J'ai l'honneur de porter à votre connaissance l'empressement avec lequel le canot de sauvetage de Saint-Marc est venu à mon secours dans la soirée du 12 de ce mois, lorsque mon navire ayant touché sur le banc des Chiens, près de là traverse, avec une mer affreuse, était en péril. Je m'empresse d'adresser mes bien sincères remerciements au brave patron ainsi qu'à tous les hommes qui étaient dans le canot, pour leur bienveillant concours, et leur empressement à aider mon équipage à pomper et à virer les ancres. Le canot n'a quitté le navire que lorsque j'ai remercié le patron de ses bons services et je lui ai fait connaître que je pensais ne plus avoir besoin de lui, ayant un bateau à vapeur auprès du navire pour le remorquer.  J'ai l'honneur d'être etc.  Le capitaine du trois-mâts Réveil, de Nantes. Signé : LE RAY. »[14]

    La S.C.S.N. resserra la surveillance des côtes de la Presqu’île en fondant la station du Pouliguen en 1878, sur choix fait en 1877. Jules Benoît, (1843-1928), propriétaire de la conserverie de La Turballe, membre Chambre de commerce de Saint-Nazaire, et vice-président de la Société des Régates internationales de l'Ouest, fut président du comité de cette station, dont le premier canot fut le « Lucien-Marie », don de monsieur et madame Lucien Pivert.

     

    En 1878 il fut répertorié que plusieurs lieux de la cote de Loire-Inférieure étaient équipée « d’engin de sauvetage », c’est-à-dire des lignes Torrès et des gaffes Legrand, On répertoria ainsi à Kercabellec en Mesquer 2 Torrès ; à La Turballe 2 Torrès ; au Croisic 4 Torrès ; à Batz 1 Torrès ; au Pouliguen 3 Torrès ; Pornichet 1 Torrès ; à la station de Saint-Marc 2 Torrès ; au Port de Saint-Nazaire 2 gaffes Legrand, 12 lignes Brunel, 15 Torrès, dont deux à l’écluse d’entrée, dont l’éclusier était alors Palec, qui accumulait 37 sauvetages, et dont on disait que quand il était sur l’estacade « il n’était pas permis de se noyer », (on racontait à propos de Palec maintes merveilles, et il était très populaire),. Aucun n’avait de ceinture de sauvetage ni de bâton plombé ; cet équipement resta le même jusqu’en 1901 époque où chacun de ces lieux fut équipé d’une bouée, et que le Porte de Saint-Nazaire passe à 30 lignes Brunel !

     

    La motorisation commença à rendre obsolètes les canots pour les sauvetages en haute mer. Le 11 juillet 1889, pour le sauvetage du vapeur le « Henri-IV », du Havre, échoué sur les roches de La Blanche à 9 milles environ. En même temps que le canot de Saint Marc arriva le remorqueur « L'Abeille n° 17 » qui prit les naufragés à son bord. Le bureau central commenta : « Bien que cette sortie n'ait pas eu de résultats utiles, le patron et l'équipage du canot de sauvetage méritent de vifs éloges pour la rapidité avec laquelle ils ont couru à l'aide des malheureux dont le navire venait de se perdre »[15]. La station du Pouliguen se mis aussi en concurrence avec celle de Saint-Marc. C’était à ceux qui se mettraient le plus en danger pour sauver un équipage et arriverai le premier devant le sémaphore Chemoulin. Cependant la station de Saint-Marc resta efficace et fit plus de sauvetage que celle du Pouliguen dans le rôle était limité, car située sur une zone moins objet de naufrages.  Saint-Marc resserra son champ d’action entre le phare des Charpentiers la rade de Bonne Ans. Chemoulin veilla au partage en télégraphiant l’alerte à l’une ou l’autre des stations en fonction de quel côté avait lieu la catastrophe.

     

    Le Rachel-Prosper à Saint-Marc :

     

    Le 24 mars 1907, eut lieu la bénédiction du nouveau canot de sauvetage « Rachel-Prosper », qui permis le remplacement du canot « Saint-Philippe et Sainte-Jeanne de Saint-Faron », dont le poids rendait difficile la mise à l’eau, surtout depuis les modifications dont il avait été l’objet en, décembre 1888 dans le but de le rendre plus stable. Il fut remis à la station du Pouliguen, que la S.C.S.N. désirait réformer, en remplacement du « Lucien Marie ». Le « Rachel-Prosper » était plus petit, (9m78), et plus léger. Ce canot faisait partie d'une série de trois canots installés, grâce au don anonyme de 45.000 francs, reçu deux ans auparavant par la S.C.S.N.

    La bénédiction, à laquelle la municipalité n’assistât pas, eut lieu en présence du directeur des Douanes, monsieur Urvoy de Portzamparc, du Sous-Préfet de Saint-Nazaire, de l'Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, de l'Administrateur en chef de l'Inscription maritime avec, à sa droite, de monsieur Bernard, président de la Chambre de commerce, et, à sa gauche, monsieur Simon, agent général de la Compagnie transatlantique. Parmi les autres invités, on remarquait messieurs Le Trocquer, ingénieur ordinaire des Ponts et Chaussées ; Barbara, receveur principal des douanes ; Bougouin, sous-inspecteur des douanes ; Guillet, conducteur des Ponts et Chaussées ; Morisson, instituteur à Saint-Marc et Cartou, lieutenant des douanes, et de la presse nazairienne. Ce fut l’occasion d’une fête durant laquelle la population porta le costume traditionnel pour l’une des dernières fois.

     

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    Fête pour la mise à l'eau du canot Rachel-Prosper avec deux fillettes portant la coiffe simple et la robe traditionnelle de Saint-Nazaire

     

    Le 16 septembre 1909, les stations de Saint-Marc et du Pouliguen furent prévenus par le service sémaphorique de Chemoulin qu'un ballon, monté par deux hommes et poussé par une forte brise de vent du Nord, se trouvait en danger près des îles Bagueneau, Pierre-Percée et de la Banche. Bien que secondés par le vapeur « Henri Duval », affrété à Saint-Nazaire au service du pilotage, les recherchent demeurèrent sans résultat. Le patron de la station de Saint-Marc, Théodore Burgaud, enquêta et conclue que l’alerte n’avaient en réalité reposé sur rien de solide[16].

     

    Le Meg Charcot à Saint-Marc :

    Madame veuve Léon Clery, née Louise-Élisabeth-Blanche Goupil, fit le vœu que si sa fille, Élisabeth-Marcelle-Marguerite, dites Meg, menât à terme sa seconde grossesse, elle offrirait à la S.C.S.N. un canot. Meg, (Bougival, 31 août 1874 - 6 août 1960 Saint Servan sur Mer), était peintre, et épouse du Jean-Baptiste Étienne Auguste Charcot, (Neuilly-sur-Seine 15 juillet 1867 - 16 septembre 1936 en mer à 30 milles au nord-ouest de Reykjavik), mondialement nommé « Commandant Charcot », qui s’était illustré au cours d’expéditions en Antarctique. Martine-Madeleine Charcot, (Neuilly-sur-Seine 10 novembre 1911 - 15 juillet 1979 Saint-Malo), ayant vu le jour, sa grand-mère accomplit sa promesse, et c’est la station de Saint-Marc qui en bénéficia. Le dimanche 30 mars 1913, Saint-Marc fut en effervescence, les Charcot vinrent, sans madame Cléry, assister à la bénédiction par le curé de Saint-Marc du « Meg Charcot », canot à double bordé, qui, à 11 heures moins un quart, sortit de l’abri, pavoisé et paré de camélias, devant une foule enthousiaste et nombreuse malgré « un soleil discret » et un fort vent qui rendit inaudibles les allocutions[17]. Le canot fut mis à l’eau après que tonna le canon, et fit une manœuvre avec son équipage[18] qui « se déclare enchanté de ces premières manœuvres, grâce auxquelles il constata les qualités de la précieuse barque ». La cérémonie se poursuivit par un banquet à l’Hôtel de La Plage.

     

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    Lancement du Meg-Charcot

     

    La présence d’un couple si illustre marqua la mémoire de Saint-Marc, si bien que la rue principale de la station fut renommée au nom du Commandant Charcot. Le grand-nombre de cartes postales éditées à l’occasion font croire que l’événement fut retentissant. En réalité il passa inaperçue ; les élus nazairiens et le sous-préfet ne furent pas présents, et seuls des représentants secondaires de la Chambre de Commerce et du Tribunal vinrent. Au demeurant le Meg-Charcot ne participa à aucun sauvetage. L’année 1913 fut calme, et l’année 1914 l’aurait été tout aussi s’il n’y avait eu la guerre et la mobilisation générale. Le premier conflit mondial fit partir au front les équipages des stations. La surveillance des côtes fut assurée par la Marine nationale.

    A l’Armistice le monde avait changé. La motorisation s’était généralisée et les Douanes supprimèrent nombre de postes et de casernes. La station de Saint-Marc perdit son équipage, mais elle était déjà obsolète depuis plus d’une décennie, quand, en 1924, la S.C.S.N. la désarma. L'Union Française Maritime, qui administrait les divers remorqueurs organisés en bâtiments de sauvetage de haute mer, assura le remplacement. Le hangar fut détruit en 1926. Les autres stations disparurent à la même période, à l’exception de celle du Croisic, toujours existante.

     

    Il ne resta alors à Saint-Nazaire que les Sauveteurs Hospitaliers Bretons à Saint-Nazaire dont est difficile à reconstituer faute de documentions. Nous pouvons cependant affirmer que l’association connu quelques vicissitudes. A la veille de la Première-guerre-mondiale elle eut pour président de section George Unsworth que ses exploits en mer avait fait une célébrité mondiale, et dont nous avons déjà ici retracé la vie sur ce blog. George Unsworth quitta la présidence de section en décembre 1921, au prétexte de son âge ; en réalité il avait d’autres projets, dont l’invention d’un canot de sauvetage insubmersible nommé «  Motorskaf », (lire notre article précédent :  http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/05/05/george-unsworth-6148685.html ). George Unsworth demeura cependant président d’honneur de la section nazairienne. Il fut remplacé à la présidence par le bâtonnier Clair Horveno[19]. Les Hospitaliers tentèrent de se restructurer, songeant en décembre 1923 à créer un poste supplémentaire à celui du port à l’Hippodrome de Saint-Nazaire, car il arrivait que les promeneurs tombent dans Le Grand Marais[20]. Ce n’est qu’en 1926 qu’ils entreprirent une surveillance organisée des plages touristiques de Saint-Nazaire. En 1928 les Sauveteurs Hospitaliers Breton de Saint-Nazaire avaient la charge de l’ensemble de la surveillance des plages de Saint-Brévin au Pouliguen, sauf celles de Pornichet qui demeurèrent jusqu’à la Libération sans surveillance, malgré une pétition en 1934. En juin 1929, après cinq années de démarches et de sollicitations réalisée par Georges Friard, le conseil municipal de Saint-Nazaire vota une subvention pour l’achat d’un canot de sauvetage à moteur pour que la station nazairienne de la H.S.B. La seconde personnalité est George-Louis Friard, (Paimboeuf 13 décembre 1869 – juin 1937 Saint-Nazaire), était issu d’une famille de marins. Pilote, président de l’amical des Marins pécheurs, chevalier de la Légion d’Honneur, du mérite maritime, mainte fois médaillé pour avoir accompli 27 sauvetages. A sa mort, la distribution des diplômes de la H.S.B., le 30 novembre 1937, fut nommée « Promotion Georges Friart ».  La municipalité de Saint-Nazaire se sentie alors obligée de subventionne la bsection à hauteur de 500 francs…

     

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    Une médaille offerte par la Ligue Colonial Française à Georges Friard en 1930, fonds et collections Odoevsky Maslov, ; Photographie Archives de Saint-Nazaire

     

     

    La Station du Croisic :

    Le développement de la pêche au large, notamment grâce à la fondation en 1892 de l’Association de prévoyance entre les patrons pécheurs du quartier du Croisic, qui aidait les marins à économiser via une caisse commune, pour acheter un bateau de pêche, et qui proposait des prêts à intérêt pour l’achat d’une barque et de filets, rendit nécessaire de fonder au Croisic une nouvelle station, ce qui fut fait en 1901, avec un canot nommé Charles, une baleinière construite à La Turballe et offerte par la veuve de Charles Tavernier, l’un des fondateurs de la Société, qui faisait régulièrement dont de somme égales à 15.000 fr, et qui en 1881 avait déjà offert à la station de La Turballe un canot baptisé à l’identique, remplacé en 1904 par le canot Amiral Lalande, de 9m78, offert par la veuve dudit amiral. La présidence de la section fut offerte symboliquement à l’homme de lettre, Ernest Merson, (Fontenay-le-Comte 4 novembre 1819 - 15 décembre 1905 Le Croisic), bonapartiste, fondateur du journal L'Union Bretonne, et commanditaire du manoir de Saint-Goël, dont le fils, Jacques, membre du Comité local des sauveteurs, qui après la Première-Guerre-Mondiale fut connu sous le nom de Merson de La Chaise par relèvement du patronyme de sa mère, née Victorine de La Chaise, était le fondateur en 1896 de l’Ecole professionnelle maritime du Croisic, établissement situé à côté de l’hôtel d’Aiguillon, fermée vers 1920, dont la disparition des archives nous laisse sans véritable connaissance. Elle avait pour but de former à la navigation les patrons pêcheurs, sur financement de la Chambre de Commerce de Saint-Nazaire et du ministère de la Marine Marchande.

     

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    L’Ecole Professionnelle Maritime vers 1910.

     

    L’établissement fut cependant suffisamment important pour que, à l’occasion de la remise des prix en août 1900, deux ingénieurs japonais, messieurs Shimo et Siguerio, vinrent visiter les lieux dans le cadre d’une étude sur les écoles de pêche françaises[21]. Jacques Merson, personnalité haute en couleur aux colères homériques, s’était illustré à l’âge de 19ans, le 28 avril 1875, en sauvant d’un immeuble en feu au 2 quai de Turenne à Nantes[22], une vieille paralytique. Il avait fait preuve de plusieurs autres actes de héroïques au cours de sa vie[23].

     

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    Ernest Merson par Legé & Bergeron, © Musées de La Ville de Paris

     

    Le premier Comité comprenait aussi monsieur Mahaud, administrateur de l’Inscription-maritime, et président d’honneur ; monsieur Talouar, le maitre de port ; le syndic des gens de mer et le garde maritime, dont les identités ne figurent pas dans la publication de la S.C.S.N., Les Annales du Sauvetage maritime, et dont n’avons pas trouvé trace ailleurs. Le premier patron des Sauveteurs du Croisic fut monsieur Régent.

    Le canot Charles, endommagé, fut remplacé en 1908 par le Gabiou-Charron 3. Ce canot de 5 m était issu des acquisitions faites grâce au lègue de madame Jeanne Charron à la Société Centrale de sauvetage des naufragés, suivant les vœux de sa fille et de son gendre. En effet, Pierre Gabiou (1818-1878), président du Tribunal civil de Marennes, où les Saulniers lui doivent beaucoup, et l’un des premiers contributeurs de la S.C.S.N., avait dans ses dispositions testamentaires, demandé qu’après le décès de sa son épouse ses biens soient légué à la Société. Sa veuve, née Marie Charron, décéda en 1888, mais elle laissa ses biens à sa mère, avec condition après elle soit respectée la volonté de Pierre. Quand cette dernière décéda en 1894, la S.C.S.N. hérita de 1.500.000 fr, somme considérable. La Société fit l’acquisition huit canots, tous baptisé Gabiou-Charron avec un numéro d'ordre suivant leur distribution sur le littoral du Nord au Sud, et fonda un prix visant à récompenser les actes de bravoure des sauveteurs. Le Gabiou-Charron 3 était un canot insubmersible de 5 m, type bateau pilote qui avait d’abord été attribué à L’Herbaudière en 1899 et y avait été baptisé le 26 juin. Il fut à son tour remplacé en 1909.

     

    Madame Bowes de Saint-Amand

    Le bâtiment actuel de la Station de sauvetage du Croisic, comporte sur la partie historique, la mention « Fondation Madame Bowes de Saint-Amand ». C’est le nom d’une légataire qui laissa une part de sa fortune à la S.C.S.N.

     

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    Alphonsine de Saint-Amand chez Victor Hugo en 1860, jardin de Hauteville House, photographie anonyme sur papier salé, © Musées de La Ville de Paris

     

    Née Alphonsine-Marie Coysevox de Saint-Amand, à Paris le 1er mai 1835, elle était la fille d'Alphonse-Eugène, médecin suisse, et de son épouse d'Eulalie-Soline Terme. Veuve, sa mère se remaria avec l'écrivain Hippolyte Lucas, (Renne 20 décembre 1807 - 16 novembre 1878 Paris), qui la fit entrer au cœur de la société littéraire et connaitre la Bretagne. En 1868, Alphonsine épousa à Paris le comte Emmanuel de Courten (1833–1892), membre d’une famille du canton du Valais. Moins d'un an plus tard, Alphonsine déposa une demande de séparation de corps, et obtint la garde de leur fils, Alphonse, (1868–1874). Le divorce ayant été rendu possible en Suisse par la Loi de 1876, la séparation fut officialisée, et Alphonsine épousa en 1877 le richissime John Bowes, (Londres 19 juin 1811 - 9 octobre 1885 Streatlam). Ce britannique était le fils légitimé de John Bowes-Lyon, 10e comte de Strathmore et Kinghorne, (1769–1820), et de sa maîtresse Mary Millner, épousée quelques heures avant son décès. S’il n’avait pu hériter des titres de son père et de ses biens écossais, passés à son oncle, il en avait cependant reçu la fortune située en Angleterre. Alphonsine vivait déjà maritalement avec John depuis 1875, alors veuf de l’actrice française Joséphine Coffin, dite Mademoiselle Delorme, (1825–1874). John engagea une procédure de divorce contre elle à Londres en 1884, invoquant l'infidélité, mais l'affaire fut réglée à l'amiable, et Alphonsine hérita de leur hôtel parisien et de son contenue, situé au 7 rue de Berlin, (rue de Liège depuis 1914), lorsque John mourut en 1885, suivant les termes de leur contrat de mariage. Contrairement à ce que les biographes britanniques de John Bowes se complaisent à écrire au sujet d’Alphonsine, elle n’était pas une femme avide et égoïste, bien au contraire, c’était une personne d’une extrême générosité et d’une culture immense. Nombre d’écrivains français lui doivent d’avoir subsisté grâce à elle. Amie de Renan, de Leconte de Lisle, de Barbey d’Aurévilly, Catulle Mendès et son épouse Judith Gautier, c’est chez elle qu’Edmond Haraucourt fit sa première lecture de La légende des sexes. Jean Lorrain, aussi de ses intimes, dans les textes rassemblés par Pierre-Léon Gauthier dans Un second oratoire : chroniques retrouvées, publié en 1935, en fait mention comme « une grande dame de la colonie anglaise », et Edmond Haraucourt précise dans la note qui l’identifie, comme « de famille bretonne et marié à un richissime Anglais. […] Cette dame avait des cartes de visite que nous savions tous par cœur : Madame Bowes, comtesse de Curten, Née Coysevox de Saint - Amand. […] Elle donnait des diners savoureux où les gens de du monde rencontraient les gens de lettres. »

    Après son divorce, Alphonsine vendit l’hôtel de la rue de Berlin, et s’établit au 12 rue Matignon. Décédée le 26 avril 1908, elle légua sa fortune à des œuvres. Sa nièce fut chargée de procéder à la vente de tous ses biens, notamment ses bijoux pour la dispersion desquels il fallut deux après-midis. Une part de ce qui revenait à la S.C.S.N. fut employé à l’acquisition d’un nouveau canot et à la construction d’un abri pour celui-ci au Croisic. C’est en 2021 la partie située à droite. Construit à partir de 1909 et achevé en 1910, le site prit le nom de Fondation Madame Bowes de Saint-Amand, et le canot celui du fils prématurément disparu de la testatrice : Alphonse de Courten.

     

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    La Station de sauvetage du Croisic, photographie L.O.M.

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    Long de 8,5 m, armé de dix avirons, l’Alphonse de Courten, fut baptisé le 10 septembre 1910. Les Annales du Sauvetage rapportèrent que plus de trois-mille personnes assistèrent à la cérémonie de baptême par le curé du Croisic, l’abbé Clénet[24], rangées aux abords de l’abri et sur la jetée. La mise à l’eau fut saluée d'enthousiastes applaudissements, tandis que la fanfare du Croisic fit retentir les accents de la Marseillaise[25]. L’effet fut prolongé par les rameurs qui avec un ensemble parfait abaissèrent leurs rames, et, en cadence, imprimèrent à leur léger esquif un mouvement rapide vers la baie. Après, quelques évolutions entre le Croisic et Pen-Bron, le canot revint vers le port, déposa à terre la marraine, madame Nicol, épouse de l’administrateur de l'Inscription-maritime, et le parrain, monsieur Chatelier, qui avaient tenu à accompagner les canotiers. Un vin d’honneur ponctué de discours, se tint 17h30 à l’hôtel Masson, en présence des personnalités du Croisic et de son port, de la Baule, de Balz, du Pouliguen, du consul des Pays-Bas, Simon Amaury, le président de la Chambre de Commerce de Saint-Nazaire. Il y eut ensuite à 19 h un banquet.

     

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    Baptême du canot Alphonse de Courten le 10 septembre 1910, avec parmi les pavillons pavoisant, celui de Bretagne, blanc à la croix noire © Archive de la S.N.S.M.

     

    Durant le Première-Guerre-Mondiale, les hommes furent mobilisés, et la surveillance des côtes assurée par la Marine nationale.

    Après l’Armistice, l’Alphonse de Courten fut jugé comme ne comportant plus les garanties nécessaires. Il fut vendu en 1922, et remplacé par le Saint-François, canot provenant de la station de Camaret, commandé en 1917 aux chantiers Augustin Normand du Havre, grâce au don de madame veuve François-Henry Provençal, à qui la station de Cancale devait déjà son canot[26]. Transmis à la station de Dourdenez en 1931, il fut remplacé août par l’Alice, grâce à don de 30.000 fr monsieur Sarrette[27]. Ce canot de bois, bimoteur, le premier motorisé possédé par la station, pouvait atteindre la vitesse de 7 nœuds, son baptême par l’abbé Olive, curé doyen du Croisic, eut lieu le 27 septembre 1931 en présence du contre-amiral Alexandre Laugier (Claviers 15 septembre 1863 - 16 mars 1945 Le Pouliguen), membre du Conseil d’administration de la S.C.S.N., dont l’épouse fut la marraine du canot, et du marquis de Montaigu, parrain. Le président du Comité local était alors Georges Painvin, (Paris 20 mai 1859 - 15 mars 1945 Le Croisic), ancien directeur des Chantier de la Loire, ingénieur en retraite, nommé en 1929 par le Comité parisien.

     

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    Baptême de l’Alice le 27 septembre 1931 © Archive de la S.N.S.M.

     

    Fortement endommagée en 1936, l’Alice fut envoyée aux chantiers du Guilvinec pour réparations. Le canot ne revint pas au Croisic. Rebaptisé Hélène André, il fut affecté à Ajaccio. C’est le Saint-François qui reprit le service au Croisic en 1939. Durant l’occupation l’accès aux plages fut interdit et la navigation réglementée. L’Occupant jugea que les navires de pêche étaient susceptibles de servir la Résistance, certaines embarcations, parfois simples barques, furent détruites à la suite du Raid britannique du 28 mars 1942. Le Saint-François fut réquisitionné et transformé.

     

    Après l’Occupation

     

    Privé de canot jusqu’en 1951, les Sauveteurs du Croisic purent reprendre leur activité avec la Duchesse Anne, construite aux chantiers Augustin Normand du Havre. Long de 13 m, pesant 13 T, sa vitesse était de 8nœuds. L'équipage reconstitué avait pour patron Louis Bausier.

     

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    Baptême de La Duchesse Anne en 1951 © Archive de la S.N.S.M.

     

    Puis de 1975 à 1999, ce fut le Anne de Bretagne, une vedette de classe 1, longue de 13,30 m, dotée deux moteurs de 250 CV, construite aux chantiers Tecma de Saint-Nazaire.

    La famille de Pierre Robert Graham, fit un important don à la Station du Croisic qui lui permit d’acquérir son navire actuel, le Pierre R. Graham SNS 095, canot de tout temps, mis en service en mai 1999. Sorti des chantiers Sybéril de Carantec, mais aménagé aux chantiers croisicais, sa coque en polyester mesure 15,5 m de long, et son poids est de 20 T. Il est équipé de deux moteurs de 400 CV, et va à la vitesse de 21 nœuds. Au début de l’année 2021 il a nécessité quatre mois de travaux pour un montant de 260.000 €. Durant cette période il fut remplacé par l’Amiral de Castelbajac.

    Au Croisic, le canot est rentré sous abri après chaque intervention. La mise à l'eau est opérationnelle grâce à une cale longue de 40 m, équipée d’un chariot motorisé, jusqu'à un coefficient de 105 ; au-delà, le canot est amarré au ponton de l'Estacade.

     

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    Intérieur de l’abri, chariot et machinerie, photographie L.O.M.

     

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    Mise à l’eau du Pierre R. Graham SNS 095 © station S.N.S.M. du Croisic

     

    Pierre Robert Graham (Saint-Nazaire 10 août 1922 - 24 avril 1988 Maureillas-las-Illas), était le fils d’un soldat étasunien, William R. Graham, secrétaire de la Y.M.C.A, de Bridgeport, Connecticut, et de la nazairienne Jeanne Augereau, fille d’un gendarme, unis à Saint-Nazaire en novembre 1918[28]. Ancien diplomate, à divers postes au Maroc, au Liban, en France, au Sénégal et en Guinée, il fut entre autres, ambassadeur des États-Unis en Haute-Volta (aujourd'hui Burkina Faso) de 1974 à 1978. Robert Graham resta toute sa vie l’âme attachée à Saint-Nazaire, et c’est aussi grâce à lui que pu être réalisé en 1989 la restitution du Monument du débarquement étasunien de 1917, détruit par l’Occupant allemand.

     

    Les Sauveteurs en 2022 :

     

    La Station du Croisic est depuis la fusion le 15 octobre 1967 de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés et des Hospitaliers Sauveteurs Bretons, l’une des 218 du littoral national, (métropole et outre-mer compris), et l’une des quatre du département de Loire-Atlantique, de la Société Nationale de Sauvetage en Mer (S.N.S.M.). Son secteur d'intervention se situe entre Le Croisic, Belle-Ile et Noirmoutier

    Actuellement sous la présidence de monsieur Gérard Le Cam, elle comporte 6 bénévoles qui assurent les opérations en mer, secondé par deux mécaniciens, et différents bénévoles gérant l’administratif. Si la S.N.S.M. indique être financée nationalement à auteur de 77% par les dons et legs, (l’Etat intervenant pour 12 millions d’euros), la Station du Croisic fonction à 90% grâce à la grâce à la générosité et aux ventes d’objets sigillés du logo de la S.N.S.M. en vente dans sa boutique située à la Maison du sauvetage, située à l’Ancienne Criée du Croisic, place Boston.

    Depuis 2003, la station a été agrandie d’un second bâtiment accolé au hangar historique, abritant 2 semi-rigides dont le SR SNS 629, un garage, le bloc sanitaire, et à l’étage une salle de réunion et le bureau administratif.

     

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    Logo de la S.N.S.M.

     

    Les bénévoles intervenant en mer touchent une indemnité symbolique de quelques dizaines d’euros. Issus des métiers de la mer, ce sont des personnes ayant un sens aigu du devoir, animés d’une forte foi en l’Humanité, Croisicais ayant grandis avec l’exemple de leurs ainés se précipitant à la cale dès que retentit la sirène. En revanche, sont rémunérés par les mairies, sauveteurs surveillants les plages. La Station du Croisic gère ceux employés l’été au Croisic et à Balz. Bénévoles ou employés, tous ont accompli des formations et des mises à niveau au Pôle national de formation, qui depuis juin 2011 se trouve à Saint-Nazaire, quai des Marée, près du Vieux Môle, et qui déménagera en 2024 dans de nouveau locaux à construire à l’emplacement de l’ancien VIP.

     

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    Entrée du Pôle national de formation de la SNSM à Saint-Nazaire, © S.N.S.M.

     

    Le Pôle de Saint-Nazaire, dirigé par monsieur Didier Moreau, propose trois niveaux de formations, le premier est celui des nageurs sauveteurs, bénévoles pendant leur formation ; 6 diplômes et certificats sont obtenus après 8 mois de formations et de stages. Ces formations permettent de devenirs sauveteur sur les plages, les bords de plans et cours d’eaux, et les piscines. Une fois obtenues les différentes compétences, il est possible de postuler à l’obtention du second niveau, celui des sauveteurs embarqués, dont l’âge est limité de 18 à 66 ans. Ce second niveau se décline en quatre axes : management d’équipe ; navigation et usage des outils de communication ; recherche et sauvetage ; maintenance et maintien en conditions opérationnelles. Pour ce faire, le Pôle possède trois semi-rigides de 6 mètres, deux semi-rigides de 7 mètres, une vedette de 1ère classe, une vedette de 2ème classe, 4 inflatable rescue boat (IRB), trois marines jets, à quai à la base sous-marine.

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    Equipement du Pôle de formation à la base sous-marine de Saint-Nazaire, photographie L.O.M.

     

    Durant le mois de septembre 2021, le Pôle testa un nouvel équipement de navigation dans le port de Saint-Nazaire. Le renouvellement du matériel entraine un changement de couleur des coques. Par tradition, les coques des canots sont vertes, et celles des vedettes sont bleues, héritage des couleurs de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés et des Hospitaliers Sauveteurs Bretons. A l’avenir, les navires seront intégralement orange sur les deux tiers avant, et un tiers gris, afin de permettre de loin la différence entre l’arrière et l’avant. C’est sur les dessins de Philippe Starck que ce changement a été procédé.

     

    Les dons à la Station du Croisic sont à adresser à :

    Station S.N.S.M. du Croisic

    2 Place du Tréhic

    44490 Le Croisic

     

    Remerciements à messieurs Gérard Le Cam, Didier Moreau, Antoine Leroy, et Jean-Patrick Marcq.

     

    [1] Nous avions cependant répondu à cette question dans Ouest-France du 27 février 2021, tout comme nous avions répondu au Comité en charge de la rédaction des panneaux historiques installés à Saint-Marc durant l’été 2021, mais rien en fut pris en compte.

    [2] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2020/07/30/l-eglise-de-saint-marc-sur-mer-6254598.html

    [3] Il reçut l'exequatur de consul du Honduras pour Saint-Nazaire en juin 1870, devint conseiller municipal, (il provoqua la démission du maire Auguste Desanges le 18 mai 1884), chansonnier, il publia en 1869, chez l’éditeur nazairien Fronteau, « Hilarité. Les Chants de La Vécrie » un recueil de chanson à boire, et fut le grand ami de Gustave Nadaud, chansonnier célèbre en son temps. Son père, Mathieu Goy, (12 avril 1792 - 1860), avait acquis de la famille de Sesmaisons la métairie de La Vecquerie ; son frère Ernest, mort  à 33ans en 1868, était capitaine du transatlantique Nouveau Monde, membre de la Loge Mars et les Arts de Nantes, il fut l’un des fondateur de la loge nazairienne du Trait d'Union avec le cadet de la famille, Francis, (1838-1892), capitaine au long-cours, qui fut l'orateur de la nouvelle loge, (sa veuve, « quoique catholique », remis 100 fr à la loge de Saint-Nazaire au décès de son époux). http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/06/13/le-chateau-de-porce-a-saint-nazaire-premiere-partie.html

    [4] Annales du Sauvetage Maritime, janvier 1869.

    [5] L’Impératrice Eugénie, premier transatlantique construit en France, sorti du chantiers John Scot à Penhoët en 1865. En 1868 il desservait aussi les Antilles sur son chemin, avec le premier France (1865), le Nouveau-Monde (1865), et le Panama (1866), tous à roues à aube, et avec le Louisiane, (1862) et le Floride, (1862) tous deux à hélices (le Louisiane était initialement à roue à aube, mais il fut transformé en 1867) ; ainsi que par le Washington (1864) et le Lafayette, (1864) ; et deux navires plus petits : les Vera-Cruz et Tampico. La ligne s'arrêtait initialement à Panama, avec une escale à Fort de France, elle fut poussée jusqu'au Mexique à demande du Gouvernement en avril 1862, en raison de l'engagement dans la guerre du Mexique depuis janvier Le Gouvernement avait alors prié la Compagnie Générale Transatlantique d'ouvrir une ligne jusqu'à Veracruz, afin de pourvoir à l'effort de guerre. Il y avait une escale à la Havane. C'est à bord de l'Impératrice Eugénie que débarqua l’infortunée impératrice Charlotte le 8 aout 1866, et que le général Castelnau embarqua pour le Mexique le 16 septembre 1866.

    [6] La succursale nazairienne eu en 1872 l’un des cousins de la famille, Victor Dupin, qui fut le premier consul nazairien du nouveau royaume indépendant de Norvège en 1905. En 1896 il fit construire la Villa Victor, à Porcé, ravissante demeure qui vient de changer de propriétaire, protégée aujourd’hui par la Ville de toutes modifications ou destructions. http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2018/06/21/la-villa-victor-a-porce-6061203.html

    [7] En compagnie de son fils Jonathas, (1851-1903).

    [8] Il s’était fait peindre en costume de général Chouan. Le portrait, toujours en possession de la famille d’Amphernet, était accroché dans le bureau de mon oncle Richard d’Amphernet de Pontbellanger, (1949 - 2012), qui en avait hérité les traits et les convictions politiques.

    [9] Les Royalistes s’étaient dit que la monarchie rétablirait les droits anciens de la Nation bretonne, et qu’il serait éventuellement possible d’établir un état nation souverain avec à sa tête un prince issu des Capétiens si la France demeurait une république.

    [10] Elle avait un revenu annuel de 11.000 fr et une réserve de 20.000 fr en 1877.

    [11] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2020/09/20/alphonse-pinguet-6264715.html

    [12] La somme correspondait à la moitié de ses biens ; il était sans enfants, et possédait à titre d’ainé le château de Morey à Belleau en Meurthe-et-Moselle. L’un de ses frères était Eugène Joly de Morey, industriel et député royaliste de la Lozère de 1885 à 1886.

    [13] Le canot fut commandé par le patron Gustave Pouvreau, comprenait les deux sous-patrons Gonidec et Pichon ; les matelots : Gautier, Guéno, Hermel, Leguennec, Malenfant, Jacques Pichon et Trimaud.

    [14] Reproduite dans Les annales du sauvetage pour l’année 1878 en janvier 1879.

    [15] Les annales du sauvetage pour l’année 1889, janvier 1890.

    [16] Il était secondé par François Rouault, Eugène Pichau, Thomas Michel, jean Bouchereau, Alphonse Genevais, François Cavaras, Julien Seambourg. Les annales du sauvetage pour l’année 1909 en janvier 1910.

    [17] Les annales du sauvetage pour l’année 1913, janvier 1914.

    [18] L'équipage du Meg-Charcot était composé de : Kerneur, patron ; Maurice, sous-patron : et de matelots : Pichon, Anezo, Boucheron, Mighée ; des matelots supplémentaires : Molle, Pierre, Mohé.

    [19] Clair Marie Léonard Horveno, (le Temple-de-Bretagne 6 novembre 1879  - 19 octobre 1953 à La Baule-Escoublac), avocat à Saint-Nazaire, bâtonnier du 3 octobre 1921 au 5 octobre 1923.

    [20] Le Courrier de Saint-Nazaire du 22 décembre 1923.

    [21] Cf. Le Phare de la Loire du 7 aout 1900.

    [22] L’incendie avait pris au 4ème étage occupé par la distillerie d’absinthe de monsieur Auclair-Dupuis.

    [23] Il avait fait don de sa collection ethnographique au Musée de Saint-Nazaire, (faute de s’être entendu avec la Ville du Croisic), exposée au premier étage de la Bibliothèque, et malheureusement détruite dans les bombardements britanniques.

    [24] Coauteur avec le vicomte René de Cornulier-Lucinière de l’ouvrage « Le Croisic inconnu. Son église. Ses cimetières », publié en 1925.

    [25]

    [26] Elle fonda en 1929 un prix de 1.000 fr destiné à des armements de canots, et cinq prix de 200 fr destiné à des jeunes ou des enfants.

    [27] Une plaque de marbre au mur de l’abri historique commémore ce don.

    [28] Le journal The Bridgeport Telegram, du 25 novembre 1918, dans l’annonce du mariage, prétendit que l’épouse était issue du Général Augereau, compagnon de Napoléon. Cela était faut, le général, ni son frère, n’eurent de descendance.

  • Les remparts des Saint-Nazaire

     

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    Saint-Nazaire, nous l’avons répété plusieurs fois sur ce blogue, a statut de ville depuis le 14ème siècle. Ce statut a pour origine l’existence de fortifications sur le rocher où se trouvaient l’église primitive, (connue au 19ème siècle comme chapelle Notre-Dame d’Espérance[1]), et la première agglomération. L'emplacement était déjà doté d'un point de surveillance fortifié depuis longtemps, car les chroniqueurs disent que le roi Waroch y avait déjà un fort au 6ème siècle, ce qui n'est pas impossible car des tours de guet avec une palissade entourant une cour émaillaient la côte depuis l'Antiquité, et il nous reste encore à Saint-Marc, sur la Colline du Château, les traces de l'une d'entre elles.

    On sait par des archives que les vicomtes de Donges, premiers seigneurs de la paroisse de Saint-Nazaire, partageaient l’entretien des murailles de la ville avec leur vassaux, les seigneurs d’Heinlex, (seigneurie fondée en 1330)[2], et les seigneurs de Marsain, (seigneurie fondée avant 1365[3]). Les possesseurs de ces deux seigneuries reçurent en retour des fiefs à l’intérieurs de l’enceinte. Ces fortifications étaient augmentées d’une tour résidence pour les Vicomtes de Donges, puis leurs successeurs, les Vicomtes de Saint-Nazaire[4] ; celle-ci se trouvait à l’emplacement de l’esplanade au bordant au Nord-Ouest l’anse d’échouage au pied du Vieux Môle.

    La fortification de la première agglomération fut une nécessité en raison de la guerre débutée en 1337, nommée depuis « Guerre de Cent ans ». La Bretagne n’échappa pas au conflit, d'autant qu'elle fut elle-même de 1341 à 1364 secouée par la Guerre de succession. Saint-Nazaire, occupé par les troupes françaises de Charles V et d'Olivier de Clisson, fut attaqué par les troupes anglaises, qui incendièrent l’église, déclarée en ruine en 1373. En 1379, peu après le siège de Guérande par Olivier Clisson, que la garnison guérandaise mit en fuite et poursuivit jusque dans ses terres de Blain, la flotte castillane tenta une entrée dans l'estuaire de la Loire et attaqua Saint-Nazaire. La bannière ducale, nous disent les chroniques, flottait au sommet de la tour des Vicomtes, et le capitaine des garde-côtes de la paroisse, était Jehan d'Ust[5]. Avec ses hommes il défendit la cité, (les chroniques parlent de Chastel ou château de Saint-Nazaire, mais qu’on ne s’y trompe pas, cela désigne l’ensemble de l’enceinte, comme on le constate dans les textes désignant Guérande). Devant la résistance de la garnison et des habitants, l'amiral envoya un écuyer auprès de Jehan d'Ust afin de négocier, et lui proposa d'envoyer un représentant auprès de l'amiral. Jehan d’Ust envoya son lieutenant, Jehan de Heinlex pour négocier auprès de l'amiral. L'écuyer castillan avait charge d'observer la place, Jehan d'Ust le savait, mais, nous disent les chroniques, comme il ne craignait rien, il renvoya très courtoisement l'otage au retour de Heinlex, qui n'avait rien conclu de son côté. L'écuyer castillan retourna faire son rapport, qui fit perdre l'envie à l'Amiral d'attaquer Saint-Nazaire. En effet les Castillans étaient affamés, et se trouvaient face aux Bretons retranchés dans leur ville pleine de vives. L'amiral castillan envoya deux galères remonter la Loire jusqu'à Nantes, devant laquelle elles pavoisèrent avant de redescendre dans l'estuaire. Il chercha à poser pied à la pointe de Chemoulin où ils furent repoussés par Guillaume du Chastel et ses archers, il tenta un autre débarquement dans la presqu'île de Rhuys, mais Jehan de Malestroit et ses lanciers le mirent en fuite.

    La ville état donc entourée de murs défensifs, en maçonneries côté estuaire, avec des tours, et un donjon seigneurial ; côté terre, face à l’espace dunaire qu’il fallait stabiliser avec des épieux et dont il fallait se protéger en raison du sable envahissant tout à chaque tempête, les murs étaient accompagnés de palissades et remblais.

    Il n’y a jamais eu d’étude de ces fortifications, on peut uniquement faire des observations à travers les photographies et les dessins réalisés au 19ème siècle, qui laissent supposer une emprise sur la roche de maçonneries d’une épaisseur moyenne de 80 cm, comme celles encore observables de la ville d’Antibes, remblayées par l’arrière pour constituer une terrasse au-dessus de l’eau, avec une série de tours carrées ou arrondies, et une structure en bois, comme dans tous les ensembles défensifs de l’époque, coiffant le haut des murs, afin de protéger les gardes des intempéries.

    Ces murailles furent peu à peu arasées, à commencer par le donjon résidence des Vicomtes, laissé à l’abandon après la Guerre de cent ans, qui fut remplacé en 1380 par une nouvelle église, dite au 19ème siècle « Vieille Eglise »[6].

    L’absence de conflits, la modernisation de l’artillerie, rendirent obsolètes les murailles de Saint-Nazaire. A la Révolution elles furent rabaissées côté estuaire, percées de portes pour permettre l’accès à l’eau aux particulier vivant dans les habitats urbains mitoyens, et supprimées coté terre. Ce que nous en connaissons par l’intermédiaires des photographies ne sont en réalité que les subsistances de ses murailles. La seule construction militaire qui sera à nouveau constituée sur ces vestiges, fut une batterie en arc, à la pointe, sur ordre du Consul Bonaparte, afin de protéger l’entrée de l’Estuaire.

     

    Sur cette photographie du chantier de construction du Quai des Marée, prise le 23 février 1899 par Théo Prat[7], on peut observer ce qui restait des fortifications avant qu’elles soient enterrées.

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    Cliquer pour agrandir.

     

    Cette photographie nous montre aussi les habitations, dont un manoir urbain qui servit de logis au Sénéchal de la Vicomté, identifiable par sa tour d’escalier, mais aussi la maison natale d’Alexandre Auffray, au bout, près du Môle, et la maison où Charles Beilvaire passa une partie de son enfance. Parmi les personnes, on remarquera les femmes portants coiffe bretonne ; et au milieu des ouvriers, avec barbe et chapeau melon, René de Kerviler, à qui l’ont donna le nom à ce quai durant une courte période de l’entre-deux-guerres-mondiales.

     

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    Au cours du mois de juin, on procéda à la réalisation d'un égout, dont les prises de vues nous permettent de voir d'autres aspects de la muraille.

     

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    Au cours du mois d'octobre 1898, on procéda à la démolition de la batterie construite sur ordre de Bonaparte.

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    Ajouton que la maquette réalisée en 1985 par monsieur Charles Busseneau, aujourd’hui conservée à l’Eco-Musée, est une parfaite reconstitution de la Vieille Ville en 1895, et figure avec exactitude les murailles.

     

    Les murailles du côté de l’Estuaires sont donc enterrées dans une zone qui comprend la résidence Callao la rue Hyppolite Durand et les hangars du quai des Marées, et leur redécouverte va probablement avoir lieu avec les travaux envisagés par le Grand Port pour la mise en valeur et le développement du site. La DRAC devra en effet intervenir pour des fouilles archéologiques.

     

    [1] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/02/04/ancien-chapelle-notre-dame-d-esperance.html

    [2] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/06/14/le-chateau-de-heinlex.html

    [3] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/07/04/es-seigneur-et-barons-de-marcein-1365-1660.html

    [4] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/07/04/genealogies-des-vicomtes-de-saint-nazaire-1466-1660.html

    [5] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/07/03/je.html

    [6] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/02/05/la-vieille-eglise-6126779.html

    [7] Théophile Prat, (Candes-Saint-Martin 29 mars 1873 - 26 avril 1956 Saint-Cyr-sur-Loire), photographe professionnel établit à Nantes, il quitta cette ville pour s’établir à Saint-Nazaire en août 1900, après avoir repris l’atelier d’Auguste Guéranne au 67 rue de Nantes. Il arrêta son activité en 1914. Théo Prat est le père du sculpteur nazairien Roger Prat, dont la Ville possède le fond d’atelier.

  • Pierre Loti à Saint-Nazaire

    Longtemps, les sources concernant les séjours de Pierre Loti à Saint-Nazaire ont été des fragments de son journal intime, réécrits et publiés après sa mort par son fils, Samuel Viaud-Loti, entre 1925 et 1929. Bruno Vercier et Alain Quella-Villéger, que nous remercions, ont repris les cahiers originaux du journal de Pierre Loti, et ont publié ceux-ci entre 2006 et 2017, travail qui fut récompensé par le prix Émile-Faguet 2018 de l’Académie française. De ces travaux, nous extrayons ici les passages concernant les séjours nazairiens, et ajoutons des explications qui puissent permettre à la compréhensions.

     

    Dans son journal, Pierre Loti mentionne Saint-Nazaire comme l’un des « ports du Nord », cette appellation désigne, jusqu’en septembre 1879, les ports de jusqu’en septembre 1879 : Saint-Nazaire Lorient, Brest, Cherbourg, et Le Havre.

     

    Portrait_of_Pierre_Loti.jpg

    Pierre Loti vers 1895

     

    Extraits du journal de Pierre Loti concernant Saint-Nazaire :

     

    Pierre Loti, dont le nom civil était Julien Viaud, était alors enseigne de vaisseau de deuxième classe sur la Moselle. L’année précédente il avait séjourné à Constantinople, et avait commencé l’écriture de son premier roman : Aziyadé.

     

    Année 1878 :

     

    Vendredi 15 novembre 1878

    6 heures du matin, départ de Lorient –

    9 du soir arrivée à S-Nazaire –

    Le 24 novembre

    Une bonne journée passée à Nantes, avec Pierre (notes : il s’agit de Pierre Le Cor, (1852-1927), qui lui inspirera le personnage de « Mon frère Yves », et dont Loti était épris) – […].

    Le temps se passe à S-Nazaire en démêlés avec la police, en perquisitions dans des bouges sans nom, interrogatoires de gens impossibles, – le tout pour instruire le fait du canonnier Frémont qui a eu la tête fendue au cabaret dit le Rocher de St-Malo – Cette affaire nous passionna pendant quelques jours –

    Explications : Le Rocher de Saint-Malo était un café-concert, c’est-à-dire un établissement qui faisait débit d’alcool, spectacle de music-hall et maison mi-close, situé sur ce qui est aujourd’hui la place des Quatre Horloges, à l’emplacement du Laboratoire de Biologie Médicale. Fondé en 1864, l’établissement appartenait à un natif du Gard, Joseph Massal, grossiste en vins qui possédait l’Epicerie et Comptoir Marseillais. Le nom du cabaret venait d’un bateau qui faisant la liaison entre Marseille et les Antilles en passant par Saint-Louis-du-Sénégal[1].)

     

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    Pierre Le Cor, Pierre Loti et Okané San ‎au Japon en 1885.

     

    Dimanche 1er décembre

    8 du matin, départ de S-Nazaire –

     

    1879 :

     

    Aziyadé est paru anonymement au début de l’année à la librairie Calmann-Lévy ; très peu savent alors que celui qui devient Pierre Loti est romancier.

     

    Jeudi 13 mars

    Quart de minuit à 4 h du matin – (Féria)

    10 h10 du matin, mouillé devant St-Nazaire.

     

    Vendredi 14. Samedi 15

    Dans les jardins de Pornic, récolte de camélias – Expédié à Sarah Bernhardt une caisse contenant une centaine de ces fleurs…

     

    Samedi 15 mars

    À 5 heures du soir, nous partons de St-Nazaire, Pierre, Sentis et moi pour Angers où Guillier nous a conviés – Arrivés à Angers, 10 heures – […]

     

    Lundi 17

    10 h du soir – Retour à St-Nazaire.

     

    St-Nazaire, 19 mars

    Mon cher ami,

    Voici un mot par le retour du courrier, puisque vous en désirez un… J’ai été bien ingrat de ne pas vous écrire depuis tant de jours, - mais vous savez que, à moi, on doit beaucoup me pardonner.

    – Pour vous parler de Rarahu et vous remercier il faudrait une longue lettre que je n’ai ni le temps ni le courage de vous écrire ; encore une fois, pardonnez-moi. Je vous dirai seulement que le manuscrit est entre les mains de Calmann Lévy qui doit demain décider de son sort –

    Et maintenant, mon pauvre ami, que vous dirai-je ?... que je suis plus que jamais abreuvé d’amertume, de déceptions, de désenchantements sur tout ce que j’avais de plus cher au monde ; - que les moyens que vous m’avez proposés (– et desquels je vous suis bien reconnaissant, allez !) ne peuvent plus m’être bons, parce qu’il est trop tard ; que je ne désire rien tant que la paix profonde de la mort… Il me faudrait quelque grand amour au cœur, je ne puis vivre sans cela, – et où le trouverais-je aujourd’hui ? C’est bien fini, allez, bien éteint, bien impossible… Quant au Loti que vous désirez, le troisième personnage de la trilogie que votre amitié a rêvée, celui-là n’existera jamais… N’y songez pas, et cessez de vous occuper d’un pauvre garçon absolument perdu, dont vous ne soupçonnez même pas toutes les souffrances, toutes les misères... Et malgré cela, au physique, toujours la santé, et l’extrême jeunesse… On dirait une dérision !...

     

    Explications : C’est ici en son journal le texte reproduit d’une lettre probablement adressée à Lucien-Hervé Jousselin, surnommé « Plumkett », ami et collaborateur de Loti. Le roman « Rarahu », dont l'écriture débuta en 1872, sera publié en 1880 sous le titre « Le Mariage de Loti »

     

    Jeudi 20 mars

    À 2 h 30 après-midi. Départ de la « Moselle » pour Rochefort –

     

    Dimanche 30 mars

    7 h du matin, départ de la Moselle – descendu la Charente par mauvais temps, pluie et vent de SO.

    9 h mouillé en rade de l’île d’Aix.

    5 h 30 du soir, appareillé pour St-Nazaire.

     

    Lundi 31 mars

    Quart de minuit à quatre heures, –- avec Pierre [Le Cor] – Très mauvais temps, pluie, grands roulis – Voilure du grand largue – Vers 3 h ½ du matin les secousses sont très dures, on ne voit plus les feux…

    Vers 8 h passé la barre de la Loire – 9 h 30 – entré dans le port, – démoli le bossoir, la cuisine, la bouteille de l’équipage, craqué le pt mât d’hune, en abordant la jetée –

    Jour de paye – Des hommes ivres tombent la nuit dans la cale et se fendent la tête.

     

    Mois d’avril à St-Nazaire – Premières journées passées sous l’impression exclusive de terreur causée par ce mariage… (il s’agit du roman « Le mariage de Loti »).

     

    Jeudi 3 [avril]

    À 1 h après-midi, départ pour Lorient.

    8 h du soir arrivée Lorient. Beau temps.

    […]

     

    Samedi 5

    Départ à 5 h du matin pour St-Nazaire.

    Midi 30. Mouillé à St-Nazaire.

    3 h 40. Entré dans le bassin.

     

    Dimanche 6

    Pluie tout le jour – Circulé dans St-Nazaire, avec Pierre et le Halper, à la recherche d’un logement pour Marianne qui doit arriver demain –

     

    Mardi 8

    Soir. Arrivée de Marianne [Le Cor, épouse de Pierre] –

     

    Vendredi 18. Samedi 19

    Dévalisé les jardins de Ville-ès-Martin et de Porcet, pour remplir des caisses de camélias destinés à Sarah Bernhardt –

     

    Explications : La famille Bord conserva dans sa mémoire qu’un samedi matin se présenta, à leur château des Charmilles à Porcé, un officier de marine, qui demanda si l’on voulait bien lui vendre les camélias du parc pour Sarah Bernhardt. En réalité, il y avait peu de camélias plantés, si non quelques-uns en massifs autour du pavillon de plage ; en effet, Alcide Bord, qu’il avait rapporté d’Egypte et d’Algérie palmiers, cèdres et des pins, détestait les fleurs et avait interdit qu’on en planta dans son parc, au grand dam de Joséphine, son épouse, qui était obligée de contourner l’interdit en faisant cultiver celles-ci dans des bacs et de pots, que l’on conservait dans la serre, et que l’on disposait autour du château quand il ne venait pas y séjourner. L’officier de marine se vit alors proposé d’emporter les pieds en pot, ce qu’il accepta. Il manqua d’acquérir un grand pied planté à côté du pavillon de plage, qui ne fut sauvé par Joséphine au prétexte qu’il était de sa couleur favorite. La famille ne garda pas en mémoire le nom de l’officier, qui n’était pas encore une célébrité, ce n’est que bien des années après, que Gustave, le fils d’Alcide, réalisa qui s’était présenté ce jour-là.

     

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    Le camélia que ne put acheter Pierre Loti au printemps 2021

     

    Dimanche 27

    Beau temps printannier [sic] – Longue promenade avec Pierre et Marianne, – sur les plages de Porcet, – plages de sable fin bordées de hauts rochers de granit que tapissent du lierre et des fleurs roses – Marianne fouille tous les buissons pour y chercher des luzes comme dans ses bois de Rosporden – Mais ces petits fruits de Basse-Bretagne sont inconnus à St-Nazaire.

    Le soir, préparatifs de départ…

     

    Explications : Ce que Loti retranscrit comme « des luzes », sont en réalité des myrtilles, qui en breton se nomment « lus ». L’action de chercher des myrtilles se dit en breton « lusa », et il existe une expression en gallo, « envoyer au lus », équivalente d’envoyer aux fraises ou d’envoyer sur les roses.

     

    Dimanche 22 juin

    À 2 heures du matin, appareillé pour St-Nazaire – Quart jusqu’à 5 heures du matin –

    [4 lignes rayées illisibles]

    À 6 h 30 du soir – Entré dans les bassins de St-Nazaire –

     

    Samedi 26 juillet

    À 1 h après midi, départ de Cherbourg pour St-Nazaire – Temps couvert calme – Mer belle –

    La nuit, quart de minuit à 4 heures –

     

    Dimanche 27 juillet

    En mer – La journée se passe à regarder défiler la côte de Bretagne, par un temps magnifique –

    Quart de 8 h à minuit, pendant lequel, à 10 heures, mouillé aux Palais, à Belle-Isle, par beau clair de lune –

     

    Lundi 28 juillet

    Appareillé de Belle-Isle au lever du soleil. Temps splendide. Arrivée à St-Nazaire à 11 h ½.

    Une première journée d’été et de grande chaleur – On se sent renaître ; on rêve de la vie qu’on avait oubliée, et des pays du soleil –

    Le soir au coucher du soleil, suivi les bords de la Loire avec Pierre, par un sentier bordé de grands chardons fleuris et de scabieuses, sur lesquels volent des milliers de phalènes grises…

     

    Mardi 5 août

    […] À 8 h du soir – arrivée à St-Nazaire.

     

    [pas de date]

     St-Nazaire.

    Les journées passées dans le bois de pins – Beaucoup de bains de mer à la plage – Temps supportable –

     

    Notes : Le bois de pins est l'emplacement du Jardin des plantes et du quartier du Sable, les dunes y avaient été fixées par la plantation de pins maritimes. 

    Mardi 12 août

    À 9 h ½ nous partons pour pêcher à la grande seine [sorte de long filet de pêche que l’on traîne sur les fonds sableux en eaux peu profondes] dans la baie de Porcet, – le docteur et moi, avec les marins Arolès, Beauvoir, Dalési, Kynevez – À 2 heures baignade – Beaucoup travaillé tout le jour, pour prendre peu de poisson – Rentrés à 7 heures du soir –

    À 8 heures, grande partie de cache-cache sur les quais de St-Nazaire ; – le docteur Granjon, Pierre, Antoine et Jacques Crevel, – et moi –

    À 9 heures et demie, le pauvre petit matelot Delœuvre se noie en se baignant le long du bord. (19 ans) – C’était la nuit – On a grand peine à le retrouver – Au bout d’une demi-heure, Pierre et le maître charpentier le repêchent mort, au bout d’une gaffe... On le couche dans la soute à voiles…

     

    Explications : Julien-Auguste Delœuvre, matelot de 3ème classe, âgé de 22ans, fut déclaré décédé à la mairie, le lendemain, par le quartier-maitre Charles-Aimé Piers. Né le 1er octobre 1856 à Cosqueville, dans le département de La Manche, sixième d’une fratrie de sept, il était orphelin de mère depuis 1859, et de père depuis 1873.

     

    Jeudi 14

    Régates[2] – enterrement du petit Delœuvre.

    Commentaires : Son corps fut inhumé au cimetière de La Briandais, mais sa tombe a depuis disparue.

     

    Vendredi 15 [croix]

     

    Samedi 16

    Antoine, Jacques Crevel, Granjon et moi. Parties de cache-cache sur les quais – Pierre dîne avec son matelot V….

     

    Dimanche 17

    Courses de St-Nazaire.

    [deux croix imbriquées]

     

    Mardi 19

    Pêche à la seine dans la baie de Porcet, – avec toute la bande de la préfecture v. Pierre à la tête de l’expédition – Beaucoup de chèvre-feuille [sic] et de bruyères –

    Soirée à la préfecture – Tables tournantes…

     

    Mercredi 20

    À 5 heures du soir, départ de St-Nazaire pour Cherbourg. Pluie.

     

    Jeudi 21

    En mer – Pierre et moi, quart de minuit à 4 heures –

    Dans l’après-midi, doublé la pointe de Bretagne, par le raz de Sein et le Four –

    Quart de 8 h à minuit –

     

    1902 :

    Dimanche 28 [septembre]

    J’arrive le matin à St-Nazaire, pour le baptême de la petite Blanche Guierre.

    J’en repars le soir à 7 heures.

     À Nantes, où je dois passer la nuit, c’est l’attente un peu anxieuse d’un rendez-vous avec une que j’ai un peu aimée il y a sept ans…

     

    Explications : Il s’agit d’Andrée-Marthe-Blanche Guierre, née à Saint-Nazaire le 28 octobre 1899, septième et dernière enfant d’Alphonse-Alexis Guierre, (Luxeuil-les-Bains 11 juin 1847 - 15 février 1904 Saint Nazaire), chevalier de la Légion d'Honneur, ancien lieutenant de vaisseau et trésorier des Invalides à Morlaix, nommé pilote major du port de Saint-Nazaire en mai 1899 [3], et de Louise-Emilie-Rosalie Mouchot, domiciliés 3 rue de Grande-Bretagne. D’après son acte de naissance, Blanche divorça le 15 juin 1942 à Paris du commandant Henri Briend, (1899-1982), qu’elle avait épousé en cette ville à la mairie du 5ème arrondissement ; elle se remaria à Saint-Nazaire le 14 novembre 1942 avec Julien-Joseph-Marie Briand. Elle décéda le 1er septembre 1987 Paris 7ème.

    Alphonse-Alexis Guierre est inhumé au cimetière de La Briandais.

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    [1] Pour plus de détails à son propos : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2021/07/29/theatres-music-halls-et-cinemas-nazairiens-des-origines-aux-bomardements.html

    [2] A propos des régates nazairiennes : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/04/22/yachting-nazairien-regates-et-semaines-maritimes-6145600.html

    [3] Lisez ici sa biographie : http://ecole.nav.traditions.free.fr/officiers_guierre_alphonse.htm

  • La Croix de Ville-ès-Martin, ou Croix du Bon Accueil

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    A la fin du 19ème siècle, les habitants et résidents de La Ville-ès-Martin, firent édifier une croix à la croisée des chemins à laquelle on arrivait en venant de la ville. A l’époque, La Ville-ès-Martin n’était accessible que parce qui est actuellement la rue Marcel Sembat. Cette croix était en fonte, placée sur un piédestal en maçonnerie.

    Un soir de 1926, des ivrognes voulurent escalader le monument et brisèrent la croix. Les habitants s’en émurent, voulurent la remplacer, mais n'arrivèrent pas à se mettre d'accord. La veuve du docteur Sallebert[1], née Amélie-Jeanne-Marie Daguzan, (Nantes 23 août 1868 -1964 Nantes)[2] ; et messieurs Laurent, droguiste ; Félix-Pierre-Émile Keruel, (Le Havre11 janvier 1882 - 7 janvier 1975 Nantes ; inhumé au cimetière de La Briandais), président de la Chambre de Commerce de Saint-Nazaire ; et Henri-Joseph-Alfred Gustin-Stoll, (Saint-Nazaire le 6 octobre 1860 -  11 février 1935 Nantes ; enterré au cimetière de La Briandais), négocient, consul de Belgique à Saint-Nazaire, cousin de madame Sallebert, sollicitèrent le chanoine Donatien Joalland, curé principal de Saint-Nazaire, afin qu’ils les aida à remplacer cette croix et a mettre tout le monde d'accord. Le chanoine se souvint qu’il avait dans le grenier de la salle de catéchisme une croix en fer forgé, qui sommait autrefois le clocher de de l’ancienne église paroissiale, démolie en 1896[3]. En effet, à la destruction de cet édifice, tous les objets de fer qui en furent tirés furent achetés par monsieur Verdier, commerçant en ferraille, rue du Prieuré. La croix du clocher se trouva comprise dans le lot. Il conduisit le tout dans son magasin. Une vingtaine d’année plus tard, il vendit ces ferrailles et y trouva la croix. Ne voulant pas la livrée à son acheteur, mais il vint trouver le curé de la nouvelle église, le chanoine Donatien Joalland, pour me demander s’il lui serait agréable de la reprendre. Verdier avait fait sa première communion en l'ancienne église à l’ombre de cette croix, et il lui répugnait de la vendre comme un objet profane. Le Chanoine accepta son offre et verdier s’empressa de me la faire apporter. Mais le pied de la croix était tordu et déformé, les bras n’étaient plus droits, deux volutes qui en ornaient les angles étaient détachées. Le Chanoine fit réparer le tout par monsieur Fonteneau père, serrurier près de la nouvelle-église. Il accepta ce travail avec grande joie, il ne voulut pas être rétribué.  Le Chanoine manquant de place au presbytère, Fonteneau consentit à la garder au moins trois ou quatre ans dans son atelier. Mais après sa mort, ses enfants envoyèrent la croix au Chanoine, qui la fit monter dans le grenier de la salle de catéchisme, tout en projetant de la faire érigée un jour devant le presbytère. Cette croix fut commandée au serrurier du Pouliguen, Jean Lamarre, qui fut payer 45 livres, après que le dimanche 16 janvier 1739 durant la messe, au moment de l’élévation, la foudre était tombée sur le clocher et avait fait fondre sa précédente[4]. Cette croix était dite du Bon Accueil, en référence à la main girouette du même nom, qui l’accompagnait.

    On transforma le piédestal situé à la croisée des actuelles rue des Pinçons et Marcel Sembat, et on y planta cette croix du 18ème siècle, où elle se trouve toujours. Le nouveau monument fut bénit le 27 août 1928 par la chanoine Joalland, accompagné des abbés Pied et Raison, en présence d’une importante foule. l'ensemble de ses fait est relaté dans un article du Courrier de Saint-Nazaire du 1er septembre 1928.

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    [1] Veuve de Louis Sallebert, chevalier de la Légion d'Honneur, (Saint-Nazaire 12 mai 1862 - 19 décembre 1899 Nantes), ancien médecin principal des Colonies.

    [2] Elle était la fille du chef comptable de la Compagnie Transatlantique à Saint-Nazaire.

    [3] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/02/05/la-vieille-eglise-6126779.html

    [4] L’orage arracha la majeure partie de ardoises de l’église, et y eu plusieurs blessés qui décédèrent des brûlures.

     

  • Pierre Pécaud, architecte

    La destruction de Saint-Nazaire durant l’Occupation nous a privé de ses bâtiments les plus importants du 19e siècle. Parmi eux, certains, d’une grande qualité architecturale, étaient dus à Jean-Pierre Pécaud.

    Jean-Pierre Pécaud, naquit à Nozay le 6 janvier 1839. Il était le fils d’un teinturier. Il fit ses études à Paris, et y appris l’Architecture sous la direction de Charles-Auguste Questel, (Paris le 19 septembre 1807 - 30 janvier 1888 Paris), architecte fort célèbre en son temps.

    Jean-Pierre Pécaud vient s’établir à Saint-Nazaire durant le Second-Empire à une date indéterminée. En novembre 1874 il devint membre du Conseil municipal. Domicilié 19 rue de Villes-Martin, (avenue Général de Gaulle), il épousa Joséphine-Marie Rabout, née en 1871, dont il eut : Pierre, (Saint-Nazaire 8 mais 1879 - 21 février 1952 Le Croisic), qui se maria deux fois. Architecte de la Ville, il réalisa en 1877-1878 le Palais de Justice,

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    Il fut nommé expert pour les assurances en 1882, et réalisa en 1889 la Sous-Préfecture.

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    En mars 1890, la Municipalité organisa un concours pour la réalisation d’un théâtre municipal à construire sur un terrain municipal situé Place Marceau. La clôture du concours fut fixée au 31 décembre 1890, et le cahier des charges fixait la dépense à 230.000 fr, honoraires d’architecte compris, lesquelles étant fixé à 5%[1]. Dix-sept projets furent soumis au jury, qui choisit pour premier prix en janvier 1891 celui de Jean-Pierre Pécaud, (second à messieurs Deperthes père et fils, architectes à Paris, le troisième à messieurs Bergon, architecte à Paris et Harion, architecte à Tours[2]). Secrétaire de Association Polytechnique Nantaise pour la Propagation de l'Enseignement Professionnel, il fut promu Officier d’académie et décoré el 14 juillet 1890. Il décéda le 10 octobre 1896. Sa tombe se trouve au cimetière de La Briandais.

     

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    [1] L’Architecte constructeur n°8 du 15 mars 1890.

    [2] L’Architecte constructeur n°28 du 15 février 1891.

  • Une maison de capitaine

    Touring club de France, association de cyclotourisme, comporte dans ses collections photographiques quelques vues de Saint-Nazaire. Certains d’entre elles concernent une maison autrefois située au 50 boulevard de l’Océan, (actuel 42 boulevard Wilson, remplacé par l’immeuble Palazzo San Marco). Ces vues de 1910 ne sont pas accompagnées de texte. Une enquête dans les matrices du cadastre nous apprend qu’il s’agit de la résidence de la veuve du capitaine au long cours Charles-Edmond Dolu, née Justine-Aimée Libaud.

     

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    Née le 26 mai 1850 à Pornic, Justine-Aimée Libaud, était la fille d’un marin devenu gréeur à Saint-Nazaire. Elle était déjà âgée de 28ans, et possédait une rente qui la dispensait de travailler, quand elle épousa à Saint-Nazaire le 17 juillet 1878, le capitaine au long cours Charles-Edmond Dolu, (Paimbœuf 21 novembre 1843 - 16 octobre 1899 Saint-Nazaire), domicilié à Paimbœuf veuf avec deux enfants[1]. Charles-Edmond Dolu était fils de capitaine, et avait commencé sa carrière en s’engageant 1862. Il parcouru la méditerranées, allant jusqu’à Constantinople, (aujourd’hui İstanbul), mais notre histoire portuaire a surtout retenu qu’il fut capitaine du Belem, durant trois campagnes, entre la fin de l’année 1897 et mai 1899.

     

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    L’une des photographies de la salle à manger, donnant sur le boulevard, nous révèle que de Constantinople, Charles-Edmond avait rapporté une aiguière et son bassin, que nous voyons sur la table de style " Henri II ", avec ses chaises garnies de cuir, sous un lustre électrifié, et un kilim remployé comme portière devant une porte qui donne sur le couloir. Un piano, et un pupitre portant une partition, nous confirme que sa veuve donnait des cours de musiques. Au-dessus, sur le mur, deux éventails que leur feston de dentèles et les scènes peintes qui les décorent nous permet de dire andalous, sont surmontés d’un plateau de cuivre ottoman.

     

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    Une photographie du salon montre un fauteuil de style Directoire, avec une bibliothèque vitrée Louis XV ouverte, dans laquelle sont exposée des dentelles anciennes et des coiffes, dont deux posées sur des marottes de papier-mâché. On distingue, de gauche à droite, deux coiffes de Paimboeuf, et deux autre de Pornic. Une autre, placée sur une boule de perruquier, elle-même posée sur une chaise d’angle, est une coiffe de mariée de Pornic des années 1850.

     

    Justine-Aimée Libaud-Dolu décéda chez la fille de son époux, à Nantes, le 24 mars 1939.

     

     

     

    [1] Il avait épousé en premières noces Marie Françoise Gautier, (Paimbœuf, 1er juillet 1851 - 4 juin 1876 Paimbœuf), dont il avait eu :

    1° Charles-Albert-Marie, (Paimbœuf 5 novembre 1872 - 5 mars 1934 Nantes), capitaine au long cours, d’où postérité ;

    2° Marie-Hermance-Charlotte, (Paimboeuf 8 avril 1876 - 23 octobre 1958 Nantes), d’où postérité.

  • Madeleine Massonneau

    Madeleine Massonneau est connue des Nazairiens pour avoir réalisé les fresques de l’ancien hall de l’ancienne école Jean Jaurès, 25 boulevard Victor Hugo, devant la Médiathèque Etienne Caux, restaurée en 2019-2020 par trois membres de l’équipe de restauration de Géraldine Fray, et à laquelle l’une des capsules d’Instant Patrimoine Ville de Saint-Nazaire a été consacrée :

     

    Mais qui était Madeleine Massonneau, cette artiste de grands talents, que les conservateurs et les DRAC redécouvrent depuis moins de dix ans ? Sa biographie est encore énigmatique car pleine de questions sans réponses. Cependant, nous avons tenté de reconstituer celle-ci.

     

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    Madeleine Massonneau dans L'intran du 22 novembre 1932.

     

    Madelaine Massonneau, essai biographique :

    Madeleine-Valentine Massonneau, est née à New-York le 21 mai 1901, de parents français : Fernand Massonneau, et son épouse prénommée Louise. Si l’on sait uniquement que le prénom de sa mère, ainsi que son lieu et son année de naissance, Angers, 1870, on est mieux renseigné à propos de son père. L’origine angevine de sa mère a fait croire aux conservateurs qu’elle serait issue de la famille de banquiers angevins Massonneau ; en réalité son père est né à Dampierre-sur-Boutonne en Charente-Maritime), le 12 mars 1870. Il était le fils de Valentin Massonneau, cultivateur à Saint-Hillaire en Dampierre sur Boutonne, et de Pélagie Pradon. Ils quittèrent leur condition paysanne pour se faire vendeurs de primeurs et étaient domiciliés à Saint-Maurice, en Val-de-Marne, en 1914. Fernand Massonneau fut d’abord voyageur de commerce à new York, où il fut « dispensé de service pour une varicocèle à gauche très prononcée », il rentra en France avec sa famille à la veille de la Première-guerre-mondiale et exerça le travail de courtier. Il prit logement à Levallois, au 44 rue de Villiers, appartement haussmannien qui occupait tout le premier étage de l’immeuble, avec domestiques à demeure. Fernand fut engagé pour la guerre le 22 aout 1914 à Paris au 129e régiment d’infanterie, enregistré comme soldat de 2eme classe le 24 aout 1914, passé au 2eme escadron le 15 octobre 1915, maintenu à l’armée après conseille de réforme à Marseille le 11 novembre 1916, il fut démobilisé le 16 décembre 1918. Fernand et Louise avaient aussi un fils ainé, Jacques-Robert, né à New-York le 18 août 1894. Les bombardements de Paris et de ses banlieues par les zeppelins et la Grosse Bertha, obligèrent Louise et ses enfants à se replier à La Traguée d’Availles dans les Deux-Sèvres. Jacques parti au front quand il eut 21 ans ; à l’Armistice il partit à New-York comme employé de commerce, où il épousa Marcelle, née à New-York en 1899, et dont il eut un fils né en 1921 à New York lui aussi : Pierre. Il revient avec sa famille à la naissance de son fils, et emménagea chez ses parents à Levalois.

    Madeleine bénéficia d’une éducation bourgeoise, avec l’ouverture d’esprit étasunienne d’alors, qui permettait aux filles la pratique des sports et des arts. De son enfance elle dira dans L’Intran – Match du 22 novembre 1932 : « Aimant la musique, le chant, la peinture, on hésita dès mon âge entre le conservatoire et les beaux-arts. Je me décidai toutefois pour la peinture. […] Depuis ma tendre enfance je pratique les sports : la bicyclette et, plus tard, le patinage à roulette au Vel’d’Hiv’. »

    Voici chronologiquement ce que nous savons de Madeleine Massonneau (sous réserve d’une réponse future des municipalités et DRAC que nous avons contacté depuis un an) :

     

    1923 - Inscrite à l'École nationale supérieure des beaux-arts, (AN AJ/52/1170), admise à la section de peinture de l'École nationale supérieure des beaux-arts – elle à pour professeur Louis-François Biloul, (1874-1947), Paul Baudoüin (1844-1931), et Ferdinand Humbert, (1842-1934). ;

    1925 - Expose au Salon des artistes français ;

    1926 - Est déclarée dans le recensement de Levallois en comme artiste peintre ;

    1927 – Exposition d’Arts féminin, premier prix pour ses toiles (cf Journal des Arts du 2 février 1927) ;

    1928 – Elle est second-prix de Rome – Elle relatera dans L’Intran – Match du 22 novembre 1932 : « après avoir obtenu quelques médailles dans diverses expositions, dont celle de la ville de Paris, je montai en loge en 1928 ou j’obtins la seconde place. Je ne peux me présenter, étant atteinte par la limite d’âge. » - Elle intègre l'association La Fresque, (tout comme Paul Lemasson membre du Groupe Artistique de Saint-Nazaire), fondée par Paul Baudoüin ;

    1929 – Pratiquant le cross, elle se met à pratiquer le Basket-ball et l’athlétisme. – Peinture monumentale de Sainte Bernadette (300 H x 240 L) et Procession à Notre-Dame-des-Dunes, en l’église paroissiale Notre-Dame du Rosaire de Pornichet « Les peintures couvrent le mur du fond de la chapelle, en plein cintre, autour d’une niche d’autel, et les murs latéraux avec leurs niches, sur trois registres séparés par un appareillage de briques ». Elle reçoit sur votes le Prix biennal Troyon (1.100 fr), au concours de l’Académie des Beaux Art ;

    1930 - Expose au Salon des Indépendants – participe au cycle de fresques commandées par la Ville de Paris pour Le préau fermé de l’école de la rue Beauregard, sur le thème des Fables de la Fontaine, avec Margaret Baer Austin, et Margaret Ann Dorson. « Aucun document ne subsiste plus à propos de cette décoration, si ce n’est une lettre de Madeleine Massonneau sollicitant un emploi en 1936 et rappelant les fresques exécutées à cet endroit « avec quelques-uns de mes camarades » (Archives de Paris, VR 573, dossier « école rue Littré » ; Marc Verdure, La peinture murale : héritage et renouveau ; In Situ, Revue des Patrimoine, 2013) ;

    1931 – Madeleine devient membre du Cercle Féminin de Paris comme internationale de cross et remporte la Coupe Suzy et se classe seconde au Championnat de France de cross-country en Cross long ; Elle profite des entrainements sportifs pour faire des croquis des championne Suzanne Lenoir et Renée Trente. Elle expose au Salon des Artistes Français ;

    1932 – Se classe encore en seconde au Championnat de France de cross-country en Cross long – Elle reçoit la commande par la Ville de Saint-Nazaire de fresques qui couvre les quatre murs du hall de l'ancienne école Jean Jaurès, au 25 boulevard Victor Hugo pour la somme de 18.256 fr (soit 400 fr du m²) (cf. article du L'Ouest Éclaire du 5 novembre 1933) – Exposition au Salon des Artistes Français : « 1679 - Portrait de Mlle Marie Olivier » - Interview pour des raisons sportives dans L’Intran – Match du 22 novembre 1932 et L’Auto-Vélo du 22 décembre 1932 ;

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    Madeleine Massoneau dans L’Auto-Vélo du 22 décembre 1932

     

    1933 – Commande d’un cycle de fresques pour le hall de l’école Jean Jaurès, œuvre réalisée est restaurée en 2020 dans el cadre de Saint-Nazaire Ville d’Art et d’Histoire. Le 4 novembre, la Ville lui commande une autre fresque pour le Stade du Plessis, œuvre perdue, (Registre des délibérations du conseil municipal de la ville de Saint-Nazaire, 1931-1933, Archives communales, Saint-Nazaire, cote 1 ADM 24) ;

    1934 – Janvier-février, exposition au Salon du Groupe Artistique[1] de Saint-Nazaire auquel elle a adhéré en 1933. Paul Bellaudeau[2], l'illustrateur du Courrier de Saint-Nazaire, y signa le 20 janvier, sous le pseudonyme d’Aristarque, un article dans lequel il dressa la liste de ce qui n'allait pas en matière de dessin, (seul art qu'il maitrisait), dans l'ensemble des œuvres accrochées, allant chercher le moindre détail secondaire pour cela, démolissant finalement chaque travail, à l'exception de ceux d'Alexis de Broca et de Charles Beilvaire. Ecrit dans son style habituel et reconnaissable entre tous, il y distilla du fiel, et s'attaqua à Charles Perron, professeur aux Beaux-Arts de Nantes, deuxième Grand prix de Rome en 1921, et plus particulièrement à Madeleine Massonneau qui exposait alors quatre toiles, dont un portrait de Mlle C..., c'est à dire mademoiselle Isabey Campredon, la fille du chimiste et industriel. Bellaudeau écrivit : « Mlle Massonneau est-elle portraitiste ou caricaturiste ? Elle expose sur fond bleu charron une interprétation rappelant Mlle C… Un si charmant modèle méritait mieux. » Ce fut la seule participation de Madeleine au Salon de Saint-Nazaire, et, elle ne renouvela pas son adhésion au Groupe ! - Madeleine quitte le domicile de ses parents, on ignore où elle emménage.

    1938 – Achat par l’Etat d’une esquisse pour décoration murale, (Inv. : FNAC 15857) ;

    1939 – Réalisation de « Ronde d'enfants », peinture murale 737 x 278 cm à Saint-Gratien, Val d'Oise, en l’école de filles ; livrée 5 janvier 1940 ; Inv. : FNAC 16339 – 29 décembre commande par l’Etat d’une huile sur toile, « Nymphe », 81 x 65 cm, livrée en 1940 – (Femme assise de 3/4 dos, héron, tortue), Inv. : FNAC 16472 - En dépôt depuis le 26/09/1946 : Ministère de l'éducation nationale, de la recherche et de la technologie (Paris) ;

    1941 – Achat par l’Etat de la fresque en demi-coupole sur escalier « Les nouvelles se répandent sur la terre par la voie humaine » pour le bureau de Postes Paris-Central Paris 18ème ; Livraison en juillet 1942- Mariage avec monsieur Naudin, originaire de Fontainebleau, (aucune réponse de la Mairie de Fontainebleau), elle est dès lors « madame Massonneau » dans les commandes d’Etat ;

    1942 – Achat par l’Etat d’une peinture non décrite ; (renseignements extraits des répertoires et non des dossiers à Pierrefitte-sur-Seine) ;

    1943 – Achat par l’Etat « Marine, un coin de Saint-Nazaire », esquisse au crayon et à la gouache de la fresque de Saint-Nazaire en l’ancienne école. Achat à l'artiste en 1943 ; (Inv. : FNAC 18833). Commande pour le groupe scolaire Saint-Merry (Paris), esquisses, mais fresques réalisées qu’à partir de 1948 ;

     

     

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    « Marine, un coin de Saint-Nazaire », esquisse au crayon et à la gouache pour la fresque de l'ancienne école Jean Jaurès à Saint-Nazaire, (Inv. : FNAC 18833).

     

    1944 – Achat par l’Etat des esquisses de « Hymne à l’Enfance », commandée en 1943 pour le groupe scolaire Saint-Merry (Paris), (Inv. : FNAC 19140) ;

    1946 – Février, réalisation de « Hymne à l'Enfance », Ensemble de 9 panneaux, au pastel dur sur mortier (Léo Couzmine maçon) ; Panneau n°1 : 125 x 350 cm refait en 1980 M Massonneau et J.M. L'Helgoualc'h, maçon ; Panneau n°2 : 125 x 213 cm « La grande sœur » ; Panneau n°3 : 125 x 467 cm refait en 1980 par Massonneau et J.M. L'Helgoualc'h, maçon ; Panneau n°4 : 125 x 433 cm « Charité » ; Panneau n°5 : 125 x 127 cm (1ère partie) ; et 125 x 264 cm (2ème partie) « Aux champs » ; Panneau n°7 : 125 x 500 cm) « Jardinage » ; Panneau n°8 : 125 x 96 cm « La cuisine » Panneau n°9 : 125 x 100 cm ; « Les arts d'agrément » Surface totale : 29m2. (Inv. : FNAC 20183 (1 à 9) ;

    1947 – Février livraison de 8 des 9 panneaux des fresques du groupe scolaire Saint-Merry : ensemble de 8 panneaux en pastel dur sur mortier - Panneau n°1 : 125 x 490 cm : les panneaux - Panneau n°2 : 125 x 289 cm : « Paon » - Panneau n°3 : 125 x 750 cm : « Marabout » - Panneau n°4 : 125 x 340 cm : "canards" - Panneau n°5 : 125 x 420 cm : « Forêt » - Panneau n°6 : 125 x 132 cm ; « Tourterelles » - Panneau n°7 : 125 x 66 cm ; « Goûter » - Panneau n°8 : 125 x 66 cm « Jeux » - Surface totale : 32 m2 environ - S.D.B.DR. : (panneau n°3) : MADELEINE MASSONNEAU - / mortier : LEO COUZMINE / MAI 1943, (Inv. : FNAC 20711 (1 à 8) - Exposition au Salon d’Hiver : « Maternité ».

    1948 – Février, livraison du 9ème panneau au Groupe scolaire Saint-Méry. - Achats par l’Etat de « Le mont Bouligny avril 1947 », 28,5 x 27 cm, (Inv. : FNAC 21109) ; et « Les bouleaux avril 1945 » 41 x 35 cm, (Inv. : FNAC 2111), ces deux toiles sont en dépôt : depuis le 18 juillet 1950 à la Mairie d'Argenton-sur-Creuse – Achats par l’Etat de « La forêt de Fontainebleau » 37 x 45 cm, (Inv. : FNAC 21112), en dépôt depuis le 4 février 1949 à Ambassade de Turquie en France ;

    1958 - Etablissement à Fontainebleau chez sa belle-famille durant le printemps et l'été ; elle peint de nombreux paysages et sous-bois dans la région. Septembre, du 26 au 28 réalisation à Fontainebleau d'une série de portraits au fusain des membres de la famille Naudin, dont celui de son beau-frère, Claude, (époux de Jeannette...), et de son beau-père, « Papa Naudin », (nombre de ses dessins et tableaux furent vendus/bradés aux enchères dans le cadre de la succession Naudin) ;

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    Autre attitude de Papa Naudin, 28 septembre 1958, Fonds et Collections Odoevsky Maslov.

     

    1959 - Achat par l’Etat de « Les environs de Clamecy 1958 », 37 x 44,5 cm, en dépôt depuis le 14/10/1960 : Mairie de La Capelle-Bleys - Inv. : FNAC 26747 – « Sous-bois en forêt de Fontainebleau » (Inv. : FNAC 26748), en dépôt depuis le 30 octobre 1970 à la Mairie de Plerguer ;

    1963 – Madeleine Massauneau-Naudin a son atelier au 22 rue Tourlaque, Paris-18e, dans la Cité des Fusains. - Exposition au 8eme salon de Montrouge 1963 : « Portrait de M. R. Bergeron, Président du Salon Violet » ;

    1972 – Exposition au salon des Beaux-Arts. Elle reçoit les Prix Bonnat et Henri C. Parke ;

    1974 – Elle reçoit le Prix André Peuvrier section peinture Salon des Beaux-Arts de France ;

    1975 – Exposition au salon des Beaux-Arts de « Par l'absurde » ;

    1978 – Elle est mentionnée dans La Revue moderne des arts et de la vie ;

    1980 - Réintervention pour restaurer et refaire des panneaux de « LHymne à l'Enfance », avec le maçon J.M. L'Helgoualc'h du groupe scolaire Saint-Merry.

     

    On perd ensuite sa trace… il n’est pas actuellement possible de pouvoir connaitre sa date de décès.

     

     Signalons aussi qu'elle peignit pour le docteur Luzuy à Blois, en son appartement, un décor mural à une date non connue. Ces décors persistent encore, rue du Docteur Luzuy à Blois, et sont protégés au titre des monuments historiques arrêté du 10 juillet 2020, avec attestation rectificative du 27 octobre 2020, parties protégées : les parois peintes à la fresque de Madeleine Massonneau situées dans le lot 109 de l'ancienne résidence du Docteur Luzuy ; propriété privée (société civile). (La DRAC de Loir-et-Cher et la Mairie de Blois n'ayant pas daigné nous répondre à propos du dossier qui semble vide d'informations précises).

     

     

    [1] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2018/07/30/le-groupe-artistique-de-saint-nazaire-et-le-groupe-de-indepe-6069504.html

    [2] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2021/03/06/paul-bellaudeau-6301877.html

     

     

  • Les Lera : Une famille de diplomates nazairiens venus du Mexique

    On l’oublie trop souvent, Saint-Nazaire, au temps où il était encore un port de voyage et de commerce, était une ville d’une telle importance qu’elle était le siège de plusieurs consulats. Dès 1857 la Prusse et le royaume de Suède-et-Norvège, eurent leurs représentants, rejoints par l’Espagne en 1859, etc.

     

    En 1939, il restait encore dix-neuf représentations consulaires en notre cité, et parmi celle-ci, le Mexique était la seule nation à avoir conservé en permanence son consulat depuis son ouverture en 1866[1]. Parmi les différents envoyés ayant reçu leur exequatur, deux ont la particularité d’être père et fils : Carlo Americo Lera Macías, et Ramón Lera Borrell.

    Le nom de Lera[2] résonne encore pour les Nazairiens, et n’est pas inconnu de l’ensemble des lecteurs de ce Blog ou de la Revue Histoire & Patrimoine ; en effet, Marc Hélys[3], en réalité Marie-Hortense Héliard, fut la seconde épouse de Carlos Américo. Après avoir fait le portrait de cette étonnante personnalité, parlons un peu plus des Lera, famille qui se consacra à la diplomatie, et qui reste attachée à Saint-Nazaire[4].

     

    Carlos Americo Lera Macías

     

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    Carlos Americo Lera Macias, en 1910 en uniforme d’ambassadeur, portant, à sa droite, la médaille commémorative du traité commercial de 1909, la plaque de l’Ordre de Sainte-Anne, la plaque de l’Ordre de la Légion d’honneur ; en travers, le cordon de l’Ordre de Sainte-Anne ; à sa gauche : la croix d’officier de l’Ordre de la Légion d’honneur, la plaque de l’Ordre du Soleil Levant, la plaque de l’Ordre du Double Dragon. (Collection famille Lera)

     

    Carlos Americo Lera Macías naquit espagnol à La Havane le 4 novembre 1855, à l’époque où Cuba était encore colonie esclavagiste4[5] de la reine Isabelle II. Ses parents, Fernando Lera et Elvira Macías, originaires de Valladolid, ne nous sont connus que de nom, et semblent être arrivés à Cuba peu avant sa naissance[6]. Son enfance est un mystère, la lecture des courriers de ses enfants nous laisse penser qu’il n’en avait jamais parlé. Carlos Americo, père doux et aimant, ami fidèle et dévoué, était un homme secret, à la vie intérieure forte ; un homme charismatique et intimidant, auquel on n’osait poser de question et qui pouvait se montrer abrupt si cela touchait à son intimité.

    Jeune, c’était un homme brun, mince, mesurant 1 m 60, aux yeux myosotis, et pourvu d’un magnétisme propre aux créoles hidalgos, qualité qui, même âgé, blanchi et dégarni, ne laissait pas les femmes indifférentes, et maintenait une distance de respect chez les hommes, persuadés d’avoir à faire à un grand seigneur de la race des guépards dépeinte par Lampadousa[7].

    Diplômé en droit civil et canonique à l’université de La Havane en avril 1875, il partit à Madrid pour se former en droit international, où, dans la chambre qu’il occupait, il nourrissait chaque soir une souris avec un reliquat de son dessert[8].

    Son nouveau diplôme en poche, il rentra en 1877 à La Havane, où il y épousa au début de l’année 1878 une Mexicaine, Edelmira Borrel Borrá, née à Guanajuato en 1855, fille de Ramón Borrell Can, entrepreneur en fournitures militaires, et d’Edelmira Borrás Many[9].

     

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    Empreinte du tampon du consulat du Mexique à Saint-Nazaire, en 1899. (Collection Joëlle Bontempelli)

     

    Ce mariage fit que le gouvernement mexicain le sollicita comme avocat pour le défendre dans le cadre d’un procès avec la couronne d’Espagne. Carlos Americo gagna le procès en 1879, et fut rapidement victime de représailles de la part des autorités espagnoles mécontentes, qui finirent par le bannir de l’île avec son épouse enceinte, et leur premier fils, Carlos Americo, dit Carlos, né à La Havane 8 novembre 1878. Carlos Americo Lera partit pour le Mexique avec sa famille, où il réclama auprès d’Ignacio Mariscal, (1829-1910), secrétaire aux affaires étrangères, les honoraires qui ne lui avaient pas été payés par le gouvernement mexicain.

    Ignacio Mariscal le fit engager comme avocat-conseil au ministère. Naquirent alors à Mexico deux autres fils : Ramón Federico, le 3 mai 1880, et Fernando, le 11 février 1882.

    Le 4 février 1884, Carlos Americo reçut l’exequatur de consul des États Unis du Mexique, à Saint-Nazaire. Il y prit un appartement rue de Villès-Martin (avenue Général de Gaulle), la rue à la mode, et loua, comme tous les membres de la bonne société nazairienne, une villa sur la corniche, à Bonne Anse.

     

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    Lettre d’exequatur de Carlos Americo Lera Macias comme consul des États-Unis du Mexique en date du 4 février 1884. (Collection Joëlle Bontempelli)

     

    Edelmira, gravement malade depuis son arrivée (probablement de la tuberculose), fut à nouveau enceinte, elle accoucha le 26 mai 1885 à Saint-Nazaire, d’une fille, Edelmira-Delfina-Amelia.

    L’accouchement se passa très mal, Edelmira Borrel Lera resta entre la vie et la mort durant un mois. Elle décéda le 26 juin 1885 et fut inhumée au cimetière de La Briandais. Carlos Americo fut si perturbé par cette situation, qu’il en oublia de déclarer la naissance de sa fille à l’état civil. Il fallut un jugement du tribunal civil de Saint-Nazaire, en date de 28 juin 1901, pour qu’un acte de constatation de naissance soit constitué le 21 juillet 1901 sur le registre des naissances de 1901, avec ajout en marge dans le registre de 1885, entre deux déclarations, constituant dans nos registres un exemple fort curieux d’insertion. L’enfant garda aussi en famille le surnom de « Bébé ».

    Parmi les gens que Carlos Americo Lera fréquentait, il y avait les avocats de Saint-Nazaire, dont Aristide Briand, qui venait à Bonne Anse jouer au billard, mais aussi les capitaines au long court de la Compagnie Général Transatlantique.  L’un d’eux, François Héliard (Granville, 26 juillet 1829 – Saint-Nazaire, 16 mars 1901), un Normand qui avait épousé une Nazairienne, Marie-Philomène Laborde (Saint-Nazaire, 15 août 1836 - Saint-Nazaire, 2 mars 1918)[10]. Le capitaine Héliard lui donna en mariage sa fille aînée, Marie-Hortense, beauté, châtain aux yeux noisette, menue, mesurant 1 m 55, qui avait écarté pour Carlos Americo la foule de ses prétendants. Depuis plusieurs mois, ils étaient subjugués mutuellement l’un par l’autre.

    Ce second mariage eut lieu à Saint-Nazaire le 10 août 1886. Le témoin de Carlos Americo fut son beau-frère, Frederico Borrell, âgé de 22 ans, sous-lieutenant de cavalerie de l’armée mexicaine, chancelier du consulat du Mexique à Saint-Nazaire[11]. Le nouveau couple fut le plus en vue de la ville. Mais Marie avait des ambitions mondaines, et persuada Carlos Americo de prendre demeure à Nantes, rue Gigant. Tant pis s’il fallait pour lui prendre le train pour le consulat de Saint-Nazaire, et y demeurer certaines nuits. C’est à Nantes que naquit leur fille, Marguerite-Marie-Amélie, le 5 novembre 1888, envers qui, Marie n’eut jamais la fibre maternelle, moins encore envers les enfants de son époux, même si, à sa décharge, les mères de la bourgeoisie ne s’occupaient pas en personne de leurs enfants en ce temps-là.

    Le 6 novembre 1890, Carlos Americo Lera fut promu secrétaire d’ambassade de première classe au Guatemala. L’arrivée dans ce pays, avec sa famille, manqua de tourner au drame.

    Débarqués au port de Puerto Barrios, en étant mis dans des filets de cordes tels des bagages afin d’atteindre le quai, ils furent attaqués sur la route qui les conduisait à Nueva Guatemala de la Asunción, la capitale, par une bande armée qui se disait nationaliste, et qui cultivait cette haine envers les Mexicains, née de l’annexion que ce pays avait fait du Guatemala de 1821 à 1839. Ils ne durent leur salut qu’à l’arrivée de la troupe d’honneur venue de la capitale à leur rencontre[12].

    Marguerite, qui n’avait que deux ans, fut si marquée par l’événement, qu’à plus de 90 ans, elle se souvenait avec exactitude et émotion de la chaleur du corps de sa mère contre laquelle elle s’était réfugiée[13]. Carlos Americo fut nommé chargé d’affaires du Mexique pour l’Amérique centrale le 6 septembre 1891. Le 12 août 1893, il devint secrétaire d’ambassade de première classe et chargé d’affaires à Rome. Le 14 novembre 1894, il fut rappelé de son poste à Rome pour devenir député le 14 décembre 1894 au Parlement mexicain. Il fut nommé secrétaire privé d’Ignacio Mariscal, le 18 décembre 1895. Marie ne se plaisait pas au Mexique, elle fit de nombreuses bourdes par méconnaissance de la langue espagnole. À un dîner officiel, elle se trouva placée à la droite du Président José de la Cruz Porfirio Díaz Mori, (Oaxaca, 15 septembre 1830 à - Paris, 2 juillet 1915), et pensant lui montrer son savoir, alors que celui-ci parlait parfaitement le français, elle l’entretint dans la langue de Cervantes. De l’autre côté de la table, Carlos Americo lui donna des signes du pied, mais n’y prêta pas attention. À la fin du repas Carlos Americo s’approcha d’elle et dit : « Sais-tu que tu as fait ? Tu as tutoyé le président pendant tout le repas ». Heureusement, ce dernier, homme du monde, n’en avait pas fait remarque[14].

    L’entente dans le couple se dégrada, Marie devenant impossible. Un jour, elle prit la fuite, laissant Marguerite à son époux, et rentra en France. Son secret était impossible à révéler : elle avait pris conscience de son homosexualité. Catholiques pratiquants tous deux, ils ne divorcèrent jamais ; Carlos Americo versa une pension à son épouse, et elle usa et abusa de son passeport diplomatique pour mener une vie aventureuse dont nous avons donné les détails dans le numéro précédent, ne venant rendre visite à sa fille que quelques jours par an.

    Resté à Mexico, Carlos Americo s’activa pour inciter Cuba, en révolte contre le gouvernement de Madrid, à s’unir au Mexique, allant jusqu’à suggérer au Congrès de procéder à une annexion. Il publia un livre intitulé « Cuba mexicana » en 1896, dans lequel il fit la liste des avantages à la fusion des deux pays. À nouveau chargé d’affaires pour l’Amérique centrale en septembre 1896 en résidence au Guatemala ; il s’y établit avec Edelmira, ayant envoyé Marguerite un temps chez ses grands-parents maternels à Saint-Nazaire, et placé ses fils en pensions dans la même ville, afin qu’ils puissent poursuivre leurs études.

    Au Guatemala, Carlos Americo y eut une aventure avec une femme mariée, qui fit que gouvernement guatémaltèque demanda au gouvernement mexicain de le rappeler, ce qui ne fut pas exécuté[15]. Au contraire, le 24 décembre 1897, il fut promu ministre résidant au Guatemala ; le 19 février 1899, il devint ministre à Tokyo, puis à partir de mai 1904 ministre plénipotentiaire.

    Il fut aussi ministre plénipotentiaire auprès de l’empereur Yixin à Pékin en août 1904, mais resté en résidence à Tokyo, il assura cette fonction jusqu’en octobre 1905, la légation ayant été confiée au chargé d’affaires Moricio Wolheim.

     

    Durant ce double emploi, il passait par le port de Shanghaï afin de se rendre à Pékin. Appréciant les spectacles de cirque, il profita de l’un de ses voyages pour assister à un spectacle sous chapiteaux. À l’entracte, il sortit fumer une cigarette. Retournant à sa place, il se perdit dans ses pensées, et ne réalisa pas qu’il entra sur la piste, il ne réalisa sa distraction qu’à l’instant où les gens mirent à applaudir, pensant que le spectacle reprenait[16].

    Il publia à Tokyo, en 1903, « Nacionales Por Naturalización », et, en 1905, « Primera relaciones sociales entre el Japon y Espana tocantes a Mexico ». Il quitta sa fonction de ministre au Japon le 1er février 1907, étant nommé ambassadeur auprès de Leurs Majestés l’empereur Nicolas II de Russie à Saint-Pétersbourg. Il se rendit dans la capitale impériale en empruntant le Transsibérien, dans un voyage de onze jours. Son appartement de Saint-Pétersbourg nous est connu par les photographies qu’il en fit faire, suivant alors la mode locale en cours dans le milieu diplomatique. C’est un intéressant témoignage, tenant en huit vues intérieures, qui nous montre sa collection de meubles chinois et japonais, mais aussi de portraits officiels[17].

    Carlos Americo négocia, en août 1909, la convention commerciale et maritime entre le Mexique et la Russie, qui fut signée le 2 octobre 1909[18].

    En 1910, le Mexique fut pris dans une tourmente révolutionnaire et de tentative de coup d’État, qui déboucha sur le départ en exil en France du président Porfirio Díaz qui préféra éviter une guerre civile. Francisco Ignacio Madero González (Parras, 30 octobre 1873 – Mexico, le 22 février 1913), décida de le démettre de ses fonctions 26 juillet 1912.

    Il tenta à la suite de l’assassinat de Madero González, de récupérer un poste diplomatique, mais José Victoriano Huerta Márquez (Jalisco, 22 décembre 1850, - El Paso Texas, 13 janvier 1916), éphémère nouveau président, se disputa avec lui. Carlos Americo se cacha dans Mexico, puis, au bout de quelques jours, prit la fuite vers Veracruz, où il embarqua sur un cargo[19]. Il loua le château de Sainte-Marie à Cormeray, où il s’y déplut fortement, n’ayant vécu que dans des villes. Devenu bougon, il commentait « en grommelant » que la seule activité qui était possible à Sainte-Marie était « jouer à la plume »[20]. Son exil dura jusqu’en 1915. Son fils ainé, Carlos, étant mourant de la tuberculose, il s’installa avec ses filles au Lutétia. Après la mort de Carlos, il loua un appartement au 21 rue Ferdinand Fabre dans le 15e arrondissement. Sa situation financière se dégrada, la dévaluation du Franc, l’inflation d’après-guerre, et un train de vie trop luxueux, l’entretien de son épouse qu’il s’obstinait à poursuivre, avaient épuisé ses ressources. Il tomba alors malade. Un cancer de l’estomac le fit souffrir durant des années, l’obligeant à subir plusieurs opérations. Edelmira et Marguerite se mirent à travailler. Les relations de leur père leur permirent de trouver en 1921 un emploi à la Commission d’application des traités de paix. Edelmira y resta jusqu’en 1923, année où elle partir vivre à New York ; Marguerite y travailla jusqu’en 1925.

    Mais les revenus étaient insuffisants, la santé de leur père nécessitait des frais importants, aussi, Marguerite se mit à confectionner des bijoux fantaisie, qu’elle vendait à ses amies plus fortunées qu’elle. Carlos Americo s’en aperçut et se fâcha. Marguerite lui répondit « mais comment pensez-vous que nous puissions manger ? » Carlos Americo vivait à la fin de sa vie dans son propre univers, et ses enfants l’y entretenaient. Il se consacra à l’écriture de nouvelles, publiées dans La Revue mondiale, à l’action se déroulant en Chine : Le Fong-Choué, 15 mai 1924 ; Lieou-yen chez les barbares, 1er septembre 1924 ; L’Ile du Bonheur céleste, 1er décembre 1924 ; Les Déboires de Ning-Ling, 15 juin 1925 ; Un dieu bien servi, 1er juillet 1925 ; Des barbares dialoguent, 1er octobre 1925 ; Un mort tombé du Ciel, 1er aout 1925 ; Entretiens sous le Chaume, 15 septembre 1925.

    Il ignora jusqu’au bout la réalité de son cancer ; une lettre bouleversante de Marguerite à son neveu Robert, fils de son frère décédé Carlos, en date du 20 mai 1926, nous apprend qu’il ne réalisait pas qu’il était mourant alors qu’il était déjà alité depuis des semaines. Le 15 juillet 1926, il décéda à son domicile parisien. Son corps fut ramené à Saint-Nazaire. Une messe eut lieu en l’église Saint-Nazaire, en présence du corps diplomatique. Le consul de Belgique, Henri Gustin-Stoll ; celui cumulant Danemark, Guatemala, Portugal et République dominicaine, Max La Touche ; et le consul de Cuba, Luis Valdes Roigt, doyen du corps diplomatique nazairien, tinrent les cordons du poêle, suivit d’une foule immense.

    De la famille n’était présente que Marguerite, qui assista son père jusqu’au bout, avec Ramón, son épouse, leur fils, et leur neveu Robert, fils de feu Carlos, qui chaque année venait de Lyon passer ses vacances à Saint-Nazaire. Fernando vivait à Mexico, et Edelmira à New York. On le plaça dans le caveau qu’il avait fait construire à La Briandais, où l’attendait sa première épouse.

    Sa plaque mortuaire mentionne qu’il était grand officier de la Légion d’honneur, mais il était aussi grand cordon de Sainte-Anne de Russie, grand cordon de l’Ordre du Soleil Levant, et du Double Dragon de Chine, et Officier de l’Instruction publique (Palmes académiques).

     

    Carlos Americo Lera Borrell

    Carlos Americo Lera Borrell (La Havane, 8 novembre 1878 - Paris, 18 juin 1915) passa son baccalauréat à Saint-Nazaire en août 1899, fut comme son père avocat. Nommé consul à Lyon de 1904 à 1908, il s’y maria avec Henriette-Alphonsine Lavenir (Lyon, 12 décembre 1888 - Lyon, 16 septembre 1969), dont il eut un fils, Roberto Lera Lavenir (Lyon, 20 août 1909 - Lozanne [du Rhône], le 10 avril 1992). Tuberculeux, il était en fonction à Paris quand son état s’aggrava durant l’année 1915. Il était officier de l’Ordre du Nichan Iftikhar (Tunisie), officier de l’Instruction publique.

    Roberto Lera Lavenir, son fils, dit « Bobby » homme doux et artiste, très attaché à sa famille, qui fut le lien constant entre les différents cousins éparpillés à travers le monde, se maria avec Gabrielle Versaud, dont il eut Danielle, Lera-Versaud (Villefranche sur Saône, 27 octobre 1939 - 4 juin 2015), épouse de Gérard Dubault, (décédé le 16 décembre 2013). Il divorça en 1954, puis se maria avec Odette-Simone Violet (Lyon, 10 juin 1925 - Chambéry, 8 septembre 1985), dont il eut deux filles, Joëlle et Christine.

     

    Ramón Federico Lera Borrell

    Ramón Federico, né à Mexico le 13 mai 1880, fut consul du Mexique à Kobé, à Yokohama, à Brême de 1909 à 1915, où il eut à charge les affaires françaises au début de la Première Guerre mondiale. Il accorda des passeports mexicains aux Français établis dans le district de Brême, afin qu’ils puissent fuir l’Empire allemand. Le gouvernement français le décora en remerciement de la Légion d’honneur.

    Il fut ensuite consul à Saint-Nazaire de mars 1923 à novembre 1927, à Beyrouth, puis à nouveau à Saint-Nazaire de 1935 à 1939. De la fratrie, il était probablement le plus pudique, devant maladroitement cassant avec ses proches. À Saint-Nazaire, il habitait au 27 rue de l’Océan (actuelle rue Vincent Auriol), à l’angle de la place Carno (Quatre Horloges), au premier étage d’un immeuble, dont le balcon filant donnait sur le Grand Café.

    Il avait épousé la fille d’un industriel, Suzanne Buchy (Mulhouse, 15 décembre 1889 – Saint-Nazaire, 27 octobre 1932). Marguerite la décrivit en 1977 comme étant sa meilleure amie, « pleine de sensibilité et de cœur, d’une timidité maladive (du moins entre 17 et 25 ans) plus tard elle semble avoir pris plus d’assurance »[21] , et issue d’une famille qui « était un exemple de bonne entente, d’amour et de droiture »[22]. C’est par l’intermédiaire de sa sœur Marguerite que Ramón en fit connaissance, durant un séjour à Saint-Pétersbourg. Son décès prématuré fut un drame pour son époux et son fils, mais entraina aussi une brouille définitive avec Marguerite, dont les tenants et aboutissants ne sont pas connus, mais qui marqua la famille. Remarié avec Lisette Gouret, il se réfugia au Mexique en 1940, où il pris la direction de l'Hôtel Fundición à .Zimapán, où il décéda d'une crise cardiaque le 15 novembre 1943. Il fut le père d’Enrique Lera Buchy (Brême, 19 octobre 1910 - Saint-Nazaire, 5 avril 1997), pédiatre, homme aussi charismatique que l’était son grand-père, dont il avait hérité plusieurs traits de caractère, doté d’un humour féroce, qui pouvait d’une phrase laisser son interlocuteur K.O. Après des études de médecine à la Pitié-Salpêtrière à Paris, s’établit à Mexico en 1937, Enrique se maria cinq fois. De sa première union avec Marie-Georgette Moret (Saint-Nazaire 22 septembre 1911 – Montréal 2002), fille d’un lieutenant de vaisseau, le 9 février 1937 à Paris, naquit Mary. Sa cinquième épouse fut Marion Frey (1945-1982), finlandaise, fille de diplomate, rencontrée au Mexique, dont il eut : une fille, Annette, traductrice-interprète, et un fils : Enrique Rodolfo Lera Frey (Mexico, 18 mars 1968 – Saint-Nazaire, 4 mai 2018), qui fut traducteur et écrivain public à Saint-Nazaire. Dans les années 1970, la situation au Mexique devenant inconfortable, Marion persuada son époux de s’établir à Saint-Nazaire auquel elle trouvait les charmes des lumières et architectures des cités balnéaires de Finlande.

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    L'Hôtel Fundición à Zimapán dans l'Etat d'Hidalgo

     

    Fernando Lera Borrell

    Fernando, né à Mexico le 11 février 1882, fut avocat comme son père. Il fut secrétaire de la légation du Mexique à Tokyo en 1907, puis, en 1915, à Oslo. Il devait avancer les frais du voyage et traverser l’Allemagne pour gagner la Norvège. Il s’arrangea avec le journal Le Progrès pour la prise en charge de ses frais en échange d’articles décrivant cette traversée. Il s’amusa à envoyer « une série d’interminables articles tous fabriqués par lui suivant son imagination en y intercalant les renseignements qu’il avait obtenus du consul d’Espagne à Berlin »[23].

    Il fut promu ministre du Mexique à Stockholm de 1918 à 1919. En 1921, il reçut la Légion d’honneur, et devint chef du protocole au Ministère des Affaires étrangères à Mexico. À la suite de l’assassinat du général Alvaro Obregón, président du Mexique, le 17 juillet 1928, il quitta la diplomatie et fonda son cabinet d’avocat en association avec Jerónimo Diaz. Il fut chargé plusieurs fois de défendre le Mexique dans des procès internationaux, et aussi le représenter à La Commission interaméricaine en février 1931.

    Homme méticuleux, il avait eu charge de gérer les différents procès qui avaient fait suite au décès d’un frère de sa mère, puis avait géré sur place les avoirs de cet héritage, qui se composait d’actions et d’immeubles datant de l’époque coloniale répartie entre les différents cousins.

    Par-delà l’océan, il veilla sur son neveu Roberto, sans jamais le revoir depuis qu’ils s’étaient sa discrétion était proverbiale, et son intimité mystérieuse. Il est décédé à Mexico le 14 août

    1. Ramón se rendit au Mexique pour régler sa succession et reprendre la gestion des avoirs familiaux.

     

    Edelmira Lera Borrell, madame Ernest E. Beauvais

    Edelmira-Delfina-Amelia Lera Borrell, surnommée « Bébé » née à Saint-Nazaire le 26 mai 1885, et à propos de laquelle nous avons déjà donné de nombreux détails, avait quitté le domicile paternel en 1923 pour s’établir à New York, où elle travailla pour la légation française, en 1940. Depuis Manhattan, elle entretenait des relations épistolières avec le reste de sa famille de façon décousue, tout en le leur reprochant, à chaque courrier qu’ils ne lui écrivaient.

    D’après son frère Fernando, qui lui rendit visite en 1930, elle était très prise par sa vie mondaine.

    À la fois indépendante et très conservatrice dans ses principes, elle épousa, en 1943, un capitaine de la marine marchande des États-Unis d’Amérique, Ernest E. Beauvais, et s’établit à New Bedford dans le Massachusetts. Veuve en avril 1959, elle prit pension dans une famille, et refusa en 1962 la proposition de sa sœur à venir s’établir chez elle à Genève, se considérant trop âgée pour quitter ses habitudes étasuniennes, ce qui fit commenter Marguerite, à la fois soulagée du refus, et rageuse, que sa sœur considéra « l’Europe [comme] un repaire de bandits »[24]. Elle décéda en octobre 1974 à New

    Bedford.

     

    Marguerite Lera Héliard, baronne Eynard

    Marguerite-Marie-Amélie, dite « Guiguitte », née à Nantes le 5 novembre 1888, est la personnalité la plus contrastée de la famille Lera.

    Elle fut traumatisée par l’abandon par sa mère, créature perverse et narcissique, qui ne réapparaissait que ponctuellement que pour jouer la comédie de la maman qui pense à sa petite, mais qui est trop égoïste et indifférente pour avoir de vrais sentiments maternels, et n’était là que pour le plaisir de provoquer des pleurs et du stress à son époux qu’elle calomniait sans raison, pour le plaisir d’être méchante. Marguerite développa un caractère d’amour exclusif, exprimé par un attachement viscéral à certains êtres choisis. Les premiers furent son père auquel elle se dévoua jusqu’au bout, avec une admiration de petite-fille émerveillée et respectueuse ; ses frères et sa soeur, avec lesquelles elle avait, ou pensait avoir, un amour fusionnel, et qu’elle prolongea à ses neveux. Cette attitude se transporta par la suite sur ses amitiés, ayant l’attitude de l’exclusivité de la relation et du dévouement amical au-delà du raisonnable. Le problème avec ce genre de caractère est qu’ils ne supportent pas le moindre signe de fléchissement de l’idéalisation qu’ils se font de la relation affective. Cela fait des gens entiers, parfois manichéens dans leurs raisonnements, ce qui, chez Marguerite, était épaissi par l’art du drame latino-américain et l’art breton de l’abordage en cuirassé celui qui a le tort d’avoir endossé la tenue de l’ennemie. Il en résultait un sentiment d’injustice de sa part dès qu’un différend nuisait à la bonne entente, ce qui provoquait une fâcherie définitive, et une haine viscérale. Elle se fâcha plusieurs fois avec sa fratrie après le décès de leur père, et définitivement en 1932 avec Ramón au moment du décès de son épouse, fâcherie qui s’étendit à son neveu Enrique. Seul son frère Carlos conserva dans sa mémoire une image idéale.

    Nous devons cependant lui reconnaitre, que fléchie par son neveu Roberto, et une approche de l’épouse d’Enrique en 1977, elle avait invité à séjourner chez elle sa petite nièce Annette qui faisait des études de traductrice interprète, mais cela ne se réalisa jamais. Elle tendait ainsi une main par principe vers les gens avec lesquels elle s’était fâchée ; ainsi, en 1961, elle proposa à sa sœur de quitter les États-Unis pour venir vivre chez elle, mais « en espérant quand même qu’elle refuse... mais elle aurait pu ne rien dire ! »[25].

    Ce type de caractère est d’autant plus déstabilisant qu’il est aussi associé à une capacité à être ultra conventionnelle, tout en pratiquant l’autodérision[26] et en faisant preuve d’attitudes fantasques. Ainsi, d’un côté, Marguerite, nous l’avons écrit, n’hésita pas à rompre avec les usages du milieu dont elle était issue en travaillant et aussi en fabriquant dans sa chambre des bijoux fantaisies qu’elle vendait à ses amies et relations, pour pourvoir aux besoins de son père, dont elle fut la garde malade, à Paris, mais déjà, plus jeune, à Saint-Pétersbourg, elle secondait son père comme maitresse de maison, se pliait au cérémonial de cour en assistant au mariage de la grande-duchesse Maria Pavlovna avec le prince Guillaume de Suède, duc de Sudmeranie, le 20 avril 1908, ou en étant présentée le 13 mai 1910[27] à l’impératrice douairière, avec les trois révérences d’usage à exécuter depuis son entrée, jusqu’au trône, mais elle trouva le moyen un jour de cérémonie d’enjamber un balcon pour aller rejoindre ses frères qu’on avait placés dans une pièce différente.

    Plus âgée, elle rapporta un jour dans son appartement des grenouilles, pour lesquelles elle demanda aux enfants du quartier du lui apporter des mouches, et pour ses 90 ans fit réaliser des pochettes chargées de sa photographie d’identité, tout en rappelant, tant par son maintien, que par quelques allusions, qu’elle était fille d’ambassadeur et baronne.

    Femme extraordinaire que Marguerite, autant détestée qu’aimée, qui épousa le 6 septembre 1930, à Genève, le baron Eynard, dandy et « homme à femmes », qui avait l’âgé d’être son père, mais qu’elle sut stabiliser avec son caractère d’amoureuse exclusive et dévouée, si ce n’est soumise.

    Camille Alois Eynard, né à Dresde le 2 juillet 1864, était issu d’une famille noble auvergnate passée en Suisse au moment de la révocation de l’édit de Nantes, dont la filiation remonte à un compagnon d’armes de François Ier à Marignan.

    Vers 1830, son grand-père s’était établi à Dresde, où il avait fait enregistrer ses lettres de noblesse en 1840 afin que son fils puisse entrer à l’école militaire. Le père de Camille avait fait sa carrière dans l’armée, et reçu en 1863 le titre héréditaire de baron[28].

    Camille avait été lui-même officier de cavalerie, il avait été marié trois fois, avait divorcé deux fois et était une fois veuf d’une étasunienne dont il avait un fils et une fille alors majeurs.

    Il était riche au moment de sa rencontre avec Marguerite, mais il avait perdu presque toute sa fortune placée par son père dans une banque allemande, qui fit faillite. À la majorité de ses enfants, la fortune de feu son épouse devant leur revenir, il avait alors géré au mieux ces avoirs, renflouant sa trésorerie en vendant notamment son château de Combertault.

    Ils se rencontrèrent à Paris, mais Gabriel, le fils de Camille, ne fut pas content que son père s’enticha d’une femme plus jeune que lui, jamais mariée malgré ses 46 ans, et qui plus est sans fortune. Il se montra immédiatement désagréable avec elle, et du haut de ses 22 ans, la rencontrant pour la première fois, il lui demanda abruptement :

    – « Quel âge avez-vous, madame ?

    – Le même âge que vous, monsieur », lui répondit

    Marguerite avec acidité.

    Au grand dam de Gabriel, l’Amour ne se tarit jamais entre Camille et Marguerite.

    Ils s’établirent à Genève, et Camille acheta pour elle à Menton, la villa « Zezette », où ils reçurent leurs familles respectives et leurs relations mondaines. Ils n’eurent pas d’enfant, mais Marguerite endossa pour les fils de sa belle-fille, Suzanne-Marie-Antoinette Eynard (Château de Combertault 9 octobre 1909 - Genève, 8 décembre 1998), épouse d’André Pierre Fontana, président de la Cour de justice à Genève, le rôle de grand-mère de substitution, devenant pour eux « Mamita[29] », et leur laissant de merveilleux souvenirs, tous comme elle en laissa aux filles de son neveu Robert.

    A la naissance d’Adalbert Fontana, en 1932, elle lui adressa une carte postale commençant par :

    « Voici, mon chéri, la première carte de ta vie. Je voulais qu’elle te soit envoyée par ton grand-père et par ta " Mamita " qui t’aiment tendrement sans te connaitre. Quand tu la verras plus tard, tu trouveras que les femmes avaient de drôles de mots l’année de ta naissance. »

    La Seconde Guerre mondiale fit perdre à Camille ses derniers avoirs. Devenu fortement malade, il nécessita des soins constants prodigués par son épouse, qui se remit, comme au temps de la maladie de son père, à confectionner et à vendre des bijoux fantaisie. Camille décéda à Genève le 27 août 1942, laissant Marguerite dans un grand désarroi affectif, et une situation financière délicate. Elle fut contrainte à vendre la villa de Menton alors occupée, obtenant du notaire que le contenu soit déposé en garde-meuble, mais celui-ci fut pillé. Elle conserva cependant suffisamment de relations à Menton pour pouvoir y séjourner chaque été chez des amis jusque dans les années 1980.

    Elle devint traductrice aux bureaux genevois de l’O.N.U., puis professeur de français pour adultes, menant une vie modeste, mais confortable. Marguerite eut à s’occuper de sa mère, vivant à Paris, rue de Cadix. Devenue aveugle vers 1950, cette femme, dont elle rechercha toujours un signe d’amour, lui infligeait une caresse entre quatre coups de griffes. Ne pouvant plus la laisser seule, elle fut contrainte de la placer dans une institution religieuse à Bron, à côté de Lyon, afin de ne pas être trop loin d’elle, mais suffisamment pour ne pas avoir la possibilité de la voir régulièrement.

    Marguerite ne parlait jamais, mais continua à en faire entretenir et fleurir la tombe à Bron. Un jour, elle fit au petit-fils de son époux, Adalbert Fontana, le commentaire qu’elle voulait vivre plus longtemps qu’elle. Or, sa mère était décédée à l’âge de 98 ans.

    Entrée dans une maison de retraite de la ville de Genève, le Val Fleuri, elle y gagna son pari en y fêtant ses 100 ans. La ville de Genève a pour habitude de demander à ses centenaires ce qu’ils désirent pour l’occasion, et traditionnellement on les pousse à demander un fauteuil, mais Marguerite, à la grande surprise des autorités, demanda une caisse de champagne. Elle savait encore par cœur réciter l’acte premier d’Athalie de Racine. Elle décéda le 22 janvier 1989. Un grand nombre de ses anciens élèvent suivirent son convoi funèbre. Elle légua son corps à la science.

     

    [1] A propos des représentations consulaires à Saint-Nazaire lire : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/04/08/consuls-et-vice-consuls-nazairiens-6142257.html

    [2] Précisons ici, pour les non-hispanophones, que le nom se prononce « léra », en roulant le R.

    [3] A propos de marc Hélys : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/04/04/marie-lera-saint-nazaire-iyi-ak%C5%9Famlar-6141565.html

    [4] Cet article, publié initialement dans el numéro 98 de la Revue Histoire & Patrimoine, a été possible grâce à l’amabilité et aux minutieuses recherches en leurs archives et souvenirs, de mesdames Annette Lera et Joëlle Bontempelli, ainsi que de monsieur Adalbert Fontana, qui nous ont fait copie de nombreux document officiels et intimes, et à qui nous adressons encore une fois nos remerciements.

    [5] Ce n’est qu’en 1886 qu’il y fut supprimé.

    [6] Lettre de Marguerite Lera, baronne Eynard, en date du 5 mai 1977, et recherches généalogiques personnelles.

    [7] Exemple de son éducation aristocratique : pour choisir un cuisinier, il lui faisait réaliser une omelette, partant du principe que celui qui sait sublimer ce qui est en soit le plus simple, mérite son emploi.

    [8] Souvenirs de famille, manuscrit du docteur Enrique Lera Buchy.

    [9] Originaires de Madrid, les Borrells se sont établis au Mexique au XVIIIe siècle.

    [10] Elle était la sœur de monseigneur Laborde, évêque de Blois, et d’Anastase Laborde (Saint-Nazaire29 juillet 1838 – Paris, 21 décembre 1870), lieutenant de vaisseau, tombé au champ d’honneur en défendant la capitale face aux Prussiens, et dont l’une des places de la ville propage encore le nom.

    [11] Frederico Ignacio Juan Borrell (Mexico, le 19 mai 1863 – Marseille, 31 janvier 1899), chancelier du consulat du Mexique à Saint-Nazaire, puis consul du Mexique au Havre ; marié à Bordeaux le 21 octobre 1889 avec Louise-Thérese-Françoise-Isabelle Gufflet (Maurice 9 mai 1862 - Marseille, 25 août 1898), fille d’un agent de change ; d’où : Isabelle Borrell (1890-1890) et Enrique Borrell (1892-1892). Ils étaient tous tuberculeux

    [12] Témoignage olographe rédigé le 8 décembre 1995, de madame Anne-Marie Chiaramonti-Beauvais, d’après lecture de l’autobiographie inédite et disparue de Marie Lera.

    [13] Souvenirs de Marguerite transmis oralement à monsieur Adalbert Fontana.

    [14] Anne-Marie Chiaramonti-Beauvais, op. cit.

    [15] Archives diplomatiques, ministère mexicain des Affaires étrangères.

    [16] Docteur Enrique Lera Buchy, op. cit.

    [17] Les souverains et ministres offraient leur portrait photographique en cadeaux aux diplomates étrangers.

    [18] Dates du calendrier grégorien.

    [19] Docteur Enrique Lera Buchy, op. cit.

    [20] Docteur Enrique Lera Buchy, op. cit.

    [21] Lettre de Marguerite Lera, baronne Eynard, en date du 5 mai 1977, op. cit.

    [22] Lettre de Marguerite Lera, baronne Eynard, en date du 5 mai 1977, op. cit.

    [23] Lettre de Ramón à Roberto, envoyée de Mexico le 7 mai 1936, à l’occasion du règlement de la succession de Fernando.

    [24] Lettre de Marguerite à Roberto datée du 9 août 1962.

    [25] Souvenirs de Joëlle Bontempelli.

    [26] À un monsieur qui sonna chez elle en demandant à voir monsieur Lechat, elle répondit en souriant : « Non vous êtes chez Les rats / Lera. »

    [27] Date du calendrier grégorien, soit le 30 juin du calendrier julien.

    [28] Camille était, entre autres, l’arrière-petit-neveu du banquier et philanthrope Jean-Gabriel Eynard qui participa activement à l’indépendance grecque.

    [29] Maman en espagnol.

  • Ker Jean Léone : la Villa Blancho à Villès-Martin

     Un article de L’Eco de la Presqu’Ile, paru le 25 juin 2021, informe que la villa de l’ancien maire de Saint-Nazaire, François Blancho, va être détruite pour laisser place à un immeuble nomme « Horizon »[1]. Les réactions de nos lecteurs ont été vives et nombreuses.

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    Villa Ker Jean Léone le 14 mai 2021 © Odoevsky Maslov

     

     Ce bâtiment est voué à la démolition depuis 2008, quand les héritiers l'ont vendu à un promoteur. Le permis avait été bloqué par intervention du voisinage, grâce à eux nous avons échappé à une nouvelle tour cages à lapins sur la pointe de Villès-Martin, le projet initial ayant été finalement rabaissé et limité en largeur à l’emprise de la maison actuelle, mais, car il faut toujours un mais dans le tango contraint de concessions de la municipalité avec les promoteurs, l’immeuble sera le double en profondeur et aura son accès commun là où se trouvaient le portail permettant l’accès à la cour et au garage. On nous avait cependant annoncé que la maison serait simplement modifiée, qu’on en garderait la façade, on a surtout raconté beaucoup de chose et jamais rien promis et surtout pas signé d’engagement à faire cela. La villa sera donc rasée pour faire place à un bloc avec loggias et balcons sur l’Estuaire et arrière de parcelle, aveugle, ou presque, sur les côtés, et bien sûr toit plat de rigueur, puisque que les toits d’ardoises n’ont plus le droit de cité depuis l’ère Batteux, maire qui était totalement indifférent au fait que cette maison était un témoignage important de la Reconstruction et la résidence d'un prédécesseur qui a marqué son temps en bien. On crie « au cube ! », mais reconnaissons que tous les bâtiments fonctionnels sont des cubes plus ou moins bien habillés. Le bâtiment est correct à défaut d’être imaginatif, on s’y habituera donc, car après tout il fera moins verrue que d’autres dans le quartier. Certes, nous ne pouvons nous fier au dessin sorti de chez Visiolab, celui-ci comportant notamment des lumières qui n’existent pas et des ombres improbables, le dessin de celles des arbres sur la chaussée qui s’arrêtent nettes au bord du trottoir tel le nuage de Tchernobyl à la frontière françaises étant un exemple édifiant de ce qui est sur la brochure des promoteurs, mais qu’on ne découvre pas exactement sur place une fois réalisé.

     

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    La future résidence « Horizon » © Visiolab

     

     Voici l’occasion de raconter l’histoire de cette villa, dont les Nazairiens ont oublié qu’elle se nomme Ker Jean Léone, d’après les prénoms du fils et de la fille du commanditaire : Jean-François (Saint-Nazaire 18 octobre 1922 - 7 décembre 2020), et Léone-Valentine (Saint-Nazaire 14 mai 1928 - 20 février 2020 Rueil-Malmaison).

     

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    Adresse des Blancho à la villa Ker  Jean Léone © Fonds Dommée Archives de Saint-Nazaire

     

     François-Valentin Blancho, (Saint-Nazaire 28 juin 1893 - 2 février 1972 Saint-Nazaire), dernier d'une fratrie de trois, qui avait perdu père et mère avant ses huit ans, ouvrier chaudronnier à 1.125 fr de salaire, fit carrière en intégrant le Syndicat de la métallurgie de Saint-Nazaire, puis son initiation à la loge du Trait d’Unions, et se constitua avant-guerre une fortune personnelle grâce, à partir de 1925 à ses mandats de maire, (il multipliât par quatre l’indemnité fixée par son prédécesseur, Vivant Lacour, passant de 10.000 fr à 40.000 fr, au prétexte qu’il lui fallait « se payer des costumes »), en étant conseiller général en 1925, député en 1928, et surtout en devenant sous-secrétaire d'État à la Marine en 1936. Tous ces mandats ne pouvaient le laisser se contenir en la modeste maison au cinq minuscules pièces que son épouse, née Leone-Germaine Leroux, fille d’un célèbre syndicaliste local, lui avait apporté en dote dans le quartier populaire de Cardurand. En 1937 François Blancho acquit à la Villès-Martin une villa avec jardin entouré de grilles, garage et buanderie séparés. La maison comportait salon, salle à manger, cuisine, trois chambres et une salle de bain, et dataient du début du 20ème siècle. Cette maison était un chalet, c’est à dire une maison de plaisance habitable qu’à la belle saison. Elle n’en était pas moins un signe extérieur de richesse et d’adoption des meurs de la bourgeoisie nazairienne qui prenait ses quartiers d’été sur la côte entre Villès-Martin et Pornichet.

     L’Occupation allemande entraina la réquisition des maisons de la côte pour loger les militaires. La famille Blancho restât à Cardurand. François Blancho ayant été arrêté à titre d’otage, il fut exfiltré avec sa famille en Zone-Libre en février 1942 sur intervention du Marcel Déat, ami de Laval, meneur politique qui avait trahis les Socialistes pour se faire fasciste et zélé collaborateur. Cela sauva aussi les Blancho du bombardement britanique du 28 février 1943 durant lequel disparurent dans les flammes leurs deux maisons. On l’ignore trop souvent, mais la Villès-Martin et Porcé furent aussi ciblés, même si les bombes n'y touchèrent qu’une vingtaine de villas.

     

     A la Libération François Blancho récupéra ses fonctions de maire, et œuvra à la reconstruction de Saint-Nazaire. N’ayant plus de logement, il loua la villa Ker Adrienne A Villès-Martin, dans laquelle il résida jusqu’en 1958, et fit les démarches pour toucher les indemnités de guerre que l’Etat versait pour que les propriétaires reconstruisent immeubles et entreprises.

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    Adresse de François Blancho à la villa Ker Adrienne © Fonds Dommée Archives de Saint-Nazaire

     

    François Blancho s’adressa à l’architecte Claude Dommée, (1902-1985), à qui l’on doit les halles du centre-ville, et dont les archives sont aujourd’hui au Archives de Saint-Nazaire[2], et qui contiennent un dossier complet des commandes de l’ancien maire.

     Dans une lettre du 28 mai 1953, que nous reproduisons, François Blancho informa son architecte qu’il avait touché 5.588.228 fr pour sa villa de Villès-Martin, et 2.063.043 fr pour sa maison de Cardurand, disposant ainsi de 7.651.271 fr au total, qu’il décida d’investir intégralement dans la construction d’une nouvelle villa à Villès-Martin.

     

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    Lettre de François Blancho annonçant à Claude Dommée le montant de ses dommages de guerre © Fonds Dommée Archives de Saint-Nazaire

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     Claude Dommée proposa deux projets, l’un dans l’esprit de Robert Mallet-Stevens, l’autre inspiré d’une maison de banlieue anglaise.

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    Projet refusé © Fonds Dommée Archives de Saint-Nazaire

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     Ce fut le second qui fut choisi, avec la conception de deux appartements. En effet, pour justifier le rassemblement des indemnités de deux bâtiments sur un seul, il fallait qu’il y ait deux logements. Monsieur et Madame Blancho se réservèrent le rez-de-jardin, et eurent un couple de locataire à l’étage.

    Les plans conservés aux Archive de Saint-Nazaire comprennent de comprendre la disposition.

     

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    Plan du rez-de-jardin © Fonds Dommée Archives de Saint-Nazaire

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     L’appartement des Blancho comportait une chambre, un bureau et un living en façade, une cuisine, une chambre, une salle de bain et WC côté cour.

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    Plan du premier étage © Fonds Dommée Archives de Saint-Nazaire

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     Celui des locataires, deux chambres et un living en façade, une cuisine, une chambre, une salle de bain et WC côté cour.

    Un hall commun donna sur la chaufferie et le garage accessible depuis la cour, et conduisait à un second hall avec montée d’escalier, en chêne teinté à rampe d’acajou, conçue pour desservir une résidence privée et non un immeuble de rapport, avec par-dessous l’accès à une cave.  

     

    La maison fut livrée au printemps 1958, et s’accompagna d’infiltration au niveau de la terrasser du bowwindow.

     

    Au bout de quelques années le bail du premier étage fut arrêté et la maison entièrement investie par le couple Blancho ; le cuisine du premier étage fut transformée en buanderie.

    Vendu à la Ville après le décès de François Blancho, qui ne la concevra qu'un temps et la revendit à un entrepreneur, elle fut à nouveau vendue en 2008 à un promoteur. La maison était habitée à l’année mais avait depuis longtemps un aspect fantomatique. Le jardin était moussu et rase, la façade piquée par le sel et les embruns, on ne nettoyait plus les vitres et les rideaux, obligeant à conserver quelque soit l’heure du jour des lampes d’appoint allumées.

    A peine vidée, la villa fut vandalisée, comme le montrent ces photographies prisent le 13 juin 2008, obligeant le promoteur à faire murer les lieux.

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    Façade © Odoevsky Maslov

     

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    Bowwindow et terrasse © Odoevsky Maslov

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    Hall © Odoevsky Maslov

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    Montée d'escalier © Odoevsky Maslov

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    Détaille de la rampe © Odoevsky Maslov

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    Cheminée du living © Odoevsky Maslov

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    Bureau de François Blancho © Odoevsky Maslov

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    Le living du premier étage devenu chambre de maitre © Odoevsky Maslov

     

    S’en suivirent treize années de procédures pour aboutir à projet énoncé le 23 avril 2021 dans l’Echo de la Presqu’Ile.

     

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    Villa Ker Jean Léone le 14 mai 2021 © Odoevsky Maslov

     

    [1] https://actu.fr/pays-de-la-loire/saint-nazaire_44184/saint-nazaire-sur-le-front-de-mer-la-maison-de-lancien-maire-va-etre-rasee-pour-construire-des-logements-haut-de-gamme_42955431.html?fbclid=IwAR0AbuZppZntw_16wSgS4uvRD9tiE4yBHnOMsIxmgehrbpHXlbgPzg3ufn8

    [2] https://archives.saintnazaire.fr/ark:/28388/gjl6zd17cxh4

  • Narcisse Pelletier

    Le don de la moitié du budget nécessaire à la restauration du monument funéraire de Narcisse Pelletier au cimetière de La Briandais à Saint-Nazaire a été voté par le Conseil de Saint-Gilles-Croix-de-Vie le lundi 10 mai 2021 au soir.
     
    La finalisation de l'intervention de la Ville de Saint-Nazaire encours.

  • Les Joly, une famille de commerçants

    S’il est une famille de commerçants qui marqua durablement la mémoire des Nazairiens, ce sont les Joly, qui durant un siècle furent à la tête de certains de plus grands magasins de confection et vente de vêtements de Saint-Nazaire.

     

    Les Joly sont originaires de la région de Saint-Brieuc, ils s’établirent à Saint-Nazaire en 1855 avec Prosper-Marie Joly, (La Chèze 29 mai 1804 - Saint-Nazaire 27 février 1871), qui fut d'abord appareilleur à Plouër-sur-Rance, puis contremaitre à Saint-Julien-de-Concelles, et qui s'établit à Saint-Nazaire où ouvrit un commerce de confection pour homme rue de Villès Martin, à l’emplacement de ce qui fut ensuite le Grand Hôtel des Messageries, actuel Lycée expérimental. Mais le magasin étant trop petit et mal situé à l’époque, il déménagea au 2 rue Villès Martin, à l’angle de la rue de la place des Bassins. Son commerce, sous l’enseigne Au Progrès, était fleurissant, et il a laissé dans la mémoire nazairienne la figure d’un vieux monsieur sympathique qui se dépassait dans un demi-tonneau[1]  « minuscule » tiré par un poney, et dont les écuries étaient rue de la Gare[2]. Il avait acquis aussi une partie de l’ancienne ferme de Bellefontaine, face au Rocher du Lion, où il se fit construire un chalet de plaisance qu’il baptisa Pro Leo, (Le Lion).

    Il laissa plusieurs enfants, dont des fils qui furent aussi dans la confection :

     

    1. Prosper Ier Marie Joly, (La Chèze 29 mai 1804 - Saint-Nazaire 27 février 1871), époux de Rosalie-Jeanne-Joséphine-Athalie Glemée, (Plouër-sur-Rance 1820 - Saint-Nazaire 6 mai 1893)[3], d’où :
      • Prosper II Marie-Joseph, (Plouër-sur-Rance 13 septembre 1839 – Saint-Nazaire 10 août 1920), marié le 21 août 1872 à Saint-Nazaire, avec Rose Couronné, (Saint-Nazaire 25 février 1855 – 6 mai 1945)[4], d’où :
        • Prosper III, (Saint-Nazaire 11 septembre 1873 - Saint-Nazaire 16 septembre 1943), clarinettiste doué, il fut le solo de la musique de son régiment[5]; marié le 19 octobre 1901 à Toulouse avec Jeanne-Alexine-Léonie Serville, d’où
          • Marie-Thérèse, (Saint-Nazaire 15 novembre 1904 - Anglet 1er juillet 2006), mariée civilement le 22 septembre 1925 à Saint-Nazaire, et religieusement le 23, avec Charles Alcide Victor Picaud, (Nantes 25 septembre 1897 - Bayonne 26 septembre 1988), administrateur d'immeubles à Paris en 1946, (à l’occasion de leur mariage, son père invita tous ses employés au mariage religieux et n’ouvrit aucune de ses boutiques).
        • Raoul (décédé à l’âge de 10 mois le 2 janvier 1876 à Saint-Nazaire)
        • Raoul (décédé à l’âge de 8 mois le 2 octobre 1876 à Saint-Nazaire)
        • Rose, (Saint-Nazaire 11 décembre 1879- Nice 19 mai 1952), épouse de Simon Arnaud, (1868- Nice 1949), capitaine au long cour, chevalier de la légion d’honneur et officier du mérite maritime, croix de guerre, avec qui elle était établit à Nice, au palais Flora 72 rue Aubert ;
        • Alice (Saint-Nazaire 24 aout 1881 – Saint-Nazaire 21 juillet 1952) ;
        • Karl Joly, (Saint-Nazaire 14 mars 1889 – Saint-Nazaire 8 mai 1974), marié le 3 mars 1920 à Saint-Nazaire avec Geneviève-Jeanne-Marie Moyon, (Nozay 1887- Saint-Nazaire 3 décembre 1973), fille de Euphrem-Marie Moyon, pharmacien, et de Geneviève-Marie-Eugenie Tilly, elle était veuve de l'industriel poulieur nazairien Georges-Louis Certain, (1882- ), dont elle eut un fils :
          • Georges-Gabriel-Euphrem Certain, (Saint-Nazaire 25 mai 1909 - ), marié à Paris 20° le 25 mai 1932 avec Raymonde-Jeanne Huart ;
      • Rosalie (1841 - 15 juin 1869) ;
      • Emile ;
      • Constant ;
      • Philomène-Françoise, épouse de Rosendo-Apollinaire Blanco, (Tapia (province d'Oviédo) 1842 - Saint-Nazaire 10 juillet 1903), consul du Chili à Saint-Nazaire[6];
      • Marie-Françoise-Augustine-Emilie, (Plouër-sur-Rance 24 novembre 1845 - ), rentière, mariée 1er avec Eugene Victor Dulauroy, († à l’âge de 40ans le 23 janvier 1879 à La Roche-sur-Yon), capitaine d’infanterie ; 2ème le 7 septembre 1880 à Saint-Nazaire avec Michel dit Simon Nicolas (Thionville 1834 -  Saint-Nazaire 7 juin 1887), capitaine d’infanterie à la retraite, chevalier de la légion d’honneur ; d’où des deux lit :
        • Alexandre Dulauroy, († 11 jours le 14 aout 1877) ;
        • Jules-Gaston Nicolas, (La Roche-sur-Yon 21 décembre 1881 - Nantes 5 novembre 1965), marié le 24 novembre 1919 à Saint-Denis avec Jeanne-Marie Guerrier ;
        • Jeanne-Marie-Amélie Nicolas, (Saint-Nazaire 1er mars 1884 – Paimboeuf 6 novembre 1960) mariée le 25 avril 1916 au Mans avec Yves Quntin dont elle divorça.
      • Auguste-Joseph, (né à Saint-Julien-de-Concelles 23 janvier 1852 – Saint-Nazaire 2 avril 1884), époux d’Eulalie-Berthe Oland,
      • Joseph-Théogene, (Saint-Nazaire 4 janvier 1856 - L'Île-d'Yeu 14 septembre 1901 marié le 4 mai 1882 à Saint-Nazaire avec Marie Julie Boyée, (Saint-Nazaire le 20 octobre 1856 - ) , d’où :
        • Madeleine-Jeanne, (Saint-Nazaire 17 décembre 1888 - Saint-Nazaire 23 mars 1891) ;
        • Edmond, (L'Île-d'Yeu 10 mars 1900 (samedi) - Le Bourg - Saint-Brevin-les-Pins 7 mai 1975), marié le 14 juin 1924 à Saint-Nazaire avec Hélène Pauline Marie Thoby, (La Chapelle-des-Marais 12 septembre 1893 - Saint-Nazaire 3 février 1981)[7]
      • Amélie (1858 – 1er janvier 1864) ;
      • Natalie (mars 1862-1er septembre 1862)

     

     

    Les fils de Prosper-Marie furent tous dans la confection masculine, (chemisiers, chapelier, tailleur).

    Prosper II ouvrit sa boutique au 46 rue de Nantes, actuelle Henri Gautier, sous l’enseigne La Belle Jardinière, immense magasin qui faisait l’angle avec la rue de l’Amiral Coubert, et qui resta longtemps le plus important de la ville, et il ouvrit sous la même enseigne des succursales à Guérande, Savenay, Pontchâteau et Blain[8].

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    L’enseigne parisienne Belle Jardinière de Paris, qui avait des succursales à Lyon, Bordeaux, Angers, et Nantes, publiait sur ces publicités qu’elle n’avait pas de succursale à Saint-Nazaire. La boutique de Saint-Nazaire resta dans sa descendance en indivision. Les héritiers se partagèrent les autres boutiques, dont la direction fut confiée à Prosper III, et touchèrent des indemnités de guerre pour la destruction du magasin de Saint-Nazaire durant les bombardements. Seul Karl sorti de l’entreprise de Prosper II, préférant reprendre la boutique des ses oncle Constant et Emile. Emile avait repris le commerce paternel de Prosper Ier ; Constant avait ouvert en face, au 1, A Jean Bart, mais peu doué pour le commerce il rejoint rapidement Emile.

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    L’ancien A Jean Bart devint Au printemps propriété de monsieur Aymard, puis de monsieur Laurenceau en 1910. Emile et Constant nommèrent leur commerce commun Au Projet et A Jean Bart qui devint ensuite Au Meilleur Marché de Saint-Nazaire ; ce magasin était spécialisé dans le commerce de confection et nouveautés pour homme et pour la Marine. La dizaine de vendeurs étaient polyglottes, il y avait aussi un atelier d’une quinzaine de couturières. En 1919, Emile et Constant laissèrent le magasin à leur neveux Karl, qui renomma le magasin A la Ville de Saint-Nazaire, qu’il vendit par acte passé chez maitre Eugene Baudry à Montoir de Bretagne le 20 octobre 1941, à la société parisienne A. Jacques Molay[9]. Cependant l’entreprise de Karl n’était pas sans lien avec celle des ses frère et sœur héritier de la chaine A la Belle Jardinière, comme en témoigne un procès gagné par mère, son frère et sa sœur contre la Nouvelle société A la Ville de Saint-Nazaire, qui fut contrainte à leur verser 8.750 fr avec intérêts et droit à la date du 31 mars 1942, en vertu de l’ordonnance du Président du tribunal de Saint-Nazaire en date du 8 juillet 1942. Ajoutons aussi qu’en mai 1923, la municipalité s’adressa à Prosper III et à Karl Joli pour la réalisation de l’habillement de la police municipale.

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    Karl habitait 12 rue Thiers, (rue disparue située à l'emplacement de la place d'Amérique Latine), dans l'hôtel particulier du premier époux de sa femme, mais il avait hérité d’une partie du terrain de la demeure de son grand-père, environ 5000m² et y avait fondé un chenil d’élevage de bassets-bleus et de fox-terrier-à-poils-durs, connu sous le nom de Chenil du Rocher du Lion. le chenil a aujourd'hui disparu pour faire place à l'immeuble Le Cervantes ; la maison existe encore au 1 chemin du Rocher du Lion. C'est Paul Doucet, marchand de cycles, qui en fit l'acquisition à la veille de l'Occupation.

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    Plan de la propriété de Karl Joly chemin du Rocher du Lion, relevé par Jacques Dommée pour monsieur Paul Doucet, Fonds Dommée, Archives de Saint-Nazaire.

     

    Face à La Belle Jardinière, au 46 rue de Nantes, de l’autre côté du carrefour, Joseph-Théogene, fonda Au Bon Diable, qu’elle vendit en 1899 pour aller s’établir sur L'Île-d'Yeu. Ce magasin devient ensuite Les Grands magasins Paris Saint-Nazaire, et fut l’une des plus grosses enseignes de la ville, qui outre de la confection et des nouveautés, vendait aussi du mobilier.

    Auguste fut chapelier, rue du Four Marsain, mais il décéda à 32ans.

     

    La plus art des membres de cette famille sont inhumés au cimetière de La Briandais, dans deux caveaux voisins à l’entrée.

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    [1] Un demi-tonneau est une voiture hippomobile deux roues à caisse arrondie, doté de deux bancs face à face dans le sens longitudinal. On y monte par l’arrière et la conduite se fait assise en biais. Le modèle à quatre roues se nomme tonneau.

    [2] Cf. Silhouettes Nazairiennes dans Le Courrier du Saint-Nazaire du 17 janvier 1931, signé par Joyeuse, l’un des pseudonymes de Renée Bernard, surtout connue sous celui de Jacqueline Bruno.

    [3] Fille de Joseph Glemée, de Marie Cornouaille.

    [4] Fille de Jean-Jacques-Edouard Couronné, (1814-1858), pilote, et de Rose-Julie Henry, (1824-1866), débitante de Tabac, elle-même fille de pilote.

    [5] Cf. Silhouettes Nazairiennes dans Le Courrier du Saint-Nazaire du 17 janvier 1931.

    [6] A propos des consuls nazairiens : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/04/08/consuls-et-vice-consuls-nazairiens-6142257.html

    [7] Fille de Jean-Marie Thoby, peintre en bâtiment à Saint-Nazaire.

    [8] Cette succursale héritée par Prosper III, fut vendue le 11 février 1934 chez maitre Fonteny notaire à Savenay, à Henri-Charles-Hyacinthe Grimault, employé de commerce, à Dol de Bretagne, et son épouse Henriette Jestin.

    [9] Siège social 181 rue du Temple à Paris ; la jouissance fixée au 1er novembre 1941.

  • Trains fous en Gare de Saint-Nazaire

    Nous avons tous vu un jour l’image du train ayant traversé la façade de la gare Montparnase du 22 octobre 1895, et dont la locomotive folle alla s’écrasera un étage plus bas sur la place. Mais savez-vous que l’ancienne gare de Saint-Nazaire connu trois accidents semblables ? Oui, vous avez bien lu, il en eut trois ! Il faut dire que jusqu’à la in de la première-guerre-mondiale ce genre d’accident était commun dans les gares dites « Terminus », c’est-à-dire en impasse, et de façon plus générale les accidents de train sur la ligne de la Compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans (PO), à qui appartenait les tronçons de la Presqu’Ile étaient réguliers au point qu’on n’en parlait jamais dans la presse sauf quand il était meurtrier ou particulièrement impressionnant.

     

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    Ancienne Gare, état d'origine.

     

    Les trains, quelques soient leur provenance, devaient décélérer au nouveau de la Croix Amisse, et ne pas dépasser les 25 km/h à partir de ce point. Les trains devaient ralentir. En 1892, le mécanicien d’un train venant du Croisic n’avait pu freiner et le train entra en plein vitesse dans la gare, explosa le butoir, passa par-dessus le quai et au travers de la façade de la Gare de Saint-Nazaire au niveau deux arches qui sont à votre droite quand vous lui faite face. Cela arriva une nouvelle fois en 1907, mais cette fois le train traversa le centre de la façade ; le mécanicien sauta de la locomotive avant l’impact. La même année la Gare de Guérande vit elle aussi un convoi sorti de sa voie et se retrouver sur la route d’Herbignac. Par miracle, il n’eut aucun blessé ou tué dans ces accidents, mais durant l’année 1907, la ligne Paris-Saint-Nazaire connu plusieurs accidents meurtriers, avec des effondrements de viaducs dans la compagne angevine et mayennaise.

     

    Le seul accident en gare de Saint-Nazaire sur lequel nous sommes bien renseigné, et celui du samedi 8 octobre 1927. Ce genre d’événement étant alors devenu rare, la presse locale et la presse parisienne le couvrirent.

    L’Express 115 à destination de Saint-Nazaire, parti de Paris à 16h40, comportant six voitures de première et seconde classe, mais pas de troisième, ce qui était suffisamment rare pour que nous le soulignions. Il devait atteindre son terminus à 23h43. Arrivé à La Croix Amisse, il devrait ralentir fortement pour passer de 70 km/h à 25km/h ; le mécanicien, monsieur Chapineau, du Dépôt d’Angers, s’aperçu que les freins ne fonctionnaient plus. Il tenta de battre machine arrière, et demanda au chef de train, monsieur Barbin, lui aussi du Dépôt d’Angers, de faire fonctionner les freins à main, en le prévenant à l’aide de coups de sifflet, mais les freins à main ne fonctionnèrent pas non plus. Le train arriva dans la gare à la vitesse de 65km/h à 23h37. Sur la voie n°1 se trouvaient par chance une rame de wagons de marchandises vides, la Rame 132, dans laquelle s’enfonça la locomotive de l’Express, propulsant les wagons de la rame à l’arrêt contre le butoir d’arrivée qui céda. Les wagons passèrent par-dessus le quai, défoncèrent la façade de la Gare sur une longueur de quinze mètres, soit les deux arches à droite quand on fait face à la façade.  Deux wagons atterrirent dans le jardinet qui la longeait alors le devant, arrachant un arbre et la grille qui séparait le jardinet de la place. Heureusement le premier wagon sorti se mis de travers, empêchant que le matériel ne se retrouva sur la chaussée. Dans l’Echo de la Loire du 10 octobre 1927 un témoin qui passait au moment où arriva l’accident, dit qu’il avait entendu comme un bruit de tonnerre venant de l’intérieur de la gare, puis quelques secondes plus tard, il vit la masse sombre de la rame tamponnée trouée le mur d’enceinte de la gare et tombe dans le jardin. En même temps que la véranda brisée tombait en mille éclats, d’énormes pierres étaient projetées en l’air sous la violence du choc, et un nuage, « qu’on pouvait croire de fumée », emplissait l’atmosphère. Puis tout retomba dans le calme de la nuit que rompait seul les accords de musicaux arrivant du café Lièvre, situé en face de la gare, sortaient les soupeurs danseurs de « La Flamande des Clochards », organisée par Le Clochard Club[1] , un des fêtards dit que « le train voulait venir danser le Charleston » et que le mécanicien avait « été soudoyé par la Chambre de Commerce pour qu’on réalisa les travaux qu’elle espérait depuis longtemps », (En effet, la Chambre de commerce sollicitait depuis 1925 la Compagnie de chemin de fer pour qu’elle modifia les accès de la gare afin de les rendre plus fluide). « On se serait cru au cinéma ! » dit un témoin au journal La Presqu’Ile Guérandaise du 16 octobre 1927. La locomotive de l’Expresse eut ses tandems brisés et ses tôles tordues. Il n’y eu aucun blessé. En dehors du mécanicien et du chef de train, il y avait douze passagers dans l’Express. Seul un gendarme de la brigade de Saint-Nazaire eu à se plaindre d’un mal au genou, et une voyageuse d’une éraflure à la main. Le chef de Gare, monsieur Grangien, fit évacuer les passagers, puis les wagons de l’Express, et rédigea le rapport. Le bruit avait réveillé le quartier, et les curieux étaient nombreux dans la nuit. Au matin, la ville défila devant la gare, photographie par monsieur Rébin, photographe du studio Express Photo, prit des vues qui furent publiées dans les journaux.

     

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    Photographie par monsieur Rébin prise le 11 octobre 1927 et publiée dans Le Courrier de Saint-Nazaire du 15 octobre.

     

    Ce fut l’entreprise Audrain qui fut chargée du déblaiement et de la consolidation qui débutèrent dès 7h du matin. La PO délégua pour enquête messieurs Lequoy, inspecteur principal, Coez chef de section, et le Baron, chef de district. Le dernier wagon fut retiré le 13 octobre, on ne publia jamais le résultat de l’enquête, et l’origine de la panne de freins demeure inconnue. L’accident entraina la modification de l’accès à la gare, le jardinet fut remplacé par un perron, couvert en 1930 par une marquise.

     

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    Façade avec le perron

     

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    Façade avec la marquise

     

    [1] Une flamande est à l’origine une fête donnée entre brigands, par dérision une société de fêtard, et dans les années de l'entre-deux-guerres il était à la mode à Paris de s'encanailler dans des soirées mondaines où tous étaient déguisés en clochards. Le Clochard Club, fondé cette année-là, dont le siège social était l’Hôtel des Colonies, puis à L’Hôtel de la Gare, et à partir de 1930 au Café des Sports de la rue Amiral Courbet, intitula les repas dansants qu’il organisait sous cet adjectif. Un orchestre, le Big Jazz, y jouait les danses contemporaines, il organisait des repas dansant au café Lelièvre, mais aussi des bals masqués à la Salle des Fêtes. Regroupant surtout des gens de moins de 30ans, le comité se composait de chanteurs, de musiciens, de peintre, de décorateur et même d ‘architectes. C’était une sorte de Montparnasse à Saint-Nazaire, image des Années Folles, qui avait des bannières portant la devise : « Rire, santé, gaité ». Le Club se développa suffisamment pour organiser aussi des fêtes sur la côte hors Saint-Nazaire. La réputation de la qualité de ses événements fit que même le maire, François Blancho, y participait régulièrement.

  • Histoire & Patrimoine n°100

    Le numéro 100 de la Revue Histoire & Patrimoine, revue de l’APHRN, se trouve en kiosques ce matin, (ici : la liste des points de ventes : https://aphrn-asso.fr/points-de-vente/ ), elle peut aussi être achetée via le site de l’APHRN, y compris en version numérique.

    APHRN, Histoire&Patrimoine,Claude Thoméré,  Emmanuel Mary, Daniel Sauvaget, Christophe M. Josso, Jocelyne Le Borgne, Jean de Saint-Houardon, Loup Odoevsky Maslov, Estuaire, presqu'ile, Saint-Nazaire

    Ce numéro 100, (auquel il nous avons été une fois encore invité à participer, avec la seconde partie d’une biographie du nazairien Gustave Bord), est feuilletable sur le lien suivant : https://online.fliphtml5.com/qnsyv/jiwh/#p=1 ).

    Il rassemble comme toujours des articles intéressants sur l’histoire de Saint-Nazaire et de la Presqu’ile et de l’Estuaire, mais qu’il me soit permis de saluer particulièrement certains contributeurs pour l’excellence et la pertinence de leurs recherches :

    Ainsi, dans l’ordre d’apparition dans la publication :

    • Claude Thoméré, avec son étude historique et onomastique « Le verrou de Méan - Origine du nom de quelques anciennes îles de l’embouchure de la Loire», dont la lecture fera pour la majorité d’entre vous des éléments jusque-là inconnus ;
    • Emmanuel Mary, qui nous apprend des éléments pertinents et inédits dans « Usine élévatoire – Saint-Nazaire, Ville d’Art et d’Histoire - L’inscription au titre des Monuments Historiques », et nous fait ainsi découvrir véritablement un monument nazairien qui était jusqu’à cet article si mal connu ;
    • Daniel Sauvaget, avec ses articles «Sentinelles de la mémoire » et « Georges Bareau, sculpteur nazairien », nous fait comprendre la valeur patrimonial et artistique des monuments aux morts en les resituant dans le contexte du traumatisme de la Grande-Guerre, tout en nous éclairant sur un artiste à redécouvrir ;
    • Christophe M. Josso, avec « Le cépage nommé “Aunis”, de Guérande à Sarzeau I – Introduction : Les cépages connus en Bretagne», qui est une véritable étude de ce patrimoine actuellement perdu, et qui pourtant fut notre quotidien jusque dans la première décennie de la seconde partie du 20ème siècle.
    • Article que complète admirablement celui de Jocelyne Le Borgne, avec « Vignes et vendanges à Mesquer – 1412-1912 », qui replace dans le contexte humain et séculaire, et qui une fois de plus nous délivre la mémoire de Mesquer, qui sans les publications de madame Le Borgne, serait probablement oubliée et inconnue du grand public ;
    • Et enfin, Jean de Saint-Houardon, avec « Conlie : l’humiliation - La terrible aventure de l’Armée de Bretagne (1870-1871) ». Jean de Saint-Houardon, à propos de qui écrire qu’il a une fois de plus dire produit un travail excellant semble une redondance, tant c’est un plaisir à chaque fois de lire ses publications.

     

  • Narcisse Pelletier, reportage de France-Culture

     

    Narcisse, pPelletier, Saint-Gilles, Saint-Nazaire, France-Culture, Yves-AumondNarcisse, pPelletier, Saint-Gilles, Saint-Nazaire, France-Culture, Yves-Aumond

    Messieurs Yves Aumont et François Teste, dans le cadre de la série de documentaires « Une histoire particulière », sont venus en janvier dernier à Saint-Nazaire interroger l'auteur de ce blog à propos de Narcisse Pelletier[1], occasion de parler brièvement de la vie de cet homme au destin incroyable, de la restauration de sa tombe qui débutera au printemps 2021 grâce aux co-financement des villes de Saint-Gilles-Croix-de-Vie et de Saint-Nazaire, sur l'initiative de l'auteur et avec l'aide des Amis de Narcisse, association internationale qui a maintenant son antenne à Saint-Nazaire.

     

    Les passages enregistrés à Saint-Nazaire l'ont été au phare de la Tour du Commerce, grâce l'intervention de monsieur Emmanuel Mary, chargé des missions patrimoine de la Ville de Saint-Nazaire, et à la bienveillance de monsieur Michel Ray, adjoint à la Culture ; sur la plage de Porcé, où Narcisse expliqua à la famille Bord, à l’aide d’un grand dessin, un jour de 1877, le Rêve, mythe de la Création selon la nation Aborigène ; et enfin, au cimetière de La Briandais, devant la tombe où repose Narcisse avec son épouse.

     

    Le documentaire, en deux parties, est audible sur les liens suivants :

    Première partie, sa jeunesse à Saint-Gilles, et son naufrage : https://www.franceculture.fr/emissions/une-histoire-particuliere-un-recit-documentaire-en-deux-parties/yukio-mishima-1925-1970-le-labyrinthe-des-masques

     

    et

     

    Seconde partie, son retour en France et sa vie à Saint-Nazaire :

    https://www.franceculture.fr/emissions/une-histoire-particuliere-un-recit-documentaire-en-deux-parties/narcisse-pelletier-laborigene-vendeen-22-le-paria-des-iles

     

     

    [1] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/09/22/narcisse-a-saint-nazaire-6177707.html

  • La croix de Heinleix

    La croix de Heinlex était une croix de chemin dont la disparition est l’objet de légendes urbaines qui prétendent un renversement par un camion allemand ou un broyage par un char étasunien. Deux affirmations fausses, comme nous allons l’expliquer.

    croix de Heinlex

    Le Croix d’Heinlex avant 1914

     

    La Croix d’Heinlex se trouvait face au portail du parc du château d’Heinlex, portail de pierres et briques, fortement endommagé, disparu il y a quelques années pour laisser place à la voie qui désert la « Résidence Tricastel ».

     

    croix de Heinlex

    Emplacement de la croix vers 1905

     

    croix de Heinlex

    Emplacement de la croix, vue en 2008, © Google Maps

     

    croix de Heinlex

    Emplacement de la croix et du portail, vue en 2019, © Google Maps

     

    Elle fut inscrite à la liste des Monuments Historiques le 18 octobre 1944 car elle était réputée dater du XIIIème siècle. C’était une croix latine simple, au sommet d’une colonne dotée d'un chapiteau et qu'une base de facture grossière, elle-même posée sur un piédestal rectangulaire en moellons assemblés probablement plus récent. Cependant, quand son classement fut décidé, la croix avait déjà disparue. En effet, elle était tombée de son socle par manque d’entretien, et un article du Courrier de Saint-Nazaire du 6 févier 1941 nous apprend que la croix proprement dite et la colonne, qualifié de incorrectement de  « calvaire [fut] pieusement recueilli et abrité dans une maison voisine ». Une photo du piédestal publiée dans le même journal le 14 novembre 1941 montre le piédestal intact.

    croix de Heinlex

    Piédestal de la croix de Heinlex en 1941, photographie d'Alex Bernard fils,

    publiée dans Le Courrier de Saint-Nazaire du 14 novembre 1941

     

    Malheureusement jamais remise en place, les éléments ont été perdus car on ne s’y est pas intéressé au moment de la Reconstruction, les priorités étant ailleurs, et la base du monument a disparu avec l’élargissement de la route du Haut Rocher. Ce n’est qu’en 1960 que Ferdinand Guériff remémora aux Nazairiens son existence, mais sans donner de détail à propos de sa disparition autre que « disparue durant la guerre », ce qui entraina les légendes citées.