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  • Alphonse Pinguet

    Les halls de Méan sont l’un des rares exemples de l’architecture municipale de la ville datant du 19ème siècle. Si les Nazairiens connaissent le site, Alphonse Pinguet, l’architecte qui les réalisa, demeure encore inconnu de la population. Voici quelques éléments biographiques :

     

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    Les halls de Méan-Penhoët © Ville de Saint-Nazaire

     

    François-Alphonse Pinguet, dit Alphonse Pinguet, est né à Saint-Benoit-du-Sault 16 décembre 1832, de Jean Pinguet, né en 1805, perruquier, et d’Adélaïde Saller.

    Il fut d’abord professeur de langues à Montmartre, mais ayant rencontré une nantaise, Marie-Constance-Emma Jaudeau, née le 13 décembre 1822, rentière, veuve de Louis-Emile de La Guérandière, il l’épousa à Nantes le 20 octobre 1856, et s’établit en cette ville comme architecte en 1857, et y fit venir sa mère alors veuve. De son union naquirent : Anthime, décédés le 31 décembre 1866, enterré au cimetière de La Briandais ; et François-Joseph, né à Nantes le 2 janvier 1863.

    Il commença à répondre à quelques commandes à Saint-Nazaire et fut rapidement remarqué par l’ingénieur en chef des Ponts-et-Chaussées, Paul Leferme. Il retrouva à Saint-Nazaire l’ingénieur entrepreneur Alcide Bord[1], natif comme lui du Berry. Alcide, qui participait aux travaux du port, et avait acquis pour spéculation la métairie de La Vacquerie et le vallon de Porcé, lui commanda la réalisation de plusieurs villas sur ce site. Ainsi, furent construis en 1858 les villas Les Glycines, Les Camélias, Les Acacias, toujours subsistantes à Porcé, et le château des Charmilles avec ses dépendances, dont il reste les ruines du château et la maison de plage, dite depuis villa les mouettes, dont la restauration va être entreprise par la municipalité. Il est intéressant ici de noter que ces demeures furent réalisées avec des matériaux préfabriques, (carreaux de ciments, briques, etc.), avec l’incorporation pour poutres de fer et de colonnes de fonte, avec des extensions ou dépendances sans fondations, mais simplement posées sur des bordures de granites, sur lesquelles reposent une structure en bois, entre les poutres desquelles sont assemblées des briques. C’est le cas pour les deux ailes encadrant la maison de plage du Château des Charmilles, mais aussi sur des annexes disparues : la menuiserie, les écuries, et le pavillon du gardien. Ce genre de méthodes de construction rapides et peu onéreuses ont été réfléchies par Viollet-le-Duc.

     

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    Le pavillon de plage du château des Charmilles à Porcé en 1905

     

    Alphonse Pinguet devint architecte-voyer de la ville en avril 1866, ce qui le rendit auteur des dessins des égouts de la ville, et l’incita à quitter Nantes pour venir s’établir rue de L’Hôtel de Ville avec sa famille. Il fut chargé de l’édification de nombreuses demeures et immeubles en ville, essentiellement autour de la place Marceau, dont certains pour le comte de l’ancien ministre de la Guerre, Alphonse Henri d'Hautpoul, qui spécula lui aussi à Saint-Nazaire. La ville lui fit la commande en 1875 de plans pour la transformation de l’ancienne minoterie en un théâtre de 700 place. Les plans furent exposés à la librairie Blanchet, où les Nazairiens se percèrent, la ville voulait créer une société par actions afin de mener à bien le projet, mais se montra incapable de le faire. Le théâtre ne vit pas le jour. En 1877, la municipalité lui fit la commande des Halls en 1877. Le bâtiment en fonte, est construit suivant la même méthode que les annexe précédemment mentionnées, la fonte remplaçant le bois, ce qui permet le transport sur un autre site de cette structure, en 1936, depuis le centre-ville jusqu’à son empalment actuel à Méan-Penhoët.

    Entre autres commandes notables, citons : la chapelle funéraire de la famille Bord au cimetière de la Briandais, l'école (de garçons) de Saillé en 1882, toujours existante, et qui a conservé son aspect originel[2].

    Il fit parti de la commission chargée de trouver un local pour les cholériques en novembre 1884, et en 1887, il fut chargé de l’édification des immeubles entre la vieille-ville et le bassin.

    Alphonse Pinguet était membre de la Société française pour la conservation des monuments historiques et réfuta quelques-unes des affirmations de Léon Maître en question d'archéologie (lui-même en conflit avec René de Kerviler) en s'appuyant sur les observations du sol nazairien qu'il avait pu faire durant ses chantier[3].

    Sa mort, soudaine, fut relatée dans Le Phare de la Loire du 9 janvier 1888 : « On nous écrit de Saint-Nazaire, le 7 janvier : Ce matin à onze heures, dans la rue de Pornichet, monsieur Alphonse Pinguet, architecte-voyer de la ville, était à faire tracer une tranchée avec son fils et le nouvel entrepreneur des travaux d’égouts, lorsqu’il s’affaissa sans prononcer une parole, On s’empressa autour de lui, mais en vain, et monsieur le docteur Griffon du Bellay[4], appelé en toute hâte, ne put que constater le décès. Monsieur Pinguet, âgé de 55 ans, souffrait depuis quelque temps d’une maladie de cœur. Monsieur Pinguet était un homme instruit et laborieux. Il sera généralement regretté. »

    Il fut enterré au cimetière de La Briandais, en présence du sous-préfet Planacassagne ; du secrétaire de sous-préfecture s Bousseau ; de René de Kerviler ; du docteur Griffon du Bellay ; du conservateur des hypothèques Trévédy ; de Henri Duval, président de la chambre de commerce ; de presque tout le corps municipal ; d’un détachement des sapeurs-pompiers ; de messieurs Simon et Breton, officiers du génie ; de l’inspecteur primaire Labeyrie, etc. Le maire de Saint-Nazaire, Fernand Gasnier, fit le discours au cimetière. Sa sépulture a été dessinée par lui.

     

    Durant la séance du Conseil municipal du 22 janvier 1888, on établit l’annonce pour la recherche d’un successeur à Alphonse Pinguet, avec un traitement de 5.000fr l’an. Le 26 octobre suivant, le Conseil vota un secours de 600 fr à sa veuve.

     

    Sa mère décéda le 30 décembre 1892 ; sa veuve mourut à Nantes le 12 septembre 1897 ; elles furent toutes deux inhumées avec lui au cimetière de la Briandais.

     

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    [1] A propos d’Alcide Bord et de Porcé : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/06/13/le-chateau-de-porce-a-saint-nazaire-premiere-partie.html

    [2] Relevé par la Région Pays de la Loire https://www.patrimoine.paysdelaloire.fr/linventaire/detail-notices/IA44003808/

    [3] Cf. Congrès archéologique de France : séances générales tenues à Nantes en 1886)

    [4] Biographie du docteur Marie-Théophile Griffon du Bellay : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/04/06/un-explorateur-a-saint-nazaire-6141851.html

  • Le général Marquet

    Parmi les familles qui marquèrent en leur temps Saint-Nazaire, il convint de citer la famille Marquet, dont est issu le général Georges Marquet.

    general Marquet

    Georges Marquet, recevant la réédition des armes de soldats druzes au Djebel el-Druze en 1925.

     

    Les vieux Nazairiens ont encore le souvenir de la villa des Morées[1], vaste demeure aux allures de manoir Louis XIII dans un parc avec dépendances autrefois à la Villès-Martin, proche de Ker Faouet, autre demeure mythique, remplacée par des immeubles. De la villa des Morées, aucune image ne nous est parvenue, mais son souvenir éthéré, surtout de son décors intérieur aux murs couverts de boiseries, meublé en Louis XIV et Louis XV, de consoles en bois dorés à dessus de marbre, avec, dans sa salle à manger dans le style Renaissance, garnie de faïences anciennes, avec un grand aquarium sur un empiétement de ce style, qui était la curiosité du lieu, et une importante collections de meubles, tapis, armes et objets syriens et algériens .

    Cette histoire débute sous les hospices d’un homme dont on a aussi oublié la mémoire, et cela à tort, Octave Fidière des Prinvaux, (Versailles le 3 mai 1855 - Pau le 2 mai 1904), le beau-frère de Gustave Bord[2], critique d’art, qui incita plusieurs des ses amis collectionneurs et artistes à venir séjourner à Saint-Nazaire, et à s’y établir. Nous avions, dans notre article consacré à la villa Minne, déjà eut l’occasion de reparler de cet homme de grande culture[3]. Octave Fidière des Prinvaux était entre autres ami de Henri-Georges-Léopold Marquet, (Sens 5 décembre 1843 - Saint-Nazaire 9 février 1931), sculpteur des monuments historiques, officier d'académie, à qui il fit découvrir notre ville. Fils du suisse de la cathédrale de Sens, Henri Marquet avait débuté sa carrière à l’âge de 18 ans sous les ordres d’Eugène Viollet-le-Duc, qui l’avait remarqué sur le chantier de restauration de Notre-Dame de Paris ; il avait ensuite œuvré à la cathédrale de Sens, l’église Saint-Martin d’Aillant-sur-Tholon, en 1867, mais aussi sur les chantiers de création d’églises de style romane, comme la basilique Notre-Dame d'Afrique en 1872, et quelques autres en Algérie jusqu’en 1896, où de style gothique telle que l’église Saint-Antoine-de-Padoue du Chesnay en 1897. Outre la pierre, il sculptait le bois, et réalisa des meubles et des décors intérieurs d’églises et de châteaux.

    Marié avec Marie Amélie Joséphine Lotz, (Chaintreaux 1848 – Saint-Nazaire 29 décembre 1930), il eut pour enfants[4] :

    1. Henri-Georges-Justin-Nicolas, (Sens 8 août 1868 - Paris 7ème arrondissement, 19 mars 1932), dont nous allons parler plus particulièrement ;
    2. Emile-Jules-Ernest-Antoine, dit Antonio, né à Sens 25 janvier 1870, maître d'armes, sculpteur ; marié le 7 octobre 1893, à Sens, avec Blanche-Pauline-Hyacinthe Renard ; remarié le 13 janvier 1923, à Paris 18ème, avec Madeleine Antoinette Noël ; d’où, du second lit :

    a. Agnès.

    1. Blanche-Marguerite, (1878 – 1964), épouse de Pierre Joudrin, (1867-1947), pharmacien à Saint-Nazaire, rue de l’Océan, juge au tribunal de commerce en avril 1926, tout deux inhumé au cimetière de La Briandais dans le caveau Marquet.

     

    Georges Marquet, sortit sergent de l’Ecole spéciale militaire en 1890, sous-lieutenant aux Tirailleurs algériens le 1er octobre 1891, lieutenant le 1er octobre 1893. Il intégra la Justice militaire au 1er conseil de guerre d'Oran en 1894, comme substitut du rapporteur, puis substitut du commissaire du Gouvernement du 9 janvier 1895 au 31 mars 1995. Il épousa le 25 mai 1895, à Oran, Séraphine-Emilie Commandeur, (Oran 1er avril 1868 - Oran 10 janvier 1958), riche propriétaire de domaines agricoles. Lieutenant officier instructeur à l’Ecole supérieur de guerre le 22 octobre 1895, puis au 130ème régiment d'infanterie à l’Ecole de guerre le 23 octobre 1895, au 102ème le 20 août 1896, le 130ème le 30 septembre 1898. Il eut une fille : Napoléonne-Marcelle, née en 1900. Il retourna en Algérie au 2ème régiment de tirailleurs algériens le 20 nombre 1900, y fut aussi substitut du capitaine rapporteur près du 2ème conseil de guerre de la division d'Oran du 8 mars 1901 au 5 mai 1902. Il fit un stage au groupe de batteries montées de la division d'Oran du 6 mai au 15 juillet 1902 avec grade de lieutenant de première classe, puis au régiment des tirailleurs algériens, au 2ème chasseur d'Afrique du 16 août au 27 septembre 1902, il quitta l'Algérie et devint capitaine au 15ème régiment d'infanterie le 30 décembre 1902, puis au 10ème le 18 1904. Affecté à l'état-major du 19 corps pour y accomplir le stage de deux ans prescrit par la Loi du 20 mars 1880, il entra comme stagiaire au service géographique de l’Armée le 24 novembre 1905, il accomplit une période d'instruction au bataillon d'artillerie de la 1ère division de cavalerie du 15 mai au 15 août 1906. Il fit affecté à l’état-major de la 30ème division à Avignon le 29 septembre 1909. Il fut fait chevalier de la Légion d'Honneur le 12 juin 1910, et fut appelé à l’état-major du Ministère de la guerre avec le général Goirand, il fut envoyé au Maroc comme chef de bataillon, il rentra en France en 1914 à la déclaration de guerre, commandant de régiment, puis de bataillon il reçut une blessure à Tracy-Leval, ce qui lui valut la Croix de guerre. Après rétablissement, il fut envoyé au Maroc pour commander la colonne de Casbahbella, comme adjoint de la subdivision de Zadla, avec le grade de lieutenant-colonel d'infanterie et fut promu au grade d'officier de la Légion d'Honneur. Il y fonda deux postes,puis demanda à retourner sur le front, et y commanda, à partir du 18 décembre 1917, le 171e régiment d’infanterie, avec lequel il se distingua pour avoir, durant 7 jours, conservé ses positions sous le bombardement et les attaques ininterrompus, faisant échouer l’attaque du 4 avril 1918 d’une division allemande, qui subit des pertes plus sanglantes, (citation à l’ordre des armées du 6 juin 1918). Le régiment reçut fourragère aux couleurs de la croix de guerre, et eut deux citations Avec le le capitaine Lhuillier, Georges Marquet reçut les pénitentiaires allemands à La Capelle. Il commanda un temps un régiment mixte de tirailleurs et de zouaves en Pologne, et combattit avec Weygand lors de l’attaque russe contre la Pologne, puis fut nommé à la mission interalliée en Posnanie. Retourné en France avec le grade de colonel, en poste à Rennes[5], il fut chargé en mai 1920 de mener à la caserne gendarmerie du Teilleul, une enquête à propos du meurtre par empoisonnement perpétré par le gendarme Le Borgne sur sa femme[6]. Il fut à l’origine d’un service des fiches de gendarmeries. Il divorça de son épouse, par jugement du tribunal de première instance d'Avignon le 27 janvier 1921. Sa fille, décéda peut après, et fut inhumée au cimetière de La Briandais.

    Apprécier pour ses capacités de commandement objet de la confiance et de l’affection de ses hommes, il fut nommé en cette même année 1921 au commandement de la 65 R. I. de Nantes. Envoyé en Syrie en 1923.

     

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    Au Djebel el-Druze en 1925.

     

    Les Druzes s'étant révoltés, sous la conduite du Sultan al-Atrach, (1891-1982), contre les troupes mandataires, révolte qui perdura jusqu'en 1927, aujourd'hui nommée en Syrie " Révolution nationale ", il combattit dans le Djebel el-Druze, et défendit la citadelle de Damas du 18 au 20 octobre 1925 durant les émeutes qui eurent lieu dans la ville ; puis, le 5 décembre 1925, il  prit d’assaut Hasbaya[7], cité libanaise qui avait été prise par les Druzes le 27 novembre précédent, et libéra le Sud-Est du territoire libanais.

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    Entrée dans Hasbaya, 5 décembre 1925.

     

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    Ville et citadelle de Hasbaya avant la prise par les Druzes.

     

    Ces actes lui valurent d'être nommé commandant des troupes du Grand Liban, la médaille d’honneur de 1ere classe du Mérite libanais par arrête du 23 décembre 1925, « Prenant son commandement où de fort contingents de rebelles mettaient en péril sa sécurité de l’Etat, a galvanisé ses troupes par son énergie, sa confiance et sa bravoure. Les a personnellement conduites à l’assaut de la position fortifiée de Hasbaya qu’il a enlevée après un rude combat. A complétement disloqué les bandes ennemies et libéré le territoire libanais. A bien mérité du Grand Liban », et le 25 décembre il reçut sa quatrième citation à l’Ordre de l’Armée, avec croix de guerre des Théâtres d'opérations extérieurs.

    Il fut promu général de brigade en 1926.

     

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    Signature du général Marquet.

     

    Il prit le commandement du groupe de subdivision n°2 de la 11ème région le 25 février 1927, attaché à l’amiral Préfet maritime à Lorient. A l’occasion des fêtes pour l’inauguration du monument du débarquement des troupes étasuniennes à Saint-Nazaire, en juillet 1926, la ville organisa une exposition d’art ancien et moderne au collège de jeune filles, rue de La Villes-Martin ; Henri Marquet prêta une crédence à deux corps de style Louis XIII, qu’il avait sculpté, et des fauteuil Louis XIV et une bergère Louis XV, alors que Georges prêtât une commode Louis XIV et deux fauteuils Louis XV, ainsi que des objets syriens.

    Le 26 mars 1927 il assistât avec sa sœur aux festivités organisée pour les noces de diamant de leurs parents, dont une messe prononcer le matin en l’église Saint-Nazaire. Il dirigea les manœuvres de l’instruction à Lorient, les 22, 23, et 24 avril 1927. Le 9 février 1928 il reçut la cravate de commandeur de la Légion d’Honneur. Cadre de réserve le 8 août 1929 il quitta le commandement du groupe de subdivision n°2 de la 11e région et partagea sa vie entre la villa des Morées et Paris.

    Il fut président d’honneur de la société d’escrime de Saint-Nazaire en 1929 et membre de la société d’archéologie d’Ille et Vilaine, et se distinguait dans les rues de Saint-Nazaire, par les chaleureuse poignées de mains qu’il adressait aux anciens combattants qu’il croisait, s’enquérant de leur santé et de leur famille. Il épousa à Paris le 29 avril 1930, dans le 18ème arrondissement, Adèle-Anna-Victorine de Murat, (Paris 18ème 16 avril 1871 - Paris 1948), fille de l’architecte Antoine-Victor de Murat, (1840-1895), épouse divorcée le 31 décembre 1929 de Paul-Alphonse Delange, dont elle avait une fille, Madeleine.

    Les décès de ses parents le laissèrent particulièrement affecté.

    Le général Marquet décéda à Paris 7ème le 19 mars 1932. Son corps fut transporté par train à Saint-Nazaire, le cercueil recouvert du drapeau français.

     

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    L’Ouest-Eclair du 25 mars 1932.

     

    De la gare, un char funèbre le conduit en l’église Saint-Nazaire, suivit d’une foule nombreuse, regroupant toute la liste des notables nazairiens de l’époque. Les cordons du poële furent tenus par le docteur Diet, Cambiaggio, directeur de la Compagnie Générale Transatlantique, le docteur Tholon, et le lieutenant-colonel de Saint-Julien, du 65ème régiment d’infanterie, représentant le général comandant du 11ème corps d’armée à Nantes. Le cortège fut précédé par une délégation de la caserne de gendarmerie de Saint-Nazaire, du peloton mobile de la Garde républicaine, et des délégations des Anciens combattants.

    Après la messe de funérailles, son corps fut déposé à La Briandais, sans discours.

     

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    Tombeau de la famille Marquet, dont les sculptures furent réalisées par Henri Marquet

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    Incapable de s’entendre avec son beau-frère et sa belle-sœur pour la conservation de la Villa des Morées, son épouse fit procéder à la vente du mobilier aux enchères le mardi 7 juin 1932, durant laquelle on se pressa, puis de la mise en vente de la maison qui trouva acquéreur en juin 1933[8].

     

     

    [1] Du nom des rochers faisant face à la pointe de La Villès-Martin, où se trouve depuis une balise homonyme construite en 1756.

    [2] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/06/13/le-chateau-de-porce-a-saint-nazaire-premiere-partie.html

    [3] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2020/09/02/la-villa-minne-6260718.html

    [4] Henri-Georges avait eu de sa cousine germaine, Eléonore Leotet, lingère, Henri-Paul (Sens 27 janvier 1867 – 26 octobre 1959), légitimé sous le nom de Gauchet en 1869, par l’époux de se mère, Charles Gaucher, ouvrier boulanger.

    [5] Il y habitait 12 rue Brizeux.

    [6] Le Borgne avait commis ce crime pour épouser sa maitresse, la jeune fille d’un collègue, il fut condamné à mort.

    [7] Ville du Liban, chef-lieu du caza du même nom, dominée par une citadelle, à 58 km au sud-est de Beyrouth. les Français l'avaient délivrée une première fois des Druzes en mai-juin 1860.

    [8] Le décor était composé de mobilier Louis XV, renaissance, provençale, Louis XIV, de meuble en bois dorés, de tapis d’orients, gravures, cadres, lustres, panneaux de bois sculpté, d’un aquarium avec support renaissance dans la salle à manger, collection d’assiettes anciennes, lits à baldaquin, meuble dessus de marbre, boukhara tapis, tapis syriens, meubles syriens et algériens, armes arabes, coussins d’orient, le notaire Labour fut en charge de liquidation de la succession. La vente de la maison fut assurée par l’agent immobilier J. Lemesle, qui s’en fit sa publicité durant plusieurs semaines.

  • Acquisition de La Tour du Commerce par la mairie de Saint-Nazaire

     On le murmurait depuis quelques temps, on ne pouvait pas assurer que cela se ferait, les élections avaient mis en péril le projet, cela n’était pas au programme des candidats, mais c’est officiel ce matin : la Mairie de Saint-Nazaire fait l’acquisition de La Tour du Commerce et de son logis.

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     Initialement construites au 18ème siècle, sur financement des commerçants de la ville, d’où son nom, les bâtiments actuels datant du début du 19ème, sur les plans de J. N. Magin, ingénieur des Ponts et Chaussées. Ce feu fixe, « tour de paradis », fut mis en service 1er janvier 1830 et éteint en 1897 avec son remplacement par celui de la Tour de Kerlédé et des feux de Porcé.

     Le logis, sur élevé d’un étalage vers 1880, vit durant 150ans défilé des générations de gardiens, en charge de La Tour du commerce, puis de Kerlédé et des feux de Forcé, et de leurs familles. C’est dans ce logis que naquit, le 10 janvier 1877, Pitre Grenapin, résistant et maire de Saint-Nazaire.

     Les Phares et Balises, avaient vendu l’ensemble à un particulier en 2006. L’entretient de la Tour entraîna des frais que celui-ci n’arriva pas à couvrir totalement, et en novembre 2019 le site fut proposé à la vente, dans une annonce qui ne précisait pas qu’en plus du logis, la tour était comprise dans l’état. Deux acheteurs contactèrent la mairie pour savoir ce que l’acquisition aurait comme impacte sur leur vie. Ils furent surpris d’apprendre qu’ils ne pourraient pas raser la tour (oui l’un d’entre eux y songeait), et qu’un arrêt de péril était envisagée, la tour menaçant de s’effondrer si des travaux n’étaient pas entrepris, (en cas d’effondrement, une dizaine de maisons seraient impactée, ainsi que le centre de Bonne Anse et la route de la Côte d’Amour). C’est monsieur David Samzun, maire de Saint-Nazaire, qui a proposé l’acquisition par la ville. La restauration va s’inscrire dans le projet de restauration et de mise en valeur des villa Ker Louis (centre de Bonne Anse), et le pavillon de plage du château des Charmilles, (villa bordant la plage de Porcé). Ajoutons que la Tour a conservé son « mobilier technique », ce qui est important pour la compréhension de son fonctionnement et une future muséographie.

     

     Agréable surprise et soulagement pour les Nazairiens, inquiets depuis plusieurs mois de ce qu’allait devenir ces bâtiments chers à leur cœur, qui démontre que la labellisation de la Saint-Nazaire, comme Ville et Pays d’Arts et d’histoire, n’est pas « un label en l’air » (sic !), et que monsieur David Samzun, accompagné de l’équipe de l’administration municipale en charge des patrimoines, a aujourd’hui conscience des enjeux future en matière de patrimoine historique et culturel, de leur pérennisation et de leur transmission. Une évolution et des travaux sur l’ensemble de la ville qui auront une véritable visibilité d’ici deux ans. Après des années d’inertie, de décisions calamiteuses de la part de plusieurs municipalités successives, ce tournant dans la politique municipale est une très bonne chose pour les Nazairiens. L'acquisition a été faite pour la somme de 590.000 euros, plus 10.000 euros de frais.

     

     

  • La villa Minne

     La villa Minne, avec deux N, et non un seul comme la plaque de la voirie le comporte, se situe chemin de la Villa Mine, au Petit-Gavy. Elle domine la plage de Virechat[1].

     Le nom de cette villa est le surnom de la maîtresse de son commanditaire, le comte Benedykt Henryk Tyszkiewicz-Logoisky.

     

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    Vue aérienne de la villa Minne © Denis Pillet, Patrimoine des Pays de la Loire.

     

     Cette demeure et sa dépendance ont été construite en moellons, avec toiture débordante en tuile mécanique, dans un vaste parc dont l’accès se fait par un portail de style japonisant dans le goût des années 1895-1900.

     La villa proprement dite, ouvre sur l’océan un bow-window sur deux niveaux, sa façade d’arrivée est quant à elle d’une certaine austérité. Il lui est accolée au Nord une vaste aile vitrée qui abrite une bibliothèque sur deux niveaux, où le comte exposait sa collection.

     

    Le comte Benedykt Henryk Tyszkiewicz-Logoisky :

     

     Le comte Benedykt Henryk Tyszkiewicz-Logoisky, dit Benoit de Tyszkiewicz, appartenait à une famille Lituanienne, possédant des biens en Ukraine et en Pologne, dont la noblesse remonte au commencement du 15ème siècle. Le nom Tyszkiewicz signifie « fils de Tyszko » (forme lituanienne de Thimothé). Investie de grande charges en Lituanie et en Ukraine, alliée au dernier roi de Pologne, cette famille était la plus opulente de Lituanie.

     

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    Armoiries des comtes Tyszkiewicz-Logoisky :

    d'azur à l'étoile d'or soutenue d'un croissant du même ; à la bordure aussi d'or.

     

     En 1839, Henryk Tyszkiewicz-Logoisky, (1792-1854), reçu de l’Empereur Nicolas Ier de Russie le titre héréditaire de comte, ce qui dans la noblesse russe s’étend à tout les descendants, et se transmet part tous les fils. Henryk en eut cinq ; l’avant dernier, Michal, décédé de tuberculose à Paris le 27 avril 1853, fut le père de Benedykt, né le 11 décembre 1852 au château de Niemież en Lituanie, issu de son union avec sa cousine Wanda Tyszkiewicz, (1833-1860), elle aussi décédée de tuberculose. Inhumés à Paris, leur tombeau est orné d’un haut relief de Henri Chapu, sculpteur dont Octave Fidière des Prinvaux, beau-frère de Gustave Bord, propriétaire du château des Charmilles à Porcé[2], réalisa le catalogue raisonné en 1894. Lié à Octave Fidière des Prinvaux qui était conservateur au musée du Luxembourg. C'est par son intermédiaire que Benedykt découvrit la corniche nazairienne.

     Orphelin, Benedykt fut confié à son grand-père maternelle, Benedykt Tyszkiewicz, mécène et collectionneur, propriétaire du château de Czerwony Dwór en Lituanie, maréchal du gouvernorat de Kaunas, qui lui donna le goût de la voile.

     

     Entré à sa majorité en possession de l’immense fortune de son père, Benedykt mena une vie internationale, mêlant voyages, sports nautiques, archéologie égyptienne, (ce qui le fit mécène du Louvre), photographie et bibliophilie, (plus de 10 mille livres). Il épousa en 1874 à Boston avec Claire Elisabeth Bancroft, (1857-1883), fille d’Edward Payson Bancroft, (1823-1865), et de Clara Elizabeth Peabody, (1826-1882), qui avait elle aussi été éduquée à Paris, et dont la famille maternelle était une lignée d'armateur. De leur union naquirent :

    1° Benedikt Jan (11 décembre 1875 à Paris - 18 février 1948 à Paris), marié à Róża Branicki d’où

    1a° Benedykt, (2 août 1905 – 6 février 1956), qui ne laissa pas de postérité de son mariage avec la princesse Eleonora Maria Aniela Alberta Renata Karolina Radziwiłł, qui se remaria avec Roger de Froidcourt ;

    2° Edwarda dit Edouard, (23 avril 1880 à Paris - 10 juillet 1951 à Cracovie), marié à Adela Dembowska, d’où :

    2a° Marija, Adelė Elžbieta

    2b° Edvardas Tiškevičius (né le 6 avril 1911 à Cracovie, époux de Sofia Zdienskasdont il eut trois filles ;

    3° Elżbieta Maria, (2 décembre 1882 à Funchal, ile de Madère - 2 décembre 1969  à Valduce, Belgique),  mariée 1er avec Stanisław Witold Plater Zyberk, (mort à Paris le 18  novembre 1926) ; 2ème Vladislav Jezersky ; d’où quatre enfants.

     

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     Benedykt et sa famille en 1882.

     

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    Portrait de Benedykt par Benque & Co. à Paris © Rijksmuseum Amsterdam.

     

     En 1876, âgé de 24 ans, Benedykt commanda aux chantiers Augustin Normand au Havre, une goélette, restée mythique, baptisée sous le nom de Żemajtej, (qui était celui de son domaine en Lituanie, hérité de sa mère), primée à l’exposition universelle de Paris en 1878, mais qui est passée à la postérité sous celui de Velox, nom que lui donna son second propriétaire le baron de Bellet, (ancien député des Alpes-Maritimes), qui l’acheta en 1879. Initialement, Benedykt prévoyait de faire un tour du monde sur son yacht, mais en raison du déclenchement de la guerre russo-ottomane en 1877, il n'a atteint que Gibraltar et Alger. Il resta intéressé cependant au yachting, et fut jusqu'en 1881 membres du comité des régates de Nice.

     

     L’autre passion de Benedykt était la photographie, il développa son intérêt durant son escale forcée en Algérie, pays qu’il parcouru en tous sens. Il exposa ses clichés à Philadelphie en 1878. Il se mit alors à voyager de part le monde, photographiant et exposant à son retour en Europe. En plus de ses prises de vues en extérieur, il s’exerça à la mise en scène en atelier. Devenu membre du Paris Photo-Club, son travail fut reconnu internationalement, et il reçut pour celui-ci la médaille d'or à la Grande exposition industrielle de Berlin en 1899. L’essentiel de sa production a été détruite pendant la Première-guerre-mondiale, mais le musée Nicéphore Niepce à Chalon-sur-Saône en conserve une grande part.

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    Autoportrait au fusil.

     

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    Portrait de son fils aîné.

     

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    Portrait de sa fille.

     

     De son grand-père maternel, il avait hérité une collection de tableaux comprenant des Canaletto, Bacciarelli, Czechowicz, Wańkowicz, Rustem, ainsi qu’un grand nombre de tapisseries et de pièces d’orfèvrerie. Il aurait aussi hérité un soulier de Marie-Antoinette, qui se trouvait dans la bibliothèque de la villa Minne.

     Grand chasseur, bon tireur, possédant une meute de chasse, cela le liait d'autant plus à Octave des Prinvaux qui s'adonnait lui aussi à ces sports, avait une petite meute, et était dans le même club de tir aux pigeon à Paris.

     

     Veuf très tôt, Benedykt, après plusieurs liaisons, s’enticha d’une « cocotte », surnommée Minne, pour laquelle il fit construire la villa nazairienne, qui fut sa résidence durant tout le conflit mondial.

     Vieillissant, voyant sa fortune s’effriter du fait des ravages de la première-guerre-mondiale, de l’effondrement de l’Empire russe, puis de la guerre lituano-polonaise, la dévaluation du Franc, Benedykt décida en 1922 de vendre la villa à l’ancien maire de Saint-Nazaire, l’industriel Louis Brichaux, dont la descendance conserve encore la propriété, (elle fut réquisitionnée pendant l'occupation par l'armée allemande).

     Le coup d’état de décembre 1926 qui instaura la dictature en Lituanie, finit d’ébranler sa fortune, il vit ses châteaux confisqués. Retiré à Menton, il y décéda le 13 mai 1935. Il repose au cimetière de Cimiez à Nice.

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    Tombeau au cimetière de Cimiez.

     

    [1] Virechat est l’abréviation déformée de Virée-Richard.

    [2] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/06/13/le-chateau-de-porce-a-saint-nazaire-premiere-partie.html 

  • Henri Moret

    Henri Moret, tout nazairien qui s’intéresse à l’histoire de Saint-Nazaire connait ce nom, connait son œuvre intitulée « Histoire de la Ville de Saint-Nazaire et de la région environnante ». Mais qui est Henri Moret, et savez-vous qu’une rue lui doit son nom ?

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    Signature de Henri Moret © Archives municipales de Saint-Nazaire.

     

    Voici quelques éléments :

     

    Henri-François-André Moret est né à Nantes le 13 février 1854, au 36 quai de La Fosse, dans un immeuble aujourd’hui remplacé par le musée de l’imprimerie, non loin de la Capitainerie, à une époque où les cabarets et la prostitution étaient l’économie nocturne de ce quartier.

    Son père, André, né à Nantes le 8 octobre 1824, était gabarier. Lui-même était le fil d’un portefaix prénommé François, et d’une bretonne vivant au faubourg Saint-Jacques à Paris, Egalité Orière. Ses frères étaient eux aussi gabariers à Nantes.

    Sa mère, Françoise Devay, née en 1820, était journalière. Elle décéda le 16 mai 1857.

    André Moret se remaria le 27 février 1860 à Sainte-Luce-sur-Loire, avec Victorine Rousseau, née à Sainte-Luce-sur-Loire le 31 décembre 1828, cultivatrice sur l’exploitation de ses parents au Trois-Chênes. Après ce second mariage, André parti vivre avec sa famille reconstituée à Chantenay et se fit marin.

    Eduqué dans un milieu modeste et profondément républicain, Henri Moret fit un service militaire de cinq ans en raison du tirage au sort institué par la Loi Cissey qui rendait aléatoire la durée de celui-ci. C’est à Vincennes, aux services administratifs, qu’il fit son service. Il y resta deux années supplémentaires afin de se former et de pouvoir postuler un emploi dans l’administration. Ses années à Vincennes le marquèrent profondément, le château, où il travaillait, l’impressionna durablement.

     

    Retour en Loire-Inférieure :

     

    Après sept années au service de l’administration militaire, Henri obtint un poste d’employé à la Préfecture de Nantes. Il y prit un logement quai de La Fosse, renouant avec ses premières années. C’est à Nantes qu’il épousa, le 26 janvier 1880, sa cousine, Louise-Marie Moret, née à Nantes le 26 août 1858, tailleuse, fille d’Auguste-François Moret, gabarier, et de Louise Blin, ménagère, domiciliés rue Fourcroy.

    De cette union naquirent :

    1. Henri Louis né le 20 janvier 1881 à Nantes, marié à Nantes le 8 aout 1905 avec Jeanne-Noémie-Elise Loisel :
    2. Louise-Henriette, le 12 novembre 1882 à Nantes, mariée le 16 mai 1902 à Nantes avec Guillaume Marie Lefloch ;
    3. Yves-Georges, (Saint-Nazaire 24 mars 1892 – Aiguillon 1er septembre 1966), employé à la Banque de France ; marié à Bordeaux avec Marie-Joséphine-Benjamine-Marguerite Coste le 6 septembre 1915.

     

    L’installation à Saint-Nazaire, la rue de Vincennes, et l’incendie des Archives :

     

    En 1884, Fernand Gasnier, fraîchement élu maire, chercha un nouveau secrétaire de marie qui soit républicain. Son choix se porta sur Henri Moret, qui devient rapidement un habile collaborateur, et monta en grade jusqu’au poste de secrétaire en chef. Il s’établit au 11 rue de Nantes.

    Henri profita de ses fonctions pour consulter les archives et entreprendre la constitution du manuscrit d’une histoire de la ville.

     

    Désireux de posséder un chalet dans la campagne nazairienne, comme tous les notables et bourgeois de la ville, il fit l’acquisition d’une parcelle sur la colline dominant la Villès-Martin. La maison était isolée au bout d’un chemin vicinale, et fut longtemps la seule sur cette hauteur désertique, se distinguant au loin par une haie de cyprès, et surtout par un chêne que Moret avait planté, et qui fut longtemps l’unique haute futée de la zone. La maison avait été baptisée « Vincennes », écrit en grande lettres sur un portique enjambant le portail. Les amis de la famille Moret, mais aussi les gens se baladant le dimanche sur la colline, prirent l’habitude de dire qu’ils allaient « à Vincennes », si bien que le nom devint celui de la rue par la suite tracée[1].

     

    Gasnier était notoirement connu pour pratiquer des détournements de fonds par l’intermédiaire des chantiers de travaux de voiries. Face à l’annonce d’une enquête, les bureaux de la voirie, situés au second étage de l’immeuble « Guilouzo[2] », 8 rue des Quatre-Vents, mitoyen du jardin de l’Hôtel de ville et de l’immeuble du journal La Démocratie, prirent feu le matin du 14 février 1895 vers 6 heures[3]. Les bureaux de la Caisse d’Epargne se situaient au 1er étage, et le siège de l’Octroi au rez-de-chaussée, avec un second local qui servait de salle de conservation pour les Archives de la mairie. Le panache de fumée s’éleva haut au-dessus de la ville. La fumée rendait impossible l’entrée dans l’immeuble, cependant les employés de la Caisse d’épargne forcèrent le passage afin de vider le contenu du coffre et évacuer les registres. Les pompiers municipaux arrivèrent, brisant les fenêtres pour pouvoir arroser l’intérieur du bâtiment.  Henri arriva presque immédiatement, suivit du préposé en chef de l’Octroi, Bertho, et du directeur de La démocratie, Lucciardi. N’écoutant que son courage, Henri pénétra dans l’immeuble enfumé pour en ressortir les archives municipales qui se trouvaient dans le local du rez-de-chaussée. Il en sorti d’abord les registres et les plans du cadastre, qui furent entreposés à La Démocratie, puis rentra plusieurs fois dans l’immeuble enfumé pour en sortir registres, cartons et chemises. Les pompiers municipaux installèrent des pompes dans le jardin de l’hôtel de ville, et furent rejoint par le 64ème piquet d’incendie avec sa pompe, bientôt arrivèrent ceux de la Compagnie Générale Transatlantique avec leur pompe à vapeur, qu’ils installèrent dans la rue de l’Hôtel de ville. Henri Moret continuait à sortir des archives municipales ; il finit par tomber inanimée dans l’immeuble. C’est Lucciardi qui le secouru, sous le regard du sous-préfet, Pizot, des adjoints Serin et Lusseaud, du président du Tribunal, Bouhier, du procureur de la République, Lelepvrier, et d’autres huiles locales restées sur le trottoir à contempler le spectacle avec tout le quartier.

    Cet acte de bravoure lui valut une médaille d’argent du travail, une mention honorable sur son dossier, par décret présidentiel le 28 avril 1895 ; puis on le fit officier d’Académie.

     

    L’exile et le retour :

    Fernand Gasnier ayant perdu la municipalité, celui-ci se replia sur son mandat de député. On épura alors l’administration municipale en éjectant tous ceux qui avaient été ses proches collaborateurs. Moret fut alors renvoyé en juillet 1896 car considéré comme « l'homme de Gasnier ». Il appela l'ancien maire à l’aide. Fernand Gasnier écrivit à Hippolyte Durand-Tahier pour qu’il plaide à la faveur de Moret pour une réembauche, en argumentant sur le fait qu'il se retrouvait sans revenu avec trois enfants, dont un en bas âge [4].

     

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    Une lettre de Fernand Gasnier du 29 juillet 1896 à Hippolyte Durand-Tahier à propos de la situation de Moret, rédigée à Saint-Nazaire sur papier de la Chambre des député, © Archives municipales de Saint-Nazaire.

     

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    Lettre de Henri Moret en date du 3 septembre 1896 adressée à Hippolyte Durant-Tahier © Archives municipales de Saint-Nazaire

     

    Moret fut reclassé comme percepteur des contributions directes à Saint-Georges de Noisné (Deux-Sèvres) en septembre 1896[5]. En 1902 il était en poste à Riaillé, où il rédigea un « Précis élémentaire du service de perception, à l'usage des nouveaux percepteurs, des aspirants à la fonction et des commis de percepteurs », publié en 1902 par l’imprimeur Oberthur à Rennes, et qui connut trois rééditions. Muté au Croisic à la veille de la première-guerre-mondiale, il y rédigea « Le Croisic, précis historique sur la presqu'île croisicaise et la région environnante », publié en 1917 par l’imprimeur Oberthur, ouvrage hélas d’une qualité médiocre.

     

    Mis en retraite, il retourna vivre à Saint-Nazaire avec son épouse en 1921[6], au seconde étage du 21 rue Neuve, dans un appartement doté d’un grand balcon s’ouvrant sur l’estuaire.

     

    Henri Moret, Saint-Nazaire

    L’immeuble du 21 rue Neuve côté Estuaire et quai de Kervilers (aujourd’hui quai des Marées)

     

    Il devint membre de la Ligue Antialcoolique fondée par Campredon[7]. C’est alors qu’il décida d’entreprendre l’écriture de « Histoire de Saint-Nazaire et de la région environnante », une importante somme parue en deux tomes de 500 pages chacun, en février 1925 à Nantes à l’Imprimerie du Commerce, et illustré par le peintre nazairien Alexandre Auffray[8]. Henri Moret avait hésité à écrire ce précis historique, ne voulant pas entrer en conflit avec maître Galibourg[9] qui en 1904 avait annoncé son attention d’écrire un ouvrage sur le sujet, mais qui finalement ne fit rien[10]. Cette publication lui valut l’inimitié de maître Galibourg qui quelques mois encore avant son décès pestait à propos de Moret en dénigrant dans la presse son ouvrage.

    A la parution de ce monument qui est aujourd’hui la seule source complète et détaillée concernant l’histoire nazairienne d’avant 1925, du fait de la destruction d’une grande partie des archives municipales durant les bombardements, la municipalité fit l’acquisition de deux exemplaires[11]… La Chambre de commerce fut généreuse dans ses achats en faisant l’acquisition de vingt-cinq exemplaires, tout comme le Conseil général[12].

     

    Henri Moret décéda le 6 mai 1928 dans son appartement du 21 rue Neuve. Il fut enterré le 9 mai 1928 au cimetière de Toutes Aides.

     

    L’oubli et la redécouverte :

     

    « Les morts sont silencieux », dit un vieux proverbe. On pourrait ajouter aussi que « le bien ne fait pas de bruit ». La mort d’Henri Moret passa inaperçue ou presque. L’Ouest Éclair publia des condoléances en trois phrases à sa veuve le jour de son enterrement, titrées cependant : « L’historien de Saint-Nazaire est mort ». Le Courrier de Saint-Nazaire publia une courte nécrologie le 12 mai 1928 fournissant quelques détails biographiques.

    Son Histoire de Saint-Nazaire resta une référence, dans les années qui suivirent. Marthe Barbance dans sa célèbre thèse consacrée au port et à la ville, le cite toutes les cinq pages comme source. On le citait aussi régulièrement dans la presse pour sourcer une information historique, mais le style de son écriture, déjà un peu passée, et qui aujourd’hui la rend pénible à certains, par ses formulations d’ancien style, peut parfois être incomprise. Ainsi, le 21 septembre 1933, dans un article non signé, le stagiaire en charge de remplir un trou, affirma qu’Henri Moret avait écrit qu’on avait déplacé le Dolmen à un emplacement différent ! Le président du Syndicat d’initiative, André Guillet, adressa une lettre le 28 septembre suivant au Rédacteur en chef, l’informant de l’absurdité du propos. En fait, Henri Moré explique dans son ouvrage, que depuis son arrivé en 1892 à Saint-Nazaire, la ville s’est étendue jusqu’à Dolmen qui était auparavant en périphérie dans un pré. La phrase est cependant écrite dans le style un peu alambiqué de la Belle époque, ce qui prête à confusion. Mais par cet article absurde et par de mauvaises lectures, on a entendu parfois la municipalité et ses élus affirmer aux Nazairiens que le Dolmen était sur roulettes…

     

    La guerre ravagea Saint-Nazaire, détruisant au passage les bibliothèques, dispersa sa population qui ne revint pas totalement, peut d’exemplaires de l’ouvrage de Moret consacrés à Saint-Nazaire, et dont le tirage avait été initialement limité, survécurent à cette période. On n’en retrouva que chez quelques lettrés dont les maisons de Méans ou de Saint-Marc avaient échappées aux bombes et aux pillages. Fernand Guériff, qui possédait les deux tomes s’en servit pour la rédaction de sa propre histoire de Saint-Nazaire publiée, en deux parties elle aussi, en 1960 et 1963. Pour toute la période d’avant 1925, abondamment détaillées, sa source est presque exclusivement Henri Moret, presque mot à mot parfois. Il est cependant regrettable de Guériff ait recopié certains passages de travers, propageant de fausses informations à plusieurs endroits[13].

    La destruction des exemplaires, leur non-republication, firent que Moret fut oublié, et ces écrits présentés comme quelque chose qui aurait été publié au 19ème siècle. Guériff eu la force d’avoir vécu plus longtemps que lui, et il occupa la scène historique nazairienne durant des décennies.

    On ne s’indigna pas quand en 1972 sa tombe fut l’objet d’une reprise de concession et ses restes jetés dans la fosse de l’ossuaire. Plus personne ne savait qui avait été Henri Moret et combien la ville de Saint-Nazaire lui doit.

     

    En 1998, un éditeur dont la mère était native de Saint-Nazaire, et qui possédait un exemplaire original de l’histoire de Saint-Nazaire de Henri Moret, réédita la publication, profitant que l’œuvre était tombée dans le domaine public. Une seconde réédition fut réalisée en 2007, suivit de plusieurs autres, en 2011, 2014 et 2020.

     

    Henri Moret est injustement oublié par les Nazairiens, y compris dans les plaquettes du label ville d’art et d’histoire, et l’on espère que la municipalité aura à cœur de réparer cette injustice et de donner un jour prochain son nom à une rue de la ville ou un une salle, comme elle l’a fait pour Barbance[14] et Guériff[15] qui, nous le répétons, ont puisé très largement dans ses ouvrages.

     

     

     

    [1] Cf. Le Courrier de Saint-Nazaire du 20 juillet 1929. La maison fut détruite dans les années 1960.

    [2] Du nom de l’ancien maire qui l’avait fait construire durant le Second Empire :

    [3] Lire à ce sujet Le Phare de la Loire du 16 février 1895 qui donne de nombreux détails.

    [4] Lettres non signées, mais identifiables à la mention du nom de beau-père de Gasnier, conservées aux Archives municipales de Saint-Nazaire dans le fond Hillemand.

    [5] Lettre du 3 septembre 1896 adressée à Hyppolite Durand-Tahier, Archives municipales de Saint-Nazaire, fond Hillemand.

    [6] Cf. nécrologie publiée dans Le Courrier de Saint-Nazaire le 12 mai 1928.

    [7] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/04/02/une-figure-nazairienne-louis-campredon-6140914.html

    [8] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/07/04/alexandre-auffray-peintre.html

    [9] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/11/02/maitre-alexandre-galibourg.html

    [10] Cf. préface de ladite publication.

    [11] Cf. Le Courrier de Saint-Nazaire du 21 mars 1925.

    [12] Cf. Le Courrier de Saint-Nazaire du 17 octobre 1925.

    [13] Fernand Guériff a recopié de nombreuses publications inexactement, donnant parfois pour source des articles de presse inexistants dans les journaux qu’il indique, confondant les revues et les auteurs. La plus fameuse de ses confusions a alimenté l’absurdité légende de la Petite-Californie-Bretonne, véritable honte pour notre ville : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/03/19/saint-nazaire-petite-californie-bretonne-6137164.html

    [14] Son nom a été donné à une salle de l’université.

    [15] Une place sans bâtiments au bord de l’Etang du Bois-Joalland porte son nom depuis 2017.

  • L’église de Saint-Marc-sur-Mer

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    L’église de Saint-Marc, avec son clocher à la française et son chevet à la bretonne, est, par sa silhouette, l’un des bâtiments les plus charmants du quartier de Saint-Marc-sur-Mer. On devine de loin cette église, mais sa situation à flanc de coteau, dans la courbe d’un large virage, son esplanade pentue encombrée de voiture, et surtout deux grands tilleuls la dissimulent au regard du passant. Cette église est aussi la plus mal connue des Nazairiens, car elle est dans un quartier à vocation balnéaire, dont la population, pour l’essentiel, n’y vit pas à l’année, et plus encore, en périphérie du centre du charmant bourg blottie contre la plage qui porte initialement le nom de Saint-Marc, et qui au fil des décennies fut rebaptisée plage du gorille, en raison de la forme d'un rocher aujourd’hui érodé, et depuis une vingtaine d’année, plage de Monsieur Hulot, en souvenir du personnage principale que Jacques Tati filma ici les extérieurs des vacances durant l’été 1951. Nous l’avions déjà écrit dans un article précédent concernant le Château de Saint-Marc[1], la station balnéaire se nommait à l’origine Le Crépelet ; c’était un village de vignerons situé au bas du coteau où se trouve l’actuelle église, et c’est parce qu’il y avait initialement une chapelle dédiée à Saint Marc au bord de la plage, à l’emplacement de la Place de la Chapelle, plus exactement devant le jardin du n°36, que la station balnéaire fondée durant le Second Empire pris son nom actuel.

     

    L’ancienne chapelle Saint-Marc :

     

    Il y avait donc une chapelle, depuis des temps immémoriaux, au bord de la plage. On ne connait de celle-ci qu’un dessin de Charles Beilvaire, publié le 19 mars 1932 dans Le Courrier de Saint-Nazaire figurant un bâtiment qui comportait à l’intérieur une poutre portant le millésime 1643.

     

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    Longue et basse, très simple, orientée à l’Est, avec une porte double à l’Ouest surmonté d’un clocheton en arche comportant une seule cloche, trois fenêtres au nord, une porte basse et deux fenêtres au Sud, vers la plage, dotée d’une sacristie au nord, et accompagné d’une croix de bois sur un large piédestal remontant à la fin du 17ème siècle ou au début du 18ème ; croix qui existe encore et surveille les voitures que l’on parque ici. Cette église était le siège de la frairie de Saint-Marc et servait de lieu de culte ordinaire à la population environnantes éparpillées en plusieurs villages et hameaux, (Le Crépelet, Béac, Verdun, La Ville Cresneau, La Villès Molé, Berrien, Le Grand Pez, Le Prasilun, La Fin, etc.). Seule bâtiment à proximité de cette chapelle, une ferme en longère posée en parallèle à l’Est, qui lui était dépendante et fournissait le revenu à son chapelain.

    Saint Marc bénéficiait chaque 25 avril, jour de la saint-Marc, d’une procession qui faisait venir à une messe spéciale à 11h toute la population de la frairie, mais aussi de celle de Gavy et Saint-Sébastien. Les fidèles se réunissait au bas de la Colline du château[2], la contournait en direction de la plage. Après la messe, ils piqueniquaient sur des tables devant la ferme et sur le sable de la plage, puis rentraient chez eux. Il était de coutume que ceux de Gavy prennent une chaloupe pour se faire déposer à Port-Charlotte. La chapelle passa la Révolution sans encombre malgré la suppression des cultes et la nationalisation des biens du clergé. Elle fut rendue au culte au moment du Concorda en 1801, et fut desservie jusqu’en 1857, date de la création de la Paroisse de l’Immaculée, qui vida les chapelles séculaires des banlieues de Saint-Nazaire, et en entraina la ruine, même si celle de Saint-Marc fut toujours considérée comme une chapellenie, et donc encore desservie occasionnellement jusqu’en 1870. La création de la station balnéaire, à la veille de la Troisième République, fit qu’on eut besoin d’un lieu de culte avec des messes et un service régulier. Le cimetière actuel y avait été fondé par mademoiselle Marie-Joseph Mollé[3], le 1er janvier 1885. L’Evêché et la Préfecture fondèrent la paroisse Saint-Marc le 1er juin 1888.  La chapelle étant dans un état de délabrement avancé, le conseil de fabrique vota la construction d’une église, loin de la chapelle qui devait laisser place au développement de la station, au bourg même du Crépelet.

     

    L’église de Saint-Marc :

     

    L’église de Saint-Marc fut rapidement construite. Elle comporte un clocher porche, sommet d'un coq girouette perché sur une croix, accolé d'une tourelle d'escalier qui va jusqu'au niveau de la tribune, une porte latérale, et dix-sept baies, dont cinq dans le chœur. Sa bénédiction solennelle eut lieu le 22 décembre 1889. elle fut rapidement décrite comme « si grande en hiver, si petite en été ».

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    Sortie de la messe vers 1903.

     

    Elle est constituée d’une simple nef, précédée d’une entrée, le chœur se trouve orienté au Nord, car il fut décidé que l’entrée se ferait face à la route en contre bas, par la base du clocher, ce qui oblige à gravir un escalier pour y entrer, et allonge sa façade Sud en lui procurant un aspect étroit disgracieux de part de cake oublié sur un coin de table à la fin d’un banquet. Une sacristie se trouve à l’Ouest, elle est séparée du jardin du presbytère par un petit chemin. Le sentiment d’étroitesse est accentué quand on passe l’entrée sous le clocher, et il se trouve alors suivit d’un sentiment d’écrasement. En effet, la majesté du lieu, songé comme une ouverture à la Foi après le passage du chameau dans le chas d'aiguille, a été totalement détruit par la construction d’une tribune démesurée et pensée dans aucun bon sens en 1964. La mairie, qui possède le bâtiment depuis 1905, (le presbytère restant propriété de la paroisse), avait accordé à l’abbé Jaunin, curé de 1953 à 1967, la construction de cet étage démesuré de 50 places, car à l’époque l’église se trouvait incapable de contenir tous les fidèles qui y venaient l’été. cette structure est posée trop bas et pire s'abaisse encore de 60 cm à la moitié.

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    L'intérieur de l'église, sous la tribune, en avril 2020, © L.O.M.

     

    Une fois passé sous ce plafond oppressant, on retrouve les proportions initiales qui sont, elles, gracieuses et dotées d’un décor sobre et élégant sous une voûte lambrissée en coque de navire renversée.

     

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    La nef et le chœur en avril 2020, © L.O.M.

     

    L’église de Saint-Marc a en effet bénéficié du goût réfléchit de deux de ses curées.  D’abord l’abbé Jean Blois, (1858 – Saint-Marc en Nazaire 18 décembre 1926)[4], ancien professeur au Petit Séminaire de Guérande, curé de Saint-Marc de 1904 à sa mort. Celui-ci a doté le clocher de quatre cloches bénies par monseigneur Rouard, évêque de Nantes. Celle nommé Maria Anna, fut refondue en 2010. L’abbé Blois fit l’acquisition en 1912 d’une chaire en chêne de style Louis XVI finement sculptée de panneau figurants les quatre évangélistes et de fleurons et des palmes, et un panneau gravé du mot « Veritas », au-dessus d’un trophée composé des tables de la Loi, d’une page d’Evangile, et d’une trompe de la renommée. Cette chaire a depuis été déposée à même le sol du chœur). Son successeur, l’abbé Guisnel[5], curé de 1927 à 1955, dès 1935 il fit remplacer l’autel du chœur en pin peint en blanc par l’actuel en chêne, ajouta des lambris bas du même bois tout au long de la muraille, avec, enchâssés de chaque côté de l’entrée des coquilles de bénitier. Il modifia aussi en parti le dallage, en faisant ajouter entre les carreaux de terre cuite sous les bancs, (qui remplacent les chaises paillées qui meublaient  autrefois), les carreaux de ciment qui tracent l’allée traversante, et celle menant à la porte latérale, et ceux qui délimitent le chœur. Il y avait aussi initialement deux autels de chaque côté de l’entrée, mais ils furent supprimés, ainsi que le chemin de croix et toutes les statues en plâtre du 19ème [6], par l’abbé Jaunin.

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    Intérieur de l'église vers 1905

     

    En 1955, l’abbé Guisnel fit maroufler sur la voûte du chœur la peinture qui représente la pêche miraculeuse, (l'auteur nous en est inconnu).

     

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    L'a tribune, en avril 2020, © L.O.M. ; on l’ose espérer qu’elle sera un jour détruite et que l’on rendra à cette ravissante église son aspect d’avant le massacre Jaunin.

     

     

    La tribune actuelle date, nous l’avons écrit plus haut, de 1964. On y accède par deux escaliers, le premier est par de la nef via une porte percée exprès, conduisant à un escalier construit dans un appentis disgracieux et débouche par l’une des baies baie reconvertie en passage ; le second par l’escalier du clocher, depuis le hall, à droite en entrant, en passant sous la plaque posée en 1920, faisant liste des paroissiens morts et disparus au champs d’honneurs durant la première-guerre-mondiale. Cet escalier qui conduisait dès la construction à une tribune qui aurait dû être doté d’un orgue, à la particularité de comporté dans sa chaux qui le crépi, des graffitis allant de 1926 à 1968. Ce sont essentiellement des patronymes typiquement nazairiens, (Cavarro, Lejeune, Berthaud, Gouard, etc.), mais aussi une bicyclette et des personnages des années 1930.

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    Exemple de graffitis, © L.O.M.

     

    La tribune se décompose en deux plateaux pentue descendant vers le chœur. 

     

    L’église avait été dotée dès sa construction de vitraux, qui n’étaient en réalité que des verrières claires peintes de fleurons en grisailles. Ces verrières furent détruites par le souffle d’une bombe tombée sur la place la nuit du 28 juin 1942. La déflagration avait été si forte que les porte de l’église avaient elles aussi été arrachées. On les remplaça par du verre martelé, dont sont encore pourvues les quatre baies latérales qui éclairent la tribune. En 1964, nous l’avons écrit, l’une des baies fut transformée en accès pour la nouvelle tribune, quatre autres virent leur ouverture entravée par la nouvelle tribune. En 1977, onze des baies furent doté de vitraux non figuratifs, interprétables de mille façon pour celui qui s'ennuie durant l’homélie, aux tons jaunes, orangés et rouges, signé par Colin Leroux à Béac.

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    Signature sur l'un des vitraux, © L.O.M.

     

    A la suite du Concile Vatican II, on suréleva le chœur d’un planché haut de trois marches, on y plaça une table de chêne pour servir la messe, et l’on posa la chaire à même ce nouveau planché. Le baptistaire, qui se trouvait à l’entrée de l’église, fut placé devant le chœur.

     

    Le dernier curé résident fut le père Pierre Brétéché, (1928-2020), parti en 1997. Depuis 2005 l’église est rattachée à la paroisse Saint-Pierre de l’Océan.

     

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    Le chevet en avril 2020, © L.O.M.

     

     

     

     

    [1] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/07/25/le-chateau-de-saint-marc.html

    [2] A propos de cette colline et de l’origine de son nom : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/01/18/l-allee-du-chateau-a-saint-marc-6121661.html

    [3] Née le 20 octobre 1845 à la ferme du Petit Verdun propriété de ses parents laboureurs, elle avait hérité, n’était qu’une fille, des terres les plus proche de l’océan, et qui étaient déconsidérées mauvaise pour l’agriculture. La mode des bains de mer fit décupler la valeur de ces terrains considérés ingrats, la rendant riche, et lui permettant de jouer un rôle dans l’urbanisation du quartier.

    [4] Il repose au cimetière de Saint-Marc dans le caveau des religieux de la paroisse. La plaque qui le mentionne comporte des dates erronées.

    [5] Lui aussi ancien professeur au Petit Séminaire de Guérande, il dirigea l’école libre de garçon de Saint-Marc, qui comportait une institutrice, mademoiselle Boya, âgée de 53ans en 1927, et le prêtre instituteur Bouché. Cette école était préférée des habitants de Saint-Marc, dès son ouverture en septembre 1927, si bien que l’école public du bourg perdit à son profit les trois quarts de ses élèves, et ceux malgré le fait que l’école publique était gratuite et fournissait, livres, blouse, et sabots. Le Travailleur de l’Ouest entama le 26 novembre 1927, une attaque contre cette école, à travers un article de quarante-huit alinéas, non signé, l’accusant de faire concurrence à l’école publique, prétendit que l’abbé Guisnel avait fait pression pour cela sur les familles, prétendit que l’école était à une distance non réglementaire du cimetière, que l’eau qu’on y consommait était impropre, (ce qui fut contredit par une analyse de l’institut Pasteur), et qualifiant son personnel « d’illettrés ». En réalité, le problème était que les habitants de Saint-Marc étaient en conflit avec la municipalité qui imposait aux enfants un règlement d’école trop strict et avec des exigences que la population qualifiait de « chinoiseries ». Par ailleurs le maire François Blancho, dès son élection, cherchait à empêcher les processions et autres manifestations religieuses, ce qui déplaisait à cette population fortement religieuse. Quelques mois auparavant, le curé de Méan avait écopé d’une amande de 1 Fr. pour en avoir organisé une, et s’était retrouve emprisonné durant 48h pour avoir refusé de la payer ; l’affaire était remontée jusqu’au Conseil d’Etat et au président Poincaré en mars 1927, et l’on se battait régulièrement à coup de poing devant l’église Saint-Gohard place Marceau. Le prédécesseur de l’abbé Guisnel, l’abbé Blois, avait bravé en juillet 1925 à l’occasion de la Fête Dieu l’arrêté municipal Blancho, et en avait écopé 25 centimes d’amande. L’abbé Guisnel eut aussi à faire aux délires d’une pauvre folle, la demoiselle Berthe, qui lui asséna des coups de parapluie en 19 février 1936, au prétexte que sa T.S.F. la dérangeait. L’abbé n’ayant pas de radio chez lui, et ne tolérant pas qu’on le frappa, porta plainte contre la femme.

    [6] La Vierge, Jeanne d’Arc, saint Michel, Jésus au Sacré Cœur, saint Joseph, sainte Anne, un petit saint Pierre sur son trône, et deux très petit saints Antoine et François

  • Un irlandais gouverneur de Saint-Nazaire

    Les 20 octobre 1758, Louis XV, roi de France, duc en Bretagne, donna le gouvernent militaire de Guérande, du Croisic et du port de Saint-Nazaire à Richard-Edmond de Cusack, maréchal de camp et armées du Roi, commandeur de l’Ordre militaire de Saint-Jacques, (couronne d’Espagne), chevalier de l'Ordre royal et militaire de Saint-Louis. Le nouveau gouverneur prêta serment pour cette charge le 18 mars 1759.

     

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    Cusack (de) : Partie d’or et d’azur ; à la fasce de l’un en l’autre. Couronne de marquis. Tenants deux triton portant chacun un badelaire sur l’épaule. Cimier : une sirène portant d’une main un sceptre fleurdelisé, de l’autre une épée. Devise : Dieu est mon espoir.

     

    La presqu’île guérandaise, tout comme Nantes, était un foyer jacobite. Nombre d’Irlandais, d’écossais, et quelques anglaises, de confession catholique, ou attaché à la dynastie légitime, avaient préféré s’y exiler après la fuite en France du roi Jacques II en décembre 1688. On le sait, le 2 juillet 1745, c’est de Saint-Nazaire que Charles Stuart, dit Bonnie Prince Charlie, ou The Young Pretender, parti à la reconquête du trône de ses ancêtres, aidé par la famille Walsh[1].

     

    Cependant, Richard-Edmond de Cusack n’était pas l’un de ces exilés de 1688. En effet, l’exil de sa famille avait débuté à l’avènement d’Olivier Cromwell en 1653, et aux persécutions qu’il fit subir aux catholiques. Le père de Richard-Edmond, Richard de Cusack de Gerards-Town, était entré au service d'Espagne, et fit carrière aux Pays-Bas-Espagnoles, où il devint capitaine dans le régiment irlandais d'O’Byrne en 1690. De son union avec Anne-Catherine Martyn, ont lui connait trois fils et une fille. Richard-Edmond était le troisième fils et on le suppose né à Aire-sur-la-Lys, en 1687. Tout comme ses frère, il embrassa la carrière militaire, entrant comme cadet volontaire au régiment d’infanterie irlandaise de Dorington, (plus tard renommé de Rothe), à l’âge de seize ans.

    Il participa au siège de Kehl, au combat de Munderkinghen et à la première bataille d'Hochstoedt en 1700, à la seconde bataille en 1704, et fut fait lieutenant réformé dans le cours de la même année.

    Il fit les campagnes de 1705, 1706, 1707 et 1708 à l'armée du Rhin. Nommé capitaine réformé au même régiment par commission du 21 mai 1 709, il se trouva, le 11 septembre suivant, à la bataille de Malplaquet, marcha en Flandre en 1710, combattit à l'attaque d'Arleux en 1711, et se trouva à la bataille de Denain et aux sièges de Douay, du Quesnoy et de Bouchain en 1712. En 1713, il servit aux sièges de Landau et de Fribourg, ainsi qu'à l'attaque des retranchements du général Vaubonne. Il devint aide-major de son régiment (alors renommé Rothe), par brevet du 20 août 1720, y eut rang de capitaine en second le 21 juin 1721, puis de capitaine en pied le 19 juin 1729, et obtint, le 9 janvier 1701, une compagnie qu'il commanda au siège de Kehl en 1735, à l'attaque des lignes d'Etlingen et au siège de Philisbourg en 1734 à la bataille de Clausen en 1735, puis à l'armée de Flandre en 1742.

    Fait chevalier de l'Ordre royal et militaire de Saint-Louis en 1736 ; il fut fait capitaine de grenadiers le 24 janvier 1742, et lieutenant-colonel le 4 avril suivant. Le 27 juin il combattit à la bataille de Dettingen, sous les ordres du maréchal de Noailles. Il servit, en 1744, aux sièges de Menin, d'Ypres, de Furnes et du fort de la Knocke, que Louis XV fit en personne, et finit la campagne au camp de Courtray. Le Roi, en considération de ses services et de sa conduite distinguée à la bataille de Fontenoy, le 11 mai 1744, lui assigna une pension de 600 livres sur le trésor royal[2]. Dans la même année, Richard-Edmond de Cusack assista aux sièges des villes et citadelles de Tournay, Oudenarde, Denderinonde et Ath. Créé brigadier d'infanterie par brevet du 20 mars 1747, il commanda au pont de Walheim, poste important, où il se maintint pendant six semaines avec 600 hommes qui étaient relevés tous les cinq jours. A la bataille de Lawfeld, gagnée par le Roi le 2 juillet de la même année, il donna les plus grandes preuves de sang-froid et de valeur, et, en considération des nouveaux services qu'il avait rendus dans cette occasion, Louis XV porta à 1.000 livres sa pension sur le trésor royal[3]. Après la campagne, le régiment de Rothe fut mis dans Berg-op-Zoom, où Richard-Edmond commanda les convois pendant tout l'hiver. Il eut à soutenir de fréquentes attaques de l'ennemi, mais il sut toujours le repousser et assurer l'arrivage des approvisionnements de l'Armée. Il fut employé au siège de Maëstricht en 1748, au camp d'Aimeries en 1704, au camp de Calais en 1756, et à l'armée de Flandre en 1757 et 1758, et fut créé maréchal-de-camp par brevet du 10 février 1758. Se démettant alors de la lieutenance-colonelle du régiment de Rothe, et se retira après avoir servi pendant 56 ans sans interruption, le Roi lui accorda en remerciement le 20 octobre 1758 le gouvernement de Guérande, du Croisic et de Saint-Nazaire. Le souverain espagnol, Charles III, lui avait pour sa part, accordé, par brevet du 10 août 1758, la commanderie de l'hôpital de Mancied, dans l’Ordre militaire de Saint-Jacques de l’Epée.

    De son union avec Marie-Anne-Isabelle-Brigitte Fitz-Gérald, il eut plusieurs enfants, dont seule survécu Marie-Madelaine-Josèphe-Aglaé de Cusack, née à Lille  le 25 octobre 1727, mariée avec Etienne Joseph de Lespinasse, marquis de Langeac, comte de Saint-llpize , chevalier de l'Ordre royal et militaire de Saint-Louis, gouverneur de Pierrepertuse, commandant pour Sa Majesté des ville et citadelle du Pont-Saint-Esprit et en Bas-Languedoc, maréchal des camps et armées du Roi, et commandeur des ordres royaux, militaires et hospitaliers de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem qui engendra Auguste-Louis-Joseph-Fidèle-Armand de Lespinasse, comte de Langeac, né à Paris, le 9 octobre 1748, pour qui Richard-Edmond de Cusack abandonna, avec consentement du Roi, le gouvernement de Guérande, du Croisic, et de Saint-Nazaire, le 1er septembre 1765.

    Il avait épousé en secondes noces Marie-Louise de La Rasse, veuve du marquis de Moulins, de laquelle il n'eut pas d'enfants. Il est décédé à Corbeil le 14 décembre 1770, à l'âge de 82 ans.

     

     

     

    Le dernier gouverneur de Saint-Nazaire :

     

    Petit-fils du précédent, Auguste-Louis-Joseph-Fidèle-Armand de Lespinasse, comte de Langeac, entra au service, le 1er février 1767, comme cornette dans le régiment de Bauffremont, dragons. En 1765, il fut nommé capitaine d'infanterie dans le régiment de recrues de la ville de Paris. Le 1er septembre, sur démission de son grand-père maternel, Richard-Edmond de Cusack, reçu du Roi le gouvernement des villes de Guérande, du Croisse et de Saint-Nazaire, en Bretagne. Le 15 décembre 1766, il obtint la survivance du gouvernement de la ville de Rue en Picardie, et, le 21 mai 1767, celle du gouvernement de la ville du Puy-en-Velay. Nommé capitaine de dragons dans le régiment de Bauffremont , le 16 août suivant, il fut employé en 1768 à l'Ecole royale d'équitation des dragons, à Cambray. Il fit la guerre de Corse, en 1769, en qualité d'aide-de-camp du général en chef comte de Vaux[4]. Il gagna alors le Ponte-Nuovo du Golo contre les Corses, anéantissant le dernier obstacle pour marcher sur Corté, alors capitale de l'île. Avec les vicomtes de Custine et de Vioménil[5], à la tête de quinze cents grenadiers et chasseurs,il fut chargé d'aller par les montagnes et l'intérieur de l'île, à la poursuite des troupes Corses, entraînant la fuite de Paoli.

    Nommé colonel au corps des Grenadiers de France le 3 janvier 1770, puis le 25 décembre suivant, commandeur de la commanderie de l'hôpital de Mancied, de l’Ordre militaire de Saint-Jacques de l'Épée à la suite de son grand-père maternel, il reçut, le 13 mars 1771, la croix de l'Ordre royal et militaire de Saint-Louis, et fut chargé la même année, sous les ordres du comte de Mailly[6], de l'inspection des frontières de France, des Pyrénées, des côtes de la Méditerranée, des Alpes, etc. Le corps des grenadiers de France ayant été réformé en 1771, le comte de Lespinasse-Langeac fut attaché, avec son grade de colonel en second du régiment de l'Ile-de-France. A la réforme des colonels en second, il fut attaché à la garnison de la ville de Valenciennes. En 1772, le roi Louis XV le pourvut de la charge de capitaine des gardes de la porte de son petit-fils, monseigneur le comte de Provence[7]. Il obtint alors les entrées de la chambre, et l’année suivante celles du cabinet. En 1775, il fut nommé commandeur de l'ordre de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem. Après avoir été témoin des journées des 5 et 6 octobre 1789, et des événements qui en furent la suite, il partit en Lorraine. Ayant appris que Louis XVI s’était enfui de Paris, il se mit en marche pour rejoindre le monarque ; mais, arrivé à Neufchâteau, il apprit l’arrestation de Varennes, et fut lui-même arrêté à Neufchâteau, comme suspect d'opinions anti-révolutionnaires, et accusé do courir de château en château pour favoriser le départ du Roi, et opérer une contre-révolution.

    Désarmé et conduit par la maréchaussée dans la ville de La Marche, il y fut détenu pendant deux mois dans une prison que la population, agitée par les révolutionnaires, menaçait de forcer toutes les nuits. On était sur le point de le conduire à la haute cour, à Orléans, lorsque l'acceptation de la Constitution par le Roi le fit rendre à la liberté. Après s'être offert inutilement en otage pour Louis XVI et sa famille, il émigra, et alla rejoindre le comte d’Artois à Coblence. Il servit dans l’armée de Condé en qualité d'aide-maréchal-général des logis de la cavalerie, suivit les princes à Dusseldorff, et ne prit congé d’eux qu'à l'époque de leur départ pour la Westphalie. Retiré au Provinces-Unies, il allait passer en Angleterre, lorsqu'il fut fait prisonnier par un corps de troupes sur les glaces du Texel. Après avoir été dépouillé de tout, il aurait été infailliblement fusillé, s'il n'avait eu la chance de s'échapper. Muni de l'autorisation écrite de monseigneur le comte d'Artois, il servi dans divers corps, au service des Provinces-Unies et du souverain britannique. Après la réforme de ces corps, il se fixa à Hambourg, et s’y trouvait pendant le siège qu'en firent les alliés, en 1813, et ne put rentrer en France qu'après l'évacuation de cette place par les troupes françaises, le 8 juin 1814.

    Mis à la retraite le 25 septembre 1816, il décéda à Paris en 1832, sans avoir contracté d’alliance.

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    Lespinasse (de) : Ecartelé ; au 1 d'or au dauphin pâmé d'azur ; au 2 d'or au gonfalon de gueules ; au 3 d'azur semé de fleurs de lys d'or à la tour d'argent, brochante sur le tout ; au 4 d'or à 6 fleurs de lys d'azur ; sur le tout fascé d'argent et de gueules de huit pièces, et au centre un écusson de gueules, à la bande d'argent et au lambel du même. L'écu timbré d'une couronne de marquis. Supports : Deux lions. Devise : Sans chimères et sans reproches.

     

     

    [1] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/06/15/bonnie-prince-charlie-ou-the-young-pretender.html

    [2] Lettre de M. d'Argenson, datée du camp de Tournay, le 29 mai 1746.

    [3] Lettre de M. d'Argenson, du 27 juillet 1747.

    [4] Futur maréchal et gouverneur de Corse.

    [5] Futur maréchal.

    [6] Futur maréchal.

    [7] Futur Louis XVIII.

  • Géorama

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    Géorama, façade d'arrivée

     

    « […]

    Quittez l’Océan. C'est la Belle côte

    Qui vient égayer le panorama.

    Les brisants jolis quand la mer est haute

    Devant Chemoulin et Géorama.

    […] »

    (extrait de « La butte du château », poème anonyme publié en février 1929 par le journal paroissial « Le trait d'union de Saint Marc sur mer ».

     

     

    La villa Géorama a été construite pour une demoiselle Mougin, entre 1908 et 1910, à la demande de son amant, Paul Blavier, par l'architecte nantais Paul Devorsine, (Nantes 1859 – Nantes 1935), à qui l'on doit plusieurs villas à Pornic et La Baule, et les bâtiments de la Biscuiterie Nantaise.

     

    Paul-Édouard Blavier, (Angers 11 août 1856 - Saint-Pierre-Montlimart1 22 février 1916), fils d'un sénateur royaliste du Maine-et-Loire, partageait sa vie entre son château de La Bellière à Saint-Pierre-Montlimart, (construit par la famille de son épouse, il avait racheté les parts des autres héritiers)2, et son hôtel parisien du 35 rue de La Bienfaisance. Il était marié depuis 1880 avec Jeanne Langois, dont il avait eu un fils, Jean-Charles, (1882-1959), et une fille, Simone, (1881-1901). En 1905 Paul découvrit sur ses terres de La Bellière un gisement d'or déjà exploité par les Romains. Il ouvrit une mine et exploita ce filon, augmentant plus encore sa fortune3. Il fonda aussi une usine hydroélectrique à Bohardy, puis, en 1911, à Saint-Pierre-Montlimar, une manufacture de fabrication d’ampoules électriques, à main-d’œuvre exclusivement féminine4.

     

    Richissime, Paul Blavier s'ennuyait, un jour, il rencontra, vers 1907, une demoiselle Mougin, qui lui réveilla les sens.

     

    Ne pouvant la loger avec sa famille au château, il décida de faire édifier une villa pour sa maîtresse, à l’emplacement d'une vigne d'un peu moins d'un hectare, dominant l'océan, à Saint-Marc en Saint-Nazaire, qu'il avait acquis en cinq lots, le 21 août 1898 de Julien Gobichet, chez maître Marcussen5, au lieu dit Les Grandes Vignes, au dessus de la plage des Gabourelles sur une pointe.

    La villa, construite dans un style d'inspiration Gothique tardif, revisité de Renaissance et d'Art nouveau, est en moellon et ardoises. Elle se compose d'un rez-de-chaussée carré sur cave et d'un étage sous combles à longs pans et demi-croupes, avec pavillon central flanqué de deux ailes, et dotée du côté de l'océan d'une loggia avec vue sur l'océan et l'estuaire, d'un jardin empli de roses en terrasse et un escalier à rampe de fer descendant jusqu'à la plage en contrebas de la falaise, qui n'est accessible à marée haute que par ce chemin. La maison est précédée d'un puits-fontaine massif, et d'un pavillon de gardien au portail d'entré constitué d'une arche de pierre. Le décor intérieur et fait de boiseries néogothiques et de plafonds à la françaises polychromes dans le goût renaissance. Le panorama avec sa vue à 180° fit qu'il décida de nommer la demeure « Géorama »6 .

     

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    Se sentant vieillir, Paul décida en 1914, afin de laissait à son amante une rente, de lui racheter la villa par l'intermédiaire d'un viager en nue-propriété, à charge pour ses héritiers poursuivre le versement de la rente.

    En 1917, sa veuve, scandalisée à l'idée d'entretenir la maîtresse de son époux, décida de renoncer à la donation des biens que lui avait faite Paul, au profit de leur fils Jean.

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    Jean Blavier finit par obtenir l'acquisition de la propriété en rachetant à mademoiselle Mougin sa rente viagère, ainsi que quatre parcelles de vignes l'autre côté de la route, en 1921. Mais non désireux de vivre dans les meubles de l'ex-maîtresse de son père, il fit l'acquisition, au début de l'année 1928, après des héritiers de l'industriel Charles Puget, de la villa mitoyenne Stella Maris Ave, et s'y établit, n’utilisant de Géorama que pour des réceptions.

    Quoique milliardaire, Paul Blavier était d'une pingrerie peu commune, y compris avec ses gitons. On murmurait qu'il faisait resservir plusieurs fois les reliquats des soupers qu'il donnait et remettre en bouteille les fonds de verre de vin, vin qu'il faisait servir chichement, ne buvant pour sa part que de l'eau de Vichy. Il ne donnait jamais plus de 5fr70 aux œuvres des tuberculeux de Saint-Nazaire, et uniquement parce qu'il se sentait forcé de le faire au sortir de la messe de Saint-Marc, et veillait à ce qu'on lui rendit bien la monnaie sur les 6 francs qu'il avait rendu.

    Durant la guerre Géorama abrita l’état-major du M.A.A. 280. Deux tobrouks furent construit en direction du large, et deux abris de surveillance le long de la route d’accès. La villa sortie de la guerre en bon état.

    Jacques Tati loua la villa pour lui à l'occasion du tournage de « Les vacances de Monsieur Hulot » en 1952-1953.

     

    Paul vendit Géorama en 1957 aux villes de Trappes, Guyancourt et Saint-Cyr-l'École7. la villa devint un centre à vocation sociale, destiné à accueillir les familles et les enfants de ces trois communes des Yvelines. Le réaménagement en colonie de vacances, entraînant d'importantes destructions du décor intérieur, seul le plafond peint de l'entrée fut conservé en état ; la loggia fut fermée pour agrandir la salle à manger collective, dénaturant en partie la façade côté océan ; le parc perdit tous ses rosiers et massifs.

    Dans les années 1960, les capacités d'accueil furent augmentées par la construction de dortoirs en matériaux préfabriqués sur la parcelle située de l'autre côté de la rue sur les anciennes parcelles de vignes, et d'annexes dans le parc de la villa, sur plans de l'architecte nazairien Georges Vachon. La villa fut alors réservée à la restauration et aux bureaux8.

     

    De 1992 à 2005, le syndicat intercommunal de colonies de vacances des villes de trappes Trappes, Guyancourt et Saint-Cyr-l'École, (SICV), confia la gestion des lieux au Centres d'Entraînement aux Méthodes d'Éducation Active Pays de Loire (CEMEA). Les lieux furent ouverts toutes l'année aux écoles désireuses de faire des classes de découvertes marines.

    En 2006 le SICV décida un changement de prestataire et choisi Échange et découvertes. Il s'en suivit un imbroglio juridique de 14 mois, et les huit salariés des lieux ne furent pas payés, chacun des deux prestataires se renvoyant la responsabilité. La capacité d’accueil était alors de 120 enfants.

    En 2008 le SICV décida de vendre le domaine à Échange et découvertes à condition que cela reste un centre à vocations éducatives, et non que cela soit transformé en hôtel. Mais en 2012, au prétexte que les coûts d'entretien et que la mise aux normes d'acceptabilité étaient trop élevés, l'ensemble fut vendu à un investisseur qui fit procéder à la restauration complète de la villa, la destructions des annexes Vachons, et l'ajout d'une piscine devant la façade côté océan. Il procéda aussi à la transformation des anciens dortoirs en dix logements.

     

    Des vues réalisées en 2009 par la Région des Pays de la Loire sont consultable ici : https://www.patrimoine.paysdelaloire.fr/ressources/diaporama/detail-diaporamas/diaporama-maison-de-villegiat-49/

     

     

     

     

    1 C'est aujourd'hui une commune de Montrevault-sur-Èvre, au Sud-Ouest d'Ancenis.

    2 Légué à madame d'Halluin, celle-ci ne pouvant l'entretenir et ne trouvant pas acquéreur, le fit démolir en 1960, il n'en reste que la ferme.

    3 Cette mine comptait 750 salariés dont 430 mineurs travaillant entre 150 et 180 mètres de fond. Elle ferma en 1953.

    4 Cette usine évolua après la seconde-guerre en usine de téléviseur, puis en usine informatique.

    5 C'était une vente aux enchères de d'une maison située près de la plage et de sept lots de vignes. La vigne acquise par Blavier avait été mise à la vente à 1.800 fr pour prix de départ.

    6 Un géorama est une sorte de planisphère inversé tapisser à l'intérieur d'une sphère dans laquelle ontintroduisait le public. C'était entre 1830 et 1900 une attraction en vogue comme les panoramas.

    7 Stella Maris Ave fut construite pour l'industriel Charles Pluget, (1874 – 1927), Puget ; il vendit en 1950 l'un de ses cousins issu de germain, Hubert Blavier, (Fontainebleau 23 juin 1903 – Paris 28 septembre 1988), et son épouse, née Hélène Marie Paule Henriette Jamar, (Saint-Gilles-Bruxelles 3 mai 1903 - Saint-Marc-sur-Mer 18 avril 1981).

    8 Un second bâtiment fut construit de l'autre côté de la route, pour servir de dortoirs, le site a été réaménagé après 2012 pour devenir la Résidence Ker Annette.

  • Giovanni de Chanaz et Paule de Leslay

    Durant l'entre-deux-guerres, Saint-Nazaire et la Côte d'Amour se régalaient des aventures de deux membres de la Café Society, (ancêtre de la Jet Set) : Giovanni de Chanaz et Paule de Leslay,

     

    Le comte Giovanni de Chanaz, ou plus exactement Jean-Pierre Muffa de Saint-Amour de Chanaz, des marquis de Chanaz, naquit à Rome en 1892 dans une famille très fortunée appartenant à la noblesse savoisienne, anoblie en 1732, qui avait acquis la seigneurie de Chanaz le 12 juillet 1746. Son père, Victor, était colonel au 9e régiment de bersagliers, (unité d'infanterie légère), chevalier des Saints Maurice et Lazare ; sa mère, Marie-Elisabeth Wilson, était écossaise.

     

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    (Sources : Armorial et nobiliaire de l'ancien duché de Savoie, Amédée de Foras, 1863)

    Armoiries de la famille Muffa de Saint-Amour de Chanaz : écartelé aux 1 & 4 d 'azur au lion couronné d'or ; aux 2 & 3 de gueules à trois tètes de loup d'argent. Cimier : un lion d'or issant. Tenants : deux hommes en armes tenant leur bouclier posés sur la terrasse ; Cri de guerre : FORTITI'UO.

     

     

    Ingénieur diplômé, il s'illustra durant la guerre en créant une vedette lance torpille avec laquelle il réussit à couler un croiseur autrichien, ce qui lui valut la médaille de la couronne d’Italie. Les Chantiers de la Loire lui firent un pont d'or à l'armistice pour qu'il vienne travailler chez eux. Il s'établit à Nantes, au 9 rue de Gresset, mais avait un pied-à-terre à Saint-Nazaire. Les Chantiers de la Loire en firent leur ingénieur en chef, et lui confièrent la réalisation des vedettes à destination de la Marine Nationale, soit neuf modèles, (trois de 15 m et cinq de 11 m et une de 18 m 10), jusqu'à la seconde guerre mondiale.

     

    Passionné de vitesse, il acquit une moto de course, avec laquelle il fit des compétitions, qu'il remportait régulièrement, notamment en juin 1929, à Beaufort-en-Vallée, sur une moto de 350 cm3 avec laquelle il monta à 137 km/h 404, ou encore le gymkhana motocycliste de Nantes auquel il participa le 7 juillet 1929, sous les couleurs du Centre Maritime de Nantes. Il concourait aussi à différent rallyes à bord d'Alfa-Roméo qu'il changeait régulièrement.

     

    Ancien officier de l'Armée italienne, il était directeur de la zone ouest des anciens combattants italiens, ce qui faisait qu'il était présent à tous les événements de la fédération des anciens combattants, et fréquentait assidûment les hauts représentants de l’État italien en France, ainsi que du Parti Fasciste dont il fut rapidement membre. A Nantes et Saint-Nazaire, il était de toutes les mondanités du consulat, et se lia rapidement avec Enrico Marenesi, ancien officier qui s'illustra durant la guerre, qui reçut l'exequatur de consul de troisième classe d'Italie à Nantes en août 1928.

     

     

    C'est Enrico Marenesi, qui, durant une réunion mondaine à La Baule, lui présenta Paule Fercoq du Leslay de Keranguevel, une jeune femme née le 12 décembre 1895 à Jemelle près de Namure, issue de la vieille bourgeoisie bretonne, dont le père, chef de bureau à la Banque de France, usurpait le titre de vicomte. Son grand-père, Emmanuel Fercoq avait obtenu le 16 décembre 1851 d'ajouter à son patronyme celui de sa mère1.

     

    Paule du Leslay était une célébrité du monde sportif. Elle avait gagné le lancer du poids et le 60 m durant les premiers championnats de France d’athlétisme féminin organisé au stade Brancion à Vanves le 15 juillet 1917. Le 07 juillet 1918, durant les championnats de France au Stade Jean Bouin, elle remporta le saut en hauteur avec 1,29 m, ce qui fut record de France, se classa 3ème du 80 m et 2ème du 83 m haies, 4ème du saut en longueur sans élan (2,19 m) et 3ème du lancement du poids deux bras additionnés (12,09 m : 6,25+5,84). Elle renouvela son titre de championne de France de saut en hauteur avec 1,32 m, le 29 juin 1919, et avec 1,37 m en 1920. Elle arrêta la compétition suite à une blessure le 11 juillet 1920, durant les championnats de France F.S.F.S.F qui eurent lieu au stade Élisabeth à Paris2. C'était aussi une excellente cavalière. Dès 1918 elle tenait une chronique sportive, « Sports et femmes », dans la revue L'Auto. Pour Giovanni, Paule était la femme idéale, sportive et indépendante.

     

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    Paule en 1918

     

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    La mort du consul d'Italie au large de Saint-Nazaire :

     

     

    Le 1er septembre 1929, à la fin des régates de La Baule, les Chantiers de La Loire proposèrent à des notables et leurs familles de rentrer à Saint-Nazaire à bord des quatre vedettes, dont la toute nouvelle 112. Le consul d'Italie accepta, mais il demanda plusieurs fois si cela n'était pas dangereux. Giovanni de Chanaz, et monsieur Pinczon sous-directeur des Chantiers de Penhoët, le rassurèrent. Montant à bord de la 112, il décida de rester sur le pont, avec monsieur Pinczon, pendant que son épouse, sa nièce Ninetta, le secrétaire du consulat Faleschi, madame Pinczon, et Paule, allèrent dans la cabine avec Giovanni. La mer était agitée, la vedette n'allait pas à très grande vitesse. Vers 19h30, au large de Chemoulin, la vedette rebondie sur la crête d'une vague de fond particulièrement forte, elle retomba presque droite. Monsieur Pinczon et le consul Enrico Marenesi furent projetés à l'eau. Si Piczon eut la présence d'esprit de se débarrasser de son veston et de placer entre les dents son portefeuille plein de croquis pour regagner à la nage le bord de la vedette, accomplissant une sorte d'exploit malgré ses 70 ans, Enrico Marenesi, qui avait été ballotté de tribord à bâbord comme une boule de flipper entre les rambardes, flottait à l'envers entre les vagues. Giovani sauta à l'eau pour le récupérer, mais il était trop tard. Le consul avait fait un arrêt cardiaque du fait de sa frayeur. On tenta de le ranimer à bord de la vedette, et on accosta sur la plage de La Courance d'où il fut embarqué dans une ambulance en direction de l’hôpital.

     

    La mort du consul causa un grand émoi. On lui rendit un hommage fastueux pour ses funérailles. Un pavillon de l'hôpital fut transformé en chapelle ardente, couverte de voiles noirs et aux couleurs de l'Italie, de fleurs, de cierges. En grand uniforme, l'épée au côté, son corps fut présenté à la foule qui vint s'incliner. La mise en bière eut lieu le 2 septembre à 21 h en présence de monsieur Cantoni Marca, premier secrétaire de la délégation italienne arrivée de l'ambassade à Paris.

    Le 4 septembre 1929 eurent lieu les funérailles dans un faste jamais vu jusqu'alors à Saint-Nazaire. Tous les consulats de la ville avaient leurs drapeaux en berne. Le chapeau de gala et épée de consul avaient été posés sur le cercueil, il fut levé par des marins du vapeur italien Tropico qui stationnait au port pour réparation ; un aspirant de la marine porta sur un coussin les six décorations du défunt, entouré des drapeaux des anciens combattants italiens et fanions fascistes. Le deuil fut conduit par la veuve du défunt, sa nièce Ninetta, et son frère Manion qui était arrivé de Florence. Le lieutenant Boulet fut délégué à la tête d'un peloton de vingt-cinq gardes républicains.

    Étaient présents dans le cortège : le sous-préfet de Saint-Nazaire Bütterlin en tenue ; le chef de cabinet du préfet de la Loire-Inférieur ; les secrétaires de l’ambassade d'Italie à Paris, avec une délégation d'anciens officiers de la Grande Guerre ; le doyen et les consuls de Nantes ; Luis Valdes Roigt doyen des consuls de Saint-Nazaire et consul de Cuba ; Argimbaud, consul du Mexique ; Maurice Carré, vice-consul du Venezuela ; Ducs, consul de Grèce ; César Flores Blanco consul du Pérou, Arthur Raffin vice consul du Royaume-Uni ; Auguste Bellan, vice-consul de Norvège ; l'état-major et l'équipage du Tropico ; les délégations italiennes de colonies de Nantes, Couëron et de Saint-Nazaire,  ; le capitaine de frégate Gustave Théry ; le lieutenant de vaisseau Mahélas, les ingénieurs des Chantiers de la Loire ; Giovanni de Chanaz ; madame Pinczon, (monsieur étant souffrant depuis l'accident) ; Béliard, procureur de la République à Saint-Nazaire ; le capitaine Panat, des douanes, accompagné de son lieutenant ; le commissaire central Duboscq ; le commissaire spécial Lacroix et ses inspecteurs ; Gaudry commissaire du 2ème arrondissement qui a mis son écharpe ; l'adjudant Bouron et les gendarmes de la caserne de la rue de Pornichet ; le brigadier Marchand et un groupe d'agents de police municipal ; messieurs Morisseau, Pogu, Despers, de la fédération des anciens combattants, de l'U.N.C., sous la direction de leur président, monsieur Broussard ; les frères d'armes du Bastion, des médaillés militaires coloniaux, des poilus d'Orient, des mutilés, des anciens prisonniers de guerre, des vétérans, etc.

     

     

    Après une cérémonie de trois quarts d'heure en la chapelle de l’hôpital, les cordons du poêle furent tenus par le sous-préfet, le doyen des consuls de Saint-Nazaire, le chef de cabinet du préfet, le premier secrétaire de l'ambassade d'Italie, les doyens du corps consulaire de Nantes, et Giovanni de Chanaz au titre de délégué du commandeur Pietro Parini, secrétaire du Fascio de Rome. Le cercueil fut déposé provisoirement au reposoir du cimetière de Toutes Aides sous les saluts fascistes...

     

    Ce déploiement fasciste peut surprendre, mais il faut retenir que l'Italie, même fasciste, était l'alliée de la France, et que le déploiement policier était tel qu'il n'y eut pas la possibilité de manifestations anti-fascistes. Cependant, même si la presse couvrit avec de longs articles la cérémonie, ce fut en pages intérieures, et il n'y en eut aucune photographie.

     

     

     

    Le comte et sa comtesse :

     

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    De droite à gauche : Paule, sous la fléche, Giovanni derrière elle,

    et la romancière Alexandra Pecker qui était la meilleure amie de Paule.

     

     

    Rapidement Paule et Giovanni décidèrent de vivre en couple à Saint-Nazaire. Giovanni y fit construire une maison sur le remblai, au 3 boulevard Albert Ier, demeure de style Art Déco qui subsiste, dotée d'un garage.

     

    Tout le monde les pensait mariés, mais en réalité ils n'étaient que concubins. Dans leur vie publique autant que privée, ils étaient le comte et la comtesse de Chanaz. On les voyait partout, que ce soit au 7ème grand prix automobile de La Baule le 13 septembre 1931, auquel Giovanni participa avec son Alfa Romeo 1750 CMC, où il fit « une bonne performance » ou à la mise en eau de la forme écluse Joubert le 16 juin 1932. Giovanni couvrait de bijoux et de fourrures Paule, qu'elle portait sans autre chose que son maquillage quand ils étaient chez eux, lui valant le surnom de « comtesse nue ».

     

    Giovanni fit particulièrement parler de lui en décembre 1933 quand il présenta la vedette B-10.

     

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    La Vedette B-10 aux Chantiers de La Loire, Ouest France, 24 décembre 1933

     

    Armée de deux lance-torpilles, mue de deux moteur Lorraine-Diétrich de 1,000 chevaux chacun, la vedette B-10 faisait 24 tonneaux de jauge, mesurait 18 m 10 de long, pour 4 m 86 de large, était dotée de trois quilles, d'un gouvernail double, deux hélices, d'éclairage et d'une TSF sur une dynamo qui alimentait aussi une batterie pouvant en cas de panne de carburant prendre le relais de l'alimentation des moteurs. Elle avait 350 milles de rayon d'action pour une vitesse horaire de 49 nœuds. Il avait réalisé les plans en moins de deux ans pour la Marine Nationale qui en avait fait commande. Les tests avaient lieu dans l'estuaire, pour la plus grande joie de la population qui voyait fendre à toute allure entre deux ailes d'écume une production innovante pour laquelle la Paramount avait envoyé un cameraman le 16 janvier 1934.

     

    La vedette B-10 quitta Saint-Nazaire le l5 septembre et gagna Brest en 4 heures malgré une forte houle ; elle gagna Saint-Malo en 5 heures le lendemain, et arriva à Cherbourg le 7 septembre pour être remise à la Marine Nationale.

     

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    Giovanni en décembre 1933

     

    Du point de vue personnel, la réussite n'était pas la même pour Giovanni. Il se refusait toujours d'épouser sa maîtresse. Devant les menaces de rupture, il lui céda le 20 juin 1934, par acte authentique la propriété de la maison du 3 boulevard Albert 1er à Saint-Nazaire, avec son mobilier, (uniquement des meubles bretons anciens et des tapisseries du 18ème siècle). Par ailleurs il lui offrit la somme de 96,750 fr, et une rente annuelle de 24,000 fr.

     

    Le 15 avril 1934 Paule partit en voyage ; la légende raconte qu’elle avait trouvé une carte autrichienne ancienne qui laissait en blanc une partie de l’Albanie, non cartographiée. Elle se piqua d'aller explorer la zone, et obtint un contrat avec la revue L'Illustration. Elle décida de partir à l'aventure dans ce pays dont elle parcourut les plus hauts sommets à cheval accompagnée d'une escorte, armée d'une carabine en bandoulière et d'un revolver à la ceinture, une boussole en poche et un appareil photographique appendu autour du cou. L'Albanie avait alors des liens particuliers avec le gouvernement italien qui finançait son développement. Les relations de Giovanni au sein du parti fasciste furent utiles. Le voyage devait durer un mois... elle partit deux ans, parcourant l'Albanie, la Yougoslavie, la Grèce et la Turquie, enivrée par l'aventure qu'elle détaillait dans de longues lettres adressées à Giovanni.

     

     

    Mais pour Giovanni, les lettres ne comblaient sa solitude. Il finit par rencontrer une Hongroise nommée Szivine, qui se faisait passer pour une princesse russe. Il l'installa chez lui à Nantes, et tout le monde la prit pour sa nouvelle épouse ! D'ailleurs il la présenta comme telle partout comme il l'avait fait avec Paule.

     

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    Giovani et la " princesse " Szivine désignée comme comtesse de Saint-Amour de Chanaz au concours d'élégance automobile de Cannes de mars 1939, publié dans « L'Automobile sur la Côte d'azur : organe officiel des automobiles-clubs de la Côte d'azur ».

    (la voiture est une Delahaye 135  versions « client » de 1938, dite 135 MS sur lequel est monté le moteur utilisé en course à trois carburateurs, de 120 chevaux, carrossée par Figoni, un modèle semblable est visible ici : http://www.montesquieuvolvestre.com/article-voitures-de-legende-xx-delahaye-135-competition-court-figoni-falaschi-coupe-56143276.html ).

     

    Giovanni décida de vider la maison du boulevard Albert 1er. Il expédia le mobilier au garde meuble le 17 novembre 1936 chez Lemarier. Il offrit les fourres à sa nouvelle maîtresse, dont un vison d'une valeur de 19.000 fr, et le contenu de la bibliothèque à son ami monsieur Humphry qui habitait Savenay, livres qui comportaient en ex-libris le monogramme de Paule.

     

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    Ex-libris monogramme de Paule du Leslay.

     

     

    Quand Paule rentra à Saint-Nazaire en mars 1937, elle trouva la maison vidée de son mobilier, de l'automobile. Elle fit constater par huissier le 6 avril 1937 les faits et réclama ses biens. Giovanni lui expédiât des vêtements, devenue hardes du fait de leur mauvaise conservation, à son domicile parisien du 45 rue Frederick-Lemaître à Paris. Après diverses tractations une partie du mobilier lui fut livrer à l'appartement qu'elle louait au 20 rue Fréderick Lemaître à Ménilmontant. le 12 novembre 1937.

     

    On porta l'affaire devant le tribunal civil de Saint-Nazaire. Giovanni espérait que le juge annulerait ses libéralités, en argumentant que la donation reposait sur une clause immorale. Paule se porta partie civile et fut défendue par maître Grimaud assisté de maître Vincent, du barreau de Nantes. Giovanni choisit comme avocat une célébrité, maître Vincent de Moro-Giafferri, le défenseur de Landru, de Caillaux, de l'épouse d'Alexandre Stavisky, et du tueur en série Eugène Weidmann, et qui avait été sous-secrétaire d'Etat à l'enseignement technique durant quelques mois au gouvernement Herriot.

     

    Maître de Moro-Giafferri descendit au Grand Hôtel le 1er décembre 1937 pour défendre les intérêts de son client. Sa célébrité fit qu'on en parla dans le journal, et que l'affaire entre Giovanni et Paule devint publique... Et cela dura des années ! Le grand final eut lieu le 29 juin 1939, dans une salle pleine. Le déballage public fut lamentable. On fit défiler les témoins qui racontèrent chacun à leur tour ce qu'ils savaient de la relation des deux anciens amants. Maître de Moro-Giafferri prétendit que son client avait été ruiné par Paule, ce qui était faux et fit rire, car tout le monde savait le train de vie de Giovanni. La plaidoirie dura jusqu'à 18 h 45 ; elle avait duré deux heures, avec une pause de 15 minutes, car la « princesse » avait fait une crise de nerfs au début de la plaidoirie de Moro-Giafferri, ce qui amusa là encore beaucoup la foule présente.

    Le 13 juillet 1939 Giovanni fut condamné par le tribunal civil de Saint-Nazaire à 6 jours de prison avec sursis, et 55.000 fr de dommages et intérêts.

     

    Il fit appel devant la cour de Rennes. Le 31 janvier 1940 ont représenta l'affaire, toujours en présence des journalistes. Le 7 février 1940, la cour d'appel de Rennes annula les 6 jours de prison avec sursis, mais pas les dédommagements.

     

     

    Giovanni de Chanaz regagna l'Italie après les bombardements qui anéantirent Saint-Nazaire, peu avant que le pays se divise entre le Royaume du Sud et la République de Salò, Nous ignorons dans l'état actuel de nos recherche son devenir.

     

     

    Paule du Leslay ne revient jamais à Saint-Nazaire, elle vendit sa maison du boulevard Albert Ier et acquit une ferme au lieu-dit Borderune à Belle-Île-en-Mer. Durant l'occupation, elle devint l'amante d'un officier allemand qui lui payait son loyer parisien. Elle échappa à l'épuration en se faisant tatouer un numéro sur l'avant-bras comme les déportés. Elle s'attira les faveurs des troupes étasuniennes dont elle endossa l'uniforme de lieutenant et fut un temps speakerine à la radio étasunienne à Vienne. Revenue rapidement à Paris, elle recevait beaucoup la nuit. Le matin vers 10 heures, elle partait pour le bois de Boulogne à vélo. Son passé la poursuivit pourtant, et sa mort fut mystérieuse. Le 26 mars 1948, elle annonça à la concierge de l'immeuble qu’elle partait séjourner chez des amis au château de Courgis dans l’Yonne. Le lendemain un locataire prévient la concierge « ça sent le gaz à l’étage de la comtesse ». On ne s’alerta pas. Le locataire continua de se plaindre de l'odeur, et finit par regarder par le trou de la serrure de Paule. Il s'aperçut que la clef était à l’intérieur. Le vendredi 29, on fit venir la police et les pompiers. Paule gisait nue, maquillée et parée de ses bijoux, dans la salle à manger, une casserole de cuivre à la main. Aucun désordre, pas de trace de violence, mais sur la table deux tasses vides dont une portait des traces de rouge à lèvre. On conclut au suicide. Paule avait confié à sa meilleure amie, la romancière Alexandra Pecker : « Si un jour je n’ai plus d’argent il me reste le compteur à gaz ! » On l'inhuma le 5 avril 1948 à Pantin.

     

     

     

     

     

    Remerciements particuliers à Béatrix Guillet sans qui les recherches sur ce couple n'auraient pas été approfondies.

     

    1 Les Ferocq relevèrent les armes des du Leslay de Keranguével : d'argent, au lion d'azur, armé, lampassé et couronné de gueule.

  • Label Ville d’Histoire

    Le 14 février 2020 durant le dernier conseil municipal avant les élections de mars, il a été signé par la ville de Saint-Nazaire son engagement définitif à respecter la convention établie avec l’État dans le cadre de l’obtention du label Ville et Pays d’Art et d’Histoire, (VPAH).

     

     

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    Logo du label Villes et Pays d’art et d’histoire © Ministère de la Culture.

     

     

     

    Expliquer ce qu’est un label VPAH et la convention signée par la ville est très long, et depuis le début de la campagne municipale beaucoup de choses fausses ont été dites, les Nazairiens n’ont pas été correctement informés, et les candidats à la fonction de maire n’ont visiblement pas tous compris ce qu’il en retourne, (non vous ne pourrez pas détruire la base sous-marine, ne vous en déplaise elle fait partie de l'histoire).

     

    Nous nous efforcerons de retenir que :

     

    Le label VPAH est une convention signée par la municipalité, convention qui tient lieu d’engagement après l’élaboration d’un projet culturel et territorial. Le label est accordé pour une durée de dix années renouvelables, et peut-être retiré à tout instant si à la suite des contrôles qui seront effectué par les services de l’État.

     

    L’élaboration de candidature au VPAH a été possible à la suite du vote unanime par les élus municipaux du projet de candidature en 2014 ; la candidature à demandé plusieurs années d’élaboration, notamment en réalisant l’inventaire général du bâtit et du planté, en collaboration avec la Région. En juin 2019 la candidature a été officiellement déposée au ministère de la Culture. L’oral a été passé en décembre 2019, et le ministre a signé l’accord en janvier 2020, (c’est donc en raison du planning du ministère et non en raison de l’approche des élections que l’obtention a été accordée en janvier 2020).

     

    La ville de Saint-Nazaire a pris un pari particulier : la mise en valeur et la sauvegarde d’un patrimoine essentiellement du 20ème siècle ; patrimoine très en danger car méconnu et non considéré à sa juste valeur par la majorité des Nazairiens.

     

    La ville de Saint-Nazaire s'est engagée à :

     

    Présenter le patrimoine dans toutes ses composantes :

    Matériel : bâtiments ; œuvres d’art ; éléments décoratifs ; éléments végétaux

    Immatériel : l’histoire locale, les traditions et expressions orales, (y compris la langue) ; les arts du spectacle ; les pratiques sociales ; tissu associatif ; les savoir-faire liés aux métiers de l’artisanat et de l’industrie ;

     

    Promouvoir la qualité architecturale en le faisant découvrir via des brochures, une signalétique, des visites guidées par des guides détenteurs de la carte professionnelle de « guide-conférencier », en veillant que les transformations, restaurations et embellissements ne nuisent pas au bâtiment, (ex : interdiction des portes en PVC ; retrait des éléments plaqués sur les façades, notamment ajouts autour des vitrines ; stricte respect des codes couleurs établis par la mairie depuis 2014, qui est certes à revoir quand il s'agit d'autoriser les gens de peindre leur façade en gris ou noir) ;

     

    Sensibiliser les habitants à leur environnement, en leur faisant prendre conscience à la qualité architecturale, urbaine et paysagère ;

     

    Initier le public jeune à l'architecture et à l'urbanisme ;

     

    Assurer la communication et la promotion du patrimoine à l'attention d'un public diversifié ;

     

    Mettre en œuvre un programme grâce à un personnel qualifié agréé (un animateur de l'architecture et du patrimoine et des guides-conférenciers) ;

     

    Développer des actions de formation à l'intention des personnels communaux, des médiateurs touristiques et sociaux, des associations.

     

     

    Ce qui implique de :

     

    Disposer d'un service d'animation de l'architecture et du patrimoine avec à sa tête, un animateur de l'architecture et du patrimoine,

     

    Créer un Centre d'Interprétation de l'Architecture et du Patrimoine (CIAP) accueillant une exposition permanente sur le territoire et les architectures qui le structurent, retraçant les étapes de l’urbanisation, détaillant les matériaux employés, et qui sera dans le cadre du projet de Saint-Nazaire couplé avec un lapidaire où seront stoker les éléments issu d’anciens bâtiments, telles que les statues (en cours de restaurations) de l’horloge de l’ancienne gare[1], un élément armorié de la cheminée de la grande salle du manoir féodal d’Heinlex[2], etc.

     

    Proposer de la documentation présentant le patrimoine, (documents papier et numériques, éditions d’ouvrages), ainsi que le programme des actions (visites, expositions, conférences, projections, etc.)

     

    Organiser des visites conduites par des guides-conférenciers, (en formation régulière), qui se déclinent autour de thématiques diversifiées comme l'architecture contemporaine et anciennes, l'urbanisme, le patrimoine industriel, les lieux insolites, le patrimoine bâti ou non bâti, les jardins et paysages ;

     

    Mettre en place un service éducatif à l'attention du jeune public, afin d'organiser des actions pédagogiques de découverte pour les enfants scolarisés, en partenariat avec les enseignants, mais également pendant le temps des loisirs ou des vacances ;

     

    Le soutien scientifique et culturel des chercheurs et des associations.

     

     

    L’accompagnement dans la mise en place de ses projets est assuré par la Direction Régionale des Affaires Culturelles des Pays-de-la-Loire (DRAC). Elle fournira une aide scientifique et participera aux comités scientifiques mis en place à l’occasion de la création des Centres d’interprétation de l’architecture et du patrimoine, dont elle financera la scénographie, tout comme elle financera en partie les différents projets en matière d'actions pédagogiques et d'outils de sensibilisation, participe au coût du poste d’animateur de l’architecture et du patrimoine pendant deux ans. Le reste est à la charge de la Ville, amis elle bénéficiera d’aides des différents acteurs de l’État. La Ville de Saint-Nazaire va donc avoir l’obligation de se constituer dès la fin des élections un budget culturel important. Un appel aux dont auprès des entreprises au titre du mécénat sera lancé.

     

     

    La ville de Saint-Nazaire c’est aussi doté d’une Conseil du Patrimoine, qui a aidé à l’élaboration du dossier de candidature au label, et qui va rester en fonction pour aider et conseiller la ville dans ses projets, par son soutien actif, ses recommandations, ou ses oppositions argumentées. Le Conseil du Patrimoine est composé des délégués des associations suivantes :  

     

    • Aremors (Association d'histoire sociale autour du mouvement ouvrier dans la région de Saint-Nazaire) ;
    • Groupe Archéologie Saint-Nazaire ;
    • Association patrimone et historique de la région nazairienne, (APHRN)[3];
    • Histoire et culture en région nazairienne (HCRN) ;
    • Je me souviens (qui promeut toute action propre à maintenir le souvenir des activités aéronautiques de Saint-Nazaire) ;
    • Les Vieux Gréements (qui se consacre à la restauration et navigation sur navire anciens) ;
    • Mémoire et savoirs nazairiens ;
    • Saint-Nazaire Histoire, (qui est l’association des associations ayant attrait à l’histoire de Saint-Nazaire et des nazairiens) ;

     

    Toutes ces associations ont été démarchées parce qu’elles œuvrent à la connaissance et à la diffusion de l’histoire nazairienne et des Nazairiens, produisent des publications, et organisent des conférences.

     

    Depuis le 13 février 2020 une personne a été désignée membre de ce Conseil sans qu’il soit une association : l’auteur de ce blog, au titre d’auteur d’études historiques et d’articles de vulgarisations sur formats numériques et papier, et par conférence, (j’ai aussi été élu en janvier 2020 membre de Saint-Nazaire Histoire pour les mêmes raisons et y ai comme au Conseil un statut particulier).

     

     

    La ville de Saint-Nazaire s’est engagée à constituer une plateforme consacrée au patrimoine. Elle s’est aussi engagée à une mise en valeur de son patrimoine bâtit, et à sa conservation, par acquisition tel qu’avec la villa Kerarvan à Saint-Marc, la restauration de la maison du jardinier du château des Charmilles à Porcé[4], celle de la villa Ker Louis à Bonne Anse[5], et du manoir du Sable dans le centre-ville[6] ; ainsi qu’au stricte respect des Loi ayant attrait aux monuments Historiques et labélisés, (aucuns travaux sans accord de la DRAC sur ses bâtiments, et respect absolu des aires de protection). Nous ne verrons plus des catastrophes avoir lieu comme ce fut le cas durant les municipalités précédentes.

     

    Par ailleurs, cela n’a pas été suffisamment mis en relief, il a été fait un inventaire des collections municipales, qui depuis la Reconstruction ont été très mal traités par les municipalités successives. On a redécouvert des œuvres qu’on croyait perdus, découvert d’autres non répertoriées. Ce patrimoine va être rendu accessible au public par des expositions et des conférences. Au même titre, on procédera prochainement à la restauration et à la protection de La Faunesse, œuvre de Despiau appartenant à l'État et confiée à la ville durant l'entre-deux-guerres et exposée devant le manoir du Sable.

     

    Le projet comprend aussi une mise en lumière des personnalités liées à l’histoire de Saint-Nazaire, artiste, écrivains, personnalités politiques, ou individu ayant eu un destin exceptionnel mais resté confidentiel, (nous reviendrons sur ce sujet dans de prochains postes sur ce blog).

     

    Le savoir-faire nazairien en matière d’industrie, et la qualité du tissu associatif et social ont pesé en faveur de la ville auprès du ministère.

     

     

     La ville agira aussi en partenariat avec l'Office du Tourisme, 

     

     

    Une cérémonie officielle concernant la mise en place du Label aura lieu en mai, la ville dévoilera alors l’ensemble de son projet et de ses engagements.

     

     

    Bien sûr, rien ne sera jamais parfait, et dans l'immédiat les événements et l’ordre de mise ne place des projets va dépendre des élections, et de l’engagement que les prochains élus prendront pour la durée de leurs mandats, mais il est ici important de souligner le fait suivant :

    Le prochain maire de Saint-Nazaire aura durant son mandat la responsabilité de la sauvegarde patrimoniale de la ville de façon pérenne, s’il n’agit pas, il sera trop tard, et la ville sera définitivement défigurée, et son patrimoine perdu pour toujours. La municipalité sortante, au même titre que les précédentes, est coupable de lourdes erreurs qu’il ne faut absolument plus reproduire. Il est donc nécessaire et urgent que les Nazairiens fassent prendre conscience de l’importance de l’enjeu aux différents candidats à la fonction de maire.

     

     

     

     

    [1] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/09/18/l-ancienne-gare.html

    [2] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/06/14/le-chateau-de-heinlex.html

    [3] Cette association a modifié en janvier son nom en remplaçant le mot préhistorique par patrimoine.

    [4] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/06/13/le-chateau-de-porce-a-saint-nazaire-premiere-partie.html

    [5] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2014/03/02/la-villa-ker-louis-a-bonne-anse-5312235.html

    [6] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/06/26/la-maison-noble-du-sable.html

  • Saint-Nazaire est lieu d’écriture

    Durant le printemps et l’été 1929, paru dans Le Petit écho de la mode son roman « Cœur promis », sous forme de feuilletons. L’histoire début au Maroc et raconte les mésaventures d’une femme dont le fiancé connait des déconvenues d’accusations mensongères et d’une erreur judiciaire qui le ruinent et les obligent à s’établir à Saint-Nazaire où ils arrivent par un mauvais jour d’hiver. Le personnage principal exprime dans le texte sa déconvenue climatique et le choc culturel qu’elle ressent entre le Maroc et le port breton. La description de la ville y est cruelle, désignée comme « triste », mais proche de la réalité quand on sait ce qu’était la ville d’alors et que l’on compare avec les textes des autres romanciers ayant vécu ou séjourné à Saint-Nazaire avant la seconde-guerre-mondiale.

    L’auteur de « Cœur promis » est Saint-Cygne, de son identité véritable Jeanne Perdriel, née Vaissière, (Ajaccio 17 janvier 1870 - Paimpol 23 mars 1951), qui vécue la plus grande partie de sa vie à Brest où elle tient salon littéraire durant plus de vingt ans, y réunissait les grands auteurs bretons d’alors. Poétesse et romancière, ses romans sont essentiellement des histoires d’amour dans lesquelles se torturent les méninges des femmes déçues. Saint-Cygne est totalement oubliée de nos jours, ses textes sont cependant d’un style agréable et qui a dans l’ensemble plutôt bien vieilli.

     

    Quand en août 1929, la journaliste nazairienne Jacqueline Bruno, (René Bernard, fille du directeur du Courrier de Saint-Nazaire), lu la description amère que Saint-Cygne faisait de la ville, son sang ne fit qu’un tour, et elle rédigea un article paru le 18 aout 1929, intitulé « Coup d’éventail », (référence au nom donné à l’événement qui donna prétexte à Charles X d’envahir l’Algérie et de ne pas rendre au Bey d’Alger l’argent qu’il lui avait emprunté). Le coup d’éventail de Jacqueline fut un long plaidoyer ventant l’été à Saint-Nazaire et sa douceur de vivre loin des falbalas de La Baule, pour contre balancer l’hiver sinistre décrit par Saint-Cygne. Un cri de révolte finissant par : « Saint-Nazaire triste ! Gris ! Laid ! Ah ! Saint-Cygne comme vous le calomniez ! ».

    Saint-Cygne demanda un droit de réponse, paru dans le numéro du 1er septembre 1929 du Courrier de Saint-Nazaire, dans lequel elle défendit son roman en argumentant que la parution en feuilletons avait amené à des coupes de texte qui ne serait dans son intégrité que dans la parution en librairie. Ces descriptions vantent le quartier du Vieux-Saint-Nazaire, (à l’emplacement du Petit-Maroc), le Port, la Place Marceau (emplacement du Ruban Bleu), le remblai, et le roman se finit par un regret profond de l’héroïne de quitter une ville qu’elle a finalement apprise à aimer.

    Jacqueline Bruno en pris note, et rangea son éventail.

     

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    Droit de réponse de Saint-Cygne paru dans le Courrier du 1er septembre 1929, cliquer pour agrandir.

     

    Cette anecdote historique appel cependant à se poser la question suivante : Saint-Nazaire est-elle littéraire ?

     

    Un ouvrage collectif, publié en 1992 par les éditions Autrement, intitulé « Saint-Nazaire port de toutes les littératures », chercha à nous en convaincre. L’ouvrage voulait ouvrir un horizon nouveau, soulignant qu’on ne pouvait réduire à la ville à son port et ses chantiers, mais qu’il y avait bien quelque chose qui s’y passait culturellement, autant qu’urbanistiquement.

    Quand cet ouvrage fut rédigé, Saint-Nazaire allait bien, elle se réinventait, s’embellissait avec plus ou moins de réussite, avait depuis 1987 son festival du roman policier, (Festival du crime devenu Festival Délits d'encre), assassiné après son édition de 1997, et depuis ressuscité à Saint-Brévin. Et puis Saint-Nazaire pouvait s’enorgueillir de posséder depuis 1987 une maison d’écrivain, la MEET, (Maison des Écrivains Étrangers et des Traducteurs), grâce à Christian Boutemy, secondé par des nazairiens et des écrivains sud-américains, qui en association donna le jour à ce merveilleux bébé qui reçu l’aide de la Mairie et du Ministère de la Culture. La publication « Saint-Nazaire port de toutes les littératures » venta alors les institutions culturelles alors existantes sur place, voulu venter l’Écomusée qui n’avait pas encore été atteint d’AVC, et, sous la plume de Luc Douillard, fit la liste des écrits d’auteurs connus, ou oubliés, mentionnant Saint-Nazaire dans un ouvrage, un journal intime ou une correspondance. Journal intime et correspondance n’étant pas par nature destinés à la publication, on sourit de voir mis au même rang et sans séparations dans la présentation aux côtés des extraits de romans ; erreur que n’a pas reproduit la MEET dans son ouvrage « Saint-Nazaire est littéraire », qui mêle extraits de textes d’auteurs anciens et d’auteurs qu’elle a logé.

    Constatons une chose : quatre ou cinq auteurs cités dans les deux ouvrages expriment un enthousiasme pour Saint-Nazaire. Les auteurs cités dans « Saint-Nazaire port de toutes les littératures » parlent de la ville comme d’un lieu sinistres, noyée sous la pluie, à la population enivrée. On peut aussi pousser dans les cordes en s’étonnant du très petit nombre de texte rassemblés alors que celui des auteurs depuis 1987 est énorme.

    Les auteurs de la MEET dont les textes ont été repris dans « Saint-Nazaire est littéraire » n’ont pas de jugement négatif, mais on en ressent à leur lecture une impression d’étouffement, sentiment renforcé par le choix iconographique qui donne envie de se suicider si on les fixe trop longtemps, et font tristes pendants aux photographies de l’Office du Tourisme sur lesquelles population et ciel ont la jaunisse en raison d’une mauvaise maitrise de Photoshop. Les descriptions faites de la ville n’y dépassent pas le port, la base allemande, le Petit-Maroc et son pont levant, au plus loin la gare. Le pont de Saint-Nazaire pourtant visible depuis le balcon de l’appartement y est inexistant, comme la Loire, l’Océan, et les plages. Plus grave, dans une lettre du poète chinois Hu Dong, à destination de l’écrivain Ronaldo Menendez, et reproduite sur le site de la MEET, celui-ci affirme : « Tout le feng-shui est dans le port, la ville en est la triste arrière-cour. » Ce jugement choque les Nazairiens, mais il faut expliquer que les personnes invités à la MEET ne voient pas autre chose que l’appartement du 10ème étage du Bulding, et ses abords immédiats. Même quand les auteurs sont invités pour quelques jours et logés en groupe dans un hôtel, on limite leurs déplacements au seuls lieux mentionnés. Saint-Nazaire, pour la MEET, c’est un appartement au charme rétro de la fin des années 1980, où seule la machine à écrire à disparue, un port, et trois bars et restaurant. On décourage l’invité à s’échapper. Nourri-logé, alcoolisé au muscadet, (un poète belge en finit en coma éthylique de retour dans le TGV en 2015), l’invité aurait mauvais goût de se plaindre de ses conditions de vie nazairiennes. Les confidences au cours d’un souper à Beyrouth, Istanbul ou Buenos Aires, où sur l’oreiller dans l’appartement de la MEET, révèlent cependant un sentiment de déception et d’horizon bouché.

    Certes la plupart des écrivains sont ingérables, franchement perturbés, presque tous narcissiques malgré un effort de sociabilisation relative, motivé surtout par le besoin de se nourrir de la vie des autres pour alimenter leur écriture, et à Saint-Nazaire ils ne sont pas en vacances : ils doivent écrire, laisser un texte rapidement rédigé. Majoritairement ceux-ci laissent à la publication de la MEET un extrait de leur travail en cours, rarement quelque chose à propos de Saint-Nazaire dont ils ne font pas la connaissance.

    Aussi, n’en déplaise à la MEET, je suis de ceux qui réfutent que Saint-Nazaire est littéraire. Saint-Nazaire ne l’est pas car il n’offre pas la matière à écrire à son propos des romans, et à peine peut-il servir de décors. Les ouvrages qui situent une part substantielle de leur action à Saint-Nazaire sont rares. Deux romans récents s’y déroulent entièrement : « La mauvaise fortune » d’Olivier Delagrange ; et « Calculs sévères à Saint-Nazaire » de Rémi Devallière. C’est une aberration, il y a des ports bien plus désagréables que Saint-Nazaire qui sont les lieux d’aventures multiples, mais Saint-Nazaire a toujours collé à la peau l’image et l’atmosphère d’un port poisseux et moribond et rien n’est entrepris pour que cela change. Les Nazairiens ont beau s’en insurger, cela ne pénètre pas les croisons des cerveaux des gens qui ont pouvoirs et moyens de changer ce sentiment. Il y a une compétence collective chez ceux qui compose la classe dirigeante à nous faire passer pour des gens incapables de voir par-dessus le parapet du remblai. Cela contribue d’ailleurs à ce que les publications nazairiennes ne dépassent pas les limites d’un petits cercles, (les ouvrages de la MEET sont presque introuvables en dehors d’une commande sur le site, même les libraires et bouquinistes de la ville n’arrivent pas à les vendre, au point d’oublier sur quelle étagère ils les ont remisés), et les éditeurs, qu’ils soient parisiens ou bretons, disent en écho « une histoire qui se déroule à Saint-Nazaire, si ce n’est pas du policier où un drame, ça ne trouvera pas de lecteur ». Certes, la MEET n’a pas le devoir de faire du commercial, elle se doit de donner une visibilité, même infime à des auteurs qui ne sont pas connus en France, parfois à peine dans leur pays, la MEET c’est du mécénat culturel, et probablement l’un des derniers en littérature en France.  Les éditeurs français ne font plus que du commerce en vendant de la littérature au mètre : la longueur maximum d’un roman doit correspondre à un temps de lecture identique à la durée du trajet TGV Paris-Montpellier. La publication d'un auteur étranger n’est faisable que si dans sa langue il a déjà bien vendu. Espérons que tout cela change rapidement.

    Saint-Nazaire n’est pas littéraire, Saint-Nazaire est lieu d’écriture, c’est différent. Saint-Nazaire est le lieu idéal pour écrire pour peu qu’on élargisse le droit de circuler au-delà du port. La ville offre la possibilité de la réflexion, de l’intériorité nécessaire à la composition et à la maturation de l’écriture.

    Vous pouvez écrire sur n’importe quel sujet, mais vous ne le ferez bien qu’en étant éloigné de l’objet de votre prose. Que ce soit Orhan Pamuk qui parle exclusivement d’Istanbul, mais depuis les iles aux Princes ; Jabbour Douhaily de Beyrouth depuis Tripoli ; ou feue Silvina Bullrich qui affirmait « Ma ville, les maisons, le cimetière de Recoleta … Au-delà de tout elle est cimentée à ma vie et mon travail. Par Buenos Aires et à Buenos Aires je vous écris mes mémoires. Pour toute l'Argentine peut-être … », le faisait en réalité physiquement depuis Genève en laissant son âme à Buenos Aires. L’éloignement doit avoir lieu pour donner vie à l’écriture. On serait surpris de savoir le nombre d’écrivains qui choisissent de venir anonymement se retirer un temps à Saint-Nazaire pour être capable d’écrire, alors qu’on s’attendrait à les apercevoir à La Baule, et qui disent : « je viens ici pour écrire ».

  • Jean-Guillaume Küpper

    Au cimetière La Briandais, la plus ancienne tombe subsistante est celle de Jean-Guillaume Küpper, un officier de l'armée napoléonienne, né prussien. Cette tombe se trouve dans l'allée principale côté gauche.

     

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    Jean-Guillaume Küpper, baptisé en la paroisse Catholique de Montjoie, royaume de Prusse, arrondissement d’Aix-la-Chapelle, (aujourd’hui Monschau, Allemagne, Rhénanie-du-Nord-Westphalie, arrondissement d’Aix-la-Chapelle), fils de Jean-Guillaume Küpper et de Sibille Gertrude Brüll, entré au 16ème régiment de dragon le 24 avril 1808, brigadier le 24 octobre 1808, fit campagne en Espagne en 1808, en 1809 en Autriche, entré en formation de la 1ère Légion le 1er janvier 1810, fit campagne de 1810 à 1812 en Espagne, brigadier le 16 juin 1812, cuirassier le 28 février 1813, fit campagne en 1813 en Saxe puis en France en 1814, reçu deux blessures, légionnaire le 4 décembre 1815, parti comme étranger le 26 novembre 1815, naturalisé français par ordonnance du roi du  24 mars 1819, advint gendarme à cheval dans la gendarmerie royale de Paris le 14 avril 1819, confirmé par décision ministérielle le 6 mai 1819, sous-lieutenant de gendarmerie en 1819, chevalier de la Légion d’Honneur sur décision du 24 juin 1820, brevet signé le 21 août 1820,  il reçu le commandement de la compagnie de gendarme de Saint Nazaire, ville où il décéda le 27 août 1858, (acte de décès disparu, seul subsiste la table de 1858 sans détail) ; il fut inhumé au cimetière de La Briandais à Saint-Nazaire, et sa tombe est actuellement la plus ancienne de la ville.

     

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    Prestation de serment de Jean-Guillaume Küpper

     

     

     

  • Narcisse Pelletier à Saint-Nazaire

    Si vous allez vous promener à Saint-Gilles-Croix-de-Vie vous rencontrerez une borne dans un square de la cité historique de Saint-Gilles-de-Vie, qui vous relatera la vie d’une enfant du pays connu sous le surnom de « Sauvage Blanc», et qui mentionne que celui est décédé à Saint-Nazaire.

     

    Qui est donc ce Narcisse Pelletier que l’on célèbre à Saint-Gilles, mais qui est un inconnu à Saint-Nazaire où portant il finit sa vie ?

     

    La vie de Narcisse Pelletier, ou du moins un épisode de dix-sept années de sa vie, a été passablement relatée dans des ouvrages plus ou moins sérieux et correctement documentés. Nous nous bornerons sur ce blog d’en faire un résumé et de donner les éléments qui nous sont connus de ses dernières années à Saint-Nazaire.

     

    Alphonse-Narcisse-Pierre Pelletier est né le 1er janvier 1844 à Saint-Gilles-sur-Vie, (aujourd’hui commune de Saint-Gilles-Croix-de-Vie), premier enfant de Martin-Hélier Pelletier, bottier, originaire des Sables d’Olonne, d’une famille d’artisans amidonniers et serrurier, (et non de notables de robe comme il a été écrit ailleurs), et d’Alphonsine-Hyppolite Babin, couturière, issue d’une famille de marins de Saint-Gilles. Le couple eut ensuite d’autres enfants, dont deux fils qui atteignirent l’âge adulte : Hélie, né en 1845 ; et Alfonse, né en 1854.

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    Acte de naissance de Narcisse Pelletier. Cliquer pour agrandir.

     

    À l’âge de 12 ans, sa scolarité étant terminée, il fut obligé de gagner sa vie, et débuta comme mousse à bord du sloop l’Eugénie le 12 mai 1856 pour un premier voyage de cinq mois, alors que, comme nombre de marins d’alors, il ne savait pas nager ! Débarqué à Luçon, il fut engagé à bord de La Reine de Mers, un navire mouillant à Bordeaux, en partance pour Trieste. A son bord il fut violenté et blessé au couteau, ce qui le fit quitter le bord à Marseille le 29 juillet 1857. Il embarqua sur le Saint-Paul, navire venant de Bordeaux, commandé par le capitaine Emmanuel Pinard, à destination de Bombay. Pinard tenait du pirate et marchand négrier. De Bombay le navire gagna Hong Kong pour le compte d’une compagnie minière anglaises qui désirait transporter en Australie des ouvriers chinois. Durant l’embarquement de ses hommes nommés péjorativement dans la langue de Shakespeare « coolies », l’équipage n’eut pas l’autorisation de descendre à terre. Les Chinois, au nombre de 317, furent entassés comme des bêtes en fond de cale et rationnés au strict minimum par Pinard qui n’avait pas prévu de vivres en suffisance pour tout le monde. L’ambiance à bord en devint rapidement délétère, le manque de nourriture et d’eau entraîna des ravitaillements en saut de puce entre des côtes habitées de populations qui n’avaient pas grand-chose à vendre. Un jour de brouillard, au large de l’île Rossel, à l'est de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, Pinard confondit une montagne avec un grain avançant au loin. Le Saint-Paul heurta un récif et coula rapidement. On jeta dans les chaloupes quelques vivres déjà gâtés par l’eau de mer s’engouffrant dans la cale, et l’on gagna un îlot qui affleurait. De la côte de l’ile voisine, des indigènes se signalèrent, causant une panique plus grande chez les naufragés qui redoutaient leur réputation de cannibales. Il faut ici préciser que les peuples endémiques de cette partie du Pacifique pratiquaient l’anthropophagie rituelle à grande échelle. Cette anthropophagie, dont on signalait encore quelques cas malgré l’occidentalisation, s’accomplit exclusivement sur les sujets masculins par des sujets masculins, et consiste à dévorer les cadavres des guerriers tués afin de s’emparer de leur force, où sur des hommes suspectés d’être habités par l’esprit d’un démon, nommé « khakhua », responsable des accidents mortels que peuvent subir les gens de la tribu. Les femmes sont en effet exclues de la possession, et n’ont droit au régime anthropophage que dans le cas de consommation rituel du cadavre d’un homme important de la tribu, acte rare, mais ayant la particularité de transmettre le kuru, forme humaine de la maladie de Creutzfeldt-Jakob. Cependant, les indigènes se montrèrent au-départ amicaux, apportant un peu de nourritures aux naufragés, mais pour une raison inconnue, il y eut un affrontement. Les marins français employèrent les armes et le peu de poudre qu’ils avaient pu sauver. Le capitaine Pinard décida de partir avec son équipage à bord de la chaloupe en direction des voies de navigation ou d’une côte plus accueillante. L’embarquement se fit de nuit, sans prévenir, et c’est parce qu’il fut réveillé par le bruit des autres marins se levant que Narcisse et un mousse plus jeune qu’il réveilla à son tour, purent fuir l’îlot. Pinard raconta par la suite au Ministère de la marine   qui lui demanda des comptes, avoir convenus avec les Chinois son départ avec ses hommes pour chercher des secours, et leurs avoir laissé des vivres. En réalité il ne leur laissa rien, car il n’y avait presque plus rien à manger et surtout à boire. Les Chinois furent contraints de se nourrir de coquillages et de récolter l’eau de pluie. Deux d’entre eux décédèrent de faim, et furent inhumés sous des coquilles. Au bout de quelques jours les indigènes les forcèrent à se rendre sur l’île Rossel. Trois mois plus tard six d’entre eux réussirent à fuir et à se faire sauver par un navire écossais qui les vit se signaler sur la plage. Deux jours après ce sauvetage Pinard arriva avec un navire pour récupérer ceux qui étaient pour lui une simple cargaison dont il aurait le payement pour le transport qu’une fois en Australie. Un seul d’entre eux était encore vivant et pu être sauvé à son tour.

    Mais quand Pinard revient avec ses hommes sur le lieu du naufrage du Saint-Paul, Narcisse Pelletier n’était pas avec eux. Ils l’avaient abandonné depuis longtemps sur une plage Australienne.

    Les marins français firent un voyage de douze jours à la rame, en buvant leur urine faute d’eau potable, et en se partageant quelques boites de conserves. Arrivés au large de l'Australie, ils débarquèrent au Cap Direction et cherchèrent séparés en deux groupes, de l’eau potable. Ils furent confrontés à une tribu qui les attaqua à l’aide de flèches, blessant au passage Narcisse. Après quatre jours d’errance, ils se divisèrent en deux groupes dont l’un fut chargé d’exploration, il se perdit et ne fut retrouvé par l’autre que deux jours après. Deux hommes périrent alors d’épuisement.

    Ils finirent par trouver de l’eau. Rués sur ce point minuscule, les marins ne laissèrent pas Narcisse s’en approcher, et quand ils le laissèrent enfin, la mare de quelques centimètres de profondeur pour une circonférence de trois mettre était à sec. Ils argumentèrent, en désignant un fin filet d’eau qui suintait, que Narcisse n’avait qu’à rester pour remplir son quart, qu’il pouvait rester se reposer là, et qu’ils reviendraient d’ici quelques heures le retrouver après avoir exploré plus avant la côte à la recherche de fruits. Narcisse resta là, bu ce qu’il put au bout de quelques heures, et s’endormi. Les marins ne revinrent jamais. Il finit par pouvoir se désaltérer, et trouva des fruits dont il fit provision avant de partir vers la plage où la chaloupe avait accosté. Il ne trouva personne, ils étaient partis. Pinard prétendit qu’ils avaient cherché Narcisse, mais qu’ils n’avaient pas pu réaccoster sur la plage du fait d’un faible tirant d’eau à marée basse, et ne l’avaient pas vu.

    Notre vendéen erra sur la côte en suivant des empreintes de pied laissées sur le sable. Épuise et affamé, il ne dut son salut qu’à des aborigènes de la tribu des Uutaalnganus qui le découvrirent. L’un des hommes influant du clan (il n’y a pas de chef de tribu chez les aborigènes), prénommé Maadman, se comporta avec lui comme un père durant les dix-sept ans qui suivirent, lui enseignant langue, culture et usages. Narcisse, reprénommé « Amglo », se plia aux usages et rituels, et fut initié, à l’âge adulte, aux misères de la Foi aborigène, subissant scarifications rituelles sur la poitrine et l’épaule gauche, au perçage de la cloison à la base du nez pour y introduire un morceau d’un Ztigau, (fin cylindre d’os), et des lobes pour y passer des cylindres de bois. Marié, il eut trois enfants dont on ignore le destin (deux sont mentionnés comme présents durant sa capture par les Britanniques, Narcisse avoua le nombre de trois à un ami).

     

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    Narcisse Pelletier, photographie de Constant peigné, photographe nantais ayant succursale à Saint-Nazaire.

     

    Le 11 avril 1875, le navire anglais John Bell mouilla à proximité de la plage où la tribu séjournait. Une chaloupe fut mise à l’eau, avec à son bord uniquement des marins à la peau noire, car les anglais pensaient que les aborigènes se montreraient amicaux avec des hommes à la couleur de peau proche de la leur. Les marins noirs prirent contact avec la tribu, et rapportèrent à leur capitaine avoir vu un homme blanc parmi eux couvert de cicatrices, aussi nu que les sauvages parmi lesquels il était. Il fut donné ordre d’aller le chercher, le capitaine du John Bell pensait que c’était un bagnard évadé. Narcisse fut enlevé par les marins noirs qu'il pensa être anthropophages. Ayant reçu des vêtements à bord de la chaloupe, puis monté à bord du John Bell, il se senti rassuré à la vue d’européens, mais il chercha à s'échapper plusieurs fois, et fut finalement entravé. Les anglais finirent par déduire qu’il était français. Le bateau alla d'abord au port de Somerset (Queensland), à une vingtaine de kilomètres, puis à Sydney où se trouvait le consulat de France. Le consul, Gabriel-Eugène Simon, qui l’identifia grâce aux lettres qu’il avait reçues de la famille Pelletier, depuis dix-sept ans. Retrouvant ses rudiments de langue française et d’écriture, Narcisse rédigea laborieusement une lettre à destination de ses parents. C’est en réalité par la traduction d’un article du Times publié dans la presse française, que ses parents furent informés que leur fils était toujours vivant.

     

    Narcisse quitta le port de Sydney pour regagner la France. À l’escale de Nouméa le 7 août 1875, il y rencontra un soldat natif de Saint-Gilles comme lui qui lui donna des nouvelles de sa famille. Durant son
    voyage de retour, Narcisse commença à se présenter comme une victime des aborigènes, attendu qu’il n’était pas possible d’avouer, à une époque où les Occidentaux se croyaient supérieurs racialement, qu’il avait fait le choix de vivre comme un « sauvage ». Il appuya sa position de victime sur une blessure rituelle à la jambe qu’on lui avait faite.

    Le 2 janvier 1876 Narcisse y fut accueilli en héros à Saint-Gilles. Le souvenir de cette entrée triomphante est resté un souvenir encore vif dans la mémoire des familles gillocruciennes.

    On l’expédiât un temps à Paris, où il fut l’objet d’observations de plusieurs professeurs et médecins réputés, dont Georges Félizet, (1844-1909), chirurgien à l’hôpital Beaujon, qui fit le détail de ses scarifications, et le docteur Arthur Chervin, (1850-1921), spécialiste du langage, (il fut deux ans plus tard nommé directeur de l'Institut des bègues à Paris). Arthur Chervin laissa à propos de Narcisse le témoignage suivant : « Je dois dire que cet individu m’a laissé une assez triste impression : il était très défiant, sournois et probablement menteur ; peu intelligent d’ailleurs, mais parlant le français parfaitement bien.[1] » Cette description est en contradiction avec les observations du docteur Augustin Ricard, médecin à bord du navire qui le ramena en France. Il le présente comme un homme intelligent et charismatique. Le fait est que Narcisse ne pouvait pas tout dire concernant sa vie chez les aborigènes, ce qui contraria profondément Chervin, qui soupçonnait qu’il s’était intégré parfaitement au groupe aborigène et n’avait pas été victime.

    Le docteur Constant Merland lui proposa de rédiger ses mémoires afin d’avoir de l'argent et de rétablir des vérités concernant son histoire et le naufrage du Saint-Paul. Il en résulte un témoignage, très complet, sur la
    tribu aborigène parmi laquelle il vivait, tant sur les mœurs, la langue, les arts, mais plus que vague quant à sa vie et à sa personnalité. L'ouvrage trouva peu d'acheteur. Il est consultable via le lien suivant : https://books.google.fr/books?id=XYNEsmZtS6kC&printsec=frontcover&dq=Constant+Merland&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiP-O_qo93kAhVM8uAKHWykBhMQ6AEINDAC#v=onepage&q&f=false

    Le dossier concernant le naufrage resta quant à lui ouvert…

    Le Ministère de la Marine accorda à Narcisse la fonction de gardien du phare d’Aiguillon en Saint-Nazaire. A l’époque il n’y avait pas de constructions autour, les chalets construit dans le vallon qui descend à la plage de Port Charlotte n’avait pas encore été édifiés par le marchand de vin Jean-Baptiste Lechat, pour ses enfants, (dont le maire de Saint-Nazaire Auguste-Baptiste Lechat-Boilève). L’habitation la plus proche était la maison du pilotage de Chémoulin. Autour tout n’était que pâturages bataillés par les vents, borné de quelques buissons bas. Aiguillon était qualifié de « phare de purgatoire », celui des Charpentiers en pleine mer « d’enfer », celui de Kerlédé, abrité à l’intérieur des terres, « de paradis ».

     

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    Le phare d'Aiguillon tel que Narcisse Pelletier le connu.

     

    Narcisse vécu au phare d’Aiguillon dans un grand isolement, entretenant des relations tendues avec les gardes-feux qui avaient eu le tort de le surnommer « le Sauvage », et avaient essuyé de sa part une terrible colère ponctuée d’un cri strident appris dans le bush. La mémoire nazairienne dit que ce cri provoquait des frissons à ceux qui l’entendaient.

    Narcisse était devenu un homme taciturne ; les regards que posaient sur lui les nazairiens en raison des perforations à ses oreilles lui étaient lourds, tout autant que les rumeurs qui courraient à son sujet. On le disait cannibale, chasseur à l’arc ou à la lance, (il semble en effet avoir chassé le lapin sans fusil) ; on disait aux enfants qu’on irait le chercher s’ils n’achevaient pas leur assiette de soupe.

    Cependant Narcisse n’était pas seul à Saint-Nazaire, son plus jeune frère, Alphonse, y était menuisier, et par son intermédiaire il se fit des amis qui gardèrent de lui l’image d’un homme grande timidité, gentil, séduisant, mais traînant une tristesse infinie. Un détail est resté en mémoire dans ma famille : il lui arrivait d'expliquer la conception de la création du monde par les aborigènes, qu'ils nomment « Rêve », en réalisant des dessins sur le sable. Il prenait soin à chaque fois d'effacer le dessin à la fin de son récit et à sa place traçait un rond avec une barre entrant dans le bas du rond, qui figurait « le retour à l'origine du créateur ».

    Il recevait régulièrement dans son logis du phare d’Aiguillon la visite de linguistes et d’ethnologues qui l’interrogeaient sur les aborigènes. On sait qu'Edouard Garnier retranscrit quatre chansons aborigènes qu'avait retenu narcisse. Deux de ces chansons étaient pour danser, l'une était à été chanté la nuit, la dernière était une « invocation de la lune ». L'anthropologue David Thompson a transcrit l'un des mots de la chanson: " Yunthu kalinan, kalinan, Yunthu kalinan, kalinan. Para kalinan, kalinan. Para kalinan, kalinan... ", ce qui se traduit part : " Racine de nénuphar porte-nous, porte-nous. Racine de nénuphar porte-nous, porte-nous. Homme blanc porte-nous, porte-nous. Homme blanc porte-nous, porte-nous. "

     

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    Narcisse Pelletier en tenue occidentale.

     

    C’est par l’intermédiaire de son frère que Narcisse rencontra Louise-Désirée Mabileau, né à Saint-Nazaire le 28 novembre 1857, couturière, fille de l’ancien meunier[2] du moulin du Ménaudoux[3], qu’il épousa civilement le 18 octobre 1880 à Saint-Nazaire, et religieusement en l'église de l'Immaculée le 31 octobre.

     

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    Acte de mariage civil de Narcisse Pelletier, avec sa signature. Ses deux frères, Hélie, cordonnier aux Sables d’Olonne, et Alphonse, menuisier à Saint-Nazaire, furent ses témoins. Archives de Saint-Nazaire. Cliquer pour agrandir.

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    Acte de mariage religieux de Narcisse Pelletier. Archives diocésaines. Cliquer pour agrandir.

     

    Peu de temps après son mariage, Narcisse fut promu au bureau du port pour diriger les haleurs. Le couple emménagea au 21 de la Grand Rue dans la vieille-ville, et mena une existence discrète.

     

    Narcisse décéda le 28 septembre 1894 à Saint-Nazaire, et fut inhumé religieusement le 30 septembre au cimetière de La Briandais, section N17, sa tombe est dans un état d'abandon alarmant, la croix est renversée, la plaque à disparue, et il n'y a aucune signalétique mise en place par la municipalité qui est totalement ignorante de sa vie et de sa présence au cimetière.

     

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    Acte de décès de Narcisse Pelletier, Archives de Saint-Nazaire. Cliquer pour agrandir.

     

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    Acte religieux d’inhumation de Narcisse Pelletier, Archives diocésaines. Cliquer pour agrandir.

     

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    Tombe de narcisse Pelletier et de son épouse au cimetière de La Briandais, état en 2019

     

     

    Louise-Désirée Mabileau se remaria le 1er juin 1905 avec Joseph-Marie Tellier, un retraité né à Boué le 19 avril 1853, qui résidait rue des Grand Ormeaux, (boulevard de La Renaissance), et décédé  en 1912. Louise-Désirée s’établie ensuite à La Villès-Martin et décéda en 1930. Tous deux reposent dans le même tombe que Narcisse.

     

     

     

    [1] Bulletins et Mémoires de la Société d'Anthropologie de Paris, année 1880.

    [2] Elle était fille de Marc-Séraphin Mabileau, (Saint-Père-en-Retz 7 octobre 1819 - Saint-Nazaire le 31 décembre 1879) et de sa seconde épouse Rose-Francoise Yver, (La Chapelle-Launay 4 octobre 1823 – Saint-Nazaire le 21 novembre 1902), celle-ci partage la tombe de Narcisse.

    [3] Dépendant du village de La Tranchée, le moulin du Ménaudoux fut construit durant le règne de Louis-Philippe, en bordure du Grand-Marais, au niveau de la rue Claude Perrault, (la rue du Ménaudoux désigne le chemin qui y conduisait). Le nom de Ménaudoux est la déformation du nom breton « Maez an Aodou », qui signifie « domaine de la côte ». Avant la construction du moulin, il n’y avait rien si nom un espace agricole clos de murs.

  • Nom d’un lieu !

    Depuis plusieurs années je vois passer sur les réseaux sociaux la révolte de Nazairiens face au re-baptême de certains quartiers et aires avec des noms qui n’ont rien à voir avec le nom historique de ces lieudits. Sans devenir gardien de l'onomastique et du terroir, je comprends ces Nazairiens, et moi-même je reprends les gens quand ils nomment « La Havane », le quartier du Sable.

     

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    Carte IGN de la Rade de Saint-Nazaire,

    on y voit que la plage du Centre-ville est en réalité les plages des Petit et Grand Traict.

     

    Renommer un lieu n’est pas un phénomène nouveau à Saint-Nazaire, les humains changent le nom des lieux où ils vivent depuis toujours. Quand vous faite l’acquisition d’une maison et qu’elle affiche sur son fronton « Villa Marcelle », nom donné par le constructeur en 1930, vous aurez probablement envie de supprimer ce prénom démodé au profit de celui de votre petite dernière, où lui donner un cachet littéraire ou baroudeur exotique en la renommant Manderley ou Tombouctou, ou de la bretonniser en Ker Marcelle. Certes, cela ne concernera que votre maison, mais qui sait si dans cinquante ans le nouveau nom que vous lui aurez donné ne devienne un jour celui de la résidence ou du parking que l’on bâtira à l’emplacement de vos hortensias ? C’est ce qui est arrivé avec la propriété Kerfaouet à la Villès-Martin, ou celle Du Bout du Monde, villa ainsi baptisée parce que la route s’arrêtait soudainement là, devant la prairie de la ferme de La Noé de Kerlédé, et qu’à l’époque la zone se trouvait loin hors de la ville.

    Au demeurant, vous aurez beau donner un nom joli à votre propriété, si vous y avez installé votre entreprise, le nom de celle-ci finira par éclipser le nom de votre maison, car il n’y a pas que les propriétaires qui changent les noms des lieux, il y a aussi la population locale. Kerbrun est ainsi le nom d’une guignette qui existait entre 1860 et 1914, tout comme Le Petit Caporal celui d’un cabaret fondé en 1852, et de nos jour Leclerc pour L’Etoile du Matin.

     

    Remontons le temps : Qui sait encore ou se situent à Saint-Nazaire La Girauderie, La Cavarderie, Le Bois Guimard, La Menée-Mayet, et La Pasquelais ? Ces noms ont disparu des cartes pour certains depuis plusieurs siècles. La Girauderie est le « vrai » nom de Toutes Aides, c’est en ce lieu que le père Jan Mothais, sieur de La Girauderie, vicaire et régent de Saint-Nazaire[1], fit édifier en 1659 la chapelle Notre Dame de Toutes Aides, dont le nom fini par supplanter celui du fief.

    De la même façon, La Cavarderie est le nom véritable de l’Immaculée. La paroisse de l’Immaculée fondée durant le Second-Empire à peu à peu donné son nom au village et à ses abords.

    Le Bois Guimard a été remplacé par le quartier de Plaisance en 1923.

    La Menée-Mayet, était un village constitué autour de la place où se trouve les halls de Méan-Penhoët. Au demeurant, le nom de Méan-Penhouët, est une appellation de conciliation choisie par les habitants du quartier. Ce qui est le quartier de Penhoët, correspond au site du moulin de Penhoët, le village de Penhoët ayant disparu avec le creusement du bassin et la création des chantiers. Nombre de gens se considèrent méannais ou penhoëtois selon le côté des halls où ils habitent, dans certains cas, cette notion d'appartenance dépend si la famille qui est du lieu depuis des siècles, (dans ce cas ils se disent méannais), où implantée pour travailler aux chantiers de Penhoët, (et donc se considèrent penhoëtois). Mais la réalité en terme de section déterminée au moment de l'urbanisation au 19ème siècle est que Penhoët se trouve entre le bassin et la Voie Américaine.

    Quant à La Pasquelais, c’est le nom de la seigneurie sur laquelle se trouvait le manoir de Kerlédé, qui finit par devenir celui de la seigneurie et celui du village à proximité et disparu dès le 16ème siècle.

    Le nom de Port-Charlotte n’apparait que vers 1721, auparavant c’est la plage des Rochelles, nom qui a été repoussé à l’intérieur des terres autour du calvaire. Dans son cas ce sont les ouvriers en charge de la construction du phare, lui-même nommé Aiguillon en l’honneur du duc d’Aiguillon qui ordonna la construction. La tradition dit que Port-Charlotte serait aussi un hommage au duc dont la mère se prénommait Charlotte, mais rien ne le confirme, et il est possible que le nom vienne du prénom d’une jolie femme vivant à proximité et que les ouvriers du chantier regardaient avec désire…

    Il y a aussi les noms donnés à des lieux qui n’en avaient pas spécifiquement mais qu’on identifiait grâce à une particularité du paysage, comme La Chataigneraie à Kerlédé, qui désigne initialement le bois de châtaigniers qui appartenait au seigneur local ; il y eu aussi Les Trois Ormeaux dont les vieux Nazairiens désignaient encore dans les années 1980/90 le croisement des boulevards de La Renaissance et Victor Hugo, parce que à la fin du 19ème siècle, et jusque dans les années 1930, il y avait à cet emplacement un croisement avec un bouquet de trois gros ormes qui surplombait un paysage fait de prairies.

     

    Les noms ne sont pas non plus fixes en matière d’orthographe et de phonétique. Les déformations onomastiques sont courantes : Virechat est la contraction de La Virée Richard ; La Belle-Hautière celui de La Belliotière, nom d’une métairie appartenant la famille Belliotte ; Porcé a lui subit plusieurs changements, passant du nom de Port-Séguran, à la contraction de « Port-Sé » dans le langage courant, puis Porcé sur la carte de Cassini, parce que les cartographes du Roi, avaient eu ordre de Louis XIV d’indiquer aussi les lieux de batailles anciens. Jules César ayant, dans ses mémoires, raconté qu’il avait trouvé refuge avec ses galères dans une baie située entre les estuaires de la Loire et de La Vilaine, le commis de Cassini en charge du relevé local en déduit que Porsé était la contraction de Portus Cesare ! Jusqu’en 1918, date à laquelle on décida en France de fixer définitivement l’orthographe des noms de lieux, par suite de la confusion constatée entre les relevés d’état-major et la réalité sur les lieux de batailles de la Grande-guerre[2], Port-Séguran se trouve orthographié Port-Cé, Porsay, Porcé suivant les relevés, et si Porcé est aujourd’hui l’orthographe d’usage, la Marine le désigne encore comme Port-Cé. Le nom de Porcé a par ailleurs débordé sur toute la zone alentour, alors qu’il ne désigne en réalité que la crique ; le Château des Charmilles en a pris le nom après 1908 quand le Docteur Raffegeau en fit l’acquisition, et aujourd’hui c’est le nom de toute la zone faisant bordure au chemin de Porcé, qui initialement n’était que celui du chemin y menant. Dans ce même secteur de Porcé il y a souvent une confusion entre Bonne-Anse, nom de la baie, et La Rougeole qui est celui de l’ilot rocheux qui y fait face ; ce nom de Rougeole était aussi celui donné à la vigne aujourd’hui disparue, dont il ne reste que le vendangeoir, adorable demeure située au 17 du chemin de Porcé. Le terrain de La Villa Nelly, nom donné en hommage à sa fille aînée par le commanditaire, était quant à lui un vignoble nommé Le clos du Plessis, car fief attaché à la seigneurie du Plessis-Giffard.

    Je l’ai écrit en préambule, entendre « quartier de La Havane » au lieu de quartier du Sable, me fait grincer des dents. Le quartier a été construit sur le domaine du manoir du Sable, un ancien fief noble, dont le manoir du 15ème siècle encore existant, quoique très dénaturé, est la plus ancienne maison de Saint-Nazaire. Quand la propriété fut lotie au 19ème siècle sous la forme d’une société privée, et jusqu’à une date récente, il était uniquement Le Sable. Mais dans la volonté de renommé tout en effaçant le passé, la municipalité Batteux a choisi de renommer le lieu d’après l’une de ses rues, pour faire plus exotique. « C’est plus vendeur », répète en boucle l’office du Tourisme qui veut associer dans l’imaginaire du touriste les façades belles-époques des maisons bien entretenues avec celles décrépies de la capitale de la dictature cubaine.  Le Grand-Traict et Le Petit Traict qui sont les noms de ce que la Mairie nomme « plage du Centre-ville », Le Grand-Traict a été associé en 2000 à la plage Des Gabourelles, parce que là aussi c’est plus vendeur… comme la plage de Saint-Marc a été renommée plage de Monsieur Hulot, hommage au film qu’on y tourna, même si peu de gens ont un jour vu ce film, certes mythique, mais réservé à des cinéphiles. D’ailleurs qui se souvient que dans l’espoir d’en faire une station balnéaire on avait renommé déjà la zone au 19ème siècle ? La plage de Monsieur Hulot était encore il y a peu la Plage du Gorille, en raison d’un rocher à qui l’on trouvait une ressemblance avec l’animal. L’érosion a eu la peau du gorille, comme elle a décapité le lion du Rocher du Lion aussi baptisé au 19ème, sous prétexte d’une forme rappelant la silhouette animale. Saint-Marc ne se nomme en réalité pas Saint-Marc, c’est Le Crépelé qui a pris pour être plus vendeur celui du saint patron de sa chapelle, et l’on restera surpris d’apprendre que l’un des rochers à proximité avait été nommé un temps pour des raisons inconnues « duc de Luxembourg ».

    Il y a aussi celui du Petit-Maroc employé depuis le milieu du 20ème siècle en remplacement de celui de Vieux-Saint-Nazaire, dont il a déjà et donné l'historique et expliqué l'origine, ( http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2018/07/22/le-petit-maroc-histoire-d-un-nom-6067779.html )

     

    Dans la série c’est plus vendeur, le nom Océanis, très 1990’, à la place du poétique Étoile du Matin ; Cité Beauregard, créé en 1972, devenue Village Beauregard, au lieudit Brantu, nom d’une métairie. Beauregard est uniquement le nom du manoir qui se trouve plus loin.

    Il y a aussi le phénomène « arrêt de bus » : Trélan, quartier situé entre la rade et le Parc paysagé, est peu à peu désigné uniquement « Montesquiou », du nom de l’arrêt de bus qui s’y trouve. Volonté de gommer l’identité bretonne, disent certain, méconnaissance des lieux par des employés municipaux qui ne sont pas nazairiens d’origine, ignorance des élus trop occupés à faire carrière qu’à connaitre le territoire qu’ils administrent, répliquent les autres. On sent surtout la paraisse de lire le cadastre et l’impossibilité très nazairienne de faire une remarque pertinente au sein de l’administrions municipale où la moindre parole peu tourner au mélodrame ou bien en pluie d’insultes.

    Le nom des artères principales finit donc tôt ou tard par changer celui du quartier, mais les noms des rues sont eux-mêmes éphémères, le décès d’un élu, ou un jumelage, suffisent à ce que votre adresse change sans que vous ayez déménagé. Les maires de Saint-Nazaire aiment en effet commémorer la mémoire de leur prédécesseur décédés, ou en voie de l’être, même quand ils furent de sinistre incompétents (René Guillouzo) ou pratiquant le détournement de fonds et le pot-de-vin (Fernand Gasnier), tout cela dans l’espoir qu’on ne les oublia pas aussi après être retourné dans le néant, mais le manque de création de nouvelles voies fait qu’on accole depuis les noms des anciens élus à des bâtiments municipaux, même si cela peut sembler incohérent, à l’exemple de la Médiathèque, attendu qu’Etienne Caux n’était pas un homme de lettre, ou pour la piscine dont on se demande devant les comptoirs si monsieur Batteux a été champion de natation, alors que le nazairien Henri Duvanel le fut et participa au sein de l’Équipe de France de water-polo masculin lors des Jeux olympiques d'été de 1920 ; et j’en vois, moqueurs, qui se pousse du coude en se demandant si celle dont tous disent qu’elle sera la prochaine mairesse osera donner le nom de l’un de ses prédécesseurs à un foyer pour femmes.

    Les Nazairiens pourraient espérer que l’on accorda le nom de célébrités locales des nouvelles voies, mais ce n’est plus dans la politique municipale depuis 40 ans, même si une place Fernand Guériff, au bord de l’étang du Bois Joalland en 2017, (place introuvable sur Googlemap car non bordée d’habitation). En fait depuis que la rue Jean d’Ust, (héroïque défenseur de la ville de Saint-Nazaire et de l’estuaire face à une intrusion de l’armada castillane, compagnon de guerre de Du Guesclin, et chambellan du duc Jean IV), est devenue l’Avenue de La République, les personnalités locales sont ignorées ou chassées. On a écarté le nom de l’ethnologue nazairienne Odette du Puigaudeau pour celui d’un établissement scolaire ; le pauvre Henri Gauthier, militant politique et syndicaliste local à qui la ville doit sa Bourse du travail, c’est vu confondre par les services municipaux sur sa plaque avec un homonyme ingénieur au 18ème siècle. Ce n’est pas la seule plaque fautée à Saint-Nazaire, il y a quelques perles dans les quartiers périphériques de l’agglomération, et l’on se souviendra que de 1995 à 2007 la plaque de l’avenue Léon Blum portait la mention « écrivain », activité dont on ne peut dire qu’elle fut la plus marquante de sa vie !  Que dire aussi du fait que l'on ait retiré sa particule au comte de Villebois-Mareuil, réduit à un George Villebois-Mareuil, si l'ont ne demande pas à la municipalité de nommer les gens par leur titres nobilaires, les décapité de  leur de est cavalier. On peut aussi se faire acide en soulignant que René Guy Cadou, poète qui a sa rue à Saint-Nazaire sous prétexte qu’il y vécu, n’a habité en réalité la ville qu’entre ses 7 et 9 ans, et qu’il a toujours témoigné d’une détestation frisant la haine de Saint-Nazaire. Ne cherchez donc pas René-Yves Creston, Alfred Caravanniez, ou encore Georges et André Bellec, ces deux frères personnalités du cabaret et de la chanson française, oubliés pour nouveau le théâtre, attendu qu’on a préféré, dans un moment d’émoi très politique et mal venu, à la suite d’un graffiti parisien condamnable qui n’avait hélas rien de nouveau, lui donner celui de madame Simone Veil, qui n’a jamais eu aucun lien avec les arts, et dont la fin de la carrière politique, ainsi que les dernières positions en matière de droits civiques laissent un goût amère à ceux qui pourtant l’avaient applaudi à l’Assemblée et lever les yeux aux ciel ceux qui l’ont eu pour voisine, (nul n’est dans la vie ce qu’il est devant les caméras).

     

    Parfois des changements de nom faits il a un siècle continuent d’interloquer, à l’exemple du Boulevard de l’Océan devenu Wilson et Albert 1er, dont il est difficilement imaginable après tout ce temps de mesurer la portée symbolique du choix et l’aura qu’avaient après la Première-guerre-mondiale ces deux chefs d’état totalement oubliés depuis par les Français. Il est possible qu’un jour on change les plaques au profit d’autres individus, tout comme rien ne nous laisse présager la pérennité de celles à la gloire du Général de Gaulle, qui pourraient disparaître un jour pour redevenir rue de Villès-Martin ou prendre le nom d’un autre individu, au prétexte que plus personne ne se souviendra de lui, et que, s’il restera toujours associé à la Résistance durant la Second-guerre-mondiale et au fait que la France ne fut pas mise dans le camps des états vaincu par les Alliés, la prochaine guerre le rendra bien insignifiant, où simplement le travail des historiens qui commencent à dénoncer que De Gaulle est aussi l’homme qui laissa s’instaurer la guerre en Algérie par son refus de faire des Français ceux que l’administration désignait comme «  indigènes », et aussi celui dont la démission de la fonction présidentielle fut ressentie comme un soulagement par un pays qui s’était révolté en mai 68 devant sa politique autocratique.

     

    On m’a écrit pour me demander mon avis sur la volonté d’habitant de la rue Robespierre d’en changer le nom. J’ai du mal à percevoir en quoi mon avis aurait de l’importance en la matière, mais cette interrogation a le mérite de me pousser à réfléchir quant au bien-fondé de donner à une rue le nom d’une personnalité. La Rue Robespierre est celle où se trouve le collège Jean Moulin. Il y a peu de commune qui ont une rue Robespierre, attendu que l’homme est coupable d’une dictature meurtrière, n’en déplaise à ceux qui le défendent aveuglément en répétant leur catéchisme politique. Les villes ayant une rue Robespierre la doivent à des élus communistes qu’il fallait flatter, ceux-ci ayant cru à tord que l'Incorruptible aurait été pour la redistribution des propriétés, ou l'abolition de la propriété, ce qui est totalement faux ; à Paris, qui n’est pourtant pas mesquine en matière d’attribution de nom au moindre lampadaire pour satisfaire tous les clivages politiques, il n’y a pas de rue Robespierre, le nom étant associé à trop de crimes. Mais si l’on doit rebaptiser un jour la rue Robespierre, outre l’interrogation sur le choix du nom de remplacement, on devra forcement s’interroger sur le bien-fondé du choix de nom d’autres rues, et par exemple la rue du Général Sarrail, l’un de ces militaires de la grande guerre tellement incapable qu’on l’avait limogé en 1915. Sarrail ne put continuer sa carrière que grâce à ses amitiés avec des membres du Parti Socialiste qui l’expédièrent auprès des Britanniques en Grèce où ses compétences font encore débat. Mis en retraite, Herriot après sa victoire aux élections de 1924 lui offrit le poste de haut-commissaire de la République française en Syrie et Au Liban ou il se mit à dos les communautés chrétiens et provoqua la révolte des Druzes qu’il massacra et fit pendre sans jugement. A son arrivé à Beyrouth il avait fait pendre aussi tous les prisonniers sans distinction dans la cour de la prison. Autant vous dire que si vous prononcé son nom en Grèce ou au Moyen-Orient, il est préférable que vous sachiez courir. Gag très nazairien on a donné son nom à une rue qui longe la voie ferrée, alors que les états-majors disaient « avec Sarrail ça déraille ! ». C'est d'autant plus domageable, que le général Marquet, héros du Grand Liban, qui avait sa résidence à Saint-Nazaire et qui y est inhumé, n'a pas de rue à son nom. Bref le héros des uns n’est pas celui des autres, et l’histoire finit toujours par révéler des dessous pas très nets, car nul n’est parfait, tout autant que l’opinion change suivant les périodes, surtout à notre époque qui se veut manichéenne et bien-pensante.

     

    Sachez enfin que si une mairie veut donner votre nom à une rue ou un bâtiment de votre vivant, vous pouvez refuser, ou lui demander de l’argent. Un maire avait ainsi contacté l’actrice Denise Grey en 1990 pour lui annoncer son intention de donner son nom à un foyer pour personnes âgées. L’actrice, presque centenaire, lui avait demander la somme de 50.000 fr. en échange. Le Maire trouva un autre nom pour sa maison de retraite municipale. Vous ne pourrez cependant pas vous opposer à ce qu’on nomme du nom de votre père ou de votre grand-père une rue, mais vous pourrez toujours déposer un recours si le nom est donné à celui de la station d’épuration ou à la déchetterie en argumentant que c’est déshonorant.

     

     

     

    [1] Régent signifie maître des petites écoles.

    [2] Cela concernant aussi l’orthographe des patronymes.

  • Le Petit Caporal

    Le nom de « Le Petit Caporal », que porte l’un des quartiers de Saint-Nazaire, provient d’un cabaret nommé « Au Petit Caporal », qui se situait à l’emplacement du jardin situé entre la rue Léon Bourgeois et l’avenue des Sports, plus exactement le jardin de la maison du 108 avenue des Sports. Cet établissement fut fondé en 1852 à la proclamation du Second Empire, par un ancien soldat de Napoléon 1er, au croisement de chemin communaux, faisant face au gué de l’Ecumière, ruisseau aujourd’hui sous la chaussée, qui se déverse sur la plage de Sautron[1]. Construite en briques, sous un toit de tuiles, ce fut très longtemps la seule maison à cet endroit. Au-dessus de la porte était suspendu une peinture sur panneau de bois figurant Bonaparte en uniforme, la main dans la veste. C’était un établissement misérable qui avait pour clients les paysans du secteur et les routiers qui faisaient la route entre Saint-Nazaire et Guérande. Il bénéficia par la suite de sa situation hors de la barrière d’octroi de la ville, ce qui le fit devenir une guinguette à la mode, avant que Kerbrun et Mon Idée s’ouvrent et deviennent plus attractifs par leur emplacement et leurs installations de balançoires et de jeux, et que la ville grandissante ne s’étende jusqu’à lui. Le commerce ferma avant la première-guerre-mondiale. Le bâtiment fut reconverti en habitation. Mise en location durant l’entre-deux-guerres, elle fut ravagée par un incendie où périt le résident, un homme âgé sourd et perclus. On remplaça rapidement les ruines par une maison neuve qui ne survécu pas aux bombardements. Le nom de l’établissement, comme celui de la guinguette Kerbrun, est devenu celui du lieu, et par extension celui du bar qui se trouve de l’autre côté du croisement.

     

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    Le cabaret Au Petit Caporal, dessin de Charles Belvair

    paru dans le Courrier de Saint-Nazaire le 2 octobre 1942.

     

    [1] Lire à son propos : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/03/06/et-le-crocodile-de-sautron-fit-s-echouer-les-navires-sur-le-6133822.html

  • George Unsworth, héros et inventeur

    George Unsworth, son nom ne dit plus rien aux Nazairiens, sauf peut-être à ceux qui sont membres des Goélands, et qui ont entendu dire que ce monsieur avait fondé leur club. Pourtant, Georges Unsworth fut une célébrité nationale, et une figure incontournable de Saint-Nazaire durant l’entre-deux-guerres.

    - C’était la maison du major qui inventa un drôle de canot à moteur.

    C’est ainsi qu’on me désignait enfant l’une des demeures de la rue de La Havanne, au 14, une maison jumelle à l’architecture simple, où dans la cour anglaise qui la sépare de la voie, poussent deux palmiers qui encadrent la fenêtre du salon. Le major, c’était le capitaine de transatlantique Georges Unsworth, qu’on désignait sous son titre nazairien de pilote-major du port.

    Les vieux Nazairiens qui l’avaient connu me le décrivaient tous à l’identique, le profil en bec d'aigle, les cheveux mi-longs dans sa tenue de capitaine d’avant la Grande-guerre, un peu passée, la chemise et la cravate nouée en lavallière impeccables, incarnation de l’une de ces gravures victoriennes qui représentent des cavaliers. Sa silhouette était si particulière, que tout le monde dans la Presqu’île le reconnaissait de loin, ce que ne manquaient pas de souligner les journaux quand ils parlaient de lui.

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    Georges Unsworth en mai 1931, (Ouest Eclair)

     

    Dans un article du 18 février 1910 paru dans « L’Auto », Paul-Adrien Schaye, qui l’avait déjà rencontré en 1898, écrivit :

    « Ceux qui peuvent le connaître le retrouvent tel qu’il était, à l’époque, car sa physionomie singulière est de celles qui ne bougent pas. C’était déjà un grand garçon mince, à la figure hâlée, aux joues creuses et dont les yeux avaient cette couleur extraordinaire qui éclaire un visage et le rend inquiétant : des yeux d’une singulière clarté et d’une fixité si précise, que lorsqu’ils vous regardent on se sent pour ainsi dire vrillé. »

    Mes arrière-grands-parents m’en parlèrent plusieurs fois, m’en faisant la même description physique. Bonne-maman ajoutait qu’il avait des manières exquises, et me précisait, elle qui était à moitié argentine et totalement anglophile, que le major était né britannique à Buenos Aires, qu’elle aimait se promener à cheval avec lui sur les allées cavalières du remblai ou dans la campagne, à discuter avec lui en anglais ou en espagnol, langue qu’il ponctuait de quelques expressions portègnes, en roulant les R comme au pays. Il avait aussi cette habitude de venir lui baiser la main, en se courbant telle un roseau, dès qu’il la croisait, y compris dans la rue, ce qui était d’une rare audace, car on ne baise pas une main en dehors d’un salon ou d’une cérémonie, allant jusqu’à le faire sans qu’elle eut retirer ses gants, ce qui était encore plus audacieux, cela même par la portière de la voiture dans laquelle elle était assise, et en soulignant son regard cristallin d’un petit sourire coquin, car, Bonne-maman le savait, en Argentine on ne baise pas la main des dames, mais uniquement celle de sa femme ou de sa maîtresse.

     

    Georges Unsworth était né à Buenos Aires le 27 septembre 1862, cinquième des sept enfants de Georges Unsworth, né en 1830 à Lancaster, et d’Elizabeth Travis, née à Lancaster en 1832[1]. Les Unsworth s’étaient établis en Argentine vers 1851/52[2], ils y vécurent modestement, Georges père était maréchal ferrant, mais on le trouve dans les papiers français de son fils aussi désigné comme vétérinaire ; en fait à l’époque son activité faisait qu’il soignait les petites maladies des chevaux, et pratiquait la castration, d’où une assimilation au métier de vétérinaire alors peu développer en Argentine. Georges père se fit aussi éleveur de mouton en 1863 ou 64, obligeant la famille à déménager à 30 km du centre Buenos Aires, Estrella del Norte, dans le partido de San Isidro. Il y décéda en 1868, obligeant son épouse à regagner vendre leur ferme et à regagner Buenos Aires avec leurs enfants, où ils vécurent très modestement. Georges avait 6 ans au décès de son père, sa mère lui procura une solide éducation malgré la pauvreté de leur situation. Il se montra cependant doué pour les études, le dessin, les mathématiques, et les langues qu’il commença à apprendre en furetant sur le port, dont les activités le passionnaient. Très intelligent, mais à l’univers réduit par sa condition d’orphelin de père à la précarité financière, malgré les efforts de sa mère et de ses ainés obligés de travailler dès leurs 15 ans, Georges fit le choix de la marine, et se surpassa pour apprendre seul le français, langue alors internationale. Devenu un petit prodige, il s’engagea dans la marchande, et gravit rapidement les échelons par sa rigueur et sa volonté qui impressionnaient ses supérieurs. Entré au service de la Compagnie Générale Transatlantique, il emménagea au Havre, et obtînt le 21 avril 1888 la nationalité Française. Le 26 novembre 1888 il fut nommé par brevet capitaine au long cours. Le 17 février 1896 ; alors 3ème lieutenant du paquebot Bourgogne[3], qui faisait naviguait sur la ligne Le Havre-New-York, il s’illustra dans le sauvetage des passagers de paquebot l’Ailsa, de l’Atlas Line, que La Bourgogne avait percuté et coula. Il fut pour cet acte décoré de la médaille d’argent 2ème classe de sauvetage le 1er janvier 1897. Il fut alors déplacé sur La Champagne. Le 18 février 1898, vers 17 h, l’arbre de couche de l’hélice de La Champagne se brisa et bloqua les machines, alors que le navire avait quitté 5 jours auparavant le Havre, et filait à 17 nœuds par une mer déchaînée. L’arrêt brutal des machines provoqua une secousse qui fit tomber plusieurs passagers debout ou assis sur des chaises. Le paquebot se trouva à la dérive loin de la ligne de navigation, mais arriva à jeter l’ancre à 40 brasses de profondeur, sur les bancs de Terre-Neuve, par 45° 27’ de latitude nord, et 51° 52’ de longitude ouest. On tentât de réparer mais un brouillard épais rendant la visibilité impossible. Incapable de communiquer, feux de détresse allumés, sonnant sans discontinuer la cloche d’alerte, canon armés, et mais ne voyant aucun autre navire passer, le 18 février, le commandant désigna Georges Unsworth, alors 3ème officier, avec grade de lieutenant, parce qu’il était célibataire et le plus jeune officier, pour commander une chaloupe et 9 hommes, pour partir à la recherche de secours, avec des provisions pour 10 jours, sous les acclamations des passagers. La chaloupe fut mise à l’eau à midi. Au bout de six jours, trempé par le brouillard et les embruns que le froid avait transformé en glace, certains eurent les pieds et les mains gelés, et tous étaient au bord de l’hyperthermie et épuisés au pont qu’il fallut les soulever un à un, quand ils furent récupérés par le vapeur néerlandais Rotterdam, qui avait aperçu au large leurs fusées de détresse. Le premier matelot débarqué s’effondra sur le pont, si bien que l’espace d’un instant, l’équipage du Rotterdam se demanda s’il n’était pas ivre. La glace avait rendu cassante la fibre de leurs vêtements, et il fallut couper au couteau leurs bottes pour les retirer. Comme le veut l’usage, Unsworth fut le dernier à débarquer de la chaloupe. Unsworth dit au commandant du Rotterdam :

    - Nous ne sommes pas des naufrages, nous sommes des hommes qui viennent d’accomplir une mission.

    Il exposa sa mission, et demanda à comparer le point qu’il avait calculé avec celui du Rotterdam. Ils furent conduits à New-York où la ville s’empressa de les féliciter, car on croyait La Champagne perdue jusqu'à ce qu'on les découvre dans leur canot. On proposa à Unsworth de mettre les boutons d’or de de sa veste de lieutenant en loterie, ce qu’il refusa, tout comme il refusa les sommes que lui proposèrent les journaux pour une interview exclusive. Il accorda une conférence de presse dans un salon de la Compagnie Générale Transatlantique, au sortir de laquelle un journaliste lui proposa 100 dollars pour des éléments supplémentaires, ce qu’il refusa encore.

    Le 28 février la Compagnie Générale Transatlantique que les secours étaient arrivés, que tout allait bien, que l’on transbordait les 600 passagers, et que les hommes de la chaloupe allaient survivre, bien que pour l’instant, seuls Unsworth et le quartier maître Camard, qui se relayaient à la barre, pendant que les huit autres hommes s’alternaient à la rame, avaient suffisamment de force pour se lever de leur couchette. Unsworth se forçait à ne pas afficher une mine éprouver devant ses hommes et l’équipage du Rotterdam, même s’il était visible qu’il était à bout de force. Le Massepequa qui faisait la route de New-York à Amsterdam, et deux remorqueurs partis d’Halifax furent dépêchés aux secours de La Champagne. De retour au Havre en avril, Georges Unsworth reçu de la Chambre de commerce de cette ville un chronomètre en or, une médaille d’or[4], et fut fait chevalier de la Légion d’Honneur par décret du 29 avril 1898. Le 22 mai 1899, il reçut aussi le prix Henri Durant, d’un montant de 4.000 fr.

    La Transatlantique lui donna le commandement du Ville d’Alger qui faisait la ligne Marseille-Alger. C’est à Marseille qu’il épousa Antonine Germain, née à Châteauneuf en 1884, dont il eut une fille, Jeanne[5], née en 1900. On lui donna alors le commandement du Versailles, paquebot de la ligne Saint Nazaire-Colon. Il s’établit avec sa famille en notre ville au 14 rue de La Havanne. Le commandement du Versailles ne fut pas de tout repos. Parti le 9 décembre 1906 de Saint-Nazaire avec à son bord des émigrants se rendant à Panama pour travailler à la construction du canal, à l’escale de Carthagène, ceux-ci voulurent descendre à terre, mais les autorités colombiennes s’y opposèrent. Le capitaine des douanes qui venait de monter à bord se trouva alors pris aux mains des passagers mécontents. Les soldats colombiens se mirent à tirer sur le navire, tuant l’un des émigrants, et blessants plusieurs autres. Unsworth ordonna de rompre les amarres et de faire machine arrière, pendant que les colombiens continuaient à nourrir le feu. Les autorités colombiennes exigèrent que le Versailles revienne dans le port pour saluer le Pavillon colombien en signe d’excuse. Mais à bord se trouvait le nouveau ministre de France à Lima, Pierre Merlou, (1849-1909), homme politique, ancien ministre des Finances, qu’on expédiait au Pérou pour s’en débarrasser, après que sa maîtresse, la comédienne Jeanne-Marie Dallemagne, qu’il avait ruiné en vivant à ses crochés, et avait abandonné parce qu’elle était atteinte d’un cancer incurable, lui avait tiré dessus quelques mois auparavant[6], qui fit en sorte de calmer le gouvernement Colombien. Le journaliste Paul Matheix, avait commenté dans l’article qu’il avait consacré à cette affaire, dans La Presse du 26 janvier 1907, avoir connus Unsworth à bord du Ville d’Alger en 1898, quand il s’apprêtait à en prendre le commandement, et ne pas avoir été surpris du sang froid qu’il avait fait preuve à Carthagène. L’ayant interviewé à propos des événements de La Champagne, Paul Matheix commenta en 1907 que Unsworth lui avait fait son récit simplement, comme gêné d'avoir à parler de lui, et ajouta :

    - Il m'a suffi de lire son nom, au sujet des incidents de Carthagène, pour le revoir, flegmatique et un peu triste, debout près de la coupée, l’œil perdu au loin, avec ce regard des marins, qui, machinalement, tout en causant, scrutent sans cesse l'horizon, comme si, pour eux, il était toujours charge de menaces. Et je n'ai pas été surpris qu'il se fût habilement tiré d'une fâcheuse aventure ; les fusils braqués sur lui par les soldats colombiens n'étaient pas faits pour l’émouvoir ; il est de ces hommes dont les pires dangers ne peuvent que grandir l’imperturbable sang-froid.

     

     

    À quelque temps de là, Georges Unsworth divorça, son épouse partie vivre avec leur fille à Paris[7]. Il épousa en secondes noces Angéle Armande Noury. On lui attribua alors le commandement du paquebot Guadeloupe en avril 1908 attaché au port du Havre. Rapidement retourné à Saint-Nazaire pour être affecté au port comme pilote-major, il fut décoré de la Médaille d’honneur de la Marine marchande le 9 janvier 1919, et fut nommé représentant suppléant de la capitainerie de Saint-Nazaire, et fut vice-président du Syndicat des capitaines au long cours de Saint-Nazaire.

     

    Issue d’un milieu modeste, Georges Unsworth, était un self-made-man à une époque ou l’ascension sociale était encore possible et encouragée, et où il était convenu de se former aux codes et usages du milieux où l’on était amené à entrer, ce qui lui fit par exemple devenir un excellant escrimeur, au point de devenir vice-président de la Société d’escrime de Saint-Nazaire jusqu'à sa mort, et fréquenter la haute société locale, d’être membre du Groupe artistique[8] où il exposait ses peintures, mais il ne perdit jamais de vue ses origines, et proférait des idées socialistes et syndicales, s’inquiétant de l’inégalité dans la société du 20ème siècle, idées qu’il développa durant ses travaux maçonniques à la Loge du Trait d’Union[9]. Il participa à différentes revues maritimes, nautiques et de natations, sous le pseudonyme de Geo, publia à Saint-Nazaire en 1907 et 1910 deux « Étude des Transports maritime », publiés par le Comité France- Amérique, et en 1921 « Vers la république humaine, Démocratie financière », aux Éditions de l’Imprimerie Ouvrière, republié en 1924 sous le seul titre de « Vers la république humaine ». Il fonda en 1924 les Goélands nazairiens[10], association encore existante, qui était à l’origine une société d’entraînement à la natation, water-polo, canotage et autres sports nautiques et maritimes, et qui prodigua surtout dans le port de Saint-Nazaire les premiers cours de natations à plusieurs générations de Nazairiens.

    Il fut fait officier de l’ordre du mérite maritime le 15 aout 1930, et élu président d’honneur à l’unanimité des Hospitaliers sauveteurs bretons.

    Le 14 avril 1931, de 9 h à 18 h, il fit sur la plage du Grand-Traict, à proximité du monument du Débarquement, les premiers essais d’un type de canot en contreplaqué qu’il avait mis au point. Ce canot était de 180 kg, 10 m de long sur 0,75 m de large, et 0,50 m de haut, ne calant qu’à 10 cm, à sept compartiments étanches, et démontable en trois tronçons. Il était doté d’un moteur à deux temps de 4 HP avec hélice réversible de 27 cm de diamètre, pouvant assurer une vitesse de 8 nœuds, pour une consommation de 4 l d’essence. Il comportait en plus des coussins et une tente pour permettre deux couchages, et devait permettre d’accoster n’importe quelle plage pour y camper. L’invention fut présentée au Salon nautique de Paris du 30 octobre 1931.

    Durant 18 mois Unsworth poursuivit ses tests par tous les temps, en compagnie de messieurs Simonneau et Porcher, et le baptisa « Motorskaf ». L’engin ressemblait à deux barques encastrées.

     

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    Le Motorskaf, (Ouest Éclair du 14 octobre 1932).

     

     

    Georges Unsworth pris sa retraite de ses fonctions de pilote-major du port en 1932.

     

    Alors qu’il s’apprêtait à lancer la fabrication industrielle du Motorskaf, Georges Unsworth décéda d’une crise cardiaque le 17 août 1934, et son invention fut oubliée, pourtant, il s'en fallu de peu qu'on en eu des traces détaillées. En effet, la veuve de George fut contactée en septembre 1934 par un demoiselle Belle, directrice de l'institut Pelman, qui affirma avoir traité verbalement, quelques jours avant le décès de celui-ci en août, pour l’impression de 5.000 catalogues de 16 pages avec cliches et dessins, relatif au motoskraf, pour la somme de 3.722 fr. La veuve trouva le prix exagéré, et demanda des preuves écrite de la commande. Il ne fut fourni qu'une lettre un peu vague dans le sujet. L'affaire passa devant le tribunal, qui jugea le 18 novembre 1935 qu'il n'y avait aucune justificatifs fourni concernant un contrat d'impression. Les catalogues furent détruits, et le motoskraf perdu des mémoires.

     

     

     

     

    [1] 1° Mary-Anne, née à Buenos Aires le 23 octobre 1852, baptisée le 26 décembre 1852 à St John's Church de Buenos Aires ;

    2° Margaret, née à Buenos Aires le 21 décembre 1854, baptisée le 25 février 1855 à St John's Church, épouse de John Matthew Ronald, d’où postérité ;

    3° Richard-Anderton, né à Buenos Aires le 18 décembre 1856, baptisée le 15 janvier 1857 à la Methodist Episcopal Church de Buenos Aires, époux de Maria C…, d’où postérité

    4° Thomas, né à Buenos Aires le 22 février 1859, baptisé à St John's le 28 avril 1861, décédé à Buenos Aires le 15 mai 1930, Argentina ; marié 1° Annie Macfarlane, (née à Arrochar en Ecosse) ; 2° le 24 juin 1880 à Buenos Aires Johanna Macfarlane, née à Arrochar 6 juillet 1861, décédée à Buenos Aires le 7 août 1899, sœur de la précédente ; d’où postérité des deux lits ;

    5° Georges ;

    6° William-Henry, né à Estrella del Norte, (partido de San Isidro), le 10 février 1865, baptisé à 29 août 1865 à St John's Church de Buenos Aires ;

    7° John, né à Buenos Aires le 16 mai 1867, baptisé à St John's Church le 27 avril 1869, après le décès son père.

     

    [2] Leurs noms ne figurent pas sur la liste des arrivants par bateau, il est fort probable qu’ils soient d’abord passés par l’Uruguay avant de traverser La Plata et faire souche à Buenos Aires. Georges père avait un frère, William-Henry, qui s’était établi à New-York.

    [3] La Bourgogne, coula le 2 juillet 1898, après être entré en collision avec un autre navire. Dans le choque les canots de sauvetage furent détruits, 500 personnes périrent.

    [4] Camard reçut une médaille de vermeille et une montre en argent.

    [5] En épousa en 1940, à Annemasse, Henri Adrien François Mieville, membre fondateur du parti ouvrier et populaire, emprisonné pour activité politique illicite. Conseiller communal de Vevey, (législatif, 1946-1964, conseiller national, (1947-1950). Mieville était lié d'amitié avec Le Corbusier, Romain Rolland, Charles Ferdinand Ramuz, et bien d'autres. Il fut décoré  de la Médaille de la Résistance française. D’où postérité. Elle publia en 1942, sous son nom de jeune-fille, " Les Mérivan et autres contes d'armor ", aux Editions de la Baconnière. Elle divorça en 1945, et décéda à Toulon en 1981.

    [6] Le nom Merlou en devient alors une insulte à la mode pour désigner un homme vivant au crocher d’une femme.

    [7] Établie 11 rue Dufrénoy, elle demanda en avril 1909 à ajouter à son patronymique celui de Poilpot.

    [8] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2018/07/30/le-groupe-artistique-de-saint-nazaire-et-le-groupe-de-indepe-6069504.html

    [9] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/03/02/les-loge-et-temples-maconniques-de-saint-nazaire-6132902.html

    [10] Association déclarée le 8 octobre 1924 au Journal Officiel avec parution le 16 octobre 1924, sur bureau constitué lors de l’Assemblée générale du 23 mars 1924. – Pour plus de détails, voyez l’excellant article de monsieur Michel Mahé : https://michelcmahe.com/2018/04/01/les-goelands-nazairiens-la-naissance-de-la-societe/

  • Le registre de correspondance départ de 1815-1820 retrouvé

    Le 11 janvier 2019, les Archives de Saint-Nazaire informèrent qu’un registre contenant la correspondance au départ de la ville de Saint-Nazaire entre le 5 septembre 1815 et le 31 mai 1820, leur avait été remis par les Archives départementales de Loire-Atlantique, qui l’ont reçu de la famille de l’homme qui l’avait ramassé dans les décombres de l’Hôtel de ville détruit durant les bombardements, et conservé par lui depuis.

     

    Qu’apporte aux Nazairiens ce cahier dont seulement 42 feuillets sur les 125 qui le composent ce sont manuscrites ? Beaucoup et peu à la fois. S’il est effectivement très cours, et ne contient que des résumés d’échanges administratifs presque exclusivement avec le sous-préfet de Savenay à propos de la gestion ordinaire de la ville, (j’insiste sur le mot ville, car il est employé par l’administration, et parce que je l’ai répété plusieurs fois, Saint-Nazaire à statut de ville depuis le 14ème siècle), ce registre nous procure à la fois la confirmation d’élément qui nous étaient connus par la publication de l’Histoire de la ville de Saint-Nazaire par Henri Moret, nous les détails, et nous en apporte des complémentaires.

    Le problème essentiel quand on raconte l’histoire nazairienne, et j'y suis confronté en permanence pour la rédaction de ce blog, c’est la nature lacunaire et éparpillée des sources. J’ai retrouvé nombre d’éléments en passant par les manuscrits de la BNF, des Archives nationales, Archives départementales, archives privées de Nazairiens, ou de descendant de Nazairiens, celles archives de quotidiens, et enfin des publications anciennes à compte d’auteur et d’éditeur de livres et de revues qui regroupent des témoignages d’époque où font état de la consultation d’archives aujourd’hui perdues. Parmi ces publications à compte d’éditeur, la plus complète demeure l’Histoire de la ville de Saint-Nazaire par Henri Moret, ancien secrétaire général de marie en charge des archiviste de la ville, qui avait pu consulter et étudier durant des années, les archives municipales d’avant les bombardements, mais aussi d’avant l’incendie criminel du 14 février 1895 qui avait pour but de faire disparaître les malversations de la municipalité Gasnier, et dans lequel Henri Moret manqua de trouver la mort en voulant en sauver les documents les plus anciens.

    Le travail d’Henri Moret est à la limite de l’excellence, même si, comme tous ceux qui rédigent une monographie monumentale, il a fait des choix en écartant des éléments qui lui semblèrent anodins ou anecdotiques, et que, ne se concentrant que sur le contenu des archives municipales, il est passé à côtés de sources extérieures, omettant des points intéressants pouvant aider à la compréhension de ce qu’il avait trouvé, et ceux malgré une mise en abyme dans l’histoire de la Bretagne de celle de Saint-Nazaire. Maître Galibourg, qui était jaloux du travail de Moret, et qui ne publia jamais rien d’autre que quelques notices, n’étant jamais parvenu à faire un livre de ses connaissances, avait raillé Moret dans la dernière interview qu’il accorda en 1930 à Ouest Éclair, disant qu’il avait omis l’incendie de l’église en 1371, (élément écarté par Moret car sourcé uniquement aux Archives vaticanes, mais publiée depuis 1903 par les pères G. de Lesquen et Guillaume Mollat, chapelains de Saint-Louis-des-Français à Rome, avaient consulté pour la rédaction de leur livre « Mesures fiscales exercées en Bretagne par les Papes d'Avignon à l'époque du Grand Schisme d'Occident ») ; qu’il n’avait pas parler de la Conspiration de Pontcallec, qui avait impliqué un nombre important de Nazairiens, et dont les interrogatoires des suspects de la Presqu’île guérandaise c’étaient tenus essentiellement à Saint-Nazaire, (documents à la Bibliothèque de l'Arsenal). Galibourg avait enfoncé le clou en parlant d’Hector Berlioz qui avait séjourné à la fin de sa vie deux fois dans l’un des immeubles que Galibourg possédait rue de Villès-Martin, car son fils, Louis Berlioz, naviguait pour le compte de la Compagnie générale transatlantique. Mais, ce clou est planté dans le vide, car Hector Berlioz quand il séjourna à Saint-Nazaire, n’était plus que l’ombre de lui-même, il ne composait plus depuis des années, ne dirigeait plus d’orchestre ; ses biographes retracent les cinq dernières années de sa vie en trois pages car il n’y a rien à raconter. On pourrait même ajouter que si Moret avait parler des séjours de Berlioz, il aurait été aussi obligé de parler de ceux Camille Saint-Saëns au Grand-Hôtel, venu pour rendre visite à un cousin, et qui s’amusait à faire des tours de chevaux de bois sur le manège Guilleux, et enfin de faire le tour de tous les registres des hôtels pour avoir quelles personnalités avaient séjourné à titre privé à Saint-Nazaire ! Moret était archiviste, pas détective.

    Henri Moret demeure la seule source fiable concernant l’histoire de Saint-Nazaire, et tous ceux qui sont venus après lui, n’ont fait que se baser sur ses travaux et les ont complétées parfois, déformées souvent. Faute d’archives encore existantes ou accessibles, on se contente de le mentionner comme source unique. Or, avec la réapparition d’un registre comme celui remis en janvier 2019 aux Archives de Saint-Nazaire, on peut vérifier et compléter la source Moret. J’écris « vérifier et compléter », et non pas « corriger », car mes observations m’ont à l’heure actuelle prouvé que Moret ne déforme jamais la vérité, mais comme je l’ai écrit plus haut, il lui est arrivé dans son travail d’omettre des éléments qui peuvent avoir pour nous aujourd’hui de l’importance. Or, à la lecture du registre retrouvé, je me suis aperçu que Henri Moret avait écarté ledit registre, passant ainsi à côté d’élément qui n’avaient pas laissés de trace dans les autres registres et liasses qu’il avait consultés.

     

    Ce que le registre retrouvé nous apprend en particulier :

     

    Où l’on apprend qu’il manque un maire dans la liste officielle des maires de Saint-Nazaire :

    À la chute de Napoléon en 1815, l’intérim de la fonction de maire n’est pas, comme Moret l’a écrit, assurée par Jean-Pierre Mahé, notaire, le premier adjoint du maire Guillaume Durand démis, (et parti avec les sceaux communaux aux armes impériales et que l’on dut aller rechercher chez lui pour les envoyer en préfecture le 14 mars 1816), jusqu’à la nomination Julien-Maurice Tahier de Kervaret[1], mais en réalité il y avait eu désignation d’un maire provisoire par le Préfet avec Mahé pour adjoint. En effet, c’est Nicolas Delange, un normand établit à Saint-Nazaire vers 1806 comme marchand, qui fut désigné, à titre provisoire, par Arrêt du 24 aout 1815, reçu en mairie le 29. Celui-ci refusa dans une lettre du 5 septembre 1815, et qui constitue la première retranscription du cahier, prétextant ses affaires, et proposa Julien-Maurice Tahier de Kervaret, en argumentant qu’il était espéré à la fonction par les habitants, et que, quoiqu’en voyage à Lorient, il s’était déclaré favorable à devenir mairie. Celui-ci devant être secondé par Honoré Dumont, le receveur des douanes de la commune, ancien conseiller municipal, lui aussi normand, natif de Coutances dans la Manche, et marié à une Nazairienne.

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    Retranscription de lettre de Delange au Sous-Préfet dans le registre

     

    Le registre nous informe que Delange assura cependant l’intérim, et ne laissa la place de maire à Tahier de Kervaret qu'à son retour le 13 septembre 1815, date à laquelle Dumond fut nommé officiellement 1er adjoint par Arrêt du préfet en remplacement de Pierre Mahé. Un second Arrêt en date du 20 septembre nomma Delange second adjoint. Le 15 juin 1816 Dumont donna sa démission, le Maire demande son remplacement par le percepteur des contributions et syndic des gens de mer de Saint-Nazaire, Henry Bernard de La Peccaudière Turmelière, (Nantes 1788 – Cayenne 1832).

     

    Les Prussiens stationnant à Saint-Nazaire :

    Henri Moret cite la présence de 200 brandebourgeois stationnés à Saint-Nazaire, sans plus de détail, et mentionne qu’à Saint-Etienne-de-Monluc les soldats donne des coups avec le plat de leur sabre aux habitants qui n’exécutent pas les ordres. Or, le registre nous informe que ce n’étaient pas des Brandebourgeois, mais des Prussiens-orientaux, de la 4ème compagnie du 1er bataillon du 2ème régiment d’infanterie Landwher de la Prusse-Orientale, commandée par le baron von Schauroth. Le terme Landwher désigne en vocabulaire miliaire allemand un type de milice permanente coordonnée par l’armée ; celle qui fut cantonnée à Saint-Nazaire du 12 septembre au 22 septembre 1815 avait été formée à la suite du décret du roi de Prusse du 17 mars 1813. Elle se distinguait par des uniformes à veste bleue, pantalon blanc, bretelles jaunes, et couvre-chef noir. L’arrivée de cette troupe avait été annoncée dès la première semaine de septembre. Le Sous-Préfet avait convoqué le 9 septembre des commerçants nazairiens pour conclure des marchés pour la subsistance des soldats des troupes Alliées qui venaient rétablir l’ordre en replaçant Louis XVIII sur son trône et réprimer les derniers Bonapartistes. Se rendirent à Savenay : Jean Benoiton, (1782-1865), le boulanger qui vivait dans la Grand-Rue ; Honoré Tartoué, (1774-1854), le boucher qui devaient fournir les vivres (il est le grand-père de monseigneur Laborde, et l'arrière grand-père de l'écrivain Marie Lera) ; et Touplain, le loueur de chevaux qui devait en fournir huit de remplacement pour les officiers qui accompagnaient la troupe et les charrettes de matériel. Le marchand de vin, François-Nicolas Lancelot, (natif de Rezé mais marié à une nazairienne), était alors en voyage à Nantes. Le maire provisoire, Delange, demanda au préfet d’avance de l’argent aux marchands nazairiens, et que les Prussiens soient répartis sur les communes de Saint-Nazaire, de Montoire et de Donges, ce qui lui fut refusé. Le 10 septembre Delange informa la population, par placards et crieur, qu’il fallait qu’elle se prépare à loger les militaires et qu’il fallait leur faire bon accueil, « de même je me persuade qu’ils se comporteront en véritables alliés ». Il n’y eut pas d’incident entre les Prussiens et les Nazairiens, à leur départ le 22 septembre 1815, le maire, Tahier de Kervaret, leur délivra un certificat de bonne conduite qui disait qu’ils s'etaient « très bien comportés et emport[aient] l’estime des habitants ». Il y avait cependant eu une rumeur à Paimboeuf où l’on affirma que les Prussiens stationnés à Saint-Nazaire avaient empêché les marchands venus du sud du département de venir vendre leurs bêtes et produits à la foire de Saint-Nazaire, ce qui fut démenti par le Maire de Saint-Nazaire par une lettre datée du 13 septembre 1815. Le 18 septembre le Préfet informât du départ du régiment prussien le 22, et de son remplacement le même jour par une troupe de 100 hommes dont il fallait assurer les frais. La municipalité avait charge d’avancer les sommes pour l’entretient ordinaire du régiment prussien, qui coûtaient avec leurs huit chevaux, 400 fr par jour, mais les caisses étaient vides, le maire argumentant qu’il avait déjà dépensé pour 3.600 fr et que le major de Cambon, qui avait été chargé par le Préfet d’assurer le ravitaillement, n’avait rien délivré. Donges et Montoire, qui avaient été obligés aussi de participer aux frais, n’avaient pourvu qu’à hauteur de 700 ou 800 fr de fournitures. La dette nazairienne était au 18 septembre de 2.800 fr. La Préfecture ne voulant pas avancer les sommes, il fut répondu le 21 septembre au maire de Saint-Nazaire de procéder à une augmentation de 50 centimes par franc la contribution foncière. Tahier de Kervaret informa que c’était impossible, la commune était trop pauvre. Elle avait un arriéré de 12.000 fr et ne pouvait pas donner les 15.000 fr espéré par la Préfecture, car elle ne savait pas comment elle va payer sa dette présente, (le gouvernement royal n’avait d’ailleurs pas remboursé les 96 fr des six tonneaux de froment fourni le 19 juillet 1815 sur réquisition du comte de Coislin commande de l’Armée royale, pour un détachement de cavalerie reste trois jour à Saint-Nazaire). Les récoltes avaient été mauvaises, le grain n’avait même pas rendu une quantité égale à ce qui avait été semé, (le 9 novembre 1817 les récoltes étaient encore déclarées insuffisantes). Guérande, qui était aussi endettée, avait fait procédé à un recouvrement de la dette qui avait manqué de tourner à l’émeute. Tahier de Kervaret répondit auprès du Sous-préfet : « Je ne répondrais pas qu’une semblable chose n’aboutit à les aigrir et à soulever la masse de la population, car quand on demande au peuple des sacrifices au-dessus de ses forces on peut s’attendre à le voir se révolter contre ce qui cause son malheur. »

    Le 22 septembre le régiment prussien parti de Saint-Nazaire alla stationner deux jours à Montoire, dont le maire demanda à celui de Saint-Nazaire 60 bouteilles d’eau de vie et 2 barriques de vin. La réponse de Tahier de Kervaret fut lapidaire.

    La nouvelle troupe de 100 Prussiens arrivée le 22 septembre repartie le 24. La ville respira, mais ce fut très compliqué pour le Conseil de récupérer l’argent avancé. La préfecture demanda que le maire de Saint-Nazaire fournisse le détail de ses dépenses, ainsi que celles de Montoir et Donges, dont les deux maires ne se montrèrent pas très coopératifs pour fournir leurs factures détaillées et justifiées.

    Tahier de Kervaret commença par faire rembourser sa mairie en revendant les denrées acquises et non consommées durant une vente publique. Sur le grain requestionné à Donges et Saint-Nazaire il restait 10 setiers moins un quarteraux, c’est à dire 10 hectolitre moins 12 litre environ, qui furent acquis par Benoiston le boulanger, à 34 fr l’hectolitre, et donc payer 336 fr. Sur le vin fourni par Donges et Montoir et qu’il fallut payer à prix d’argent, il restait 300 l, vendu publiquement et adjugé aux sieurs Feralle et Goyon, aubergistes à Saint-Nazaire, pour 84 fr. L’excédent de pommes-de-terre fut vendu à différents personne pour 10 fr 50 c, et on tira 4 fr du fumier et la paille. La Mairie avait 1194 fr 99 c en caisse. Seul le tabac ne fut pas revendu, car il était un dépôt des entrepôts de Savenay : 60 kg avaient été fournis ; 17 kg furent consommé pour 108 fr et 80 c. On renvoya les restes avec la somme correspondant à la quantité consommée.

    Ce furent au totale 6.338 fr et 65 centimes qui furent dépensés par Saint-Nazaire, Montoir et Donges : 2.918 fr 50 Pour Saint-Nazaire ; 746 fr 55 par Donges ; 2.673 fr 60 par Montoir. La facture fut adressée au préfet le 26 octobre les trois communes avaient demandé le recouvrement optionnel des impôts fonciers et avait obtenu 3678 fr 99. Il restait une ardoise de 760 fr 49 et les caisses étaient vident[2] ; le remboursement des sommes pour les troupes Prussiennes était encore réclamé par le Maire au Préfet le 29 juillet 1818 !

    Cette habitude de la Préfecture de faire avancer au communes les frais de bouche se retrouve aussi quand le 22 avril 1816, le lieutenant de gendarmerie de Massabiau, résident à Savenay, informa le maire de Saint-Nazaire qu’il escorterait le Préfet se rendant à Guérande, et que passant par la commune, il faudrait le nourrir avec les chevaux. Le Maire réclama à le 17 mai les 17 fr avancés à pour le règlement de l’aubergiste.

     

     3° Création de la Gendarmerie et la Prison de Saint-Nazaire :

     

    Saint-Nazaire dépendait des gendarmeries de Guérande et de Savenay. La sécurité quotidienne sur le territoire communale était assurée par les gardes champêtres qui s’occupaient essentiellement de tuer les corbeaux s’attaquant aux récoltes, et de confisquer les fusils aux chasseurs qui n’avaient pas de permis, (l’un d’entre eux, confisqué à Denis Hervé, de La Ville Bertho, après lui avoir été rendu par le nouveau Maire, dut être à nouveau confisqué le 2 décembre 1815 car il en menaçait ses voisins) ; au 15 novembre 1815 ceux-ci n’avaient pas été payés depuis le troisième trimestre de l’année et la Municipalité réclama des subsistes à la Préfecture. Or, depuis la seconde abdication de Napoléon, la situation politique était tendue. Beaucoup de gens qui s’étaient ralliés à l’Empereur durant les Cents Jours avaient tout intérêt à quitter le pays pour échapper aux tribunaux. La Haute-Police demanda le 27 septembre 1815 aux douanes de Saint-Nazaire d’arrêter un « personnage important, voyageant sous le nom de Bertrand, qui veut embarquer pour l’Amérique ». Ordre fut d’arrêter systématiquement toute personne désireuse de s’embarquer pour l’Amérique. Cet ordre justifia la requête de l'établissement à Saint-Nazaire de 4 gendarmes à pied et d’un brigadier, avec pour argumentation qu’il fallait surveiller les gens qui étaient sur les bateaux ancrés dans la rade et l’estuaire plusieurs jours avant de partir en mer, que le canton avait besoin d’une police, et que parce que situe entre Guérande et Savenay une caserne  à Saint-Nazaire ferait le relais. Les tentions politiques étaient telles, ou du moins les peurs du Gouvernement faisaient que les militaires qui demandaient congé, et plus encore les déserteurs, étaient des suspects faisaient craindre à Paris des résurgences de complots bonapartistes. À Saint-Nazaire, 14 militaires demandèrent leur congé le 25 octobre 1815. Paul Martin, un déserteur du 2ème Régiment d’artillerie de Marine, fut conduit par deux gendarme de Nantes devant l’adjoint Honoré Dumont, (le maire étant absent), le 7 novembre 1815, afin de retrouver son acte de naissance dans les registres. On ne l’y trouva pas. Paul Martin affirmait avoir quitter la ville à l’âge de 4 ans pour Orléans, mais aucun habitant n’avait souvenir de sa famille, il était probable qu’il soit en réalité natif d’une autre commune autour de Saint-Nazaire, mais cela ne put être déterminé avant de le conduire devant le procureur du Roi à Savenay le lendemain. Il en profita pour redemander renouveler la demande d’une gendarmerie. La seule réponse de la Préfecture fut une enquête sur l’éventuelle présence de bonapartistes sur la commune, que le vagabond Martin aurait voulu rencontrer. Julien-Maurice Tahier de Kervaret obtempéra, mais on imagine son embarra car son neveux, Jacques-François Tahier, syndic des gens de mer à Saint-Nazaire et maître de port, chevalier de la Légion d'Honneur, ne cachait pas son attachement pour Napoléon, (il fut d’ailleurs médaillé de Sainte-Hélène durant le Second Empire). Nombre d’anciens militaires nazairiens partageaient son opinion, mais Julien-Maurice Tahier de Kervaret assura, après enquête auprès des chefs de sections municipale, dans une lettre à la préfecture le 23 novembre l’attachement des Nazairiens au Gouvernement royal. La Préfecture demanda qu’on fit le dénombrement des fusils possédés par les habitants, ce qui fut fait le 25 décembre 1815. Le 16 janvier 1816 il fut ordonné par le Préfet d’arrêter de toute personne n’ayant pas de passeport qui voyageait sur la commune. Un homme dont le passeport sembla vieux et suspect en fit les frais le 13 février. Le 5 mai 1816 Pierre Germevois, du 6ème régiment d’artillerie, fut arrête le 24 avril 1816, par la gendarmerie en possession d’une permission illimité et fut placé en détention à la prison à Paimboeuf. Il était natif de Saint-André-des-Eaux, mais son père habitait depuis longtemps Saint-Nazaire, où il était laboureur. Le Maire de Saint-Nazaire intervint en sa faveur auprès du Procureur de Paimboeuf en le déclarant « parfait honnête homme, passible et tranquille et dans de bons principes ». Il fut relâché. Le 10 juillet 1816 redemanda l’établissement d’une gendarmerie à Saint-Nazaire, argumentant que le port était le point d’embarquement et de débarquement entre Nantes, le pays de Retz, et le nord de la Bretagne, et la nécessité de garantir la paix des habitants face aux débordement des marins ivres. la Préfecture donna son accord à la condition de trouver un logement pouvant faire caserne. Tahier de Kervaret proposa à la location, pour 225 fr l’an, comme future caserne, l’ancien presbytère de la Chapelle du Grand-Cimetière, (Notre-Dame d’Espérance[3]), appartenant à la paroisse. La maison comportait cinq chambres avec cheminée, deux cabinets, trois greniers, deux caves, un magasin pour le chauffage, une petite buanderie et un petit poulailler, des latrines, deux cours, un petit jardin. Pour écurie et magasin de fourrage et la chapelle désaffectée en question, appartenant à la Commune, pour la transformer en écurie et magasin, à un loyer annuel de 150 fr. La Préfecture retint uniquement la maison, et fit le choix d’y monter une écurie dans l’une des cours.

    Les gendarmes s’installèrent le 19 septembre 1816 dans leur caserne, au nombre de deux, ils furent adjoints par trois autres et un brigadier.

    Une prison, d’une seule cellule, fut créée à la même date dans la caserne, ce qui entraîna la nomination de François Bidard comme gardien, (et pour qui on mit six mois pour demander au Préfet combien il fallait le payer[4] !), et l’établissement d’un contrat avec Jean Benoitons pour fournir la nourriture aux prisonniers. On y enferma à la moindre personne arrêtée. Le 29 août 1817 Laurent Lematelot, pilote de Belle-Île, qui était en sa qualité à bord du Jefferson, un bâtiment anglais, fit couler par une erreur de manœuvre une chaloupe de pilote de Saint-Nazaire. Les pilotes n’eurent que le temps de sauter à bord du navire anglais. Le syndic maritime, Dubochet, dressa un procès-verbal. On demanda au commissaire de marine du Croisic quoi faire de Laurent Lematelot. Il renvoya l’affaire le 22 juillet devant le commissaire de Nantes, et Lematelot fut maintenu en prison, c’est le seul prisonnier qui resta plus de 24 h à de la prison de Saint-Nazaire sur les 66 qui y furent incarcérées entre septembre 1816 et novembre 1817. La première femme à y avoir été incarcérée le fut le 25 juin 1818. Son nom n’est pas mentionné, mais l’on sait qu’un certificat médical fut délivré stipulant qu’elle ne pouvait se rendre devant le procureur de Savenay qu’à cheval.

     

    4 Naufrage et sauvetages, les pilotes :

    Henri Moret mentionne sans plus d’exactitude que l’an 1820, le naufrage du Charles et le sauvetage de son équipage par les pilotes de Saint-Nazaire, pour qui le Maire demanda au Sous-préfet une récompense. Le registre restitué nous donne la date du 5 janvier 1820. Le brick nantais Le Charles, dont le capitaine se nommait Mandré, de l’Ile d'Yeu, sortie le matin de la Loire, fut échoué sur les Charpentiers par son pilote dès les 11 h et demi, et chavira vers midi. Louis Ollivier, pilote lamaneur se trouvant en vigie à Chef-Moulin, débarqua immédiatement sa chaloupe et avec Mathieu Haspot, pilote, Yves Durand, aspirant pilote, René Loiseau, mousse, et malgré le grand vent et la mer agité, ils sauvèrent l’équipage. Le 12 janvier suivant, vers midi par Louis Prin, Toussaint Chaperon, pilotes de rivière demeurant à Basse-Indre, Mathieu Blanchard, pilote, et Joseph Bertho, marins, demeurant à Saint-Nazaire, ayant aperçu au milieu de la Loire vis-à-vis de Saint-Nazaire un chaland à la dérive au milieu des glaces. Au moyen de la barge du premier, ils partirent aux secours d’un enfant de 11 ans qui depuis deux jours dérivait sans nourriture. Le maire demandât récompense aussi pour eux pour s’être exposés au danger.

     

    Les intérêts des Pilotes étaient importants pour la Mairie de Saint-Nazaire. En février 1817 il fut question des barges non patentées qui faisaient concurrence au batelier et pilotes, problème pour lequel le Maire demanda l’intervention du Préfet.

     

    5 Enquêtes à propos des institutrices non agréées :

     

    L’enseignement était une préoccupation de l’État, non par désire d’instruire, mais par désir de contrôler. Il était projeté d’instaurer l’enseignement mutuel dans l’ensemble du Royaume. En août 1819 la Préfecture demanda s’il y avait des institutrices à Saint-Nazaire prodiguant l’enseignement sans autorisation, il fut répondu non, mais il courut en janvier 1819 une rumeur qu’il y en avait. Le maire dut démentir, et expliquer que ces « institutrices » n’étaient qu’une quinzaine de femmes charitables qui enseignaient le catéchisme et dont la majorité savaient à peine lire, le faisaient cela gratuitement, et qu’il avait semblé ridicule d’en informer le Préfet. C’est ce que nous apprend le registre, mais Henri Moret écrit qu’en novembre 1820 le Conseil déclara conserver le statu quo ante entre l’enseignement officiel, et les « institutrices », ce qui laisse deviner que l’affaire n’était en réalité pas si simple et que la réponse de Tahier de Kervaret au préfet en janvier 1819 n’était probablement pas très honnête.

     

    6 Les paludiers et porteuses de sel :

     

    Le registre fait état à la date du 7 septembre 1819 du rôle des paludier et porteuses de sel de Saint-Nazaire[5]  avec nom et famille. C’est particulièrement intéressant, car cela nous permet de connaître plus exactement les paludiers de Saint-Nazaire, qui encore aujourd'hui sont très mal connus. 

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    Les paludiers, (cliquer pour agrandir)

     

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    Les porteuses de sel, (cliquer pour agrandir)

     

     

    7 Legs, bureau de bienfaisance, santé publique, âge de la population et conscription :

    Le registre informe que chaque année en février il était pratiquée la vaccination contre la petite-vérole. Il informe aussi du passage le 9 octobre 1816 de l’ingénieur Cruci venu à Saint-Nazaire pour chercher où établir un lazaret pour les équipages et bâtiments qui seraient mis en quarantaine avec un lieu de stockage des marchandises. Il jeta ses vues sur la chapelle Notre Dame d’Espérance. Le Maire s’insurgea auprès du Préfet en argumentant que le projet pouvait compromettre la santé de la ville, car les maisons étaient à 70 ou 80 pas, et séparée uniquement par un petit mur.

    Le 16 février 1816 la veuve Bernard, (née Marie-Anne Gennevois[6]) légua à la Commune différent biens pour les pauvres (d’un montant de 978 fr[7]), et le maire demanda l’autorisation d’accepter ce legs le 15 juin, l’autorisation ne fut accordée que le 13 août 1817 !

    Ce legs leva le désire de la Préfecture de connaitre le nombre d’indigents (chiffre non reporté dans le registre), et d’établir à Saint-Nazaire un bureau de bienfaisance. Le projet fit long feu, en juin 1818 les membres du bureau n’avaient toujours pas été désigné par la préfecture. Un second legs, en mai 1819, par la veuve Pégard, née Étiennette Bertho, fut fait à la Commune pour ses pauvres.

    En réponse à une enquête à propos de l’âge des hommes de Saint-Nazaire diligentée par la Préfecture le 26 août 1816, il fut répondu que le nombre d’hommes vivant dans la ville, âgés de 20 à 40 ans était de 50, et celui de ceux de 40 à 60 ans, de 300, (la population était sur l’ensemble de la commune de 3.204 âmes en 1821). Cette demande avait pour but de renseigner l’Armée pour des campagne de recrutement, mais après les campagnes napoléoniennes, aucun Nazairien ne voulut entre dans l’armée volontairement. Le Bureau de bienfaisances, malgré les relances pour nomination de ses responsables, retranscrites dans le registre, ne fut constitué qu’en 1825…

     

    Détail amusant, le 12 mai 1819 le Maire demanda au Préfet quelles sont les formalités à prendre concernant un sourd-muet ne sachant pas écrire, qui se fait comprendre de son entourage par des signes « dont d'autres ne pourraient entendre les sens ». Il interrogea le Préfet sur la possibilité de cet homme à avoir le droit à s’engager comme il le veut  avec une jeune fille « dans le mariage dont il ne peut concevoir les obligations », faisant ici allusion à l’audition de la lecture des articles de lois au moment de la cérémonie, et que le Marie ne savait comment lui faire comprendre.

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    8 Stabilisation des dunes :

    En novembre 1815 le maire de Saint-Nazaire demanda au Préfet qu’on établisse des concessions des dunes afin de les stabiliser par la plantation de vignes, argumentant qu’outre la protection que cela apporterait aux champs voisins, on pouvait espérer au bout de cinq années un très bon vin qui rapporterait en impôts fonciers. Le préfet ne daigna pas répondre. En novembre 1817 il fut adressé au Sous-Préfet la demande d’une concession faite par le meunier Orain, pour établir un moulin. Le lieu de construction n’est pas désigné, et il n’est pas indiqué s’il y eu une réponse, mais nos différentes recherches nous ont fait découvrir la réalisation de divers projets de ce type jusqu’en 1830 entre la Villès-Martin et Saint-Marc, qui n’aboutirent pas, et ne laissèrent que des bases de tour éparpillées et jamais mise en activité. Le Conseil municipal s’était pourtant intéressé à ce projet, comme il a porté de l’intérêt dans la concession des dunes d’Escoublac faite au comte de Sesmaisons par ordonnance royale du 26 août 1818. Le comte possédait plusieurs fermes et des centaines d’hectares à Saint-Nazaire, hérité des Le Pennec du Bois-Joalland[8]. Tahier de Kervaret ne sut pas défendre un seul projet pour la fixation des dunes, et ce ne fut que durant le Second-Empire que cela commença a être entrepris.

     

    9 Entretient des bâtiments et route, urbanisme :

     

    Le registre mentionne une lettre du Maire adressée au Préfet, le 19 janvier 1820, demanda l’envoi d’un ingénieur pour vérifier le cloché qui était en mauvais état et dont Julien-Maurice Tahier de Kervaret craignait qu’il ne tombe un jour de grand vent. C’est un détail intéressant, car il précise les connaissances que l’on avait à propos de l’ancienne église. Les échanges avec la Préfecture se font aussi à propos de l’entretien de la route qui va de Savenay à Guérande, dont le tracé correspond aux rues Henri Gautier et de Pornichet, et qui était la voie d’accès à la ville. Cette route est dite « impraticable dans son état » le 16 novembre 1815.

    Le 15 juin 1816 le Maire informe le Préfet du bon état des petits bâtiments dépendants des Batteries de la côte, à Chefmoulin, la Pointe de Lêve, et la Villez-Martin. De celui des « pistes » (chemins côtiers). On apprend dans cette lettre que les bâtiments devaient être tous murés, et que leur surveillance était assurée par le vétéran des Garde-côtes faisait le tour pour inspecter régulièrement.

     

    Julien-Maurice Tahier de Kervaret se trouva confronté en 1817 à un Nazairien ayant agrandit sa maison en empiétant sur la Rue-Neuve. Le contrevenant est désigné dans le registre sous l’identité « Hervé Beaulieu » ; il faut le comprendre comme un nom de famille et non comme un prénom et un nom de famille. En effet, ce monsieur Hervé-Beaulieu est le descendant du couple Jean-Baptiste Hervé de Beaulieu et Marie-Jeanne Dufrexou. Leur descendance, restée à Saint-Nazaire, mais ayant perdue particule à la Révolution, habitait une demeure héritée des Dufrexou dans la ville, rue Neuve, du côté terre, sur une parcelle qui relevaient de l’autorité de le seigneurie d’Heinlex-Pommerais, (on les retrouve dans l’aveux de 1769).

    Tahier de Kervaret obligea Hervé-Beaulieu à faire abattre ce qu’il avait construit en sus à sa maison et qui avait pris sur la rue Neuve, « afin que rien en soi saillant sur la partie la plus étroite de la rue ». Hervé-Beaulieu se vengea en faisant jeter à la mer les fumiers appartenant au Fermier du curage et des boues de la ville, malgré l’interdit du Maire, qui en référa au Préfet le 2 juillet 1817.

     

    [1] Julien-Maurice Tahier, sieur de Kervaret, (La Roche-Bernard le 20 septembre 1749 – Saint-Nazaire 6 décembre 1832) ; fut nommé lieutenant de Frégate en 1778, puis de de Vaisseau 1786, et à nouveau en 1792, et le 18 Floréal'an II ; il partit à Philadelphie conduire un ambassadeur et toute sa suite, en l'an V (1796) comme commandant de la corvette « Mercury » et fut à son retour nommé capitaine de la station navale de Mindin ; nommé capitaine de Frégate en 1814, il fut mis en retraite le 1er novembre 1817. Il avait été nommé maire de Saint- Nazaire le 13 septembre 1815, et resta en place jusqu'en 1823, date à laquelle il démissionna en raison de son âge et de ses infirmités ; chevalier de Saint-Louis 1821 ; propriétaire du domaine du Parc à l'Eau (situé à l'emplacement des anciens frigos, une rue située plus loin porte le nom de ce domaine en souvenir) ; marié à Saint-Nazaire le 18 juillet 1799 à Françoise Thomas, d'où postérité. (Voir article : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/06/29/le-maire-chouan-de-saint-nazaire.html )

    [2] Il faut ajouter que dans le cadre des indemnités de guerre napoléonienne réclamées à la France, Saint-Nazaire du contribuer à hauteur de 3.678 fr 99.

    [3] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/02/04/ancien-chapelle-notre-dame-d-esperance.html

    [4] Lettre du 17 janvier 1817.

    [5] Les œillets se trouvaient à Pornichet, là où est aujourd’hui le centre-ville de cette commune.

    [6] D’après Henri Moret.

    [7] Henri Moret déjà cite.

    [8] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/06/28/la-seigneurie-du-bois-joalland.html

  • L’Hippodrome de Saint-Nazaire

    Nombre de nouveaux venus s’étonnent de voir une « rue de l’Hippodrome », longeant l’arrière du quartier de la caserne de La Briandais, alors qu’il n’y a pas d’hippodrome à Saint-Nazaire.

    Les Nazairiens sont d’ailleurs bien souvent incapables de parler de ce lieu, car il a disparu durant la Reconstruction, qu’on en possède que de rares vues, que les archives de la Société hippique de Saint-Nazaire ont disparu, et que les familles qui y avaient leurs habitudes, sont pour la plus part jamais revenues dans une ville dont l’identité a été bouleversée par la Reconstruction urbaine, autant que par une politique économique qui a voulu faire de Saint-Nazaire une cité uniquement à vocation industrielle, balayant à la fois les identités portuaire, de commerce international, intellectuels et artistique, et la mixité sociale.

     

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    Dimanche de Courses à l’Hippodrome du Grand-Marais en 1903, (collection David Silvestre)

     

    Situons géographiquement cet hippodrome : il était au débouché de l’actuelle rue de l’Hippodrome, à l’emplacement du Parc paysagé, et occupait la prairie inondable du Grand-Marais, d’où son nom d’Hippodrome du Grand Marais. Précisons ici que le Grand-Marais, était trois fois plus grand que le Parc Paysagé, et rejoignait au nord de Sautron le Petit-Marais.

     

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    L’hippodrome sur un plan du Guide Michelin de 1926.

     

    L’Hippodrome de Saint-Nazaire n’était pas une structure pérenne comme l’est aujourd’hui celui de Pornichet. Il se constituait d’une prairie, était clôturé à lattis, au milieu des hautes herbes et des joncs. La piste herbeuse était délimitée par des piquets et des cordons, et mesurait à sa création 2.600 m. La tribune, concave, était en bois, dépourvue d’auvent, en bout de piste, et non sur le côté le plus long en raison de la nature du terrain et de son accessibilité par route. On payait un droit d’entrée pour venir assister aux courses et s’assoir dans la tribune, ainsi que pour accéder à la buvette, mais le fait que les lattis étaient bas et disposés presque au bord de la piste, faisait que nombre de nazairiens et de marins venaient assister aux courses sans payer, en logeant les barrières. Cet hippodrome était cependant réputé pour être le mieux réalisé de la région.

     

    L’hippodrome du Grand-Marais fut constitué à la fondation de la Société Hippique de Saint-Nazaire, en 1864, que l’on devait à messieurs Jules Leroux, Pierre-François-René de Brégeot, (ancien conseiller général de la Loire-Inférieure), et Gandouard de Magny, qui avaient titre de commissaire. Le vétérinaire était monsieur Frangeul. Les autres membres étaient souscripteurs.

    C’était une petite société dont les courses étaient primitivement identiques à celles de Savenay fondée en 1863 : trot attelé et steeple-chase (type de saut d’obstacle). Herbert de Vigier de Mirabal, dans son « Manuel des courses. Dictionnaire du turf » écrivit en 1868 que les courses plates de Saint-Nazaire étaient « insignifiantes », et qu’il aurait été plus raisonnable de reverser sur les steeple-chases les petites sommes données pour les deux prix de la Société (gentlemen-riders[1] et steeple-chase), et le prix du département[2].

    Au 19ème siècle, les courses hippiques étaient le sport qui attirait le plus de spectateurs quelque soit la catégorie sociale, et était celui sur lequel on prenait le plus de paris, mais c’était aussi le sport des gens riches qui avaient le moyen de s’offrir un cheval de selle, (en 1880 cela coutait 2.000 fr alors qu’un ouvrier gagnait 1.450 fr en un an), ou un cheval d’attelage avec un sulky. Les propriétaires de chevaux dans ces courses de province généralement montaient ou conduisaient eux-mêmes. Être bon cavalier, bon driver, était, pour l’ensemble de la société, le signe d’une éducation supérieure, autant que celui d’un accomplissement sportif. Ces compétitions regroupaient des amateurs et des éleveurs professionnels présentant des bêtes de moins de trois ans encore en dressage.

    Les courses de Saint-Nazaire n’avaient lieu qu’une fois l’an, le quatrième dimanche d’août. À leur inauguration en 1864, monsieur Vallée, sur Miss-Ariel, gagna le Prix de la Société, catégorie gentlemen-riders, dont le montant était de 500 fr ; monsieur Caillard gagna le prix de la Société, catégorie steeple-chase avec Biribi, dont le montant était de 1 ;500 fr ; et monsieur de La Haye-Jousselin, lieutenant au 1er hussard, arriva premier dans le Prix du Chemin de fer en montant lui-même Semper-Idem, dont le montant était de 500 fr.

    En 1868 fut instituée Prix de La Ville, steeple-chase, au montant de 1.500 Fr, qui fut remporté alors par Perinette, appartenant à monsieur Lourdais.

    Dès 1870 les courses de steeple-chase furent remplacées par des courses de trot attelé.

     

    En 1877 la Société Hippique de Saint-Nazaire annonça que ses deux courses auraient lieu le second dimanche d’août afin de ne plus être en concurrence avec les régates[3]. Cette annonce causa un grand émoi à Guérande dont la Société hippique, fondée en 1858, avait l’habitude depuis plusieurs décennies de faire concourir ce jour-là au plat. Guérande voulu faire changer Saint-Nazaire de date, mais les sociétaires ne voulurent rien entendre. Les courses de guérandaises étaient précédées d’un défilé de paludiers à cheval, et de gens en habit breton, c’était une grande fête populaire et touristique. La Société Hippique de Guérande finit par céder et ses courses de plat eurent lieu le premier dimanche d’août, « afin que les habitants des deux villes puissent assister aux deux réunions ».

    En 1880 la Société d'encouragement à l'élevage du cheval français offrit un prix pour le trot attelé d’un montant de 3.000 fr. Cela relança une institution qui était un peu moribonde. On vit dès lors de grands propriétaires faire concourir plusieurs de leurs chevaux par course : Le Gualès de Mézaubran, de La Jousselandière, Edouard Meyer, J. de Romans, Le Lasseur de Ranzay, V. de Lastic, L. Thibault, Le Bec, G. de Valroger, G. Le François, F. Dutech, Le Rodellec du Parzic, H. Andrews.

    En 1888 les commissaires de la Société Hippique de Saint-Nazaire étaient messieurs Jules Benoit ; monsieur Genti-Corp, vétérinaire originaire de La Martinique ; monsieur Espivient de Perran, remplacé en 1896 par Roger de Villebois-Mareuil, qui était aussi vice-président. Le président était monsieur Croiset, qui fut replacé en 1899 par le comte de Parceau du Plessis, maire de Montoir, (qui fut ensuite aussi président des régates).

    Les souscriptions se faisaient rares malgré une augmentation des adhérents. Le Courrier de Saint-Nazaire, dans un article du 12 aout 1899, publia : « Il est regrettable – et ce n’est pas la première fois que nous le faisons cette remarque – que certains négociants, certains industriels intéressés plus que d’autres au succès de cette réunion hippique, se soient refusés à souscrire ; ils ont aussi maqué non seulement à leur devoir le plus élémentaire, mais ils ont oublié qu’étant les premiers bénéficiaires des fêtes, ils se devaient être les premiers à les encourager. » En fait, il y avait plusieurs autres courses organisées le même jour, ce qui faisait qu’on avait aussi moins de chevaux en compétition. Le nombre de parieur aussi tomba au plus bas, ce qui fit que les paris mutuels rapportèrent très peu.

    Les courses étaient devenues surtout une entrevue mondaine pour laquelle les femmes revêtaient leur plus belle tenue d’été sous la canicule. On y croisait les comtes de Goulaine et de Rochechouart, les député Anthime Ménard et le comte de Montaigu, les conseillers généraux Gouze et Guiho, Gustave Bord, le chatelain de Porcé et homme le plus riche du canton, René de Kerviler, le juge Marion de Porcé, etc., au son des flonflons de l’Harmonie de Saint-Nazaire, et les démonstrations de la Société de gymnastique associées aux réjouissances.

     

    C'est de l'Hippodrome du Grand Marais, qu'en 1910, le coureur cycliste Gabriel Poulain, (1884-1953), fit les premiers tests de vol du monoplan qu’il avait construit. Cet avion en toile, bois et acier, doté d’un moteur Anzani, 10 cylindres, de 100 HP, avec circulation d’eau, laissa les Nazairiens bouche bée qu’en il prit son envol.

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    (On distingue dans le fond la Caserne de la Briandais)

     

     

    Après la Première-guerre-mondiale les courses hippiques de Saint-Nazaire se déroulèrent sur deux jours le premier weekend d’août, et eurent pour épreuves : Prix de La Loire, trot monté ou attelé, en deux épreuves en partie liées, sur 1.700 m, avec gain de 1.700 fr ; Prix de la Marne, trot monté ou attelé sur 3.000 m, 1.800 fr ; Prix de la Plage, steeple-chase sur 3.500 m, 2.000 fr ; Prix du département, de la Société d’Encouragement pour l’amélioration du cheval français de demi-sang et du Pari Mutuel, trot monté ou attelé, 3.000 m, 1.900 fr ; Course de haie de la Société Sportive d’Encouragement et de la Société de Courses, en deux séries, 2.800 m, 2.000 fr ; Prix du Gouvernement de la République et de la Chambre de commerce de Saint-Nazaire, trot monté, 2.800 m, 2.000 fr ; Prix des Chemins de Fer et de la Ville de Saint-Nazaire, steeple-chase,, 3.500 m, 3.500 fr ; Prix de la Société des Steeple-chases de France, steeple-chases militaire, 2 séries, 3.500 m, 1.800 fr ; Prix de la Société de course, 3.000 m, 500 fr.

    À l’occasion de la seconde journée de course, le 6 août 1923, le jockey Bersihand, qui avait pris part au Prix de des Chemins de Fer et de la Ville de Saint-Nazaire, montant Dobroudja, appartenant à la baronne de Franck, se fit huer à la pesée puis bastonné à coups de canne par la foule qui lui reprochait d’avoir bloquer l’un des concourants, le cheval Monza, appartenant à monsieur Eknayan, pour l’empêcher de prendre la première place, afin de favoriser un autre jockey, Barreau, qui montait Ingouville, appartenant à monsieur Bodolec. Voulant se dégager, Bersihand renversa deux femmes qui furent blessées. Le Jury décida de donner la victoire à Monza, et l’affaire fut portée devant la Société des Steeple-chases de France. Cet incident fit tellement de bruit, qu’il fut mentionné à la Radio, et se retrouva dans les entrefilés des journaux parisiens.

    À  partir de 1928, l’Union Colombophilie de Saint-Nazaire fut associée aux courses pour des lâchés de pigeons, mais cela provoquât la perte d’un pigeon anglais porteur d’un message destiné au colonel du 8e régiment de Tour, et il fallut demandé par voix de presse qu’on rapporta à la Caserne de La Briandais l’animal et son message !

    Cependant, les courses de Saint-Nazaire perdirent en qualité, au point d’être rétrogradées en troisième catégorie. Jacqueline Bruno[4], commenta avec son ton habituel de vieille-fille-snob, dans La Courrier de Saint-Nazaire du 10 août 1929 : « Samedi et dimanche derniers a eu lieu, à Saint-Nazaire, la manifestation sportive, qu’on appelle pompeusement : courses, qui, à la vérité, n’en est qu’une parodie. O Puissance de l’habitude : chaque année ramène sur le champ de courses, ceux-là même qui s’étaient promis de n’y plus mettre les pieds. On y revient, non plus pour les courses elles-mêmes, mais parce que l’on sait retrouver là des amis ; parce que c’est un but agréable de promenade ; parce que le temps incertain de la matinée a détruit les projets d’excursions lointaines, parce que… c’est l’habitude enfin ! Dimanche, j’ai pris, moi aussi tout naturellement, la route directe qui conduit jusqu’à la limite du Grand-Marais. J’ai vu beaucoup de monde, quelques toilettes originales et… très peux de chevaux. J’ai vu ces rares chevaux excités par la voix et la cravache de leurs jockeys galoper pendant de rate et courts moments sur l’herbe rase rendue glissante par la récente pluie. Entre deux courses, j’ai songé. J’ai songé à tout le parti qu’on pourrait tirer de ces terrains immenses, presque improductifs à longueur d’années, en vue de deux seuls jours de pitoyable épreuves hippiques. J’ai songé que, à part la plage, insuffisante pour la population ; à part le jardin public dont ne pas jouir sans contrainte, Saint-Nazaire ne possède rien pour le repos et les jeux en toute liberté des habitants. Et, en rêve, le Grand-marais m’est apparu transformé. À deux pas de la ville il offre, et un asile riant et frais. Des travaux d’assèchement, de nivellement, d’irrigation ont accompli la première partie du miracle. Suivant des plants, soigneusement établis par des artistes, la route de Plaisance, des ronds-points, des sentiers ont été tracés dans la profondeur des arbres planté à profusion. Enfin, le temps à magnifiquement parachevé l’œuvre des hommes. Dans ce terrain neuf, fertilisé par les alluvions, apportés au cours des siècles par les ruisseaux qui le traversent, une végétation luxuriante et vigoureuse s’épanouit. Et chaque dimanche, étendus sur le gazon, à l’ombre protectrice des grands arbres, les nazairiens respirent à pleins poumons, l’air saturés de parfums sylvestres, sans un regret pour le marais désertique et les courses d’antan. Cela, d’autant moins, qu’il a été loisible d’aménager un nouvel hippodrome dans els terrains vagues de Penhoët. Rêves que tout cela. Oui, mais rêves qui peuvent, avec l’argent et le temps, devenir merveilleuse réalité. Le Bois de Boulogne, le Bois de La Chayse, le Bois d’Amour – pour ne parler que de ceux là – ne sont pas les moindres attraits de Paris, de Noirmoutier, de La Baule. Le Bois de… Plaisance serait en attirant chez nous de nombreux touriste, une source de gain pour le commerce local. Il ajouterait à la beauté de Saint-Nazaire et aux bien être des habitants. »

    Cet article de Jacqueline Bruno, fort dur envers la Société Hippique de Saint-Nazaire, ne faisait en réalité que coucher sur le papier les avis de nombres de Nazairiens, et se faire l’écho d’un projet municipal d’assèchement et de boisement du Grand-Marais.

    En 1931 la Société Hippique de Saint-Nazaire fut déclarée « en reconstruction ». Les prix étaient les suivants : Prix de la Loire, en deux épreuves de trot attelé ou monté sur 1.693 m ; Prix du Gouvernement de la Côte d’Amour, trot monté sur 2.300 m ; prix de la Société d’Encouragement et du département sur 2.600 m ; Course de haies de la société d’encouragement, trot monté sur 2.600 m ; Prix des amateurs, en deux épreuves, trot monté ou attelé, sur 2.600 m ; Prix du Gouvernement de la République et de la Chambre de commerce, trot monté sur 1.800 m ; prix de l’Océan et du pari mutuel, plat au galop sur 2.000 m ; Prix de la Marne et du Chemin de Fer, deux épreuve en trot monté ou attelé, sur 2.500 m ; Prix de la plage, steeple-chase, sur 3.500 m ; Deuxième Prix de la Société d’Encouragement, trot monté sur 2.800 m ; Prix des steeple-chases militaires, sur 3.000 m ; Prix des Nénuphares, trot attelé sur 2.800 m.

    La Seconde-guerre-mondiale enterra la Société Hippique de Saint-Nazaire. L’Hippodrome de Pornichet, qui s’était doté de structures en dure dès 1924, regroupa sur son terrain toutes les sociétés de la Presqu’île guérandaise. Le Grand-Marais fut asséché avec les gravas non réemployables ou revendables de la ville déblayée, modelé de collines et de bosse à l'aide de sable pompé directement dans la rade, nivelé, et enfin recouvert d’une couche fine de terre fertile pouvant supporter gazon et buisson, et quelques résineux. On draina les eaux en constituant un étang. Une partie des terrains ainsi gagnés reçue des installations sportives, ce qui resta de libre fut associé aux pelouses de l’ancien hippodrome, amène de recevoir des plantations d’essences plus variées, pour constituer le Parc paysager, d’une surface de 50 hectares, réalisant le souhait émis dès 1929 d’un espace vert pour la population.

     

    [1] Propriétaire et cavalier concourant.

    [2] Il mentionne aussi le prix d’Hautpoul, mais confond avec une course particulière qui avait lieu à Saint-Nazaire de l’Aude.

    [3] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/04/22/yachting-nazairien-regates-et-semaines-maritimes-6145600.html?fbclid=IwAR028_BBk9zDTRZrVXv0YIhRuTFH95ArXLjIZM8pk02JPtrZBz7D63niAwE.

    [4] L’un des pseudonymes de Renée Bernard, fille du directeur du Courrier de Saint-Nazaire, voir : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/03/25/la-presse-nazairienne-1857-1944-6138789.html.

  • Yachting nazairien, régates et semaines maritimes

    À l’heure où Saint-Nazaire se prépare à la réalisation d’un bassin pour les plaisanciers, et à un mois des festivités « Débord de Loire », il convient de faire souvenir aux Nazairiens que cela ne sera pas la première fois que notre port s’ouvre à la navigation de plaisance et qu’il y eut durant des décennies des régates à Saint-Nazaire.

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    Pavillon des marins de Saint-Nazaire photographié en août 1908 :

    un sautoir de sable cantonné de quatre mouchetures d'hémine du même.

    (Détail d'une carte postale reproduite dans sont ensemble plus bas.)

     

     

    En effet, dès 1870 Saint-Nazaire fut le lieu de régates de yachting : Les régates internationales de Saint-Nazaire.

     

     

    La Société des Régates internationales fut fondée en 1870. Elle était rattachée à l’Union des yachts français du Yacht-Club de France. En 1881 elle fut refondée par René de Kerviler, et devint Société des Régates internationales de l'Ouest, afin de ne pas être confondue avec ses nombreuses homonymes.

    À l’époque le port abritait des yachts, mais ceux-ci étaient inscrits sur les registres de Nantes ou d’autres ports. C’est Pierre de Montaigu, (1844-1927), membre, entre autres, des conseils d’administration de la Compagnie des chemins de fer d'Orléans et la Compagnie nantaise des chargeurs de l'Ouest, député monarchiste de la Loire-Inférieure de 1898 à 1910, qui inscrivit le premier un yacht au registre de Saint-Nazaire, l’Hermine, goélette à hélice de 265 tonneaux.

     

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    Pierre de Montaigu

     

    Membre du Yacht-Club de France, où il occupait les fonctions de conseiller de l’union, et aussi membre de la Commission de la navigation à vapeur, Pierre de Montaigu œuvra au développement des Régates de Saint-Nazaire. Ce n’est cependant qu’à partir de 1891 qu’un second yacht sera inscrit à Saint-Nazaire au sein du Yacht-Club de France, et pas l’un des moindres, c’est la Mélita, goélette de 50,3 tonneaux, appartenant à Edouard Chevreux, (1846-1931), spécialiste des amphipodes, qui explora avec son navire nazairien les côtes françaises, mais aussi celles des Canaries et du Sénégal en 1890, et devient en 1918 préside la Société zoologique de France.

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    Emblème de l'Union des yachts français

     

    Dès 1894, d’autres yachts furent inscrits à Saint-Nazaire : le Chiquita, cotre, 17 tonneaux, appartenant à André Proust, membre d’une vieille famille nantaise dont un parent fut seigneur de Cleuz-le-Propre en Saint-Nazaire à la fin du 17e siècle[1] ; en 1894 la Lola, propriété de Gustave Bord, (1852-1934), le châtelain de Porcé[2], goélette à hélice, (ex Olivia), construite en 1883 à Glasgow par A. & J. Inglis, 105 tonne, longueur totale 35 m, bau de 4,35 m, creux de 2,90 m, tirant d'eau 1,5 m, et faisant 100 chevaux ; la Alyette, cotre de 10 tonneaux, à Jules Baillardel de Lareint, marquis de Tholozan, (1852-1900) ; la M’Aza, goélette construite en 1872, de 118 tonneaux, à Jules Suser, (1817-1899), industriel nantais de la chaussure    qui par la suite acquis le Zampa ; le Set, yawl de 2 tonneaux, à Joseph-Etienne Gautier ; en 1897 Pierre de Montaigu changea de yacht, ce fut la Caroline (il avait possédé un houari à hélice du même nom de 30 tonneaux, inscrit au Pouliguen à en 1895), cette goélette mesurait 27,53 de long, avec un bau de 4,2 m, un creux de 2,50 m, et un tirant d’eau de 1,90 m ; en 1897 La Perle, 45 tonneaux, longue de 24,79 m, bau de 3,45 m, creux 1,95 m, appartenant à Charles Thurneyssen, banquier parisien administrateur de sociétés ; etc.

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    La Caroline, à Pierre de Montaigu

     

     

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    Pavillons des yachtmans nazairiens

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    La Lola, à Gustave Bord

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    Les yachts nazairiennes à quai dans le Vieux Bassin

     

    Les régates internationales de Saint-Nazaire :

     

    Les régates internationales de Saint-Nazaire furent donc fondées en 1870.

     

    A l’occasion de la troisième régate, un article paru dans Le Monde illustré du 30 août 1873 relata : « Notre correspondant, M. Ch. Leduc, nous apprend que le départ s'est effectué avec beaucoup d'ensemble, et que les concurrents, favorisés par une jolie brise de N.-O., ont facilement doublé une bouée mouillée à 10 milles marins dans le S.-O. du point de départ. Ce virage, effectué avec une adresse qui fait les plus grands éloges de ces intrépides amateurs de navigation, offrait un coup d'œil des plus intéressants, car, à partir de ce moment, la course a pris des proportions sérieuses. La lutte, tout en restant légale, a été des plus acharnées, et, deux heures après cette manœuvre, les vainqueurs passaient devant les tribunes, aux acclamations des spectateurs et au bruit du canon. Voici l'ordre d'arrivée : Papillon, cotre de Bordeaux, qui, quoique premier, est obligé, par son rendement de quelques minutes, d'abandonner son premier prix à l'Armorique, de Nantes, et ne se trouve classé que second ; troisième, Claire, cotre de Nantes, et, quatrième prix, Béatris, aussi de Nantes. Les autres embarcations non classées sont arrivées dans des conditions très-satisfaisantes. »

     

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    La troisième régate, illustration parue dans Le Monde illustré, 30 août 1873.

     

     

    Les régates avaient lieu initialement en août. Devenues en 1888 Société des Régates Internationales de l'Ouest à Saint-Nazaire, les compétitions avaient alors lieu la dernière semaine de juillet, se composaient de plusieurs épreuves réparties sur une semaine. La première épreuve avait lieu en milieu de semaine. Partant toutes du port, la première épreuve consistait à doubler la bouée Nord-Ouest de ma Banche ; la seconde épreuve était consacrée aux amateurs, (sans l’aide d’un marin professionnel, sauf un pilote facultatif qui n’avait pas le droit de toucher aux instruments ne de manœuvrer), avec même parcours ; la troisième affectée aux régates dites locales, (c'est-à-dire les membres des clubs locaux exclusivement), son parcourt s’arrêtait à la bouée de Bonne-Anse. On revenait en Loire, pour doubler devant Donges, puis on rentrait au port. La compétition était divisée en quatre catégories de tonnage : 20 à 15 tonneaux ; 10 à 5 tonneaux ; 5 à 3 tonneaux ; et une compétition de canaux.

    Les chantiers français construisaient principalement des cruisers, qu’on transformait en racers. Quelques régatiers achetaient des racers aux chantiers britanniques qui étaient presque tous du même modèle, surnommés « couloirs de plombs », en raison d’un lest consistant en une quille de plomb accompagnée de gueuses de fonte réparties sur le petit-fond.

    Les présidents se succédèrent : René de Kerviler[3] ; J.-Emile-Adrien Daguzan, (1867-1941) ; l’industriel importateur de charbon, Louis Brichaux, (1871-1945), qui fut marie de Saint-Nazaire de 1909 à 1919.

     

    En 1892 les compétitions évoluèrent. La principale épreuve était divisée en trois :

    • La première était destinée aux yachts de 2 à 5 tonneaux et était divisé en deux séries. Le 1er prix était de 200 fr, offerts par le Yacht-Club de France avec une médaille vermeil : le 2ème, de 100 fr, était le prix Alcide Bord, (initié par cet ingénieur du port, (1826-1888), père de Gustave[4]), et était accompagné d’une médaille d'argent ; 3ème prix : une médaille de bronze offerte par le Yacht-Club de France ; 4ème prix : une médaille de bronze.

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    • La seconde pour les yachts au-dessus de 5 tonneaux et n'excédant pas 10 tonneaux : 1er prix : 400 fr et une médaille de vermeil offerts par le Yacht-Club de France ; 2ème prix : 200 fr et une médaille d'argent offerts par le Yacht-Club de France ; 3ème prix : 100 fr et une médaille de bronze offerts par le Yacht-Club de France ; 4ème prix : une médaille de bronze offerte par le Yacht-Club de France et 50 fr ;
    • La troisième, divisées en trois séries pour les yachts au-dessus de 10 tonneaux : 1er prix : 500 fr et une médaille d'or offerts par le Yacht-Club de France ; 2ème prix : 200 fr et une médaille de vermeil offerte par le Yacht-Club de France ; 3ème prix : 100 fr et une médaille d'argent offerte par le Yacht-Club de France.

    Un prix d'honneur réunissant toutes les séries et consistait en un objet de la manufacture de Sèvres, don du Ministre des beaux-arts au Yacht-Club de France.

    Il y avait aussi un prix de construction française réunissant les yachts de toutes les séries construits en France divisé en trois : 1er prix : un objet d'art offert par le Président de la République ; 2ème prix: un objet d'art offert par le Maire de Saint-Nazaire ; 3ème prix : une médaille de bronze offerte par le Yacht-Club de France.

    Le prix de la Coupe, en trois épreuves successives, dans trois localités différentes :

    • 1ère épreuve : 1er prix : une bourse de 400 fr offerte par le Yacht-Club de France ; 2ème prix : une bourse de 200 fr offerte par le Yacht-Club de France ; le prix de la Coupe donné par le Yacht-Club de France consiste en une coupe en argent ciselée accompagnée de la somme de 1.800 fr, attribuée par bourse de 400 fr. et de 200 fr. au premier et au second yacht gagnant dans chaque épreuve ; la coupe était acquise au propriétaire du yacht arrivé trois fois de suite premier, soit dans la même année, soit dans deux années consécutives, si ce yacht était de construction française, il recevait en plus une somme de 4.000 fc accordée par le Yacht-Club de France.

    Venait ensuite la course d'amateurs pour yachts de plus de 2 tonneaux : 1er prix : un plateau d'argent et une médaille vermeil offerts par le Yacht-Club de France ; 2ème prix : un compas et une médaille d'argent offerts par le Yacht-Club de France ; 3ème prix : une médaille d'argent ; les amateurs formant l'équipage du yacht' gagnant, recevaient chacun une médaille.

    Les courses étaient suivies à la longue-vue depuis le Vieux-Môle. En 1899 les sociétaires embarquaient sur le remorqueur à roue Belle-Île mis à disposition par la Compagnie Général Transatlantique. Il fut ensuite remplacé par l’Athlète. Ces navires gitaient beaucoup, et il fallait avoir l’estomac solide et le pied marin.

    En parallèle des compétitions d’aviron avaient lieu sur les bassins et dans la Loire, et une compétition destinée aux pécheurs en mer qui poussaient leurs chaloupes jusqu’à la Banche. Le dernier soir, après la remise des prix, avaient lieu dans les salons de l’hôtel de ville une grande soirée avec buffet et bal où la bonne société nazairienne se devaient de se rendre, ce qui permettait de mélanger la bourgeoisie aux marins et pécheurs professionnels du port.

    Les Régates internationales de Saint-Nazaire n’étaient pas les seules de l’estuaire, il y en avait aussi à Pornic, Paimboeuf, et au Croisic, ainsi qu’une course-croisière entre Saint-Nazaire et Port-Navalo fondée en 1894 et organisée par la Société des Régates de Vannes.

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    Au départ pour une course dans le Vieux Bassin

     

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    La Semaine maritime de 1908 :

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    Saint-Nazaire fut le port choisit par la Ligue Maritime pour recevoir la « Semaine maritime » qui se déroula du 23 août au 1er septembre 1908. En plus des régates annuelles, il y eut parades de yachts, de navires de guerre, (les croiseurs Dupetit-Touard, Leon-Gambetta, Amiral-Aube ; l’aviso-torpilleur Lance ; l’aviso Chamois, et quatre torpilleurs), de navires écoles, sous la présidence du ministre de la Marine, Gaston Thomson, venu avec sa fille. Parmi les célébrités présentes, il y eu le prince Axel de Danemark, cadet de la marine danoise à bord du Hendal ; l’amiral Alfred Gervais, (1837–1921), promoteur de l’Alliance Franco-Russe ; le vice-amiral Horace Jauréguiberry, (1849-1919) ; le vice-amiral François Leygue, (1846- 1925), préfet maritime de Lorient ; le sénateur du Finistère Louis Pichon, (1849-1916) ; le député Seine-Inférieure Louis Brindeau, (1856-1936), qui était aussi président du Congrès de sauvetage ; le directeur de la Navigation et des Pêches maritimes au Ministère de la Marine, E. Trefeu ; etc.

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    Le ministre de la Marine Thomson à Saint-Nazaire.

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    L'ouverture se fit le 23 août, par une brise fraîche d'Ouest, obligeant les racers des dernières séries à rouler des ris. La rade présentait néanmoins une animation extraordinaire avec les innombrables yachts de tout tonnage, à voiles, à vapeur, à moteur, qui la sillonnaient en tous sens, se croisant et se dépassant tour à tour, couchés par instant à plat sous les rafales violentes. Durant la course des yachts, dont un des participants, le Chocolat, coula avant le départ dans le port, les vainqueurs de la course des yachts furent : pour ceux de 6 m 50, monsieur Fiteau, de Nantes, 1er prix avec le Rozvenn ; monsieur, Mahot, de Nantes ; second prix avec le Triplepatte ; troisième le Mistoufle à monsieur Marly, de Bordeaux. Course des yachts de 6 mètres : 1er Madame-Poulet, à monsieur Savoye-Mazureau, de Paris ; 2ème Retourne, à monsieur Guillet, de Nantes ; 3ème Enia, à monsieur Dours, de Bordeaux ; 4ème Verveine, à monsieur Thube, de Nantes. Yachts de 8 m : 1er Yannic, à monsieur Letot-Cointet, de Nantes ; 2ème Loisir, à monsieur Teste, de Bordeaux ; 3ème Joyeux, à monsieur Peyrelongue, de Bordeaux ; 4ème Triton, à monsieur Penan-Pergeline, de Nantes. Yachts de 10 m : 1er Saint-Cadoc-III, à monsieur de Malherbe de La Bouexière, de Quimper ; 2ème Titave, à monsieur Picon, de Bordeaux ; 3ème Zigzag, à M. Delecluze, de Concarneau…

     

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    Il y eu une course en barque des marins de l’État.

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    Les festivités furent somptueuses, on en fit des cartes postales. Toute la ville était pavoisée, il y avait des guirlandes et des lampions dans toutes les rues, une estrade pour les musiciens fut dressée sur la place des Quatre-z-horloges (alors place Carnot), chaque soir il y avait banquet et bal officiels au Casino, au Grand-Hôtel, à la mairie, au Yacht Club, à la Chambre de commerce, les restaurants et les bars ne désemplissaient pas.

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    (Le Sport universel illustré, septembre 1908)

    Les festivités furent étendues aux ports environnants : 24 août réunion au Pouliguen et à La Baule ; le 25 excursion à Noirmoutier et régate à Pornic, où le temps dut inégal et désagréable, forçant les concurrents à changer plusieurs fois de voilure pendant le parcours. La journée du 27 août fut le jour des Régates en mer, mais alors que le temps avait été jusque-là magnifique, une tempête se leva du Sud-Ouest, obligeant le report des épreuves au 31. L’orage fut telle que les lampions et les guirlandes furent réduits en une bouillie de papier. On blâma le Ciel, mais nombre d’habitants du centre-ville furent heureux de ce lessivage qui permis de rendre propres des rues où s’étaient soulagé nombre de marins imbibés… Le 28 fut consacré à la montée de la Loire par les torpilleurs d'escadre et de l'école de pilotage, les avisos-torpilleurs, les navires-écoles Bougainville, Chamois, le croiseur danois Heimdal, etc., escortant le Cassini, à bord duquel avait pris place le Ministre de la Marine qui fit escale à Nantes, où pendant les trois jours suivants, fêtes et régates continuèrent et donnèrent à la ville la même animation qu’à Saint-Nazaire.

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    Le filet de sardines, (Le Sport universel illustré, septembre 1908)

     

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    (Le Sport universel illustré, septembre 1911)

     

     

     Le première guerre-mondiale stoppa les régates ; elle reprirent en 1920 sous parrainage du lieutenant de marine Jacques-Cyr Le Merdy (1893-1966)[5]. Elles eurent lieu la première semaine d’août sous la gérance du Syndicat d’initiative. Le comte Raymond-Pierre de Parscau du Plessix, (1859-1943), maire de Donges, fut élu président de la Société des régates. Il fallut cependant l’organisation une nouvelle fois à Saint-Nazaire de la Grande Semaine Maritime du 13 au 20 juillet 1924 pour relancer véritablement les régates nazairiennes. La guerre avait tué massivement les anciens compétiteurs, et la dévaluation du Franc ruiné une grande partie des survivants.

    Le dimanche 13 juillet eurent lieu régates et fête nocturne sur le boulevard de l’Océan. Le 14 revue officielle, dépose de palme sur le monument aux Morts, championnat de natation, jeux nautiques, après-midi dansante à bord du transatlantique. Le 15 inauguration du port de Pornichet, et fête vénitienne sur le vieux-bassin à Saint-Nazaire. Le 16 fête à Noirmoutier. Le 17 juillet 1924, Jacques-Louis Dumesnil, (1882-1956), ministre de la Marine, accompagné de Léon Mayer, le sous-secrétaire d’État à la Marine, arriva à 8 h en gare de Saint-Nazaire, où il fut accueilli le vice-amiral Jules-Théophile Docteur, (1868- 1966) ; le sous-préfet François Gaux. Ils le conduisirent à la Chambre de Commerce, où l’attendaient le président de Louis Brichaux ; le vice-président Louis Joubert ; le président de la Ligne maritime et ministre de la Marine, Charles Chaumet, (1866-1932) ; le sénateur de la Loire-Inférieur Louis Brindeau. Jacques-Louis Dumesnil rappela dans son premier discours l’importance du port de Saint-Nazaire durant la guerre, notamment pour l’accueil des troupes étasuniennes. Ils embarquèrent ensuite à bord du Paul-Leferme pour visiter le port, puis ils embarquèrent sur le Diderot, accompagné des amiraux, et de l’attaché naval d’Espagne. Après un banquet organisé par la Ville et la Chambre de commerce, et un concert de musique de la Flotte, le ministre et le sous-secrétaire repartir par le train de nuit pour Paris, alors que la flotte remontait la Loire et que les festivités continuèrent en partie à Nantes. Le 18, réunion du Congrès, nouveau concert et exposition. Le 19 clôture du Congrès, divers spectacles, bal populaire. Le 20 régates, concours de natation, régate des modèles réduits, concert de clôture par les Équipages des navires venues pour les festivités. C’est à l’occasion de cette Grande Semaine Maritime, que furent institués des courses pour les pêcheurs qui devinrent annuelles à partir de 1926. Cette première régate des bateaux de pêche fut divisée en deux série : 26 pieds et en-dessous ; de 21 à 27 pieds. Ce furent les pêcheurs de Méan qui se distinguèrent.

     

    En 1926 il y eut l’instauration d’une Coupe de la ville de Saint-Nazaire pour les plus de 8m50, sur 11 milles , 1er prix une coupe offerte par la ville ; 2ème un médaille d’argent offerte par la société des régates : 3ème une médaille de bronze offerte par le Ministère de la Marine marchande ; le prix du Yacht Club de France, pour les 6 m 50 à 8 h 50 sur 11 milles ; les monotype nationaux sur 7 milles ; Le Coupe de Bretagne du Moyen-handicape Nationale divisée en deux série : 1ère de les 7 m à 12 m sur 11 mille ; au-dessous de 7 m sur 11 milles ; les extra-réglementaires au-dessous de 5 m 50 corrigée sur 11 milles : les extra-réglementaires au-dessus de 5 m 50 sur 11 milles ; les bateaux de pêches de Saint-Nazaire de 28 pieds et au-dessus; de 21 à 27 pieds ; les 20 pieds et en dessous ; sur parcours de 7 milles ; Séries des canots de Méan ; série des bateaux de pêche étrangers de 21 pied et au-dessus.

    Alignement du départ était une ligne entre le Vieux-Môle et le débarcadère de Mindin.

    S’il y eut la création d’épreuve à destination des pécheurs, on pratiqua une ségrégation sociale pour la remise des prix : au café Prévot 8 rue de Villès-Martin pour les yachtmans ; au café de l’Atlantique pour les pêcheurs. La Marie organisa un vin d’honneur dans ses salons en présence du Préfet, mais le maire, François Blancho, qui ne prisait pas ces événements, délégua son second-adjoint, Mausion.

     

    En 1929, les Nazairiens vexés que le Duquesne, un croiseur soit confié aux régates de La Baule, dont le capitaine était le nazairien Gabriel Brohan, (1881-1966)[6], futur amiral, demandèrent au ministre de la Marine qu’on leurs attribue l’aviso Arras. On lança l’épreuve croisière Saint-Nazaire La Baule en organisant un bal au salon du Grand-Hôtel, décoré de pavillons et de plantes vertes

     

    En 1931 fut institué une Coupe de la marine marchande.

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    (Ouest Éclair 11 août 1931)

     

    En 1932 fut créé le Prix du Comte de Parscau du Plessix, dont le 1er prix était une médaille dorée offerte par la Société des Régates ; le 2ème une médaille de bronze offerte par le Ministère Marine marchande ; le 3ème une médaille de bronze offerte par la Société des Régates ; le 4ème une médaille de bronze offerte par la Société des Régates ; avec en plus, 80 francs par bateau prenant part à la course avec un maximum de 500 francs, offert par le comte de Parscau du Plessix, à répartir, moitié entre les partants, moitié en temps primé.

     

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    Le Comité des Régates, (Ouest Éclair du 19 juillet 1932)

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    yachts des régates, (Ouest éclair du 15 juillet 1933)

     

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    Le Courrier de Saint-Nazaire du 23 juillet 1938 (cliquer pour agrandir).

     

     

     

    Le Second-guerre-mondiale mit fin aux régates nazairiennes.

     

    [1] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/06/30/la-seigneurie-de-cleuz-premiere-partie.html

    [2] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/06/13/le-chateau-de-porce-a-saint-nazaire-premiere-partie.html

    [3] Il eut pour vice-président le docteur Charles Baudet, (1852-1933), maire de Caulnes de 1896 à 1933 ; il fut aussi conseiller d'arrondissement de 1880 à 1889, et député des Côtes-du-Nord de 1903 à 1921 ; puis à partir de 1889 le nantais Georges-Philippe-Marie Biré.

    [4] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/06/13/le-chateau-de-porce-a-saint-nazaire-premiere-partie.html

    [5] http://ecole.nav.traditions.free.fr/officiers_lemerdy.htm

    [6] http://ecole.nav.traditions.free.fr/officiers_brohan_gabriel.htm

  • Inventaire du patrimoine bâtî nazairien

    Ce samedi 27 avril au Garage se tiendra une journée « d’ateliers-découverte animés », consacrée à l’Inventaire du patrimoine nazairien, essentiellement celui du bâti[1].

     

    ⦁ 10h00-12h30 : Accueil et Ateliers de l’Inventaire

    ⦁ 14h00-15h30 : l’Enquête Patrimoine : (ateliers et sortie sur le terrain)

    ⦁ 15h30-16h30 : analyse et bilan de l’Enquête Patrimoine

     

    Depuis 2015, madame Stéphanie Le Lu, chargée de l'inventaire du Patrimoine pour la ville de Saint-Nazaire, arpente notre cité à la recherche des éléments patrimoniaux. Si sa nomination fut l’objet d’un article de Ouest-France en mars 2015, il est dommage que la municipalité n’ait pas mieux communiqué à propos de ce beau projet qui est devenu en deux semaines la découverte soudaine chez les passionnés de Saint-Nazaire et de son histoire, autant que pour ceux qui sont en capacité de la raconter et de corriger les erreurs que l’on voit dans les publications officielles, (que de choses fausses sur les pages nazairiennes de l’inventaire du patrimoine balnéaire réalisé par la région Pays de Loire qui n’a jamais rien corrigé malgré les courriels adressés !). Ce manque de communication est fort regrettable car maintenant que madame Le Lu va présenter son travail, nous lui tomberons dessus un peu comme des inspecteurs des travaux finis, ce qui sera probablement désagréable autant pour elle que pour nous qui pourtant ne pensons pas à mal.

     

     

    À l’heure du grand émoi causé par l’incendie de la cathédrale Notre Dame de Paris, la question du patrimoine bâti nazairien va en énerver beaucoup. On a vu, le 3 avril, la mise en place d’une pétition contre le projet de construction d’une structure à façades de verre dans la cour de l’ancienne Usine élévatoire. Insistons ici sur le fait que c’est cette nouvelle construction qui dérange les signataires, (j'écris bien les signataires), et non comme l’a laissé entendre L’éco de la Presqu’île une opposition à une implantation hôtelière. Ce nouveau bâtiment est autant discutable par ses dimensions, que par son aspect inesthétique pour un établissement qui espère attirer une clientèle ayant les moyens d’un certain art de vivre. Et l’on ne peut que douté de son vieillissement face aux réalités de l’environnement marin, autant que l’on peut se demander dans ce cas pourquoi avoir empêcher les propriétaires d’une maison qui surplombe l’Usine de procéder à une isolation par l’extérieur de leur façade, sans intérêt esthétique autant que patrimoniale, sous le prétexte qu’on avait pas rasé au moment du déblaiement ce bâtiment transformé en café pour les ouvriers alors qu’on a pas eu de scrupule de le faire à l’époque avec d’autres mitoyens qui remontaient parfois au 15ème siècle. Même les plus acharnés de la défense du patrimoine nazairien en sont restés interloqués.

    Ajoutons que contrairement à ce qu’il a été dit ici où là, et qui circule en ville, le site n’appartient pas à la municipalité. C’est la propriété du Grand Port Maritime de Nantes-Saint-Nazaire. La Mairie est limitée dans son champ d’action, et ne peut que donner des recommandations et exprimer des préférences, autrement cela ferait déjà longtemps que le Conseil aurait œuvré pour en faire un pôle touristique et muséal.

    Cependant on ne peut pas transformer tout en musée, c’est impossible, même si nombre de Nazairiennes aurait voulu que l’on fasse quelque chose dans l’esprit de la Centrale Montemartini à Rome, où vestiges antiques ont été associés aux machineries début 20ème. Le projet qui avait été envisagé par le Conseil régional des Pays de la Loire d'y créer un « centre d’interprétation et de valorisation de l’estuaire de la Loire », était sans avenir, nous aurions eu encore un truc qui coûte de l’argent et où personne ne serait allé, et tout le monde aurait ronchonné. Les musées peinent à faire venir des visiteurs, une exposition temporaire coûte énormément, tout comme l’entretient des œuvres d’une exposition permanente pèse sur un budget.

    Un bâtiment a besoin d’une destination, tout comme une ville a besoin de se développer et de s’adapter en permanence aux besoins de ses habitants.

    J’entends les Nazairiens qui se plaignent du manque de protection accordé à ces demeures privées par la Mairie qui accorde des permis de démolir sans que l’on ait le sentiment que les responsables soient allés faire un tour sur place pour voir ce qu’ils vont laisser être remplacé par un phalanstère cage à lapin baulois ou cube. Cette architecture cube déplaît fortement à la population, c’est un fait, mais elle n’est pas une spécifié nazairienne, elle est en réalité une mode française que l’on retrouve partout en hexagone, que ce soit en Bretagne, à Montpellier, en banlieue Parisienne ou même à Chartres. C’est un fait, les sociétés de construction comme Legendre-Ouest, dont les bureaux sont à Nantes, construisent partout en France les mêmes cubes blancs à toit plat, et tant pis si cela n’est pas adapté au climat et que l’eau y stagne. Cet espéranto architectural qui désespérait Cocteau, existe depuis des siècles, car il suit les modes, mais il est depuis l’industrialisation du Second-Empire épidémique. Ces maisons à arêtes de briques que nous trouvons charmantes étaient les cubes de la IIIe République. On en vient donc à se demander : qu’est-ce que le patrimoine architectural ?

    Dans une ville comme Saint-Nazaire, où le centre fut ravagé par les bombes à 72%, (chiffres de l’État), et que la reconstruction a augmenté à 85% pour des raisons de réaménagement, (élargissement de rue, destruction volontaire pour un agrandissement du port qui n’a finalement pas été réalisé), dans une ville comme Saint-Nazaire, donc, le patrimoine est ce qui est à la fois la survivance d’avant la Catastrophe de 1943, que la cohérence urbaine de la Reconstruction.

    Combien de fois ai-je entendu des gens de la génération de mes parents débarquer dans notre ville et dire que c’est « stalinien » ? Trop ! Beaucoup trop, et il me faut à chaque fois toute la contenance de mon éducation pour retenir mon sang nazairien qui me donne envie de coller un baigne à l’impudent accompagné d’un cortège d’insultes. Saint-Nazaire n’est pas reconstruite dans les goûts du Régime soviétique, allez voir Moscou, la périphérie de Saint-Pétersbourg, Chișinău. Non, Saint-Nazaire a été reconstruite suivant des plans établis dès 1943, en suivant le gout de l’époque, et qui étaient ceux aimés par les régimes fascistes. Il suffit de sa balader dans la banlieue de Rome, et sur la côte romaine, entre Sabaudia et Torvaianica, et ensuite de comparer aux immeubles des avenues de la République et du Général de Gaulle pour en prendre conscience. Bon, je vous l’accorde, la référence est dérangeante, mais rassurez-vous, les constructions de l’entre-deux-guerres par Mallet-Stevens et Le Corbusier, et même par les nazairiens Seiz Breur avaient eux aussi les codes esthétiques adoré par Mussolini. C’est la réalité du goût d’une époque.

    Le résultat est cependant esthétique, cela vaut bien l’uniformité architectural haussmannienne, et ceux qui ont aujourd’hui moins de 30 ans trouvent plein de qualités à ces façades.

    Il faut admettre que notre patrimoine est à la fois ce qui là depuis toujours, notre toujours humain, c'est-à-dire une centaine d’années, comme le disait Lampedusa en réduisant malgré lui les affirmations de Léonard de Vinci, et aussi ce que nous trouvons esthétique, ce qui est une valeur fluctuante. L’ancienne gare était considérée comme une verrue par la génération de mes grands-parents qui n’y voyait que les restes d’une structure utilitaire réalisée sans brio dans des matériaux friables. Or, depuis, on s’est beaucoup affairé à en protéger les vestiges, à retrouver les deux mauvaises copies de Michel-Ange qui en avait été démontés de la façade. Ces murs mitées, réemplâtrées pour poser des visseries même pas sur mesure, les Nazairiens ne pourraient plus vivre sans elles. Cette ancienne gare est devenue comme l’Immeuble Barakat de Beyrouth, (surnommé par les Européens « maison jaune »), un symbole de ce qu’a subi la ville, non par la guerre, car en dehors des vitrages elle était encore intacte à la Libération, mais du choix de faire table rase d’un passé douloureux par les générations précédentes. Et je comprends aujourd’hui les jeunes ménages qui s’efforcent d’arracher les moquettes 1980’ collé sur les parquets 1950’ et les faïences marron-beurk pour retrouver les petits carreaux de ciment jaune ou rouge, tout comme je comprends ces passionnés de patrimoine qui rétablissent des décors 19èmes dans les villas de la corniche nazairiennes éprouvée par les modes des années 1960’&70’.

    Notre ville a été bien reconstruite, même si à un moment l’État a arrêté de financer la reconstruction des immeubles publics, ce qui explique que l’on a des bâtiments très agréables visuellement comme ceux de l’École élémentaire Jean Jaurès, et d’autres franchement repoussants mais que la Municipalité se retrouva seule à financer en urgence. Il en va de même pour les immeubles privés qui subirent les tractations des indemnités de guerre et de la spéculation de la Reconstruction. Ajoutez à cela le poids de la culture ouvrière qui a interdit durant des décennies d’avoir la fantaisie d’un pot de géranium à la fenêtre ou de volet d’une autre couleur que le blanc, cela n’a pas poussé les particuliers à oser comme leurs prédécesseurs, (voyez la diversité du quartier autour du Jardin des Plantes et les cartes postales anciennes de Saint-Nazaire).

     

    Vient aussi le patrimoine défini comme tel par les autorités. Peu de choses sont classées au titre des Monuments historiques dans notre ville : des sites mégalithiques, (dont le dolmen qui fut en 2012 l’objet d’une des nombreuses polémiques et aberrations de la fin de règne du maire précédent), quelques calvaires ignorés dans les buissons et qui attendent encore, malgré les alertes, qu’on les restaure, deux éléments maritimes au milieu des flots… La base sou marine n’est pas classée, contrairement à ce que croient les gens ; le label patrimoine du XXème siècle n’est qu’une étiquette pour désigner un élément touristique, mais il n’offre aucune protection. Au demeurant, la base a tellement été transformée qu’elle ne peut plus faire l’objet d’un classement. Il en va de même pour le recensement du patrimoine balnéaire, c’est uniquement une mise ne lumière dans le cadre d’un inventaire, et cela n’a pas empêché la destruction, il y a trois ans à La Baule, d’une villa du front d’océan. L’État a longtemps limité la protection au titre des monuments historique presque uniquement à ce qui était antérieur à 1815. Les sites fouilles archéologiques ne furent aussi intéressantes aux yeux du législateur que quand c’était un trou de poteau « gaulois » ou un mur « romain », au mieux une muraille médiévale. L’étude d’une fosse 17ème, qui pourtant nous permet de comprendre la vie de nos prédécesseurs, est encore reçu tièdement, surtout quand il y a un immeuble à livrer. Pourtant au niveau du patrimoine bâti, il y a eu de grandes évolutions sur les critères de l’État.

    Peu de choses sont classées au titre de Monuments Historiques à Saint-Nazaire. Pourtant nous avons des bâtiments privés qui mériteraient que leurs propriétaires fassent quelques démarches pour les protéger, et même pour bénéficier d’avantages fiscaux. Que l’on ne me réponde pas qu’un bâtiment classé est contraignant pour un privé. C’est faux ! On vous demandera de ne pas le laisser tomber en ruine, de ne pas peindre sa façade en rose à rayures vertes, de ne pas faire passer une colonne d’eau usagée au milieu du salon, ou de remplacer les visseries en bois par du pvc. On me dira aussi que cela peut être cependant contraignant pour les voisins d’un élément classé car ils ne sont plus libres de modifier leur façade comme ils le veulent. Je réponds que l’on ne peut pas modifier sa façade comme on le veut, tout répond à des normes d’urbanise définis par la mairie, même si beaucoup de municipalité se cachent derrière le prétexte du classement au lieu d’assumer sa politique urbaine.

     

    On l’ignore généralement, mais les villes ont toutes une liste de constructions qu’elles désirent préserver. On ne peut ainsi modifier à Saint-Nazaire les immeubles de l’avenue de la République, ou de la place François Blancho, les demeures qui donnent directement sur l’océan. Même changer vos barrières de jardin dans une rue oubliée relève de normes municipales définies par le Plan Local d’Urbanisme (PLU), et doit faire l’objet d’une déclaration.

     

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    Extrait du cahier de prescriptions des clôtures de la mairie de Saint-Nazaire

    ( http://www.saintnazaire.fr/fileadmin/Saint-Nazaire/01.Demarches_infos-pratiques/Urbanisme/201703_cahier-prescriptions-clotures.pdf )

     

    J’entends des Nazairiens dirent que l’initiative de monsieur Samzun de faire répertorier les bâtiments intéressants de la commune arrive trop tard. Mais il fallait bien que cela commence un jour, et au moins cela a été entrepris, saluons donc l’entreprise.

    J’entends aussi crier qu’à côté de ce relevé, il a été accordé depuis 2015 la destruction ou la modification de bâtiments qui avaient une valeur aux yeux des Nazairiens. Oui, je suis peiné moi aussi qu’on ait laissé à la spéculation la ferme de Kerlédé, et d’autres demeures du la route de la Côte d’Amour faire place à des immeubles inesthétiques construit sur des parcelles si petites qu’il en ressort des choses ridicules et étriquées qui agressent le regard. ̶J̶e̶ ̶s̶u̶i̶s̶ ̶n̶a̶v̶r̶é̶ ̶d̶e̶ ̶v̶o̶i̶r̶ ̶q̶u̶’̶o̶n̶ ̶v̶a̶ ̶d̶e̶ ̶c̶e̶t̶t̶e̶ ̶m̶a̶n̶i̶è̶r̶e̶ ̶f̶a̶i̶r̶e̶ ̶d̶i̶s̶p̶a̶r̶a̶î̶t̶r̶e̶  RECTIFICATION DU TEXTE LE 23 AVRIL 2019 : Contrairement à ce qui m'avait été communiqué, la villa art-déco « Mektoub » réalisée pour un nazairien qui avait été en poste à İstanbul durant l'occupation de Constantinople par les troupes françaises, britanniques et italiennes, de novembre 1918 à octobre 1923, ne sera pas détruite.

    Mademoiselle Stéphanie Le Lu, chargée d’études Inventaire du Patrimoine, à la Direction de la Culture à la Ville de Saint-Nazaire, m’a écrit ce jour à propos de la villa Mektoub : « Je l’ai repérée au titre de l’Inventaire dès l’instant où je l’ai vue. Je l’ai présentée à de nombreuses reprises aux élus pour les alerter sur son intérêt patrimonial. […] la maison ne fait pas l’objet d’un permis de destruction. […] Effectivement, un collectif sera prochainement construit mais uniquement sur une partie de la parcelle. La maison sera préservée. »

    Je suis heureux de pouvoir communiquer aux lecteurs que cette maison restera. Elle a des proportions et une architecture aux emprunts islamiques qui s’inscrivent dans le paysage, (elle est aussi un cube),qu’elle comporte sur sa façade le mot « Mektoub » en calligraphie ottomane, écriture disparue avec la réforme d’Atatürk, et non en arabe classique. Cette calligraphie faite dans l’enduit est la seul à ma connaissance en France. FIN DE RECTIFICATION DU TEXTE LE 23 AVRIL 2019.

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    La calligraphie ottomane de la villa « Mektoub » au 37 rue de la Vecquerie

     

    Le jardin si agréable de la villa va disparaître, réduisant encore un peu plus la verdure dans l’agglomération en étouffant plus encore Porcé. Il faut aussi tenir compte que notre patrimoine est aussi les espaces vert municipaux et privés.

     

     

    Saint-Nazaire est un sujet compliqué. Mais encore une fois je salue les efforts de la municipalité actuelle, et souhaite à madame Le Lu que son travail reçoive un écho positif autant auprès du Conseil que parmi la population.

     

    [1] Plus d’information à ce sujet ici : https://legaragesaintnazaire.com/2019/03/27/27-avril-2019-les-enquetes-patrimoine-de-saint-nazaire-au-garage/