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saint-nazaire

  • En réponse aux nombreux courriels de ce weekend

    Ce blog n’est pas un blog politique, il est consacré à l’histoire de la Ville de Saint-Nazaire, il relate des faits, analyse des événements.

    L’auteur n’a pas vocation à commenter les choix culturels des organismes municipaux, (grand café and co°), des élus morts, morts-vivants, ou en action, même si concernant ces derniers il est possible d’applaudir un heureux choix, d'exprimer un désaccord ou une inquiétude argumentés, bien qu’un échange direct et franc avec les élus a toujours été préféré, autant par l’auteur, que par lesdits élus (majoritairement), malgré que cela dérange parfois leurs collaborateurs qui jouent les  outragés face à quelque chose auquel ils ne sont pas habitués, nommer un chat un chat. Sentiment d'outrage exprimé avec un fond de sentiment de panique parce que, ciel, on peut être très bien informé et instruit des dossiers sans être un intervenant direct, que oui la mairie est une passoire à secrets, que les élus et leur épouse/époux aiment faire me des confidences, (qu’on se rassure je ne répète pas même le dixième de ce qui m’est dit, les histoires de fesses et de crasses n’intéressant pas le public), et que horreur, il semble incroyable que l’on puisse retenir ce que les employés municipaux racontent à chaque niveau de l’échelon et additionner cela pour comprendre ce qui se fait et se prépare. Pire encore, que l’on ait la capacité de comprendre le galimatias des administrations sans être soi-même hors sol, bref être un homo sapiens sapiens, et non un néandertalien armé d’une massue (au demeurant, contrairement à la légende, c’est une cravache qui se trouve dans ma serviette).

    Je me trouve cependant en ce lundi matin, très embarrassé à la lecture des courriels que je relève. Nombre de lecteurs m’ont écrit au cours du weekend après avoir vu passer sur les réseaux le compte rendu de la visite organisée pour les élèves de CM1 et CM2 de l’école Carnot sur le chantier de l’installation en cours de l’ensemble sculpté « Le Pied, le Pull-over et le Système digestif ».

    Répondre publiquement à ces messages c’est à la fois voir la Mairie me bouder parce que je pose le doigt là où ça fait mal, c’est aussi pour les mous du bulbe sans argumentations passer pour un boomer. A vrai dire, le « Cosaque », (mon surnom dans les couloirs municipaux), se contrefout de ces réactions comme de sa première Daimler. Ce poste n’est pas un billet d’humeur, c’est un constat général dont il transparaitra probablement une certaine amertume.

     

    Les Nazairiens, une fois de plus, découvrent un peu tard ce qui se prépare et se réalise dans leur Ville. Ils s‘indignent du coût, expriment un sentiment de « bétonnage de la côte » qui entre en collision avec l’annonce faite le 28 novembre par monsieur Samzun d’une appartenance à « la sociale écologie »[1], un ressenti « d’absurdité » à propos de l’ensemble,  un dégoût à propos d’un « système digestif » qui n’est en réalité qu’un intestin (cela les élèves de CM1 et CM2 qui ont écouté leur cours de sciences naturelles l’ont tout de suite pointé), un dégoût, un choc de voir « trois éléments d’un corps explosé dans un attentat » ; un Nazairien, (dont nous saluons ici les engagements pédagogiques), m’a souligné dans un échange sur groupe « SAINT-NAZAIRE hier-aujourd'hui » que c’est une « édification à l’endroit même où s’échouèrent, les restes humains, membres, boyaux des 4 à 6.000 marins du Lancastria, bombardé par la Luftwaffe ». Là forcement, il faut être nazairien pour avoir mémoire de ce drame, mais quand on laisse le pouvoir décisionnaire à des gens qui ne le sont pas où pire, qui n’ont aucune connaissance de l’histoire de Saint-Nazaire…

    Les Nazairiens qui m’écrivent à travers la boite courriel du blog sont par ailleurs curieux de savoir si c’est-ce « un monument à la mémoire des victimes de la maladie de Crohn », « de la constipation », « de la coloscopie », à « Woollite » (Woollite aime la laine et Saint-Nazaire aime le béton?), « Mir express », « Procter and Gamble », à « tous les vents », « un message de Nantes qui trouve Saint-Nazaire à chier », ou bien « une anticipation à l’explosion attendu de l’usine Yara qui transformera l’Estuaire en un Beyrouth puissance 10 » ?

    On s’insurge aussi que l’organisation se nomme « Voyage à Nantes, à croire qu’à Saint-Nazaire on n’est pas capable de faire quelque chose ». Le lecteur m’excusera de ne pas répondre, tout autant que je m’abstiendrai de commenter les invitations et annonces à venir maculer après inauguration les intestins, si ce n’est en faisant un rappelle à la Loi, (quoique là on pourrait justifier l’acte sous couverture d’une performance artistique qui vaut bien une orange qui rebondit dans un mur au Grand Café en 2009).

    Les réseaux sociaux s’agitent on le voit, avec certes de l’humour, mais la polémique est réelle, elle enfle, et une fois de plus elle a dépassé les limites des petits cercles culturels et patrimoniaux nazairiens. Le Non-nazairien face à cette vague de protestation demande « pourquoi les Nazairiens n’ont pas fait une pétions ou envoyé des courriers à la Mairie pour protester ? » Cette réponse est triste et humiliante pour les Nazairiens : il est trop tard pour une pétition et il était trop tard pour la faire quand on informa le public de la création de l’œuvre. Développons cette réponse en faisant l’historique de l’information de la mise en place du projet : le chantier a débuté en octobre, et c'est au lancement de ce chantier que la population fut informée de l’implantation de l’œuvre par la municipalité le 9 octobre 2020[2] ; Le Voyage à Nantes ne communiqua qu’après coup sur son site avec publication de la vidéo du 12 octobre 2020 réalisée par Saint-Nazaire Agglomération[3]. Il n'y a aucun article de presse qui mentionne avant l’annonce municipale à propos du projet. Cherchez sur Google en calibrant votre recherche par date et mots clefs, vous ne trouverez rien. Il n'y a pas eu de concertation avec la population, car c'est une concertation de l'organisme " Voyage à Nantes" avec la Région, la DRAC des Pays de la Loire (c’est-à-dire l’Etat dans le cadre du dispositif de la commande publique du Ministère de la Culture), le Département des Pays de la Loire, Saint-Nazaire agglomération, et enfin la Ville, ajoutez à cela le Grand-Port qui est responsable du site, et tirez en les conclusions qui vous semblent les plus probables, mais retenez cependant que la ville a versé 60.000 € sur les 754.000 € que coute l’ensemble, (le Département a donné 100.000 €, l’Union européenne à aussi cofinancé, mais le montant n’a pas été communiqué à la presse, et aussi l’Etat via la DRAC pour un montant non communiqué). Sommes que beaucoup jugent indécente dans le contexte actuel, alors que le Ville a à procéder à des restaurations, des mises en place de projets, avec un budget culturel que la Covid19 a totalement écorné. (Là, j’entends déjà l’indignation sans autre argumentation « qu'il s'agit là d'une attaque directe de détracteur de l'art contemporain »[4], de la part du sérail.)

    Communiquer, c’est ici le verbe qui résume tout, et explique l’agacement des Nazairiens : le manque de communication municipale, la mauvaise communication municipale.

    Les Nazairiens pourront demander à leurs élus, à la Ville, « pourquoi ? », ils leurs sera très probablement répondu « la Ville à toute légitimité à », c’est en effet la grande réponse à tout pour ne pas avoir à s’expliquer, à s’excuser des décisions prisent au présent ou antérieurement mais qui se concrétise qu’aujourd’hui sans que personne n’ait aucun contrôle sur le dossier.

    Soyons honnête, quand le projet fut annoncé aux habitants par la Ville, des élus et des cadres municipaux m’ont signifié « en off » qu’ils désapprouvaient l’œuvre, jugeant l’intestin répugnant, le pull planté droit ridicule, et le pied non pertinent.

    La pertinence, autant que l’esthétique, les Nazairiens ont la capacité d’en avoir opinion ; on priera donc pour les huiles des vendeurs de projets d’arts contemporains de ne pas nous servir leurs vides blablas habituels en nov’langue mêlé d’anglais de Dora l’Exploratrice ponctué de références sorties de leur contexte et de faire insulte à nos intelligences et instructions.

    Jugeons en effet la pertinence de l’œuvre : Elle n’en a pas.

    Détaillons ces morceaux :

    • Le pied n’est pas innovant, c’est un grand classique du genre, qui s’inscrit certes dans l’imaginaire collectif du colosse disparu, qu’il soit de Rhode ou de la Planet des Singes. Il n’a qu’un effet médiocre car il est trop petit pour qu’on puisse le juger comme monumental, bref ce pied ne va pas loin.
    • Le pull aurait pu s’inscrire dans le paysage s’il avait été couché dans l’eau, il aurait alors évoqué un vêtement dont on se libère pour les joies de la baignade, mais il n’est finalement qu’un gros torse sans tête planté droit.
    • Le « système digestif », comment dire ? Avez-vous déjà assisté à l’exécution d’un cochon à la ferme, à une curée chaude en fin de chasse à courre, ou à une fête de l’Aïd ? Un accident de moto peut-être ? Personnellement il me vient à la mémoire des lignes du Guépard de Lampedusa quand le cadavre d’un soldat est trouvé dans le jardin de la villa du prince Salina : « Sous les bandoulières, les intestins violets avaient formé une mare. C’était Russo, le gardien, qui avaient découvert le corps brisé. […] Puis, avec une inquiétante dextérité, il avait renforcé les entrailles dans la déchirure du ventre à l’aide d’une branche […] ».

    La matière, le béton, revient plusieurs fois dans les messages. Je laisse ici le co-artiste-auteur de l’œuvre, Grégory Gicquel, s’exprimer sur ce choix en reproduisant ce qui a été publié le 9 octobre 2020 sur le site municipal : « Quand le Voyage à Nantes nous a proposé ce lieu, cette crique à la sortie du port, on a tout de suite eu un questionnement sur la taille de nos sculptures. On est au bord de la mer avec des infrastructures gigantesques. Le béton est très présent à Saint-Nazaire également. C’est une matière qu’on avait déjà travaillée. On a donc pensé à ça car il y avait des solutions techniques pour travailler à grande échelle avec du béton. On n’avait jamais réalisé des pièces aussi grandes avec cette matière »[5] . Bref Saint-Nazaire c’est du béton, alors un peu plus, un peu moins, personne n’y trouvera à redire ? Et après on sera surpris que les Nazairiens explosent de colère !

     

    Les Nazairiens auraient pu espérer que la municipalité communique avec son Conseil du Patrimoine, mis en place dans le cadre du Label Ville et Pays d’Arts et d’Histoire, mais cela relevant d’une décision antérieure à l’obtention du Label, autant qu’à une organisation totalement indépendante et régie par ces conventions antérieures à 2007 et 2011, (Le Voyage à Nantes étant entre autres depuis 2011 la succession des Biennale/festival Estuaire), et la municipalité dans une certaine mesure, attendu qu’elle est ici acculée à suivre par contrat une convention où elle n’est pas seule à décider. Ajouté que la Covid19 met un couvercle sur une bonne part du système démocratique et que la communication municipale est défaillante et maladroite, (ce qui est très visible depuis septembre), vous comprenez maintenant pourquoi il y a un sentiment négatif qui enfle de façon générale envers tout ce qui concerne le volet culturel de la politique municipale. La ville à 20 ans de retard dans ses méthodes de communication, cela dans un contexte politique, sociale et sanitaire où l'on s'aperçoit que les trois quart des élus locaux, qu'ils soient municipaux ou départementaux, n'ont pas compris que le monde à changé en peu de temps, trop bercés qu'ils sont par un Elysée qui se croit encore en avril 1968 et s'autorise des relents de 1940 en donnant des leçons de démocratie aux autres. Peut-on s'étonner que les gens hurlent et vocifèrent ensuite pour la moindre chose et qu'une banal histoire de sculpture les fasse réagir avec des mots lourds ? Cela ne laisse pas au tissu associatif et à la société civile la possibilité de tenir en constance un discours positif. On vient à manquer d'argument pour.

     

    A titre personnel, j’avoue être habitué à ce que les choix d’acquisition d’œuvre se fasse par les collectivités depuis cent-cinquante ans sur appréciation d’un comité, sans consultation de la population, mais je suis pour que cela change. Quant à la présentation de l’œuvre comme étant à rapprocher d’un géant qui aurait semé des souvenirs de lui, (on a cherché une vision poétique à ce truc qui jusqu’à présent n’est pas une évidence dans ce qu’en disent les deux co-auteurs), outre que son démembrement sur un lieu de drame me révolte et me soulève l’estomac, j’aurai aimé qu’il s’inscrive dans l’esprit de deux vers du poème turc « Merveilleux vagabond » (« Şahane Serseri »), d'Attila İlhan : « J'ai aimé comme les enfants, j'ai souffert comme les géants, Tous les vents du monde sont dans mes veines », (« Çocuklar gibi sevdim, devler gibi ıstırab çektim, Damarlarımda dünyanın bütün rüzgarları »). Nous en sommes hélas trop loin de la poésie pour que je puisse avoir un regard positif sur cette réalisation.

     

     

    [1] https://l.facebook.com/l.php?u=https%3A%2F%2Furlz.fr%2FemSb&h=AT3CC3INdozC-ztDxbTHedz1ClNE_TtBSOrh1NEQ3OdkKOWKYoIyY-XGAwwHjo6NzbfNJdBPu_qLbA3cJILH8oGwuF93Y64esSk7ctSZIYsPQcNRvRjuhIEqhUXUBkuw9zTmLhS_jVVKqORl1g&s=1

    [2] https://www.saintnazaire.fr/actus/art-contemporain-une-troisieme-oeuvre-d-estuaire-dans-le-port-19524#:~:text=Baptis%C3%A9e%20Le%20Pied%2C%20le%20Pull,par%20Gilles%20Cl%C3%A9ment%20sur%20le

    [3] https://www.estuaire.info/fr/oeuvre/le-pied-le-pull-over-et-le-systeme-digestif/

    [4] Nous reprenons ici une réponse fait part Le Grand Café en 2010 à propos des choix d’exposition : http://www.saintnazaire-infos.fr/guillaume-leblon-au-grand-cafe-oeuvres-d-art-ou-gaspillage-indecent-26-31-178.html?fbclid=IwAR1TN_AO8rc3pvouhsq1WJw7xD-2TGEV9IDrpjU_fRYhCANJr6EHfM2AbYI

    [5] https://www.saintnazaire.fr/actus/art-contemporain-une-troisieme-oeuvre-d-estuaire-dans-le-port-19524#:~:text=Baptis%C3%A9e%20Le%20Pied%2C%20le%20Pull,par%20Gilles%20Cl%C3%A9ment%20sur%20le

  • Tahier et Tahier de Kervaret

    Tahier, voici un nom qui était pour les Nazairiens synonyme d’ancienne bourgeoisie et d’honorabilité. Celle-ci s’étant éteinte en même temps que la ville fut détruite et sa population majoritairement dispersée, elle n’est plus qu’un vague souvenir que parfois ravive la lecture de la liste des anciens maires, où la mention d’un conseiller d’Etat.

    Pourtant, être Tahier s’était être de bon lignage à Saint-Nazaire, être revêtu d’honorabilité, et les membres de cette famille affichaient une certaine fierté, si ce n’est une certaine forme d’arrogance ; les enfants des filles Tahier faisaient en sorte d’associer le patronyme à celui de leur père.

     

    Les origines :

     

    Les Tahier sont originaires de Ploubalay, aujourd’hui une commune de Beaussais-sur-Mer, une paroisse dépendante du diocèse de Saint-Malo, entre Dinard et Dinan. Elle est connue dans les registres paroissiaux depuis Jehan Tahier marié vers 1580 avec Charlotte Agan, née le 15 décembre 1546 à Ploubalay. Leur petit-fils, Bertrand Tahier, marié le 25 juin 1630 avec Gilette Margot, entra en possession du fief de de La Villesgouté, (La Ville-es-Goutte), en Ploubalay. Ses suivants firent carrière dans la magistrature et le droit, et pratiquèrent le partage noble, ce qui leur permis de porter dans les actes le titre d’écuyer, mais aucun ne fit confirmer cette noblesse acquise par comportement noble que permettait la Coutume de Bretagne. On ne lui connait pas non plus d’écu d’armes, élément pourtant indispensable à la noblesse, car « il n’est nulle noblesse sans armoiries ». L’un de ses petits-fils, Julien-Maurice Tahier, né à Ploubalay le 14 janvier 1717, hérita du fief de Villesgouté, et fut contrôleur aux Devoirs à La Roche-Bernard. Il épousa à Guérande, le 2 août 1746, Aimable-Jeanne-Jérômine de Kervéno, (Donges 22 septembre 1719 – Guérande 13 février 1786), dame de Kervaret en Guérande, qui était issue d’une famille de très ancienne noblesse qui portait : d'azur, à dix étoiles d'argent, 4, 3, 2 et 1. Le couple eut au moins douze enfants, dont seuls deux fils atteignirent l’âge adulte.

     

    Généalogie en Presqu’Ile guérandaise :

     

    I° Julien-Maurice Tahier, sieur de La Villesgouté, né en 1717 à Ploubalay, décédé en avant la naissance de son second fils, écuyer, contrôleur aux douanes, capitaine des canonniers, contrôleur aux devoirs à La Roche-Bernard ; marié à Guérande le 2 août 1746 à Aimable-Jeanne-Jérômine de Kerveno (Donges 22 septembre 1719 – Guérande 13 février 1786), d'où 12 enfants, dont :

    1° Jacques-René-Claude, qui suit ;

    2° Julien Maurice qui suit branche Tahier de Kervaret.

     

    II° Jacques-René-Claude Tahier, (Guingamp 19 septembre 1748 – Guérande 13 juillet 1816), désigné dans les actes comme rentier et propriétaire, marié civilement à Guérande le 16 septembre 1798, (30 fructidor an VII), avec sa domestique avec qui il vivait maritalement depuis plusieurs années, Françoise Viaud, (Saint-Molf 1er décembre 1764 – Guérande 6 février 1806). Ce mariage civil avec reconnaissance d’une enfant, dérangea longtemps la famille, certes la Révolution avait changé la société, et un « ci-devant [1]» pouvait épouser une femme de condition très inférieure à la sienne, mais le fait que ce mariage civil fut contracté si tard, fit raconter par les Tahier, que le couple avait en réalité contracté un mariage religieux avant le mariage civil, devant un prêtre réfractaire, donc illégale en période révolutionnaire, dont on n’a jamais pu apporter la preuve ; la seule union connue du ce couple est de fait le mariage civile. Il y aurait eu cinq enfants né de ce couple, mais on n’en connait au moins deux :

    A° Françoise née à Guérande le 9 janvier 1796, reconnue par son père lors du mariage civil de ses parents ;

    B° Jacques-François qui suit.

    tahier

    Jacques-François Tahier © Fonds et collections de la famille Fraisse.

     

    III° Jacques-François Tahier, (Guérande 8 novembre 1799 – Saint-Nazaire 24 mars 1875), capitaine au long cours, syndic des gens de mer à Saint-Nazaire, maitre de port, chevalier de la Légion d'Honneur, médaillé de Sainte-Hélène, époux d'Eléonore-Aglaë Blanchard, sœur fille de l’officier de Santé du port, et sœur d’un éphémère maire en 1830[2]. D’où :

    1° Aglaë, (1836-1919), le docteur Hippolyte Durant, (Nantes 9 juillet 1827 – Saint-Nazaire 1892), diplômé docteur en médecine à Paris le 9 octobre 1860, médecin de la Santé, il se spécialisa dans la lutte contre le choléras, et obtint la médaille du Choléras en Meuse en 1854 ; en 1861, il fit le premier diagnostic de l''épidémie de fièvre jaune qui frappa Saint-Nazaire, un patient agité par la fièvre le frappa à l’œil par accident, il dut subir une énucléation, l'Empereur lui décerna une médaille d'honneur le 15 janvier 1862 ; il fut commissaire municipal à la mairie en 1870 et resta conseiller jusqu'en 1888 ; la Croix Rouge lui décerna sa Croix de bronze en 1871 en récompense de son dévouement ; il assura durant la seconde épidémie de fièvre jaune de 1881, le service durant 21 jours au lazaret de Mindin -  une rue porte aujourd'hui son nom, d’où  postérité sous le nom de Durant-Tahier, (voir http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/07/31/notes-sur-la-famille-durand.html ) ;

    2° François-Alexandre, né à Saint-Nazaire le 12 février 1838, capitaine au long-court, marié le 22 juin 1869 à Saint-Nazaire avec Marie Henriette Henry, fille de Jean-Louis Henry, pilote, (1817-1875), et de Jeanne Marie Audrain, (1817-1867), ; d’où :

    A° Blanche-Marie, (Saint-Nazaire 8 avril 1870 – 1962, inhumée au cimetière de La Briandais), épouse Giraud ;

    3° Louise-Aimée, né à Saint-Nazaire le 30 mai 1839 ;

    4° Henri, qui suit.

    IV° Henri Tahier, (Saint-Nazaire le 5 octobre 1845 – Saint-Nazaire 19 février 1924), d’abord clerc de notaire, il tomba amoureux de sa belle-soeur Angèle-Désirée Henry, (Saint-Nazaire le 6 mars 1850 – Saint-Nazaire 9 juin 1916). Il désira l’épouser, mais elle était mineure ; ils consommèrent leur amour et Désirée se trouva enceinte. Chassée par son père, elle trouva refuge chez la veuve Couronnée, rue de Nantes, où elle accoucha d’une fillette le 9 janvier 1871. Le couple se maria finalement trois mois après que la jeune mère accéda à l’âge adulte, le 26 juin 1871, soit le temps de publication des bans. Cette histoire obligea Henri à quitter l’étude qui l’employait. Heureusement son frère le fit entrer comme caissier à la Compagnie Générale Transatlantique. D’où :

    1° Angèle-Henriette Henry, puis Tahier, légitimée au mariage de ses parents, (Saint-Nazaire 9 janvier 1871 – Saint-Nazaire 6 avril 1877) ;

    2° Henri Tahier, dit de Kervaret, (Saint-Nazaire 26 octobre 1873 – Paris ?), ingénieur, marié le 14 avril 1926 à Paris, avec Jeanne Herviau, dont on ne sait pas grand-chose, mais qui semble avoir eu un style de vie dispendieux et qui s’endetta beaucoup, au point de connaitre une faillite en octobre 1924 ;

    3° Gabrielle-Marie-Alexandrine Tahier, (Saint-Nazaire, 2 septembre 1875 – Château-Thiébeau 2 février 1949), mariée le 25 septembre 1906 à Saint-Nazaire avec Eugène-Joseph-Antoine-Marie Nozières, (Chantenay-sur-Loire (commune de Nantes) en 1879 ou 1880, décédé avant le 28 mai 1947), négociant, puis industriel, demeurants à Paris 45 rue des Ternes ;

    4° Hélène Tahier, - Clichy La Garenne 26 janvier 1962), mariée le 15 janvier 1906 à Saint-Nazaire, avec Théodore-Auguste-Joseph Artaud, (°Vertou 8 avril 1879 - décédé avant le 28 mai 1947)), dessinateur, puis dessinateur-géomètre, demeurants à Villemomble 25 avenue des Roses ;

    5° Madeleine, (Saint-Nazaire le 19 septembre 1881 – Saint-Nazaire 26 janvier 1932) assassinée par son locataire en sa villa La Vague à Villès-Martin ;

    6° Andrée-Emilie Tahier, née à Saint-Nazaire le 30 mai 1886, employée de commerce, demeurant à Paris, 25 rue Henri-Monnier.

     

     

    Branche Tahier de Kervaret :

     

    II° Julien-Maurice Tahier de Kervaret, sieur de Kervaret, (La Roche-Bernard le 20 septembre 1749 – Saint-Nazaire 6 décembre 1832) ; fut nommé lieutenant de Frégate en 1778, puis de de Vaisseau 1786, et à nouveau en 1792, et le 18 Floréal an II ; parti à Philadelphie conduire un ambassadeur et toute sa suite, en l'an V (1796) comme commandant de la corvette Mercury, il fut à son retour nommé capitaine de la station navale de Mindin ; nommé capitaine de Frégate en 1814,il fut mis en retraite le 1er novembre 1817. Il avait été nommé maire de Saint- Nazaire le 13 septembre 1815, et resta en place jusqu'en 1823, date à laquelle il démissionna en raison de son âge et de ses infirmités ; chevalier de Saint-Louis 1821 ; propriétaire du domaine du Parc à l'Eau (situé à l'emplacement des anciens frigos, une rue située plus loin porte le nom de ce domaine en souvenir) ; marié à Saint-Nazaire le 18 juillet 1799 à Françoise Thomas, d'où :

    1° Aimable-Geneviève, (1801 - Nantes 11 novembre 1860), religieuse dans l'Ordre de Saint-Louis de Gonzague en la communauté de La Providence à Nantes, inhumée au cimetière de La Briandais où sa tombe existe encore à droit dans l'allée principale ;

    2° Claire-Eulalie, (1802-1866) ;

    3° Aimée-Gertrude, née à Saint-Nazaire le 23 octobre 1806, hérita du domaine du Parc à l'Eau,  mariée sous le nom de Tahier du Kreset à Saint-Nazaire le 10 mai 1830 avec Pierre-François-René de Brégeot, né à Herbigniac le 14 juin 1801, licencié en droit, juge auditeur à vannes le 10 mars 1825, substitut à Savenay en 1829, juge de paix à Guérande en 1849, conseiller général de la Loire-Inférieure de 1850 à 1853, juge de paix à Briec en 1867, d'où postérité, (voyez : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/07/26/notes-sur-la-famille-de-bregeot.html ).

     

     

    [1] Expression qui désignait durant la période révolutionnaire les gens ayant bénéficier de privilèges nobiliaires ou de charge.

    [2] Claude Alexandre Blanchard, officier de Santé, maire de Saint Nazaire du 29 juillet 1830 au 21 décembre 1830.

  • Jean d'Udine

    On vous dira probablement durant un souper en ville que Berlioz est venu séjourner plusieurs fois à Saint-Nazaire chez son fils, alors capitaine à la Compagnie Générale Transatlantique. Cette affirmation n’a rien de nouveau, maître Galibourg se plaisait à le répéter en boucle, en précisant que les Berlioz étaient ses locataires. On omet cependant de préciser à chaque fois qu’en ce temps-là Berlioz était une ombre, qu’il ne composait plus depuis des années. Les plus lettrés, vous parleront d’un charmant courrier qu’écrivit en 1884 Camille Saint-Saëns depuis le Grand-Hôtel, où il séjournait. L’année 1884, fut celle où il dirigea à Nantes la seconde partie de son oratorio « Le Déluge », « L'Arche — Le Déluge », (Op. 45), d’après le poème de Louis Gallet. Il était venu à Saint-Nazaire pour y visiter l’un de ses parents, (à moins que ce ne fut en réalité sa grande amie la pianiste Caroline Montigny-Remaury séjournant à Saint-Marc chez son beau-frère Eugène Wieczffinski ?). Dans cette lettre, qui réjouirait n’importe quel proustien, Camille Saint-Saëns, au faîte de sa gloire, monsieur ventru et longuement barbu, raconte son bonheur de faire des tours de chevaux de bois sur le carrousel de monsieur Guilleux sur la place Marceau, face au Café Américain.

     

    Le Nazairien, le vrai, celui dont les racines s’enfoncent à travers la stratification des siècles, vous comptera le souvenir de Jean d'Udine, charmante personnalité et musicologue qui  marqua son temps, auteur de quelques mélodies aujourd'hui oubliées.

     

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    Jean d'Udine,© fonds famille Gautier-Cozanet

     

    Jean d'Udine est un pseudonyme, celui d’Albert-Guillaume-Marie Cozanet, avocat à Saint-Nazaire. Né à Landivisiau le 1er juillet 1870, ce fils de médecin[1], petit-fils de notaire, il fut licencié en Droit à Rennes en 1890, s’inscrivit au barreau de Saint-Nazaire en 1891, et signa le mémoire de avocats de Saint-Nazaire demandant le monopole de la plaidoirie devant le tribunal de cette ville en 1892. Il préférait la musique et la poésie au Droit qu’il ne pratiquait que pour des raisons financières[2], sans y mettre beaucoup d’entrain. Ses plaidoiries étaient excellentes, mais il n’y mettait jamais de cœur, si bien qu’il perdait les affaires qu’il menait. Il est vrai qu’elles n’étaient généralement pas passionnantes, c’étaient des histoires de bagarres en Brière. Certaines ne manquait pas de piquant, ainsi c’était-il retrouvé, en mars 1893, à défendre Jean-Baptiste Moyon dit Tête Fine, accusé d’avoir donné un « coup de tête » au garde champêtre Moyon dit Bon Dieu, qu’un autre Moyon, dit Le Diable, était venu secourir… En juin suivant il avait défendu Félix-Marie Mausset pour un bras d’honneur avec invitation à la découverte du plaisir anal adressés au maire d’Avessac. Il n’en demeurait pourtant moins apprécié pour sa culture et son esprit ; sur décision du Conseil municipal du 4 novembre 1893, il fut nommé co-conservateur adjoint du Musée[3]. A l’époque de cette nomination, il ne s’illustrait que par des poèmes paraissant dans les journaux et des critiques artistiques, paraissant dans Le Courrier de Saint-Nazaire, La Démocratie de l’Ouest, L’Echo de Saint-Nazaire, Le Sonneur de Bretagne à Rennes, L’Ouest artiste de Nantes, des articles de critiques musicales et artistiques, ainsi que par l’amitié que lui vouait le compositeur Jules Massenet, (1842-1912), superstar de l’époque, mais s’investissait dans toute les manifestations artistiques ayant lieu à Saint-Nazaire. En 1894 il publia une pièce en vers nommée « L’Epée », jouée pour « L ’assaut d’armes du Grand Hôtel du 18 février 1894 », et un recueil de poésies nommé « Bourgeons », édité par la Grande Imprimerie de Saint-Nazaire, et épousa, le 7 août 1894, à Port-Vendres, (Pyrénées-Orientales), Marie-Estelle-Pauline Dardignac, (Fort-De-Franc 8 mars 1871 – Paris 21 décembre 1958). Cette notoriété lui valut une entrée élogieuse dans le Dictionnaire Biographique de la Loire-Inférieure, de Henri Jouvet en 1895, année où il composa une œuvre musicale pour théâtre d’ombres chinoise nommée « Jehanne d’Arc », jouée à Saint-Nazaire au concert de la Société philarmonique, et à Nantes par Le Clou.

    En 1897 il publia « La corrélation du son et des couleurs dans l’art », éditions Fischbacher à Paris.

    Il abandonna le barreau en 1898, et parti à Paris où il fut rédacteur à la Préfecture de la Seine, il y collabora à La Revue internationale de musique, qui hélas ne perdura qu’une année, ainsi qu’au Ménestrel, et au Courrier musical durant quinze ans. Fin musicologue, il publia tour à tour en : 1900 Dissonance, Lettres paradoxales sur la musique, Fischbache ; 1903 Paraphrases musicales sur les grands concerts du dimanche (Colonne et Lamoureux), 1900-1903, A. Joanin, L'Orchestration des couleurs, analyse, classification et synthèse mathématiques des sensations colorées, A. Joanin ; 1904 Le retour à Mozart, Petites lettres pour la jeunesse sur le « Jugend-Album » de Schumann, A. Joanin ; 1905 Les Caractères des musiciens, à la façon de Théophraste et de La Bruyère, A. Joanin, La Meule tourne, (roman), A. Joanin ; 1906 L'école des amateurs, Ed. du Courrier Musical, Gluck (biographie), H. Laurens ; 1908 La musique des syllabes, et les sirènes du docteur Marage, Société Internationale de Musicologie, La Belle musique, entretient pour les enfants, Devambez, La classification des timbres, Société Internationale de Musicologie ; 1909, année où il abandonna ses fonctions administratives pour se faire professeur de danse rythmique, Qu'est-ce que la gymnastique rythmique ? publiée à compte d’auteur ; 1910 L'Art et le geste, F. Alcan ; 1911 La Coordination des mouvements et la culture de la volonté par la gymnastique rythmique de Jaques-Dalcroze, Institut générale de physiologique ; 1912 Les rapports musicaux des unités d'espace et des unités de temps, Les naves et les pulses, à compte d’auteur ; 1914 Sur la danse, à compte d’auteur ; 1918 Dans la grotte féérique, sept contes pour les grandes personnes, G. Crès ; 1921 Qu'est-ce que la danse ?, H. Laurens ; 1922 Les Transmutations rythmiques, Heugel ; 1925 Qu'est-ce que la musique ?, H. Laurens ; 1926 Traité complet de géométrie rythmique, Heugel ;  1929 Qu'est-ce que la peinture et les autres arts plastiques ?, H. Laurens ; 1931 L'Art du lied et les mélodies de Massenet, Heugel ; 1932 Qu'est-ce que l'éloquence et la poésie ?, H. Laurens ; 1936 Qu'est-ce que la beauté ?, H. Laurens.

     

    Il composa en 1917 Apaisement, mélodie sur poésie de Verlaine, et Heures, mélodie sur poème de Tristan Corbière, Valse héroïque ; en 1923 Rondels pour après, cinq mélodies sur des poèmes de Tristan Corbière ; en 1929 Sept poèmes arabes.

     

    Divorcé de Marie-Estelle-Pauline Dardignac, remarié le 8 octobre 1907 à Neuilly-Sur-Seine avec Marie Antoinette Charruit, dont il eut un fils : Guillaume-Claude-Arthur Cozanet, (Paris 17ème 19 novembre 1907 - 9 juillet 1987), d’où postérité. 

     

    Jean d’Urdine affirmera toute sa vie la nécessité de la non-reproduction dans l’Art ; dans « Qu’est-ce que la musique ? », il écrivit : « La beauté d’un meuble, d’une dentelle, d’un vitrail, ne réside pas dans leur conformité à des modèles antérieurs fixés par l’usage, mais bien dans l’invention personnelle de celui qui les crée. »

     

    Mourant, il demanda à un ami de se mettre au piano et de lui faire entendre quelques notes de Beethoven, Gluck, « et surtout du Mozart, du pur, du charmant, du lumineux Mozart.[4] »

     

     

     

    [1] Il en était le troisième fils, quatrième et dernier enfant.

    [2] Son grand-père maternel, Gilbert Villeneuve, était avocat, ainsi que son frère Charle, au barreau de Quimpert.

    [3] Avec l’architecte Henri-Auguste van den Brouke, l'avocat Jean-Marie-Jules Gouzer, suppléant à la Justice de Paix et membre du Conseil municipal, ainsi que Paul-Joseph-Henri Barbara et Octave Fidière des Prinveaux comme co-conservateur ; voyez notre article consacré à l’Ancien musée : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2020/10/01/le-musee-disparu-de-saint-nazaire-6267147.html

    [4] Cf. Dictionnaire des compositeurs de musique en Bretagne, de Vefa de Bellaing, Ouest-Editions, 1992.

  • Un sanglier à la mer !

    Le 12 octobre 2020, on a filmé un sanglier nageant dans le port de Saint-Nazaire. cette video a été publiée sur le site de Ouest-France : https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/saint-nazaire-44600/saint-nazaire-un-sanglier-en-baignade-dans-le-port-6cf840e4-0e02-11eb-8368-80832aa050d1?fbclid=IwAR2la_CIm65UamS4momGY3SkQytu9UsgBEGRsU5lvdc8oLzPiTle5a6ewhY

     

    Des sangliers, des chevreuils, des renards, des fouines, nous en avons tous vu sur la plage, en réelle ou en vidéo, mais la présence de ces animaux nageurs n'est pas nouvelle, déjà dans son numéro du samedi 11 mai 1872, Le Chasseur Illustré, faisait état d'un sanglier pris en mer face à Saint-Nazaire : 

     

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  • La Mécanique, statue disparue

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    La Mécanique vue de dos, carte postale vers 1938.

     

    En 1935, la destruction du palais du Trocadéro, édifié en 1878, fut décidée. Le bâtiment, couvert de statues, de bas-reliefs, attisa alors les appétits des villes de provinces qui espérèrent en avoir un morceau. Nantes fut la plus gâtée, elle hérita de quatre statues de pierre, La Botanique de Jean-Baptiste Baujault, La Forêt d’Edmond Chrétien, La Moisson de Jean-Paul Aubé, La Sculpture de Vital Gabriel Dubray. Hautes de 2m30[1], pesant 2 tonnes chacune, elles étaient à l’origine parmis les trente qui sommaient la rotonde du palais. Elles arrivèrent par la route le mardi 22 janvier 1936, et furent entreposées dans le parc du château. On les avait espérées, on les jugea démodées, et on ne sut pas quoi en faire, et durant le carnaval. Un char, baptisé « Où les mettre ? », défila. Elles sont depuis placée dans le parc de Procé.

    Monsieur Gauthier, conservateur du Musée des Ducs de Bretagne à Nantes, avait fait les démarches pour les obtenir, mais par sympathie pour la ville de Saint-Nazaire[2], il avait aussi obtenu que notre ville soit dotée de l’une de leurs sœurs. Les Beaux-Arts, propriétaires au nom de l’Etat de ces sculptures, hésita entre La Navigation[3] de Léon François Chervet, et La Mécanique du vosgien François Roger, (1843-1898). C’est cette dernière qui fut attribuée à Saint-Nazaire.

     

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    La Mécanique, entourée en rouge à son emplacement sur la rotonde du palais du Trocadéro.

     

    La Ville avait anticipé que si c’était La Navigation ont l’aurait placé dans le parc des douanes (à l’emplacement de l’actuel Ecomusée), et que si c’était La Mécanique, elle serait installée dans le Square de la Marine, face à la gare. Elle n’avait cependant pas compris l’exactitude des dimensions, et l’on demanda aux Beaux Art de ne pas l’envoyer trop rapidement, afin de lui construire un piédestal.

     

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    Construction du piédestal, Ouest Eclair du 10 mars 1936

     

    Le journaliste nazairien, René Geoffroy[4], commenta dans L’Ouest Eclair du 10 mars 1936, à propos de ce choix des Beaux-Arts : « […] n’est-ce pas un symbole frappant de ce qu’est devenue l’activité de notre ville ? La navigation a cédé le pas à la construction et aux réparations. La mécanique trône sans conteste, et ses heures « d’embauche » et de « débauche » passeront devant sa concrétisation, sauvée d’un destin destructeur. »

    La Mécanique fut installée sur son socle durant l’après-midi du 14 mars 1936. Le Populaire la jugea dans son édition du 15 mars 1936 : « pas de la meilleur inspiration ».

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    Le Courrier de Saint-Nazaire, pourtant d’habitude loquasse sur ce type de sujet, ne fit qu’un entrefilet dans son édition du 14 mars 1936, et publia en bas de dernière page une photographie avec son commentaire le 21 suivant.

     

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    Photographie publiée dans Le Courrier de Saint-Nazaire du 21 mars 1936.

      

     

    Cette statue disparue dans les bombardements.

     

     

    [1] Non 2m50 comme le publia plusieurs fois Ouest Eclaire en 1936. Lisez à ce propos la notice consacrée au palais du Trocadéro publiée en 1878 par Ve Morel et Cie, libraires-éditeurs à Paris.

    [2] C’est aussi grâce à lui que le groupe nazairien des Seiz Breur obtint le contrat de réalisation du pavillon de Bretagne à l’exposition universel de 1937.

    [3] Et non nommée La Marine comme l’écrivit à tort l’ensemble de la presse de l’époque.

    [4] Son article est signé « R.G. ».

  • Alphonse Pinguet

    Les halles de Méan sont l’un des rares exemples de l’architecture municipale de la ville datant du 19ème siècle. Si les Nazairiens connaissent le site, Alphonse Pinguet, l’architecte qui les réalisa, demeure encore inconnu de la population. Voici quelques éléments biographiques :

     

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    Les Halles en 1865 (L'Illustration 15 avril 1865).

     

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    Les halles de Méan-Penhoët © Ville de Saint-Nazaire

     

    François-Alphonse Pinguet, dit Alphonse Pinguet, est né à Saint-Benoit-du-Sault 16 décembre 1832, de Jean Pinguet, né en 1805, perruquier, et d’Adélaïde Saller.

    Il fut d’abord professeur de langues à Montmartre, mais ayant rencontré une nantaise, Marie-Constance-Emma Jaudeau, née le 13 décembre 1822, rentière, veuve de Louis-Emile de La Guérandière, il l’épousa à Nantes le 20 octobre 1856, et s’établit en cette ville comme architecte en 1857, et y fit venir sa mère alors veuve. De son union naquirent : Anthime, décédés le 31 décembre 1866, enterré au cimetière de La Briandais ; et François-Joseph, né à Nantes le 2 janvier 1863.

    Il commença à répondre à quelques commandes à Saint-Nazaire et fut rapidement remarqué par l’ingénieur en chef des Ponts-et-Chaussées, Paul Leferme. Il retrouva à Saint-Nazaire l’ingénieur entrepreneur Alcide Bord[1], natif comme lui du Berry. Alcide, qui participait aux travaux du port, et avait acquis pour spéculation la métairie de La Vacquerie et le vallon de Porcé, lui commanda la réalisation de plusieurs villas sur ce site. Ainsi, furent construis en 1858 les villas Les Glycines, Les Camélias, Les Acacias, toujours subsistantes à Porcé, et le château des Charmilles avec ses dépendances, dont il reste les ruines du château et la maison de plage, dite depuis villa les mouettes, dont la restauration va être entreprise par la municipalité. Il est intéressant ici de noter que ces demeures furent réalisées avec des matériaux préfabriques, (carreaux de ciments, briques, etc.), avec l’incorporation pour poutres de fer et de colonnes de fonte, avec des extensions ou dépendances sans fondations, mais simplement posées sur des bordures de granites, sur lesquelles reposent une structure en bois, entre les poutres desquelles sont assemblées des briques. C’est le cas pour les deux ailes encadrant la maison de plage du Château des Charmilles, mais aussi sur des annexes disparues : la menuiserie, les écuries, et le pavillon du gardien. Ce genre de méthodes de construction rapides et peu onéreuses ont été réfléchies par Viollet-le-Duc.

     

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    Le pavillon de plage du château des Charmilles à Porcé en 1905

     

    Alphonse Pinguet devint architecte-voyer de la ville en avril 1866, ce qui le rendit auteur des dessins des égouts de la ville, et l’incita à quitter Nantes pour venir s’établir rue de L’Hôtel de Ville avec sa famille. Il fut chargé de l’édification de nombreuses demeures et immeubles en ville, essentiellement autour de la place Marceau, dont certains pour le comte de l’ancien ministre de la Guerre, Alphonse Henri d'Hautpoul, qui spécula lui aussi à Saint-Nazaire. La ville lui fit la commande en 1875 de plans pour la transformation de l’ancienne minoterie en un théâtre de 700 place. Les plans furent exposés à la librairie Blanchet, où les Nazairiens se percèrent, la ville voulait créer une société par actions afin de mener à bien le projet, mais se montra incapable de le faire. Le théâtre ne vit pas le jour. En 1877, la municipalité lui fit la commande des Halles en 1877. Le bâtiment en fonte, est construit suivant la même méthode que les annexe précédemment mentionnées, la fonte remplaçant le bois, ce qui permet le transport sur un autre site de cette structure, en 1936, depuis le centre-ville jusqu’à son empalment actuel à Méan-Penhoët.

    Entre autres commandes notables, citons : la chapelle funéraire de la famille Bord ainsi que celle de la famille Delzieu, et quelques autres au cimetière de la Briandais, l'école (de garçons) de Saillé en 1882, toujours existante, et qui a conservé son aspect originel[2].

     

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    Plaque sur la chapelle Delzieux

     

    Il fit parti de la commission chargée de trouver un local pour les cholériques en novembre 1884, et en 1887, il fut chargé de l’édification des immeubles entre la vieille-ville et le bassin.

    Alphonse Pinguet était membre de la Société française pour la conservation des monuments historiques et réfuta quelques-unes des affirmations de Léon Maître en question d'archéologie (lui-même en conflit avec René de Kerviler) en s'appuyant sur les observations du sol nazairien qu'il avait pu faire durant ses chantier[3].

    Sa mort, soudaine, fut relatée dans Le Phare de la Loire du 9 janvier 1888 : « On nous écrit de Saint-Nazaire, le 7 janvier : Ce matin à onze heures, dans la rue de Pornichet, monsieur Alphonse Pinguet, architecte-voyer de la ville, était à faire tracer une tranchée avec son fils et le nouvel entrepreneur des travaux d’égouts, lorsqu’il s’affaissa sans prononcer une parole, On s’empressa autour de lui, mais en vain, et monsieur le docteur Griffon du Bellay[4], appelé en toute hâte, ne put que constater le décès. Monsieur Pinguet, âgé de 55 ans, souffrait depuis quelque temps d’une maladie de cœur. Monsieur Pinguet était un homme instruit et laborieux. Il sera généralement regretté. »

    Il fut enterré au cimetière de La Briandais, en présence du sous-préfet Planacassagne ; du secrétaire de sous-préfecture s Bousseau ; de René de Kerviler ; du docteur Griffon du Bellay ; du conservateur des hypothèques Trévédy ; de Henri Duval, président de la chambre de commerce ; de presque tout le corps municipal ; d’un détachement des sapeurs-pompiers ; de messieurs Simon et Breton, officiers du génie ; de l’inspecteur primaire Labeyrie, etc. Le maire de Saint-Nazaire, Fernand Gasnier, fit le discours au cimetière. Sa sépulture a été dessinée par lui.

     

    Durant la séance du Conseil municipal du 22 janvier 1888, on établit l’annonce pour la recherche d’un successeur à Alphonse Pinguet, avec un traitement de 5.000fr l’an. Le 26 octobre suivant, le Conseil vota un secours de 600 fr à sa veuve.

     

    Sa mère décéda le 30 décembre 1892 ; sa veuve mourut à Nantes le 12 septembre 1897 ; elles furent toutes deux inhumées avec lui au cimetière de la Briandais.

     

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    [1] A propos d’Alcide Bord et de Porcé : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/06/13/le-chateau-de-porce-a-saint-nazaire-premiere-partie.html

    [2] Relevé par la Région Pays de la Loire https://www.patrimoine.paysdelaloire.fr/linventaire/detail-notices/IA44003808/

    [3] Cf. Congrès archéologique de France : séances générales tenues à Nantes en 1886)

    [4] Biographie du docteur Marie-Théophile Griffon du Bellay : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/04/06/un-explorateur-a-saint-nazaire-6141851.html

  • Le général Marquet

    Parmi les familles qui marquèrent en leur temps Saint-Nazaire, il convint de citer la famille Marquet, dont est issu le général Georges Marquet.

    general Marquet

    Georges Marquet, recevant la réédition des armes de soldats druzes au Djebel el-Druze en 1925.

     

    Les vieux Nazairiens ont encore le souvenir de la villa des Morées[1], vaste demeure aux allures de manoir Louis XIII dans un parc avec dépendances autrefois à la Villès-Martin, proche de Ker Faouet, autre demeure mythique, remplacée par des immeubles. De la villa des Morées, aucune image ne nous est parvenue, mais son souvenir éthéré, surtout de son décors intérieur aux murs couverts de boiseries, meublé en Louis XIV et Louis XV, de consoles en bois dorés à dessus de marbre, avec, dans sa salle à manger dans le style Renaissance, garnie de faïences anciennes, avec un grand aquarium sur un empiétement de ce style, qui était la curiosité du lieu, et une importante collections de meubles, tapis, armes et objets syriens et algériens .

    Cette histoire débute sous les hospices d’un homme dont on a aussi oublié la mémoire, et cela à tort, Octave Fidière des Prinvaux, (Versailles le 3 mai 1855 - Pau le 2 mai 1904), le beau-frère de Gustave Bord[2], critique d’art, qui incita plusieurs des ses amis collectionneurs et artistes à venir séjourner à Saint-Nazaire, et à s’y établir. Nous avions, dans notre article consacré à la villa Minne, déjà eut l’occasion de reparler de cet homme de grande culture[3]. Octave Fidière des Prinvaux était entre autres ami de Henri-Georges-Léopold Marquet, (Sens 5 décembre 1843 - Saint-Nazaire 9 février 1931), sculpteur des monuments historiques, officier d'académie, à qui il fit découvrir notre ville. Fils du suisse de la cathédrale de Sens, Henri Marquet avait débuté sa carrière à l’âge de 18 ans sous les ordres d’Eugène Viollet-le-Duc, qui l’avait remarqué sur le chantier de restauration de Notre-Dame de Paris ; il avait ensuite œuvré à la cathédrale de Sens, l’église Saint-Martin d’Aillant-sur-Tholon, en 1867, mais aussi sur les chantiers de création d’églises de style romane, comme la basilique Notre-Dame d'Afrique en 1872, et quelques autres en Algérie jusqu’en 1896, où de style gothique telle que l’église Saint-Antoine-de-Padoue du Chesnay en 1897. Outre la pierre, il sculptait le bois, et réalisa des meubles et des décors intérieurs d’églises et de châteaux.

    Marié avec Marie Amélie Joséphine Lotz, (Chaintreaux 1848 – Saint-Nazaire 29 décembre 1930), il eut pour enfants[4] :

    1. Henri-Georges-Justin-Nicolas, (Sens 8 août 1868 - Paris 7ème arrondissement, 19 mars 1932), dont nous allons parler plus particulièrement ;
    2. Emile-Jules-Ernest-Antoine, dit Antonio, né à Sens 25 janvier 1870, maître d'armes, sculpteur ; marié le 7 octobre 1893, à Sens, avec Blanche-Pauline-Hyacinthe Renard ; remarié le 13 janvier 1923, à Paris 18ème, avec Madeleine Antoinette Noël ; d’où, du second lit :

    a. Agnès.

    1. Blanche-Marguerite, (1878 – 1964), épouse de Pierre Joudrin, (1867-1947), pharmacien à Saint-Nazaire, rue de l’Océan, juge au tribunal de commerce en avril 1926, tout deux inhumé au cimetière de La Briandais dans le caveau Marquet.

     

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    Portrait de Pierre Joudrin par Alexis de Broca, (74x60), © Ville de Saint-Nazaire.

     

    Georges Marquet, sortit sergent de l’Ecole spéciale militaire en 1890, sous-lieutenant aux Tirailleurs algériens le 1er octobre 1891, lieutenant le 1er octobre 1893. Il intégra la Justice militaire au 1er conseil de guerre d'Oran en 1894, comme substitut du rapporteur, puis substitut du commissaire du Gouvernement du 9 janvier 1895 au 31 mars 1995. Il épousa le 25 mai 1895, à Oran, Séraphine-Emilie Commandeur, (Oran 1er avril 1868 - Oran 10 janvier 1958), riche propriétaire de domaines agricoles. Lieutenant officier instructeur à l’Ecole supérieur de guerre le 22 octobre 1895, puis au 130ème régiment d'infanterie à l’Ecole de guerre le 23 octobre 1895, au 102ème le 20 août 1896, le 130ème le 30 septembre 1898. Il eut une fille : Napoléonne-Marcelle, née en 1900. Il retourna en Algérie au 2ème régiment de tirailleurs algériens le 20 nombre 1900, y fut aussi substitut du capitaine rapporteur près du 2ème conseil de guerre de la division d'Oran du 8 mars 1901 au 5 mai 1902. Il fit un stage au groupe de batteries montées de la division d'Oran du 6 mai au 15 juillet 1902 avec grade de lieutenant de première classe, puis au régiment des tirailleurs algériens, au 2ème chasseur d'Afrique du 16 août au 27 septembre 1902, il quitta l'Algérie et devint capitaine au 15ème régiment d'infanterie le 30 décembre 1902, puis au 10ème le 18 1904. Affecté à l'état-major du 19 corps pour y accomplir le stage de deux ans prescrit par la Loi du 20 mars 1880, il entra comme stagiaire au service géographique de l’Armée le 24 novembre 1905, il accomplit une période d'instruction au bataillon d'artillerie de la 1ère division de cavalerie du 15 mai au 15 août 1906. Il fit affecté à l’état-major de la 30ème division à Avignon le 29 septembre 1909. Il fut fait chevalier de la Légion d'Honneur le 12 juin 1910, et fut appelé à l’état-major du Ministère de la guerre avec le général Goirand, il fut envoyé au Maroc comme chef de bataillon, il rentra en France en 1914 à la déclaration de guerre, commandant de régiment, puis de bataillon il reçut une blessure à Tracy-Leval, ce qui lui valut la Croix de guerre. Après rétablissement, il fut envoyé au Maroc pour commander la colonne de Casbahbella, comme adjoint de la subdivision de Zadla, avec le grade de lieutenant-colonel d'infanterie et fut promu au grade d'officier de la Légion d'Honneur. Il y fonda deux postes,puis demanda à retourner sur le front, et y commanda, à partir du 18 décembre 1917, le 171e régiment d’infanterie, avec lequel il se distingua pour avoir, durant 7 jours, conservé ses positions sous le bombardement et les attaques ininterrompus, faisant échouer l’attaque du 4 avril 1918 d’une division allemande, qui subit des pertes plus sanglantes, (citation à l’ordre des armées du 6 juin 1918). Le régiment reçut fourragère aux couleurs de la croix de guerre, et eut deux citations Avec le le capitaine Lhuillier, Georges Marquet reçut les pénitentiaires allemands à La Capelle. Il commanda un temps un régiment mixte de tirailleurs et de zouaves en Pologne, et combattit avec Weygand lors de l’attaque russe contre la Pologne, puis fut nommé à la mission interalliée en Posnanie. Retourné en France avec le grade de colonel, en poste à Rennes[5], il fut chargé en mai 1920 de mener à la caserne gendarmerie du Teilleul, une enquête à propos du meurtre par empoisonnement perpétré par le gendarme Le Borgne sur sa femme[6]. Il fut à l’origine d’un service des fiches de gendarmeries. Il divorça de son épouse, par jugement du tribunal de première instance d'Avignon le 27 janvier 1921. Sa fille, décéda peut après, et fut inhumée au cimetière de La Briandais.

    Apprécier pour ses capacités de commandement objet de la confiance et de l’affection de ses hommes, il fut nommé en cette même année 1921 au commandement de la 65 R. I. de Nantes. Envoyé en Syrie en 1923.

     

    general Marquet

    Au Djebel el-Druze en 1925.

     

    Les Druzes s'étant révoltés, sous la conduite du Sultan al-Atrach, (1891-1982), contre les troupes mandataires, révolte qui perdura jusqu'en 1927, aujourd'hui nommée en Syrie " Révolution nationale ", il combattit dans le Djebel el-Druze, et défendit la citadelle de Damas du 18 au 20 octobre 1925 durant les émeutes qui eurent lieu dans la ville ; puis, le 5 décembre 1925, il  prit d’assaut Hasbaya[7], cité libanaise qui avait été prise par les Druzes le 27 novembre précédent, et libéra le Sud-Est du territoire libanais.

    general Marquet

    Entrée dans Hasbaya, 5 décembre 1925.

     

    general Marquet, Hasbaya

    Ville et citadelle de Hasbaya avant la prise par les Druzes.

     

    Ces actes lui valurent d'être nommé commandant des troupes du Grand Liban, la médaille d’honneur de 1ere classe du Mérite libanais par arrête du 23 décembre 1925, « Prenant son commandement où de fort contingents de rebelles mettaient en péril sa sécurité de l’Etat, a galvanisé ses troupes par son énergie, sa confiance et sa bravoure. Les a personnellement conduites à l’assaut de la position fortifiée de Hasbaya qu’il a enlevée après un rude combat. A complétement disloqué les bandes ennemies et libéré le territoire libanais. A bien mérité du Grand Liban », et le 25 décembre il reçut sa quatrième citation à l’Ordre de l’Armée, avec croix de guerre des Théâtres d'opérations extérieurs.

    Il fut promu général de brigade en 1926.

     

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    Signature du général Marquet.

     

    Il prit le commandement du groupe de subdivision n°2 de la 11ème région le 25 février 1927, attaché à l’amiral Préfet maritime à Lorient. A l’occasion des fêtes pour l’inauguration du monument du débarquement des troupes étasuniennes à Saint-Nazaire, en juillet 1926, la ville organisa une exposition d’art ancien et moderne au collège de jeune filles, rue de La Villes-Martin ; Henri Marquet prêta une crédence à deux corps de style Louis XIII, qu’il avait sculpté, et des fauteuil Louis XIV et une bergère Louis XV, alors que Georges prêtât une commode Louis XIV et deux fauteuils Louis XV, ainsi que des objets syriens.

    Le 26 mars 1927 il assistât avec sa sœur aux festivités organisée pour les noces de diamant de leurs parents, dont une messe prononcer le matin en l’église Saint-Nazaire. Il dirigea les manœuvres de l’instruction à Lorient, les 22, 23, et 24 avril 1927. Le 9 février 1928 il reçut la cravate de commandeur de la Légion d’Honneur. Cadre de réserve le 8 août 1929 il quitta le commandement du groupe de subdivision n°2 de la 11e région et partagea sa vie entre la villa des Morées et Paris.

    Il fut président d’honneur de la société d’escrime de Saint-Nazaire en 1929 et membre de la société d’archéologie d’Ille et Vilaine, et se distinguait dans les rues de Saint-Nazaire, par les chaleureuse poignées de mains qu’il adressait aux anciens combattants qu’il croisait, s’enquérant de leur santé et de leur famille. Il épousa à Paris le 29 avril 1930, dans le 18ème arrondissement, Adèle-Anna-Victorine de Murat, (Paris 18ème 16 avril 1871 - Paris 1948), fille de l’architecte Antoine-Victor de Murat, (1840-1895), épouse divorcée le 31 décembre 1929 de Paul-Alphonse Delange, dont elle avait une fille, Madeleine.

    Les décès de ses parents le laissèrent particulièrement affecté.

    Le général Marquet décéda à Paris 7ème le 19 mars 1932. Son corps fut transporté par train à Saint-Nazaire, le cercueil recouvert du drapeau français.

     

    general Marquet

    L’Ouest-Eclair du 25 mars 1932.

     

    De la gare, un char funèbre le conduit en l’église Saint-Nazaire, suivit d’une foule nombreuse, regroupant toute la liste des notables nazairiens de l’époque. Les cordons du poële furent tenus par le docteur Diet, Cambiaggio, directeur de la Compagnie Générale Transatlantique, le docteur Tholon, et le lieutenant-colonel de Saint-Julien, du 65ème régiment d’infanterie, représentant le général comandant du 11ème corps d’armée à Nantes. Le cortège fut précédé par une délégation de la caserne de gendarmerie de Saint-Nazaire, du peloton mobile de la Garde républicaine, et des délégations des Anciens combattants.

    Après la messe de funérailles, son corps fut déposé à La Briandais, sans discours.

     

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    Tombeau de la famille Marquet, dont les sculptures furent réalisées par Henri Marquet

    general Marquet

     

    Incapable de s’entendre avec son beau-frère et sa belle-sœur pour la conservation de la Villa des Morées, son épouse fit procéder à la vente du mobilier aux enchères le mardi 7 juin 1932, durant laquelle on se pressa, puis de la mise en vente de la maison qui trouva acquéreur en juin 1933[8].

     

     

     

    [1] Du nom des rochers faisant face à la pointe de La Villès-Martin, où se trouve depuis une balise homonyme construite en 1756.

    [2] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/06/13/le-chateau-de-porce-a-saint-nazaire-premiere-partie.html

    [3] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2020/09/02/la-villa-minne-6260718.html

    [4] Henri-Georges avait eu de sa cousine germaine, Eléonore Leotet, lingère, Henri-Paul (Sens 27 janvier 1867 – 26 octobre 1959), légitimé sous le nom de Gauchet en 1869, par l’époux de se mère, Charles Gaucher, ouvrier boulanger.

    [5] Il y habitait 12 rue Brizeux.

    [6] Le Borgne avait commis ce crime pour épouser sa maitresse, la jeune fille d’un collègue, il fut condamné à mort.

    [7] Ville du Liban, chef-lieu du caza du même nom, dominée par une citadelle, à 58 km au sud-est de Beyrouth. les Français l'avaient délivrée une première fois des Druzes en mai-juin 1860.

    [8] Le décor était composé de mobilier Louis XV, renaissance, provençale, Louis XIV, de meuble en bois dorés, de tapis d’orients, gravures, cadres, lustres, panneaux de bois sculpté, d’un aquarium avec support renaissance dans la salle à manger, collection d’assiettes anciennes, lits à baldaquin, meuble dessus de marbre, boukhara tapis, tapis syriens, meubles syriens et algériens, armes arabes, coussins d’orient, le notaire Labour fut en charge de liquidation de la succession. La vente de la maison fut assurée par l’agent immobilier J. Lemesle, qui s’en fit sa publicité durant plusieurs semaines.

  • Acquisition de La Tour du Commerce par la mairie de Saint-Nazaire

     On le murmurait depuis quelques temps, on ne pouvait pas assurer que cela se ferait, les élections avaient mis en péril le projet, cela n’était pas au programme des candidats, mais c’est officiel ce matin : la Mairie de Saint-Nazaire fait l’acquisition de La Tour du Commerce et de son logis.

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     Initialement construites au 18ème siècle, sur financement des commerçants de la ville, d’où son nom, les bâtiments actuels datant du 19ème, la Tour est la troisième en réalité ; en effet, la première fut édifiée en 1756, la seconde en 1829, et l'actuel date de 1856. Ce feu fixe, « tour de paradis », fut éteint en novembre 1898 avec son remplacement par celui de la Tour de Kerlédé et des feux de Porcé. La Tour fut conservée pour servir d'amer. Ouverte à tous les vents, elle devint un lieu d'excursion pour les nazairiens et les touristes qui montaient les 176 marches pour voir d'en haut l'ensemble de l'estuaire, le marais de Brière et la Presqu'ile. En novembre 1930 on y voyait encore les noms de soldats étasuniens qui avaient marqué leur passage sur les murs, (cf. Le Courrier de Saint-Nazaire du 22 novembre 1930).

     Le logis, surélevé d’un étalage vers 1880, vit durant 150ans défilé des générations de gardiens, en charge de La Tour du commerce, puis de Kerlédé et des feux de Forcé, et de leurs familles. C’est dans ce logis que naquit, le 10 janvier 1877, Pitre Grenapin, résistant et maire de Saint-Nazaire.

     En mai 1938 la tour devint un radio phare, par déplacement du poste émetteur initialement situé au Ford de Villès-Martin, l'accès fut alors interdit au public et le haut modifier.

     Les Phares et Balises, avaient vendu l’ensemble à un particulier en 2006. L’entretient de la Tour entraîna des frais que celui-ci n’arriva pas à couvrir totalement, et en novembre 2019 le site fut proposé à la vente, dans une annonce qui ne précisait pas qu’en plus du logis, la tour était comprise dans l’état. Deux acheteurs contactèrent la mairie pour savoir ce que l’acquisition aurait comme impacte sur leur vie. Ils furent surpris d’apprendre qu’ils ne pourraient pas raser la tour (oui l’un d’entre eux y songeait), et qu’un arrêt de péril était envisagée, la tour menaçant de s’effondrer si des travaux n’étaient pas entrepris, (en cas d’effondrement, une dizaine de maisons seraient impactée, ainsi que le centre de Bonne Anse et la route de la Côte d’Amour). C’est monsieur David Samzun, maire de Saint-Nazaire, qui a proposé l’acquisition par la ville. La restauration va s’inscrire dans le projet de restauration et de mise en valeur des villa Ker Louis (centre de Bonne Anse), et le pavillon de plage du château des Charmilles, (villa bordant la plage de Porcé). Ajoutons que la Tour a conservé son « mobilier technique », ce qui est important pour la compréhension de son fonctionnement et une future muséographie.

     

     Agréable surprise et soulagement pour les Nazairiens, inquiets depuis plusieurs mois de ce qu’allait devenir ces bâtiments chers à leur cœur, qui démontre que la labellisation de la Saint-Nazaire, comme Ville et Pays d’Arts et d’histoire, n’est pas « un label en l’air » (sic !), et que monsieur David Samzun, accompagné de l’équipe de l’administration municipale en charge des patrimoines, a aujourd’hui conscience des enjeux future en matière de patrimoine historique et culturel, de leur pérennisation et de leur transmission. Une évolution et des travaux sur l’ensemble de la ville qui auront une véritable visibilité d’ici deux ans. Après des années d’inertie, de décisions calamiteuses de la part de plusieurs municipalités successives, ce tournant dans la politique municipale est une très bonne chose pour les Nazairiens. L'acquisition a été faite pour la somme de 590.000 euros, plus 10.000 euros de frais.

     

     

  • La villa Minne

     La villa Minne, avec deux N, et non un seul comme la plaque de la voirie le comporte, se situe chemin de la Villa Mine, au Petit-Gavy. Elle domine la plage de Virechat[1].

     Le nom de cette villa est le surnom de la maîtresse de son commanditaire, le comte Benedykt Henryk Tyszkiewicz-Logoisky.

     

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    Vue aérienne de la villa Minne © Denis Pillet, Patrimoine des Pays de la Loire.

     

     Cette demeure et sa dépendance ont été construite en moellons, avec toiture débordante en tuile mécanique, dans un vaste parc dont l’accès se fait par un portail de style japonisant dans le goût des années 1895-1900.

     La villa proprement dite, ouvre sur l’océan un bow-window sur deux niveaux, sa façade d’arrivée est quant à elle d’une certaine austérité. Il lui est accolée au Nord une vaste aile vitrée qui abrite une bibliothèque sur deux niveaux, où le comte exposait sa collection.

     

    Le comte Benedykt Henryk Tyszkiewicz-Logoisky :

     

     Le comte Benedykt Henryk Tyszkiewicz-Logoisky, dit Benoit de Tyszkiewicz, appartenait à une famille Lituanienne, possédant des biens en Ukraine et en Pologne, dont la noblesse remonte au commencement du 15ème siècle. Le nom Tyszkiewicz signifie « fils de Tyszko » (forme lituanienne de Thimothé). Investie de grande charges en Lituanie et en Ukraine, alliée au dernier roi de Pologne, cette famille était la plus opulente de Lituanie.

     

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    Armoiries des comtes Tyszkiewicz-Logoisky :

    d'azur à l'étoile d'or soutenue d'un croissant du même ; à la bordure aussi d'or.

     

     En 1839, Henryk Tyszkiewicz-Logoisky, (1792-1854), reçu de l’Empereur Nicolas Ier de Russie le titre héréditaire de comte, ce qui dans la noblesse russe s’étend à tout les descendants, et se transmet part tous les fils. Henryk en eut cinq ; l’avant dernier, Michal, décédé de tuberculose à Paris le 27 avril 1853, fut le père de Benedykt, né le 11 décembre 1852 au château de Niemież en Lituanie, issu de son union avec sa cousine Wanda Tyszkiewicz, (1833-1860), elle aussi décédée de tuberculose. Inhumés à Paris, leur tombeau est orné d’un haut relief de Henri Chapu, sculpteur dont Octave Fidière des Prinvaux, beau-frère de Gustave Bord, propriétaire du château des Charmilles à Porcé[2], réalisa le catalogue raisonné en 1894. Lié à Octave Fidière des Prinvaux qui était conservateur au musée du Luxembourg. C'est par son intermédiaire que Benedykt découvrit la corniche nazairienne.

     Orphelin, Benedykt fut confié à son grand-père maternelle, Benedykt Tyszkiewicz, mécène et collectionneur, propriétaire du château de Czerwony Dwór en Lituanie, maréchal du gouvernorat de Kaunas, qui lui donna le goût de la voile.

     

     Entré à sa majorité en possession de l’immense fortune de son père, Benedykt mena une vie internationale, mêlant voyages, sports nautiques, archéologie égyptienne, (ce qui le fit mécène du Louvre), photographie et bibliophilie, (plus de 10 mille livres). Il épousa en 1874 à Boston avec Claire Elisabeth Bancroft, (1857-1883), fille d’Edward Payson Bancroft, (1823-1865), et de Clara Elizabeth Peabody, (1826-1882), qui avait elle aussi été éduquée à Paris, et dont la famille maternelle était une lignée d'armateur. De leur union naquirent :

    1° Benedikt Jan (11 décembre 1875 à Paris - 18 février 1948 à Paris), marié à Róża Branicki d’où

    1a° Benedykt, (2 août 1905 – 6 février 1956), qui ne laissa pas de postérité de son mariage avec la princesse Eleonora Maria Aniela Alberta Renata Karolina Radziwiłł, qui se remaria avec Roger de Froidcourt ;

    2° Edwarda dit Edouard, (23 avril 1880 à Paris - 10 juillet 1951 à Cracovie), marié à Adela Dembowska, d’où :

    2a° Marija, Adelė Elžbieta

    2b° Edvardas Tiškevičius (né le 6 avril 1911 à Cracovie, époux de Sofia Zdienskasdont il eut trois filles ;

    3° Elżbieta Maria, (2 décembre 1882 à Funchal, ile de Madère - 2 décembre 1969  à Valduce, Belgique),  mariée 1er avec Stanisław Witold Plater Zyberk, (mort à Paris le 18  novembre 1926) ; 2ème Vladislav Jezersky ; d’où quatre enfants.

     

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     Benedykt et sa famille en 1882.

     

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    Portrait de Benedykt par Benque & Co. à Paris © Rijksmuseum Amsterdam.

     

     En 1876, âgé de 24 ans, Benedykt commanda aux chantiers Augustin Normand au Havre, une goélette, restée mythique, baptisée sous le nom de Żemajtej, (qui était celui de son domaine en Lituanie, hérité de sa mère), primée à l’exposition universelle de Paris en 1878, mais qui est passée à la postérité sous celui de Velox, nom que lui donna son second propriétaire le baron de Bellet, (ancien député des Alpes-Maritimes), qui l’acheta en 1879. Initialement, Benedykt prévoyait de faire un tour du monde sur son yacht, mais en raison du déclenchement de la guerre russo-ottomane en 1877, il n'a atteint que Gibraltar et Alger. Il resta intéressé cependant au yachting, et fut jusqu'en 1881 membres du comité des régates de Nice.

     

     L’autre passion de Benedykt était la photographie, il développa son intérêt durant son escale forcée en Algérie, pays qu’il parcouru en tous sens. Il exposa ses clichés à Philadelphie en 1878. Il se mit alors à voyager de part le monde, photographiant et exposant à son retour en Europe. En plus de ses prises de vues en extérieur, il s’exerça à la mise en scène en atelier. Devenu membre du Paris Photo-Club, son travail fut reconnu internationalement, et il reçut pour celui-ci la médaille d'or à la Grande exposition industrielle de Berlin en 1899. L’essentiel de sa production a été détruite pendant la Première-guerre-mondiale, mais le musée Nicéphore Niepce à Chalon-sur-Saône en conserve une grande part.

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    Autoportrait au fusil.

     

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    Portrait de son fils aîné.

     

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    Portrait de sa fille.

     

     De son grand-père maternel, il avait hérité une collection de tableaux comprenant des Canaletto, Bacciarelli, Czechowicz, Wańkowicz, Rustem, ainsi qu’un grand nombre de tapisseries et de pièces d’orfèvrerie. Il aurait aussi hérité un soulier de Marie-Antoinette, qui se trouvait dans la bibliothèque de la villa Minne.

     Grand chasseur, bon tireur, possédant une meute de chasse, cela le liait d'autant plus à Octave des Prinvaux qui s'adonnait lui aussi à ces sports, avait une petite meute, et était dans le même club de tir aux pigeon à Paris.

     

     Veuf très tôt, Benedykt, après plusieurs liaisons, s’enticha d’une « cocotte », surnommée Minne, pour laquelle il fit construire la villa nazairienne, qui fut sa résidence durant tout le conflit mondial.

     Vieillissant, voyant sa fortune s’effriter du fait des ravages de la première-guerre-mondiale, de l’effondrement de l’Empire russe, puis de la guerre lituano-polonaise, la dévaluation du Franc, Benedykt décida en 1922 de vendre la villa à l’ancien maire de Saint-Nazaire, l’industriel Louis Brichaux, dont la descendance conserve encore la propriété, (elle fut réquisitionnée pendant l'occupation par l'armée allemande).

     Le coup d’état de décembre 1926 qui instaura la dictature en Lituanie, finit d’ébranler sa fortune, il vit ses châteaux confisqués. Retiré à Menton, il y décéda le 13 mai 1935. Il repose au cimetière de Cimiez à Nice.

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    Tombeau au cimetière de Cimiez.

     

    [1] Virechat est l’abréviation déformée de Virée-Richard.

    [2] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/06/13/le-chateau-de-porce-a-saint-nazaire-premiere-partie.html 

  • Henri Moret

    Henri Moret, tout nazairien qui s’intéresse à l’histoire de Saint-Nazaire connait ce nom, connait son œuvre intitulée « Histoire de la Ville de Saint-Nazaire et de la région environnante ». Mais qui est Henri Moret, et savez-vous qu’une rue lui doit son nom ?

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    Signature de Henri Moret © Archives municipales de Saint-Nazaire.

     

    Voici quelques éléments :

     

    Henri-François-André Moret est né à Nantes le 13 février 1854, au 36 quai de La Fosse, dans un immeuble aujourd’hui remplacé par le musée de l’imprimerie, non loin de la Capitainerie, à une époque où les cabarets et la prostitution étaient l’économie nocturne de ce quartier.

    Son père, André, né à Nantes le 8 octobre 1824, était gabarier. Lui-même était le fil d’un portefaix prénommé François, et d’une bretonne vivant au faubourg Saint-Jacques à Paris, Egalité Orière. Ses frères étaient eux aussi gabariers à Nantes.

    Sa mère, Françoise Devay, née en 1820, était journalière. Elle décéda le 16 mai 1857.

    André Moret se remaria le 27 février 1860 à Sainte-Luce-sur-Loire, avec Victorine Rousseau, née à Sainte-Luce-sur-Loire le 31 décembre 1828, cultivatrice sur l’exploitation de ses parents au Trois-Chênes. Après ce second mariage, André parti vivre avec sa famille reconstituée à Chantenay et se fit marin.

    Eduqué dans un milieu modeste et profondément républicain, Henri Moret fit un service militaire de cinq ans en raison du tirage au sort institué par la Loi Cissey qui rendait aléatoire la durée de celui-ci. C’est à Vincennes, aux services administratifs, qu’il fit son service. Il y resta deux années supplémentaires afin de se former et de pouvoir postuler un emploi dans l’administration, devenant de fait élève de l'Ecole Militaire. Ses années à Vincennes le marquèrent profondément, le château, où il travaillait, l’impressionna durablement.

     

    Retour en Loire-Inférieure :

     

    Après sept années au service de l’administration militaire, Henri obtint un poste d’employé à la Préfecture de Nantes. Il y prit un logement quai de La Fosse, renouant avec ses premières années. C’est à Nantes qu’il épousa, le 26 janvier 1880, sa cousine, Louise-Marie Moret, née à Nantes le 26 août 1858, tailleuse, fille d’Auguste-François Moret, gabarier, et de Louise Blin, ménagère, domiciliés rue Fourcroy.

    De cette union naquirent :

    1. Henri Louis né le 20 janvier 1881 à Nantes, marié à Nantes le 8 aout 1905 avec Jeanne-Noémie-Elise Loisel :
    2. Louise-Henriette, le 12 novembre 1882 à Nantes, mariée le 16 mai 1902 à Nantes avec Guillaume Marie Lefloch ;
    3. Yves-Georges, (Saint-Nazaire 24 mars 1892 – Aiguillon 1er septembre 1966), employé à la Banque de France ; marié à Bordeaux avec Marie-Joséphine-Benjamine-Marguerite Coste le 6 septembre 1915.

     

    L’installation à Saint-Nazaire, la rue de Vincennes, et l’incendie des Archives :

     

    En 1884, Fernand Gasnier, fraîchement élu maire, chercha un nouveau secrétaire de marie qui soit républicain. Son choix se porta sur Henri Moret, qui devient rapidement un habile collaborateur, et monta en grade jusqu’au poste de secrétaire en chef. Il s’établit au 11 rue de Nantes.

    Henri profita de ses fonctions pour consulter les archives et entreprendre la constitution du manuscrit d’une histoire de la ville.

     

    Désireux de posséder un chalet dans la campagne nazairienne, comme tous les notables et bourgeois de la ville, il fit l’acquisition d’une parcelle sur la colline dominant la Villès-Martin. La maison était isolée au bout d’un chemin vicinale, et fut longtemps la seule sur cette hauteur désertique, se distinguant au loin par une haie de cyprès, et surtout par un chêne que Moret avait planté, et qui fut longtemps l’unique haute futée de la zone. La maison avait été baptisée « Vincennes », écrit en grande lettres sur un portique enjambant le portail. Les amis de la famille Moret, mais aussi les gens se baladant le dimanche sur la colline, prirent l’habitude de dire qu’ils allaient « à Vincennes », si bien que le nom devint celui de la rue par la suite tracée[1].

     

    Gasnier était notoirement connu pour pratiquer des détournements de fonds par l’intermédiaire des chantiers de travaux de voiries. Face à l’annonce d’une enquête, les bureaux de la voirie, situés au second étage de l’immeuble « Guilouzo[2] », 8 rue des Quatre-Vents, mitoyen du jardin de l’Hôtel de ville et de l’immeuble du journal La Démocratie, prirent feu le matin du 14 février 1893 vers 6 heures[3]. Les bureaux de la Caisse d’Epargne se situaient au 1er étage, et le siège de l’Octroi au rez-de-chaussée, avec un second local qui servait de salle de conservation pour les Archives de la mairie. Le panache de fumée s’éleva haut au-dessus de la ville. La fumée rendait impossible l’entrée dans l’immeuble, cependant les employés de la Caisse d’épargne forcèrent le passage afin de vider le contenu du coffre et évacuer les registres. Les pompiers municipaux arrivèrent, brisant les fenêtres pour pouvoir arroser l’intérieur du bâtiment.  Henri arriva presque immédiatement, suivit du préposé en chef de l’Octroi, Bertho, et du directeur de La démocratie, Lucciardi. N’écoutant que son courage, Henri pénétra dans l’immeuble enfumé pour en ressortir les archives municipales qui se trouvaient dans le local du rez-de-chaussée. Il en sorti d’abord les registres et les plans du cadastre, qui furent entreposés à La Démocratie, puis rentra plusieurs fois dans l’immeuble enfumé pour en sortir registres, cartons et chemises. Les pompiers municipaux installèrent des pompes dans le jardin de l’hôtel de ville, et furent rejoint par le 64ème piquet d’incendie avec sa pompe, bientôt arrivèrent ceux de la Compagnie Générale Transatlantique avec leur pompe à vapeur, qu’ils installèrent dans la rue de l’Hôtel de ville. Henri Moret continuait à sortir des archives municipales ; il finit par tomber inanimée dans l’immeuble. C’est Lucciardi qui le secouru, sous le regard du sous-préfet, Pizot, des adjoints Serin et Lusseaud, du président du Tribunal, Bouhier, du procureur de la République, Lelepvrier, et d’autres huiles locales restées sur le trottoir à contempler le spectacle avec tout le quartier.

    Cet acte de bravoure lui valut une médaille d’argent du travail, une mention honorable sur son dossier, par décret présidentiel le 28 avril 1895 ; puis on le fit officier d’Académie et officier d'administration territorial.

     

    L’exile et le retour :

    Fernand Gasnier ayant perdu la municipalité, celui-ci se replia sur son mandat de député. On épura alors l’administration municipale en éjectant tous ceux qui avaient été ses proches collaborateurs. Moret fut alors renvoyé en juillet 1896 car considéré comme « l'homme de Gasnier ». Il appela l'ancien maire à l’aide. Fernand Gasnier écrivit à Hippolyte Durand-Tahier pour qu’il plaide à la faveur de Moret pour une réembauche, en argumentant sur le fait qu'il se retrouvait sans revenu avec trois enfants, dont un en bas âge [4].

     

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    Une lettre de Fernand Gasnier du 29 juillet 1896 à Hippolyte Durand-Tahier à propos de la situation de Moret, rédigée à Saint-Nazaire sur papier de la Chambre des député, © Archives municipales de Saint-Nazaire.

     

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    Lettre de Henri Moret en date du 3 septembre 1896 adressée à Hippolyte Durant-Tahier © Archives municipales de Saint-Nazaire

     

    Moret fut reclassé comme percepteur des contributions directes à Saint-Georges de Noisné (Deux-Sèvres) en septembre 1896[5]. En 1902 il était en poste à Riaillé, où il rédigea un « Précis élémentaire du service de perception, à l'usage des nouveaux percepteurs, des aspirants à la fonction et des commis de percepteurs », publié en 1902 par l’imprimeur Oberthur à Rennes, et qui connut trois rééditions. Muté au Croisic à la veille de la première-guerre-mondiale, il y rédigea « Le Croisic, précis historique sur la presqu'île croisicaise et la région environnante », publié en 1917 par l’imprimeur Oberthur, ouvrage hélas d’une qualité médiocre.

     

    Mis en retraite, il retourna vivre à Saint-Nazaire avec son épouse en 1921[6], au seconde étage du 21 rue Neuve, dans un appartement doté d’un grand balcon s’ouvrant sur l’estuaire.

     

    Henri Moret, Saint-Nazaire

    L’immeuble du 21 rue Neuve côté Estuaire et quai de Kervilers (aujourd’hui quai des Marées)

     

    Il devint membre de la Ligue Antialcoolique fondée par Campredon[7]. C’est alors qu’il décida d’entreprendre l’écriture de « Histoire de Saint-Nazaire et de la région environnante », une importante somme parue en deux tomes de 500 pages chacun, en février 1925 à Nantes à l’Imprimerie du Commerce, et illustré par le peintre nazairien Alexandre Auffray[8]. Henri Moret avait hésité à écrire ce précis historique, ne voulant pas entrer en conflit avec maître Galibourg[9] qui en 1904 avait annoncé son attention d’écrire un ouvrage sur le sujet, mais qui finalement ne fit rien[10]. Cette publication lui valut l’inimitié de maître Galibourg qui quelques mois encore avant son décès pestait à propos de Moret en dénigrant dans la presse son ouvrage.

    A la parution de ce monument qui est aujourd’hui la seule source complète et détaillée concernant l’histoire nazairienne d’avant 1925, du fait de la destruction d’une grande partie des archives municipales durant les bombardements, la municipalité fit l’acquisition de deux exemplaires[11]… La Chambre de commerce fut généreuse dans ses achats en faisant l’acquisition de vingt-cinq exemplaires, tout comme le Conseil général[12].

     

    Henri Moret décéda le 6 mai 1928 dans son appartement du 21 rue Neuve. Il fut enterré le 9 mai 1928 au cimetière de Toutes Aides.

     

    L’oubli et la redécouverte :

     

    « Les morts sont silencieux », dit un vieux proverbe. On pourrait ajouter aussi que « le bien ne fait pas de bruit ». La mort d’Henri Moret passa inaperçue ou presque. L’Ouest Éclair publia des condoléances en trois phrases à sa veuve le jour de son enterrement, titrées cependant : « L’historien de Saint-Nazaire est mort ». Le Courrier de Saint-Nazaire publia une courte nécrologie le 12 mai 1928 fournissant quelques détails biographiques.

    Son Histoire de Saint-Nazaire resta une référence, dans les années qui suivirent. Marthe Barbance dans sa célèbre thèse consacrée au port et à la ville, le cite toutes les cinq pages comme source. On le citait aussi régulièrement dans la presse pour sourcer une information historique, mais le style de son écriture, déjà un peu passée, et qui aujourd’hui la rend pénible à certains, par ses formulations d’ancien style, peut parfois être incomprise. Ainsi, le 21 septembre 1933, dans un article non signé, le stagiaire en charge de remplir un trou, affirma qu’Henri Moret avait écrit qu’on avait déplacé le Dolmen à un emplacement différent ! Le président du Syndicat d’initiative, André Guillet, adressa une lettre le 28 septembre suivant au Rédacteur en chef, l’informant de l’absurdité du propos. En fait, Henri Moré explique dans son ouvrage, que depuis son arrivé en 1892 à Saint-Nazaire, la ville s’est étendue jusqu’à Dolmen qui était auparavant en périphérie dans un pré. La phrase est cependant écrite dans le style un peu alambiqué de la Belle époque, ce qui prête à confusion. Mais par cet article absurde et par de mauvaises lectures, on a entendu parfois la municipalité et ses élus affirmer aux Nazairiens que le Dolmen était sur roulettes…

     

    La guerre ravagea Saint-Nazaire, détruisant au passage les bibliothèques, dispersa sa population qui ne revint pas totalement, peut d’exemplaires de l’ouvrage de Moret consacrés à Saint-Nazaire, et dont le tirage avait été initialement limité, survécurent à cette période. On n’en retrouva que chez quelques lettrés dont les maisons de Méans ou de Saint-Marc avaient échappées aux bombes et aux pillages. Fernand Guériff, qui possédait les deux tomes s’en servit pour la rédaction de sa propre histoire de Saint-Nazaire publiée, en deux parties elle aussi, en 1960 et 1963. Pour toute la période d’avant 1925, abondamment détaillées, sa source est presque exclusivement Henri Moret, presque mot à mot parfois. Il est cependant regrettable de Guériff ait recopié certains passages de travers, propageant de fausses informations à plusieurs endroits[13].

    La destruction des exemplaires, leur non-republication, firent que Moret fut oublié, et ces écrits présentés comme quelque chose qui aurait été publié au 19ème siècle. Guériff eu la force d’avoir vécu plus longtemps que lui, et il occupa la scène historique nazairienne durant des décennies.

    On ne s’indigna pas quand en 1972 sa tombe fut l’objet d’une reprise de concession et ses restes jetés dans la fosse de l’ossuaire. Plus personne ne savait qui avait été Henri Moret et combien la ville de Saint-Nazaire lui doit.

     

    En 1998, un éditeur dont la mère était native de Saint-Nazaire, et qui possédait un exemplaire original de l’histoire de Saint-Nazaire de Henri Moret, réédita la publication, profitant que l’œuvre était tombée dans le domaine public. Une seconde réédition fut réalisée en 2007, suivit de plusieurs autres, en 2011, 2014 et 2020.

     

    Henri Moret est injustement oublié par les Nazairiens, y compris dans les plaquettes du label ville d’art et d’histoire, et l’on espère que la municipalité aura à cœur de réparer cette injustice et de donner un jour prochain son nom à une rue de la ville ou un une salle, comme elle l’a fait pour Barbance[14] et Guériff[15] qui, nous le répétons, ont puisé très largement dans ses ouvrages.

     

     

     

    [1] Cf. Le Courrier de Saint-Nazaire du 20 juillet 1929. La maison fut détruite dans les années 1960.

    [2] Du nom de l’ancien maire qui l’avait fait construire durant le Second Empire :

    [3] Lire à ce sujet Le Phare de la Loire du 16 février 1895 qui donne de nombreux détails.

    [4] Lettres non signées, mais identifiables à la mention du nom de beau-père de Gasnier, conservées aux Archives municipales de Saint-Nazaire dans le fond Hillemand.

    [5] Lettre du 3 septembre 1896 adressée à Hyppolite Durand-Tahier, Archives municipales de Saint-Nazaire, fond Hillemand.

    [6] Cf. nécrologie publiée dans Le Courrier de Saint-Nazaire le 12 mai 1928.

    [7] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/04/02/une-figure-nazairienne-louis-campredon-6140914.html

    [8] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/07/04/alexandre-auffray-peintre.html

    [9] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/11/02/maitre-alexandre-galibourg.html

    [10] Cf. préface de ladite publication.

    [11] Cf. Le Courrier de Saint-Nazaire du 21 mars 1925.

    [12] Cf. Le Courrier de Saint-Nazaire du 17 octobre 1925.

    [13] Fernand Guériff a recopié de nombreuses publications inexactement, donnant parfois pour source des articles de presse inexistants dans les journaux qu’il indique, confondant les revues et les auteurs. La plus fameuse de ses confusions a alimenté l’absurdité légende de la Petite-Californie-Bretonne, véritable honte pour notre ville : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/03/19/saint-nazaire-petite-californie-bretonne-6137164.html

    [14] Son nom a été donné à une salle de l’université.

    [15] Une place sans bâtiments au bord de l’Etang du Bois-Joalland porte son nom depuis 2017.

  • L’église de Saint-Marc-sur-Mer

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    L’église de Saint-Marc, avec son clocher à la française et son chevet à la bretonne, est, par sa silhouette, l’un des bâtiments les plus charmants du quartier de Saint-Marc-sur-Mer. On devine de loin cette église, mais sa situation à flanc de coteau, dans la courbe d’un large virage, son esplanade pentue encombrée de voiture, et surtout deux grands tilleuls la dissimulent au regard du passant. Cette église est aussi la plus mal connue des Nazairiens, car elle est dans un quartier à vocation balnéaire, dont la population, pour l’essentiel, n’y vit pas à l’année, et plus encore, en périphérie du centre du charmant bourg blottie contre la plage qui porte initialement le nom de Saint-Marc, et qui au fil des décennies fut rebaptisée plage du gorille, en raison de la forme d'un rocher aujourd’hui érodé, et depuis une vingtaine d’année, plage de Monsieur Hulot, en souvenir du personnage principale que Jacques Tati filma ici les extérieurs des vacances durant l’été 1951. Nous l’avions déjà écrit dans un article précédent concernant le Château de Saint-Marc[1], la station balnéaire se nommait à l’origine Le Crépelet ; c’était un village de vignerons situé au bas du coteau où se trouve l’actuelle église, et c’est parce qu’il y avait initialement une chapelle dédiée à Saint Marc au bord de la plage, à l’emplacement de la Place de la Chapelle, plus exactement devant le jardin du n°36, que la station balnéaire fondée durant le Second Empire pris son nom actuel.

     

    L’ancienne chapelle Saint-Marc :

     

    Il y avait donc une chapelle, depuis des temps immémoriaux, au bord de la plage. On ne connait de celle-ci qu’un dessin de Charles Beilvaire, publié le 19 mars 1932 dans Le Courrier de Saint-Nazaire figurant un bâtiment qui comportait à l’intérieur une poutre portant le millésime 1643.

     

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    Longue et basse, très simple, orientée à l’Est, avec une porte double à l’Ouest surmonté d’un clocheton en arche comportant une seule cloche, trois fenêtres au nord, une porte basse et deux fenêtres au Sud, vers la plage, dotée d’une sacristie au nord, et accompagné d’une croix de bois sur un large piédestal remontant à la fin du 17ème siècle ou au début du 18ème ; croix qui existe encore et surveille les voitures que l’on parque ici. Cette église était le siège de la frairie de Saint-Marc et servait de lieu de culte ordinaire à la population environnantes éparpillées en plusieurs villages et hameaux, (Le Crépelet, Béac, Verdun, La Ville Cresneau, La Villès Molé, Berrien, Le Grand Pez, Le Prasilun, La Fin, etc.). Seule bâtiment à proximité de cette chapelle, une ferme en longère posée en parallèle à l’Est, qui lui était dépendante et fournissait le revenu à son chapelain.

    Saint Marc bénéficiait chaque 25 avril, jour de la saint-Marc, d’une procession qui faisait venir à une messe spéciale à 11h toute la population de la frairie, mais aussi de celle de Gavy et Saint-Sébastien. Les fidèles se réunissait au bas de la Colline du château[2], la contournait en direction de la plage. Après la messe, ils piqueniquaient sur des tables devant la ferme et sur le sable de la plage, puis rentraient chez eux. Il était de coutume que ceux de Gavy prennent une chaloupe pour se faire déposer à Port-Charlotte. La chapelle passa la Révolution sans encombre malgré la suppression des cultes et la nationalisation des biens du clergé. Elle fut rendue au culte au moment du Concorda en 1801, et fut desservie jusqu’en 1857, date de la création de la Paroisse de l’Immaculée, qui vida les chapelles séculaires des banlieues de Saint-Nazaire, et en entraina la ruine, même si celle de Saint-Marc fut toujours considérée comme une chapellenie, et donc encore desservie occasionnellement jusqu’en 1870. La création de la station balnéaire, à la veille de la Troisième République, fit qu’on eut besoin d’un lieu de culte avec des messes et un service régulier. Le cimetière actuel y avait été fondé par mademoiselle Marie-Joseph Mollé[3], le 1er janvier 1885. L’Evêché et la Préfecture fondèrent la paroisse Saint-Marc le 1er juin 1888.  La chapelle étant dans un état de délabrement avancé, le conseil de fabrique vota la construction d’une église, loin de la chapelle qui devait laisser place au développement de la station, au bourg même du Crépelet.

     

    L’église de Saint-Marc :

     

    L’église de Saint-Marc fut rapidement construite. Edifiée sur les plans de l'architecte Henri van den Brouk, (grand-père d'Odette du Puygaudeau), elle comporte un clocher porche, sommet d'un coq girouette perché sur une croix, accolé d'une tourelle d'escalier qui va jusqu'au niveau de la tribune, une porte latérale, et dix-sept baies, dont cinq dans le chœur. Sa bénédiction solennelle eut lieu le 22 décembre 1889. elle fut rapidement décrite comme « si grande en hiver, si petite en été ».

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    Sortie de la messe vers 1903.

     

    Elle est constituée d’une simple nef, précédée d’une entrée, le chœur se trouve orienté au Nord, car il fut décidé que l’entrée se ferait face à la route en contre bas, par la base du clocher, ce qui oblige à gravir un escalier pour y entrer, et allonge sa façade Sud en lui procurant un aspect étroit disgracieux de part de cake oublié sur un coin de table à la fin d’un banquet. Une sacristie se trouve à l’Ouest, elle est séparée du jardin du presbytère par un petit chemin. Le sentiment d’étroitesse est accentué quand on passe l’entrée sous le clocher, et il se trouve alors suivit d’un sentiment d’écrasement. En effet, la majesté du lieu, songé comme une ouverture à la Foi après le passage du chameau dans le chas d'aiguille, a été totalement détruit par la construction d’une tribune démesurée et pensée dans aucun bon sens en 1964. La mairie, qui possède le bâtiment depuis 1905, (le presbytère restant propriété de la paroisse), avait accordé à l’abbé Jaunin, curé de 1953 à 1967, la construction de cet étage démesuré de 50 places, car à l’époque l’église se trouvait incapable de contenir tous les fidèles qui y venaient l’été. cette structure est posée trop bas et pire s'abaisse encore de 60 cm à la moitié.

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    L'intérieur de l'église, sous la tribune, en avril 2020, © L.O.M.

     

    Une fois passé sous ce plafond oppressant, on retrouve les proportions initiales qui sont, elles, gracieuses et dotées d’un décor sobre et élégant sous une voûte lambrissée en coque de navire renversée.

     

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    La nef et le chœur en avril 2020, © L.O.M.

     

    L’église de Saint-Marc a en effet bénéficié du goût réfléchit de deux de ses curées.  D’abord l’abbé Jean Blois, (1858 – Saint-Marc en Nazaire 18 décembre 1926)[4], ancien professeur au Petit Séminaire de Guérande, curé de Saint-Marc de 1904 à sa mort. Celui-ci a doté le clocher de quatre cloches bénies par monseigneur Rouard, évêque de Nantes. Celle nommé Maria Anna, fut refondue en 2010. L’abbé Blois fit l’acquisition en 1912 d’une chaire en chêne de style Louis XVI finement sculptée de panneau figurants les quatre évangélistes et de fleurons et des palmes, et un panneau gravé du mot « Veritas », au-dessus d’un trophée composé des tables de la Loi, d’une page d’Evangile, et d’une trompe de la renommée. Cette chaire a depuis été déposée à même le sol du chœur). Son successeur, l’abbé Guisnel[5], curé de 1927 à 1955, dès 1935 il fit remplacer l’autel du chœur en pin peint en blanc par l’actuel en chêne, ajouta des lambris bas du même bois tout au long de la muraille, avec, enchâssés de chaque côté de l’entrée des coquilles de bénitier. Il modifia aussi en parti le dallage, en faisant ajouter entre les carreaux de terre cuite sous les bancs, (qui remplacent les chaises paillées qui meublaient  autrefois), les carreaux de ciment qui tracent l’allée traversante, et celle menant à la porte latérale, et ceux qui délimitent le chœur. Il y avait aussi initialement deux autels de chaque côté de l’entrée, mais ils furent supprimés, ainsi que le chemin de croix et toutes les statues en plâtre du 19ème [6], par l’abbé Jaunin.

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    Intérieur de l'église vers 1905

     

    En 1955, l’abbé Guisnel fit maroufler sur la voûte du chœur la peinture qui représente la pêche miraculeuse, (l'auteur nous en est inconnu, mais il pourrait s'agir d'un couple nantais nommé Leroy).

     

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    L'a tribune, en avril 2020, © L.O.M. ; on l’ose espérer qu’elle sera un jour détruite et que l’on rendra à cette ravissante église son aspect d’avant le massacre Jaunin.

     

     

    La tribune actuelle date, nous l’avons écrit plus haut, de 1964. On y accède par deux escaliers, le premier est par de la nef via une porte percée exprès, conduisant à un escalier construit dans un appentis disgracieux et débouche par l’une des baies baie reconvertie en passage ; le second par l’escalier du clocher, depuis le hall, à droite en entrant, en passant sous la plaque posée en 1920, faisant liste des paroissiens morts et disparus au champs d’honneurs durant la première-guerre-mondiale. Cet escalier qui conduisait dès la construction à une tribune qui aurait dû être doté d’un orgue, à la particularité de comporté dans sa chaux qui le crépi, des graffitis allant de 1926 à 1968. Ce sont essentiellement des patronymes typiquement nazairiens, (Cavarro, Lejeune, Berthaud, Gouard, Fuelle, Noblé, etc.), mais aussi une bicyclette et des personnages des années 1930, (un enfant au béret qui fume, un cycliste sur son vélo, des trois policiers), mais aussi une figure du Diable, avec sa fourche et sa queue pointue...

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    Exemple de graffitis, © L.O.M.

     

    La tribune se décompose en deux plateaux pentue descendant vers le chœur. 

     

    L’église avait été dotée dès sa construction de vitraux, qui n’étaient en réalité que des verrières claires peintes de fleurons en grisailles. Ces verrières furent détruites par le souffle d’une bombe tombée sur la place la nuit du 28 juin 1942. La déflagration avait été si forte que les porte de l’église avaient elles aussi été arrachées. On les remplaça par du verre martelé, dont sont encore pourvues les quatre baies latérales qui éclairent la tribune. En 1964, nous l’avons écrit, l’une des baies fut transformée en accès pour la nouvelle tribune, quatre autres virent leur ouverture entravée par la nouvelle tribune. En 1977, onze des baies furent doté de vitraux non figuratifs, interprétables de mille façon pour celui qui s'ennuie durant l’homélie, aux tons jaunes, orangés et rouges, signé par Colin Leroux à Béac.

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    Signature sur l'un des vitraux, © L.O.M.

     

    A la suite du Concile Vatican II, on suréleva le chœur d’un planché haut de trois marches, on y plaça une table de chêne pour servir la messe, et l’on posa la chaire à même ce nouveau planché. Le baptistaire, qui se trouvait à l’entrée de l’église, fut placé devant le chœur.

     

    Le dernier curé résident fut le père Pierre Brétéché, (1928-2020), parti en 1997. Depuis 2005 l’église est rattachée à la paroisse Saint-Pierre de l’Océan.

     

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    Le chevet en avril 2020, © L.O.M.

     

     

     

     

    [1] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/07/25/le-chateau-de-saint-marc.html

    [2] A propos de cette colline et de l’origine de son nom : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/01/18/l-allee-du-chateau-a-saint-marc-6121661.html

    [3] Née le 20 octobre 1845 à la ferme du Petit Verdun propriété de ses parents laboureurs, elle avait hérité, n’était qu’une fille, des terres les plus proche de l’océan, et qui étaient déconsidérées mauvaise pour l’agriculture. La mode des bains de mer fit décupler la valeur de ces terrains considérés ingrats, la rendant riche, et lui permettant de jouer un rôle dans l’urbanisation du quartier.

    [4] Il repose au cimetière de Saint-Marc dans le caveau des religieux de la paroisse. La plaque qui le mentionne comporte des dates erronées.

    [5] Lui aussi ancien professeur au Petit Séminaire de Guérande, il dirigea l’école libre de garçon de Saint-Marc, qui comportait une institutrice, mademoiselle Boya, âgée de 53ans en 1927, et le prêtre instituteur Bouché. Cette école était préférée des habitants de Saint-Marc, dès son ouverture en septembre 1927, si bien que l’école public du bourg perdit à son profit les trois quarts de ses élèves, et ceux malgré le fait que l’école publique était gratuite et fournissait, livres, blouse, et sabots. Le Travailleur de l’Ouest entama le 26 novembre 1927, une attaque contre cette école, à travers un article de quarante-huit alinéas, non signé, l’accusant de faire concurrence à l’école publique, prétendit que l’abbé Guisnel avait fait pression pour cela sur les familles, prétendit que l’école était à une distance non réglementaire du cimetière, que l’eau qu’on y consommait était impropre, (ce qui fut contredit par une analyse de l’institut Pasteur), et qualifiant son personnel « d’illettrés ». En réalité, le problème était que les habitants de Saint-Marc étaient en conflit avec la municipalité qui imposait aux enfants un règlement d’école trop strict et avec des exigences que la population qualifiait de « chinoiseries ». Par ailleurs le maire François Blancho, dès son élection, cherchait à empêcher les processions et autres manifestations religieuses, ce qui déplaisait à cette population fortement religieuse. Quelques mois auparavant, le curé de Méan avait écopé d’une amande de 1 Fr. pour en avoir organisé une, et s’était retrouve emprisonné durant 48h pour avoir refusé de la payer ; l’affaire était remontée jusqu’au Conseil d’Etat et au président Poincaré en mars 1927, et l’on se battait régulièrement à coup de poing devant l’église Saint-Gohard place Marceau. Le prédécesseur de l’abbé Guisnel, l’abbé Blois, avait bravé en juillet 1925 à l’occasion de la Fête Dieu l’arrêté municipal Blancho, et en avait écopé 25 centimes d’amande. L’abbé Guisnel eut aussi à faire aux délires d’une pauvre folle, la demoiselle Berthe, qui lui asséna des coups de parapluie en 19 février 1936, au prétexte que sa T.S.F. la dérangeait. L’abbé n’ayant pas de radio chez lui, et ne tolérant pas qu’on le frappa, porta plainte contre la femme.

    [6] La Vierge, Jeanne d’Arc, saint Michel, Jésus au Sacré Cœur, saint Joseph, sainte Anne, un petit saint Pierre sur son trône, et deux très petit saints Antoine et François

  • Un irlandais gouverneur de Saint-Nazaire

    Les 20 octobre 1758, Louis XV, roi de France, duc en Bretagne, donna le gouvernent militaire de Guérande, du Croisic et du port de Saint-Nazaire à Richard-Edmond de Cusack, maréchal de camp et armées du Roi, commandeur de l’Ordre militaire de Saint-Jacques, (couronne d’Espagne), chevalier de l'Ordre royal et militaire de Saint-Louis. Le nouveau gouverneur prêta serment pour cette charge le 18 mars 1759.

     

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    Cusack (de) : Partie d’or et d’azur ; à la fasce de l’un en l’autre. Couronne de marquis. Tenants deux triton portant chacun un badelaire sur l’épaule. Cimier : une sirène portant d’une main un sceptre fleurdelisé, de l’autre une épée. Devise : Dieu est mon espoir.

     

    La presqu’île guérandaise, tout comme Nantes, était un foyer jacobite. Nombre d’Irlandais, d’écossais, et quelques anglaises, de confession catholique, ou attaché à la dynastie légitime, avaient préféré s’y exiler après la fuite en France du roi Jacques II en décembre 1688. On le sait, le 2 juillet 1745, c’est de Saint-Nazaire que Charles Stuart, dit Bonnie Prince Charlie, ou The Young Pretender, parti à la reconquête du trône de ses ancêtres, aidé par la famille Walsh[1].

     

    Cependant, Richard-Edmond de Cusack n’était pas l’un de ces exilés de 1688. En effet, l’exil de sa famille avait débuté à l’avènement d’Olivier Cromwell en 1653, et aux persécutions qu’il fit subir aux catholiques. Le père de Richard-Edmond, Richard de Cusack de Gerards-Town, était entré au service d'Espagne, et fit carrière aux Pays-Bas-Espagnoles, où il devint capitaine dans le régiment irlandais d'O’Byrne en 1690. De son union avec Anne-Catherine Martyn, ont lui connait trois fils et une fille. Richard-Edmond était le troisième fils et on le suppose né à Aire-sur-la-Lys, en 1687. Tout comme ses frère, il embrassa la carrière militaire, entrant comme cadet volontaire au régiment d’infanterie irlandaise de Dorington, (plus tard renommé de Rothe), à l’âge de seize ans.

    Il participa au siège de Kehl, au combat de Munderkinghen et à la première bataille d'Hochstoedt en 1700, à la seconde bataille en 1704, et fut fait lieutenant réformé dans le cours de la même année.

    Il fit les campagnes de 1705, 1706, 1707 et 1708 à l'armée du Rhin. Nommé capitaine réformé au même régiment par commission du 21 mai 1 709, il se trouva, le 11 septembre suivant, à la bataille de Malplaquet, marcha en Flandre en 1710, combattit à l'attaque d'Arleux en 1711, et se trouva à la bataille de Denain et aux sièges de Douay, du Quesnoy et de Bouchain en 1712. En 1713, il servit aux sièges de Landau et de Fribourg, ainsi qu'à l'attaque des retranchements du général Vaubonne. Il devint aide-major de son régiment (alors renommé Rothe), par brevet du 20 août 1720, y eut rang de capitaine en second le 21 juin 1721, puis de capitaine en pied le 19 juin 1729, et obtint, le 9 janvier 1701, une compagnie qu'il commanda au siège de Kehl en 1735, à l'attaque des lignes d'Etlingen et au siège de Philisbourg en 1734 à la bataille de Clausen en 1735, puis à l'armée de Flandre en 1742.

    Fait chevalier de l'Ordre royal et militaire de Saint-Louis en 1736 ; il fut fait capitaine de grenadiers le 24 janvier 1742, et lieutenant-colonel le 4 avril suivant. Le 27 juin il combattit à la bataille de Dettingen, sous les ordres du maréchal de Noailles. Il servit, en 1744, aux sièges de Menin, d'Ypres, de Furnes et du fort de la Knocke, que Louis XV fit en personne, et finit la campagne au camp de Courtray. Le Roi, en considération de ses services et de sa conduite distinguée à la bataille de Fontenoy, le 11 mai 1744, lui assigna une pension de 600 livres sur le trésor royal[2]. Dans la même année, Richard-Edmond de Cusack assista aux sièges des villes et citadelles de Tournay, Oudenarde, Denderinonde et Ath. Créé brigadier d'infanterie par brevet du 20 mars 1747, il commanda au pont de Walheim, poste important, où il se maintint pendant six semaines avec 600 hommes qui étaient relevés tous les cinq jours. A la bataille de Lawfeld, gagnée par le Roi le 2 juillet de la même année, il donna les plus grandes preuves de sang-froid et de valeur, et, en considération des nouveaux services qu'il avait rendus dans cette occasion, Louis XV porta à 1.000 livres sa pension sur le trésor royal[3]. Après la campagne, le régiment de Rothe fut mis dans Berg-op-Zoom, où Richard-Edmond commanda les convois pendant tout l'hiver. Il eut à soutenir de fréquentes attaques de l'ennemi, mais il sut toujours le repousser et assurer l'arrivage des approvisionnements de l'Armée. Il fut employé au siège de Maëstricht en 1748, au camp d'Aimeries en 1704, au camp de Calais en 1756, et à l'armée de Flandre en 1757 et 1758, et fut créé maréchal-de-camp par brevet du 10 février 1758. Se démettant alors de la lieutenance-colonelle du régiment de Rothe, et se retira après avoir servi pendant 56 ans sans interruption, le Roi lui accorda en remerciement le 20 octobre 1758 le gouvernement de Guérande, du Croisic et de Saint-Nazaire. Le souverain espagnol, Charles III, lui avait pour sa part, accordé, par brevet du 10 août 1758, la commanderie de l'hôpital de Mancied, dans l’Ordre militaire de Saint-Jacques de l’Epée.

    De son union avec Marie-Anne-Isabelle-Brigitte Fitz-Gérald, il eut plusieurs enfants, dont seule survécu Marie-Madelaine-Josèphe-Aglaé de Cusack, née à Lille  le 25 octobre 1727, mariée avec Etienne Joseph de Lespinasse, marquis de Langeac, comte de Saint-llpize , chevalier de l'Ordre royal et militaire de Saint-Louis, gouverneur de Pierrepertuse, commandant pour Sa Majesté des ville et citadelle du Pont-Saint-Esprit et en Bas-Languedoc, maréchal des camps et armées du Roi, et commandeur des ordres royaux, militaires et hospitaliers de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem qui engendra Auguste-Louis-Joseph-Fidèle-Armand de Lespinasse, comte de Langeac, né à Paris, le 9 octobre 1748, pour qui Richard-Edmond de Cusack abandonna, avec consentement du Roi, le gouvernement de Guérande, du Croisic, et de Saint-Nazaire, le 1er septembre 1765.

    Il avait épousé en secondes noces Marie-Louise de La Rasse, veuve du marquis de Moulins, de laquelle il n'eut pas d'enfants. Il est décédé à Corbeil le 14 décembre 1770, à l'âge de 82 ans.

     

     

     

    Le dernier gouverneur de Saint-Nazaire :

     

    Petit-fils du précédent, Auguste-Louis-Joseph-Fidèle-Armand de Lespinasse, comte de Langeac, entra au service, le 1er février 1767, comme cornette dans le régiment de Bauffremont, dragons. En 1765, il fut nommé capitaine d'infanterie dans le régiment de recrues de la ville de Paris. Le 1er septembre, sur démission de son grand-père maternel, Richard-Edmond de Cusack, reçu du Roi le gouvernement des villes de Guérande, du Croisse et de Saint-Nazaire, en Bretagne. Le 15 décembre 1766, il obtint la survivance du gouvernement de la ville de Rue en Picardie, et, le 21 mai 1767, celle du gouvernement de la ville du Puy-en-Velay. Nommé capitaine de dragons dans le régiment de Bauffremont , le 16 août suivant, il fut employé en 1768 à l'Ecole royale d'équitation des dragons, à Cambray. Il fit la guerre de Corse, en 1769, en qualité d'aide-de-camp du général en chef comte de Vaux[4]. Il gagna alors le Ponte-Nuovo du Golo contre les Corses, anéantissant le dernier obstacle pour marcher sur Corté, alors capitale de l'île. Avec les vicomtes de Custine et de Vioménil[5], à la tête de quinze cents grenadiers et chasseurs,il fut chargé d'aller par les montagnes et l'intérieur de l'île, à la poursuite des troupes Corses, entraînant la fuite de Paoli.

    Nommé colonel au corps des Grenadiers de France le 3 janvier 1770, puis le 25 décembre suivant, commandeur de la commanderie de l'hôpital de Mancied, de l’Ordre militaire de Saint-Jacques de l'Épée à la suite de son grand-père maternel, il reçut, le 13 mars 1771, la croix de l'Ordre royal et militaire de Saint-Louis, et fut chargé la même année, sous les ordres du comte de Mailly[6], de l'inspection des frontières de France, des Pyrénées, des côtes de la Méditerranée, des Alpes, etc. Le corps des grenadiers de France ayant été réformé en 1771, le comte de Lespinasse-Langeac fut attaché, avec son grade de colonel en second du régiment de l'Ile-de-France. A la réforme des colonels en second, il fut attaché à la garnison de la ville de Valenciennes. En 1772, le roi Louis XV le pourvut de la charge de capitaine des gardes de la porte de son petit-fils, monseigneur le comte de Provence[7]. Il obtint alors les entrées de la chambre, et l’année suivante celles du cabinet. En 1775, il fut nommé commandeur de l'ordre de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem. Après avoir été témoin des journées des 5 et 6 octobre 1789, et des événements qui en furent la suite, il partit en Lorraine. Ayant appris que Louis XVI s’était enfui de Paris, il se mit en marche pour rejoindre le monarque ; mais, arrivé à Neufchâteau, il apprit l’arrestation de Varennes, et fut lui-même arrêté à Neufchâteau, comme suspect d'opinions anti-révolutionnaires, et accusé do courir de château en château pour favoriser le départ du Roi, et opérer une contre-révolution.

    Désarmé et conduit par la maréchaussée dans la ville de La Marche, il y fut détenu pendant deux mois dans une prison que la population, agitée par les révolutionnaires, menaçait de forcer toutes les nuits. On était sur le point de le conduire à la haute cour, à Orléans, lorsque l'acceptation de la Constitution par le Roi le fit rendre à la liberté. Après s'être offert inutilement en otage pour Louis XVI et sa famille, il émigra, et alla rejoindre le comte d’Artois à Coblence. Il servit dans l’armée de Condé en qualité d'aide-maréchal-général des logis de la cavalerie, suivit les princes à Dusseldorff, et ne prit congé d’eux qu'à l'époque de leur départ pour la Westphalie. Retiré au Provinces-Unies, il allait passer en Angleterre, lorsqu'il fut fait prisonnier par un corps de troupes sur les glaces du Texel. Après avoir été dépouillé de tout, il aurait été infailliblement fusillé, s'il n'avait eu la chance de s'échapper. Muni de l'autorisation écrite de monseigneur le comte d'Artois, il servi dans divers corps, au service des Provinces-Unies et du souverain britannique. Après la réforme de ces corps, il se fixa à Hambourg, et s’y trouvait pendant le siège qu'en firent les alliés, en 1813, et ne put rentrer en France qu'après l'évacuation de cette place par les troupes françaises, le 8 juin 1814.

    Mis à la retraite le 25 septembre 1816, il décéda à Paris en 1832, sans avoir contracté d’alliance.

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    Lespinasse (de) : Ecartelé ; au 1 d'or au dauphin pâmé d'azur ; au 2 d'or au gonfalon de gueules ; au 3 d'azur semé de fleurs de lys d'or à la tour d'argent, brochante sur le tout ; au 4 d'or à 6 fleurs de lys d'azur ; sur le tout fascé d'argent et de gueules de huit pièces, et au centre un écusson de gueules, à la bande d'argent et au lambel du même. L'écu timbré d'une couronne de marquis. Supports : Deux lions. Devise : Sans chimères et sans reproches.

     

     

    [1] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/06/15/bonnie-prince-charlie-ou-the-young-pretender.html

    [2] Lettre de M. d'Argenson, datée du camp de Tournay, le 29 mai 1746.

    [3] Lettre de M. d'Argenson, du 27 juillet 1747.

    [4] Futur maréchal et gouverneur de Corse.

    [5] Futur maréchal.

    [6] Futur maréchal.

    [7] Futur Louis XVIII.

  • Géorama

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    Géorama, façade d'arrivée

     

    « […]

    Quittez l’Océan. C'est la Belle côte

    Qui vient égayer le panorama.

    Les brisants jolis quand la mer est haute

    Devant Chemoulin et Géorama.

    […] »

    (extrait de « La butte du château », poème anonyme publié en février 1929 par le journal paroissial « Le trait d'union de Saint Marc sur mer ».

     

     

    La villa Géorama a été construite pour une demoiselle Mougin, entre 1908 et 1910, à la demande de son amant, Paul Blavier, par l'architecte nantais Paul Devorsine, (Nantes 1859 – Nantes 1935), à qui l'on doit plusieurs villas à Pornic et La Baule, et les bâtiments de la Biscuiterie Nantaise.

     

    Paul-Édouard Blavier, (Angers 11 août 1856 - Saint-Pierre-Montlimart1 22 février 1916), fils d'un sénateur royaliste du Maine-et-Loire, partageait sa vie entre son château de La Bellière à Saint-Pierre-Montlimart, (construit par la famille de son épouse, il avait racheté les parts des autres héritiers)2, et son hôtel parisien du 35 rue de La Bienfaisance. Il était marié depuis 1880 avec Jeanne Langois, dont il avait eu un fils, Jean-Charles, (1882-1959), et une fille, Simone, (1881-1901). En 1905 Paul découvrit sur ses terres de La Bellière un gisement d'or déjà exploité par les Romains. Il ouvrit une mine et exploita ce filon, augmentant plus encore sa fortune3. Il fonda aussi une usine hydroélectrique à Bohardy, puis, en 1911, à Saint-Pierre-Montlimar, une manufacture de fabrication d’ampoules électriques, à main-d’œuvre exclusivement féminine4.

     

    Richissime, Paul Blavier s'ennuyait, un jour, il rencontra, vers 1907, une demoiselle Mougin, qui lui réveilla les sens.

     

    Ne pouvant la loger avec sa famille au château, il décida de faire édifier une villa pour sa maîtresse, à l’emplacement d'une vigne d'un peu moins d'un hectare, dominant l'océan, à Saint-Marc en Saint-Nazaire, qu'il avait acquis en cinq lots, le 21 août 1898 de Julien Gobichet, chez maître Marcussen5, au lieu dit Les Grandes Vignes, au dessus de la plage des Gabourelles sur une pointe.

    La villa, construite dans un style d'inspiration Gothique tardif, revisité de Renaissance et d'Art nouveau, est en moellon et ardoises. Elle se compose d'un rez-de-chaussée carré sur cave et d'un étage sous combles à longs pans et demi-croupes, avec pavillon central flanqué de deux ailes, et dotée du côté de l'océan d'une loggia avec vue sur l'océan et l'estuaire, d'un jardin empli de roses en terrasse et un escalier à rampe de fer descendant jusqu'à la plage en contrebas de la falaise, qui n'est accessible à marée haute que par ce chemin. La maison est précédée d'un puits-fontaine massif, et d'un pavillon de gardien au portail d'entré constitué d'une arche de pierre. Le décor intérieur et fait de boiseries néogothiques et de plafonds à la françaises polychromes dans le goût renaissance. Le panorama avec sa vue à 180° fit qu'il décida de nommer la demeure « Géorama »6 .

     

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    Se sentant vieillir, Paul décida en 1914, afin de laissait à son amante une rente, de lui racheter la villa par l'intermédiaire d'un viager en nue-propriété, à charge pour ses héritiers poursuivre le versement de la rente.

    En 1917, sa veuve, scandalisée à l'idée d'entretenir la maîtresse de son époux, décida de renoncer à la donation des biens que lui avait faite Paul, au profit de leur fils Jean.

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    Jean Blavier finit par obtenir l'acquisition de la propriété en rachetant à mademoiselle Mougin sa rente viagère, ainsi que quatre parcelles de vignes l'autre côté de la route, en 1921. Mais non désireux de vivre dans les meubles de l'ex-maîtresse de son père, il fit l'acquisition, au début de l'année 1928, après des héritiers de l'industriel Charles Puget, de la villa mitoyenne Stella Maris Ave, et s'y établit, n’utilisant de Géorama que pour des réceptions.

    Quoique milliardaire, Paul Blavier était d'une pingrerie peu commune, y compris avec ses gitons. On murmurait qu'il faisait resservir plusieurs fois les reliquats des soupers qu'il donnait et remettre en bouteille les fonds de verre de vin, vin qu'il faisait servir chichement, ne buvant pour sa part que de l'eau de Vichy. Il ne donnait jamais plus de 5fr70 aux œuvres des tuberculeux de Saint-Nazaire, et uniquement parce qu'il se sentait forcé de le faire au sortir de la messe de Saint-Marc, et veillait à ce qu'on lui rendit bien la monnaie sur les 6 francs qu'il avait rendu.

    Durant la guerre Géorama abrita l’état-major du M.A.A. 280. Deux tobrouks furent construit en direction du large, et deux abris de surveillance le long de la route d’accès. La villa sortie de la guerre en bon état.

    Jacques Tati loua la villa pour lui à l'occasion du tournage de « Les vacances de Monsieur Hulot » en 1952-1953.

     

    Paul vendit Géorama en 1957 aux villes de Trappes, Guyancourt et Saint-Cyr-l'École7. la villa devint un centre à vocation sociale, destiné à accueillir les familles et les enfants de ces trois communes des Yvelines. Le réaménagement en colonie de vacances, entraînant d'importantes destructions du décor intérieur, seul le plafond peint de l'entrée fut conservé en état ; la loggia fut fermée pour agrandir la salle à manger collective, dénaturant en partie la façade côté océan ; le parc perdit tous ses rosiers et massifs.

    Dans les années 1960, les capacités d'accueil furent augmentées par la construction de dortoirs en matériaux préfabriqués sur la parcelle située de l'autre côté de la rue sur les anciennes parcelles de vignes, et d'annexes dans le parc de la villa, sur plans de l'architecte nazairien Georges Vachon. La villa fut alors réservée à la restauration et aux bureaux8.

     

    De 1992 à 2005, le syndicat intercommunal de colonies de vacances des villes de trappes Trappes, Guyancourt et Saint-Cyr-l'École, (SICV), confia la gestion des lieux au Centres d'Entraînement aux Méthodes d'Éducation Active Pays de Loire (CEMEA). Les lieux furent ouverts toutes l'année aux écoles désireuses de faire des classes de découvertes marines.

    En 2006 le SICV décida un changement de prestataire et choisi Échange et découvertes. Il s'en suivit un imbroglio juridique de 14 mois, et les huit salariés des lieux ne furent pas payés, chacun des deux prestataires se renvoyant la responsabilité. La capacité d’accueil était alors de 120 enfants.

    En 2008 le SICV décida de vendre le domaine à Échange et découvertes à condition que cela reste un centre à vocations éducatives, et non que cela soit transformé en hôtel. Mais en 2012, au prétexte que les coûts d'entretien et que la mise aux normes d'acceptabilité étaient trop élevés, l'ensemble fut vendu à un investisseur qui fit procéder à la restauration complète de la villa, la destructions des annexes Vachons, et l'ajout d'une piscine devant la façade côté océan. Il procéda aussi à la transformation des anciens dortoirs en dix logements.

     

    Des vues réalisées en 2009 par la Région des Pays de la Loire sont consultable ici : https://www.patrimoine.paysdelaloire.fr/ressources/diaporama/detail-diaporamas/diaporama-maison-de-villegiat-49/

     

     

     

     

    1 C'est aujourd'hui une commune de Montrevault-sur-Èvre, au Sud-Ouest d'Ancenis.

    2 Légué à madame d'Halluin, celle-ci ne pouvant l'entretenir et ne trouvant pas acquéreur, le fit démolir en 1960, il n'en reste que la ferme.

    3 Cette mine comptait 750 salariés dont 430 mineurs travaillant entre 150 et 180 mètres de fond. Elle ferma en 1953.

    4 Cette usine évolua après la seconde-guerre en usine de téléviseur, puis en usine informatique.

    5 C'était une vente aux enchères de d'une maison située près de la plage et de sept lots de vignes. La vigne acquise par Blavier avait été mise à la vente à 1.800 fr pour prix de départ.

    6 Un géorama est une sorte de planisphère inversé tapisser à l'intérieur d'une sphère dans laquelle ontintroduisait le public. C'était entre 1830 et 1900 une attraction en vogue comme les panoramas.

    7 Stella Maris Ave fut construite pour l'industriel Charles Pluget, (1874 – 1927), Puget ; il vendit en 1950 l'un de ses cousins issu de germain, Hubert Blavier, (Fontainebleau 23 juin 1903 – Paris 28 septembre 1988), et son épouse, née Hélène Marie Paule Henriette Jamar, (Saint-Gilles-Bruxelles 3 mai 1903 - Saint-Marc-sur-Mer 18 avril 1981).

    8 Un second bâtiment fut construit de l'autre côté de la route, pour servir de dortoirs, le site a été réaménagé après 2012 pour devenir la Résidence Ker Annette.

  • Giovanni de Chanaz et Paule de Leslay

    Durant l'entre-deux-guerres, Saint-Nazaire et la Côte d'Amour se régalaient des aventures de deux membres de la Café Society, (ancêtre de la Jet Set) : Giovanni de Chanaz et Paule de Leslay,

     

    Le comte Giovanni de Chanaz, ou plus exactement Jean-Pierre Muffa de Saint-Amour de Chanaz, des marquis de Chanaz, naquit à Rome en 1892 dans une famille très fortunée appartenant à la noblesse savoisienne, anoblie en 1732, qui avait acquis la seigneurie de Chanaz le 12 juillet 1746. Son père, Victor, était colonel au 9e régiment de bersagliers, (unité d'infanterie légère), chevalier des Saints Maurice et Lazare ; sa mère, Marie-Elisabeth Wilson, était écossaise.

     

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    (Sources : Armorial et nobiliaire de l'ancien duché de Savoie, Amédée de Foras, 1863)

    Armoiries de la famille Muffa de Saint-Amour de Chanaz : écartelé aux 1 & 4 d 'azur au lion couronné d'or ; aux 2 & 3 de gueules à trois tètes de loup d'argent. Cimier : un lion d'or issant. Tenants : deux hommes en armes tenant leur bouclier posés sur la terrasse ; Cri de guerre : FORTITI'UO.

     

     

    Ingénieur diplômé, il s'illustra durant la guerre en créant une vedette lance torpille avec laquelle il réussit à couler un croiseur autrichien, ce qui lui valut la médaille de la couronne d’Italie. Les Chantiers de la Loire lui firent un pont d'or à l'armistice pour qu'il vienne travailler chez eux. Il s'établit à Nantes, au 9 rue de Gresset, mais avait un pied-à-terre à Saint-Nazaire. Les Chantiers de la Loire en firent leur ingénieur en chef, et lui confièrent la réalisation des vedettes à destination de la Marine Nationale, soit neuf modèles, (trois de 15 m et cinq de 11 m et une de 18 m 10), jusqu'à la seconde guerre mondiale.

     

    Passionné de vitesse, il acquit une moto de course, avec laquelle il fit des compétitions, qu'il remportait régulièrement, notamment en juin 1929, à Beaufort-en-Vallée, sur une moto de 350 cm3 avec laquelle il monta à 137 km/h 404, ou encore le gymkhana motocycliste de Nantes auquel il participa le 7 juillet 1929, sous les couleurs du Centre Maritime de Nantes. Il concourait aussi à différent rallyes à bord d'Alfa-Roméo qu'il changeait régulièrement.

     

    Ancien officier de l'Armée italienne, il était directeur de la zone ouest des anciens combattants italiens, ce qui faisait qu'il était présent à tous les événements de la fédération des anciens combattants, et fréquentait assidûment les hauts représentants de l’État italien en France, ainsi que du Parti Fasciste dont il fut rapidement membre. A Nantes et Saint-Nazaire, il était de toutes les mondanités du consulat, et se lia rapidement avec Enrico Marenesi, ancien officier qui s'illustra durant la guerre, qui reçut l'exequatur de consul de troisième classe d'Italie à Nantes en août 1928.

     

     

    C'est Enrico Marenesi, qui, durant une réunion mondaine à La Baule, lui présenta Paule Fercoq du Leslay de Keranguevel, une jeune femme née le 12 décembre 1895 à Jemelle près de Namure, issue de la vieille bourgeoisie bretonne, dont le père, chef de bureau à la Banque de France, usurpait le titre de vicomte. Son grand-père, Emmanuel Fercoq avait obtenu le 16 décembre 1851 d'ajouter à son patronyme celui de sa mère1.

     

    Paule du Leslay était une célébrité du monde sportif. Elle avait gagné le lancer du poids et le 60 m durant les premiers championnats de France d’athlétisme féminin organisé au stade Brancion à Vanves le 15 juillet 1917. Le 07 juillet 1918, durant les championnats de France au Stade Jean Bouin, elle remporta le saut en hauteur avec 1,29 m, ce qui fut record de France, se classa 3ème du 80 m et 2ème du 83 m haies, 4ème du saut en longueur sans élan (2,19 m) et 3ème du lancement du poids deux bras additionnés (12,09 m : 6,25+5,84). Elle renouvela son titre de championne de France de saut en hauteur avec 1,32 m, le 29 juin 1919, et avec 1,37 m en 1920. Elle arrêta la compétition suite à une blessure le 11 juillet 1920, durant les championnats de France F.S.F.S.F qui eurent lieu au stade Élisabeth à Paris2. C'était aussi une excellente cavalière. Dès 1918 elle tenait une chronique sportive, « Sports et femmes », dans la revue L'Auto. Pour Giovanni, Paule était la femme idéale, sportive et indépendante.

     

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    Paule en 1918

     

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    La mort du consul d'Italie au large de Saint-Nazaire :

     

     

    Le 1er septembre 1929, à la fin des régates de La Baule, les Chantiers de La Loire proposèrent à des notables et leurs familles de rentrer à Saint-Nazaire à bord des quatre vedettes, dont la toute nouvelle 112. Le consul d'Italie accepta, mais il demanda plusieurs fois si cela n'était pas dangereux. Giovanni de Chanaz, et monsieur Pinczon sous-directeur des Chantiers de Penhoët, le rassurèrent. Montant à bord de la 112, il décida de rester sur le pont, avec monsieur Pinczon, pendant que son épouse, sa nièce Ninetta, le secrétaire du consulat Faleschi, madame Pinczon, et Paule, allèrent dans la cabine avec Giovanni. La mer était agitée, la vedette n'allait pas à très grande vitesse. Vers 19h30, au large de Chemoulin, la vedette rebondie sur la crête d'une vague de fond particulièrement forte, elle retomba presque droite. Monsieur Pinczon et le consul Enrico Marenesi furent projetés à l'eau. Si Piczon eut la présence d'esprit de se débarrasser de son veston et de placer entre les dents son portefeuille plein de croquis pour regagner à la nage le bord de la vedette, accomplissant une sorte d'exploit malgré ses 70 ans, Enrico Marenesi, qui avait été ballotté de tribord à bâbord comme une boule de flipper entre les rambardes, flottait à l'envers entre les vagues. Giovani sauta à l'eau pour le récupérer, mais il était trop tard. Le consul avait fait un arrêt cardiaque du fait de sa frayeur. On tenta de le ranimer à bord de la vedette, et on accosta sur la plage de La Courance d'où il fut embarqué dans une ambulance en direction de l’hôpital.

     

    La mort du consul causa un grand émoi. On lui rendit un hommage fastueux pour ses funérailles. Un pavillon de l'hôpital fut transformé en chapelle ardente, couverte de voiles noirs et aux couleurs de l'Italie, de fleurs, de cierges. En grand uniforme, l'épée au côté, son corps fut présenté à la foule qui vint s'incliner. La mise en bière eut lieu le 2 septembre à 21 h en présence de monsieur Cantoni Marca, premier secrétaire de la délégation italienne arrivée de l'ambassade à Paris.

    Le 4 septembre 1929 eurent lieu les funérailles dans un faste jamais vu jusqu'alors à Saint-Nazaire. Tous les consulats de la ville avaient leurs drapeaux en berne. Le chapeau de gala et épée de consul avaient été posés sur le cercueil, il fut levé par des marins du vapeur italien Tropico qui stationnait au port pour réparation ; un aspirant de la marine porta sur un coussin les six décorations du défunt, entouré des drapeaux des anciens combattants italiens et fanions fascistes. Le deuil fut conduit par la veuve du défunt, sa nièce Ninetta, et son frère Manion qui était arrivé de Florence. Le lieutenant Boulet fut délégué à la tête d'un peloton de vingt-cinq gardes républicains.

    Étaient présents dans le cortège : le sous-préfet de Saint-Nazaire Bütterlin en tenue ; le chef de cabinet du préfet de la Loire-Inférieur ; les secrétaires de l’ambassade d'Italie à Paris, avec une délégation d'anciens officiers de la Grande Guerre ; le doyen et les consuls de Nantes ; Luis Valdes Roigt doyen des consuls de Saint-Nazaire et consul de Cuba ; Argimbaud, consul du Mexique ; Maurice Carré, vice-consul du Venezuela ; Ducs, consul de Grèce ; César Flores Blanco consul du Pérou, Arthur Raffin vice consul du Royaume-Uni ; Auguste Bellan, vice-consul de Norvège ; l'état-major et l'équipage du Tropico ; les délégations italiennes de colonies de Nantes, Couëron et de Saint-Nazaire,  ; le capitaine de frégate Gustave Théry ; le lieutenant de vaisseau Mahélas, les ingénieurs des Chantiers de la Loire ; Giovanni de Chanaz ; madame Pinczon, (monsieur étant souffrant depuis l'accident) ; Béliard, procureur de la République à Saint-Nazaire ; le capitaine Panat, des douanes, accompagné de son lieutenant ; le commissaire central Duboscq ; le commissaire spécial Lacroix et ses inspecteurs ; Gaudry commissaire du 2ème arrondissement qui a mis son écharpe ; l'adjudant Bouron et les gendarmes de la caserne de la rue de Pornichet ; le brigadier Marchand et un groupe d'agents de police municipal ; messieurs Morisseau, Pogu, Despers, de la fédération des anciens combattants, de l'U.N.C., sous la direction de leur président, monsieur Broussard ; les frères d'armes du Bastion, des médaillés militaires coloniaux, des poilus d'Orient, des mutilés, des anciens prisonniers de guerre, des vétérans, etc.

     

     

    Après une cérémonie de trois quarts d'heure en la chapelle de l’hôpital, les cordons du poêle furent tenus par le sous-préfet, le doyen des consuls de Saint-Nazaire, le chef de cabinet du préfet, le premier secrétaire de l'ambassade d'Italie, les doyens du corps consulaire de Nantes, et Giovanni de Chanaz au titre de délégué du commandeur Pietro Parini, secrétaire du Fascio de Rome. Le cercueil fut déposé provisoirement au reposoir du cimetière de Toutes Aides sous les saluts fascistes...

     

    Ce déploiement fasciste peut surprendre, mais il faut retenir que l'Italie, même fasciste, était l'alliée de la France, et que le déploiement policier était tel qu'il n'y eut pas la possibilité de manifestations anti-fascistes. Cependant, même si la presse couvrit avec de longs articles la cérémonie, ce fut en pages intérieures, et il n'y en eut aucune photographie.

     

     

     

    Le comte et sa comtesse :

     

    giovanni de chanaz,paule de leslay,saint-nazaire

    De droite à gauche : Paule, sous la fléche, Giovanni derrière elle,

    et la romancière Alexandra Pecker qui était la meilleure amie de Paule.

     

     

    Rapidement Paule et Giovanni décidèrent de vivre en couple à Saint-Nazaire. Giovanni y fit construire une maison sur le remblai, au 3 boulevard Albert Ier, demeure de style Art Déco qui subsiste, dotée d'un garage.

     

    Tout le monde les pensait mariés, mais en réalité ils n'étaient que concubins. Dans leur vie publique autant que privée, ils étaient le comte et la comtesse de Chanaz. On les voyait partout, que ce soit au 7ème grand prix automobile de La Baule le 13 septembre 1931, auquel Giovanni participa avec son Alfa Romeo 1750 CMC, où il fit « une bonne performance » ou à la mise en eau de la forme écluse Joubert le 16 juin 1932. Giovanni couvrait de bijoux et de fourrures Paule, qu'elle portait sans autre chose que son maquillage quand ils étaient chez eux, lui valant le surnom de « comtesse nue ».

     

    Giovanni fit particulièrement parler de lui en décembre 1933 quand il présenta la vedette B-10.

     

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    La Vedette B-10 aux Chantiers de La Loire, Ouest France, 24 décembre 1933

     

    Armée de deux lance-torpilles, mue de deux moteur Lorraine-Diétrich de 1,000 chevaux chacun, la vedette B-10 faisait 24 tonneaux de jauge, mesurait 18 m 10 de long, pour 4 m 86 de large, était dotée de trois quilles, d'un gouvernail double, deux hélices, d'éclairage et d'une TSF sur une dynamo qui alimentait aussi une batterie pouvant en cas de panne de carburant prendre le relais de l'alimentation des moteurs. Elle avait 350 milles de rayon d'action pour une vitesse horaire de 49 nœuds. Il avait réalisé les plans en moins de deux ans pour la Marine Nationale qui en avait fait commande. Les tests avaient lieu dans l'estuaire, pour la plus grande joie de la population qui voyait fendre à toute allure entre deux ailes d'écume une production innovante pour laquelle la Paramount avait envoyé un cameraman le 16 janvier 1934.

     

    La vedette B-10 quitta Saint-Nazaire le l5 septembre et gagna Brest en 4 heures malgré une forte houle ; elle gagna Saint-Malo en 5 heures le lendemain, et arriva à Cherbourg le 7 septembre pour être remise à la Marine Nationale.

     

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    Giovanni en décembre 1933

     

    Du point de vue personnel, la réussite n'était pas la même pour Giovanni. Il se refusait toujours d'épouser sa maîtresse. Devant les menaces de rupture, il lui céda le 20 juin 1934, par acte authentique la propriété de la maison du 3 boulevard Albert 1er à Saint-Nazaire, avec son mobilier, (uniquement des meubles bretons anciens et des tapisseries du 18ème siècle). Par ailleurs il lui offrit la somme de 96,750 fr, et une rente annuelle de 24,000 fr.

     

    Le 15 avril 1934 Paule partit en voyage ; la légende raconte qu’elle avait trouvé une carte autrichienne ancienne qui laissait en blanc une partie de l’Albanie, non cartographiée. Elle se piqua d'aller explorer la zone, et obtint un contrat avec la revue L'Illustration. Elle décida de partir à l'aventure dans ce pays dont elle parcourut les plus hauts sommets à cheval accompagnée d'une escorte, armée d'une carabine en bandoulière et d'un revolver à la ceinture, une boussole en poche et un appareil photographique appendu autour du cou. L'Albanie avait alors des liens particuliers avec le gouvernement italien qui finançait son développement. Les relations de Giovanni au sein du parti fasciste furent utiles. Le voyage devait durer un mois... elle partit deux ans, parcourant l'Albanie, la Yougoslavie, la Grèce et la Turquie, enivrée par l'aventure qu'elle détaillait dans de longues lettres adressées à Giovanni.

     

     

    Mais pour Giovanni, les lettres ne comblaient sa solitude. Il finit par rencontrer une Hongroise nommée Szivine, qui se faisait passer pour une princesse russe. Il l'installa chez lui à Nantes, et tout le monde la prit pour sa nouvelle épouse ! D'ailleurs il la présenta comme telle partout comme il l'avait fait avec Paule.

     

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    Giovani et la " princesse " Szivine désignée comme comtesse de Saint-Amour de Chanaz au concours d'élégance automobile de Cannes de mars 1939, publié dans « L'Automobile sur la Côte d'azur : organe officiel des automobiles-clubs de la Côte d'azur ».

    (la voiture est une Delahaye 135  versions « client » de 1938, dite 135 MS sur lequel est monté le moteur utilisé en course à trois carburateurs, de 120 chevaux, carrossée par Figoni, un modèle semblable est visible ici : http://www.montesquieuvolvestre.com/article-voitures-de-legende-xx-delahaye-135-competition-court-figoni-falaschi-coupe-56143276.html ).

     

    Giovanni décida de vider la maison du boulevard Albert 1er. Il expédia le mobilier au garde meuble le 17 novembre 1936 chez Lemarier. Il offrit les fourres à sa nouvelle maîtresse, dont un vison d'une valeur de 19.000 fr, et le contenu de la bibliothèque à son ami monsieur Humphry qui habitait Savenay, livres qui comportaient en ex-libris le monogramme de Paule.

     

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    Ex-libris monogramme de Paule du Leslay.

     

     

    Quand Paule rentra à Saint-Nazaire en mars 1937, elle trouva la maison vidée de son mobilier, de l'automobile. Elle fit constater par huissier le 6 avril 1937 les faits et réclama ses biens. Giovanni lui expédiât des vêtements, devenue hardes du fait de leur mauvaise conservation, à son domicile parisien du 45 rue Frederick-Lemaître à Paris. Après diverses tractations une partie du mobilier lui fut livrer à l'appartement qu'elle louait au 20 rue Fréderick Lemaître à Ménilmontant. le 12 novembre 1937.

     

    On porta l'affaire devant le tribunal civil de Saint-Nazaire. Giovanni espérait que le juge annulerait ses libéralités, en argumentant que la donation reposait sur une clause immorale. Paule se porta partie civile et fut défendue par maître Grimaud assisté de maître Vincent, du barreau de Nantes. Giovanni choisit comme avocat une célébrité, maître Vincent de Moro-Giafferri, le défenseur de Landru, de Caillaux, de l'épouse d'Alexandre Stavisky, et du tueur en série Eugène Weidmann, et qui avait été sous-secrétaire d'Etat à l'enseignement technique durant quelques mois au gouvernement Herriot.

     

    Maître de Moro-Giafferri descendit au Grand Hôtel le 1er décembre 1937 pour défendre les intérêts de son client. Sa célébrité fit qu'on en parla dans le journal, et que l'affaire entre Giovanni et Paule devint publique... Et cela dura des années ! Le grand final eut lieu le 29 juin 1939, dans une salle pleine. Le déballage public fut lamentable. On fit défiler les témoins qui racontèrent chacun à leur tour ce qu'ils savaient de la relation des deux anciens amants. Maître de Moro-Giafferri prétendit que son client avait été ruiné par Paule, ce qui était faux et fit rire, car tout le monde savait le train de vie de Giovanni. La plaidoirie dura jusqu'à 18 h 45 ; elle avait duré deux heures, avec une pause de 15 minutes, car la « princesse » avait fait une crise de nerfs au début de la plaidoirie de Moro-Giafferri, ce qui amusa là encore beaucoup la foule présente.

    Le 13 juillet 1939 Giovanni fut condamné par le tribunal civil de Saint-Nazaire à 6 jours de prison avec sursis, et 55.000 fr de dommages et intérêts.

     

    Il fit appel devant la cour de Rennes. Le 31 janvier 1940 ont représenta l'affaire, toujours en présence des journalistes. Le 7 février 1940, la cour d'appel de Rennes annula les 6 jours de prison avec sursis, mais pas les dédommagements.

     

     

    Giovanni de Chanaz regagna l'Italie après les bombardements qui anéantirent Saint-Nazaire, peu avant que le pays se divise entre le Royaume du Sud et la République de Salò, Nous ignorons dans l'état actuel de nos recherche son devenir.

     

     

    Paule du Leslay ne revient jamais à Saint-Nazaire, elle vendit sa maison du boulevard Albert Ier et acquit une ferme au lieu-dit Borderune à Belle-Île-en-Mer. Durant l'occupation, elle devint l'amante d'un officier allemand qui lui payait son loyer parisien. Elle échappa à l'épuration en se faisant tatouer un numéro sur l'avant-bras comme les déportés. Elle s'attira les faveurs des troupes étasuniennes dont elle endossa l'uniforme de lieutenant et fut un temps speakerine à la radio étasunienne à Vienne. Revenue rapidement à Paris, elle recevait beaucoup la nuit. Le matin vers 10 heures, elle partait pour le bois de Boulogne à vélo. Son passé la poursuivit pourtant, et sa mort fut mystérieuse. Le 26 mars 1948, elle annonça à la concierge de l'immeuble qu’elle partait séjourner chez des amis au château de Courgis dans l’Yonne. Le lendemain un locataire prévient la concierge « ça sent le gaz à l’étage de la comtesse ». On ne s’alerta pas. Le locataire continua de se plaindre de l'odeur, et finit par regarder par le trou de la serrure de Paule. Il s'aperçut que la clef était à l’intérieur. Le vendredi 29, on fit venir la police et les pompiers. Paule gisait nue, maquillée et parée de ses bijoux, dans la salle à manger, une casserole de cuivre à la main. Aucun désordre, pas de trace de violence, mais sur la table deux tasses vides dont une portait des traces de rouge à lèvre. On conclut au suicide. Paule avait confié à sa meilleure amie, la romancière Alexandra Pecker : « Si un jour je n’ai plus d’argent il me reste le compteur à gaz ! » On l'inhuma le 5 avril 1948 à Pantin.

     

     

     

     

     

    Remerciements particuliers à Béatrix Guillet sans qui les recherches sur ce couple n'auraient pas été approfondies.

     

    1 Les Ferocq relevèrent les armes des du Leslay de Keranguével : d'argent, au lion d'azur, armé, lampassé et couronné de gueule.

  • Label Ville d’Histoire

    Le 14 février 2020 durant le dernier conseil municipal avant les élections de mars, il a été signé par la ville de Saint-Nazaire son engagement définitif à respecter la convention établie avec l’État dans le cadre de l’obtention du label Ville et Pays d’Art et d’Histoire, (VPAH).

     

     

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    Logo du label Villes et Pays d’art et d’histoire © Ministère de la Culture.

     

     

     

    Expliquer ce qu’est un label VPAH et la convention signée par la ville est très long, et depuis le début de la campagne municipale beaucoup de choses fausses ont été dites, les Nazairiens n’ont pas été correctement informés, et les candidats à la fonction de maire n’ont visiblement pas tous compris ce qu’il en retourne, (non vous ne pourrez pas détruire la base sous-marine, ne vous en déplaise elle fait partie de l'histoire).

     

    Nous nous efforcerons de retenir que :

     

    Le label VPAH est une convention signée par la municipalité, convention qui tient lieu d’engagement après l’élaboration d’un projet culturel et territorial. Le label est accordé pour une durée de dix années renouvelables, et peut-être retiré à tout instant si à la suite des contrôles qui seront effectué par les services de l’État.

     

    L’élaboration de candidature au VPAH a été possible à la suite du vote unanime par les élus municipaux du projet de candidature en 2014 ; la candidature à demandé plusieurs années d’élaboration, notamment en réalisant l’inventaire général du bâtit et du planté, en collaboration avec la Région. En juin 2019 la candidature a été officiellement déposée au ministère de la Culture. L’oral a été passé en décembre 2019, et le ministre a signé l’accord en janvier 2020, (c’est donc en raison du planning du ministère et non en raison de l’approche des élections que l’obtention a été accordée en janvier 2020).

     

    La ville de Saint-Nazaire a pris un pari particulier : la mise en valeur et la sauvegarde d’un patrimoine essentiellement du 20ème siècle ; patrimoine très en danger car méconnu et non considéré à sa juste valeur par la majorité des Nazairiens.

     

    La ville de Saint-Nazaire s'est engagée à :

     

    Présenter le patrimoine dans toutes ses composantes :

    Matériel : bâtiments ; œuvres d’art ; éléments décoratifs ; éléments végétaux

    Immatériel : l’histoire locale, les traditions et expressions orales, (y compris la langue) ; les arts du spectacle ; les pratiques sociales ; tissu associatif ; les savoir-faire liés aux métiers de l’artisanat et de l’industrie ;

     

    Promouvoir la qualité architecturale en le faisant découvrir via des brochures, une signalétique, des visites guidées par des guides détenteurs de la carte professionnelle de « guide-conférencier », en veillant que les transformations, restaurations et embellissements ne nuisent pas au bâtiment, (ex : interdiction des portes en PVC ; retrait des éléments plaqués sur les façades, notamment ajouts autour des vitrines ; stricte respect des codes couleurs établis par la mairie depuis 2014, qui est certes à revoir quand il s'agit d'autoriser les gens de peindre leur façade en gris ou noir) ;

     

    Sensibiliser les habitants à leur environnement, en leur faisant prendre conscience à la qualité architecturale, urbaine et paysagère ;

     

    Initier le public jeune à l'architecture et à l'urbanisme ;

     

    Assurer la communication et la promotion du patrimoine à l'attention d'un public diversifié ;

     

    Mettre en œuvre un programme grâce à un personnel qualifié agréé (un animateur de l'architecture et du patrimoine et des guides-conférenciers) ;

     

    Développer des actions de formation à l'intention des personnels communaux, des médiateurs touristiques et sociaux, des associations.

     

     

    Ce qui implique de :

     

    Disposer d'un service d'animation de l'architecture et du patrimoine avec à sa tête, un animateur de l'architecture et du patrimoine,

     

    Créer un Centre d'Interprétation de l'Architecture et du Patrimoine (CIAP) accueillant une exposition permanente sur le territoire et les architectures qui le structurent, retraçant les étapes de l’urbanisation, détaillant les matériaux employés, et qui sera dans le cadre du projet de Saint-Nazaire couplé avec un lapidaire où seront stoker les éléments issu d’anciens bâtiments, telles que les statues (en cours de restaurations) de l’horloge de l’ancienne gare[1], un élément armorié de la cheminée de la grande salle du manoir féodal d’Heinlex[2], etc.

     

    Proposer de la documentation présentant le patrimoine, (documents papier et numériques, éditions d’ouvrages), ainsi que le programme des actions (visites, expositions, conférences, projections, etc.)

     

    Organiser des visites conduites par des guides-conférenciers, (en formation régulière), qui se déclinent autour de thématiques diversifiées comme l'architecture contemporaine et anciennes, l'urbanisme, le patrimoine industriel, les lieux insolites, le patrimoine bâti ou non bâti, les jardins et paysages ;

     

    Mettre en place un service éducatif à l'attention du jeune public, afin d'organiser des actions pédagogiques de découverte pour les enfants scolarisés, en partenariat avec les enseignants, mais également pendant le temps des loisirs ou des vacances ;

     

    Le soutien scientifique et culturel des chercheurs et des associations.

     

     

    L’accompagnement dans la mise en place de ses projets est assuré par la Direction Régionale des Affaires Culturelles des Pays-de-la-Loire (DRAC). Elle fournira une aide scientifique et participera aux comités scientifiques mis en place à l’occasion de la création des Centres d’interprétation de l’architecture et du patrimoine, dont elle financera la scénographie, tout comme elle financera en partie les différents projets en matière d'actions pédagogiques et d'outils de sensibilisation, participe au coût du poste d’animateur de l’architecture et du patrimoine pendant deux ans. Le reste est à la charge de la Ville, amis elle bénéficiera d’aides des différents acteurs de l’État. La Ville de Saint-Nazaire va donc avoir l’obligation de se constituer dès la fin des élections un budget culturel important. Un appel aux dont auprès des entreprises au titre du mécénat sera lancé.

     

     

    La ville de Saint-Nazaire c’est aussi doté d’une Conseil du Patrimoine, qui a aidé à l’élaboration du dossier de candidature au label, et qui va rester en fonction pour aider et conseiller la ville dans ses projets, par son soutien actif, ses recommandations, ou ses oppositions argumentées. Le Conseil du Patrimoine est composé des délégués des associations suivantes :  

     

    • Aremors (Association d'histoire sociale autour du mouvement ouvrier dans la région de Saint-Nazaire) ;
    • Groupe Archéologie Saint-Nazaire ;
    • Association patrimone et historique de la région nazairienne, (APHRN)[3];
    • Histoire et culture en région nazairienne (HCRN) ;
    • Je me souviens (qui promeut toute action propre à maintenir le souvenir des activités aéronautiques de Saint-Nazaire) ;
    • Les Vieux Gréements (qui se consacre à la restauration et navigation sur navire anciens) ;
    • Mémoire et savoirs nazairiens ;
    • Saint-Nazaire Histoire, (qui est une association des associations ayant attrait à l’histoire de Saint-Nazaire et des nazairiens) ;

     

    Toutes ces associations ont été démarchées parce qu’elles œuvrent à la connaissance et à la diffusion de l’histoire nazairienne et des Nazairiens, produisent des publications, et organisent des conférences.

     

    Depuis le 13 février 2020 une personne a été désignée membre de ce Conseil sans qu’il soit une association : l’auteur de ce blog, au titre d’auteur d’études historiques et d’articles de vulgarisations sur formats numériques et papier, et par conférences.

     

     

    La ville de Saint-Nazaire s’est engagée à constituer une plateforme consacrée au patrimoine. Elle s’est aussi engagée à une mise en valeur de son patrimoine bâtit, et à sa conservation, par acquisition tel qu’avec la villa Kerarvan à Saint-Marc, la restauration de la maison du jardinier du château des Charmilles à Porcé[4], celle de la villa Ker Louis à Bonne Anse[5], et du manoir du Sable dans le centre-ville[6] ; ainsi qu’au stricte respect des Loi ayant attrait aux monuments Historiques et labélisés, (aucuns travaux sans accord de la DRAC sur ses bâtiments, et respect absolu des aires de protection). Nous ne verrons plus des catastrophes avoir lieu comme ce fut le cas durant les municipalités précédentes.

     

    Par ailleurs, cela n’a pas été suffisamment mis en relief, il a été fait un inventaire des collections municipales, qui depuis la Reconstruction ont été très mal traités par les municipalités successives. On a redécouvert des œuvres qu’on croyait perdus, découvert d’autres non répertoriées. Ce patrimoine va être rendu accessible au public par des expositions et des conférences. Au même titre, on procédera prochainement à la restauration et à la protection de La Faunesse, œuvre de Despiau appartenant à l'État et confiée à la ville durant l'entre-deux-guerres et exposée devant le manoir du Sable.

     

    Le projet comprend aussi une mise en lumière des personnalités liées à l’histoire de Saint-Nazaire, artiste, écrivains, personnalités politiques, ou individu ayant eu un destin exceptionnel mais resté confidentiel, (nous reviendrons sur ce sujet dans de prochains postes sur ce blog).

     

    Le savoir-faire nazairien en matière d’industrie, et la qualité du tissu associatif et social ont pesé en faveur de la ville auprès du ministère.

     

     

     La ville agira aussi en partenariat avec l'Office du Tourisme, 

     

     

    Une cérémonie officielle concernant la mise en place du Label aura lieu en mai, la ville dévoilera alors l’ensemble de son projet et de ses engagements.

     

     

    Bien sûr, rien ne sera jamais parfait, et dans l'immédiat les événements et l’ordre de mise ne place des projets va dépendre des élections, et de l’engagement que les prochains élus prendront pour la durée de leurs mandats, mais il est ici important de souligner le fait suivant :

    Le prochain maire de Saint-Nazaire aura durant son mandat la responsabilité de la sauvegarde patrimoniale de la ville de façon pérenne, s’il n’agit pas, il sera trop tard, et la ville sera définitivement défigurée, et son patrimoine perdu pour toujours. La municipalité sortante, au même titre que les précédentes, est coupable de lourdes erreurs qu’il ne faut absolument plus reproduire. Il est donc nécessaire et urgent que les Nazairiens fassent prendre conscience de l’importance de l’enjeu aux différents candidats à la fonction de maire.

     

     

     

     

    [1] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/09/18/l-ancienne-gare.html

    [2] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/06/14/le-chateau-de-heinlex.html

    [3] Cette association a modifié en janvier son nom en remplaçant le mot préhistorique par patrimoine.

    [4] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/06/13/le-chateau-de-porce-a-saint-nazaire-premiere-partie.html

    [5] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2014/03/02/la-villa-ker-louis-a-bonne-anse-5312235.html

    [6] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/06/26/la-maison-noble-du-sable.html

  • Saint-Nazaire est lieu d’écriture

    Durant le printemps et l’été 1929, paru dans Le Petit écho de la mode son roman « Cœur promis », sous forme de feuilletons. L’histoire début au Maroc et raconte les mésaventures d’une femme dont le fiancé connait des déconvenues d’accusations mensongères et d’une erreur judiciaire qui le ruinent et les obligent à s’établir à Saint-Nazaire où ils arrivent par un mauvais jour d’hiver. Le personnage principal exprime dans le texte sa déconvenue climatique et le choc culturel qu’elle ressent entre le Maroc et le port breton. La description de la ville y est cruelle, désignée comme « triste », mais proche de la réalité quand on sait ce qu’était la ville d’alors et que l’on compare avec les textes des autres romanciers ayant vécu ou séjourné à Saint-Nazaire avant la seconde-guerre-mondiale.

    L’auteur de « Cœur promis » est Saint-Cygne, de son identité véritable Jeanne Perdriel, née Vaissière, (Ajaccio 17 janvier 1870 - Paimpol 23 mars 1951), qui vécue la plus grande partie de sa vie à Brest où elle tient salon littéraire durant plus de vingt ans, y réunissait les grands auteurs bretons d’alors. Poétesse et romancière, ses romans sont essentiellement des histoires d’amour dans lesquelles se torturent les méninges des femmes déçues. Saint-Cygne est totalement oubliée de nos jours, ses textes sont cependant d’un style agréable et qui a dans l’ensemble plutôt bien vieilli.

     

    Quand en août 1929, la journaliste nazairienne Jacqueline Bruno, (René Bernard, fille du directeur du Courrier de Saint-Nazaire), lu la description amère que Saint-Cygne faisait de la ville, son sang ne fit qu’un tour, et elle rédigea un article paru le 18 aout 1929, intitulé « Coup d’éventail », (référence au nom donné à l’événement qui donna prétexte à Charles X d’envahir l’Algérie et de ne pas rendre au Bey d’Alger l’argent qu’il lui avait emprunté). Le coup d’éventail de Jacqueline fut un long plaidoyer ventant l’été à Saint-Nazaire et sa douceur de vivre loin des falbalas de La Baule, pour contre balancer l’hiver sinistre décrit par Saint-Cygne. Un cri de révolte finissant par : « Saint-Nazaire triste ! Gris ! Laid ! Ah ! Saint-Cygne comme vous le calomniez ! ».

    Saint-Cygne demanda un droit de réponse, paru dans le numéro du 1er septembre 1929 du Courrier de Saint-Nazaire, dans lequel elle défendit son roman en argumentant que la parution en feuilletons avait amené à des coupes de texte qui ne serait dans son intégrité que dans la parution en librairie. Ces descriptions vantent le quartier du Vieux-Saint-Nazaire, (à l’emplacement du Petit-Maroc), le Port, la Place Marceau (emplacement du Ruban Bleu), le remblai, et le roman se finit par un regret profond de l’héroïne de quitter une ville qu’elle a finalement apprise à aimer.

    Jacqueline Bruno en pris note, et rangea son éventail.

     

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    Droit de réponse de Saint-Cygne paru dans le Courrier du 1er septembre 1929, cliquer pour agrandir.

     

    Cette anecdote historique appel cependant à se poser la question suivante : Saint-Nazaire est-elle littéraire ?

     

    Un ouvrage collectif, publié en 1992 par les éditions Autrement, intitulé « Saint-Nazaire port de toutes les littératures », chercha à nous en convaincre. L’ouvrage voulait ouvrir un horizon nouveau, soulignant qu’on ne pouvait réduire à la ville à son port et ses chantiers, mais qu’il y avait bien quelque chose qui s’y passait culturellement, autant qu’urbanistiquement.

    Quand cet ouvrage fut rédigé, Saint-Nazaire allait bien, elle se réinventait, s’embellissait avec plus ou moins de réussite, avait depuis 1987 son festival du roman policier, (Festival du crime devenu Festival Délits d'encre), assassiné après son édition de 1997, et depuis ressuscité à Saint-Brévin. Et puis Saint-Nazaire pouvait s’enorgueillir de posséder depuis 1987 une maison d’écrivain, la MEET, (Maison des Écrivains Étrangers et des Traducteurs), grâce à Christian Boutemy, secondé par des nazairiens et des écrivains sud-américains, qui en association donna le jour à ce merveilleux bébé qui reçu l’aide de la Mairie et du Ministère de la Culture. La publication « Saint-Nazaire port de toutes les littératures » venta alors les institutions culturelles alors existantes sur place, voulu venter l’Écomusée qui n’avait pas encore été atteint d’AVC, et, sous la plume de Luc Douillard, fit la liste des écrits d’auteurs connus, ou oubliés, mentionnant Saint-Nazaire dans un ouvrage, un journal intime ou une correspondance. Journal intime et correspondance n’étant pas par nature destinés à la publication, on sourit de voir mis au même rang et sans séparations dans la présentation aux côtés des extraits de romans ; erreur que n’a pas reproduit la MEET dans son ouvrage « Saint-Nazaire est littéraire », qui mêle extraits de textes d’auteurs anciens et d’auteurs qu’elle a logé.

    Constatons une chose : quatre ou cinq auteurs cités dans les deux ouvrages expriment un enthousiasme pour Saint-Nazaire. Les auteurs cités dans « Saint-Nazaire port de toutes les littératures » parlent de la ville comme d’un lieu sinistres, noyée sous la pluie, à la population enivrée. On peut aussi pousser dans les cordes en s’étonnant du très petit nombre de texte rassemblés alors que celui des auteurs depuis 1987 est énorme.

    Les auteurs de la MEET dont les textes ont été repris dans « Saint-Nazaire est littéraire » n’ont pas de jugement négatif, mais on en ressent à leur lecture une impression d’étouffement, sentiment renforcé par le choix iconographique qui donne envie de se suicider si on les fixe trop longtemps, et font tristes pendants aux photographies de l’Office du Tourisme sur lesquelles population et ciel ont la jaunisse en raison d’une mauvaise maitrise de Photoshop. Les descriptions faites de la ville n’y dépassent pas le port, la base allemande, le Petit-Maroc et son pont levant, au plus loin la gare. Le pont de Saint-Nazaire pourtant visible depuis le balcon de l’appartement y est inexistant, comme la Loire, l’Océan, et les plages. Plus grave, dans une lettre du poète chinois Hu Dong, à destination de l’écrivain Ronaldo Menendez, et reproduite sur le site de la MEET, celui-ci affirme : « Tout le feng-shui est dans le port, la ville en est la triste arrière-cour. » Ce jugement choque les Nazairiens, mais il faut expliquer que les personnes invités à la MEET ne voient pas autre chose que l’appartement du 10ème étage du Bulding, et ses abords immédiats. Même quand les auteurs sont invités pour quelques jours et logés en groupe dans un hôtel, on limite leurs déplacements au seuls lieux mentionnés. Saint-Nazaire, pour la MEET, c’est un appartement au charme rétro de la fin des années 1980, où seule la machine à écrire à disparue, un port, et trois bars et restaurant. On décourage l’invité à s’échapper. Nourri-logé, alcoolisé au muscadet, (un poète belge en finit en coma éthylique de retour dans le TGV en 2015), l’invité aurait mauvais goût de se plaindre de ses conditions de vie nazairiennes. Les confidences au cours d’un souper à Beyrouth, Istanbul ou Buenos Aires, où sur l’oreiller dans l’appartement de la MEET, révèlent cependant un sentiment de déception et d’horizon bouché.

    Certes la plupart des écrivains sont ingérables, franchement perturbés, presque tous narcissiques malgré un effort de sociabilisation relative, motivé surtout par le besoin de se nourrir de la vie des autres pour alimenter leur écriture, et à Saint-Nazaire ils ne sont pas en vacances : ils doivent écrire, laisser un texte rapidement rédigé. Majoritairement ceux-ci laissent à la publication de la MEET un extrait de leur travail en cours, rarement quelque chose à propos de Saint-Nazaire dont ils ne font pas la connaissance.

    Aussi, n’en déplaise à la MEET, je suis de ceux qui réfutent que Saint-Nazaire est littéraire. Saint-Nazaire ne l’est pas car il n’offre pas la matière à écrire à son propos des romans, et à peine peut-il servir de décors. Les ouvrages qui situent une part substantielle de leur action à Saint-Nazaire sont rares. Deux romans récents s’y déroulent entièrement : « La mauvaise fortune » d’Olivier Delagrange ; et « Calculs sévères à Saint-Nazaire » de Rémi Devallière. C’est une aberration, il y a des ports bien plus désagréables que Saint-Nazaire qui sont les lieux d’aventures multiples, mais Saint-Nazaire a toujours collé à la peau l’image et l’atmosphère d’un port poisseux et moribond et rien n’est entrepris pour que cela change. Les Nazairiens ont beau s’en insurger, cela ne pénètre pas les croisons des cerveaux des gens qui ont pouvoirs et moyens de changer ce sentiment. Il y a une compétence collective chez ceux qui compose la classe dirigeante à nous faire passer pour des gens incapables de voir par-dessus le parapet du remblai. Cela contribue d’ailleurs à ce que les publications nazairiennes ne dépassent pas les limites d’un petits cercles, (les ouvrages de la MEET sont presque introuvables en dehors d’une commande sur le site, même les libraires et bouquinistes de la ville n’arrivent pas à les vendre, au point d’oublier sur quelle étagère ils les ont remisés), et les éditeurs, qu’ils soient parisiens ou bretons, disent en écho « une histoire qui se déroule à Saint-Nazaire, si ce n’est pas du policier où un drame, ça ne trouvera pas de lecteur ». Certes, la MEET n’a pas le devoir de faire du commercial, elle se doit de donner une visibilité, même infime à des auteurs qui ne sont pas connus en France, parfois à peine dans leur pays, la MEET c’est du mécénat culturel, et probablement l’un des derniers en littérature en France.  Les éditeurs français ne font plus que du commerce en vendant de la littérature au mètre : la longueur maximum d’un roman doit correspondre à un temps de lecture identique à la durée du trajet TGV Paris-Montpellier. La publication d'un auteur étranger n’est faisable que si dans sa langue il a déjà bien vendu. Espérons que tout cela change rapidement.

    Saint-Nazaire n’est pas littéraire, Saint-Nazaire est lieu d’écriture, c’est différent. Saint-Nazaire est le lieu idéal pour écrire pour peu qu’on élargisse le droit de circuler au-delà du port. La ville offre la possibilité de la réflexion, de l’intériorité nécessaire à la composition et à la maturation de l’écriture.

    Vous pouvez écrire sur n’importe quel sujet, mais vous ne le ferez bien qu’en étant éloigné de l’objet de votre prose. Que ce soit Orhan Pamuk qui parle exclusivement d’Istanbul, mais depuis les iles aux Princes ; Jabbour Douhaily de Beyrouth depuis Tripoli ; ou feue Silvina Bullrich qui affirmait « Ma ville, les maisons, le cimetière de Recoleta … Au-delà de tout elle est cimentée à ma vie et mon travail. Par Buenos Aires et à Buenos Aires je vous écris mes mémoires. Pour toute l'Argentine peut-être … », le faisait en réalité physiquement depuis Genève en laissant son âme à Buenos Aires. L’éloignement doit avoir lieu pour donner vie à l’écriture. On serait surpris de savoir le nombre d’écrivains qui choisissent de venir anonymement se retirer un temps à Saint-Nazaire pour être capable d’écrire, alors qu’on s’attendrait à les apercevoir à La Baule, et qui disent : « je viens ici pour écrire ».

  • Jean-Guillaume Küpper

    Au cimetière La Briandais, la plus ancienne tombe subsistante est celle de Jean-Guillaume Küpper, un officier de l'armée napoléonienne, né prussien. Cette tombe se trouve dans l'allée principale côté gauche.

     

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    Jean-Guillaume Küpper, baptisé en la paroisse Catholique de Montjoie, royaume de Prusse, arrondissement d’Aix-la-Chapelle, (aujourd’hui Monschau, Allemagne, Rhénanie-du-Nord-Westphalie, arrondissement d’Aix-la-Chapelle), fils de Jean-Guillaume Küpper et de Sibille Gertrude Brüll, entré au 16ème régiment de dragon le 24 avril 1808, brigadier le 24 octobre 1808, fit campagne en Espagne en 1808, en 1809 en Autriche, entré en formation de la 1ère Légion le 1er janvier 1810, fit campagne de 1810 à 1812 en Espagne, brigadier le 16 juin 1812, cuirassier le 28 février 1813, fit campagne en 1813 en Saxe puis en France en 1814, reçu deux blessures, légionnaire le 4 décembre 1815, parti comme étranger le 26 novembre 1815, naturalisé français par ordonnance du roi du  24 mars 1819, advint gendarme à cheval dans la gendarmerie royale de Paris le 14 avril 1819, confirmé par décision ministérielle le 6 mai 1819, sous-lieutenant de gendarmerie en 1819, chevalier de la Légion d’Honneur sur décision du 24 juin 1820, brevet signé le 21 août 1820,  il reçu le commandement de la compagnie de gendarme de Saint Nazaire, ville où il décéda le 27 août 1858, (acte de décès disparu, seul subsiste la table de 1858 sans détail) ; il fut inhumé au cimetière de La Briandais à Saint-Nazaire, et sa tombe est actuellement la plus ancienne de la ville.

     

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    Prestation de serment de Jean-Guillaume Küpper

     

     

     

  • Narcisse Pelletier à Saint-Nazaire

    Si vous allez vous promener à Saint-Gilles-Croix-de-Vie vous rencontrerez une borne dans un square de la cité historique de Saint-Gilles-de-Vie, qui vous relatera la vie d’une enfant du pays connu sous le surnom de « Sauvage Blanc», et qui mentionne que celui est décédé à Saint-Nazaire.

     

    Qui est donc ce Narcisse Pelletier que l’on célèbre à Saint-Gilles, mais qui est un inconnu à Saint-Nazaire où portant il finit sa vie ?

     

    La vie de Narcisse Pelletier, ou du moins un épisode de dix-sept années de sa vie, a été passablement relatée dans des ouvrages plus ou moins sérieux et correctement documentés. Nous nous bornerons sur ce blog d’en faire un résumé et de donner les éléments qui nous sont connus de ses dernières années à Saint-Nazaire.

     

    Alphonse-Narcisse-Pierre Pelletier est né le 1er janvier 1844 à Saint-Gilles-sur-Vie, (aujourd’hui commune de Saint-Gilles-Croix-de-Vie), premier enfant de Martin-Hélier Pelletier, bottier, originaire des Sables d’Olonne, d’une famille d’artisans amidonniers et serrurier, (et non de notables de robe comme il a été écrit ailleurs), et d’Alphonsine-Hyppolite Babin, couturière, issue d’une famille de marins de Saint-Gilles. Le couple eut ensuite d’autres enfants, dont deux fils qui atteignirent l’âge adulte : Hélie, né en 1845 ; et Alfonse, né en 1854.

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    Acte de naissance de Narcisse Pelletier. Cliquer pour agrandir.

     

    À l’âge de 12 ans, sa scolarité étant terminée, il fut obligé de gagner sa vie, et débuta comme mousse à bord du sloop l’Eugénie le 12 mai 1856 pour un premier voyage de cinq mois, alors que, comme nombre de marins d’alors, il ne savait pas nager ! Débarqué à Luçon, il fut engagé à bord de La Reine de Mers, un navire mouillant à Bordeaux, en partance pour Trieste. A son bord il fut violenté et blessé au couteau, ce qui le fit quitter le bord à Marseille le 29 juillet 1857. Il embarqua sur le Saint-Paul, navire venant de Bordeaux, commandé par le capitaine Emmanuel Pinard, à destination de Bombay. Pinard tenait du pirate et marchand négrier. De Bombay le navire gagna Hong Kong pour le compte d’une compagnie minière anglaises qui désirait transporter en Australie des ouvriers chinois. Durant l’embarquement de ses hommes nommés péjorativement dans la langue de Shakespeare « coolies », l’équipage n’eut pas l’autorisation de descendre à terre. Les Chinois, au nombre de 317, furent entassés comme des bêtes en fond de cale et rationnés au strict minimum par Pinard qui n’avait pas prévu de vivres en suffisance pour tout le monde. L’ambiance à bord en devint rapidement délétère, le manque de nourriture et d’eau entraîna des ravitaillements en saut de puce entre des côtes habitées de populations qui n’avaient pas grand-chose à vendre. Un jour de brouillard, au large de l’île Rossel, à l'est de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, Pinard confondit une montagne avec un grain avançant au loin. Le Saint-Paul heurta un récif et coula rapidement. On jeta dans les chaloupes quelques vivres déjà gâtés par l’eau de mer s’engouffrant dans la cale, et l’on gagna un îlot qui affleurait. De la côte de l’ile voisine, des indigènes se signalèrent, causant une panique plus grande chez les naufragés qui redoutaient leur réputation de cannibales. Il faut ici préciser que les peuples endémiques de cette partie du Pacifique pratiquaient l’anthropophagie rituelle à grande échelle. Cette anthropophagie, dont on signalait encore quelques cas malgré l’occidentalisation, s’accomplit exclusivement sur les sujets masculins par des sujets masculins, et consiste à dévorer les cadavres des guerriers tués afin de s’emparer de leur force, où sur des hommes suspectés d’être habités par l’esprit d’un démon, nommé « khakhua », responsable des accidents mortels que peuvent subir les gens de la tribu. Les femmes sont en effet exclues de la possession, et n’ont droit au régime anthropophage que dans le cas de consommation rituel du cadavre d’un homme important de la tribu, acte rare, mais ayant la particularité de transmettre le kuru, forme humaine de la maladie de Creutzfeldt-Jakob. Cependant, les indigènes se montrèrent au-départ amicaux, apportant un peu de nourritures aux naufragés, mais pour une raison inconnue, il y eut un affrontement. Les marins français employèrent les armes et le peu de poudre qu’ils avaient pu sauver. Le capitaine Pinard décida de partir avec son équipage à bord de la chaloupe en direction des voies de navigation ou d’une côte plus accueillante. L’embarquement se fit de nuit, sans prévenir, et c’est parce qu’il fut réveillé par le bruit des autres marins se levant que Narcisse et un mousse plus jeune qu’il réveilla à son tour, purent fuir l’îlot. Pinard raconta par la suite au Ministère de la marine   qui lui demanda des comptes, avoir convenus avec les Chinois son départ avec ses hommes pour chercher des secours, et leurs avoir laissé des vivres. En réalité il ne leur laissa rien, car il n’y avait presque plus rien à manger et surtout à boire. Les Chinois furent contraints de se nourrir de coquillages et de récolter l’eau de pluie. Deux d’entre eux décédèrent de faim, et furent inhumés sous des coquilles. Au bout de quelques jours les indigènes les forcèrent à se rendre sur l’île Rossel. Trois mois plus tard six d’entre eux réussirent à fuir et à se faire sauver par un navire écossais qui les vit se signaler sur la plage. Deux jours après ce sauvetage Pinard arriva avec un navire pour récupérer ceux qui étaient pour lui une simple cargaison dont il aurait le payement pour le transport qu’une fois en Australie. Un seul d’entre eux était encore vivant et pu être sauvé à son tour.

    Mais quand Pinard revient avec ses hommes sur le lieu du naufrage du Saint-Paul, Narcisse Pelletier n’était pas avec eux. Ils l’avaient abandonné depuis longtemps sur une plage Australienne.

    Les marins français firent un voyage de douze jours à la rame, en buvant leur urine faute d’eau potable, et en se partageant quelques boites de conserves. Arrivés au large de l'Australie, ils débarquèrent au Cap Direction et cherchèrent séparés en deux groupes, de l’eau potable. Ils furent confrontés à une tribu qui les attaqua à l’aide de flèches, blessant au passage Narcisse. Après quatre jours d’errance, ils se divisèrent en deux groupes dont l’un fut chargé d’exploration, il se perdit et ne fut retrouvé par l’autre que deux jours après. Deux hommes périrent alors d’épuisement.

    Ils finirent par trouver de l’eau. Rués sur ce point minuscule, les marins ne laissèrent pas Narcisse s’en approcher, et quand ils le laissèrent enfin, la mare de quelques centimètres de profondeur pour une circonférence de trois mettre était à sec. Ils argumentèrent, en désignant un fin filet d’eau qui suintait, que Narcisse n’avait qu’à rester pour remplir son quart, qu’il pouvait rester se reposer là, et qu’ils reviendraient d’ici quelques heures le retrouver après avoir exploré plus avant la côte à la recherche de fruits. Narcisse resta là, bu ce qu’il put au bout de quelques heures, et s’endormi. Les marins ne revinrent jamais. Il finit par pouvoir se désaltérer, et trouva des fruits dont il fit provision avant de partir vers la plage où la chaloupe avait accosté. Il ne trouva personne, ils étaient partis. Pinard prétendit qu’ils avaient cherché Narcisse, mais qu’ils n’avaient pas pu réaccoster sur la plage du fait d’un faible tirant d’eau à marée basse, et ne l’avaient pas vu.

    Notre vendéen erra sur la côte en suivant des empreintes de pied laissées sur le sable. Épuise et affamé, il ne dut son salut qu’à des aborigènes de la tribu des Uutaalnganus qui le découvrirent. L’un des hommes influant du clan (il n’y a pas de chef de tribu chez les aborigènes), prénommé Maadman, se comporta avec lui comme un père durant les dix-sept ans qui suivirent, lui enseignant langue, culture et usages. Narcisse, reprénommé « Amglo », se plia aux usages et rituels, et fut initié, à l’âge adulte, aux misères de la Foi aborigène, subissant scarifications rituelles sur la poitrine et l’épaule gauche, au perçage de la cloison à la base du nez pour y introduire un morceau d’un Ztigau, (fin cylindre d’os), et des lobes pour y passer des cylindres de bois. Marié, il eut trois enfants dont on ignore le destin (deux sont mentionnés comme présents durant sa capture par les Britanniques, Narcisse avoua le nombre de trois à un ami).

     

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    Narcisse Pelletier, photographie de Constant peigné, photographe nantais ayant succursale à Saint-Nazaire.

     

    Le 11 avril 1875, le navire anglais John Bell mouilla à proximité de la plage où la tribu séjournait. Une chaloupe fut mise à l’eau, avec à son bord uniquement des marins à la peau noire, car les anglais pensaient que les aborigènes se montreraient amicaux avec des hommes à la couleur de peau proche de la leur. Les marins noirs prirent contact avec la tribu, et rapportèrent à leur capitaine avoir vu un homme blanc parmi eux couvert de cicatrices, aussi nu que les sauvages parmi lesquels il était. Il fut donné ordre d’aller le chercher, le capitaine du John Bell pensait que c’était un bagnard évadé. Narcisse fut enlevé par les marins noirs qu'il pensa être anthropophages. Ayant reçu des vêtements à bord de la chaloupe, puis monté à bord du John Bell, il se senti rassuré à la vue d’européens, mais il chercha à s'échapper plusieurs fois, et fut finalement entravé. Les anglais finirent par déduire qu’il était français. Le bateau alla d'abord au port de Somerset (Queensland), à une vingtaine de kilomètres, puis à Sydney où se trouvait le consulat de France. Le consul, Gabriel-Eugène Simon, qui l’identifia grâce aux lettres qu’il avait reçues de la famille Pelletier, depuis dix-sept ans. Retrouvant ses rudiments de langue française et d’écriture, Narcisse rédigea laborieusement une lettre à destination de ses parents. C’est en réalité par la traduction d’un article du Times publié dans la presse française, que ses parents furent informés que leur fils était toujours vivant.

     

    Narcisse quitta le port de Sydney pour regagner la France. À l’escale de Nouméa le 7 août 1875, il y rencontra un soldat natif de Saint-Gilles comme lui qui lui donna des nouvelles de sa famille. Durant son
    voyage de retour, Narcisse commença à se présenter comme une victime des aborigènes, attendu qu’il n’était pas possible d’avouer, à une époque où les Occidentaux se croyaient supérieurs racialement, qu’il avait fait le choix de vivre comme un « sauvage ». Il appuya sa position de victime sur une blessure rituelle à la jambe qu’on lui avait faite.

    Le 2 janvier 1876 Narcisse y fut accueilli en héros à Saint-Gilles. Le souvenir de cette entrée triomphante est resté un souvenir encore vif dans la mémoire des familles gillocruciennes.

    On l’expédiât un temps à Paris, où il fut l’objet d’observations de plusieurs professeurs et médecins réputés, dont Georges Félizet, (1844-1909), chirurgien à l’hôpital Beaujon, qui fit le détail de ses scarifications, et le docteur Arthur Chervin, (1850-1921), spécialiste du langage, (il fut deux ans plus tard nommé directeur de l'Institut des bègues à Paris). Arthur Chervin laissa à propos de Narcisse le témoignage suivant : « Je dois dire que cet individu m’a laissé une assez triste impression : il était très défiant, sournois et probablement menteur ; peu intelligent d’ailleurs, mais parlant le français parfaitement bien.[1] » Cette description est en contradiction avec les observations du docteur Augustin Ricard, médecin à bord du navire qui le ramena en France. Il le présente comme un homme intelligent et charismatique. Le fait est que Narcisse ne pouvait pas tout dire concernant sa vie chez les aborigènes, ce qui contraria profondément Chervin, qui soupçonnait qu’il s’était intégré parfaitement au groupe aborigène et n’avait pas été victime.

    Le docteur Constant Merland lui proposa de rédiger ses mémoires afin d’avoir de l'argent et de rétablir des vérités concernant son histoire et le naufrage du Saint-Paul. Il en résulte un témoignage, très complet, sur la
    tribu aborigène parmi laquelle il vivait, tant sur les mœurs, la langue, les arts, mais plus que vague quant à sa vie et à sa personnalité. L'ouvrage trouva peu d'acheteur. Il est consultable via le lien suivant : https://books.google.fr/books?id=XYNEsmZtS6kC&printsec=frontcover&dq=Constant+Merland&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiP-O_qo93kAhVM8uAKHWykBhMQ6AEINDAC#v=onepage&q&f=false

    Le dossier concernant le naufrage resta quant à lui ouvert…

    Le Ministère de la Marine accorda à Narcisse la fonction de gardien du phare d’Aiguillon en Saint-Nazaire. A l’époque il n’y avait pas de constructions autour, les chalets construit dans le vallon qui descend à la plage de Port Charlotte n’avait pas encore été édifiés par le marchand de vin Jean-Baptiste Lechat, pour ses enfants, (dont le maire de Saint-Nazaire Auguste-Baptiste Lechat-Boilève). L’habitation la plus proche était la maison du pilotage de la pointe de L'Eve remplacée ensuite par un fort. Autour tout n’était que pâturages bataillés par les vents, borné de quelques buissons bas. Aiguillon était qualifié de « phare de purgatoire », celui des Charpentiers en pleine mer « d’enfer », celui de Kerlédé, abrité à l’intérieur des terres, « de paradis ». Le Phare, aujourd'hui très petit, était alors un d'aval, fixe, haut de 34m, avec une portée de 4 I.

     

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    Le phare d'Aiguillon tel que Narcisse Pelletier le connu, avec ses hauteur initiale de 34 m.

     

    Narcisse vécu au phare d’Aiguillon dans un grand isolement, entretenant des relations tendues avec les gardes-feux qui avaient eu le tort de le surnommer « le Sauvage », et avaient essuyé de sa part une terrible colère ponctuée d’un cri strident appris dans le bush. La mémoire nazairienne dit que ce cri provoquait des frissons à ceux qui l’entendaient.

    Narcisse était devenu un homme taciturne ; les regards que posaient sur lui les nazairiens en raison des perforations à ses oreilles lui étaient lourds, tout autant que les rumeurs qui courraient à son sujet. On le disait cannibale, chasseur à l’arc ou à la lance, (il semble en effet avoir chassé le lapin sans fusil) ; on disait aux enfants qu’on irait le chercher s’ils n’achevaient pas leur assiette de soupe.

    Cependant Narcisse n’était pas seul à Saint-Nazaire, son plus jeune frère, Alphonse, y était menuisier, et par son intermédiaire il se fit des amis qui gardèrent de lui l’image d’un homme grande timidité, gentil, séduisant, mais traînant une tristesse infinie. Un détail est resté en mémoire dans ma famille : il lui arrivait d'expliquer la conception de la création du monde par les aborigènes, qu'ils nomment « Rêve », en réalisant des dessins sur le sable. Il prenait soin à chaque fois d'effacer le dessin à la fin de son récit et à sa place traçait un rond avec une barre entrant dans le bas du rond, qui figurait « le retour à l'origine du créateur ».

    Il recevait régulièrement dans son logis du phare d’Aiguillon la visite de linguistes et d’ethnologues qui l’interrogeaient sur les aborigènes. On sait qu'Edouard Garnier retranscrit quatre chansons aborigènes qu'avait retenu narcisse. Deux de ces chansons étaient pour danser, l'une était à été chanté la nuit, la dernière était une « invocation de la lune ». L'anthropologue David Thompson a transcrit l'un des mots de la chanson: " Yunthu kalinan, kalinan, Yunthu kalinan, kalinan. Para kalinan, kalinan. Para kalinan, kalinan... ", ce qui se traduit part : " Racine de nénuphar porte-nous, porte-nous. Racine de nénuphar porte-nous, porte-nous. Homme blanc porte-nous, porte-nous. Homme blanc porte-nous, porte-nous. "

     

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    Narcisse Pelletier en tenue occidentale.

     

    C’est par l’intermédiaire de son frère que Narcisse rencontra Louise-Désirée Mabileau, né à Saint-Nazaire le 28 novembre 1857, couturière, fille de l’ancien meunier[2] du moulin du Ménaudoux[3], qu’il épousa civilement le 18 octobre 1880 à Saint-Nazaire, et religieusement en l'église de l'Immaculée le 31 octobre.

     

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    Acte de mariage civil de Narcisse Pelletier, avec sa signature. Ses deux frères, Hélie, cordonnier aux Sables d’Olonne, et Alphonse, menuisier à Saint-Nazaire, furent ses témoins. Archives de Saint-Nazaire. Cliquer pour agrandir.

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    Acte de mariage religieux de Narcisse Pelletier. Archives diocésaines. Cliquer pour agrandir.

     

    Peu de temps après son mariage, Narcisse fut promu gardien des signaux de l'entrée du port (actuelle vieille-entrée), puis chef des haleurs, affecté à la manœuvre de la toutine, (sorte de filin servant à attraper et amener les amarres), et avant sa mort, employé aux bureaux du port. Le couple emménagea au 21 de la Grand Rue dans la vieille-ville, et mena une existence discrète.

     

    Narcisse décéda le 28 septembre 1894 à Saint-Nazaire, sa mort fut relatée dans les journaux. Il fut inhumé religieusement le 30 septembre au cimetière de La Briandais, section N17, sa tombe est dans un état d'abandon alarmant, la croix est renversée, la plaque à disparue, et il n'y a aucune signalétique mise en place par la municipalité qui est totalement ignorante de sa vie et de sa présence au cimetière.

     

     

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    Acte de décès de Narcisse Pelletier, Archives de Saint-Nazaire. Cliquer pour agrandir.

     

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    Acte religieux d’inhumation de Narcisse Pelletier, Archives diocésaines. Cliquer pour agrandir.

     

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    Tombe de narcisse Pelletier et de son épouse au cimetière de La Briandais, état en 2019

     

     

    Louise-Désirée Mabileau se remaria le 1er juin 1905 avec Joseph-Marie Tellier, un retraité né à Boué le 19 avril 1853, qui résidait rue des Grand Ormeaux, (boulevard de La Renaissance), et décédé  en 1912. Louise-Désirée s’établie ensuite à La Villès-Martin et décéda en 1930. Tous deux reposent dans le même tombe que Narcisse.

     

     

     

    [1] Bulletins et Mémoires de la Société d'Anthropologie de Paris, année 1880.

    [2] Elle était fille de Marc-Séraphin Mabileau, (Saint-Père-en-Retz 7 octobre 1819 - Saint-Nazaire le 31 décembre 1879) et de sa seconde épouse Rose-Francoise Yver, (La Chapelle-Launay 4 octobre 1823 – Saint-Nazaire le 21 novembre 1902), celle-ci partage la tombe de Narcisse.

    [3] Dépendant du village de La Tranchée, le moulin du Ménaudoux fut construit durant le règne de Louis-Philippe, en bordure du Grand-Marais, au niveau de la rue Claude Perrault, (la rue du Ménaudoux désigne le chemin qui y conduisait). Le nom de Ménaudoux est la déformation du nom breton « Maez an Aodou », qui signifie « domaine de la côte ». Avant la construction du moulin, il n’y avait rien si nom un espace agricole clos de murs.

  • Nom d’un lieu !

    Depuis plusieurs années je vois passer sur les réseaux sociaux la révolte de Nazairiens face au re-baptême de certains quartiers et aires avec des noms qui n’ont rien à voir avec le nom historique de ces lieudits. Sans devenir gardien de l'onomastique et du terroir, je comprends ces Nazairiens, et moi-même je reprends les gens quand ils nomment « La Havane », le quartier du Sable.

     

    saint-nazaire,onomastique

    Carte IGN de la Rade de Saint-Nazaire,

    on y voit que la plage du Centre-ville est en réalité les plages des Petit et Grand Traict.

     

    Renommer un lieu n’est pas un phénomène nouveau à Saint-Nazaire, les humains changent le nom des lieux où ils vivent depuis toujours. Quand vous faite l’acquisition d’une maison et qu’elle affiche sur son fronton « Villa Marcelle », nom donné par le constructeur en 1930, vous aurez probablement envie de supprimer ce prénom démodé au profit de celui de votre petite dernière, où lui donner un cachet littéraire ou baroudeur exotique en la renommant Manderley ou Tombouctou, ou de la bretonniser en Ker Marcelle. Certes, cela ne concernera que votre maison, mais qui sait si dans cinquante ans le nouveau nom que vous lui aurez donné ne devienne un jour celui de la résidence ou du parking que l’on bâtira à l’emplacement de vos hortensias ? C’est ce qui est arrivé avec la propriété Kerfaouet à la Villès-Martin, ou celle Du Bout du Monde, villa ainsi baptisée parce que la route s’arrêtait soudainement là, devant la prairie de la ferme de La Noé de Kerlédé, et qu’à l’époque la zone se trouvait loin hors de la ville.

    Au demeurant, vous aurez beau donner un nom joli à votre propriété, si vous y avez installé votre entreprise, le nom de celle-ci finira par éclipser le nom de votre maison, car il n’y a pas que les propriétaires qui changent les noms des lieux, il y a aussi la population locale. Kerbrun est ainsi le nom d’une guignette qui existait entre 1860 et 1914, tout comme Le Petit Caporal celui d’un cabaret fondé en 1852, et de nos jour Leclerc pour L’Etoile du Matin.

     

    Remontons le temps : Qui sait encore ou se situent à Saint-Nazaire La Girauderie, La Cavarderie, Le Bois Guimard, La Menée-Mayet, La Tranchée et La Pasquelais ? Ces noms ont disparu des cartes pour certains depuis plusieurs siècles. La Girauderie est le « vrai » nom de Toutes Aides, c’est en ce lieu que le père Jan Mothais, sieur de La Girauderie, vicaire et régent de Saint-Nazaire[1], fit édifier en 1659 la chapelle Notre Dame de Toutes Aides, dont le nom fini par supplanter celui du fief.

    De la même façon, La Cavarderie est le nom véritable de l’Immaculée. La paroisse de l’Immaculée fondée durant le Second-Empire à peu à peu donné son nom au village et à ses abords.

    Le Bois Guimard a été remplacé par le quartier de Plaisance en 1923, il se trouve tout entier sous la rue Gabriel Fauré.

    La Menée-Mayet, était un village constitué autour de la place où se trouve les halls de Méan-Penhoët. Au demeurant, le nom de Méan-Penhouët, est une appellation de conciliation choisie par les habitants du quartier. Ce qui est le quartier de Penhoët, correspond au site du moulin de Penhoët, le village de Penhoët ayant disparu avec le creusement du bassin et la création des chantiers. Nombre de gens se considèrent méannais ou penhoëtois selon le côté des halls où ils habitent, dans certains cas, cette notion d'appartenance dépend si la famille qui est du lieu depuis des siècles, (dans ce cas ils se disent méannais), où implantée pour travailler aux chantiers de Penhoët, (et donc se considèrent penhoëtois). Mais la réalité en terme de section déterminée au moment de l'urbanisation au 19ème siècle est que Penhoët se trouve entre le bassin et la Voie Américaine.

     

    La Tranchée est un village disparu à la reconstruction sous le stade et la parking de la Cité scolaire. Ajoutons que durant la première-guerre-mondiale, à l'emplacement des HLM qui font face à ce parking, se trouvait un cimetière militaire, vidé de ses tombes en 1924, mais réouvert en 1940 pour y inhumer les corps des victime de l'attaque du RSM Lancastria, puis des bombardements. Ce cimetière fut à nouveau vidé de ses tombes et loti à la Reconstruction.

     

    Quant à La Pasquelais, c’est le nom de la seigneurie sur laquelle se trouvait le manoir de Kerlédé, qui finit par devenir celui de la seigneurie et celui du village à proximité et disparu dès le 16ème siècle.

    Le nom de Port-Charlotte n’apparait que vers 1721, auparavant c’est la plage des Rochelles, nom qui a été repoussé à l’intérieur des terres autour du calvaire. Dans son cas ce sont les ouvriers en charge de la construction du phare, lui-même nommé Aiguillon en l’honneur du duc d’Aiguillon qui ordonna la construction. La tradition dit que Port-Charlotte serait aussi un hommage au duc dont la mère se prénommait Charlotte, mais rien ne le confirme, et il est possible que le nom vienne du prénom d’une jolie femme vivant à proximité et que les ouvriers du chantier regardaient avec désire…

    Il y a aussi les noms donnés à des lieux qui n’en avaient pas spécifiquement mais qu’on identifiait grâce à une particularité du paysage, comme La Chataigneraie à Kerlédé, qui désigne initialement le bois de châtaigniers qui appartenait au seigneur local ; il y eu aussi Les Trois Ormeaux dont les vieux Nazairiens désignaient encore dans les années 1980/90 le croisement des boulevards de La Renaissance et Victor Hugo, parce que à la fin du 19ème siècle, et jusque dans les années 1930, il y avait à cet emplacement un croisement avec un bouquet de trois gros ormes qui surplombait un paysage fait de prairies.

     

    Les noms ne sont pas non plus fixes en matière d’orthographe et de phonétique. Les déformations onomastiques sont courantes : Virechat est la contraction de La Virée Richard ; La Belle-Hautière celui de La Belliotière, nom d’une métairie appartenant la famille Belliotte ; Porcé a lui subit plusieurs changements, passant du nom de Port-Séguran, à la contraction de « Port-Sé » dans le langage courant, puis Porcé sur la carte de Cassini, parce que les cartographes du Roi, avaient eu ordre de Louis XIV d’indiquer aussi les lieux de batailles anciens. Jules César ayant, dans ses mémoires, raconté qu’il avait trouvé refuge avec ses galères dans une baie située entre les estuaires de la Loire et de La Vilaine, le commis de Cassini en charge du relevé local en déduit que Porsé était la contraction de Portus Cesare ! Jusqu’en 1918, date à laquelle on décida en France de fixer définitivement l’orthographe des noms de lieux, par suite de la confusion constatée entre les relevés d’état-major et la réalité sur les lieux de batailles de la Grande-guerre[2], Port-Séguran se trouve orthographié Port-Cé, Porsay, Porcé suivant les relevés, et si Porcé est aujourd’hui l’orthographe d’usage, la Marine le désigne encore comme Port-Cé. Le nom de Porcé a par ailleurs débordé sur toute la zone alentour, alors qu’il ne désigne en réalité que la crique ; le Château des Charmilles en a pris le nom après 1908 quand le Docteur Raffegeau en fit l’acquisition, et aujourd’hui c’est le nom de toute la zone faisant bordure au chemin de Porcé, qui initialement n’était que celui du chemin y menant. Dans ce même secteur de Porcé il y a souvent une confusion entre Bonne-Anse, nom de la baie, et La Rougeole qui est celui de l’ilot rocheux qui y fait face ; ce nom de Rougeole était aussi celui donné à la vigne aujourd’hui disparue, dont il ne reste que le vendangeoir, adorable demeure située au 17 du chemin de Porcé. Le terrain de La Villa Nelly, nom donné en hommage à sa fille aînée par le commanditaire, était quant à lui un vignoble nommé Le clos du Plessis, car fief attaché à la seigneurie du Plessis-Giffard.

    Je l’ai écrit en préambule, entendre « quartier de La Havane » au lieu de quartier du Sable, me fait grincer des dents. Le quartier a été construit sur le domaine du manoir du Sable, un ancien fief noble, dont le manoir du 15ème siècle encore existant, quoique très dénaturé, est la plus ancienne maison de Saint-Nazaire. Quand la propriété fut lotie au 19ème siècle sous la forme d’une société privée, et jusqu’à une date récente, il était uniquement Le Sable. Mais dans la volonté de renommé tout en effaçant le passé, la municipalité Batteux a choisi de renommer le lieu d’après l’une de ses rues, pour faire plus exotique. « C’est plus vendeur », répète en boucle l’office du Tourisme qui veut associer dans l’imaginaire du touriste les façades belles-époques des maisons bien entretenues avec celles décrépies de la capitale de la dictature cubaine.  Le Grand-Traict et Le Petit Traict qui sont les noms de ce que la Mairie nomme « plage du Centre-ville », Le Grand-Traict a été associé en 2000 à la plage Des Gabourelles, parce que là aussi c’est plus vendeur… comme la plage de Saint-Marc a été renommée plage de Monsieur Hulot, hommage au film qu’on y tourna, même si peu de gens ont un jour vu ce film, certes mythique, mais réservé à des cinéphiles. D’ailleurs qui se souvient que dans l’espoir d’en faire une station balnéaire on avait renommé déjà la zone au 19ème siècle ? La plage de Monsieur Hulot était encore il y a peu la Plage du Gorille, en raison d’un rocher à qui l’on trouvait une ressemblance avec l’animal. L’érosion a eu la peau du gorille, comme elle a décapité le lion du Rocher du Lion aussi baptisé au 19ème, sous prétexte d’une forme rappelant la silhouette animale. Saint-Marc ne se nomme en réalité pas Saint-Marc, c’est Le Crépelé qui a pris pour être plus vendeur celui du saint patron de sa chapelle, et l’on restera surpris d’apprendre que l’un des rochers à proximité avait été nommé un temps pour des raisons inconnues « duc de Luxembourg ».

    Il y a aussi celui du Petit-Maroc employé depuis le milieu du 20ème siècle en remplacement de celui de Vieux-Saint-Nazaire, dont il a déjà et donné l'historique et expliqué l'origine, ( http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2018/07/22/le-petit-maroc-histoire-d-un-nom-6067779.html )

     

    Dans la série c’est plus vendeur, le nom Océanis, très 1990’, à la place du poétique Étoile du Matin ; Cité Beauregard, créé en 1972, devenue Village Beauregard, au lieudit Brantu, nom d’une métairie. Beauregard est uniquement le nom du manoir qui se trouve plus loin.

    Il y a aussi le phénomène « arrêt de bus » : Trélan, quartier situé entre la rade et le Parc paysagé, est peu à peu désigné uniquement « Montesquiou », du nom de l’arrêt de bus qui s’y trouve. Volonté de gommer l’identité bretonne, disent certain, méconnaissance des lieux par des employés municipaux qui ne sont pas nazairiens d’origine, ignorance des élus trop occupés à faire carrière qu’à connaitre le territoire qu’ils administrent, répliquent les autres. On sent surtout la paraisse de lire le cadastre et l’impossibilité très nazairienne de faire une remarque pertinente au sein de l’administrions municipale où la moindre parole peu tourner au mélodrame ou bien en pluie d’insultes.

    Le nom des artères principales finit donc tôt ou tard par changer celui du quartier, mais les noms des rues sont eux-mêmes éphémères, le décès d’un élu, ou un jumelage, suffisent à ce que votre adresse change sans que vous ayez déménagé. Les maires de Saint-Nazaire aiment en effet commémorer la mémoire de leur prédécesseur décédés, ou en voie de l’être, même quand ils furent de sinistre incompétents (René Guillouzo) ou pratiquant le détournement de fonds et le pot-de-vin (Fernand Gasnier), tout cela dans l’espoir qu’on ne les oublia pas aussi après être retourné dans le néant, mais le manque de création de nouvelles voies fait qu’on accole depuis les noms des anciens élus à des bâtiments municipaux, même si cela peut sembler incohérent, à l’exemple de la Médiathèque, attendu qu’Etienne Caux n’était pas un homme de lettre, ou pour la piscine dont on se demande devant les comptoirs si monsieur Batteux a été champion de natation, alors que le nazairien Henri Duvanel le fut et participa au sein de l’Équipe de France de water-polo masculin lors des Jeux olympiques d'été de 1920 ; et j’en vois, moqueurs, qui se pousse du coude en se demandant si celle dont tous disent qu’elle sera la prochaine mairesse osera donner le nom de l’un de ses prédécesseurs à un foyer pour femmes.

    Les Nazairiens pourraient espérer que l’on accorda le nom de célébrités locales des nouvelles voies, mais ce n’est plus dans la politique municipale depuis 40 ans, même si une place Fernand Guériff, au bord de l’étang du Bois Joalland en 2017, (place introuvable sur Googlemap car non bordée d’habitation). En fait depuis que la rue Jean d’Ust, (héroïque défenseur de la ville de Saint-Nazaire et de l’estuaire face à une intrusion de l’armada castillane, compagnon de guerre de Du Guesclin, et chambellan du duc Jean IV), est devenue l’Avenue de La République, les personnalités locales sont ignorées ou chassées. On a écarté le nom de l’ethnologue nazairienne Odette du Puigaudeau pour celui d’un établissement scolaire ; le pauvre Henri Gauthier, militant politique et syndicaliste local à qui la ville doit sa Bourse du travail, c’est vu confondre par les services municipaux sur sa plaque avec un homonyme ingénieur au 18ème siècle. Ce n’est pas la seule plaque fautée à Saint-Nazaire, il y a quelques perles dans les quartiers périphériques de l’agglomération, et l’on se souviendra que de 1995 à 2007 la plaque de l’avenue Léon Blum portait la mention « écrivain », activité dont on ne peut dire qu’elle fut la plus marquante de sa vie !  Que dire aussi du fait que l'on ait retiré sa particule au comte de Villebois-Mareuil, réduit à un George Villebois-Mareuil, si l'ont ne demande pas à la municipalité de nommer les gens par leur titres nobilaires, les décapité de  leur de est cavalier. On peut aussi se faire acide en soulignant que René Guy Cadou, poète qui a sa rue à Saint-Nazaire sous prétexte qu’il y vécu, n’a habité en réalité la ville qu’entre ses 7 et 9 ans, et qu’il a toujours témoigné d’une détestation frisant la haine de Saint-Nazaire. Ne cherchez donc pas René-Yves Creston, Alfred Caravanniez, ou encore Georges et André Bellec, ces deux frères personnalités du cabaret et de la chanson française, oubliés pour nouveau le théâtre, attendu qu’on a préféré, dans un moment d’émoi très politique et mal venu, à la suite d’un graffiti parisien condamnable qui n’avait hélas rien de nouveau, lui donner celui de madame Simone Veil, qui n’a jamais eu aucun lien avec les arts, et dont la fin de la carrière politique, ainsi que les dernières positions en matière de droits civiques laissent un goût amère à ceux qui pourtant l’avaient applaudi à l’Assemblée et lever les yeux aux ciel ceux qui l’ont eu pour voisine, (nul n’est dans la vie ce qu’il est devant les caméras).

     

    Parfois des changements de nom faits il a un siècle continuent d’interloquer, à l’exemple du Boulevard de l’Océan devenu Wilson et Albert 1er, dont il est difficilement imaginable après tout ce temps de mesurer la portée symbolique du choix et l’aura qu’avaient après la Première-guerre-mondiale ces deux chefs d’état totalement oubliés depuis par les Français. Il est possible qu’un jour on change les plaques au profit d’autres individus, tout comme rien ne nous laisse présager la pérennité de celles à la gloire du Général de Gaulle, qui pourraient disparaître un jour pour redevenir rue de Villès-Martin ou prendre le nom d’un autre individu, au prétexte que plus personne ne se souviendra de lui, et que, s’il restera toujours associé à la Résistance durant la Second-guerre-mondiale et au fait que la France ne fut pas mise dans le camps des états vaincu par les Alliés, la prochaine guerre le rendra bien insignifiant, où simplement le travail des historiens qui commencent à dénoncer que De Gaulle est aussi l’homme qui laissa s’instaurer la guerre en Algérie par son refus de faire des Français ceux que l’administration désignait comme «  indigènes », et aussi celui dont la démission de la fonction présidentielle fut ressentie comme un soulagement par un pays qui s’était révolté en mai 68 devant sa politique autocratique.

     

    On m’a écrit pour me demander mon avis sur la volonté d’habitant de la rue Robespierre d’en changer le nom. J’ai du mal à percevoir en quoi mon avis aurait de l’importance en la matière, mais cette interrogation a le mérite de me pousser à réfléchir quant au bien-fondé de donner à une rue le nom d’une personnalité. La Rue Robespierre est celle où se trouve le collège Jean Moulin. Il y a peu de commune qui ont une rue Robespierre, attendu que l’homme est coupable d’une dictature meurtrière, n’en déplaise à ceux qui le défendent aveuglément en répétant leur catéchisme politique. Les villes ayant une rue Robespierre la doivent à des élus communistes qu’il fallait flatter, ceux-ci ayant cru à tord que l'Incorruptible aurait été pour la redistribution des propriétés, ou l'abolition de la propriété, ce qui est totalement faux ; à Paris, qui n’est pourtant pas mesquine en matière d’attribution de nom au moindre lampadaire pour satisfaire tous les clivages politiques, il n’y a pas de rue Robespierre, le nom étant associé à trop de crimes. Mais si l’on doit rebaptiser un jour la rue Robespierre, outre l’interrogation sur le choix du nom de remplacement, on devra forcement s’interroger sur le bien-fondé du choix de nom d’autres rues, et par exemple la rue du Général Sarrail, l’un de ces militaires de la grande guerre tellement incapable qu’on l’avait limogé en 1915. Sarrail ne put continuer sa carrière que grâce à ses amitiés avec des membres du Parti Socialiste qui l’expédièrent auprès des Britanniques en Grèce où ses compétences font encore débat. Mis en retraite, Herriot après sa victoire aux élections de 1924 lui offrit le poste de haut-commissaire de la République française en Syrie et Au Liban ou il se mit à dos les communautés chrétiens et provoqua la révolte des Druzes qu’il massacra et fit pendre sans jugement. A son arrivé à Beyrouth il avait fait pendre aussi tous les prisonniers sans distinction dans la cour de la prison. Autant vous dire que si vous prononcé son nom en Grèce ou au Moyen-Orient, il est préférable que vous sachiez courir. Gag très nazairien on a donné son nom à une rue qui longe la voie ferrée, alors que les états-majors disaient « avec Sarrail ça déraille ! ». C'est d'autant plus domageable, que le général Marquet, héros du Grand Liban, qui avait sa résidence à Saint-Nazaire et qui y est inhumé, n'a pas de rue à son nom. Bref le héros des uns n’est pas celui des autres, et l’histoire finit toujours par révéler des dessous pas très nets, car nul n’est parfait, tout autant que l’opinion change suivant les périodes, surtout à notre époque qui se veut manichéenne et bien-pensante.

     

    Sachez enfin que si une mairie veut donner votre nom à une rue ou un bâtiment de votre vivant, vous pouvez refuser, ou lui demander de l’argent. Un maire avait ainsi contacté l’actrice Denise Grey en 1990 pour lui annoncer son intention de donner son nom à un foyer pour personnes âgées. L’actrice, presque centenaire, lui avait demander la somme de 50.000 fr. en échange. Le Maire trouva un autre nom pour sa maison de retraite municipale. Vous ne pourrez cependant pas vous opposer à ce qu’on nomme du nom de votre père ou de votre grand-père une rue, mais vous pourrez toujours déposer un recours si le nom est donné à celui de la station d’épuration ou à la déchetterie en argumentant que c’est déshonorant.

     

     

     

    [1] Régent signifie maître des petites écoles.

    [2] Cela concernant aussi l’orthographe des patronymes.

  • Le Petit Caporal

    Le nom de « Le Petit Caporal », que porte l’un des quartiers de Saint-Nazaire, provient d’un cabaret nommé « Au Petit Caporal », qui se situait à l’emplacement du jardin situé entre la rue Léon Bourgeois et l’avenue des Sports, plus exactement le jardin de la maison du 108 avenue des Sports. Cet établissement fut fondé en 1852 à la proclamation du Second Empire, par un ancien soldat de Napoléon 1er, au croisement de chemin communaux, faisant face au gué de l’Ecumière, ruisseau aujourd’hui sous la chaussée, qui se déverse sur la plage de Sautron[1]. Construite en briques, sous un toit de tuiles, ce fut très longtemps la seule maison à cet endroit. Au-dessus de la porte était suspendu une peinture sur panneau de bois figurant Bonaparte en uniforme, la main dans la veste. C’était un établissement misérable qui avait pour clients les paysans du secteur et les routiers qui faisaient la route entre Saint-Nazaire et Guérande. Il bénéficia par la suite de sa situation hors de la barrière d’octroi de la ville, ce qui le fit devenir une guinguette à la mode, avant que Kerbrun et Mon Idée s’ouvrent et deviennent plus attractifs par leur emplacement et leurs installations de balançoires et de jeux, et que la ville grandissante ne s’étende jusqu’à lui. Le commerce ferma avant la première-guerre-mondiale. Le bâtiment fut reconverti en habitation. Mise en location durant l’entre-deux-guerres, elle fut ravagée par un incendie où périt le résident, un homme âgé sourd et perclus. On remplaça rapidement les ruines par une maison neuve qui ne survécu pas aux bombardements. Le nom de l’établissement, comme celui de la guinguette Kerbrun, est devenu celui du lieu, et par extension celui du bar qui se trouve de l’autre côté du croisement.

     

    saint-nazaire,petit caporal

    Le cabaret Au Petit Caporal, dessin de Charles Belvair

    paru dans le Courrier de Saint-Nazaire le 2 octobre 1942.

     

    [1] Lire à son propos : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/03/06/et-le-crocodile-de-sautron-fit-s-echouer-les-navires-sur-le-6133822.html