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saint-nazaire

  • Yachting nazairien, régates et semaines maritimes

    À l’heure où Saint-Nazaire se prépare à la réalisation d’un bassin pour les plaisanciers, et à un mois des festivités « Débord de Loire », il convient de faire souvenir aux Nazairiens que cela ne sera pas la première fois que notre port s’ouvre à la navigation de plaisance et qu’il y eut durant des décennies des régates à Saint-Nazaire.

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    Pavillon des marins de Saint-Nazaire photographié en août 1908 :

    un sautoir de sable cantonné de quatre mouchetures d'hémine du même.

     

     

    En effet, dès 1870 Saint-Nazaire fut le lieu de régates de yachting : Les régates internationales de Saint-Nazaire.

     

     

    La Société des Régates internationales fut fondée en 1870. Ells était rattachée à l’Union des yachts français du Yacht-Club de France. En 1881 elle fut refondée par René de Kerviler, et devint Société des Régates internationales de l'Ouest, afin de ne pas être confondue avec ses nombreuses homonymes.

    À l’époque le port abritait des yachts, mais ceux-ci étaient inscrits sur les registres de Nantes ou d’autres ports. C’est Pierre de Montaigu, (1844-1927), membre, entre autres, des conseils d’administration de la Compagnie des chemins de fer d'Orléans et la Compagnie nantaise des chargeurs de l'Ouest, député monarchiste de la Loire-Inférieure de 1898 à 1910, qui inscrivit le premier un yacht au registre de Saint-Nazaire, l’Hermine, goélette à hélice de 265 tonneaux.

     

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    Pierre de Montaigu

     

    Membre du Yacht-Club de France, où il occupait les fonctions de conseiller de l’union, et aussi membre de la Commission de la navigation à vapeur, Pierre de Montaigu œuvra au développement des Régates de Saint-Nazaire. Ce n’est cependant qu’à partir de 1891 qu’un second yacht sera inscrit à Saint-Nazaire au sein du Yacht-Club de France, et pas l’un des moindres, c’est la Mélita, goélette de 50,3 tonneaux, appartenant à Edouard Chevreux, (1846-1931), spécialiste des amphipodes, qui explora avec son navire nazairien les côtes françaises, mais aussi celles des Canaries et du Sénégal en 1890, et devient en 1918 préside la Société zoologique de France.

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    Emblème de l'Union des yachts français

     

    Dès 1894, d’autres yachts furent inscrits à Saint-Nazaire : le Chiquita, cotre, 17 tonneaux, appartenant à André Proust, membre d’une vieille famille nantaise dont un parent fut seigneur de Cleuz-le-Propre en Saint-Nazaire à la fin du 17e siècle[1] ; en 1894 la Lola, propriété de Gustave Bord, (1852-1934), le châtelain de Porcé[2], goélette à hélice, (ex Olivia), construite en 1883 à Glasgow par A. & J. Inglis, 105 tonne, longueur totale 35 m, bau de 4,35 m, creux de 2,90 m, tirant d'eau 1,5 m, et faisant 100 chevaux ; la Alyette, cotre de 10 tonneaux, à Jules Baillardel de Lareint, marquis de Tholozan, (1852-1900) ; la M’Aza, goélette construite en 1872, de 118 tonneaux, à Jules Suser, (1817-1899), industriel nantais de la chaussure    qui par la suite acquis le Zampa ; le Set, yawl de 2 tonneaux, à Joseph-Etienne Gautier ; en 1897 Pierre de Montaigu changea de yacht, ce fut la Caroline (il avait possédé un houari à hélice du même nom de 30 tonneaux, inscrit au Pouliguen à en 1895), cette goélette mesurait 27,53 de long, avec un bau de 4,2 m, un creux de 2,50 m, et un tirant d’eau de 1,90 m ; en 1897 La Perle, 45 tonneaux, longue de 24,79 m, bau de 3,45 m, creux 1,95 m, appartenant à Charles Thurneyssen, banquier parisien administrateur de sociétés ; etc.

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    La Caroline, à Pierre de Montaigu

     

     

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    Pavillons des yachtmans nazairiens

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    La Lola, à Gustave Bord

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    Les yachts nazairiennes à quai dans le Vieux Bassin

     

    Les régates internationales de Saint-Nazaire :

     

    Les régates internationales de Saint-Nazaire furent donc fondées en 1870.

     

    A l’occasion de la troisième régate, un article paru dans Le Monde illustré du 30 août 1873 relata : « Notre correspondant, M. Ch. Leduc, nous apprend que le départ s'est effectué avec beaucoup d'ensemble, et que les concurrents, favorisés par une jolie brise de N.-O., ont facilement doublé une bouée mouillée à 10 milles marins dans le S.-O. du point de départ. Ce virage, effectué avec une adresse qui fait les plus grands éloges de ces intrépides amateurs de navigation, offrait un coup d'œil des plus intéressants, car, à partir de ce moment, la course a pris des proportions sérieuses. La lutte, tout en restant légale, a été des plus acharnées, et, deux heures après cette manœuvre, les vainqueurs passaient devant les tribunes, aux acclamations des spectateurs et au bruit du canon. Voici l'ordre d'arrivée : Papillon, cotre de Bordeaux, qui, quoique premier, est obligé, par son rendement de quelques minutes, d'abandonner son premier prix à l'Armorique, de Nantes, et ne se trouve classé que second ; troisième, Claire, cotre de Nantes, et, quatrième prix, Béatris, aussi de Nantes. Les autres embarcations non classées sont arrivées dans des conditions très-satisfaisantes. »

     

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    La troisième régate, illustration parue dans Le Monde illustré, 30 août 1873.

     

     

    Les régates avaient lieu initialement en août. Devenues en 1888 Société des Régates Internationales de l'Ouest à Saint-Nazaire, les compétitions avaient alors lieu la dernière semaine de juillet, se composaient de plusieurs épreuves réparties sur une semaine. La première épreuve avait lieu en milieu de semaine. Partant toutes du port, la première épreuve consistait à doubler la bouée Nord-Ouest de ma Banche ; la seconde épreuve était consacrée aux amateurs, (sans l’aide d’un marin professionnel, sauf un pilote facultatif qui n’avait pas le droit de toucher aux instruments ne de manœuvrer), avec même parcours ; la troisième affectée aux régates dites locales, (c'est-à-dire les membres des clubs locaux exclusivement), son parcourt s’arrêtait à la bouée de Bonne-Anse. On revenait en Loire, pour doubler devant Donges, puis on rentrait au port. La compétition était divisée en quatre catégories de tonnage : 20 à 15 tonneaux ; 10 à 5 tonneaux ; 5 à 3 tonneaux ; et une compétition de canaux.

    Les chantiers français construisaient principalement des cruisers, qu’on transformait en racers. Quelques régatiers achetaient des racers aux chantiers britanniques qui étaient presque tous du même modèle, surnommés « couloirs de plombs », en raison d’un lest consistant en une quille de plomb accompagnée de gueuses de fonte réparties sur le petit-fond.

    Les présidents se succédèrent : René de Kerviler[3] ; J.-Emile-Adrien Daguzan, (1867-1941) ; l’industriel importateur de charbon, Louis Brichaux, (1871-1945), qui fut marie de Saint-Nazaire de 1909 à 1919.

     

    En 1892 les compétitions évoluèrent. La principale épreuve était divisée en trois :

    • La première était destinée aux yachts de 2 à 5 tonneaux et était divisé en deux séries. Le 1er prix était de 200 fr, offerts par le Yacht-Club de France avec une médaille vermeil : le 2ème, de 100 fr, était le prix Alcide Bord, (initié par cet ingénieur du port, (1826-1888), père de Gustave[4]), et était accompagné d’une médaille d'argent ; 3ème prix : une médaille de bronze offerte par le Yacht-Club de France ; 4ème prix : une médaille de bronze.
    • La seconde pour les yachts au-dessus de 5 tonneaux et n'excédant pas 10 tonneaux : 1er prix : 400 fr et une médaille de vermeil offerts par le Yacht-Club de France ; 2ème prix : 200 fr et une médaille d'argent offerts par le Yacht-Club de France ; 3ème prix : 100 fr et une médaille de bronze offerts par le Yacht-Club de France ; 4ème prix : une médaille de bronze offerte par le Yacht-Club de France et 50 fr ;
    • La troisième, divisées en trois séries pour les yachts au-dessus de 10 tonneaux : 1er prix : 500 fr et une médaille d'or offerts par le Yacht-Club de France ; 2ème prix : 200 fr et une médaille de vermeil offerte par le Yacht-Club de France ; 3ème prix : 100 fr et une médaille d'argent offerte par le Yacht-Club de France.

    Un prix d'honneur réunissant toutes les séries et consistait en un objet de la manufacture de Sèvres, don du Ministre des beaux-arts au Yacht-Club de France.

    Il y avait aussi un prix de construction française réunissant les yachts de toutes les séries construits en France divisé en trois : 1er prix : un objet d'art offert par le Président de la République ; 2ème prix: un objet d'art offert par le Maire de Saint-Nazaire ; 3ème prix : une médaille de bronze offerte par le Yacht-Club de France.

    Le prix de la Coupe, en trois épreuves successives, dans trois localités différentes :

    • 1ère épreuve : 1er prix : une bourse de 400 fr offerte par le Yacht-Club de France ; 2ème prix : une bourse de 200 fr offerte par le Yacht-Club de France ; le prix de la Coupe donné par le Yacht-Club de France consiste en une coupe en argent ciselée accompagnée de la somme de 1.800 fr, attribuée par bourse de 400 fr. et de 200 fr. au premier et au second yacht gagnant dans chaque épreuve ; la coupe était acquise au propriétaire du yacht arrivé trois fois de suite premier, soit dans la même année, soit dans deux années consécutives, si ce yacht était de construction française, il recevait en plus une somme de 4.000 fc accordée par le Yacht-Club de France.

    Venait ensuite la course d'amateurs pour yachts de plus de 2 tonneaux : 1er prix : un plateau d'argent et une médaille vermeil offerts par le Yacht-Club de France ; 2ème prix : un compas et une médaille d'argent offerts par le Yacht-Club de France ; 3ème prix : une médaille d'argent ; les amateurs formant l'équipage du yacht' gagnant, recevaient chacun une médaille.

    Les courses étaient suivies à la longue-vue depuis le Vieux-Môle. En 1899 les sociétaires embarquaient sur le remorqueur à roue Belle-Île mis à disposition par la Compagnie Général Transatlantique. Il fut ensuite remplacé par l’Athlète. Ces navires gitaient beaucoup, et il fallait avoir l’estomac solide et le pied marin.

    En parallèle des compétitions d’aviron avaient lieu sur les bassins et dans la Loire, et une compétition destinée aux pécheurs en mer qui poussaient leurs chaloupes jusqu’à la Banche. Le dernier soir, après la remise des prix, avaient lieu dans les salons de l’hôtel de ville une grande soirée avec buffet et bal où la bonne société nazairienne se devaient de se rendre, ce qui permettait de mélanger la bourgeoisie aux marins et pécheurs professionnels du port.

    Les Régates internationales de Saint-Nazaire n’étaient pas les seules de l’estuaire, il y en avait aussi à Pornic, Paimboeuf, et au Croisic, ainsi qu’une course-croisière entre Saint-Nazaire et Port-Navalo fondée en 1894 et organisée par la Société des Régates de Vannes.

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    Au départ pour une course dans le Vieux Bassin

     

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    La Semaine maritime de 1908 :

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    Saint-Nazaire fut le port choisit par la Ligue Maritime pour recevoir la « Semaine maritime » qui se déroula du 23 août au 1er septembre 1908. En plus des régates annuelles, il y eut parades de yachts, de navires de guerre, (les croiseurs Dupetit-Touard, Leon-Gambetta, Amiral-Aube ; l’aviso-torpilleur Lance ; l’aviso Chamois, et quatre torpilleurs), de navires écoles, sous la présidence du ministre de la Marine, Gaston Thomson, venu avec sa fille. Parmi les célébrités présentes, il y eu le prince Axel de Danemark, cadet de la marine danoise à bord du Hendal ; l’amiral Alfred Gervais, (1837–1921), promoteur de l’Alliance Franco-Russe ; le vice-amiral Horace Jauréguiberry, (1849-1919) ; le vice-amiral François Leygue, (1846- 1925), préfet maritime de Lorient ; le sénateur du Finistère Louis Pichon, (1849-1916) ; le député Seine-Inférieure Louis Brindeau, (1856-1936), qui était aussi président du Congrès de sauvetage ; le directeur de la Navigation et des Pêches maritimes au Ministère de la Marine, E. Trefeu ; etc.

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    Le ministre de la Marine Thomson à Saint-Nazaire.

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    L'ouverture se fit le 23 août, par une brise fraîche d'Ouest, obligeant les racers des dernières séries à rouler des ris. La rade présentait néanmoins une animation extraordinaire avec les innombrables yachts de tout tonnage, à voiles, à vapeur, à moteur, qui la sillonnaient en tous sens, se croisant et se dépassant tour à tour, couchés par instant à plat sous les rafales violentes. Durant la course des yachts, dont un des participants, le Chocolat, coula avant le départ dans le port, les vainqueurs de la course des yachts furent : pour ceux de 6 m 50, monsieur Fiteau, de Nantes, 1er prix avec le Rozvenn ; monsieur, Mahot, de Nantes ; second prix avec le Triplepatte ; troisième le Mistoufle à monsieur Marly, de Bordeaux. Course des yachts de 6 mètres : 1er Madame-Poulet, à monsieur Savoye-Mazureau, de Paris ; 2ème Retourne, à monsieur Guillet, de Nantes ; 3ème Enia, à monsieur Dours, de Bordeaux ; 4ème Verveine, à monsieur Thube, de Nantes. Yachts de 8 m : 1er Yannic, à monsieur Letot-Cointet, de Nantes ; 2ème Loisir, à monsieur Teste, de Bordeaux ; 3ème Joyeux, à monsieur Peyrelongue, de Bordeaux ; 4ème Triton, à monsieur Penan-Pergeline, de Nantes. Yachts de 10 m : 1er Saint-Cadoc-III, à monsieur de Malherbe de La Bouexière, de Quimper ; 2ème Titave, à monsieur Picon, de Bordeaux ; 3ème Zigzag, à M. Delecluze, de Concarneau…

     

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    Il y eu une course en barque des marins de l’État.

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    Les festivités furent somptueuses, on en fit des cartes postales. Toute la ville était pavoisée, il y avait des guirlandes et des lampions dans toutes les rues, une estrade pour les musiciens fut dressée sur la place des Quatre-z-horloges (alors place Carnot), chaque soir il y avait banquet et bal officiels au Casino, au Grand-Hôtel, à la mairie, au Yacht Club, à la Chambre de commerce, les restaurants et les bars ne désemplissaient pas.

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    (Le Sport universel illustré, septembre 1908)

    Les festivités furent étendues aux ports environnants : 24 août réunion au Pouliguen et à La Baule ; le 25 excursion à Noirmoutier et régate à Pornic, où le temps dut inégal et désagréable, forçant les concurrents à changer plusieurs fois de voilure pendant le parcours. La journée du 27 août fut le jour des Régates en mer, mais alors que le temps avait été jusque-là magnifique, une tempête se leva du Sud-Ouest, obligeant le report des épreuves au 31. L’orage fut telle que les lampions et les guirlandes furent réduits en une bouillie de papier. On blâma le Ciel, mais nombre d’habitants du centre-ville furent heureux de ce lessivage qui permis de rendre propres des rues où s’étaient soulagé nombre de marins imbibés… Le 28 fut consacré à la montée de la Loire par les torpilleurs d'escadre et de l'école de pilotage, les avisos-torpilleurs, les navires-écoles Bougainville, Chamois, le croiseur danois Heimdal, etc., escortant le Cassini, à bord duquel avait pris place le Ministre de la Marine qui fit escale à Nantes, où pendant les trois jours suivants, fêtes et régates continuèrent et donnèrent à la ville la même animation qu’à Saint-Nazaire.

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    Le filet de sardines, (Le Sport universel illustré, septembre 1908)

     

     Le première guerre-mondiale stoppa les régates ; elle reprirent en 1920 sous parrainage du lieutenant de marine Jacques-Cyr Le Merdy (1893-1966)[5]. Elles eurent lieu la première semaine d’août sous la gérance du Syndicat d’initiative. Le comte Raymond-Pierre de Parscau du Plessix, (1859-1943), maire de Donges, fut élu président de la Société des régates. Il fallut cependant l’organisation une nouvelle fois à Saint-Nazaire de la Grande Semaine Maritime du 13 au 20 juillet 1924 pour relancer véritablement les régates nazairiennes. La guerre avait tué massivement les anciens compétiteurs, et la dévaluation du Franc ruiné une grande partie des survivants.

    Le dimanche 13 juillet eurent lieu régates et fête nocturne sur le boulevard de l’Océan. Le 14 revue officielle, dépose de palme sur le monument aux Morts, championnat de natation, jeux nautiques, après-midi dansante à bord du transatlantique. Le 15 inauguration du port de Pornichet, et fête vénitienne sur le vieux-bassin à Saint-Nazaire. Le 16 fête à Noirmoutier. Le 17 juillet 1924, Jacques-Louis Dumesnil, (1882-1956), ministre de la Marine, accompagné de Léon Mayer, le sous-secrétaire d’État à la Marine, arriva à 8 h en gare de Saint-Nazaire, où il fut accueilli le vice-amiral Jules-Théophile Docteur, (1868- 1966) ; le sous-préfet François Gaux. Ils le conduisirent à la Chambre de Commerce, où l’attendaient le président de Louis Brichaux ; le vice-président Louis Joubert ; le président de la Ligne maritime et ministre de la Marine, Charles Chaumet, (1866-1932) ; le sénateur de la Loire-Inférieur Louis Brindeau. Jacques-Louis Dumesnil rappela dans son premier discours l’importance du port de Saint-Nazaire durant la guerre, notamment pour l’accueil des troupes étasuniennes. Ils embarquèrent ensuite à bord du Paul-Leferme pour visiter le port, puis ils embarquèrent sur le Diderot, accompagné des amiraux, et de l’attaché naval d’Espagne. Après un banquet organisé par la Ville et la Chambre de commerce, et un concert de musique de la Flotte, le ministre et le sous-secrétaire repartir par le train de nuit pour Paris, alors que la flotte remontait la Loire et que les festivités continuèrent en partie à Nantes. Le 18, réunion du Congrès, nouveau concert et exposition. Le 19 clôture du Congrès, divers spectacles, bal populaire. Le 20 régates, concours de natation, régate des modèles réduits, concert de clôture par les Équipages des navires venues pour les festivités. C’est à l’occasion de cette Grande Semaine Maritime, que furent institués des courses pour les pêcheurs qui devinrent annuelles à partir de 1926. Cette première régate des bateaux de pêche fut divisée en deux série : 26 pieds et en-dessous ; de 21 à 27 pieds. Ce furent les pêcheurs de Méan qui se distinguèrent.

     

    En 1926 il y eut l’instauration d’une Coupe de la ville de Saint-Nazaire pour les plus de 8m50, sur 11 milles , 1er prix une coupe offerte par la ville ; 2ème un médaille d’argent offerte par la société des régates : 3ème une médaille de bronze offerte par le Ministère de la Marine marchande ; le prix du Yacht Club de France, pour les 6 m 50 à 8 h 50 sur 11 milles ; les monotype nationaux sur 7 milles ; Le Coupe de Bretagne du Moyen-handicape Nationale divisée en deux série : 1ère de les 7 m à 12 m sur 11 mille ; au-dessous de 7 m sur 11 milles ; les extra-réglementaires au-dessous de 5 m 50 corrigée sur 11 milles : les extra-réglementaires au-dessus de 5 m 50 sur 11 milles ; les bateaux de pêches de Saint-Nazaire de 28 pieds et au-dessus; de 21 à 27 pieds ; les 20 pieds et en dessous ; sur parcours de 7 milles ; Séries des canots de Méan ; série des bateaux de pêche étrangers de 21 pied et au-dessus.

    Alignement du départ était une ligne entre le Vieux-Môle et le débarcadère de Mindin.

    S’il y eut la création d’épreuve à destination des pécheurs, on pratiqua une ségrégation sociale pour la remise des prix : au café Prévot 8 rue de Villès-Martin pour les yachtmans ; au café de l’Atlantique pour les pêcheurs. La Marie organisa un vin d’honneur dans ses salons en présence du Préfet, mais le maire, François Blancho, qui ne prisait pas ces événements, délégua son second-adjoint, Mausion.

     

    En 1929, les Nazairiens vexés que le Duquesne, un croiseur soit confié aux régates de La Baule, dont le capitaine était le nazairien Gabriel Brohan, (1881-1966)[6], futur amiral, demandèrent au ministre de la Marine qu’on leurs attribue l’aviso Arras. On lança l’épreuve croisière Saint-Nazaire La Baule en organisant un bal au salon du Grand-Hôtel, décoré de pavillons et de plantes vertes

     

    En 1931 fut institué une Coupe de la marine marchande.

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    (Ouest Éclair 11 août 1931)

     

    En 1932 fut créé le Prix du Comte de Parscau du Plessix, dont le 1er prix était une médaille dorée offerte par la Société des Régates ; le 2ème une médaille de bronze offerte par le Ministère Marine marchande ; le 3ème une médaille de bronze offerte par la Société des Régates ; le 4ème une médaille de bronze offerte par la Société des Régates ; avec en plus, 80 francs par bateau prenant part à la course avec un maximum de 500 francs, offert par le comte de Parscau du Plessix, à répartir, moitié entre les partants, moitié en temps primé.

     

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    Le Comité des Régates, (Ouest Éclair du 19 juillet 1932)

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    yachts des régates, (Ouest éclair du 15 juillet 1933)

     

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    Le Courrier de Saint-Nazaire du 23 juillet 1938 (cliquer pour agrandir).

     

     

     

    Le Second-guerre-mondiale mit fin aux régates nazairiennes.

     

    [1] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/06/30/la-seigneurie-de-cleuz-premiere-partie.html

    [2] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/06/13/le-chateau-de-porce-a-saint-nazaire-premiere-partie.html

    [3] Il eut pour vice-président le docteur Charles Baudet, (1852-1933), maire de Caulnes de 1896 à 1933 ; il fut aussi conseiller d'arrondissement de 1880 à 1889, et député des Côtes-du-Nord de 1903 à 1921 ; puis à partir de 1889 le nantais Georges-Philippe-Marie Biré.

    [4] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/06/13/le-chateau-de-porce-a-saint-nazaire-premiere-partie.html

    [5] http://ecole.nav.traditions.free.fr/officiers_lemerdy.htm

    [6] http://ecole.nav.traditions.free.fr/officiers_brohan_gabriel.htm

  • Inventaire du patrimoine bâtî nazairien

    Ce samedi 27 avril au Garage se tiendra une journée « d’ateliers-découverte animés », consacrée à l’Inventaire du patrimoine nazairien, essentiellement celui du bâti[1].

     

    ⦁ 10h00-12h30 : Accueil et Ateliers de l’Inventaire

    ⦁ 14h00-15h30 : l’Enquête Patrimoine : (ateliers et sortie sur le terrain)

    ⦁ 15h30-16h30 : analyse et bilan de l’Enquête Patrimoine

     

    Depuis 2015, madame Stéphanie Le Lu, chargée de l'inventaire du Patrimoine pour la ville de Saint-Nazaire, arpente notre cité à la recherche des éléments patrimoniaux. Si sa nomination fut l’objet d’un article de Ouest-France en mars 2015, il est dommage que la municipalité n’ait pas mieux communiqué à propos de ce beau projet qui est devenu en deux semaines la découverte soudaine chez les passionnés de Saint-Nazaire et de son histoire, autant que pour ceux qui sont en capacité de la raconter et de corriger les erreurs que l’on voit dans les publications officielles, (que de choses fausses sur les pages nazairiennes de l’inventaire du patrimoine balnéaire réalisé par la région Pays de Loire qui n’a jamais rien corrigé malgré les courriels adressés !). Ce manque de communication est fort regrettable car maintenant que madame Le Lu va présenter son travail, nous lui tomberons dessus un peu comme des inspecteurs des travaux finis, ce qui sera probablement désagréable autant pour elle que pour nous qui pourtant ne pensons pas à mal.

     

     

    À l’heure du grand émoi causé par l’incendie de la cathédrale Notre Dame de Paris, la question du patrimoine bâti nazairien va en énerver beaucoup. On a vu, le 3 avril, la mise en place d’une pétition contre le projet de construction d’une structure à façades de verre dans la cour de l’ancienne Usine élévatoire. Insistons ici sur le fait que c’est cette nouvelle construction qui dérange les signataires, (j'écris bien les signataires), et non comme l’a laissé entendre L’éco de la Presqu’île une opposition à une implantation hôtelière. Ce nouveau bâtiment est autant discutable par ses dimensions, que par son aspect inesthétique pour un établissement qui espère attirer une clientèle ayant les moyens d’un certain art de vivre. Et l’on ne peut que douté de son vieillissement face aux réalités de l’environnement marin, autant que l’on peut se demander dans ce cas pourquoi avoir empêcher les propriétaires d’une maison qui surplombe l’Usine de procéder à une isolation par l’extérieur de leur façade, sans intérêt esthétique autant que patrimoniale, sous le prétexte qu’on avait pas rasé au moment du déblaiement ce bâtiment transformé en café pour les ouvriers alors qu’on a pas eu de scrupule de le faire à l’époque avec d’autres mitoyens qui remontaient parfois au 15ème siècle. Même les plus acharnés de la défense du patrimoine nazairien en sont restés interloqués.

    Ajoutons que contrairement à ce qu’il a été dit ici où là, et qui circule en ville, le site n’appartient pas à la municipalité. C’est la propriété du Grand Port Maritime de Nantes-Saint-Nazaire. La Mairie est limitée dans son champ d’action, et ne peut que donner des recommandations et exprimer des préférences, autrement cela ferait déjà longtemps que le Conseil aurait œuvré pour en faire un pôle touristique et muséal.

    Cependant on ne peut pas transformer tout en musée, c’est impossible, même si nombre de Nazairiennes aurait voulu que l’on fasse quelque chose dans l’esprit de la Centrale Montemartini à Rome, où vestiges antiques ont été associés aux machineries début 20ème. Le projet qui avait été envisagé par le Conseil régional des Pays de la Loire d'y créer un « centre d’interprétation et de valorisation de l’estuaire de la Loire », était sans avenir, nous aurions eu encore un truc qui coûte de l’argent et où personne ne serait allé, et tout le monde aurait ronchonné. Les musées peinent à faire venir des visiteurs, une exposition temporaire coûte énormément, tout comme l’entretient des œuvres d’une exposition permanente pèse sur un budget.

    Un bâtiment a besoin d’une destination, tout comme une ville a besoin de se développer et de s’adapter en permanence aux besoins de ses habitants.

    J’entends les Nazairiens qui se plaignent du manque de protection accordé à ces demeures privées par la Mairie qui accorde des permis de démolir sans que l’on ait le sentiment que les responsables soient allés faire un tour sur place pour voir ce qu’ils vont laisser être remplacé par un phalanstère cage à lapin baulois ou cube. Cette architecture cube déplaît fortement à la population, c’est un fait, mais elle n’est pas une spécifié nazairienne, elle est en réalité une mode française que l’on retrouve partout en hexagone, que ce soit en Bretagne, à Montpellier, en banlieue Parisienne ou même à Chartres. C’est un fait, les sociétés de construction comme Legendre-Ouest, dont les bureaux sont à Nantes, construisent partout en France les mêmes cubes blancs à toit plat, et tant pis si cela n’est pas adapté au climat et que l’eau y stagne. Cet espéranto architectural qui désespérait Cocteau, existe depuis des siècles, car il suit les modes, mais il est depuis l’industrialisation du Second-Empire épidémique. Ces maisons à arêtes de briques que nous trouvons charmantes étaient les cubes de la IIIe République. On en vient donc à se demander : qu’est-ce que le patrimoine architectural ?

    Dans une ville comme Saint-Nazaire, où le centre fut ravagé par les bombes à 72%, (chiffres de l’État), et que la reconstruction a augmenté à 85% pour des raisons de réaménagement, (élargissement de rue, destruction volontaire pour un agrandissement du port qui n’a finalement pas été réalisé), dans une ville comme Saint-Nazaire, donc, le patrimoine est ce qui est à la fois la survivance d’avant la Catastrophe de 1943, que la cohérence urbaine de la Reconstruction.

    Combien de fois ai-je entendu des gens de la génération de mes parents débarquer dans notre ville et dire que c’est « stalinien » ? Trop ! Beaucoup trop, et il me faut à chaque fois toute la contenance de mon éducation pour retenir mon sang nazairien qui me donne envie de coller un baigne à l’impudent accompagné d’un cortège d’insultes. Saint-Nazaire n’est pas reconstruite dans les goûts du Régime soviétique, allez voir Moscou, la périphérie de Saint-Pétersbourg, Chișinău. Non, Saint-Nazaire a été reconstruite suivant des plans établis dès 1943, en suivant le gout de l’époque, et qui étaient ceux aimés par les régimes fascistes. Il suffit de sa balader dans la banlieue de Rome, et sur la côte romaine, entre Sabaudia et Torvaianica, et ensuite de comparer aux immeubles des avenues de la République et du Général de Gaulle pour en prendre conscience. Bon, je vous l’accorde, la référence est dérangeante, mais rassurez-vous, les constructions de l’entre-deux-guerres par Mallet-Stevens et Le Corbusier, et même par les nazairiens Seiz Breur avaient eux aussi les codes esthétiques adoré par Mussolini. C’est la réalité du goût d’une époque.

    Le résultat est cependant esthétique, cela vaut bien l’uniformité architectural haussmannienne, et ceux qui ont aujourd’hui moins de 30 ans trouvent plein de qualités à ces façades.

    Il faut admettre que notre patrimoine est à la fois ce qui là depuis toujours, notre toujours humain, c'est-à-dire une centaine d’années, comme le disait Lampedusa en réduisant malgré lui les affirmations de Léonard de Vinci, et aussi ce que nous trouvons esthétique, ce qui est une valeur fluctuante. L’ancienne gare était considérée comme une verrue par la génération de mes grands-parents qui n’y voyait que les restes d’une structure utilitaire réalisée sans brio dans des matériaux friables. Or, depuis, on s’est beaucoup affairé à en protéger les vestiges, à retrouver les deux mauvaises copies de Michel-Ange qui en avait été démontés de la façade. Ces murs mitées, réemplâtrées pour poser des visseries même pas sur mesure, les Nazairiens ne pourraient plus vivre sans elles. Cette ancienne gare est devenue comme l’Immeuble Barakat de Beyrouth, (surnommé par les Européens « maison jaune »), un symbole de ce qu’a subi la ville, non par la guerre, car en dehors des vitrages elle était encore intacte à la Libération, mais du choix de faire table rase d’un passé douloureux par les générations précédentes. Et je comprends aujourd’hui les jeunes ménages qui s’efforcent d’arracher les moquettes 1980’ collé sur les parquets 1950’ et les faïences marron-beurk pour retrouver les petits carreaux de ciment jaune ou rouge, tout comme je comprends ces passionnés de patrimoine qui rétablissent des décors 19èmes dans les villas de la corniche nazairiennes éprouvée par les modes des années 1960’&70’.

    Notre ville a été bien reconstruite, même si à un moment l’État a arrêté de financer la reconstruction des immeubles publics, ce qui explique que l’on a des bâtiments très agréables visuellement comme ceux de l’École élémentaire Jean Jaurès, et d’autres franchement repoussants mais que la Municipalité se retrouva seule à financer en urgence. Il en va de même pour les immeubles privés qui subirent les tractations des indemnités de guerre et de la spéculation de la Reconstruction. Ajoutez à cela le poids de la culture ouvrière qui a interdit durant des décennies d’avoir la fantaisie d’un pot de géranium à la fenêtre ou de volet d’une autre couleur que le blanc, cela n’a pas poussé les particuliers à oser comme leurs prédécesseurs, (voyez la diversité du quartier autour du Jardin des Plantes et les cartes postales anciennes de Saint-Nazaire).

     

    Vient aussi le patrimoine défini comme tel par les autorités. Peu de choses sont classées au titre des Monuments historiques dans notre ville : des sites mégalithiques, (dont le dolmen qui fut en 2012 l’objet d’une des nombreuses polémiques et aberrations de la fin de règne du maire précédent), quelques calvaires ignorés dans les buissons et qui attendent encore, malgré les alertes, qu’on les restaure, deux éléments maritimes au milieu des flots… La base sou marine n’est pas classée, contrairement à ce que croient les gens ; le label patrimoine du XXème siècle n’est qu’une étiquette pour désigner un élément touristique, mais il n’offre aucune protection. Au demeurant, la base a tellement été transformée qu’elle ne peut plus faire l’objet d’un classement. Il en va de même pour le recensement du patrimoine balnéaire, c’est uniquement une mise ne lumière dans le cadre d’un inventaire, et cela n’a pas empêché la destruction, il y a trois ans à La Baule, d’une villa du front d’océan. L’État a longtemps limité la protection au titre des monuments historique presque uniquement à ce qui était antérieur à 1815. Les sites fouilles archéologiques ne furent aussi intéressantes aux yeux du législateur que quand c’était un trou de poteau « gaulois » ou un mur « romain », au mieux une muraille médiévale. L’étude d’une fosse 17ème, qui pourtant nous permet de comprendre la vie de nos prédécesseurs, est encore reçu tièdement, surtout quand il y a un immeuble à livrer. Pourtant au niveau du patrimoine bâti, il y a eu de grandes évolutions sur les critères de l’État.

    Peu de choses sont classées au titre de Monuments Historiques à Saint-Nazaire. Pourtant nous avons des bâtiments privés qui mériteraient que leurs propriétaires fassent quelques démarches pour les protéger, et même pour bénéficier d’avantages fiscaux. Que l’on ne me réponde pas qu’un bâtiment classé est contraignant pour un privé. C’est faux ! On vous demandera de ne pas le laisser tomber en ruine, de ne pas peindre sa façade en rose à rayures vertes, de ne pas faire passer une colonne d’eau usagée au milieu du salon, ou de remplacer les visseries en bois par du pvc. On me dira aussi que cela peut être cependant contraignant pour les voisins d’un élément classé car ils ne sont plus libres de modifier leur façade comme ils le veulent. Je réponds que l’on ne peut pas modifier sa façade comme on le veut, tout répond à des normes d’urbanise définis par la mairie, même si beaucoup de municipalité se cachent derrière le prétexte du classement au lieu d’assumer sa politique urbaine.

     

    On l’ignore généralement, mais les villes ont toutes une liste de constructions qu’elles désirent préserver. On ne peut ainsi modifier à Saint-Nazaire les immeubles de l’avenue de la République, ou de la place François Blancho, les demeures qui donnent directement sur l’océan. Même changer vos barrières de jardin dans une rue oubliée relève de normes municipales définies par le Plan Local d’Urbanisme (PLU), et doit faire l’objet d’une déclaration.

     

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    Extrait du cahier de prescriptions des clôtures de la mairie de Saint-Nazaire

    ( http://www.saintnazaire.fr/fileadmin/Saint-Nazaire/01.Demarches_infos-pratiques/Urbanisme/201703_cahier-prescriptions-clotures.pdf )

     

    J’entends des Nazairiens dirent que l’initiative de monsieur Samzun de faire répertorier les bâtiments intéressants de la commune arrive trop tard. Mais il fallait bien que cela commence un jour, et au moins cela a été entrepris, saluons donc l’entreprise.

    J’entends aussi crier qu’à côté de ce relevé, il a été accordé depuis 2015 la destruction ou la modification de bâtiments qui avaient une valeur aux yeux des Nazairiens. Oui, je suis peiné moi aussi qu’on ait laissé à la spéculation la ferme de Kerlédé, et d’autres demeures du la route de la Côte d’Amour faire place à des immeubles inesthétiques construit sur des parcelles si petites qu’il en ressort des choses ridicules et étriquées qui agressent le regard. ̶J̶e̶ ̶s̶u̶i̶s̶ ̶n̶a̶v̶r̶é̶ ̶d̶e̶ ̶v̶o̶i̶r̶ ̶q̶u̶’̶o̶n̶ ̶v̶a̶ ̶d̶e̶ ̶c̶e̶t̶t̶e̶ ̶m̶a̶n̶i̶è̶r̶e̶ ̶f̶a̶i̶r̶e̶ ̶d̶i̶s̶p̶a̶r̶a̶î̶t̶r̶e̶  RECTIFICATION DU TEXTE LE 23 AVRIL 2019 : Contrairement à ce qui m'avait été communiqué, la villa art-déco « Mektoub » réalisée pour un nazairien qui avait été en poste à İstanbul durant l'occupation de Constantinople par les troupes françaises, britanniques et italiennes, de novembre 1918 à octobre 1923, ne sera pas détruite.

    Mademoiselle Stéphanie Le Lu, chargée d’études Inventaire du Patrimoine, à la Direction de la Culture à la Ville de Saint-Nazaire, m’a écrit ce jour à propos de la villa Mektoub : « Je l’ai repérée au titre de l’Inventaire dès l’instant où je l’ai vue. Je l’ai présentée à de nombreuses reprises aux élus pour les alerter sur son intérêt patrimonial. […] la maison ne fait pas l’objet d’un permis de destruction. […] Effectivement, un collectif sera prochainement construit mais uniquement sur une partie de la parcelle. La maison sera préservée. »

    Je suis heureux de pouvoir communiquer aux lecteurs que cette maison restera. Elle a des proportions et une architecture aux emprunts islamiques qui s’inscrivent dans le paysage, (elle est aussi un cube),qu’elle comporte sur sa façade le mot « Mektoub » en calligraphie ottomane, écriture disparue avec la réforme d’Atatürk, et non en arabe classique. Cette calligraphie faite dans l’enduit est la seul à ma connaissance en France. FIN DE RECTIFICATION DU TEXTE LE 23 AVRIL 2019.

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    La calligraphie ottomane de la villa « Mektoub » au 37 rue de la Vecquerie

     

    Le jardin si agréable de la villa va disparaître, réduisant encore un peu plus la verdure dans l’agglomération en étouffant plus encore Porcé. Il faut aussi tenir compte que notre patrimoine est aussi les espaces vert municipaux et privés.

     

     

    Saint-Nazaire est un sujet compliqué. Mais encore une fois je salue les efforts de la municipalité actuelle, et souhaite à madame Le Lu que son travail reçoive un écho positif autant auprès du Conseil que parmi la population.

     

    [1] Plus d’information à ce sujet ici : https://legaragesaintnazaire.com/2019/03/27/27-avril-2019-les-enquetes-patrimoine-de-saint-nazaire-au-garage/

  • Notes sur la famille Benoist et la maison du 5 rue du Bois Savary

    Au n°5 de la Rue du Bois Savary[1] est une demeure à la façade de pierre sculptée de mascarons. Cette maison, qui intrigue beaucoup les Nazairens, fut construite pour le docteur Alcide Benoist, qui a laissé son nom à une rue de notre ville[2].

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    La maison Benoist (à gauche) en 1870. Elle faisait face au grand calvaire détruit en 1873. On voit sur l’illustration que le quartier peinait à se lotir. La maison à droite appartenait au Lechat, et fut un temps la gendarmerie.

    Le docteur Alcide Benoist fut désigné en 1867 pour diriger l’une des salles du nouvel hôpital. Il milita pour l’amélioration des logements, et fonda une société de secours mutuel des ouvriers et employés de la Compagnie Générale Transatlantique. Mais il avait cependant le démon du jeu, et s’endetta au point de devoir vendre la maison qu’il avait fait construire au n°5 de la rue du Bois Savary, il emménagea alors rue de La Villès-Martin (avenue du Général de Gaulle). Sa tombe, au cimetière de La Briandais, comporte une plaque avec l’inscription : « A la mémoire du docteur Alcide Benoist, ses concitoyens, ses amis ».

    La maison fut en 1887 la résidence d’Abel Gallet, receveur principal des Contributions indirectes, et entreposeur des tabacs[3] ; en 1931 elle était résidence de maître Clément, huissier de justice ; dans les années 1950 elle abritait le cabinet du docteur Michel Harrivelle ; elle fut ensuite le cabinet des avocats Vautier et Bellec durant plus de 20ans avant d’être mis en vente en 2011/12.

     

     

    La famille Benoist[4]

     

    La famille Benoist à Saint-Nazaire est originaire du Poitou, de Benassay et plus exactement de son hameau de Lavausseau (un temps commune). Elle est issue de :

     

    I° Augustin Benoist, (Benassay-Lavausseau 7 octobre 1799 - Benassay-Lavausseau 24 août 1857), négociant, et d’Annette Habrioux, (Aslonnes 18 avril 1799 - Benassay-Lavausseau 29 mai 1854), fille de Jean-Louis Habrioux, juge de Paix et maire d'Aslonnes. Le couple eut :

    1° Augustin-Jean-Charlemagne-Ernest, (Lavausseau 28 janvier 1825 - Saint-Nazaire 23 août 1883), conseil juridique, époux d’Agathe Clémentine Mestais, (Marnay 12 août 1832 - Granville 27 juin 1910), d’où :

    a1° Augustin-Ernest-Léon, (Benassay-Lavausseau 6 août 1855 – Orléans 25 février 1940), marin, marié le 31 janvier 1883 à Chabanais avec Gabrielle Anne Brunet, d’où postérité ;

    b1° Clément-Alcide-Henry, (Benassay 24 février 1859 - Toulon en 1908), greffier du juge de paix, agent d'assurances, marié le 21 octobre 1890 à Sancoins avec Louise-Marie-Céline Pautre, d’où postérité :

    c1° Marie-Amélie-Léontine, (Poitiers 8 avril 1868 - Mortagne-au-Perche 6 juin 1962), mariée le 25 janvier 1897 à Montargis avec Henri Coste, né le 30 mars 1869 à Saint-Nazaire, fils de Simon Coste, consul de Belgique et de Colombie[5],

    2° Alcide-Henry-Hilaire, (Benassais-Lavausseau 13 janvier 1829 – Saint Nazaire 3 janvier 1889), docteur en médecine, marié le 22 février 1854 à Poitiers avec Émilie-Françoise-Virginie Fradin, (Poitiers 26 juillet 1832 - Saint-Nazaire 25 juillet 1885), fille du député Charles Pierre, d’où :

    a2° Gabriel-Henri, (Saint-Nazaire 4 février 1859 – Vannes 12 avril 1912), docteur en médecin qui débuta dans le cabinet du docteur Charles Durant[6]. Surnommé « Benoist Vermouth » en raison de son alcoolisme, il quitta Saint-Nazaire et devint inspecteur de l'assistance publique à Dieppe, puis à Privas en 1895, et Vannes ; marié le 16 juin 1889 à Grandes-Ventes avec Roseline-Antoinette Beaurain, (née le 28 octobre 1865 à Grandes-Ventes), dont il eut deux filles : Marcelle-Thérèse, (1895-1990), et Yvonne ;

    b2° Renée-Marie-Émilie, (Saint-Nazaire 7 août 1862 - Loroux-Bottereau 27 mars 1944), mariée le 3 juin 1882 à Saint-Nazaire avec Jules Dubois de Mont-Marin[7], (Alger 20 décembre 1859 - Rennes 4 juin 1931), dont elle eut : René-Gabriel-Alexandre-Alcide-Marie, (Saint Nazaire 10 juillet 1890 – Nantes le 12 janvier 1952), et Jean-Pol , (Nantes 7 mars 1897 – Paris 9 mars 1965) ; veuve, elle revint vivre à Saint-Nazaire dont elle fut chassée par les bombardements ; elle trouva refuge à Loroux-Bottereau où elle décéda.

     

     

     Il y eut aussi à Saint-Nazaire, un assureur durant plus de 40 ans rue du Traict, René Benoist, et qui était réputé être le neveu du docteur Alcide Benoist. En réalité c’était un cousin éloigné. Louis-René Benoist était né le 25 août 1857 à Neuville-du-Poitou, fils de Ferdinand-Louis-Clément Benoist, natif de Benassay-Lavausseau, cousin-germain d’Augustin Benoist, docteur en médecine, et d’Éloïse-Augustine Humequin. René Benoist avait été durant 22 ans journaliste à paris avant de s’établir à Saint-Nazaire, où il fut en plus de son activité d’assureur qu’il n’abandonna, malgré son grand âge, qu’à la suite des bombardements, correspondant de l’Agence Havas. Pratiquant l’aéronautique en ballon, il était, à l’occasion du tour de France, survolé en avion la ville le 14 juillet 1939. Il eut une fille, veuve en 1915 avec deux enfants.

     

     

     

     

     

    [1] Pour connaitre l’histoire du Bois Savary, consultez notre article : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2016/03/04/le-bois-savary-5769406.html

    [2] Il y avait aussi un square à son nom, mais il fut remplacé par le parking de la rue Louis Lumière.

    [3] Renseignements fournis par madame Mathilde Pateyron Gallet.

    [4] Sans lien avec les Benoît de La Baule-Escoublac.

    [5] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/04/08/consuls-et-vice-consuls-nazairiens-6142257.html

    [6] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/07/31/notes-sur-la-famille-durand.html

    [7] Issu d’une famille malouine, il hérita du château de Montmarin qu’il vendit.

     

     

     

  • Cette Nazairienne que l’on chante

    Non, je ne vais pas vous parler de la créatrice de la marque de ticheurte, mais d’une autre Nazairienne qui fut exhumée et mise en musique par Fernand Guériff et audible ici : https://www.youtube.com/watch?v=wB4tWBhprHA

     

    Cette chanson est née entre 1861 et la première guerre mondiale. Elle fait partie de la longue liste de ces canzonettes citadines, relatant la vie locale, ses travers, crimes, et événements cocasses, que l’on entonnait dans les cafés, guinguettes et aux banquets. À la fin du 19ème siècle on composait ainsi sur un air connu facilement interprétable au piano ou l’accordéon, (très rarement composés pour), quelques couplets faciles à retenir et qui vous restaient dans la tête des heures. Il en eut beaucoup à Saint-Nazaire, certaines dues à Atys Goy, la majorité aux différentes philharmoniques, L'Harmonie de Saint-Nazaire, La Lire de la Loire à Penhouët[1], Le Trait d’Union à Saint-Marc[2], Les Tambourds et Clairons du 4e bataillon du 64e de Saint-Nazaire, parfois à des clients ou des tenanciers de beuglants.

    On trouve ainsi de temps à autre dans les brocantes des textes à chanter anonymes, imprimés, mais sans partition. C’est le cas de « Ma Nazairienne » que Fernand Guériff redécouvrit et mis en musique.

     

    Mais cette chanson, nombre de Nazairiens n’en comprennent pas les paroles, et j’ai eu, je dois l’avouer, un rire flaubertien qui a dû retentir dans tous Naples quand un professeur m’a écrit hier vouloir la faire chanter à ses élèves. Si les paroles finales sont, il me semble, plus explicites que celles de Il court le furet, Mon ami Pierrot, où Ce petit chemin, je dois accorder que sans une vraie connaissance de l’histoire nazairienne, et j’ose l’écrire, sans une ascendance pluricentenaire à Saint-Nazaire, on a du mal à comprendre toutes les subtilités du texte.

     

    Décortiquons donc notre Nazairienne. La chanson commence ainsi :

    « L'autre jour rue d'la gare, tout seul j'arpentais le trottoir

    Quand dans la rue de Nantes, je vis un'femme des plus charmantes

    J'me mis à la pister jusqu'à la rue du Prieuré

    Enfin je la suivis dans la rue du bois Savary

    Mais elle a pris une autre rue et c'est là que je l'ai perdu »

     

    Resituons nous avant la première guerre mondiale : les rues décrites sont celle qui forment la périphérie de la place Marceau, et qui est plus loin cité, « Tous les soirs place Marceau pendant une heure j'fais le poireau », avec la rue de Paris qui longeait la place, «  L'autre jour rue de Paris sans la chercher je la revis ».

     

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    Dans notre Saint-Nazaire d’aujourd’hui la place Marceau correspond à l’emplacement du site occupée par la Ruban bleu, la rue de Nantes est depuis 1919 la rue Henri Gautier, la rue du Prieuré, qui partait en biais a disparue en partie et est devenue rue de la Petite-Californie, mais la rue du Bois Savary demeure, la rue de Paris est devenue Roger Salengro, la rue de la gare est devenue Stalingrad. Il manque deux rues dans la description, volontairement omises par l’auteur de la chanson, les rues de La Ville Aubry, actuelle rue de Saintonge, et la rue de Méan, autre rue en biais, disparue à la Reconstruction.

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    Les rues de la Ville Aubry et de Méan avaient la particularité d’être les rues où étaient les deux maisons closes de Saint-Nazaire.

    Celle de la Ville Aubry était fréquentée par les officiers de marine et la gentry locale. Elle était tenue par le couple Etienne Médan et Françoise Peytoureau, qui exploitaient en 1861 sept filles : Marie Rocher, Françoise Retz, Mathurine Guillernait, Jeanne Lession, Josephine Lacly, Marie-Anne Leguenec, et Eugénie Brunian. Cette maison connue un moment de panique quand on apprit que le premier a avoir été porteur de la fièvre-jaune à Saint-Nazaire y avait passé le 25 juillet 1861 sa première soirée à terre.

    Celle de la rue de Méan était réservée aux marins et aux ouvriers. La tenancière, Véronique Maisonneuve, femme Martin, se présentait comme la propriétaire d’une pension, mais où les raccrocheuses de trottoir conduisaient leurs clients pour une passe. En plus d’une cuisinière, il y avait là en 1861 sept« pensionnaires », qui faisaient le tour du quartier entre le port et les cafés, pour rameuter le client : Julie Lebecret, Marie Bompré, Marie Mironnet, François Legac, Hortence Picard, Marie Cattana, Hélène Gouesmat.

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    Notre Nazairienne est donc l’une des filles de la « pension » de la rue de Méan.

    Elle suivait les demandes de la clientèle pour son commerce :

    « Ma Nazairienne gironde était devenue subitement blonde

    Et devant mon air baba elle me dit tu ne sais donc pas

    Qu'les blondes sont recherchées je m'suis teinté à l'oxygénée

    Mais n't'en fais pas mon gros chéri, tout ça n's'aperçoit pas dans l'lit ».

     

    Notre Nazairienne n’était pas la seule à faire commerce de ses charmes entre la place Marceau et le port, et il n’y avait pas que des femmes, nombre de marins, de garçons des chantiers, et de militaires à la Briandais arrondissaient leur fin de mois en se montrant du côté de la société de gymnastique et de tir « La Nazairienne », club sportif réservé aux hommes, avant de se rendre dans les buissons du parc de l’entrepôt des douanes (emplacement de l’ancien VIP).

    Tous les cafés avaient au moins une fille qui faisait entraîneuse. Les parents d’Aristide Briand en avaient deux en permanence, qui gardaient le petit Aristide quand madame Briand faisait le ménage et les courses. Il y avait aussi les filles employées par les hôtels…

     

    Cette présence des maisons closes dérangea certains commerçants dès 1879. Ainsi, le restaurateur Verbois, qui avait commerce rue de Nantes, écrivit une lettre au Maire, le 22 juillet 1879 ; lettre qui fut reproduite dans le Courrier de Saint-Nazaire du 27 juillet 1879 :

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    Cette lettre fit grand bruit, est-ce en réponse que fut créée la chanson Ma Nazairienne ? Possible, mais nous nos recherches actuelles ne nous permettent pas de définir l'année de la création de la chanson.

     

    Durant le stationnement des troupes étasuniennes, le haut-commandement établis deux bordels militaires à L’Immaculé.

     

    Dans les années 1930, la tenancière de la plus grosse maison close de Nantes et son époux (officiellement seule une femme pouvait alors posseder une maison close), ouvrirent chaque année à la belle saison une succursale à Saint-Marc dans la villa Nutshell, demeure qui existe encore.

    Durant l’Occupation, les pauvres femmes contraintes à abattage dans ces maisons se retrouvèrent à devoir assouvir les envies des troupes allemandes. Vers la fin de la guerre, un certain nombre d’elles furent enfermées dans la base sous-marine. Quand l’une tombait enceinte, elle « mourrait subitement », et les militaires allemands déposaient son corps dans la morgue improvisée dans l’un des garages de la rue Villebois-Mareuil, laissant aux derniers nazairiens encore présents dans les ruines de les inhumer. Celles qui survécurent à ces traitements furent interrogées par les troupes alliées, et livrées à des énergumènes qui n’avaient rien fait de brave durant 4 ans mais se trouvèrent héroïques de les tondre et/ou de les violer. On peut donc n’avoir qu’une pensée à Marthe Richard, à qui le docteur Poussié sauva la vie en sa clinique nazairienne en 1913[3], et qui œuvra la fermeture des maisons closes, et qui souligna l’hypocrisie de l’État en matière de prostitution durant la guerre.

     

    La prostitution a donc toujours été un fait à un Saint-Nazaire, (deux de nos notables actuels sont au demeurant issus de filles ayant fait commerce de leur corps). Depuis plusieurs années l’activité c’est concentré sur l’avenue de la République, côté gare, du fait de la mort des commerces classiques, même si internet a étendu géographiquement les pratiques.

     

    Enfin, terminons en mentionnant que la Villa Ker Souveraine à Pornichet, construite certes après la séparation de cette fraction de Saint-Nazaire, mais à propos de laquelle je reçois régulièrement des demandes d’information, villa inscrite à l'inventaire supplémentaire des Monuments Historiques depuis le 19 septembre 2002, fut elle aussi la succursale d’un bordel Parisien situé à proximité de l’Arc de Triomphe, propriété de Suzanne Lanoue, dite la comtesse de La Noue, amante de l’industriel Lucien Rosengart, dont elle utilisait l’emblème de la marque automobile comme armoiries : «  d’argent à la rose au naturel de gueule, tigée de sinople ». C’est ce qui explique le décor criard de la maison, ainsi que le fait que les chambres donnant sur les salons au premier étage, et aujourd’hui transformées en cuisines, soient dotées de vitre à l’emplacement des têtes de lit, pour le plaisir des voyeurs.

     

    [1] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/07/16/un-comte-polonais-a-saint-marc.html

    [2] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/01/18/l-allee-du-chateau-a-saint-marc-6121661.html

    [3] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/04/13/notes-sur-les-familles-poussie-et-thomas-de-closmadeuc-6143587.html

  • Notes sur les familles Poussié et Thomas de Closmadeuc

    La famille Poussier est originaire de Lozère, elle s’est illustrée à Saint-Nazaire avec deux chirurgiens, et laissa son nom à une clinique située à l’angle des rues de Pornichet et François Madiot, (bâtiment actuellement muré en attente d’un avenir).

     

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    La clinique Poussié en 1905

     

    I°  Antonin-Clément-Julien Poussié, (Marvejols 5 mars 1848 - Saint-Nazaire 4 juin 1923), Conservateur des Hypothèques à Saint-Nazaire, marié le 2 octobre 1876, à Saint-Flour, avec Andrée-Claire-Alix Reynard, (Clermont-Ferrand 7 août 1855- Saint-Nazaire 4 décembre 1928), d’où :

    1° Louise-Amédée-Claire-Jeanne (Saint-Chély-d'Apcher 22 septembre 1877 – Saint-Nazaire 22 mai 1913), épouse de Marcel-Anatole Thomas de Closmadeuc, (voyez après) ;

    2° Marc-Raoul, qui suit.

    II° Marc-Raoul Poussié (octobre 1879- La Baule-Escoublac 20 mai 1947), chirurgien, fondateur de la clinique Poussié à Saint-Nazaire, soigna en sa clinique l’aventurière Marthe Richard, (celle qui ferma les maisons closes en France), après son accident d’avion survenue le 31 août 1913 à La Roche-Bernard ; époux d’Alice Labourdette, (1884-1972), d’où :

    1° Marthe Poussié, (Saint-Nazaire 14 mars 1911 – Paris 28 septembre 2004), épouse de : 1er 29 mars 1932 à Saint-Nazaire avec Pierre-Marie Blondeau, (né le 2 avril 1905 à Auch), chirurgien, divorcée le 2 décembre 1935 ; 2ème le 25 juin 1938 à Paris avec John Linton, (Paris 2 mars 1911 – Paris 20 janvier 1948), d’où postérité du second lit ;

    2° Henry Poussié, (Saint-Nazaire 16 novembre 1914 – Saint-Nazaire 29 mars 1935) ;

    3° Louis-Raoul Poussié, (Saint-Nazaire 5 juin 1917 - La Baule-Escoublac 28 mars 1958), chirurgien, s’illustra en opérant à l’hôpital durant 48 h avec les docteurs Allaire, Jacquerod, Gentin, Avril et Jégo, les blessés du bombardement du 17 novembre 1947, qui laissa postérité.

     

    La famille Thomas de Closmadeuc est une famille de la bourgeoisie bretonne dont la filiation remonte à l’an 1598.

    Armoiries : D'azur au mât de navire, gréé d’or, pavillonne d'argent ; broché d’une fasce d'argent, chargée de trois taus de gueules.

     

    I° Marcel-Anatole Thomas de Closmadeuc, (La Roche-Bernard 25 mai 1874 - 10 mai 1952), pharmacien à Saint-Nazaire, fils d’Eugène-Hyacinthe Thomas de Closmadeuc, notaire à La Roche Bernard, (1832-1915), et de Marie Langloit, (1833-1926) ; marié : 1er le 10février 1903 à Clamecy avec Louise-Amédée-Claire-Jeanne (Saint-Chély-d'Apcher 22 septembre 1877 – Saint-Nazaire 22 mai 1913) ; 2ème le 12 février 1920 avec Marcelle Léonard ; d’où :

    Du premier lit :

    1° Geneviève-Andrée, (Saint-Nazaire 30 mars 1907 - Le Chambon-Feugerolles 31 mars 2007) ;

    2° Simone-Antoinette, (Saint-Nazaire 10 août 1909 - Les Pavillons-sous-Bois 12 août 2000) ;

    Du second lit :

    3° Armelle

    4° Jean-Yves, époux de Marguerite Louboutin, d’où postérité ;

    5° Nicole

    6° Nicole, épouse de Roger Peyrot, d’où postérité ;

    7° Rozenn, épouse de Roger Mandement, d’où postérité ;

    8° Soizick, épouse de 1er Jacques Guy ; 2ème Jean Fréour.

     

     

    Les membres des familles Poussier et Thomas de Closmadeux sont inhumés au cimetière de La Briandais.

  • Consuls et vice-consuls nazairiens

    Plusieurs de nos lecteurs ont été surpris, à la lecture de nos articles consacrés aux Protestant de Saint-Nazaire[1], à Marc Hélys[2], et à la Villa Victor[3], furent surpris, donc, d’apprendre qu’il y avait eu des représentations diplomatiques à Saint-Nazaire.

    Les Nazairiens sont tellement habitués à ne voir barboter dans les bassins du port que des géants d’acier en construction ou en réparation qu’ils ont occulté le fait que le port a été initialement construit pour le trafic maritime, et qu’il y avait, outre les voyageurs et marins en provenance du continent américain et du Nord de l’Europe, différentes communautés étrangères résidentes.

    Il est vrai qu’après la seconde-guerre-mondiale le Gouvernement décida de favoriser le Havre en matière de transport, et ne laissa à Saint-Nazaire « que » la construction navale, avec un projet de port industriel qui ne vit finalement jamais le jour, et pour lequel on avait poussé les murs des bâtiments du Vieux Saint Nazaire, de la rue Henri Gautier, et justifié le déplacement de la gare au bout d’un terre plain nouvellement gagné sur les marais de Prézégat. Projet qui, précisons-le, avait été organisé dès le bombardement de mars 1943 en s’appuyant sur un plus ancien qui voulait déjà envoyer la gare à Méan dans le but de dégager les terrains le long du bassin de Penhoët.

    Tout cela fit que tous ces ressortissants étrangers ne revinrent jamais à Saint-Nazaire, et que les représentations diplomatiques nazairiennes disparurent. Il ne reste que quelques portes drapeaux fixés à des balcons et bowwindows de demeures bordant le boulevard Wilson pour rappeler ce temps où les pavillons de pays lointains émaillaient nos rues.

     

    Le sujet des délégations diplomatiques à Saint-Nazaire a été écarté par nos deux grands historiens locaux, Henri Moret et Fernand Guériff, et nous n’avons pas trouvé de publication consacrée à ce sujet. Notre approche semble donc inédite, et nous la livrons après avoir consulté le Moniteur Universel, le Journal Officiel, les almanachs commerciaux et du Gotha, et puisé dans la mémoire nazairienne.

     

    Les dates indiquées sont celles des exequatur accordés par la France.

     

    1857, la Prusse et le Royaume de Suède-et-Norvège :

    Les royaumes de Pusse et de Suède-et-Norvège furent les premiers états à se faire représenter à Saint-Nazaire dès janvier 1857 avec la même personne : G.-H. Boulard, vice-consul du Royaume de Suède-et-Norvège, et agent consulaire pour la Prusse. En 1869 les représentations furent séparées :

     

    Suède-et-Norvège : Thierry Smits, vice-consul en mars 1869 ; remplacé par le vice-consul de Danemark Joos van Ameyden van Duym agent consulaire en 1871, promu vice-consul en février 1874, (il fut aussi représentant des Etats-Unis d’Amérique et du Danemark)[4].

     

    À la suite de l’indépendance du royaume de Norvège en 1905, Joos van Ameyden van Duym devint vice-consul de ce pays en juin 1906 ; Victor Dupin (1854-1916), directeur de la succursale nazairienne de Hailaust et Fils, vice-consul en juillet 1908, dont nous avons déjà parlé ; monsieur A.J.M Bellan vice-consul en 1919.

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    Immeuble du 59 rue de La Paix qui abritait le consulat de Norvège,

    (Photographie David Silvestre)

     

     

    Le royaume de Suède désigna A. Gautier comme vice-consul en 1907 ; à qui succéda en 1919 H.P. Mosesson.

     

    L’empire allemand ayant été proclamé le 18 janvier 1871, la représentation de la Prusse devient celle de l’Allemagne : L.-R.-Th. Quirouard, agent consulaire en octobre 1872, puis vice-consul en 1877 ; H. Zelling, vice-consul en 1882 ; J. O’Hagan vice-consul en 1884 ; René Le Bozec, vice-consul en juin 1892.

     

    1859, L’Espagne :

     

    Luis Genú y Regio, vice-consul en juin 1859 ; Damaso Ruis de Lazurriaga en avril 1870 ; Federico Moreno y Albareda, vice-consul en décembre 1874 ; José-Maria-Fernandez Quiros, vice-consul en 1876, puis consul en mars 1877 ; Mariano Brusola y Tellez en décembre 1881[5] ; Emilio de Pereira 1889, qui fut suppléé, ainsi que ses suivants, par un vice-consul ; Rafael Acquaroni en décembre 1893 (L. Gabard vice-consul) ; Juan -Manuel Bel y Serrano consul en décembre 1902 ; Ferez del Pulgar consul en 1913 ; I. Plana en 1919 ; T. de La Guarda consul en 1922 ; Guy de La Grancière agent consulaire en juin 1929.

     

     

    1860, l’Uruguay et les États-Unis d’Amérique :

     

    Si le consulat des États-Unis d’Amérique n’eut qu’une existence éphémère, et fut rapidement remplacé par des agents consulaires, et l’Uruguay avec un vice-consulat, fut constamment présent jusqu’à l’entre-deux-guerres.

    L’Uruguay fit succéder deux membres de la même famille, Edouard Gallès père, et Edouard Gallès fils. Les Gallès ont été aussi les deux premières personnalités de confession juives qui se sont distinguées à Saint-Nazaire. Edouard Gallès père, (1801-1868), qui faisait du commerce maritime, avait débuté comme vice-consul du Brésil à Bordeaux, et s’était distingué par sa personnalité autant que par ses poésies et odes, qui ont mal vieillies mais qui eurent leur temps un certain succès[6]. Son poème « Hommage à LL. MM. L’empereur Faustin et à l’impératrice d’Haïti, le Nègre esclaves dans le Brésil élevant son âme vers l’empire haïtien », publié chez Dubuisson et C° à Paris en octobre 1858, quelque mois avant la chute du dictateur, lui valut une décoration. Il en possédait d’ailleurs un certain nombre, dont la plus importante était celle d'Officier de l’Ordre de Charles III d’Espagne. Il était aussi membre de l’Institut Historique de France[7]. C'est en grande partie à Edouard Gallès père que Saint-Nazaire doit d'avoir obtenu l'exclusivité des lignes Transatlantiques vers l'Amérique-Centrale, dite Ligne des Petites et Grandes Antilles. Consulté en 1857 par la Commission parlementaire  qui devait attribuer les lignes maritimes, il défendit bec-et-ongle Saint-Nazaire, alors que les journaux de Bordeaux et du Havre lancèrent contre lui des attaques. (il est regrettable qu'on ait pas à Saint-Nazaire donné son nom à une rue.) 

    Âgé et malade, était reparti à Bordeaux en 1867, où Charles Ceylis, mirliton local, lui écrivit une ode en martyrisant Calliope. Edouard Gallès père avait laissé ses affaires nazairiennes à son fils, qui reçue à son tour l’exequatur de l’Uruguay, et conserva cette fonction jusqu’à son décès. En 1888 B. Lagrange devint vice-consul, puis ce fut E.-Louis Bernard en octobre 1903 encore en 1912

     

    Les États-Unis d’Amérique : le nom de leur premier consul était Routrée. Il fut remplacé par Joos van Ameyden van Duym, (déjà cité) agent consulaire en octobre 1867 ; Henri-Prince Sutton, le vice-consul britannique, fut agent commercial en 1882 ; il lui succéda Thomas Saukey en juin 1899. En raison du débarquement des troupes étasunienne en 1917, qui multiplièrent par deux le nombre d’habitant à Saint-Nazaire, Gabriel Bie Ravndal reçu l'exequatur de consul général en janvier 1918.

     

    1861, le Danemark :

     

    Gustave Boucard, vice-consul en 1861; François-Clément-Constant Boudet, vice-consul en janvier 1873 ; Joos van Ameyden van Duym, vice-consul en 1881, (déjà cité comme représentants des Etats-Unis d’Amérique) ; M.A. Bourcard en 1898 ; Appolon-Aimé-Charles-Joseph La Touche, vice-consul, (fut aussi consul du Guatemala) ; Max La Touche, fils du précédent, vice-consul en 1910, (aussi consul du Guatemala en 1911 et du Portugal en 1917, puis de la République dominicaine en 1922).

     

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    Apollon-Aimé-Charles-Joseph La Touche durant la semaine maritime de 1908. Ce fut pour lui l'occasion de réceptionner le prince Axel de Danemark, cadet de la marine danoise à bord du Hendal.

     

    Les La Touche, père et fils, négocients, place des Bassins, dont les entrepôts portaient le long des quais le nom en grandes lettres, qui était se trouvaient moqués en « La Touche et la prend » en raison de leur accumulation de titres consulaires et leur course aux décorations qui frisaient le ridicule.

     

     

    1862 l’El Salvador :

     

    Eugène Rozier, vice-consul avril 1862 ; Francisco de Paolo Calcaño, vice-consul en 1879, (aussi consul du Chili) ; Charles Robert vice-consul en juillet 1892 (aussi consul du Honduras) ; A. Evain, consul en 1895, supplée d’un vice-consul. Entre 1895 et 1898 le pays fut réuni à la Grande république d’Amérique central (avec le Nicaragua et le Honduras), Eugène Carré en fut nommé consul en octobre 1896 ; à nouveau indépendant : F.-T. Laurent consul en 1921.

     

    1864, le Pérou et l’Italie :

     

    Le Pérou fut présent dès 1864 avec un consulat partagé avec Nantes : Abertini consul ; Jean-Baptiste Bourbeau, (1814-1878), surnommé « Batista », consul en 1868, (il fut aussi représentant du Chili, du Venezuela, et du Guatemala)[8] ; M. O. Rojas en 1870 ; E. Patron, consul 1877 ; Alexandre-K. Coney, consul du Mexique, fut désigné co-gérant du consulat en 1881 avec F.-F. Leblanc consul du Chili ; Gustave Laganry vice-consul en 1890 pour Nantes et Saint-Nazaire ; Manuel Uscategui Toro consul en décembre 1882 ; C. Arosemena y Jofré consul général en 1893, secondé de A. Lepré vice-consul ; Edouard de Patron consul en 1894 ; C. Arosemena y Jofré à nouveau en 1896 avec Gustave Laganry vice-consul ; A. Lepré consul pour Nantes et Saint-Nazaire en 1898 ; C. Arosemena y Jofré à nouveau en septembre 1903 ; Gaillermo de Heredia, consul avec juridiction sur les départements de Côtes-du-Nord, Finistère, Ille-et-Vilaine, Loire-Inférieure, Maine-et-Loire, Morbihan, et Mayenne en août 1917 ; Manuel-Angel Velarde, consul avec juridiction sur les départements de Côtes-du-Nord, Finistère, Ille-et-Vilaine, Loire-Inférieure, Maine-et-Loire, Morbihan, et Mayenne en septembre 1918 ; Carlos Anderson comme vice-consul en janvier 1920 ; Elie Creston consul pour Nantes et Saint-Nazaire en novembre 1906 ; E. Althaus, vice-consul en 1922 ; Max Latouche vice-consul en mars 1939 avec juridiction sur les départements de Côtes-du-Nord, Finistère, Ille-et-Vilaine, Loire-Inférieure, Maine-et-Loire, Morbihan, et Mayenne.

     

    Italie : Jean-Pierre Aubré, délégué consulaire du royaume d’Italie en 1864 ; Adrien Baudet agent consulaire en 1895 ; Adophe Cotton agent consulaire en novembre 1920

     

     

    1866, le Mexique, le Guatemala et le Nicaragua, la Colombie, et la Russie :

     

    Le Mexique désigna comme consul à Saint-Nazaire : Thomas Vial. Lui succédèrent : M. Maneyro, désigné comme agent commercial en 1873 ; Maneyro consul en 1875 ; Alexandre-K. Coney fut nommé consul en 1879, et assura aussi la représentation péruvienne. Ayant été promu à Paris, il fut remplacé par Carlo Americo Lera (1853-1926), dont nous avons retracé la carrière dans l’article consacré à son épouse Marie, femme de lettres sous le nom de Marc Hélys. Promu secrétaire d'ambassade de première classe au Guatemala le 6 novembre 1890 Carlos Américo Lera fut replacé par Platon Roa, consul général en décembre 1890, secondé par E. Carvalo nommé chancelier ; remplacé ensuite par : le docteur Salvador Quevedo y Zubieta consul général en mai 1908 ; Federico L. de La Barra en novembre 1911 ; G. de Heredia en 1918 ; Ramon Lera, (fils de Carlo Amicano), consul en mars 1923 avec pour vice-consul L.F. Castro.

     

    Le Guatemala et le Nicaragua furent représenté conjointement par : Adolphe Bouret, consul en août 1866.

     

    Puis le Guatemala seul par : Jean-Baptiste (Batista) Bourbeau, (déjà cité), vice-consul en mai 1867 ; Battendier consul en 1872 ; Etienne-Guillaume Robert consul en décembre 1882, (il le sera aussi d’Haïti) ; puis Appolon-Aimé-Charles-Joseph La Touche, consul décembre en 1886, (déjà comme vice-consul du Danemark) ; Max La Touche, fils du précédent, (déjà cité comme vice-consul du Danemark et du Portugal), consul en août 1911.

     

    Nicaragua seul : Auguste Saint-Ange-Bossière consul en décembre 1881

     

    La Colombie, (sous les différentes formes de son nom, (Nouvelle-Grenade, Etats-Unis de Colombie, Colombie) : Simon Coste[9], consul en mars 1866, (il le sera ensuite de Belgique) ; Proto Gornez, consul en février 1867, suppléé d’un vice-consul ; Sallustien Villar consul en mai 1868 ; Fernando Conde consul en novembre 1868 ; A. Paez consul en 1871 ; Nicolas Perdra Gamba, consul en novembre 1871 ; Rodrio S Pereira consul en janvier 1873 ; Gutierrez consul nommé fin 1873 ; Guzman consul en 1874 ; L. G. Rivas consul en 1875 ; P. Flore consul en 1876 ; L. Angulo consul en 1881 ; M. Uscategui Toro consul en 1883 ; Domingo Cajiao Caldas consul en août 1884 ; Ramon Gœnaga en novembre 1884 ; J. Laborde consul en 1886 ; Carlos Benedetti consul en novembre 1890 ; Nicolas J. Casas consul en juillet 1895 ; Nicolas Casas consul en octobre 1901 ; Rafael Osorio consul en janvier 1903 ; Francisco Vergara Baros consul en 1905 ; Luis Enrique Bonilla, consul en janvier 1907 ; Rufino Cuervo Marques consul en mars 1908 ; Ricardo Sanchez Ramirez consul en novembre 1910 ; J. Moya Vasquez consul en 1912 ; Carlos Arbelaez Urdaneta en décembre 1914 ; Julio-M. Ferandez consul en juillet 1919 ; C. Tamayo consul en 1922 qui assurait aussi la représentation du Costa Rica… Les consuls de ce pays changeaient tellement souvent que les invitations étaient rédigées au seul « monsieur le consul », sans mention du patronyme, et on les identifiait dans les salons à leurs décorations à la boutonnière !

     

    La Russie eut dès 1866 un agent consulaire et commercial pour la représenter à Saint-Nazaire : Lucas Huette, qui fut promu vice-consul en 1881, et vit ses fonctions être entendus à Nantes en 1884 ; Adrien-Eugène Daguzan, vice-consul en septembre 1915. Ce vice-consulat fut supprimé par le régime soviétique en 1922.

     

     

    1868, la Belgique, des Pays-Bas, du Chili et du Venezuela :

     

    La Belgique eut : Simon Coste, (déjà cité), consul en 1868 ; Henri Gustin-Stoll, (1826-1890), en septembre 1886 ; Henri Gustin-Stoll fils, consul en novembre 1890[10] ; J.-Emile-Adrien Daguzan, (1867-1941), consul en septembre 1935 qui était aussi vice-consul Pays-Bas.

     

    Les Pays-Bas : Thiery Smits, vice-consul en mai 1868, Luppo-Everliadus Zelling vice-consul en février 1874[11] ; Georges Fourchon vice-consul en février 1883 ; J.-Emile-Adrien Daguzan, vice-consul en juillet 1895 jusqu’à son décès en 1941.

     

    Le Chili et le Venezuela eurent pour vice-consul en commun de 1868 à 1872 Jean-Baptiste Bourbeau, (déjà cité), promu consul du Venezuela en août 1870, avec Screiber comme vice-consul.

     

    Puis le Venezuela nomma seul : Bermudez consul et Bergeaud comme vice-consul en 1876 ; Francisco de Paolo Calcaño consul en 1880, (aussi vice-consul de l’El Salvador) ; Benjamin Lagrange consul en février 1888, secondé d’un vice-consul en 1890 ; Ilosendo Blanco consul en juillet 1895 ; Lagrange en 1896 ; R. Hurtaldo consul en 1913 ; P.E. Cardenas consul en 1915 ; Asejivlo Negretti consul en juillet 1916 ; Hector Pietri consul avec juridiction sur les départements de Loire-Inférieure, Côtes-du-Nord, Finistère, Ille-et-Vilaine, Maine-et-Loire, Morbihan, Mayenne, Sarthe, Deux-Sèvres, Viennes, et Vendée en octobre 1938.

     

    Le Chili seul : Nicolas Pereira-Gamba consul en 1872 ; F.-F. Leblanc consul en 1880, (nommé cogérant du consulat du le Pérou en 1887) ; Anibal Leblanc chargé en 1890 ; Césars Flores Blanco consul en janvier 1914 L. E. Femandez consul en 1917 ; B. Flores Blanco en 1923.

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    Le consulat du Chili vers 1905, la maison fut remplacée à la fin des années 1930 par l’immeuble actuel situé au 49 boulevard du Président Wilson.

     

     

    En 1869 la République dominicaine, le Brésil et Haïti :

     

    République dominicaine : Auguste Chérot, consul en mars 1869 ; Alfred Mercier, consul en 1884 ; François-M. L’Houen, consul en 1891 ; François Moreau consul en juillet 1907 ; Gaston-Charles La Touche en 1910, aussi consul du Portugal, mobilité en 1914, tuée en 1916[12] ; Max La Touche, son frère, le remplaça.

     

    Brésil : Émile Chevalier, vice-consul en juin 1869 ; nous ignorons les noms des représentants suivants jusqu’à celui de C. Flores Blanco, vice-consul en 1904.

     

    Haïti : Paul-Charles-Théodore Eudel consul octobre 1869, personnalité oubliée des Nazairiens mais bien connue à Nantes où une rue porte son nom, il était né au Crotoy (Somme) le 20 octobre 1837. Armateur et négociant d’abord à Nantes, puis à Saint-Nazaire. Célébre collectionneur et chroniqueur d'art en son temps, sous différents pseudonymes il produisit différents ouvrages traitant d’art et de voyages, l’opuscule « Locutions nantaises » en 1884, collabora à l’écriture de plusieurs pièces. En 1884 il fut remplacé comme consul par Etienne-Guillaume Robert, mais repris ses fonctions en 1890. Il décéda le 18 novembre 1911 à Cellettes.

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    Paul Eudel

     

    En 1870 le Honduras :

     

    Atys Goy consul en juin 1870[13] ; Charles Robert consul en 1887, (aussi vice-consul de l’El Salvador) ; entre 1895 et 1898 le pays fut réuni à la Grande république d’Amérique central (avec le Nicaragua et l’El Salvador), Eugène Carré fut nommé consul en octobre 1896 ; redevenu indépendant, sa représentation nazairienne resté à Eugène Carré ; E.J. Crenaud consul en 1919 ; François Barbier consul en 1923 ; Léon Rotte, consul en juin 1926.

     

     

    1873, le Portugal :

     

     Damaso Ruiz Lazuriaga vice-consul du Portugal en janvier 1873 ; Gaston-Charles La Touche, déjà cité, en 1911.

     

     

    1874, le Royaume-Uni :

     

    L’ouverture de la ligne de la Royal Mail avec la France par Saint-Nazaire fit que le Royaume-Uni nomma Henri-Prince Sutten vice-consul, qui fut aussi agent commercial des U.S.A.. Lui succédèrent : Harry Elford Dickie vice-consul en mai 1889 ; Emile Mary, vice-consul en 1895 ; Alfred Triollot vice-consul en janvier 1908 ; Cecil William Cove agent consulaire août 1914 ; W. Cove, vice-consul en 1915 ; G.W. Huggins vice-consul en 1919 ; S.A. Mc-Intosh vice-consul en 1920.

     

     

    1877 l’Équateur :

     

    Enrique Gaspard vice-consul en 1877 ; H Dorn y Alsua, vice-consul en 1887 ; C. Rendon Perez, vice-consul en 1894 ; A. E. Calderón, vice-consul en 1898 ; Mario B. Espinel consul en novembre 1902 ; Cuellar del Bio Guarderas, consul en 1912 ; Alberto Arrate, consul en juillet 1920 ; B. Esinet, consul en janvier 1923; Fernando Maidonado, consul en août 1926.

     

     

    1892, la Grèce et l’Autriche-Hongrie :

     

    La représentation diplomatique de ce pays nous est mal connue. Citons cependant : Émile Mary, vice-consul 1892, (il le fut aussi du Royaume-Unis en 1895) ; Demetrius Amira, (Directeur Général de l'Énergie électrique de la Basse-Loire), vice-consul de Grèce en avril 1938.

     

    L’Autriche-Hongrie eu un représentant commercial en 1892.

     

     

     1897, le Monténégro :

     

    1. Barbier, consul en 1897 de la pricipauté puis du royaume de Monténégro. Consulat disparu avec l’annexion du Monténégro par la Serbie en 1918.

     

     

    1900, l’Argentine :

     

    1. de Nion, consul en 1900.

     

     

    1904, Cuba :

     

    1. Tejedor, vice-consul en 1904 ; Auguste Guillouet, vice-consul en août 1906 ; A.G. Garcini, vice-consul en 1908 ; Alfredo Lopez Trigo, vice-consul en décembre 1909 ; Prospero Pichardo y Arredondo, vice-consul en octobre 1911 ; Alfredo Zayas y Arrieta, vice-consul en novembre 1912 ; Luis Valdes Roig vice-consul en avril 1915

     

     

    1906 ; le Panama :

     

    José Paredes, consul en 1906 ; A. Uribe, consul en 1908 ; Fabio Rios, consul en 1910 ; Julis Valdès, consul en juillet ; Carlos Zachrisson, consul en février 1912 ; Fabio Rios, consul en avril 1913 ; C.F. Blanco consul en 1920 ; Evenor Ilay, consul en avril 1937.

     

     

    1907, la Bolivie :

     

    Edouardo Wolff consul en mai 1907

     

     

    1914, le Costa Rica :

     

    C.F. Blanco, consul en 1914 ; Auguste Richard, consul en septembre 1924.

     

     

    1921, la Roumanie :

     

    1. de Rouard, consul pour Nantes et Saint-Nazaire en 1921.

     

     

     

    [1] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/03/08/les-protestants-de-saint-nazaire-6134427.html 

     

    [2] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/04/04/mari-lera-saint-nazaire-iyi-ak%C5%9Famlar-6141565.html 

     

    [3] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2018/06/21/la-villa-victor-a-porce-6061203.html

     

    [4] Né en 1843, il était le fils d’Abraham van Ameyden van Duym et d’Anna Dorothea Julia Nissen. Il avait épousé Jeanne-Marie Laurent, dont il eut une fille, Reine-Gabrielle, née en 1866, qui épousa le 7 octobre 1885, à Saint Nazaire, Louis-Auguste-Raymond Robinet de Plas, agent des postes et télégraphe à Saint-Nazaire (1859-1944) qui succéda à son beau-père dans le négoce.

     

    [5] Il fut ensuite envoyé en juin 1889 à Sète, puis à Paris en 1900.

     

    [6] L'Univers israélite : journal des principes conservateurs du judaïsme, de septembre 1868 lui consacra une courte nécrologie.

     

    [7] Société savante fondée en 1833 et disparue en 1957 qui avait pour but de propager et de perfectionner les études historiques.

     

    [8] Né à Poitier le 26 octobre 1814, issu d’une famille notaire dont la filiation suivie est à Poitier depuis 1516, fut capitaine de frégate, agent de la Compagnie Générale Transalantique à Saint-Nazaire, chevalier de la Légion d’Honneur. Il avait épousé le 30 juin 1845 Laure Oseli (décédée à Paris le 9 juin 1881), dont il eut :

    1° Marie-Joseph-Ravmond, (24 juin 1848 - à Saint- Nazaire 3 mars 1867) ;

    2° Eugénie-Marie-Thérèse, née le 4 juin 1850 ;

    3° Marcel-Jean-Baptiste-Julien, né à Toulon, le 10 mars 1834, marié à Paris, le 7 juillet 1887, à Eugénie

    Mein ;

    4" Marie-Louise-Georgette-Eugénie, née à Toulon le 14 juillet 1861.

     

    [9] Représentant de la maison Haentjen à Saint-Nazaire, mort à Bourguenais le 22 mars 1895. Il était originaire du Croisic, et avait épousé Amélie-Louis-Marie Béatrix, dont il eu pour fils Henri, marié avec Marie-Amélie-Léontine Benoist, nièce du docteur Alcide Benoist. - Il était le cousin des frère Émile-Joseph Coste, (1814-1878), sauveteur en mer fameux, Jules Coste, (1826-1897), supérieur du Petit-Séminaire de Valognes, et Yves-Edouard Coste, (1824-1895), maire d’Auray de 1888 à 1896.

     

    [10] Henri Gustin-Stoll, (Chantenay juillet 1826  – Saint-Nazaire 7 septembre 1890), fils de Nicaise-Urbain Gustin, et de Françoise Stoll ; fournisseur de navires au quai de la Fosse à Nantes, puis à Saint-Nazaire à l’angle des quais Wattier et du Commerce. Il habitait rue Thiers. Époux de Clémentine Fraisse, (Nantes 18 août 1826 – Saint-Nazaire 2 décembre 1910), tout deux enterrés au cimetière de La Briandais ; d'où :

    1° Henri Gustin-Stoll, (né le 6 octobre 1860- Saint-Nazaire 1935 enterré au cimetière de La Briandais), négocient et agent maritime, agent maritime et négocient, associé à Adrien-Eugène Daguzan, chevalier de la Légion d’Honneur en 1905 ; époux de Louise Sentis, (1862- Laplume en Lot-et-Garonne le 19 février 1944), d'où 9 enfants et 22 petits-enfants ;

    2° Nancy, (1863-1909) épouse de Gabriel Houis, (†1909).

     

    [11] Propriétaire de la compagnie de transport maritime Zelling et C° à Saint-Nazaire.

     

    [12] Fils d’Apollon La Touche, né le 2 mai 1881 à Saint-Nazaire, en 1914 sous-lieutenant au 62ème régiment d'infanterie, mort de ses blessures le 26 janvier 1916 à Somme-Suippe (Marne).

     

    [13] Atys, courtier, consul du Honduras, conseiller municipal, (il provoqua la démission du maire Auguste Desanges le 18 mai 1884), chansonnier qui publia en 1869, chez l’éditeur nazairien Fronteau, « Hilariter. Les Chants de La Vécrie » un recueil de chanson à boire, il fut d’ailleurs le grand ami de Gustave Nadaud, chansonnier célèbre en son temps. À Propos de sa famille voyez : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/07/19/titre-de-la-note.html

  • Un explorateur à Saint-Nazaire

    - Allons saluer l’Explorateur !

    C’était immuable. Dès que nous passion dans la rue de La Paix, nous allions au cimetière de La Briandais nous recueillir sur la tombe de l’explorateur. Mon arrière-grand-père, surnommé Bon-bon-papa, parce qu’il était le plus bon des bons-papas, né en 1891, l’avait connue dans sa prime jeunesse. Il l’avait fasciné et lui avait procuré l’envie de voyager.

    Moi j’étais fasciné par Bon-bon-papa, plus décoré qu’un sapin de Noël, qui me racontait tout un siècle défunt qui allait au-delà des Colonnes d’Hercule et du Bosphore, des Monts du Liban, où se baladaient souverains et généraux d’Orient et d’Occident, qui redessinait Saint-Nazaire gommé par les bombes, et emplissait le port de navires que plus jamais on ne reverra. Bon-bon-papa était mon horizon.

    - Nous sommes pareils mon tout petit, ne vous laissez jamais entraver.

    Et je promettais, devant la tombe de l’explorateur, en serrant la main de Bon-bon-papa, d’arracher l'ancre qui tiendrait mon navire loin des mers.

     

    L’explorateur, c’est Marie-Théophile Griffon du Bellay. Quand j’étais enfant, plus personne à Saint-Nazaire ne se souvenait de lui, sauf Bon-bon-papa. Il l’avait connu, vieillard magnifique, toujours droit, et infatigable curieux.

     

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    Marie-Théophile Griffon du Bellay, portrait par Emile Furst, Nantes, 1883,

    (Bibliothèque nationale de France, département Société de Géographie, SG PORTRAIT-1239)

     

    Issu d’une famille de Saint-Jean d’Angély anoblie en 1441[1], il était né le 14 août 1829 à Rochefort, fil de Joseph-Jean-Baptiste-Alexandre Griffon du Bellay, (1788-1862), l’un des quinze rescapés du radeau de la Méduse qui avait survécu en pratiquant le régime anthropophagique cru, (ça n’a pas mauvais gout en fait), survivance qui lui valu en 1831 La Légion d’Honneur, et de Marie Elisabeth Claire de Nesnomd.

    Docteur en médecine, diplômé de la faculté de Montpellier, il entra dans les services de santé de la marine en 1934, devint officier de santé de 3ème classe le 1er décembre 1849, fut promu 2ème classe le 18 septembre 1853, puis 1ère classe le 25 mai 1861, il partit alors voir le banc d'Arguin où son père avait goûté de l’homme blanc, avant longé les côtes de Mauritanie, dépassé le Sénégal où son père avait vécu après son naufrage, traversa le Golfe de Guinée pour stationner entre les deux rives de l’Estuaire du Gabon à bord de l'hôpital flottant La Caravane.

    Il n’y avait alors sur la côte qu’un comptoir colonial, et Libreville n’était qu’un village fondé en 1849 par les Français et des esclaves libérés lors de la pris d’un navire négrier brésilien nommé l'Elizia.

    En juillet 1862, en compagnie de Paul Augustin Serval, (1832-1886), il alla explorer la basse vallée de l'Ogooué, douze ans avant Pierre Savorgnan de Brazza.

    Leur embarcation s’échoua dans le delta du fleuve. Ils décidèrent alors de poursuivre en pirogue. Mais la baisse des eaux et l'hostilité des tribus, dont celle des Pahouins, qui pratiquaient l’anthropophagie bien cuite et la libation rituelle en boite crâniennes, les deux européens furent contraints de faire demi-tour.

    En décembre suivant, ils décidèrent de remonter depuis l’Estuaire du Gabon le fleuve Rempolé, mais Marie-Théophile tomba malade et laissa Serval poursuivre seul et avec difficulté jusqu'au territoire des Enengas.

    Marie-Théophile rapporta de ses explorations un grand nombre d’observations géographiques et ethniques, observa la flore, étudia les légumineux, les connaracées dont l’une des espèces découverte par lui fut nommé Manotes Griffoniana, constitua un herbier fameux qui figura à l’Exposition Universelle de 1878, collecta des échantillons de racines d'Iboga dont il étudia les caractéristiques comme excitant du système nerveux et fut le premier à décrit la maladie du sommeil.

    Promu médecin principal de la Marine et chef du service de Santé de La Guadeloupe, il fut reçu chevalier de la Légion d'honneur le 13 août 1863 en raison de 20 ans de services effectifs, dont 10 en mer et aux colonies. Il fut élève au grade d’officier de l’Ordre de La Légion d’Honneur le 25 décembre 1869.

    À la Guadeloupe il fit connaissance de Laurence-Joséphine-Valentine Monguy, née le 18 août 1874 à Fort-de-France, fille de Clovis-Élis-Théobald Monguy, propriétaire à Saint-Pierre, et de Marie-Joséphine-Amélie Pinel-Rochu. Le couple s’établit à Basse-Terre.

    En 1875 ils partirent vivre à Saint-Louis du Sénégal.

    Promu en février 1878 directeur des services de Santé à Saint-Nazaire et officier de l'Instruction publique, Marie-Théophile s’installa avec sa famille rue de Villès-Martin. C’est à cette adresse que Bon-bon-papa le connu, au milieu de sa collection de fétiches et de masques africains, dans un mobilier Restauration d’acajou hérité du père cannibale malgré lui, dont le portrait trônait au-dessus de la cheminée. C’est dans ce cabinet de curiosités qu’il recevait souriant Bon-bon-papa, et lui comptait ses voyages, lui décrivait les femmes Mpongwées aux seins nus sur lesquels se balançaient des colliers de perles ; le commerce de l’ébène, de l’ivoire, et du caoutchouc ; les rois Denis et Louis qui se partageaient les rive de l’Estuaire du Gabon avant de livrer leurs royaumes contres des uniformes de dompteur de cirque et des couronne de fer doré ; la Montagne Pelée qui avait fini par ravager Saint-Pierre et envoyé par le fond tous les navires qui stationnaient dans la rade[2]. Saint-Nazaire avait adopté à la suite de la catastrophe Saint-Pierre, et les Nazairiens envoyèrent aides et secours. Saint-Pierre offrit en remerciement une copie de L'Enfant au dauphin du Verrocchio retrouvée dans les ruines[3].

    Le médecin explorateur était encore actif, en plus de ses fonctions, il cultivait son herbier, rédigeait des mémoires, dissertait dans des revues à propos des fièvres et des côtes africaines, classait l’importante correspondance qu’il avait eu avec Louis Pasteur. Son épouse, plus jeune que lui de presque un quart de siècle, veillait sur lui. Elle était belle, avait gardé de sa Guadeloupe natale un accent charmant et le goût du sucré, (prenez une pâte de fruit). Leur plus jeune fille, Simone, avait trois ans de plus que Bon-bon-papa, et avait un minois charmant, mais, gâtée par sa mère, elle avait aussi un mauvais caractère. De leurs quatre enfants[4], la préférée de Marie-Théophile était Claire, qui ressemblait à une statue d’Athéna. Elle avait épousé 29 septembre 1900 à Saint-Nazaire, Louis-Auguste Laroque, né à Nantes le 10 décembre 1872, avocat et docteur en droit, nommé juge suppléant en mars 1898 à Vannes, et en novembre suivant à Saint-Nazaire, et déplacé à Nantes avant son mariage[5]. Le départ de Claire pour Nantes avait profondément contrarié Marie-Théophile, mais il y avait le train, et madame Laroque venait avec ses jumelles et leur nourrice tous les dimanches, (Papa il n’était utile de venir nous retrouver à la gare – Mais si, mais si ! Bonjour les petites !). Pierre Waldeck-Rousseau fit devenir Larocque substitut du procureur de Nantes en 1900, et lui obtint la place de secrétaire particulier du ministre des affaires étrangères, Théophile Delcassé. Il fut muté à Saint-Brieuc, et presque aussitôt à Saint-Malo en juillet 1904, éloignant plus encore de son père la fille chérie. La chose s’empira octobre suivant par nomination au tribunal de première instance de Foix[6]… Claire resta à Nantes, il était hors de question parti si loin. Marie-Théophile en fut soulagé.

    La Marine décida qu’après avoir fait 30 ans, 5 mois et 17 jours de services, il était temps de mettre Marie-Théophile en retraite, avec 2.566 francs de pensions. Il n'en fut pas contant, mais s'y fit.

    La vie était douce… Hélas Claire décéda à l’âge de 33 ans le 21 février 1908. Marie-Théophile en fut brisé, et quand en novembre suivant on lui annonça que l'une des jumelles, elle aussi prénommée Claire, était atteinte d’une maladie incurable, son cœur ne le supporta pas. Il décéda le 10 novembre 1908 à Saint-Nazaire, dans sa demeure du 57 rue Villès-Martin. Sa petite-fille Claire décéda le 29 novembre. Elle fut inhumée avec sa mère et son grand-père au cimetière de La Briandais.

     

     

     

     

    Bibliographie partielle :

    • Essai sur le Tétanos, 1856
    • Exploration du fleuve Ogo-Way, côte occidentale d'Afrique (juillet-août 1862), dans la Revue maritime et coloniale, 1863, p. 68-89 et 296-309
    • Lettre sur l'Ogooué, Bulletin de la Société de Géographie, 1864, p. 462
    • Le Gabon, dans Le Tour du monde II, 1865, p. 273-379
    • Exposition universelle de Paris en 1878. Notice sur la situation actuelle de la marine en Algérie comparée à celle de différentes époques depuis la conquête. Imprimerie de l’Association ouvrière V. Aillaud et C°, Algers, 1878
    • La fièvre jaune aux Antilles en 1881 et le Choléra d’Égypte en 1883, Mellinet, Nantes, 1884.

     

     

     

     

    [1] Elle porte : d'azur au griffon d'or.

     

    [2] Le Belem, ne pouvant stationner dans la rade qui était encombrée, échappa ainsi à la nuée ardente qui envoya par le fond tous les navires présents.

     

    [3] Placée sur le sommet d’une borne fontaine du Jardin des Plantes, la statuette disparue durant la guerre.

     

    [4] 1° Marie-Élie-Gabriel, (Basse-Terre 24 juillet 1872 – Paris 29 décembre 1957), Officier de la Légion d'honneur, licencié en droit, qui finit sa carrière inspecteur général des Finances et fut chef du service interallié de la Commission des réparation 1921-25, marier le 12 novembre 1906 à Paris avec Denise Germaine Simone Reynoird, (1883-1975), d’où postérité ;

    2° Joséphine-Marie-Claire (Pointe-à-Pitre 22 octobre 1874 – Nantes 21 février 1908), épouse de Louis Auguste Larocque, d’où : Claire, (1901 - 29 novembre 1908), et Lise (1901-…) mariée avec Michel Adam, d’où postérité ;

    3° Marie-Joséphine-Louise, (Saint-Louis du Sénégal 22 octobre 1877 - Dijon 1948), Religieuse chez les Dames Dominicaines de Dijon ;

    4° Valentine-Marie-Simone (Saint-Nazaire 25 février 1887 - Sainte-Reine de Bretagne 16 janvier 1978), mariée le 2 octobre 1920 avec Laurent Cuzon du Rest, (Nantes 21 août 1874 - Nantes (44), 27 mars 1949).

     

    [5] Il était fils de Louis-Eugene Larocque, inspecteur d’Académie, directeur de la station de météorologie de Nantes, chevalier de la Légion d’Honneur en décembre 1900, et de Marie-Louise Deguit.

     

    [6] Il devint ensuite procureur de la République auprès du tribunal de Nantes le 24 mai 1924, puis procureur général auprès de la Cour d’appel de Caen le 10 décembre 1939, demanda la retraite à partir du 31 décembre 1940, et fut nommé premier-président honoraire.

  • Mari Lera, Saint-Nazaire, iyi akşamlar

    Souper à İstanbul, conversation avec la jeune-femme à ma gauche :

    « D’où venez-vous ?

     - Je suis d’une cité qui se nomme Saint-Nazaire.

    - Comme Marc Hélys ! »

    J’en suis resté stupéfait quelques secondes, non du fait qu’elle ait connaissance de l’existence de Saint-Nazaire, dans tous les grands ports du monde j’ai rencontré des gens qui savent le situer sur le globe ; non, je ai été surpris que cette Stanbouliote connaisse Marc Hélys que les Nazairiens ont oublié.

    Demandez dans les rues de Saint-Nazaire qui est Marc Hélys, il vous faudra beaucoup de chance pour quelqu’un soit en capacité de vous répondre.

    À İstanbul ma voisine de table s’avéra lettrée, elle a lu « Kapali Bahçe », traduction turque du livre de Marc Hélys « Le jardin fermé, Scènes de la vie féminine en Turquie », et, comme toutes les filles de la bourgeoisie kémaliste, elle a lu de Pierre Loti « Les Désenchantées », publié en 1906, roman qui se voulait être le témoignage de la condition des femmes dans les harems.

    Or, ce livre, « Les Désenchantées », est né d’une supercherie orchestrée par une nazairienne dont fut victime Pierre Loti en 1904…

    Pierre Loti[1], auteur français adoré en Turquie, et dont le premier roman, « Aziyadé »[2], se déroule en parti à Istanbul[3], séjournait donc en 1904 dans la capitale ottomane quand un jour se présentèrent trois femmes voilées disant vivre dans un harem. Loti, trop heureux de pouvoir converser en français avec des doubles de sa première héroïne, les reçue, discuta longuement avec elles de la condition des femmes dans les harems, entama une correspondance durant tout son séjour Stanbouliote.

    En réalité ces trois femmes étaient Hadidjé-Zennour et Nouryé, les deux filles de Noury-Bey, secrétaire général du ministre des affaires étrangères, lui-même fils d’un ingénieur métallurgique français, Hyacinthe Ulysse de Blosset de Grand-Chateauneuf, dit le comte de Chateauneuf, devenu sujet du Sultan et musulman sous le nom de Réchad Bey, et madame Marie Lera, une écrivaine, journaliste et militante féministe, une nazairienne connue sous le pseudonyme de Marc Hélys.

     

    Marie Lera était née Marie-Hortense Héliard, le 2 juin 1864 à Saint-Nazaire. Fille de François Hélard, capitaine au long cour, commandant à la Compagnie Générale Transatlantique, et de Marie-Philomène Laborde[4], une petite cousine de monseigneur Laborde. Elle avait épousé à Saint-Nazaire, le 10 août 1886, Carlos Américo Lera, avocat, devenu consul du Mexique à Saint-Nazaire en 1883. Il était né à La Havanne en 1853, mais été devenu mexicain à la suite de son mariage avec Edelmira Borrel Borrá, née à Guanajuato en 1855, fille de Ramón Borrell Can, entrepreneur en fournitures militaires, et d'Edelmira Borrás Many. Sa première épouse lui avait donné deux fils, Ramón, (né en 1880), et Carlos (né en 1881), et était décédée à Saint-Nazaire le 26 juin 1885.

    Marie-Hortense et Carlos Américo formèrent l’un des couples les plus en vue de la ville.

     

    Le 6 novembre 1890, Carlos Américo Lera fut promu secrétaire d'ambassade de première classe au Guatemala et chargé d'affaires du Mexique pour l'Amérique centrale le 6 septembre 1891. Le 12 août 1893 il devint secrétaire d'ambassade de première classe et chargé d'affaires à Rome. Le 14 novembre 1894, il fut rappelé de son poste à Rome pour devenir député le 14 décembre 1894 au Parlement mexicain.

    C’est à Mexico que naquit leur fille, Marguerite, en 1895.

    Alors que Carlos Américo devint secrétaire privé du ministre des Affaires étrangères, Ignacio Mariscal, le 18 décembre 1895, Marie le quitta en lui laissant leur fille, mais en conservant le passeport diplomatique que la position de son époux lui conférait, et avec une belle pension.

    Il faut dire que Marie s’était aperçue préférer les femmes. Elle choisit de voyager, s’engagea dans le féminisme, se fit traductrice d’anglais et d’italien, journaliste, et écrivaine. Commença alors une longue errance à travers le monde : L’Afrique du Sud d’abord, où elle se documenta sur la guerre du Transvaal et rédigea « Les Petits Boërs » en 1900. Elle s’essaya au roman de gare, avec « Laquelle ? », en 1903, publié sous le pseudonyme de Jean d'Anin.

    En 1904 elle vivait dans la capitale ottomane, elle y rencontre, alors qu’elle s’incruste dans les réceptions des légations sous le prétexte qu’elle l’est l’épouse d’un ambassadeur, les filles de Noury-Bey, Hadidjé-Zennour, 18 ans, et Nouriye, 16 ans, deux adolescentes qui s’ennuyaient, nourries de tous les romanciers qu’on éditait à Paris et des idées du mouvement des Jeunes-Turcs auquel la jeunesse dorée İstanbul adhérait aveuglément. Marie Lera les fascina, elle en profita, les manipula et les poussa à la révolte autant qu’aux bêtises. À une soirée donnée à la légation de Belgique, elles arrivent toutes trois déguisées en odalisques, portant des colliers de fleurs de soie.

     

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    Marie Lera, Hadidjé-Zennour, et Nouriye, à soirée de la légation de Belgique en 1904.

    Cette photographie servie de couverture au livre «L’envers d’un roman, le secret des « Désenchantées »

     

    Hadidjé-Zennour et Nouriye avaient adoré « Aziyadé » et rêvaient de persuader Loti d’en écrire la suite. Le rêve prit réalité quand elles apprirent en avril la présence de Loti en ville. Marie imagina un stratagème pour le rencontrer. Une lettre en français fut déposée : « Avez-vous oublié Aziyadé, et ses sœurs ne vous intéressent-elles donc plus ? ». Loti bondit sur l’occasion. Les écrivains sont des insectes qui se nourrissent de la vie des autres plus que de la leur.

    Les harems, tout comme la polygamie, étaient des privilèges de riches, qui demeurèrent existant, y compris en Anatolie, jusqu’à la proclamation de la République le 29 octobre 1923, mais c’était quelque chose de minoritaire, même en 1907, surtout dans les familles des hauts-fonctionnaires dont étaient issues Hadidjé-Zennour et Nouriye. Elles vivaient et s’habillaient à l’Européenne, profitaient comme toutes les femmes de leur milieu social d’une voiture attelée avec un cocher, pouvaient se déplacer à leur guise sans porter l’habit traditionnel et se voiler. Certes leur père voulait les unir, sans qu’elle puisse donner leur avis, à des hommes de la même caste, mais c’était une chose commune aussi dans les familles riches des pays chrétiens. Les harems étaient déjà un mythe en fin d’existence, même si la ségrégation entre homme et femme perdurait dans l’espace public.

     

    Le samedi 16 avril, cachées sous deux voiles noirs superposés dissimulaient leurs visages, et de modestes tcharchafs sombres, un peu élimés, car elles n’en avaient pas trouvé d’autres, mais avec leurs gants blancs, leurs fins petits souliers, des bas de soie, des bouquets de violettes, des parfums français, un accoutrement dont Marie Lera dira que « le contraste augmentait le mystère », elles montèrent toutes trois à bord du Vautour, le navire de Loti.  L’écrivain fut surpris de leur accoutrement, autant que de la perfection du français de Marie Lera reprénommée Leyla pour l’occasion.

     

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    Salle à manger du Vautour avec Choukri le domestique garde du corps de Loti

     

    Elles racontèrent vivre dans un harem, en mêlant à leur discours des balivernes. Loti se laissa tromper, trop heureux d’alimenter son écriture et de vivre un roman. Après la visite durant laquelle une photographie de lui avec les deux sœurs voilées fut prise par Marie à l’aide d’un Folding Pocket Kodak, il s’en suivit d’autres rendez-vous organisés dans un kiosque louée pour l’occasion, puis dans une maison modeste louée quelques heures à une veuve âgée.

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    Pierre Loti entre Hadidjé-Zennour et Nouriye.

    Photographie prise par Marie Lera et publiée dans le figaro du 10 juin 1933.

     

    Une correspondance s’établit avec les filles du Bey et Marie/Leyla. Elles se plaignaient à longueur de page de la condition des femmes dans l’Empire, tout en pastichant le style de Loti.

    L’écrivain les informa qu’il allait faire un roman de leurs lettres, et livra alors deux textes à La Revue des Deux Mondes, amorce du roman qui sera « Les Désenchantées ». L’échange épistolaire stoppa au bout de onze mois en mars 1905. Marie Lera  annonça le suicide de son personnage à Loti, poussant le culot en écrivant « Mes Soeurs musulmanes je vous les confie, parlez d’elles et parlez pour elles », de quoi alimenter l’ego démesuré de Loti. Marie fit ses malles pour la Suède et n’adressa plus la parole à Hadidjé-Zennour et Nouryé. En fait, Loti devait repartir, et Marie était las de la comédie, comme elle était lasse de ses deux jeunes amies. Cependant, Loti, embarrassé par ce suicide que les deux sœurs disaient être une vérité, demanda s’il pouvait continuer son travail de romancier à partir des faits. Hadidjé-Zennour et Nouriye lui dirent que les lettre de leur défunte cousine devaient être publiées dans leur intégralité.

     

    De Suède Marie Lera envoya à La Croix des articles, et collabore à la revue de ce quotidien Le Mois littéraire, signé sous son nom, puis sous le pseudonyme de Marc Hélys nom masculin qu’elle se choisit en annonçant toujours qu’elle est une femme, telle Aurore Dupin ou Mathilde de Morny. Elle rentra en France et publia alors le livre « À travers le féminisme suédois » en 1906 chez Plon.

    Hadidjé-Zennour, fut mariée en 1905 à Abdüllatif Safa Bey, secrétaire interprète du grand vizirat, de 18 ans de plus âgé, qu’elle menaça du divorce s’il n’obtenait pas immédiatement un poste de consul en Europe ou un secrétariat d’ambassade. Le divorce, acte possible dans l’Islam, restait alors le privilège des femmes de grande lignée, confirmant que les deux sœurs étaient loin de la condition des femmes des harems ou du peuple.

     

    Marie Lera fit la morte quand elle apprit que Hadidjé-Zennour et Nouriye affolèrent l’Empire et l’Europe en fuguant le soir du 8 janvier 1906 pour Paris. Vêtues à l’européenne, munie de papier français donnés Marcelle Szumlanska-Weissen, elles avaient pris le train à la gare de Sirkeci pour un périple de soixante heures de voyage à borde l’Orient-Express. Le voyage s’arrêta le lendemain en gare de Belgrade où deux policiers les attendaient pour les reconduire à İstanbul. Le grand vizir, Avlonyali Mehmed Ferid Pacha, avait écrit en personne au gouvernement Serbe ! Elles contactèrent l’ambassade de France qui se dit impuissant, et une amie serbe connue à Istanbul, Nathalie Georgevitch, sœur d’un diplomate, qui les aidèrent à fuir de l’hôtel où elles avaient été assignées pendant que la presse serbe s’empara de l’affaire en criant au joug ottoman revenu ! Elles passèrent en Autriche, gagnèrent Venise, Milan, Nice, suivies par les journalistes à qui les sœurs racontaient s’être évadées d’un harem. Tous les journaux d’Europe parlent de leur escapade. A İstanbul on censura en masse. Le Petit Journal publia le 4 février 1906 une couverture illustrée complètement fausse, intitulée « Un Scandale à Constantinople, deux musulmanes s’évadent d’une harem ».

     

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    Quand elles arrivent à Paris, Loti resta sur son quant-à-soi, embarrassé par ces gamines dont il comprit qu’elles s’étaient jouées de lui, même s’il ne sut pas l’intégralité de l’histoire qu’elles lui avaient gober.

    Nouriye vendit deux articles en mai 1906 au Figaro, qui les fit paraître dans son supplément littéraire,  dans lesquels elle prétendit être issue des khans de Kiziltépé et avoir passé son enfance dans la région d’Éphèse, ce qui était des inventions. Elle signa ses lignes Neyr-el-Nissa.

    Loti acheva son roman qui parut en juillet 1906. On fit le rapport entre les deux sœurs et les héroïnes des Désenchantées. Bon coup de publicité pour tout le monde… sauf pour Marie Lera n’alla pas à leur rencontre, ne pouvant dévoiler le mensonge qu’elle avait en grande partie bâti. 

    Certains critiques jugèrent que les lettres retranscrites par Loti dans son roman avaient  un style trop proche du sien pour sembler véritables sans avoir été passablement retouchées. Un fonctionnaire ottoman en poste à Paris dira dans la presse : « nos femmes ne sont pas ainsi ». Jehan d'Ivray, (1861- 1940), écrivaine épouse d’un médecin égyptien et vivant au Caire, rapporta dans La Revue illustrée les témoignages très critiques de femmes de l’aristocraties et de la bourgeoisie égyptienne musulmane, qui estimaient que Loti avait imaginé plus qu’il n’avait retranscrit. Jehan rédigea ses observations sur la vie des femmes en Égypte, et joignit à son article des photographies de femmes du Caire. Le romancier breton Charles Géniaux, (1870-1931), habitué de l’Algérie et la Tunisie, et qui connait Marie Lera, lâcha que « ce n’est pas du tout cela, et Loti a dû se faire mystifier par des Européennes déguisées ». En réalité tout le monde littéraire parisien savait la supercherie. Marie Lera avait été comme toutes les mondaines : trop bavardes ! Elle n’avait pu se priver pour se rendre brillante en racontant à son petit cercle le mauvais tour qu’elle avait joué à Loti, ce vieillard fardé dont disait depuis des décennies que son « Aziyadé » était un homme, et dont on vomissait les amitiés viriles trop caressantes en public. Elle décida de se faire discrète.

     

    Le 27 juillet 1907, le supplément littéraire Figaro publia à nouveau un texte de Nouriye à propos du voile que l’on lui aurait imposé, avec ode à la France qui rendait libre les femmes, (liberté relative quand on sait comment était le pays en 1907).

    En décembre 1907, Marie Lera participa à la fondation orchestrée par la duchesse d’Uzès de la section française du Lyceum-Club, un cercle britannique réservé aux femmes, fondé à Londres en 1902. Elle profita cependant du ramdam des filles de Nouri Bey pour publier en 1908 un livre qu’elle a écrit à toute vitesse, « Le jardin fermé, Scènes de la vie féminine en Turquie », édité chez Perrin, qui devint son éditeur pour le reste de sa carrière. Charles Géniaux publia de son côté « Les Musulmanes » en 1909.

    Les filles de Nouri Bey décidèrent de rester en France et prirent le patronyme de Blosset de Châteauneuf de leur grand-père. Nouriye se fit faire la cour par Rodin. Loti ne voulait pas les voir. A İstanbul Nouri Bey, tombé en disgrâce après la Révolution Jeunes Turque le 24 juillet 1908, mourut de chagrin et de honte ; ses filles empochèrent sa succession qui leur permis de vivre sur un grand pied à Paris.

    Hadidjé-Zennour prit à son tour la plume dans le supplément littéraire du Figaro du 21 décembre 1909, pour affirmer que Loti avait retranscrit la réalité, qu’elle était « Zyneb » dans le roman « Les Désenchantées », et sa sœur « Mélek ». Elle mentit cependant en disant que le personnage de Loti, « Djedane », était Leyla une cousine « reposant au cimetière d’Eyoub ». Entre deux compliments  à Loti, trop obséquieux pour être honnêtes, elle lui reprocha de ne pas avoir été plus critique à propos de la condition des femmes musulmanes. Hadidjé-Zennour en rajouta en écrivant à propos de cette cousine imaginaire qu’« Elle n’avait point d’atavisme français, elle, et c’est peut-être pour cela qu’elle n’a jamais voulu quitter notre pays : elle était purement Circassienne ». Elle s’attaqua aux critiques des 1906. Dénonçant, avec toute la xénophobie et le racisme des adhérents au mouvement des Jeunes-Turcs, le fonctionnaire ottoman insurgé comme étant « un Arménien enquête d’avancement », se prit les pied dans le tapis en le disant ensuite être un « orthodoxe géorgien qui n’a jamais dû adresser la parole à une Turque » et qu’elle jugeait avoir eu le tort de s’exprimer au nom des musulmanes. Elle récusa aussi les critiques de Jehan d'Ivray l’accusant de ne pas avoir mis un pied à Constantinople, affirma qu’en Égypte les femmes y étaient plus libres que dans l’Empire. Hadidjé-Zennour s’insurgea aussi contre Charles Géniaux qu’elle affirma parler d’un sujet qu’il ne connaissait pas, puis s’en prit à un Stanbouliote critique, en le désignant lui aussi comme étant un arménien. Au milieu de ces règlements de compte tardifs, elle lâcha cependant un élément intéressant en expliquant que Loti avait reproduit dans son roman les lettres qu’elles lui avaient envoyé toutes trois, n’ayant retouché que légèrement les siennes et celles de sa sœur, mais aucunement celles de sa « cousine » Leyla/Marie Lera. Elle osa commenter qu’ « il n’ jamais voulu toucher celles de « Djenane » qui écrivaient mieux que nous toutes », et justifia que le style de leurs lettres avaient des similitudes avec celui de Loti parce qu’elles avaient été habituée à travailler leur français à partir de ses romans. Elle finit enfin disant ne pas vouloir parler de la mort de « Leyla », tombant dans le grotesque en parlant de son imaginèrent cousine morte comme un modèle de femme musulmane opprimée poussée au désespoir par la souffrance de sa condition, et finit en affirmant que la Révolution Jeune-Turque avait délivré la femme musulmane, ce qui était totalement faux.

    L’affaire se tassa. Nouriye épousa en 1910 un aristocrate polonais, Władysław Rohoziński, avec qui elle partit vivre à Cracovie, et dont elle eut deux garçons et deux filles. Hadidjé-Zennour retourna finalement à İstanbul, son époux, Abdüllatif Safa Bey devenu en août 1908 ambassadeur à Bucarest[5].

     

    Partie vivre à Copenhague, Marie Lera publia « Le famille royale de Danemark » en 1911. Elle décida en 1912 d’aller voir sa fille à Saint-Pétersbourg, où son mari est ambassadeur depuis le 20 juin 1907. (Il était devenu durant leur séparation successivement chargé d'affaires pour l'Amérique centrale en septembre 1896 à Guatemala, (une aventure avec une femme mariée fit que gouvernement guatémaltèque demanda au gouvernement mexicain de le rappeler, ce qui ne fut pas exécuté), le 24 Décembre 1897, il avait été promu ministre résident au Guatemala,  le 19 février 1899, ministre résident à Tokyo, du 6 octobre 1904 au 25 septembre 1905, ministre plénipotentiaire auprès de l’empereur Yixin à Pékin. Il resta ambassadeur auprès de sa majesté l’empereur Nicolas II de Russie à Saint-Pétersbourg jusqu'au 2 janvier 1912. Il  avait négocié en août 1909 l’accord commercial et maritime entre le Mexique et la Russie). 

    Marie en profitera pour extirper à son époux des informations à propos de la cour impériale pour ses articles.

     

    On perd ensuit trace de notre nazairienne. Elle réapparaît durant le première guerre-mondiale, engagée comme nombre de femme de la bourgeoisie à la Croix-Rouge. Elle fit de son expérience le livre « Cantinière de la Croix-Rouge 1914-1916 », publié en 1917, et « Les Provinces françaises pendant la guerre » en 1918.

    Elle abandonna les cantines pour Londres où elle attendit la fin de la guerre.

    Puis en 1923, à la mort de Loti, elle fit paraître un livre qu’elle avait sous le coude depuis des années : « L’envers d’un roman, le secret des « Désenchantées », révélé par celle qui fut Djenane ».

    Bombe dans le monde littéraire, scandale, Loti trompé, bafoué encore tiède dans son satin, on ne fera pas publicité de l’ouvrage, il se vendit cependant très bien, et fut réédité tous les ans jusqu’à la seconde-guerre-mondiale.

    Nicolas Serban[6], vengea Loti dans la biographie qu’il lui consacra en 1924, « Pierre Loti, sa vie et son œuvre », en faisant ce portrait mi-figue, mi-raisin, de Marie Lera tout en évitant de faire passer Loti pour un idiot : « Marc Hélys est la femme de lettres la moins femme de lettres qui soit. C’est une de ses Parisiennes simple et gracieuse qui sont, dans le monde, la plus charmante expression de la féminité. Elle a voyagé dans de nombreux pays d’Europe et d’Amérique où elle a particulièrement étudié les conditions de vie féminine. Elle a rapporté de ses voyages quelques livres bien documentés et écrits avec beaucoup de charme, notamment un livre sur les femmes turques. Se trouvait à Constantinople lors du séjour qu'y fit Pierre Loti. Elle avait parmi les jeunes femmes musulmanes des amies qu'elle aimait et plaignait : le désir de leur faire du bien à toutes, inspira l'aventure d'où allait sortir les Désenchantées. À travers le voile qu'elle ne releva jamais, de peur d'être reconnue par la suite, Pierre Loti ne put distinguer que vaguement son fin profil, ses yeux et ses sourcils sombres. L'héroïne des Désenchantées, aux cheveux dorés et aux yeux d'aigue marine, est une créature de l'auteur et peut être la personnification de l'idéal de beauté que tout artiste porte en lui. Mais si Marc Hélys n 'a point les yeux verts pointillés d'or de Djénane, elle possède ce timbre de voix qui émouvait si étrangement Pierre Loti, et qu'il évoque à plusieurs reprises dans les DÉSENCHANTÉES. »

     

    Juillet 1926, après une longue maladie, Carlos Américo Lera décéda à Paris. Son corps fut ramené à Saint-Nazaire pour être déposé au cimetière de La Briandais avec sa première épouse, (sa plaque mortuaire mentionne qu'il était grand officier de la Légion d'Honneur, mais il était aussi grand cordon de Sainte-Anne de Russie, et grand cordon de l'Ordre du Soleil Levant). Seul son fils Ramón, sa femme, et son fils[7], furent présents. Carlos était en poste en Amérique du Sud[8], et Marguerite l’y avait rejoint pour quelques mois. Marie fut invitée à rester chez elle.

     

    À l’occasion du dixième anniversaire de la Mort de Loti, Marie Lera publia un article dans Le Figaro racontant le souvenir de sa rencontre déguisée avec Loti, dans lequel elle chercha à se justifier :

    « […] Ah! nous nous amusions bien devant le désarroi du prestigieux écrivain dont les yeux erraient de l'un à l'autre de ces sombres fantômes, et qui s'écria: « C'est terrible de parler sans voir les visages ! »

     Et voilà que quelque chose d'inattendu se produisit. Au moment de nous quitter, Pierre Loti fut pris d'une vive émotion. Il changea de couleur, ses yeux s'embuèrent.

     « Ne vous reverrai-je plus ? », demanda-t-il. Notre gaieté s'éteignit...

    Dans la cabine-harem du bateau qui nous ramenait à Constantinople, nous restions silencieuses. Il était sincère et nous ne voulions que nous amuser, pensai-je tout haut avec des remords. Eh bien ! faisons- lui vivre un roman, et préparons-lui de jolis souvenirs de ce séjour -peut-être son dernier- à Constantinople.

    Mes deux amies m'approuvèrent avec enthousiasme.

    […]

    Nos lettres furent écrites avec ferveur, avec sincérité, parfois avec des larmes. Car si nous avons fait vivre à Loti un roman, nous l'avons aussi vécu. »

     

    Quand on inaugura une plaque sur la maison de Loti à Saint-Pierre-d’Oléron en septembre 1934, la presse alla rechercher les trois mystificatrices. Marie Lera se dédouana en assurant avoir éprouvé de la douleur lorsqu’elle fit écrire à Loti « Leyla/Djedane » la lettre d’adieu de son personnage, commentant que « l’encre était délayée de [ses] larmes ». On ne peut la croire quand on sait l'intégralité de l’histoire.

     

    En 1942 elle reçue un prix de 5.000 fr de l'Académie, puis Marc Hélys disparue. Marie Léra devenue une vieille dame, songea à revenir à Saint-Nazaire… Su gibi git su gibi gel, (soit comme l’eau, va et reviens)… mais son beau-fils, Ramón, s’opposa à ce projet[9].

    Elle tenta de sa rapprocher de sa fille, qui vivait à Genève depuis qu’elle y avait épousé le 6 septembre 1930 le baron Camille Aloys Eynard[10]. Mais la baronne ne voulue pas avoir trop près d’elle cette mère égoïste et fantasque qui lui infligeait une caresse et trois coups de griffes dès qu’elle passait plus d’une heure avec elle. La ville de Bron, à côté de Lyon, fut décrétée comme lieu idéale de retraite pour Marie. Elle décéda le 9 octobre 1958.

     

    À Saint-Nazaire il ne reste rien d’elle, seule la famille de son époux est restée présente. À İstanbul il n’y plus de Calife qui traverse en caïque le Bosphore. Atatürk, le père de la Nation a donné l’égalité de droits aux femmes, les a toutes revêtues à l’occidentale et les a poussées à étudier. Les harems sont vides, on n’entend plus s’en échapper cette chanson : Gül olanın aslı güldür, Peygamberin nesli güldür, Girdim şahın bahçesine, cümlesi aşı güldür gül…

     

    [1] Pierre Loti à Saint-Nazaire en mars 1878, il écrivit notamment dans son journal intime à la date du 15 : « Longue promenade sur la plage du Porcet. […] Dévalisé les jardins pour remplir une caisse de camélias destinée à Sarah Bernhardt ». Une rue de la ville a été baptisée à son nom.

    [2] Une histoire d’amour entre un officier de la marine britannique et une femme du harem d’un vieillard.

    [3] Il orthographiait ainsi le nom de la ville que tout le monde nommait encore Constantinople.

    [4] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2018/06/26/notes-sur-la-famille-laborde-6062599.html

    [5] En octobre 1916, il fut nommé ambassadeur à Copenhague, en décembre 1917 à Sofia où il resta en fonction jusqu'en novembre 1918. Puis, entre février et avril 1920 et octobre 1920 et juin 1921, il fut deux fois ministre des Affaires étrangères, et enfin ministre du commerce de juin 1921 à novembre 1922.

    [6] Critique littéraire et professeur de littérature française à l'Université de Jassy en Roumanie, il se nommait en réalité Nicolas Serbanesco.

    [7] Ramón Lera Borrell resta à Saint-Nazaire où il fut consul du Mexique. Il habitait au 27 rue de l’Océan. Il avait épousé Suzanne Buchy (1889 – Saint-Nazaire 27 octobre 1932) dont il eut :

    Enrique Lera Buchy, (1910-1997), docteur en médecine à Saint-Nazaire x Marion Frey, (1945-1982), d’où :

    Enrique Rodolfo Lera Frey, (Saint Nazaire 18 mars 1968 – Saint-Nazaire 4 mai 2018).

    [8] Carlos Lera Borrell fut consul à Lyon de 1904 à 1908, il s’y maria, puis fut nommé en Amérique du Sud où il fit souche.

    [9] Il habitait au 27 rue de l’Océan.

    [10] Marguerite Lera fut la troisième épouse du baron. Elle y décéda en 1989 sans enfant.

  • Une figure nazairienne : Louis Campredon

    Au cimetière de la Briandais est une tombe noire, parmi celles d’autres personnalités locales. C’est celle de Louis Campredon, de son vivant grande figure de Saint-Nazaire, et de son épouse.

     

    Louis-Campredon, Saint-Nazaire

    Louis-Léon Campredon, naquit le 1er juin 1863 dans une famille protestante à Saumane dans le Gard. Il fit ses études au Collège d'Alès, puis à Paris au Collège Chaptal. Il suivit les cours de Frémy au Muséum et débuta comme chimiste à l'usine Dessignole qui s'occupait de l'extraction de l'or.

    Successivement sous-chef du Laboratoire de la station agronomique de Seine et Marne, chef du laboratoire des Usines métallurgiques de Fourchambault et Imphy, directeur de la fabrique de platine Chapuis, chimiste-expert au Laboratoire municipal de la Ville de Paris et, enfin, chef de laboratoire des Usines de Trignac.

    En 1897, il fonda son laboratoire d'analyses métallurgiques de Saint-Nazaire qu'il dirigeait encore au moment de sa mort et qui avait un renom mondial[1].

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    Il avait aussi fondé la Ligue antialcoolisme de Saint-Nazaire, organe rattachée à la Ligue nationale, qui lutait contre l'alcoolisme et gérait des kiosques de tempérance décimé autour du port. Ces kiosques vendaient du café et autres boissons non alcoolisée, mais ne rendaient pas la monnaie, ou du moins la rendaient sous forme de jetons utilisable uniquement chez eux, et qui furent rapidement imité par la opératives de vin de Vallée, semant une certaine confusion.

     

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    Exemples de jetons de la Ligue antialcoolisme de Saint-Nazaire

     

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    Kiosque devant les bâtiments des douanes

     

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    Kiosque du pont des frégates

     

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    Kiosque de la nouvelle entrée rue de Guérande

     

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    Buvette improvisée au parc des Sports

     

     

     

    Louis Campredon collabora avec le docteur Méloche[2] à l’Œuvre Antituberculeuse ; fut président du comité général des fêtes de Saint-Nazaire, inspecteur départemental de l’enseignement technique ; président de la Société d’Aviculture de Saint-Nazaire ; de la société de sport nautique Les Goélands Nazairiens[3] ; qui a appris à nager à des centaines de Nazairiens dans le Bassin de Penouët ; et fut membres des Conseil d’administration d’une vingtaine de sociétés privées.

     

    Il avait épousé à Rouen, le 31 octobre 1891, Berthe-Anne-Marguerite-Marie Decazes, dite Marie, née le 14 février 1872 à Fargues en Gironde, fille de  Jacques-Léon Decazes, (décédé à l'âge de 43 ans à Macau en Gironde le 16 octobre 1876), et d’ Augustine Marie Suzanne de Coquerel, (décédée à l'âge de 34 ans à Fargues, le 7 juin 1872)[4].

     

    Le samedi 22 décembre 1928, Louis Campredon partie de la gare de Saint -Nazaire à 7 h du matin, par le train de Nantes, pour y retrouver monsieur Ménoreau, industriel à Chantenay, avec qui il devait minéraliser en Vendée. Monsieur Ménnoreau possédait une torpédo fermée. Venant de quitter Montaigu où ils avaient fait un arrêt pour y boire des boissons chaudes, en passant le pont de Saint-Georges-de-Montaigu, qui domine la Maine à 9 m de hauteur, la voiture dérapa sur une plaque de verglas, fit une embardée, et tomba à l’eau de la rivière en crue, qui engloutit tout entière l’auto. L’accident fut observé par un paysan dans son champ qui alerta immédiatement les secours.

    Il fut plusieurs heures pour les secours à l’aide de chevaux et de bœufs pour sortir la voiture. Ménoteau n’avait pas lâché son volant, mais en sortant la voiture de l’eau, le corps de Campredon fut emporté par les flots. Il fut retrouvé le lendemain vers 17 h à 40 km en aval. On rapporta immédiatement le corps à Saint-Nazaire dans la nuit, et on fit venir le Pasteur Jospin pour le service funèbre[5].

    Une première longue nécrologie fut publiée dans Le Courrier de Saint-Nazaire du 29 décembre 1928.

    Le 31 janvier 1928, une cérémonie fut célébrée au Temple de Saint-Nazaire, pour lequel Louis Campredon  contribuait à l’entretient et aux financement des œuvres sociales.

    À 10 h le corps de Louis Campredon fut conduit au cimetière de La Briandais. Le défunt avait exigé « ni fleur, ni couronne, ni discours », mais le corbillard fut suivi par une foule nombreuse. Les cordons furent tenus par monsieurs Guillou, le docteur Méloche, Guillouet, Le Moine, Lemesle et Solignac.

     

    Le 5 janvier 1929, Le Courrier de Saint-Nazaire publia une seconde longue nécrologie.

    Louis-Campredon, Saint-Nazaire

     

    La Revue de la métallurgie, n° 2, de février 1929, en publia, elle aussi, une.

     

    Son épouse ne lui survécu que quelques mois, elle décéda de chagrin en 1929, et fut inhumée avec lui au cimetière de La Briandais.

     

    Louis Campredon publia un grand nombre d’articles et de plaquettes consacrées à la métallurgie. Citons :

     

    • L'Acier. — Historique, fabrication, emploi. — B. Tignol, éditeur, Paris 1890.
    • La Métallurgie du fer à l'Exposition de 1889. —Ouvrage en collaboration avec M. Hallopeau, professeur à l'Ecole Centrale des Arts et Manufactures. — Bernard et Cie, éditeurs, Paris 1891.
    • Les Moulages d'acier. — Edition de la Société de Publications industrielles, Paris 1892.
    • Notes et Formules de l'Ingénieur, du Construcieur-Mécanicien, du Métallurgiste et de l'Electricien. — En collaboration avec MM. Barré, Vigreux et Bouquet. — Bernard et Cie, éditeurs, Pans 1896.
    • Dosage du soufre dans les produits de la sidérurgie. — Monographie éditée par Ch. Béranger, Paris 1897.
    • Essais des minerais par la voie sèche. — Editions de la Société de Publications industrielles, Paris 1897.
    • Guide pratique du Chimiste-Métallurgiste et de l'Essayeur. — Ouvrage honoré d'une récompense par la Société d'Encouragement pour l'Industrie Nationale. — Ch. Béranger, éditeur.
    • Analyse chimique et essais des combustibles. — Conférence faite le 26 octobre 1897, à la réunion de l'Association des Anciens Elèves de M. Frémy. — Ch. Béranger, éditeur.
    • Analyse rapide des fers, des aciers et des fontes. — Brochure éditée par la Société de Publications industrielles, Paris 1900.
    • Dosage de l'argent et de l'or, par la voie sèche, dans les minerais. — En collaboration avec M. G. Campredon. — Ch. Béranger, éditeur, Paris 1904.
    • Détermination expérimentale du pouvoir agglutinant des houilles (Comptes rendus de l'Académie des Sciences du 2 décembre 1895).
    • Dosage du phosphore dans les cendres de houille et de coke (Comptes rendus de l'Académie des Sciences du 7 décembre 1896).
    • En outre, il collabora au Dictionnaire des Arts industriels, publié par M. E.-O. Lami.

     

    [1] Revue de la métallurgie n° 2, février 1929, p. 115.

    [2] Le docteur Pierre-Ernest Méloche, (1860-1946), inhumé au cimetière de La Briandais, était ancien interne des hôpitaux de Nantes, il avait son cabinet 24 rue Henri Gautier à Saint-Nazaire. Il fut la risée de la ville et de la profession à la suite d’une erreur de diagnostic : le 18 mars 1896 le juge d’instruction de Saint-Nazaire convoqua le docteur Meloche pour examiner une prévenue, la veuve Billy, arrêtée sous l'inculpation d'infanticide. La femme nia l’accusation, et affirma être toujours enceinte. Le docteur Méloche se déplaça, examina, et dit que la femme avait déjà accouchée. Deux jours plus tard, la veuve Billy accoucha en prison d'un enfant de cinq mois qui ne vécut que quelques minutes. Elle porta plainte conte le médecin, et lui réclama 1.000 frs de dédommagement, (la consultation qui avait coutée 6 frs au Tribunal de Saint-Nazaire). Le tribunal de Saint-Nazaire condamna le docteur Meloche le 26 février 1897. Il fit appel, et, chose surprenante, gagna en appel à Rennes le 2 juin 1898. Son honneur étant lavé, il reprit sa place à Saint-Nazaire, et la ville fit comme si rien ne s’était passée, tout en ricanant dans son dos. Appuyé par ses confrères, et ses relations politiques et maçonniques, il fut promu en 1911 médecin chef du comité de la Crois Rouge de Saint-Nazaire, et fut nommé président du syndicat des médecins de Saint-Nazaire le 28 septembre 1930. Il était aussi président du Conseil d’Administration de l’École de musique, et fut cofondateur en 1913 du Groupe Artistique de Saint-Nazaire http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2018/07/30/le-groupe-artistique-de-saint-nazaire-et-le-groupe-de-indepe-6069504.html .

    [3] Fondée en 1924. Voyez à propos de cette société le très complet article que lui a consacré monsieur Michel-Claude Mahé : https://michelcmahe.com/2018/04/01/les-goelands-nazairiens-la-naissance-de-la-societe/

    [4] Mineure au décès de ses parents, elle fut ballotée dans sa famille jusqu’à ce que à la veille de son mariage, elle fut, le 14 octobre 1891, sous la présidence du juge de paix de Versailles, le conseil de famille l’avait alors confiée à son cousin Eugène Decazes, officier militaire et administrateur colonial.

    [5] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/03/08/les-protestants-de-saint-nazaire-6134427.html

  • Notes sur la famille Calimaque

    Au cimetière de La Briandais un gros caveau à casiers attire le regard. Sur son fronton est inscrit le nom de la famille Calimanque. Ce nom frappe par sa consonance grecque, et l’on nous interroge à son propos.

     

    La famille Calimaque n’est pas grecque, elle est originaire des Charentes.

    Paulin Calimaque, né à Magnac sur Touvre en 1829, décédé à Saint-Nazaire le 10 avril 1903, était maître charpentier et se fit entrepreneur à son établissement à Saint-Nazaire. En 1873 il habitait avec son épouse, Cécile-Marie Becigneul, (1839-1914), au 25 de la rue des Halles. Maître de cérémonie de la Loge maçonnique de Saint-Nazaire[1], c’est lui qui s’étonna auprès du vénérable du fait qu’Aristide Briand ne se présenta pas à son initiation le 1er juillet 1887, (Briand avait préféré être initié à Nantes car cela était plus prestigieux). Paulin Calimaque fut candidat malheureux aux municipales de mai 1888.

    Sur adjudication il se vit attribué le 26 décembre 1896 le chantier de construction du phare de de la pointe des Chats au sud-est de l'île de Groix. Après quelques retards, il acheva son ouvrage le 15 mai 1899.

    Il fut le père de 

    1° Pauline, (1861-1950), épouse d’Edouard Meneux, (1852-1936), d’où deux filles : Henriette-Pauline, (Saint-Nazaire 22 septembre 1880 – La Baule 12 mars 1969), marie le 10 mai 1910 à Jean-Baptiste Douarre, (1873-1941) ; et Pauline-Cécile, (Saint-Nazaire 11 juin 1884 – Saint-Nazaire 9 mai 1976) ;

    2° Paulin-Émile, né à Saint-Nazaire le 12 août 1873, s’illustra dès l’adolescence comme sculpteur et modeleur. Kerviler dans ces Bio-Bibliographie s’extase de ses oeuvres. Son talent lui valut d’entrer avant sa majorité à la Société des artistes français et d’être sélectionné pour être exposée au Palais des Champs-Elysées en 1894 au Salon des Artistes Vivants. Hélas il était décédé quelques mois avant, durant l’hiver 1893. Il fut cependant exposé, les commissaires ayant retenus : « Mon père », buste en terre cuite, et « Mes nièces » médaillon en plâtre.

     

    [1] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/03/02/les-loge-et-temples-maconniques-de-saint-nazaire-6132902.html

  • La presse nazairienne, 1857-1944

     Saint-Nazaire eut une presse locale dès le 18 novembre 1857 avec le Journal de Saint-Nazaire, maritime, commercial et littéraire, paru jusqu’en 17 juin 1865. Quotidien puis trihebdomadaire, et finalement hebdomadaire, la BNF n’en conserve de onze exemplaires. On sait peu de chose à son sujet, si non qu’il fût un journal d’information locale, plutôt favorable au régime impérial.

    Ce premier journal eut pour concurrent les publications successives de l’imprimeur Pierre Fronteau.

    Né à Bocé en Maine-et-Loire en 1828, Pierre Fronteau s’établi à Savenay comme imprimeur, et y fonda Le Savenesien, en mars 1857, et devint en février 1858, Le Pilote de Saint-Nazaire, journal maritime, commercial et littéraire. Ce journal paraissant deux fois par semaine, le jeudi et le dimanche, puis uniquement le dimanche.

    Pierre Fronteau déménagea en 1868 à Saint-Nazaire au 6 de la rue de l’Hôtel de Ville. Il logeait dans l’entre-sol au-dessus de son imprimerie avec son épouse, Anne-Marie Chaudet, et leur fille, Berthe-Honorine. Il rebaptisa son journal : L’Avenir de Saint-Nazaire. À l’effondrement de l’Empire, son journal devint républicain, et Pierre Fronteau fut nommé conseiller municipal de Saint-Nazaire en 1871. Il fut aussi secrétaire général du tir et de gymnastique La Nazairienne en 1892.

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    L'Avenir du 6 janvier 1878, (Archives départementales 44)

     

    Au décès de sa fille Berthe-Honorine à l’âge de 25 ans, le 18 juin 1879, Pierre traversa une profonde dépression et publia en 1880 la correspondance de celle-ci sous le titre « Lettres intimes ». Il décéda le 14 février 1902 à Saint-Nazaire et fut inhumé avec sa fille au cimetière de La Briandais, la tombe existe toujours, abandonnée...

    Devenu farouchement anticlérical au décès de Pierre Fronteau, L’Avenir perdura jusqu’en 1928. En 1921 il était dirigé par Charles Jamouillet, (1864 - Paris 17 mai 1933, inhumé au cimetière de La Briandais)[1], et avait déménagé au 5 rue de l'Amiral Courbet et publiait des photographies, alors que les autres journaux locaux peinaient à s'illustrer. Le procédé fut cependant trop coûteux fut abandonné à partir de 1923. Charles Jamouillet abandonna la direction du journal en 1926. Il devient alors L’Avenir de Saint-Nazaire et de la Loire Maritime, paraissait tous les mercredis, et siégeait au 4 Henri Gautier, au 1er étage, sa directions était  devenue une collectivité. 

     

    Autre journal anticlérical La Démocratie de l'Ouest, organe des intérêts ouvriers, commerciaux, agricoles et maritimes de Saint-Nazaire et Paimbœuf, fondé en 1879. Ce journal connu de nombreuse difficultés financières ; se publications furent irrégulières jusqu’en 1883. Quotient puis hebdomadaire, ce journal socialité était à P. Maillard 1892, et siégeait au 6 rue des Quatre-Vents ; en 1905 il était à Maurice Tournadour. Victor Pécot le repris en 1920 et le garda jusqu’en 1930. Il devient alors la propriété d’un comité d’actionnaires et déménagea au 9 rue de Villès-Martin et disparut en 1934. La direction en avait été confiée à Charles Jamouillet déjà cité.

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    (Archives départementales)

     

    D’autres journaux eurent des existences éphémères : La Basse-Loire journal indépendant des arrondissements de Paimboeuf & Saint-Nazaire, hebdomadaire républicain de centre-droit, il parut du 10 juillet au 3 novembre 1898, et était imprimé à Savenay ; Le Petit Nazairien paru du 11 mai au 22 novembre 1889, trois fois par semaine, ce journal républicain fut racheté par L’Ouest Républicain de Savenay, (journal qui perdura jusqu’en 1904) ; le titre fut repris et devint Le Petit Nazairien, hebdomadaire d'informations locales et régionales, du 27 août 1907 au 16 décembre 1910 ; mais à partir de 1909 ce journal était rattaché groupe de presse Agence républicaine des journaux de cantons, qui possédait L'Écho guérandais, Journal de Blain & des cantons voisins, Journal du Croisic, Batz et Le Pouliguen, et Le Pays de Retz, dont les pages étaient publiées majoritairement à l’identique ; mentionnons le Saint-Nazaire-plage, journal hebdomadaire de P. Guéry, le temps du mois de juillet 1904, il semble que c’est le même journal que La Vague, journal littéraire, mondain et sportif des plages de l'Ouest , qui était aussi publié dans les cantons de Guérande, Le Croisic, Herbignac, La Roche-Bernard, et Pontchâteau entre 1905 et 1911. Il devient un supplément de L'Indépendant de l'Ouest à partir de 1909.

     

    Nombre des journaux nazairiens ne furent que des publications dans le cadre des élections ou de coups politiques. Ainsi trouve-t-on : L'Écho de Saint-Nazaire, journal républicain d'intérêts locaux, paraissant les mercredis soir et samedis soir, le temps des élections municipales des 3 et 10 mai 1896 ; Le Père Nazaire, paru le 1er mai 1896, journal d’ouvriers ; L'Ouest républicain débuté en janvier 1888 et aussitôt arrêté, puis repris durant quelques semaines en septembre 1889, il appartenait à Aristide Briant, et ne fut republié qu’à l'occasion des élections législatives des 22 septembre et 6 octobre 1889 pour soutenir sa candidature ; Le Nazairien républicain démocratique, paraissant les lundi, mercredi et samedi, à l'occasion des élections législatives du 27 avril 1902 pour soutenir la candidature de Julien Lanoë ; L'Union ouvrière de Saint-Nazaire, hebdomadaire paru entre les 5 août et 4 nov. 1905, en pleine séparation de « l’Église et de l’État », il réapparu le temps d’un numéro le 7 avril 1906 ; La Dépêche de Saint-Nazaire et du littoral, édition du soir, ce journal d'informations, paraissant tous les jours, excepté le dimanche à partir du 16 avril 1908 à l'occasion des élections municipales des 3 et 10 mai, il disparut à la fin des scrutins ; Le Nazairien, à l'occasion des élections législatives du 22 avril 1928 pour soutenir la candidature du candidat républicain indépendant Jean Gouzer, avocat au barreau de Saint Nazaire, (dont il fut le bâtonnier de 12 novembre 1913 à 11 juin 1919 et de 9 octobre 1929 à 6 octobre 1931).

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    Le Nazairien du 29 mars 1928, (Archives départementales 44)

     

    Plus surprenant, L'Écho du Vénézuela, paru durant l'année 1887, d'abord imprimé à Nantes, puis à Saint-Nazaire, à l'histoire énigmatique ; et tiré à un seul exemplaire le 1er septembre 1914, le St-Nazaire mail, journal en anglais publié par James M. G. Fay, dont le gérant était Pierre Legal ; et Loire-océan-touriste, organe officiel du Syndicat d'initiative de tourisme du port et de la région de Saint-Nazaire avec un seul numéro paru en mai 1919.

     

    Il y eu aussi différentes revues. Citons : L'Épingle devenue ensuite Le Ruy-Blas, revue littéraire et satirique, paraissant le dimanche, le temps de l’année 1884 , elle appartenait à Émile Derval ; Fernand Pelloutier se risqua avec La Plage, entre le 15 mai 1886 et le 24 juillet 1886 ; La Semaine nazairienne, revue hebdomadaire théâtrale, littéraire, artistique, mondaine, du 1er 7 octobre 1924 au 24 juin 1925, siégeant au 16 rue du Calvaire, cette publication au joli frontispice, était au trois-quarts emplie de réclames, publiait quelques critiques théâtrales et cinématographiques, ainsi que des vers de mirliton locaux, dont ceux de Pierre Armor, poète local tombé dans l’oubli, mais qui durant l’entre-deux-guerres avait parfois la chance de se voir publier amicalement dans les journaux nazairiens.

     

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    La semaine Nazairienne (Archives départementales 44)

     

    Paul Paillotte, nazairien exilé à Paris, tenta sa chance en juin 1910 avec Le Nazairien de Paris organe mensuel des originaires de Saint-Nazaire. Il avait espéré vendre sa publication en gare Montparnasse, mais ce fut un échec.

     

    Les hebdomadaires nazairiens furent écrasés par la concurrence des éditions localisée de L'Ouest-Éclair à partir de 1914, et du Phare de la Loire à partir de 1928. Leur survivance tenait au fait d’être publiés par des imprimeurs qui pouvaient compenser les faibles chiffres de vente par leur commerce ordinaire. Si bien que le seul journal nazairien qui perdura véritablement, fut Le Courrier de Saint-Nazaire, journal royaliste, devenu de droite catholique, et tombé dans la collaboration en 1940. Ce journal, le lecteur l’a vu cité plusieurs fois sur ce blogue, mais aussi dans des ouvrages ou des articles de Fernand Guériff, et par ses suiveurs. Et pour cause : ce journal publia à partir de 1930, et jusqu’à sa disparition à la Libération, des articles consacrés à l’histoire et au patrimoine local, très détaillés, finement illustrés, et quelques plaquettes regroupant ces articles.

     

     

    Le Courrier de Saint-Nazaire, du royalisme à la collaboration :

     

    Fondé 1867 par Frédéric Girard, imprimeur à Saint-Nazaire, né dans Deux-Sèvres, ce journal soutient après Sedan la cause d’Henri V, éphémère roi de France, (du 1er au 7 août 1830), retenu par l’Histoire sous le nom de « comte de Chambord », et devint le journal des catholiques nazairiens. C’est chez cet imprimeur que René de Kerviler publia ses Documents pour servir à l'histoire de Saint-Nazaire en 1876. Cependant, Kerviler, plus modéré, acquis à la République, préféra s’éloigner de Girard. A l’inverse, Gustave Bord[2], royaliste militant et catholique enflammé, représentant local du Comte de Chambord, s’en rapprocha et publia chez lui son Saint-Nazaire sous la Révolution, 1789-1790, en 1881, et lui fournit quelques articles qu’il ne signa pas.

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    Entête du Courrier de Saint-Nazaire en avril 1879, (Archives départementales 44)

     

    À la mort de Frédéric Girard en 1888, son fils, lui aussi prénommé Frédéric, né à Saint-Nazaire, repris la direction du journal, mais finit par le vendre avec l’imprimerie à Léon Bouchet en 1891, un boulangiste qui depuis 1886 publiait des éditoriaux sous le pseudonyme d'Innominalo. Qualifié de « non breton » par Kerviler dans son Répertoire général de bio-bibliographie bretonne, il ne fut pas moins très attaché à la Bretagne et fut l’auteur de « Profils bretons contemporains » ouvrage oublié paru à Paris en 1888

     

    En 1891, François-Marie-Edmond Clavier, repris le journal. Né à Rouans en 1864, il avait débuté comme avocat stagiaire à Saint-Nazaire en 1885, et fut inscrit au tableau en 1892 et cosigna la demande des avocats de la ville pour l’obtention du monopole des plaidoiries au tribunal local. Il avait intégré la rédaction du Courier de Saint-Nazaire dès 1888, et signait sous le pseudonyme de Jehan d’Hust, en hommage au héros de la ville[3]. Il était particulièrement incisif, voir calomnieux, et se plaisait à créer des polémiques à tour de bras, si bien qu’il se trouvait attaqué nommément dans les autres journaux locaux, jouant sur son patronyme, mais aussi sur un défaut d’élocution dont il semble avoir été victime. Le Petit Nazairien du 21 mai 1889 publia ainsi : « Le Clavier du Courrier de Saint-Nazaire s’est enfin accordé, et en huit jours il a écrit dix phrases qu’il eut mis six mois à prononcer »…

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    Entête du Courrier de Saint-Nazaire en mai 1906, (Archives départementales 44)

     

    En 1921 Clavier décéda le journal se retrouva en vente. Alexandre Bernard, surnommé « Alex », un méanais de souche, catholique nationaliste, qui n’était pas royaliste quoique très imprégner des idées politiques nauséabondes de Charles Maurras, lança une souscription en 1921 au sein des financiers catholiques du département et les membres de l’Action française. Il collaborait au journal depuis 1908. Appuyé par le souvenir de Clavier qui en parlait comme de son seul successeur possible, Alex Bernard obtient de constituer Le Courrier de Saint-Nazaire et son imprimerie en une société par actions au capital de 250.000 fr réparties en 25.000 actions de 100 fr partagées entre 144 actionnaires. Il y avait pour actionnaires, outre Alex Bernard : le député Henri de La Ferronnays, (1876-1946)[4], leader local de la droite-catholique, pour 50 actions et qui possédait Le Journal d’Ancenis ; Georges Paquet, directeur des Ateliers et Chantiers de la Loire, pour 10 actions ; Raymond de Parscau du Plessis, (1859-1943), maire de Montoire, pour 10 actions ; Hubert de Montaigne, maire de Missillac de 1927 à 1945, propriétaire de L’indépendant de Pontchâteau et de La Presqu’île guérandaise, pour 20 actions ; l’industriel républicain catholique René Delafoy, (1860-1946), président de la Chambre de commerce de Nantes, et député de la Loire-Inférieure de 1919 à 1924, inscrit au groupe de l'Entente républicaine démocratique.

    Le journal et l’imprimeries furent remis à la direction d’Alex Bernard, qui assuma aussi la fonction de rédacteur et fit du quotidien un journal nationaliste catholique ; il établit l’entreprise au 7 rue du Bois-Savary, et transforma le titre en : Le Courrier de Saint-Nazaire et des cantons de Guérande, Le Croisic, Herbignac, Savenay, Saint-Etienne-de-Montluc. Puis, en 1924, ayant obtenu l’usage d’un terrain au 24 rue du Palais par Henri de La Ferronnays, il construisit une échoppe dotée de deux vitrines où il déplaça l’entreprise, et renomma le journal à partir du 4 novembre 1924 : Courrier de Saint-Nazaire - Journal de la Basse-Loire et de la Presqu'île Guérandaise.

     

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    Le siège du Courrier de Saint-Nazaire en 1924,

    (publicité dans le premier numéro de la Revue Nazairienne ; Archives départementales 44)

     

    Le Courrier de Saint-Nazaire éditait uniquement du texte, mais l’évolution des moyens d’impression firent qu’à partir du 9 avril 1927 il commença à s’illustrer de quelques dessins, puis de photographies à partir du 3 septembre 1927. Les premières photographies vinrent des agences de presse, puis Alex Bernard s’adressa à la société Express-Photo de Saint-Nazaire, mais l’association ne fut pas concluante.

    À partir de 1929, Alexandre Bernard fit entrer à la rédaction son fils, Alexandre, et sa fille Renée. Ils signèrent leurs articles sous les pseudonymes de Durandal et Joyeuse, du nom des épée de Roland et Charlemagne. Mais c’est surtout sous le pseudonyme de Jacqueline Bruno que Renée s’illustra avec des articles consacrés aux activités artistiques et culturelles de la ville, et surtout à partir de 1930 Alexandre Bernard père signait déjà certains articles sous le pseudonyme de « un catholique méanais », « un vieux », « un vieux grognon », puis « un vieux méanais ». Père et enfants s’amusèrent à se répondre par articles interposés, et à se faire de fausses querelles. Il arriva même que René se parla à elle-même à travers Joyeuse et Jacqueline Bruno ! Dans cette joueuse schizophrénie familiale, les deux enfants Bernard tirèrent leurs épingles. Alex fils fini par devenir le photographe du journal dès 1931, il réussit même inciter son père à insérer à partir du 12 novembre 1932 un jeu concours qui proposait aux lectrices de se reconnaître sur photographie publiée et de gagner un bon d’achat de 50 fr chez un commerçant de la rue de Nantes. Il obtint aussi de son père de faire éditer certaines de ses photographies sous forme de carte postale, hélas le procédé d’impression étant celui du journal, ces cartes étaient laides et trouvèrent difficilement preneur.

    Renée sous le pseudo de Jacqueline Bruno se fit historienne locale, aidée par Charles Beilvaire[5] qui lui livra ses souvenirs, illustra ses articles jusqu’en 1934 à l’aide de photographies et de dessins, et lui permis d’utiliser la documentation qu’il avait accumulé tout au long de sa vie sur Saint-Nazaire. Cette collaboration prit brutalement fin au cours de l’année 1935. En premier lieu parce que Alex Bernard père décida de publier moins d’article à propos de l’histoire locale, mais aussi parce que Renée s’était depuis 1931 rapprochée de Paul Bellaudeau, (né à Nantes en 1899, et vivant à Saint-Nazaire depuis 1903). Paul avait illustré en 1931 une plaquette de René Bernard/Jacqueline Bruno : « Les curiosités mégalithiques de Dissignac et du Pé en Saint-Nazaire-sur-Loire ». Paul Bellaudeau travaillait au Maroc et revint définitivement à Saint-Nazaire en 1933. Très catholique, il était plus proche des opinions politiques de Renée Bernard que ne pouvait l’être Charles Beilvaire, il l’était aussi en âge, (C.B. était né en 1861), mais aussi était hétérosexuel et célibataire, alors que tout Saint-Nazaire savait Charles Beilvaire « myope quand [passait] une jolie femme »… 

    C'est Renée/Jacqueline qui incita son père à faire de l'édition de plaquettes historiques, d'abord des tirages spéciaux réunissant des articles parus, puis de courts livres spécialement écrits pour l'édition, tous aux tirages limités. Elle espéra en faire une vraie maison d'édition après que son père édita en 1930 un livre du nazairien Gustave Bord, « Grandes et petites légendes », ouvrage consacré à des événements se déroulant en Bretagne, ne traitant pas de Saint-Nazaire ; elle arriva ainsi à faire éditer en 1931 « Les trois jardins de Pierre Loti », oeuvre devenue de référence, écrite par le nouvelliste déjà reconnu, Antoine Vicard, mais l'expérience d'écriture non-nazairienne stoppa là.

     

     

    Le 18 avril 1931 le journal devint : Le Courrier de Saint-Nazaire et sa Région, (puis de la Région).

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    Déjà dur envers François Blancho et son conseil dès 1925, à l’arrivée du Front Populaire, Alex Bernard et ses enfants, qui remplissaient à eux trois la presque totalité des colonnes, commencèrent à devenir vociférant envers le maire de Saint-Nazaire et le Gouvernement. La question de la franc-maçonnerie, à laquelle Blancho appartenait, comme beaucoup de cadres du parti SFIO, et les relents des idées de Léon Daudet associée à celle de Maurras, devinrent de plus en plus flagrants dans les articles politiques. Le journal qui s’était contenté jusque-là de la vie locale du canton, commença à relayer et commenter les événements nationaux et internationaux. La Guerre d’Espagne et les débordements des Républicains espagnols envers les congrégations catholiques, firent sortir de ses gonds Renée dont les analyses manquaient de finesse.

    En 1937, Alex Bernard commença à avoir des problèmes de santé, il laissa ses enfants diriger certaines éditions en son nom.

     

    À la déclaration de Guerre, Alexandre fils dû partir au front. Démobilisé, il rentra à Saint-Nazaire en fin 1940, sa sœur avait assumé jusque-là direction du journal et celle de la rédaction. Il la remplaça toujours au nom de leur père qui de temps à autre reprenait la direction de la rédaction, et surtout s’épanchait en article à la gloire de Pétain et de Laval, et à la haine des Britanniques, de De Gaulle, tout en caressant l’occupant dans le sens du poil à l’occasion. Certes, nombre de français se raccrochèrent à Pétain, et l’invasion du pays avait rendu la population totalement idiote au point de croire que ce vieillard déjà sénile pouvait les sauver. La majorité des gens crurent que le discours de Pétain du 30 octobre 1940 enjoignant à la collaboration avec l’occupant était la voix du bon sens. Cependant, les Bernard, y virent l’arrivée d’une renaissance nationale qui ferait triompher l’Église catholique en se débarrassant au passage de tous ceux qui n’entraient pas dans leur idéal.

    Les journaux de la France occupée n’avaient pas obligation de publier les déclarations de Pétain et de son gouvernement, pas plus que celles d’Hitler. Cependant, dans des encadrés ornés de la francisque, les Bernard publièrent le moindre éternuent de Pétain et Laval, de celui qu’ils nommaient avec une déférence larvaire « Le Führer ». Certains actionnaires du journal tentèrent de s’imposer à la ligne éditoriale d’Alex Bernard, mais ils furent minoritaires. Au demeurant La Ferronnays, Parscau du Plessis, et Delafoy étaient des états de santé qui ne leur permettaient plus de réfléchir. Enfin, nombre de cardinaux et d’évêques français soutenaient Pétain et Laval, c’était le cas du cardinal Gertier, archevêque de Lyon, prima de France, et aussi de monseigneur Villepelet, évêque de Nantes, ce qui contribua à conforter les Bernard dans leur position.

    Quand les Britanniques lancèrent l’Opération Chariot le 27 mars 1942, dans l’édition du 3 avril, Renée Bernard/Jacqueline Bruno, fit un parallèle avec la Bataille de Dunkerque en écrivant dans le titre que les soldats n’avaient pu rembarquer, et ajouta dans son texte : « Churchill allait, sans plus tarder, donner des gages de civisme au chef suprême Staline en déclenchant la fameuse offensive de l’Ouest ». Aucun pot à la faveur des Nazairiens qui portèrent secours aux soldats britanniques, ni à propos de la répression qu’ils subirent de la part des Allemands qui rasèrent leurs maisons. Les articles suivants de Renée Bernard ne furent du martèlement contre le bolchevisme entre deux exaltations aux prélats, et des odes à Pétain proches de la stupidité plus que de l’aveuglement. Mais leur discours était celui décomplexé du président de la Corporation nationale de la presse française, Jean Luchaire, des membres du gouvernement de Vichy tel que Fernand de Brinon et Joseph Darnand, ou encore d’un nazairien que l’on oublie dans l’histoire locale, Alphonse de Châteaubriant, qui habitait au 16 rue des Halles, et qui avait fondé à Paris le journal collaborationniste La Gerbe, et dans les colonnes duquel se mouillèrent quelques autres Nazairiens, (certes Cocteau et Marcel Aymé y écrivaient aussi).

     

    Si les Bernard se montrèrent sobre et peu pour ainsi dire mués à propos des bombardements il faut tenir compte qu’il avait été demandé de ne pas s’appesantir sur la situation et ne pas déprimer plus la population déjà éprouvée. On ressent cependant dans les colonnes une haine envers les Britanniques, mais modérons ici le propos en rappelant que les méthodes de bombardement des Britanniques, révoltaient les Nazairiens, qui leurs reprochaient, non sans raison, d’envoyer leurs bombes à côté des objectifs véritables. Dans une lettre datée du 23 mai 1942, adressée à Gabriel Loire, et conservée dans les archives de son atelier à Chartres, le chanoine Gouy, qui ne faisait pas de politique, et à qui ne s’est jamais risqué à soutenir un parti ou l’autre, écrivit : « […] Nous avons eu plusieurs bombardements sérieux qui ont fait pal mal de victimes et beaucoup de dégâts. Les Anglais se comportent comme des bandits, ils jettent leurs bombes n’importe où et n’importe comment. Nous connaissons depuis longtemps la nuit sans sommeil, au fond d’une cave. […] »

    Mais l’enthousiasme devant la guerre menée par les Allemands contre les Soviétiques et les Britanniques explosa sitôt après, n’hésitant pas à employer les termes de « péril bolchevique » et de « Croisade contre le Bolchevisme », ou blâmant « le temps où la France était gouvernée par les Juifs ». Le numéro du 3 juillet 1942 est un condensé dès la première page des opinions des Bernard s’exaltant des victoires du Reich en Égypte et devant Sébastopol, une ode à Laval, une louange aux Travailleurs français partis en Allemagne, et la félicitation de la réouverture du bureau d’engagement des la Légion des Volontaires Français, (LVF), dans un nouveau local au 10 de La Villès-Martin, après avoir été victime d’un incendie, événement qualifiée « d’attentat ».

     

    Le 29 janvier 1943 Alex Bernard père quitta ses fonctions à la faveur de son fils. En première page il adressa un message aux lecteurs, expliquant son combat contre ses adversaires « francs-maçons, marxistes, démocrates, de toutes obédiences, et à cette masse de braves gens, crédules à l’excès et aveuglément confiants dans les bobards des Juifs de la radio de Londres, de Moscou et de Boston ».

     

    À la suite des bombardements du 28 février 1943 qui détruisit le centre de Saint-Nazaire, les Bernard fuirent avec le matériel de l’imprimerie à Sainte-Marie (aujourd'hui commune de Pornic). La poursuite de la publication s’acheva en 1944 avec l’absence de livraison de papier.

     

    À la Libération les Bernard furent arrêtés, interné à Nantes, ils furent jugés par la Cour de Justice de la Loire-Inférieure pour collaboration le 25 février 1946. Ils se défendirent en argumentant que journal catholique ils avaient suivit ce que le clergé propageait... mauvaise défense qui ne fit qu’aggraver leur situation.  Alex père écopa de 5 mois de prison, Alex fils de 3 ans, et Rénée de 3 mois, condamnations accompagnées d’indignité nationale à vie et de la confiscation totale de l’ensemble de leurs biens, avec  dissolution du Courrier de Saint-Nazaire. Par arrêt du 6 novembre 1946 et deux décrets en date du 9 novembre 1946, Le Courrier de Saint-Nazaire et de son imprimerie furent la saisis, et par arrêt du 124 janvier 1947 ils furent transférés et dévolus au profit de l’État[6]. Le journal ne réapparu jamais, et l’entreprise fut définitivement démantelée en 1947.

     

    À sa sortie de prison en 1950, Alex fils retrouva sa sœur établie à Montoire. Regroupant une poignée de négatifs de photographies qu’ils avaient réalisés avant-guerre et qui avaient échappé à la saisie, ils éditèrent sous la forme d’un livre boite des photographies commentées à l’arrière à la main, de vues de Saint-Nazaire et de la Presqu’île, sous le titre, avec une présentation un peu naïve écrite par Renée. Paru sous le titre « Visages et reflets de mon pays, Saint-Nazaire, 1939 », et non signé du fait de leur condamnation à l’indignité nationale, il regroupe en réalité des photographies prise durant une période s’étalant entre 1935 et 1939.

    Oubliés de tous, retiré à Montoire, seul Fernand Guériff se risqua en 1971 à les contacter pour obtenir des d’eux des photographies pour illustration.

     

    [1] Il était fils de Charles Jamouillet, commis des ponts et chaussées à Saint-Nazaire, soldat au 20e de ligne, mort pour la France le 6 février 1871, qui repose avec lui au cimetière de la Briandais (tombe abandonnée avec une grand palme de bronze) ; et le père de Charles Jamouillet, ingénieur E. S. E., directeur de la Cie Générale de Traction à Douais, marié à Saint-Nazaire le 8 février 1936 avec Madeleine Mugnier, native de Lille.

    [2] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/06/13/le-chateau-de-porce-a-saint-nazaire-premiere-partie.html

    [3] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/07/03/je.html

    [4] Puit président du Conseil général de la Loire-Inférieure de 1931 à 1940.

    [5] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2014/12/08/charles-beilvaire-un-peintre-nazairien-oublie-5505901.html

    [6] Dans le dossier il est improprement nommé « Journal de Saint-Nazaire ».

  • La spéculation nazairienne durant le Second-Empire

    Dans notre article précédent nous avons effleuré à nouveau le problème de la spéculation des terrains nazairiens au 19ème siècle.

     

    Saint-Nazaire s’est développé en quelques années par la création de son port, apportant richesses aux propriétaires des terrains avoisinant l’anse où l’on le creusa. Dans les abords immédiats les grands propriétaires étaient, en 1850, les frères François-Louis-Marie (1790–1858),  et Joseph-Marie-François (1788-1860), Galliot de Cran avec le domaine du Bois Savary héritage de leur père qui l’avait rachetée au héritiers du marquis de Sesmaison en 1804 ; Aimable-Geneviève Tahier- Kervaret, (1801-1866), héritière par sa mère du Domaine du Parc à L’Eau ; la famille Girard de La Cantrie qui avait acquise le domaine du Prieuré à la Révolution ; la famille de Kermasson de Kerisac propriétaire du domaine du Lin depuis le début du 18ème siècle, par héritage de la famille Martin. Ces familles, et les quelques petits propriétaires du secteur, (concentré sur le secteur de La Ville Halluard), entreprirent une spéculation effrénée de leurs terrains, surexcitée parles hauts prix alloués en 1857 par le jury d'expropriation pour l'établissement de la gare du chemin de fer. Ils demandèrent de 40 à 100 francs du mètre-carré. Cette spéculation s’étendit à un périmètre qui devaient être celui des fortifications initialement projetées, et dont le tracé « côté terre » correspond aux boulevards de ceinture du centre-ville, (Lesseps, Hugo…), ce qui concernait les domaines de Toutes-Aides aux Belliot ; La Ville au Fève à la famille Delange ; La Briandais aux Cornet et David ; et Le Sable dont nous allons parler plus longuement.

     

    La spéculation fut une des premières causes qui paralysa le premier développement de Saint-Nazaire, avec les interruptions imprévues et l’administration de la municipalité par des gens incompétent, c'est-à-dire René Guillouzo[1] devenu maire « sur une méprise » en 1848, et la mauvaise volonté de l’ingénieur Paul Leferme à qui l’on demanda de dessiner les plans de la ville alors qu’il ne voulait que s’occuper du port, estimant que c’était à la Municipalité de gérer les aménagements.

    Une mauvaise communication fit aussi qu’on éleva les premiers immeubles d’habitation à plusieurs centaines de mètres du bassin, alors que les besoins de développement étaient qu’on les édifia dans le voisinage même du port. Il y eut ainsi durant une décennie un no man's land, entre le port et le centre de la nouvelle ville qui se développa suivant au-delà du tracé de la rue de Nantes (aujourd’hui Auriol). Saint-Nazaire, entre 1848 et 1895 était ce que les urbanistes nomment « mitage », c'est-à-dire des bouquets de construction disparates le long de voix tracés dans un périmètre pourtant restreint. Cette urbanisation fut d’autant plus regrettable qu’elle ne s’accompagna pas des structures nécessaires à l’acheminement de l’eau, ni d’égout. Les logements, incommodes, tant pour les ouvriers que pour les bourgeois, ne suivaient au demeurant pas un cahier des charges commun, ce qui fit que des immeubles haussmanniens voisinaient avec des taudis. Grand exemple de ce mitage, le domaine du Bois-Savary ayant été vendus par les héritiers collatéraux du dernier frère Galliot de Cran, il se trouva constitué en une société nommée Salamanca fondée en 1868. On y traça des rues mais les îlots peinèrent à se lotir jusqu’en 1930.

     

    cesard,saint-nazaire,manoir-du-sable

    Saint-Nazaire vers 1865.

    On distingue les tracé des rues et places autour de terrains vides de bâtiment...

     

    La spéculation la plus spectaculaire fut celle entreprise par Alphonse Cézard, et a été soigneusement documentée par René de Kerviler dans son « Histoire du Port de Saint-Nazaire » publiée en 1892.

    Alphonse-Léopold-Nicolas-Louis Cézard, industriel d’origine lorraine, né le 20 février 1831 à Batavia aux Indes-Néerlandaises, (aujourd’hui Java en Indonésie). L’arrivée à Saint-Nazaire en 1857 de ce protestant, ce qui sous le Second-empire était pire qu’être juif, fils d’un armateur et raffineur sucrier, petit-fils d’un boulanger devenu « marchand mercier » grossiste des armées durant la Révolution, dérangea. Il est vrai qu’il se fit bruyamment remarquer par l’acquisition des domaines et manoirs nazairiens de Heinlex-Rohan, de la famille Havard-Duclos, et du Sables, d’Emmanuel Plessix[2]. Faisant raser Heinlex pour le remplacer par le petit château en brique et pierre qu’on voit encore, il ne toucha pas manoir féodale du Sable, heureusement toujours préservé, et plus ancienne habitation nazairienne encore existante, car remontant au début du 15ème siècle[3], mais il prévue de lotir l’ensemble du domaine, dont les dunes qui bordaient le Grand Traict. Il tenta aussi de se faire élire aux législatives de mai-juin 1863. Milliardaire, comme tous les raffineurs de sucre, (Say, Beguin, et Lebaudy), il fonda en juillet 1864 une entreprise Londres, la Saint-Nazaire Company limited, au capital astronomique de 600.000 livres sterling, elle-même actionnaire fondatrice à partir de 1865, de la Société de commerce de France, entreprise maritime au capital de 6 millions de francs, elle-même actionnaire de la Société des Crédit Généraux de Saint-Nazaire au capital de 2 millions de francs, fondée, en 1865 dans le but de lotir le domaine du Sable dont l’administration fut confiée à son frère Louis Cézard, et dont les autres actionnaires étaient le comte de Lopinot, monsieur Lucassen et monsieur Bye Colchester.

    En 1865 Alphonse Cézard, propriétaire de terrains, agissant au travers de ses trois sociétés écrans, proposa à la municipalité la réalisation d’un quartier sur 450.000 m² de terrains, réparties en 84 îlots bâtiments d’habitation étaient de toutes classes, délimité 33 rues, doté de 5 grandes places, d’un parc luxuriant, et de tous les bâtiments nécessaires à la vie de la population et des administrations. Alphonse Cézard proposa en sus de céder gratuitement à la ville tous les terrains nécessaires à l'établissement des voies publiques, places et squares ; d'exécuter à ses frais le perré de protection de la dune et les escaliers de service du quai-boulevard du front de mer (qu’on aurait baptisé Napoléon III) sur 1 km ; de contribuer à la construction de l'église (rappelons qu’il était protestant) ; d'exécuter à ses frais, « dans des délais déterminés, ou à sa convenance dans certains cas », les halles, l'abattoir, la distribution d'eau, les bains et lavoirs, le théâtre, le grand hôtel, la bourse, le tribunal de commerce, le tribunal civil, la sous-préfecture, le collège et la caserne… à charge par la ville de concéder à perpétuité à sa compagnie les terrains appartenant à la commune dans le quartier à créer, le privilège du service de l'eau pour quatre-vingt-dix-neuf ans, l'exploitation des principaux lieux publics pour trente ans ; de faire ou de terminer le plus promptement possible le réseau général des égouts, les travaux d'éclairage ou d'assainissement et d'entretien des rues et voies publiques comprises dans les terrains appartenant à la compagnie ; et enfin d'exempter des droits de douane et d'octroi les matériaux employés dans les constructions nouvelles.

    Mais outre la méfiance que suscitait le personnage, les élus et la préfecture se demandèrent qui voudrait venir acheter des logements sur plan, et venir y vivre. Cézard avait anticipé, par l’intermédiaire de sa Société de commerce de France, il comptait faire de Saint-Nazaire son port principal, et à court terme un port franc pour ses navires, projetant de faire de Saint-Nazaire le grand marché des chargements flottants et comme le grand entrepôt du Sud et du Nord. Cézard avait dans les ports d'Europe ainsi que dans les colonies, de puissantes relations commerciales, et possédait à Java trois maisons de commerce ayant une clientèle maritime d'une centaine de mille tonnes[4]. Les élus applaudirent et signèrent pour accord.

     

    Les dessins du projet furent publiés dans tous les journaux et revues de l’époque, dont Le Monde illustré du 15 avril 1865, dithyrambique sur le devenir du port, s’extasiant du fait que la commune avait atteint en 20 ans 15.000 habitants, (en réalité on avait dépassé les 18.000), mais soulignant cependant que « […] il ne faut pas croire que Saint-Nazaire avec ses quinze mille habitants soit déjà une ville, elle n’en a même pas l’apparence, elle n’est qu’un assemblage de maison avec une église, une mairie et une salle d’asile sans halles, sans marchés, sans théâtres, etc. C'est-à-dire que rien n’existe, tout est à faire. »

     

    alphonse césard, saint-nazaire

    Le projet Césard dans Le Monde Illustré du 15 avril 1865.

     

    On n’avait cependant pas tenu compte que pour la réalisation d’un tel chantier, il eut fallu 50.000 ouvriers, que l’on aurait dû faire campées sous des abris provisoires faute de logements.

    Cent-mille francs furent investis pour l’édification de digues, de chaussées d'empierrement, de trottoirs, d’ouvertures de rues et travaux généraux. Les terrains achetés par les investisseurs pour une somme de 6 à 15 francs étaient cotés dans l'actif de 60 à 120 francs, et l'on établit que la Société des Crédit Généraux, en joignant aux bénéfices réalisés sur les terrains les produits des différents services d'utilité publique, devait recouvrer intégralement son capital dans un bref délai et réaliser un bénéfice de 5 millions en peu d'années.

    Un autre frère d’Alphonse, Nicolas Cézard fut nommé administrateur et président honoraire du conseil d'administration en mai 1865. Louis Cézard démissionna de son poste d'administrateur de la Société des Crédit Généraux de Saint-Nazaire en octobre 1865, cette démission en fut acceptée par le Conseil de l’entreprise que le 30 avril 1866, cependant Alphonse Cézard le remplaça dès octobre, puis donna à son tour sa démission par lettre sa démission le 2 novembre 1865. Léonce Cézard, encore un frère, fut nommé administrateur conjointement avec monsieur Suermondt, le marquis de Vaugiraud, le baron Brenier, et messieurs Ruys, Lefebvre-Duruflé, Leroy de Saint-Arnaud, Roman, et Gossin… et en juillet 1866, la Société des Crédit Généraux de Saint-Nazaire fut déclarée en faillite, avec rapidement celle Société de commerce de France. Le capital annoncé par chacune était purement spéculatif !

    Il y eu un retentissant procès, Alphonse Cézard fut attaqué par ses associés Pilon, Perthuy et Derrien. Alphonse fut défendu par l'avocat nantais Edouard-Auguste Bonamy, et accusa ses anciens associés « de manœuvres frauduleuses dans le but de le ruiner » !

    Mais le montage était si bien fait, que le tribunal déclara nulle la responsabilité de la Société des Crédit Généraux de Saint-Nazaire et d’Alphonse Cézard avec ses frères, envers ses actionnaires le 28 mai 1869. Les petits porteurs d’action en furent pour leurs frais, les Nazairiens à jamais maudissant Alphonse Cézard, et le sable du Grand Traict recouvrit rapidement les trottoirs de l’amorce de boulevard digue qu’on recouvrit finalement par l’actuelle front de mer en 1888. 

    La Société des Crédit Généraux de Saint-Nazaire disparue, ruinant plusieurs actionnaires, sans qu'Alphonse Césard et ses frères, eux aussi impliqués dans la spéculation, furent inquiétés. La Société de commerce de France survécut et resta propriétaire du domaine du Sable. L'affaire fit long feu, car c'est seulement en 1873 que le tribunal de Paris  procéda à la mise en vente, en deux lot, de ensemble du domaine du Sable le 29 mai 1873. La vente fut annoncée dans la presse le 15 mai 1873. le premier lot comportait 4230.551 m² de terrain, soit un peu plus de 42 ha, et le second le manoir avec 8.780 m² de terrain. les frère Bessard du Parc s'en portèrent acquéreurs, il n'arrivèrent pas à lotir eux aussi le domaine, et durent le revendre en 1883 au prince de Béarn qui fit tracé de nouvelles voies, et arriva à vendre certains terrains ou en échanger avec la Commune. Ses héritiers revendirent à Aymé Duquaire, un lyonnais qui paracheva finalement l'entreprise et permis en 1924 à la municipalité de devenir propriétaire du manoir, mais aussi en 1930 des rues du lotissement constitué en société sous le nom de Lotissement du Sable. C'est ce quartier qu'on surnomme « La Havanne », bien que son nom soit Le Sable, et que La Havane n’est que celui de sa plus longue rue. Précisons aussi que ce quartier s’étant en réalité jusqu’à la bordure du Grand Marais, aujourd’hui asséché pour faire place au Parc Paysager, que l’achèvement du lotissement c’est fait en 1934, et que jusqu’à la guerre, les rues de ce vaste quartier n’étaient pas pavées ou revêtues d’asphalte et doté que partiellement d’éclairage. Les habitants se plaignirent en 1937 auprès de la Municipalité de l’état de leur voirie, et c’est finalement durant les opérations de la Reconstruction que s’accomplirent les demandes.

    Alphonse Cézard avait quitté la ville dès 1866 en vendant Heinlex à Henri Duval, le fondateur de l’Usine à Gaz, mais ce n’est qu’en 1883 qu’il arriva à vendre le domaine du Sable à un autre investisseur. Il décéda le 17 février 1892 au château du Touchelais à Savenay, où se trouve aujourd'hui l'hippodrome, après avoir fondé dans cette ville une fromagerie, et avoir marié ses enfants dans les meilleures familles

     

    Toutes ses spéculations firent que les industriels nantais ne vinrent pas s’établir à Saint-Nazaire comme on l’avait espéré, et l’industrie naval ne pu se développer qu’avec l’acquisition des terre-pleins conquis sur l’estuaire par les déblais des bassins à flot, pour une redevance annuelle de 50,000 francs 25 hectares de terrains.

     

    On comprend ainsi pourquoi Auguste Amaury dans son guide touristique Itinéraire de Nantes à Saint-Nazaire, publié par Hachette en 1858, traita Saint-Nazaire de « San Francisco », et de « Petite Californie bretonne », au sens le plus péjoratif que cela sous-entendait à l’époque[5],

     

     

    [1] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/07/05/notes-du-la-famille-guillouzo.html

    [2] À propos d’Heinlex-Rohan : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/06/14/le-chateau-de-heinlex-troisieme-partie.html ; du Sable : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/06/26/la-maison-noble-du-sable-seconde-partie.html

    [3] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/06/26/la-maison-noble-du-sable.html

    [4] Il y possédait aussi 7 plantations.

    [5]  http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/03/19/saint-nazaire-petite-californie-bretonne-6137164.html

  • Saint-Nazaire petite Californie bretonne ?

    Saint-Nazaire « Petite Californie Bretonne », dans les années 1990 la municipalité Batteux nous rabâcha cette formule tout en plantant des palmiers de Chine anorexiques le long de l’avenue du Général de Gaulle. On nous assura que c’était le surnom de la ville au 19ème siècle. Toutes les huiles de la communication municipale s’en emparèrent, et bientôt les amateurs d’histoire locale en noircirent leurs plaquettes. Pensez donc, cela venait de La Revue des Deux Mondes, on nous donna même la date de 1848, et le nom de l’auteur : « F. Fourcade ». Ajoutez que pour la génération baby-boom tous ce qui vient des USA est forcément bien, c'est culturel, c'est « l'effet Débarquement ». Et comme le monument de celui de 1917 avait été relevé par une association en 1989, (initiative heureuse), c’était continué à surfer sur la dernière vague d’un effet de mode.

     

    californie-bretonne- saint-nazaire

    La Californie c’est la petite Bretagne (crédit photo emoji drapeau breton pour la Bretagne)

     

    Quand on s’attèle à écrire sur un sujet, il faut toujours vérifier les sources, surtout en histoire, et même ainsi, on n'est pas à l'abri d'une erreur.

    En consultant La Revue des Deux Mondes, j’ai trouvé dans la « Chronique de la Quinze » du 14 septembre 1858, un texte de E. Forcade : « Si l'on veut avoir une idée de la façon incohérente et saccadée dont s'élève en quelques mois une ville californienne, on peut aller chercher ce spectacle à Saint-Nazaire, qui était un hameau il y a un an, et qui sera peut-être un de nos grands ports de commerce avant dix années. »

    En premier lieu corrigeons que Saint-Nazaire n’était pas un hameau, mais bien une ville de 3.771 habitants en 1841.

    En second lieu, constatons que E. Forcade, transformé F. Fourcade, n’a pas écrit que Saint-Nazaire est une petite Californie bretonne.

     

    Mais d’où vient cette appellation ? « C’est Fernand Guériff », nous a-t-on répondu. Guériff a bon dos, dès qu’on publie une ânerie sur l’histoire de Saint-Nazaire, on l’accuse en se disant que personne n'ira chercher ses publications pour vérifier, et qu'il n'est plus là pour se défendre !

    En réalité c’est le commentaire du docteur Auguste Amaury Gellusseau, qui sous le pseudonyme d’Auguste Amaury, rédigea un guide à destination des voyageurs en train, Itinéraire de Nantes à Saint-Nazaire, publié par Hachette en 1858[1] :

    « Saint-Nazaire ressemble à San-Francisco. C’est une petite Californie bretonne, la plus mince parcelle de terre vaut un lingot d’or ; le moindre champ, la plus triste falaise devient pour son heureux propriétaire un vaste domaine seigneurial, avec féaux et fidèles. Ici tout se passe comme dans un conte de fée ; rien n’y manque, pas même l’invraisemblance. »

    Comme souvent, quand la citation est entière, elle perd sa magie. Cette description lapidaire fut reprise ensuite en 1867 par Adolphe Joanne dans son guide De Paris à Nantes et à Saint-Nazaire par Orléans, Tours et Angers. Pour autant cette reprise ne fait pas de l’appellation « petite Californie bretonne », une généralité du langage. On ne la trouve pas ensuite employée et jusqu’à ce que la municipalité Batteux en fasse un argument touristique, les Nazairiens n’en savaient rien, ou du moins avaient fait l'effort d'oublier ce qui avait été une insulte contre leur ville !

     

    Il y a quelque mois, durant une exposition organisée par la Mairie, on a pu lire sur les cartels « petite Californie de l’Ouest ».

    Quand on me téléphona entre deux avions pour me faire part de cette histoire, j’eu un rire flaubertien. La Californie est située à l’Ouest dans l’esprit Occidental, et même au « Far Ouest » ; nous sommes face à un pléonasme quand l’interlocuteur nous sort cette phrase absurde. Absurde, mais pas neuve, hélas, déjà en avril 1999 dans la plaquette « Le petite Californie bretonne », publiée conjointe de l’Écomusée et l’Université inter-âges, il y a à la page 21 la formule « Petite Californie de l’Ouest », avec un renvoi en marge donnant pour source « Fourcarde R., la Revue des Deux Mondes 1858 ».

     

    [1] Né à Cholé en 1812, il publia plusieurs Guide, dont consacré à Clisson. Kerviler lui reprochait de ne pas être breton…

  • Et nous traversions le Brivet à dos de chameau…

    Connaissez-vous le Chameau de Méan ? Les vieilles familles de Donges, Trignac et Saint-Nazaire s’en souviennent, et plus encore celles de Méan. Non, vraiment ? Il vécue pourtant longtemps, deux-cents-ans. Oui, à Saint-Nazaire les chameaux vivent vieux s’ils évitent les crocodiles[1]. C’est en raison du bon air de l’Estuaire…

     

    Alors, ce chameau ? Non, il n’est pas un cadeau du sultan Mahomet Bol Ier du Petit-Maroc, il était déjà là bien avant la visite de sa majesté en juillet 1930[2]

    De ce chameau, il en reste la tête et la queue sur les rives du Brivet, coincées entre la quatre-voies, le pont Henri Gautier et la rue de Trignac. Oui, vous y êtes, il s’agit du vieux pont de Méan, qu’on surnommait « Le Chameau », quoique le quadrupède à robe jaune fut en réalité un dromadaire, ce qui provoqua longtemps des divergences entre zoologues méanais.

     

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    Le pont de Méan, bois d'André-Laurent Batillat, 1934.

     

    Il y a un pont à cet endroit depuis l’antiquité. La voie romaine passait par là. Ce fut durant des siècle un pont de bois qui appartenait à partir de l’époque médiévale au vicomte de Donges, (Méan n’est devenu nazairien qu’au 19ème siècle). Jusqu’à la Révolution il fallait payer un droit de passage, en échange le Vicomte prenait à sa charge l’entretient du pont, ce qui n’était pas toujours fait, ou bien fait… Un jour de foire à Saint-Nazaire en avril 1713, deux bœufs liés ensembles passèrent à travers le tablier. Une banque avec deux pêcheurs passait à ce moment-là sous le pont. L’un des hommes se noya. Le vicomte de Donges, René de Lopriac, marquis d'Assérac, refusa de payer les réparations. Les Méanais ne pouvaient plus passer sans faire un grand détour pour se rendre à Montoir dont ils dépendaient. Méan avait sa propre chapelle depuis le 17ème siècle[3], dédiée à Saint-Joseph, mais le chapellin ne résidait pas sur place, si bien que l’essentielle de la vie paroissiale fut réorientée vers Saint-Nazaire. Entre avril 1713 et novembre 1740, on baptisa les petits Méanais à Saint-Nazaire « en raison de la mauvaise situation du pont de Méan ».

    Les États de Bretagne furent saisis du dossier à la demande du Général de fabrique de Saint-Nazaire en octobre 1738. Le procès-verbal de la séance du 5 octobre justifia la présentation du problème devant la plus haute instance du Duché ainsi : « vu que l’on n’y peut passer sans risquer sa vie, dans l’état qu’il est ».

    Guy-Marie de Lopriac, le nouveau vicomte de Donges, ne voulant plus contribuer à l’entretient ni à la reconstruction du pont, perdit ses droits seigneuriaux, et ce fut l’État breton qui finança la réalisation du nouveau pont. Il fut achevé vers 1745. Trois arches, (largeur de droite à gauche : 13 m 30 ; 11 m 35 ; 11 m 35), celle du centre plus haute, pour permettre la circulation des bateaux, le profil en chevron.

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    Au sommet de l’arche principale, faisant face à l’estuaire, une petite niche surmontée d’une croix contenant une statuette de la Vierge fut taillée.

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    La niche avec la croix, article du Courrier de Saint-Nazaire du 21 janvier 1939.

     

    L’arche de la rive gauche fut détruite en décembre 1793 à la veille de la bataille de Savenay par les troupes de Canclaux afin d’empêcher le retrait par Saint-Nazaire de l’Armée catholique et royale. Canclaux fit aussi arracher le pavage et la chaussée sur 13 m. Pendant cette opération, il fit traverser ses canons et munitions à bord d’un navire nomme Jean Bart.

    En janvier 1794, sous la direction de l’ingénieur Hervoüet, l’entrepreneur Deniaud reconstruisit l’arche. Cela couta 1.100 livres et les travaux furent achevés le 21 juillet 1794.

     

    En 1929, en raison de l’augmentation de la circulation, du nombre des voitures qui arrivaient en trombe dans le virage en venant de Saint-Nazaire, on se décida pour réaliser une nouvelle voix d’accès avec un pont large et droit, mais le projet fit long feu. En août 1936 on discutait encore. Les devis s'accumulèrent; on songea à réaliser des déviations en logeant la voie ferrée et faisant passer les voitures par le centre ville et le boulevard de l'Océan, ou encore par le boulevard Victor Hugo.  Les montant allaient de 7.200.000 frs à 9.500.000 frs, car il fallait acquérir des terrains en plus de la réalisation de routes nouvelles. On continua d'en discuter si bien, que le 14 juillet 1939, le Tour de France passa sur le pont de Méan toujours en fonction, et en « gravit la bosse ».

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    Le 18 juin 1940, afin de retarder les Allemands, et permettre la sortie d’un autre Jean Bart, cuirassé en construction aux Ateliers et Chantiers de la Loire à Penhoët, les marins dynamitèrent l’arche central du pont. Depuis, il ne reste que la tête et la queue du chameau et on attend toujours le bon vouloir de la Municipalité pour la mise en valeur des ruines et de leurs abords.

     

     

     

    [1] Le crocodile de Sautron : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/03/06/et-le-crocodile-de-sautron-fit-s-echouer-les-navires-sur-le-6133822.html

    [2] Le Sultan du Petit-Maroc : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2018/07/22/le-petit-maroc-histoire-d-un-nom-6067779.html

    [3] La chapellenie avait été fondée par la famille Deniaud pour l’un de ses fils, entré en Religion.

  • Les Protestants de Saint-Nazaire

     

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    Décor de la façade de la Fraternité de Saint-Nazaire

     

    La communauté protestante de Saint-Nazaire comporte peu de représentants à Saint-Nazaire, pourtant elle fut très active dans le développement de la ville et du port.

     

    De la réforme à l’abolition de l’Édit de Nantes :

     

    On a prétendu au 19ème siècle qu’il y avait eu un pasteur à Saint-Nazaire en 1563, élément repris et popularisé par Justin Vincent et Eugène Orieux dans « Histoire et géographie de la Loire-Inférieure », publiée en 1895. En réalité, il n’en fut jamais nommé un, en réalité le Synode tenu à La Rocher-Bernard en février 1562 avait prié les pasteurs de Guérande et du Croisic de desservir Saint-Nazaire où la communauté était de quelques âmes dont on ignore les noms, faute de registre. Certes, deux familles seigneuriales nazairiennes, les Le Pennec, seigneurs du Boisjoalland, et les Rohan-Poulduc, seigneur de Heinlex, étaient protestants, et employaient chez eux des protestants, mais ceux-ci vivaient à l’année en leur château escoublacais et manoir guérandais, plutôt qu’en leurs manoirs nazairiens.

    Quant à l’existence d’un registre protestant disparu des archives du Tribunal de Saint-Nazaire en 1920, Charles Nicol a démontré dans son ouvrage « Enfants de Luther et de Calvin », (Ed. de Matignon, 1997), qu’il y a confusion avec le registre de Blain qui se trouva aux archives du Tribunal de Saint-Nazaire par erreur, et que Kerviler identifie comme étant celui de Blain dans ses Bio-Biographies bretonnes.

    Les douze édits restrictifs envers le culte protestant émanant du Conseil du Roi entre 1661 et 1679, rendirent l’appartenance à ce culte très difficile. Une véritable machine de persécutions fut mise en place, réduisant le droit de prêche des pasteurs, nuisant jusqu’à l’ensevelissement des morts, permettant la destruction de temple au profit d’églises, incitant les catholiques à la haine, fermant les yeux sur les exactions des soldats. Beaucoup de protestant se mirent à abjurer leur Foi pour avoir la Paix. Mais l’abjuration était mal vue dans leur ville d’origine, ainsi on vit des protestant faire des centaines de kilomètre pour abjurer, et en refaire encore des centaines pour s’établir comme catholiques dans une paroisse où personne ne les connaissait. Ainsi trouve-t-on dans le registre paroissial de Saint-Nazaire, à la date du 12 décembre 1662 celles d’Antoine Charier, 25 ans, natif « de Saint-Savigné, évêché de Saintes », et de Jan Gourdon, 20 ans, natif « de Moise, évêché de La Rochelle », deux bourgades dont nous n’avons trouvé trace.

    Une troisième abjuration, celle d’Etienne Bonnet, un poitevin, eut lieu le 6 novembre 1681. Mais on ne trouve aucune abjuration de nazairien, et ce même après la révocation de l’Édit de Nantes par l’Édit de Fontainebleau du 17 octobre 1685, alors qu’on trouve dans les registres de Batz et du Croisic des abjurations d’habitants de ces communes.

    En 1687 à Paimboeuf et Saint-Nazaire, trente protestants poitevins et mayennais en fuite sur des navires anglais, (Lindever et Rebecca), furent arrêté sur dénonciation. Les armateurs nantais qui avaient armé ces navires furent mis en prison.

     

    Le retour des protestants à Saint-Nazaire :

     

    C’est le trafic maritime qui ramena le protestantisme à Saint-Nazaire.

    Le 23 novembre 1857 Thoralf August Jacobsen, fils d’un pasteur officiant au port de Kalundborg, 15 ans et demi, matelot de l’Oresund, navire danois, se tua en tombant d’un mât vers 16 h.

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    Acte de décès de Thoralf August Jacobsen

     

    Déclaré en mairie de Saint-Nazaire, c’est sur le registre protestant de Nantes qu’on le retrouve pour son inhumation en cette ville. À l’époque on ne mélangeait en effet pas les morts non-catholiques avec les catholiques. Le protestantisme ne concernant que des marins et des voyageurs étrangers. Cependant en 1858 fut créé un carré protestant à Saint-Nazaire, au cimetière de La Briandais, carré que le maire, René Guilouzo, aussi mauvais administrateur, que mauvais médecin, et exécrable individu, proposa en juin 1859 de constitué en carré « réservé aux dissidents » qu’il proposa de séparer d’un mur des catholiques, et de doter d’une porte séparée. L’idée étaient d’y mettre tous les non catholiques et aussi les suicidés… Déjà en 1855, l’épouse du commissaire de Guérande, madame Deligny, née britannique, avait manqué d’être mise avec les suicidés, et une polémique provoquée par monseigneur Jaquemet, évêque de Nantes, pourfendeur autoproclamé du protestantisme et de ses écoles, avait échauffé les esprits.

    Le premier enterrement protestant nazairien est celui d’Eugénie Borel, âgée de 30 ans, le 12 novembre 1858, et dont on ne sait hélas rien de plus, car le registre de décès de 1858 a été perdu durant la dernière-guerre.

     

    Le premier baptême protestant (connu) ayant eu lieu à Saint-Nazaire fut pratique par le célébré pasteur nantais Jean Sohier de Vermandois, (1809-1874).

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    Acte de naissance de Charles-Henry Göbelbecker

     

    L’enfant, Charles-Henry Göbelbecker, né le 13 juillet 1861, (et déclaré le 14), était fils de Charles-Louis Göbelbecker, brasseur à Saint-Nazaire, originaire de Bavière, et de Christine-Fredericka Seiche[1]. Les parrains furent les nazairiens Amélie Kauffman, (épouse de Jean-Jacques, commis chaudronnier), et Henri Violon, chaudronnier, originaire de Suisse. Ce baptême se fit au domicile des parents. Plusieurs autres eurent lieu dans l’années, et très vite plus de 30 protestants durent répertoriés par le Consistoire de Nantes, qui évalua que le nombre de nazairiens protestants, tous cultes confondus, devaient être d’une centaine. En janvier 1863 les famille Violon, Becker, Bourcard, Camus, Steifel, Smith, Zelling, ainsi que la veuve Lucion, et Jules Bagot, demandèrent l’instante assistance du Consistoire. Aussi, dans sa séance du 19 décembre 1862, le Consistoire décida de louer une pièce où le culte serait célébré une fois par semaine. On loua pour cela deux pièces de son appartement au docteur Guichet, qui officiait à Paimboeuf et intervint durant l’épidémie de fièvre jaune de 1861. Il logeait à Saint-Nazaire au-dessus des bureaux de la Compagnie Général Transatlantique, rue de La Paix.

    Le protestantisme étant toujours mal vu en France durant l’Empire, et étant assimilé aux étrangers, la première célébration du culte le 15 mars 1863 par le pasteur nantais Benjamin Vaurigaud (1818-1883), fit s’exciter les Catholiques. Le sous-préfet de Savenay, Louis-Emmanuel de Chastellux, fit un rapport et dénombra 120 à 130 personne ayant assisté au culte. On a du mal à concevoir autant de gens dans deux pièces d’un appartement, même si cela devait être deux vastes salons. Au demeurant, la municipalité de Saint-Nazaire avait été informée, et le maire, René Guilouzo, s’était vu remettre le 16 mars la somme de 65 francs 59 centimes, issus d’une collecte pour l’ouverture du culte protestant à Saint-Nazaire.

    Ce pendant le nombre de protestants augmenta à Saint-Nazaire, et bénéficia du flux constant de voyageurs et de marins désireux de suivre l’Office.

     

    La construction du temple :

     

    Les protestants nazairiens réclamaient l’édification d’un temps en 1871, espérant être appuyé par le premier adjoint, Ernest Bachelot-Villeneuve[2], un médecin républicain, que Mac-Mahon, président royaliste, releva de ses fonction avec le reste du Conseil en 1874. On commanda des plans à l’architecte nantais Georges Durant-Gasselin (1840-1911)[3], mais l’on manquait d’argent. Aussi, on se décida de louer un local rue du Prieuré, à l’épicier Brerette. Mais en décembre 1876, le loyer commença a être impayé. Brerette trouva la solution en louant le lieu pour des réceptions, sans informer le pasteur Fargues qui avait remplacé le pasteur Vaurigaud. Le mobilier, (chaises, tapis, tables), appartenait à la communauté. Le Pasteur porta plainte auprès du Procureur de La République le 9 mars 1877 pour « violation du temple protestant de Saint-Nazaire ». Il s’était en effet aperçu la veille qu’on y donnait un bal masqué pour célébrer la mi-carême. Les livres des paroissiens, et la robe du Ministre avaient étaient jetés pêlemêle dans un coin. Pire, les musiciens étaient les chantres de la paroisse Saint-Gohard, ce qui ralluma la haine entre les communautés religieuses !  Le procureur, Charles Marion de Procé se déclara incompétent dans la mesure où il n’y avait pas eu signature d’un bail, que les loyers étaient impayés. Brerette dit « ne pas avoir penser à mal ». Le Procureur dissuada le pasteur Fargues d’aller plus loin. Au demeurant il n’y avait pas de représentant autorisés de la communauté protestante à Saint-Nazaire. Il fut alors nommé un comité de trois membres pour servir de lien entre les fidèles et les pasteurs de Nantes, comité augmenté de deux membres en 1880.

    Le culte était alors bimensuel. Les fidèles emmétrèrent le vœu que deux fois par mois un service soit présidé par un laïque, et que une fois par mois il y ait un service en langue anglaise pour les marins et résidents britanniques, dont la communauté était alors importante à Saint-Nazaire.

    On loua une maison à monsieur Pelletier… Mais la location se trouva partagée avec une madame Duau, qui sous-loua à une macrelle ! Ainsi le 22 avril 1881 nouvelle plainte pour violation du Temple, par « des filles publiques » !  S’en fut trop pour les fidèles qui réclamèrent au Consistoire des comptes.

     

    Le secrétaire général de la mairie était l’un d’entre eux, il se nommait Varenne, et sollicitât le Maire d’alors, Auguste Desanges, pour une participation à l’édification d’un temple. Celui-ci ne voulait pas. Varenne pensa contourner lui forcer la main en lui demandant de lui dresser la liste des protestants de la commune, avec pour commentaire « En cas négatif, vous n’aurez qu’à me retourner la présente lettre avec le mot : néant ». La lette fut renvoyée avec un « NEANT » dans la marge…

    Le pasteur Fragues estimait ses paroissiens à « 30 à 50 », « 80 personnes à l’arbre de Noël », et « 12 à 15 élèves assidus à l’école du dimanche » ; Varren lui estimait qu’on pouvait réunir 300 personnes au culte, il est vrai qu’il comptait sur l’évangélisation des ouvrier de Penhoët et Trignac qui fuyait le culte catholique, sans imaginer que les ouvriers tendaient à l’athéisme, et aux chiffres du Consulat britannique de Nantes qui évaluait 4.000 à 7.000 marins transitant par an, susceptibles de suivre le culte. En 1889, le pasteur Lassalle, pasteur itinérant de la Société Centrale d’Évangélisation, qui assurait un culte hebdomadaire jusqu’ne 1894, informa avoir une paroisse de 50 à 60 protestants, dont 25 à 30 suivant le culte régulièrement, et une quinzaine d’enfants à l’école du dimanche.

    Ce fut finalement le banquier et industriel nantais Hyppolite Durant-Gasselin, (1839-1929), frère de l’architecte nommé plus haut, et héritier de la fortune de Thomas Dobrée, qui pris en charge le dossier[4]. Il fit faire l’acquisition d’une parcelle de 345 m² rue de Cran par le Consistoire auprès de monsieur Perthuis pour 6.000 fr. Une somme de 10.000 francs fut réunie pour l’édification du temple. Cette somme était issue de dons divers à hauteur de 6.000 fr (on avait placé des troncs dans les consulats des pays protestants), 3.000 fr collectés, d’un don du gouvernement de 1.000 fr, pour la construction du temple, confiée à nouveau à l’architecte Georges Durant-Gasselin. Celui-ci renvoya les plans du temps qu’il avait dessiné en 1872, avec quelques modifications, qu’il ne factura pas, et écrivit au pasteur Dartigue à Nantes, qu’il se refusait de reprendre le dossier, ayant été profondément découragé par les difficultés administratives que lui faisaient les autorités. La municipalité de Saint-Nazaire ne voulait pas l’édification de ce temple. À cela s’ajouta des difficultés à rassembler le reste de la somme nécessaire pour l’édification. On réduisit finalement la taille du projet pour en faire un lieu de 174 places possible, en serrant les chaises au maximum, et la Mairie valida le projet.

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    La première pierre fut posée le 21 juin 1888, mais l’argent manquait toujours. Comme la spéculation avait toujours cours à Saint-Nazaire, on divisa une partie de la parcelle pour la revendre aux enchères, le 21 avril 1898. La communauté protestante augmentait pourtant, ainsi que le nombre de marins scandinaves et allemands, du fait de l’ouverture en 1891 sur le port de la succursale de la société Hailaust, exportatrice de bois du Nord de l’Europe. Des dons arrivèrent de Philadelphie, d’Allemagne et de Suisse. Un emprunt de 3.000 fr remboursable en cinq annuités fut contracté.

     

    L’inauguration, sous la présidence du pasteur tourangeau Dupin de Saint-André, de Tours, eut lieu le 1er octobre 1898. On nomma le pasteur fut Biau, suppléé par le pasteur Leuba.

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    C’est à cette époque que la Mission Populaire Evangélique, dite « Mission Mac-All », envoya sur la Loire un navire évangélique, le Mystery dont le port d’attache fut Saint-Nazaire.

    Cependant le nombre espéré de 200 fidèles au temple ne fut jamais atteint, et quand il y avait 60 fidèle, les dimensions du temple laissaient peu de possibilité de se mouvoir.

    Les espoirs de Varenne étaient tombés : les Anglicans ne se mélangeaient pas avec les Luthériens et Calvinistes. Ils avaient leurs propres pasteurs qui venaient à bord des navires, et obtinrent du Préfet en 1898 l’édification d’une chapelle « provisoire » pour leur culte. Cette chapelle était en fait une salle du Vice-consulat britannique, où le pasteur Irby, officiait en alternance avec la chapelle de Nantes, les second et quatrième dimanches ; quand à l’évangélisation des ouvriers Trignac et Penhoët, elle fut reçu à coup de sceaux d’eau et hygiénique. On tenta d’explique ce rejet des ouvriers par le fait que les pasteurs étaient issus de la bourgeoisie, mais c’est nier la monté de l’anarchisme et des mouvements dits de gauche.

    Il y eu à la fin du 19ème siècle une baisse du nombre de protestants à Nazaire, l’argent manqua pour entretenir le temple dont la toiture fuyait. La Loi de 1905 n’arrangea pas les finances. La Mission Mac-All intervint pour soutenir la communauté et l’entretien du temple. Elle organisa des réunions d’évangélisation. Mais l’argent manquait toujours, et le Consistoire suprême des postes de pasteur. Le pasteur de la Mission Mac-All, monsieur Corby, proposa de reprendre la direction de la paroisse, mais la Mission Mac-All s’y opposa, et on lui confia finalement une communauté poitevine en mars 1911.

    Le Conseil presbytéral de Nantes fit alors une démarche auprès de la Société Centrale Évangélique, qui désigna en mars 1912 le pasteur Héliodore Jospin[5], (1873-1944), sous les conditions suivantes : que la rentrée des cotisations promises serait aussitôt organisée, que Nantes ferait à la Société Centrale une part dans son budget, que le poste de Saint-Nazaire serait indépendant de Nantes et son territoire bien délimité, et que le pasteur de Saint-Nazaire donnerait à Nantes une prédication par mois.

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    Le pasteur Jospin

     

    Le pasteur Jospin resta en poste jusqu’en 1929. Durant la première-guerre-mondiale, il eut à charge en plus de ses fidèles, les prisonniers allemands qu’on employait comme main d’œuvre, (voir comme esclaves), sur le port. Sa mission ne s’étendit pas aux soldats étasuniens. En effet, les troupes US avaient leurs propres ministres du culte.

    En 1922, Mission Populaire installe à Saint-Nazaire un baraquement démontable nomme « La Semeuse », remplacé par la suite par une construction pierre. C’était un lieu de réunion et d’évangélisation qu’animait le pasteur nantais Henri Garnier. Les Éclaireurs Unionistes agirent aussi de leur côté. Si bien que la communauté protestante augmenta sensiblement par conversions, remplissant le temple le dimanche. Il faut cependant relativiser, le nombre de fidèles régulier est de 60 personnes le dimanche. Louis Campredon, (1863-1928), ingénieur chimiste, fondateur du laboratoire d'analyses métallurgiques de Saint-Nazaire, et de la Ligue antialcoolisme, participe au culte, il y fait figure de personnalité nazairienne de référence, et est un donateur généreux.

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    En 1920 un scaphandrier grec décéda asphyxier durant son travail au fond d’une épave de paquebot. On demanda au curé de l’église principale Saint-Nazaire Donatien Joalland, de venir procéder à une cérémonie funèbre, il refusa grossièrement sous prétexte que le mort était orthodoxe. Faute de trouver un pope, on demanda au pasteur Jospin qui accomplit le culte, ce qui provoqua un grand émoi dans la population et renforça la détestation des Catholiques nazairiens envers Joalland qui depuis sa nomination en 1909 avait réussi aussi à dépeupler son église au profit de la paroisse Saint-Gohard. Peu après l’événement, le Vice-Consul de Grèce demanda au pasteur Jospin un Nouveau-Testament, et une famille grecque le baptême pour son enfant.

    Mais en 1929, au départ du pasteur Jospin, le culte n’est assuré qu’une fois tous les quinze jours par le pasteur nantais Brunet.

     

    La vente du temple à à la Mission Mac-All :

     

    Société Centrale Évangélique vendit le temple pour la somme de 60.000 fr à la Mission Mac-All en 1931. Le Pasteur Maurice Le Berre fut alors nommé à Saint-Nazaire.

    En vendant le temple de Saint-Nazaire, la Société Centrale conserva son ancienne annexe de La Baule, avec la charge des protestants en résidence du canton de Guérande, elle construisit ainsi avec l’argent de la vente de Saint-Nazaire, le temple de La Baule, et en 1932, grâce au caprice de deux industriels de mosellans, elle se vit offrir un autre temple à Saint-Brévin-L’Océan. Ces temples n’étaient ouverts que l’été, le culte étant assuré par des pasteurs à qui on offrait la location d’une maison pour eux et leur famille durant les vacances.

     

    Guerre et Paix :

     

    Le pasteur Le Berre fut mobilisé en 1939. Rendu à son ministère nazairien en 1941. En février et mars 1943 la ville est écrasée sous les bombes et la population évacuée. La toiture du temple en flamme s’effondre, ne laissant que les murs.

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    Replié à La Baule, le Pasteur Le Berre visitait chaque jours les fidèles dispersés dans la Poche, alternant l’office sainte entre La Baule et Saint-Brévin.

    À la Libération la Mission Mac-All remplaça le pasteur Le Verre par Albert Trubert, un baraquement pour loger la Fraternité de Saint-Nazaire est construit.

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    Durant les années de la Reconstruction, il y eu un rapprochement œcuménique entre protestants et catholiques nazairiens. La venue des États-Unis de « quakers », surnom donné aux fidèles de la Société religieuse des Amis, une dissidence de l’Église anglicane, durant les années de la reconstruction n’est pas à négliger dans ce rapprochement.  Ceux-ci avaient créer « le foyer des Amis » où des machines à laver et à coudre étaient mises à disposition de la population. Ils repartirent à la fin des années 1960 et ont beaucoup marqué les nazairiens.

     

    À la Libération la Mission Mac-All préféra utiliser l’argent des indemnités de guerre pour construire La Fraternité de la Mission Populaire de Saint-Nazaire, plutôt que de restaurer le temple, pourtant réparable, et qui finira détruit par les pelleteuses du Déblaiement. La Fraternité, située au 1 rue de l’Ile de France, fut inaugurée en 1955. Elle accomplie des actions à destination des plus fragiles : accueil café du matin, cours de français aux migrants, vestiaire social, aide administrative et numérique, cours d’informatique, de couture, moments festifs, activités culturelles, braderie-brocante.

     

    Depuis se sont établies à Saint-Nazaire une représentation de l’Église Protestante Baptiste Libre dont l’église couverte de bois se trouve à La Vecquerie, et une maison de l’Église Chrétienne Évangélique rue d’Ypres.

     

     

     

     

    [1] Ils furent contraints, avec les autres Bavarois et « allemands » de Saint-Nazaire, à fuir en 1870, ce qui fit disparaitre la dernière brasserie fabriquant à Saint-Nazaire. On faisait de la bière en notre ville depuis le 17e siècle, mais la Révolution avait durant plusieurs décennies stoppé cette industrie.

    [2] Ernest-Charles-Amédée Bachelot-Villeneuve, né à Pré-en-Pail le 6 juin 1840, reçu docteur en médecine à Paris le 8 août 1866, docteur en médecine à Saint-Nazaire à partir de 1868, marié à Vannes le 30 janvier 1872 avec Emilie-Rose Bachelot, Bachelot, née le 15 septembre 1852 à Piriac, fille de Vincent-Marie Bachelot et de Marie-Caroline Krieger, d'où :

    1° Rémond-Viencent-Amédé, (Saint-Nazaire 27 janvier 1873 – Saint-Nazaire 26 juillet 1873) ;

    2° Madeleine-Eugénie-Thérèse, née à Saint-Nazaire le 4 aout 1876, mariée en cette même ville le 18 mai 1903 avec Alphonse van Bredenbeck de Châteaubriant, écrivain lauréat du prix Goncourt en 1912, qui se compromis dans le nazisme.

    La famille Bachelot-Villeneuve doit la seconde partie de son patronyme à la possession d’une ferme nommé Villeneuve à Piriac-sur-Mer. Certain de ses membres étaient connus comme Bachelot de Villeneuve, ou de Villeneuve-Bachelot. ), Le 27 février 1845 sous le seul nom de Bachelot, le frère du docteur, l’avocat Alphonse-Gustave Bachelot, dit Bachelot-Villeneuve, tenta de faire rectifier son état civil, ce que le tribunal civil de Saint-Nazaire rejeta au motif que la terre de Villeneuve n'était pas une terre noble et que la volonté de l'auteur ancien du patronyme n'était pas suffisamment établie, jugement fut confirmé par la cour d'appel le 29 août 1881. les armes des Bachelot-Villeneuve sont : D'azur au chevron d'or, accompagné en chef de deux étoiles rangées du même, et en pointe d'un croissant d'argent.

    [3] Il était fils de l’architecte du passage Pommeraye.

    [4] Il est aussi le fondateur de l’École de commerce der Nantes.

    [5] Parent éloigné de l’ancien première ministre Lionel Jospin.

  • Et le crocodile de Sautron fit s’échouer les navires sur le Grand Traict

    Quand j’étais à Beyrouth, on me racontait, que Jerdis, ou Khordr, selon si mon interlocuteur était chrétien ou musulman, et que je savais être George de Lydda, avait, pour délivrer une princesse, tué un dragon près d’un puits de la baie, et que l’on voyait les descendants de la bête traverser les jardins de Rabieh.

    Des reptiles androphages qui hantent les points d’eaux et les marais, il y en a partout. En Provence la Tarasque vivait dans les marais de Tarascon, un dragon hantait ceux de Niort, des vouivres grouillent en Franche-Comté, Saint Lyphard, dans son village au nord, trancha la tête d'un serpent géant qui dévorait les pucelles… Mais moi, Nazairien, j’ai la chance d’avoir le Crocodile de Sautron, qui longtemps fit s’échouer les navires jusqu’à ce qu’on se décidât un jour à placer des barreaux de fers devant la bouche de l’Écumière, cours d’eau rendu souterrain par l’expansion de la ville, cachette de l’énorme bête. Eh quoi ? Yallah ! L’entre vaut bien les Grottes de Sarba, et la rade de Saint-Nazaire la baie de Saint-Georges ! Et puis, au Liban on ne contredit jamais les légendes, le proverbe arabe ne dit-il pas " L kizib Milh l rjel " (الكذب ملح الرجال) : " le mensonge est le sel de l’homme " ?

    Si Saint-Georges est probablement l’image de la chrétienté sauvant les Beyrouthins du culte du dieu Echmoun, éphèbe entouré de serpents, et les petits dragons qui courent les jardins sont des iguanes échappés des chez un particulier, qu’en est-il du Crocodile nazairien de mon enfance vivant sur la plage du Grand Traict ?

    Longtemps j’ai cherché l’origine de cette légende. Une bannière sarrasine rapportée des croisades par un vicomte comme la guivre halissante des Visconti ? Ah non, le récit n’était pas si vieux d’après ce que j’avais pu trouver dans la bibliothèque familiale.

    Je me creusais la tête : était-ce un vrai crocodile rapporté tout petit par un marin et qui devenu grand fut lâché dans le petit marais de Sautron ? Une bête empaillée dans le bureau d’un capitaine au long-cours ? On me parla d’une prénommée Hélène. Hélène ? Celle de Troie ? Cela aurait donc été finalement une légende très ancienne ? Je fouillais les Chroniques d'Alain Bouchart à la recherche de Brutus qui débarqua à Saint-Nazaire au retour de cette longue guerre et y fonda le Royaume de Bretagne. Mais rien ne disait qu’Hélène lui avait donné un crocodile.

    Non, rien de tout cela… le crocodile, venait de Norvège, et Hélène était Helena, au plus exactement l’Helena, un trois-mâts inscrit au port de Christina transportant du bois pour messieurs Hailaust négociants en bois du Nord.

    Le 8 décembre 1872, pris dans la tempête l’Helena se fracassa sur les rochers de la Villès Martin, et vint s’échouer devant les villas de Sautron, entre la pointe et la baie d’Écumière. Heureusement l’équipage, composé de huit hommes, avait été sauvé à Bonne Anse par le canot de Saint-Marc.

    Monsieur Vauvert, le représentant des assurances maritimes à Nantes, demanda à monsieur J.-P. Aubré, courtier maritime, de procéder à la vente aux enchères de l’épave. On la démembra, mais l’ossature de la coque, prise dans la vase, resta sur place. On était alors en pleine période d’étude des fossiles, les revues que les familles lisaient le soir étaient illustrées de gravures figurant des crocodiles gigantesques s’en prenant à des dinosaures marins…

     

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    Un ichtyosaure (genre de crocodile) et un plésiosaure

     

    Alors aux enfants qui demandaient ce qu’étaient ces grandes côtelettes surgissant de la vase, les parents dirent que c’était les reste d’un crocodile antédiluvien… 

     

     

     

    D’autres navires se sont échoués sur le Grand Traict, Il y eu le trois-mâts Vigo en mars 1886, devant la préfecture, échoué volontairement en réalité, dans le but de le démonter par la Société d’Entreprise de Sauvetage des Galions.

     

     

     

    En 1888 le pyroscaphe Le Rapide[1], lancé en 1828, qui transportait normalement les voyageurs entre Nantes et Saint-Nazaire, mais qui poussait l’été jusqu’à Noirmoutier, fini sur la plage.

     

    Le 28 mai 1915, devant le Casino, le paquebot La Champagne revenant de Colon avec 980 passagers, s’échoua après avoir percuté un autre navire. Les marins de Saint-Nazaire disaient qu’il portait malheur ce bateau-là, depuis son lancement 1886 il avait été percuté plusieurs fois. Il s’enlisa tout le temps de la guerre, et ne fut démantelé qu’une fois la Paix revenue.

     

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    Et puis il y eut le pétrolier Pass-of-Ballater, parti de Nantes le 6 janvier 1939 au soir, il s’échoua face au monument aux morts le provoquant le grand étonnement des nazairiens qui vinrent tous le voir le lendemain, samedi 7 janvier. Jaugeant 810 tonneaux, long de 61 m, large de 10 m, un creux de 4 m 60, son équipage était de 19 hommes. Il avait pourtant, arrivé à Saint-Nazaire, pris à son bord le pilote qui devait lui faire passer les Charpentiers. Mais une fausse manœuvre le fit prendre à tribord en direction du plateau de la rade. Un autre pilote fut dépêché, il décida l’échouage. Heureusement il était vide, on n’eut pas de marée-noire, et les dégâts étaient minimes. Une soudure électrique par les Chantiers de La Loire mandatés par l’armateur lui permit de repartir au soir du 7 janvier vers Cardiff, remorqué par l’Hœudic.

     

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    [1] Lire à son propos : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/02/10/le-vieux-mole-6127788.html

     

  • L'Eglise paroissiale Saint-Nazaire

    Nous avons dans notre article précédent consacré à la «  vieille église », (http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/02/05/la-vieille-eglise-6126779.html), comment on ce décida à déplacer l’église principale de la Ville en 1882.

     

    eglise saint nazaire

    En 1882, le Conseil de fabrique, dont étaient membres l’abbé Henri Soulas, René de Kerviler, maître Galibourg[1], et différents autres notables de la ville, (messieurs Aubré, Chenantais, Marcel Lucas, Péneau, Aoustin, Gustin-Stoll, David, et Bernard), avaient pour projet une église monumentale, triomphe de la Foi catholique, digne d’une cité qu’ils espéraient devenir l’un des ports les plus importants de France pour les siècles avenir, ou au moins le plus important de Bretagne.

    Le projet fut confié à l’architecte diocésain Mainguy, qui avait succédé en 1884 à Eugène-Pierre Boismen.  Il laissa ses fonctions en 1889 à Pierre Coquillard qui assura le début de la construction, et laissa à son tour sa place et l’édifice inachevé en 1895 à monsieur Yvernogeau.

    Mainguy vendit les plans d’un édifice monumental, ayant l’aspect d’une église angevine de style gothique tardif, en granite de Batz, de Clis, de Nantes, et tuffeau de Saint-Savinien et de Chauvigny, avec une nef d’une longueur de 56 m, sur 19 de large, au transept de 31 m sur 9 m de large, le tous sous des voutes culminants à 31 m de haut. Si la longueur correspond à la moitié moyenne d’une cathédrale, sa hauteur sous voute lui vaudra d’être qualifié cinquante ans plus tard par le Chanoine Gouy d’avoir des « proportions de cathédrale », en effet, Notre-Dame de Paris à 33 m de hauteur sous voute, et Saint-Pierre-et-Saint-Pau de Nantes 37,5 m. Encore aujourd’hui, avec sa toiture vertigineuse, l’église Saint-Nazaire reste l’édifice le plus haut du centre-ville, et l’on ne peut que rester songeur quand on sait que le clocher prévu devait avoir une flèche culminant à 70 m de haut, soit 1 m de plus que les tours de Notre-Dame de Paris !

    Contrairement à une légende locale persistante, le projet a bien été dessiné pour être édifié à l’emplacement actuel de l’église. Cette légende d’une église prévue ailleurs a deux origines :

    1° Le projet d’urbanisation jamais réalisé du domaine du Sable en 1865 par le spéculateur Alphonse-Léopold-Nicolas-Louis Cézard à travers sa société londonienne[2] ;

    2° l’opposition provisoire de la municipalité à voir un monument aussi grand si prêt de l’Hôtel de Ville qui se trouvait alors à deux rues de là du côté du port, et qui n’était finalement qu’un petit hôtel particulier exigu, et qui entraina la quête d’autre terrains avant de revenir au choix premier.

     

    Le terrain sur lequel est construit l’église appartenait à François-Maurice de Brégeot[3], fondateur de la briqueterie à la Ville-au-Fève. Le terrain avait été acquis pour spéculation mais n’avait jamais trouvé acheteur. Il était devenu une verrue urbain bordée de palissade, dépotoir, lieu de défection, et occupé par quelques baraquements par des ouvriers qui n’arrivaient pas se loger.

    Face au refus du Conseil municipale, le Conseil de fabrique envisagea alors d’investir la Place Marceau, ce qui fit protester la Paroisse Saint-Gohard[4] qui occupait l’espace depuis 1874 avec une église provisoire, qui subsista jusqu’au bombardements.

    On songea alors à un terrain près du bassin, propriété de la Compagnie des chemins de fer d’Orléans, qui refusa de vendre. Un terrain fut proposé par la famille Dubigeon à proximité de la Sous-préfecture, (la rue de Nantes, actuelle Vincent Auriol, ne débouchait alors pas jusqu’à la rade), mais le prix demandé était prohibitif.

    Le Conseil municipal finit par accepter le choix du terrain François-Maurice de Brégeot, l’abbé Soulas s’empressa de l’acheter en son nom et avec ses fonds personnels, pour la somme de 60.000 francs, et après une enquête d’utilité publique, un décret autorisant l’édification fut signé par le président Jules Grévy le 28 juin 1887. L’adjudication des travaux fut donnée le 25 août 1887 à l’entrepreneur Nantais Martin, qui laissa sa place en 1890 à Nolais. Les premiers sondages s’effectuèrent le 14 février 1888, les travaux de fondation débutèrent le 13 mars, et la première pierre, que l’on peut voir, marquée de trois croix, à la base du premier pilier gauche du chœur, fut bénite par le 15 mai par monseigneur Le Coq. Celui-ci inaugural le 28 juillet 1891, jour de la Saint-Nazaire, l’édifice quoiqu’inachevé, durant une cérémonie fastueuse. Notons ici que pour que le parvis puisse faire face à l’avenue, on orienta l’église sur un axe Nord-Sud, et non Ouest-Est.

    La première tranche de travaux couta 221.916,30 francs. La construction de l’église était estimée à un coût de 600.000 francs pour sa nef, 200.000 francs pour son clocher jamais réalisé. L’État avait offert 300.000 francs.

    On construisit à titre de clocher provisoire une sorte de tourelle en bois, disparue durant la seconde-guerre.

    La non réalisation du clocher entraîna celle de la tribune d’orgue, mais aussi la réalisation des sculptures des pierres de parement du porche.

    La décoration était tout aussi monumentales, déjà des verrières immenses, réalisées par les vitraillistes Clamens, Meignen et Bordereau, d’Angers, qui représentait les saints de la paroisse et dans certains cas leur anciens lieu de cultes déjà détruit à l’époque, et dont on a malheureusement aucun dessin, mais aussi toute une série d’armoiries à la mémoire des anciens seigneurs nazairiens, des familles donatrices. L’église était en effet une profusion de décors héraldique dont subsiste uniquement les éléments sculptés : les écus des seigneurs qui tenaient les seigneuries de la paroisse à la Révolution, sculptées sur les clefs de voûtes des bas-côtés, alternés avec des écus au nom des frairies. La clef de voûte du cœur reproduite les armes du duché de Bretagne, avec couronne et collier des ordres du l’Hermine et de l’Épis de Blé, elles sont accompagnées de celles de Saint-Nazaire, et du pape Léon XIII. Dans la nef et transepts on trouve les écus d’évêques nantais : Le Coq, de Hercé, (qui avait complété la relique de la Vraie Croix de Saint-Nazaire en 1844[5]) Jacquemont, et Fournier, (qui avait l’habitude de passer ses vacances à Gavy[6]).0

     

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    Les principaux membres du conseil de fabrique, (Galibourg, Kervilers), avec l’abbé Soulas et monseigneur Laborde, évêque de Blois né à Saint-Nazaire[7], eurent l’honneur d’avoir leur visage sculpté sur les chapiteaux de certains piliers. Toutes ces sculptures furent réalisées par messieurs Perraud et Barré.

    Le monumentale chemin de croix en plâtre, est l’œuvre de monsieur Bouriché, d’Anger. On avait aussi sollicité le sculpteur nazairien Alfred Caravanniez[8] pour trois statues, Saint Nazaire, Saint Yves, et Françoise d’Amboise[9], qui avait possédé le château de La Motte-Allemand à Saint-Nazaire[10].

     

    L’église a deux sacristies, l’une d’entre elles devait servir de musée et contenir les objets anciens provenant des anciens lieux de cultes détruits ou désaffectés. Ce ne fut qu’un espace de stockage jamais ouvert au public, où on relégua entre autres le maître autel en bois polychrome de l’ancienne église.

    Luxe suprême, on éclaira les lieux à l’électricité ! Mais l’argent manqua, on n’acheva pas tous les vitraux, alors on se contenta de pavés de bois pour couvrir le sol, d’orgues, certes Cavaillé-Coll, mais au clavier incomplet posé dans une chapelle latérale, et en dehors d’un maître autel en cathédrale de style néogothique commun à toutes les églises de l’époque, le chœur ne reçut aucun meuble.

     

    Le 30 novembre 1906 eut lieu, dans le cadre de la Loi de 1905 séparant l’Église de l’État, on procéda à l’inventaire de l’église. La porte est fur forcée à coup de hache par un pompier. L’abbé Soulas, très malade, se fit transporter sur les lieux, et fit valoir que l’église était bâtie sur son terrain, et qu’il en était de fait le propriétaire. On détermina cependant que l’église contenait des objets de culte appartenant à la municipalité, issu de l’ancienne église et chapelles nazairiennes.

     

    À la mort de l’abbé Soulas le 24 mai 1909, l’église fut léguée au Diocèse. C’est donc l’une des rares église construite avant la Loi de 1905 à appartenir à un diocèse.

    L’abbé Soulas eu le privilège d’être enterré dans le transept ouest.

    Il fut remplacé par Donatien Joalland, qui resté en fonction jusqu’à sa mort en 1936 qui ne pratiqua à aucuns travaux, et entassa l’argent des fidèles qui ne comprenaient pas pourquoi il se refusait à meubler le chœur ou à faire restaurer l’orgue, toujours incomplet, qui meuglait quand l’organiste tapait de toutes ses forces sur le pédalier cassé, pour en sortir un son. Au demeurant, il réussit aussi à dépeupler son église au profit de la paroisse Saint-Gohard, et s'illustra en en 1920 refusant d'une façon grossière de procéder à une cérémonie funèbre pour un scaphandrier grec mort asphyxié durant son travail, sous prétexte qu'il était orthodoxe. Faute de trouver un pope, on demanda au pasteur Jospin qui accomplit le culte, ce qui provoqua un grand émoi dans la population et renforça la détestation des Catholiques nazairiens envers Joalland.

     

    Son remplaçant, le chanoine Henri Gouy, fut autrement. Son premier prêche le 19 juillet 1936, fut l’annonce d’un véritable programme de reforme et de projet de travaux. Pour connaitre la vie de ce personnage truculent, on se rapportera à la biographie qui lui fut consacrée en 1946 par Maurice Chaignon. Né en 1888 à Saint-Lumine-de-Coutais, il était issu d’une famille de chouans, et ses parents faisaient figure de nobles locaux malgré leur roture, dans leur village, aux yeux des habitants. Il avait hérité d’eux un gout du luxe et de l’apparat dont bénéficia l’église Saint-Nazaire. Il avait aussi la particularité d’être ami depuis le séminaire avec le chanoine Crespel, curé de Saint-Gohard.

     

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    le chanoine Gouy

    Découvrant que son prédécesseur avait laissé une somme coquette en caisse, le chanoine Gouy entreprise de déplacer l’orgue derrière le maître autel et le fait complètement restaurer et compléter. Il commanda aussi des stalles, des sièges et tabourets, en chêne de la Sarthe aux ébénistes de La Mellinet, paroisse dont il avait été vicaire. Ces meubles, qui se trouvent encore dans le chœur, furent livrés en avril 1938.

    Le chanoine Gouy réussi à faire revenir à lui les paroissiens de sa paroisse,et bénéficia du fait que la rue de Villès-Martin était devenue à partir de 1900, la rue où résidaient les personnes les plus riches de la ville, et celles des grands hôtels. Il trouva de nombreux et généreux mécènes pour financer ces autres travaux de décoration. Il fit ainsi restaurer le maître autel de l'ancienne église et les statues qui en provenaient, et qui dormaient jusque là dans la seconde sacristie.

    Il commanda aussi une série de confessionnaux aux mêmes ébénistes qui avaient réalisé les stalles, dont les grilles furent dessinées par Gabriel Loire, (1904-1996). Cet artiste beauceron, surtout connu pour ses vitraux, dont on trouve nombre d’exemplaires en Presqu’île, et notamment en l’église de l’Immaculée à Saint-Nazaire, fut aussi chargé de réaliser les dessins des grilles du chœur, ornement majestueux qui marqua l’esprit des Nazairiens avant la seconde-guerre, tant elles étaient esthétiques. Elles avaient été forgées par une entreprise angevine.

    Si l’on en trouve parfois une carte postale réalisée à Saint-Nazaire durant la guerre à la demande du chanoine Gouy, nous vous livrons ici deux photographies issues des archives de Gabriel Loire, et dont son fils a eu la gentillesse de nous faire copie.

     

     

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    Outre ces grilles, le Chanoine commanda aussi deux candélabres électrifiés, (en fait des lampadaires), dotés de trois globes chacun, qui ornèrent de chaque côté le chœur depuis les trois marches. Le Chanoine se plaignait en effet qu’en hiver il n’y voyait pas suffisamment clair.

    En janvier 1940 une rupture d’anévrisme le rendit hémiplégique. Il perdit l’usage de la moitié de son visage, et le prive de la parole. A force d’exercices et de volonté, il arriva dès février à reparler.

    Alors que la guerre faisait rage, le Chanoine Gouy, entre prêches et visites en ville pour le réconfort de la population, songeait activement à la décoration de son église et la réalisation de fonds baptismaux pour la chapelle de l’Hôpital. Il en résulte une amusante correspondance avec Gabriel Loire qui s’échelonnent entre 1941 et début 1943.

    En premier lieu, cette correspondance nous apprend le projet d’une peinture qui aurait dû être réalisée sur une toile par Gabriel Loire, consacrée à un miracle de Saint-Nazaire, qui aurait dû être maroufler sur la voûte du chœur, (en forme d’ogive, et haute de 2m81), dont le financement était assuré par « un jeune donateur » (la maquette de cette peinture est hélas perdue). Il est aussi question dans une lettre du 26 janvier d’un accident arrivé à l’un des précieux candélabres : un chien étaient entré dans l’église, en avait renversé, brisant l’un globe de verre. Le chanoine en était catastrophé et consacra plusieurs lettres à demandé à ce qu’on lui fasse parvenir des globes de remplacement, insistant sur l’emballage, et les détails de livraison, avec une maniaquerie qui fait sourire. Avec beaucoup de calme et de patience, Gabriel Loire lui répondait et le rassurait.

     

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    une lettre du chanoine Gouy

     

    Une lettre du 23 mai 1942 relate l’état d’esprit des Nazairiens après les bombardement Britanniques d’avril et du 9 mai :

    « Nous avons eu plusieurs bombardements sérieux qui ont fait pal mal de victimes et beaucoup de dégâts. Les Anglais se comportent comme des bandits, ils jettent leurs bombes n’importe où et n’importe comment. Nous connaissons depuis longtemps la nuit sans sommeil, au fond d’une cave. »

    En effet, les chanoines Crespel et Gouy dormaient dans la cave du presbytère Saint-Nazaire. Les vitraux de l’église avaient presque tous été soufflés, mais le chanoine reconnaissait avoir eu de la chance car aucune bombe ne l’avait atteinte.

    Si l’on se fit à ces seuls courriers, on pourrait croire le chanoine bien futile. En réalité il accourait après chaque bombardement au secours des blessés, distribuait les sacrements aux mourants au milieu des flammes, des explosions, et des cadavres qu’on hissait sur des camions, sans distinction avec ceux encore vivants, mais dont on savait qu’ils ne survivraient pas à leurs blessures, et qui étaient terrorisés à l’idée d’être peut-être mis encore contient dans une fosse.

     

     Le 16 février 1943 une bombe détruisit la sacristie. Il fallut évacuer la cure le 25, et l’ensemble du clergé nazairien se retrouva logé à la maison de la Providence à Saint-Marc[11]. Le mobilier du chœur, le maître autel en bois doré de l'ancienne église, les statues, les albâtres, furent évacués à Nantes, chez les Oblates, avec le reliquaire de Vraie Croix.

    Le 28 février le centre-ville était « un fleuve de feu ». Le 1er mai le transept est fut touché par une bombe. Un morceau s’en décrocha en un seul bloque et tomba net à côté de l’église.

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    Paul Bellaudeau, mai 1943

     

     

    À partir de là les bombes ne l’épargnent plus, même si elle est évitée par les avions qui les lâchent car elle reste le seul signe de repaire au milieu des décombres de la cité.

    À fin de se chauffer dans la base-sous-marine, les Allemands arrachèrent les pavés de bois.

     

    À la Libération, l’église Saint-Nazaire était avec la Base les deux seuls bâtiment dominants la ville réduite à des tas de pierres.

     

    Le Chanoine Gouy était décédé à Saint-Marc le 5 juillet 1943. La restauration de l’église, évaluée à 46 millions de francs, débuta en 1951, sous la direction de l’architecte Similien Ganachaud, (qui réalisa le nouveau monument aux Morts). Durant le déblaiement, on vola les grilles du chœur dessinées par Gabriel Loire. Le transept est fut reconstruit de juin 1953 à août 1955.

     

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    Propriété du Diocèse, elle échappa à la destruction et fut rétablie à l’identique. On modifia uniquement la façade en improvisant son étrange clocher de bois couvert d’ardoises, au-dessus du portail. Et l’on fit le choix de doter l’édifice de vitaux abstraits, dessinés par le nazairien René-Yves Creston, et réalisés par l’atelier Razin de Nantes. Le mobilier fut rapatrié, mais les deux candélabres commandés par le chanoine Gouy, et surtout la relique de la Vraie-Croix n’ont jamais été restitués.

     

    [1]  Kerviler : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/07/24/rene-de-kerviler.html

    Galibourg : http://saint-nazaire.hautetfort.com/maitre-galibourg/

    [2] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/06/26/la-maison-noble-du-sable-seconde-partie.html

    [3] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/07/26/notes-sur-la-famille-de-bregeot.html

    [4] Paroisse fondée par décret du 23 décembre 1873.

    [5] Voir à son propos : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/02/05/la-vieille-eglise-6126779.html

    [6] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2016/11/25/domaine-de-port-gavy-5879135.html

    [7] http://saint-nazaire.hautetfort.com/famille-laborde/

    [8] http://saint-nazaire.hautetfort.com/alfred-caravanniez/

    [9] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/06/30/1468-francoise-d-amboise-devient-dame-de-la-motte-allemand.html

    [10] http://saint-nazaire.hautetfort.com/apps/search?s=la+motte-allemand&search-submit-box-search-70400=OK

    [11] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2013/04/08/la-providence-a-saint-marc.html

  • Le Vieux-Môle

    Saint-Nazaire était doté depuis les temps anciens d’un havre d’échouage, le portereau, ou plage du petit Traict, situé le long des murailles Nord, dans l’anse vaseuse que formait la Loire au pied du logis seigneurial, remplacé à partir de 1580 par une église (connue à la fin du 19e sous le nom de vieille église). Ce havre s’étendait jusqu’au rocher de Penhoët, (y avait des blocs de pierre posés sur la rive avec des anneaux plus en amont), et était nommé « Anse de la Ville Halluard ». Les navires calant plus de 4 m venaient s’y échouer quand la Loire charriait des glaçons. Ce portereau avait de l’importance, le duc Jean V considérait Saint-Nazaire comme la principale « yssue » de Bretagne, de même qu’Henri IV et Louis XIII, la Compagnie néerlandaise des Indes orientales avait songé un temps y établir un comptoir, proposant le financement de la construction d'une digue submersible qui aurait rendue navigable la Loire jusqu'à Nantes même à mare-basse, à la condition que l'on lui attribua le port de Saint-Nazaire en franchise. L’Intendant de Bretagne dans son Arrêt du 3 avril 1714, jugeait que « Saint-Nazaire est un port de mer recommandable pour [le] commerce [du vin par mer et Loire] », cela s’explique par le fait que Saint-Nazaire, outre sa situation et son vignoble[1], était dispensée du droit de billot[2], mais aussi par le fait que la route menant à Nantes depuis l’estuaire et la presqu’île était une ancienne voie romaine en mauvais état et longue à suivre, et qu’il était plus pratique pour les habitants de Guérandes, du Croisic, et de Paimboeuf, de se rendre à Saint-Nazaire pour y embarquer à bord de navires remontants la Loire. On accédait au portereau par des marches depuis la Place de l’église. Il y avait une sorte de digue qui le protégeait, faire de grosses pierres posées sur les rochers, on en pouvait accéder en barque qu’aux flos ou à la fin de l’èbe entre cette digue et les navires dans l’estuaire. Il y avait à proximité un petit chantier de radoubage.

     

     

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    Charles Beilvaire, le portereau en 1832, aquarelle d’après une autre plus ancienne,

    publié dans Le Courrier de Saint-Nazaire du 4 janvier 1936

     

    Jean-Baptiste Ogée, dans son Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne, en 1778, estima qu’il fallait construire « un môle de 150 toises » pour l’embarquement des voyageurs de Paimboeuf et Guérande.

    Le 20 mars 1795 un « rapport des pilotes à l’administration maritime » avait émis le vœu que « pour la sureté et la facilité de la navigation, il soit fait une soit fait une jetée qui commencera depuis la cale jusqu’aux derniers rochers, avec une arche dans l’un de ses points pour faciliter le passage des chaloupes ».

    On ne fit jamais suite à leur demande.

    En 1802 il fut projeté un arsenal maritime par les ingénieurs Goury et Groleau, qui resta en carton.

    Les 9, 10 et 11 août 1808 Napoléon Ier descendit la Loire depuis Nantes jusqu’à Saint-Nazaire, dans le but d’établir un port profond ne dépendant pas des marées, et des chantiers navals. L’architecte nantais Mathurin Curcy lui proposa les plans d’un projet à construire à Saint-Nazaire qu’il avait mis au point avec son frère, et qui comprenait l’élévation d’un grand môle et le creusement d'un canal au niveau de l'isthme, ce qui préfigurait la Nouvelle-entrée du port actuel. Si Napoléon s’enthousiasma pour celui-ci, le Ministère ne saisit les Pont-et-Chaussées pour une étude que le 26 mars 1812 ! Ce furent les ingénieurs Sganzin et Prony qui furent chargés d’entreprendre une étude minutieuse du fleuve, dans laquelle il ressortit : « le seul point où un grand établissement pût être construit était Saint-Nazaire ».

    Le 23 juin 1822 un pyroscaphe, bateau à vapeur et roue à aube, assura le transport journalier des voyageurs entre Saint-Nazaire et Nantes. Ce bateau avait été lancé par le chantier Guibert de Nantes, et baptisé « Loire » , il appartenait aux consuls étasuniens Fenwick et Strobel. Il fut l’année suivante concurrencé par « Le Courrier », autre pyroscaphe appartenant aux armateurs nantais Tranchevent, Gaillard et Vince. Le Courrier partait de Nantes à 7 h et arrivait à Saint-Nazaire entre 11 h et midi en fonction du temps, et repartit à 14h pour arriver à Nantes à 18 ou 19 h. Cette mécanisation du transport fluviale obligea a municipalité nazairienne à réagir. La construction fut mise à l’ordre du jour du Conseil par le maire Charles Blanchard les 12 octobre 1822 et 28 septembre 1823. En s’appuyant sur les difficultés d’accès au port et à l’avantage qui en résulteraient de l’édification d’un môle :

    « Considérant :

    1e que Saint-Nazaire, placé sur un rocher fort élevé, est environné d’autres rochers beaucoup moins hauts, mais qui le rendent pour ainsi dire inabordable ; que la rade qui se trouve au Nord-Est de ce lieu contient presque toujours un grand nombre de forts bâtiments qui y restent ancrée sur le mouillage excellent, sans craindre de toucher, même à la basse mer des plus forte marées ; que ces bâtiments, soit qu’ils entre en rivière ou qu’il soient sur leur départ, ont besoin de se ravitailler, ce qu’ils font avec leurs embarcations, mais avec grandes difficultés ;

    2e Que Saint-Nazaire est le lieu d’embarquement des habitant des villes et bourgs du Croisic, de Guérande, du Pouliguen, de Piriac, de Mesquer, et autres qui se rendent à Nantes ;

    Le Conseil Municipal est d’avis unanime :

    1e Qu’il est de la plus grande nécessité qu’un môle, long d’environ 400 mètres et d’une hauteur convenable au-dessus des plus grandes marées, soit construit depuis l’extrémité des rochers qui s’avancent de l’Est, Sud-Est de Saint-Nazaire jusqu’à la rue qui descend au rivage ; qu’il résulterait de l’édification de ce môle ou chaussée de très grand avantages ; qu’en outre les pilotes pourraient toujours à ce moyen, tenir leurs chaloupes à flot et se trouver par conséquent à même de porter, quelque heure de marée que ce soit, les secours ou assistances dont les navires qui entrent en rivière on toujours besoin ;

    2e Que dans l’endroit appelé le Courceau, on face une arche, dont la largeur doit être proportionnée à la quantité d’eau qui est susceptible de passer à cet endroit – cette eau dont le cours sera très rapide, entrainera avec elle toutes les vases qui, sans cette arche, s’accumuleraient dans le port et qui dans peu d’années finiraient par le combler entièrement ;

    3e Que pour la sûreté des bâtiments, il sera nécessaire de construire à l’extrémité du susdit môle une petite tour élevée de quelques mètres, au sommet de laquelle on pourrait mettre, au moins pendant les six mois d’hier, un fanal. »

     

    Le 11 mars 1827 un avis favorable du conseil municipal fut donné pour le plan de l’ingénieur Plantier des ponts et chaussées.

    Le projet comprenait un môle avec un fanal tour dressée sur le musoir de la jetée, reçu l’approbation du directeur général des Ponts et Chaussées le 25 octobre 1827. Une grande jetée de 185 m 45 de longueur à son extrémité, percée à 73 m de sa racine par une voute de 8 m de long d’ouverture e 8 m 5 de rayon.

    L’adjudication des travaux fut accordée au profit de l’entreprisse Perredeau le 19 decembre 1827 au prix de 2444.410 francs et 19 centimes.

     

    En 1828 la Compagnie « Les Riverains de La Loire », replaça les deux compagnies de transport en pyroscaphe. Son navire fut nommé « Le Rapide » et filait à 10 Noeux, ce qui faisait chavirer à son passage les petites barques. Balzac dans son roman « Béatrix », paru en 1829, se plaignit de l’absence de débarcadère entre le vapeur et le rivage.

    (Notons ici que le bac à vapeur depuis Mindin et Saint-Nazaire ne fut établit qu’en 1863 par monsieur Bergmann.)

     

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    La construction fut longue, il fallut apporter les pierres à l'aide de chars à bœufs qui défoncèrent la chaussée menant à Saint-Nazaire, et la rue principale du bourg, ce qui provoqua des protestations et des frais supplémentaires.

    L’ingénieur Lemierre succéda à Plantier, et présenta le 22 mai 1831 une modification en proposant la construction d’une cale latérale en amont du mole d’abri, à partir de la culée droite de la voûte de chasse, et celle d'une pente d'accès au portereau pouvant permettre l'embarquement des animaux, dont l’ajout fit s’élever les frais à 320.000 francs. 

     

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    Plans du Môle par les Ponts-et-chaussées en 1835

     

    Longue de 111 m et large de 6 m, élargi à 8 à son extrémité, avec une plateforme située à 8 m 45 au-dessus de la laisse de la basse-mer pour porter le phare, et accessible aux voitures, le Vieux-Môle fut achevés à la fin de l’année 1835. Le 1er janvier 1836 un feu blanc à occultation régulière, d’ne puissance lumineuse de 25 becs Carcels et d’une portée de 10 milles, brilla à 15 m 40 au sommet du fanal du môle pour la première fois.

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    Charles Beilvaire, dessin publié dans Le Courrier de Saint-Nazaire du 22 janvier 1939

     

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     On pratiquait le carénage sur le traict à son abri, le patron gréeur était monsieur Moreau, dont le fils a produit plusieurs dessins, aquarelles et peintures du vieux Saint-Nazaire.

     

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    Embarquement des vaches

     

     

    Le jour de Noël 1856 on inaugura par une grande fête le bassin à flot du port voulu par Napoléon III. Le Môle perdit son rôle principal, ne devenant que la jetée d’un feu de position. Le portereau disparut sous l’élévation des fortifications faites de monticule de terre (Saint Nazaire aurait dû être fortifiée), puis par les nouvelles parois du bassin. Le Vieux-Môle avec la création des quais du port, et plus encore par la construction du Quai des Marées (Jetée Ouest de la Nouvelle-Entrée), perdit environs 25 m de longueur depuis la terre, rendant inutile l’arche à désenvaser du portereau.

    Utilisé comme place publique, on s’y réunissait pour discuter et observer les entrée et sorties du port par la Vielle-Entrée. Avec une longue vue on pouvait observer jusqu’au-delà de la Barre des Charpentiers les voilures.  Les pécheurs à la ligne y passaient leurs journées, les jeunes gens leurs soirées d’été en rêvant de devenir marins. Le Vieux-Môle pris le surnom de « Pointe des blagueurs », car les marins s’y réunissait et racontaient leurs voyages de façon un peu fantastique. Il en reste le souvenir de deux vieux marins qui avaient voyagé sur le même navire, qui racontaient de la même manière les mêmes histoires de voyage, les mêmes détails sur l’équipage et la même tempête qu’ils avaient essuyés en plein océan, mais qui se traitaient mutuellement de menteur en disant ne s’être jamais vu à bord… Cela dura des années, amusant la ville qui s’attendait à une bagarre, et cela devint un énorme gag quand un vieil officier de marine fit escale à Saint-Nazaire, et reconnaissant les deux marins démêla l’affaire : ils avaient navigué sur le même navire, avec le même équipage, dans les mêmes mers et rivages, mais… à un an d’intervalle ! Ils ne s’étayent pas aperçu de ce détail en raison du fait que durant ces deux voyages dans la même mer, les navires avaient essuyé un typhon…

     

    Le phare fut remplacé le 31 décembre 1904 la tourelle préexistante qui culminait sur une plateforme qui fut arasée.

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    Avec le nouveau phare en 1905

     

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    Le parapet nord du Môle fut détruit par le raz-de-marée du 9 janvier 1924

     

    Dans les années 1930 la fréquentation du Môle était réduite, on avait vidé de presque tous les commerces le quartier, et il ne restait que des habitations modestes et des hangars. Cela devint même un endroit dangereux le soir, des agressions eurent lieu, on osait plus sortir à la nuit tomber vider son pot de chambre sur les rochers, (il n’y avait pas d’égout, ni de fosse, ni même d’eau courante dans le Vieux-Nazaire avant sa destruction). On ne s'y rendait plus que certains dimanches ensoleiller. La destruction de la Vieille-ville l'isola totalement.

     

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    la lentille du phare en 1936

     

    [1] Carte du vignoble nazairien : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2015/11/25/carte-du-vignoble-nazairien-5722067.html 

    [2] À propos de la dispense du droit de billot : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/07/09/saint-nazaire-pays-de-vignobles-dispense-du-droit-de-billot.html 

  • La " Vieille-église "

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    La « Vieille-église », dessin de Paul Bellaudeau publié dans Le Courrier de Saint-Nazaire du 2 mai 1931.

     

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    La Vieille-église en 1830, dessin de Charles Beilvaire d’après un tableau disparu, publié dans Le Courrier de Saint-Nazaire du 7 octobre 1933.

     

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    Nous l’avons expliqué dans notre article précédent, les Nazairiens obtinrent du vicomte, Charles d’Avaugour, de transformer les restes manoir fortifié féodale ruiné durant la Guerre de Cent ans en église. Cela fut entrepris entre 1580 et 1584, date à laquelle le culte est officiellement pratiqué dans ce nouveau lieu consacré.

     

    L’emplacement de cette église, et donc de l’ancien manoir féodal des Vicomtes de Saint-Nazaire, se situait à proximité du portereau et de l’estuaire, proche de là où est aujourd’hui le Vieux Môle.

     

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    Emplacement de la vieille-église et donc du logis féodal des vicomte de Saint-Nazaire

     

    Cette église reprenait des éléments de murailles déjà élevé, on relatait encore au milieu du 18ème siècle l’existence d’anciennes marches saillantes dans une encoignure extérieure du mur Nord, à côté de la porte de la chapelle du Rosaire, et dont on devinait encore l’emplacement au moment de la destruction en 1896. Cette chapelle du Rosaire, latéral à la nef, et contiguë au chœur était la partie où le vicomte et les autres seigneurs de la paroisse avaient leurs bancs, et où ils étaient inhumés, ce qui explique l’existence d’une entrée particulière. Les autres restes du manoir féodal avaient disparu des aveux depuis 1673, ce qui laisse supposer qu’on les avait finalement arasés. En effet, un nouveau cimetière s’était constitué autour de l’église, et fut bientôt délimité par des murs.

    Outre l’autel du Rosaire, il existait quatre autres autels dans le style de la Contre-réforme, dédié à la Vierge et à saint Nazaire, encadrant un autel principal, et un cinquième situé dans une seconde chapelle latérale, consacré à la Vraie Croix. La paroisse possédait en effet une relique constituée de deux lamelles du bois de la croix que les Empereurs latins de Constantinople disaient avoir été celle du Christ, et qu’ils avaient gagé auprès de la république de Venise, et rachetée par Saint Louis, qu’il émietta en présent à ses vaisseaux, alliés, et amis. Les deux lamelles étaient collées en tau sur un morceau de parchemin rangé dans un reliquaire. La présence de Saint-relique faisait que nombre de pèlerins venaient à Saint-Nazaire pour l'Exaltation de la Croix chaque 14 septembre, elle était suivit le lendemain par une grande foire. Le droit de la manipuler, et de récolter l'argent des dons dans le tronc quil lui était associé entraîna des querelles. En 1709 on du saisir le Présidial de Nantes à ce propos. Il fut alors interdit au recteur de Saint-Nazaire « de se mêler directement ou indirectement des deniers et de la boyste de la précieuse Vraye Croix  », mais n'ayant que faire de la décision du Présidial, le recteur avait fait réalisé une copie de la clef du tronc, ce dont se lamenta le conseil de la Paroisse dans le compte rendu de son assemblée générale du 3 novembre 1709. Cette relique était enchâssée dans un reliquaire d'argent sculpté.

    Le style des autels cités était celui de la contre-réforme, en bois sculpté, peint et doré. On en conserve qu’un seul élément, le retable avec tabernacle qui se trouve sur l’autel du cœur de l’église Saint-Nazaire actuelle.

    La nef centrale de l’église, avaient la particularité d’avoir en sa première partie, et sous le clocher, des colonnes de bois qui étaient en réalité six anciens mats offerts par des marins. Ils supportaient un plafond plat en lambris, que J. Desmars disait être« ignoble ». Un jubé de bois réalisé en 1682 par Pierre Hayard, artisan nazairien, séparai la nef du chœur. Les arcades, mettant en communication les chapelles et le chœur, étaient en plein-cintre et fort larges, de sorte qu’on apercevait sur une seule ligne les cinq autels de face. la nef dans sa partie haute et les chapelles latérales avaient des plafonds à voûte de bois. Plusieurs peintures sur toile décoraient le sanctuaire, celle de l’autel du rosaire avait été réalisée en 1657 par un peintre nantais, Jean Le Coutz, un baptême du Christ avait été peint en 1780 pour orner les fonds baptismaux, par l’atelier des peintre Collet, père et fils, et avait couté la somme astronomique de 300 francs au conseil de fabrique. On leur trouva tous les défauts au 19ème siècle, et elles furent mises au rebut quand on détruisit l’église.

     

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    Plan de l’église dressé par Henri Moret, et ici repris par Fernand Gueriff dans "le Vieux Saint-Nazaire ", éditions Jean-Marie Pierre.

     

    Du décor on a aussi conservé en statue de bois polychrome, un ange gardien doré qui devait être un ornement de l’autel principal, une stature dite de Notre-Dame du Bon Port, la Vierge de douleur et Saint-Jean priant, œuvres du 15ème siècle, anciens ornements d’une poutre de gloire, qui provenaient de la première église, dite « chapelle Notre-Dame d’Espérance » au 19ème siècle, ainsi que deux reliefs en albâtre anglais, La Jérusalem céleste et Le Couronnement de la Vierge,  acquisitions courantes par les marins bretons durant les ventes qui eurent lieu en Angleterre à la suite de la Réforme. L’ensemble des boiseries étaient donc colorés, dorés, c’était un décor riche même si les éléments étaient de qualité variable.

    Le clocher était surmonté d’une croix de fer qui surmontait une girouette de cuivre doré en forme de main, nommée par les Nazairiens « main du bon accueil ». Conservée dans les collections municipales, elle mesure 43 cm de long sur 38 cm de large,pour une épaisseur de 3 mm. La tradition était que quand les couvreurs œuvraient sur le toit de l’église, ceux-ci décrochaient la main, et la baladaient ensuite dans la ville, en la présentant à chaque maison. Les gens donnaient alors quelques pièces qui servaient à payer le redorage.

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    La croix du clocher fut détruite par la foudre le dimanche 16 janvier 1739 durant la messe, au moment de l’élévation. L’orage arracha la majeure partie de ardoises de l’église, et y eu plusieurs blessés qui décédèrent des brûlures. On remplaça la croix[1] et refit le toit, mais l’ouragan de 1751 causa de nouveaux dommages.

    Le clocher comportait plusieurs cloches, trois d'entre-elles nous sont connues : la première d'un poids de 900 livres, fut baptisée le 13 décembre 1734 « Françoise », elle eut pour marraine Perrine de Carné, vicomtesse de Saint-Nazaire et baronne puis baronne de Marcein, épouse de Joseph du Boisbaudry, comte de Langan, et pour parrain Jacques Le Pennec, seigneur du Bois-Joalland ; la seconde, dite la Grosse Cloche, avait un poids de 1065 livres, fut baptisée en 1767 et eut pour parrain René-Jean Bonin, comte de La Villebouquais, co-vicomte de Saint-Nazaire, et pour marraine la co-vicomtesse Louise-Françoise Raoul de La Guibourgère, épousede  Jean-Baptiste-Elis Camus de Pontcarré, seigneur de Viarmes ; la troisième, d'un poids de 200 livres, fut baptisée le 5 juin 1778 « Jeanne-Marie », en hommage à l'une des filles d'Alain-Jacques-René Bonin de La Villebouquais, elle remplaçait une précédente tombée du clocher dans la nef en ayant transpercé le plafond lambrissé en juillet 1772.

     

     

    En 1792 le curé Constitutionnel de Saint-Nazaire, nouvellement nommé, Yves Guinoys, voulu prendre pour son usage l'argent déposé dans le tronc de la Vraie-Croix, faisant valoir la sentence du Présidial de Nantes de 1709 qui en attribuait le contenu à la seule paroisse, il fut arrêté par les Gendarmes et mis en prison à Guérande. Le tribunal du district l’acquitta, jugeant qu'il ne pouvait pas savoir.

     

     

    En 1794 le culte catholique fut interdit, l'église fermée, et la direction du District de Guérande exigea qu’on lui fasse parvenir tous les objets d’art et précieux ayant servi au culte. Le maire, Jean-François Allançon, pris la décision d’envoyer le reliquaire d’argent, mais conserva chez lui la relique. Il la concevra plusieurs années, et alors que le culte catholique n’était plus autorisé en France, il dressait chez lui chaque 14 septembre un autel dans sa maison, et réunissait secrètement les notables de la ville pour une messe. Craignant des problèmes avec les gendarmes, il finit par la remettre au chapelain de Marsain, l’abbé Rouaud, qui avait refusé de s’assermenter, et s’était caché durant toute la période révolutionnaire. Quand l’église fut rendue au culte en avril 1802, il fallu attendre la fin des tractation entre Napoléon et le Pape pour que puisse être nommé au débit de l'année 1803 Jean Crossay, ancien curé du Croisic, comme curé de Saint-Nazaire. La relique de la Vraie-Croix  fut alors restituée et retrouva son autel.

    En 1844, l’évêque, monseigneur de Hercé, fit dont d'une troisième lamelle issue de la Vraie Croix. On l'ajouta à la relique nazairienne en transformant le tau en croix latine. La relique mesurait environ 2 cm de hauteur et de largeur.

     

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    En 1867 un poids de l’horloge placée dans le clocher tomba, perça le plancher, et atterrie dans la nef alors qu’on célébrait la messe.

    Vers 1880 le suisse, dit le Grand Blancho, fit tomber en pleine messe une pille de chaises, provoquant la frayeurs des paroissiens à qui l'on répétait depuis presque quinze-ans que le clocher leur tomberait sur la tête !

    Ce fut prétexte pour dire qu’il fallait une nouvelle église. On se mis à dire qu’elle était aussi laide et sans intérêt patrimonial. En réalité l’église était condamnée par les agrandissements du port, et en 1882 on lança activement le projet d'un autre lieu de culte.

    On entreprit ainsi la construction de l’église Saint-Nazaire actuelle, où la messe fut célébrée à partir de juillet 1891, mais ce ne fut qu’en 1895 que la désacralisation de la « Vieille-église » fut prononcée. La destruction eu lieu en 1896. Il fallut employer la dynamite, preuve qu’elle était bien plus solide que ce qu’on avait raconté pour justifier sa destruction. L'église contenait de nombreuses tombes de notables (plusieurs capitaines et sénéchaux seigneuriaux), et d'anciens seigneurs de la paroisse. Dans la crypte de la chapelle du Rosaire, la chapelle seigneuriale réservée à la noblesse, il fut trouvé une urne de plomb contenant le cœur de Perrine de Carnée, vicomtesse de Saint-Mazaire et baronne de Marcein, décédée le 16 février 1754, épouse de Joseph du Boisbaudry,comte de Langan. Elle fut remise à la famille de Carné qui le fit placé dans son enfeu de Saint-Aubain de Guérande. Les ossements des anciens seigneurs connurent la fosse commune au Cimetière de Toutes-Aides, tout comme les ossements issu du curage du cimetière qui fut effectué jusqu'à atteindre la roche. Huit convois par chariot transportèrent les restes à Toutes-Aides. Dans les gravats on trouva des monnaies dont nous avons déjà parlé ici : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2015/10/18/des-pieces-chinoises-dans-le-cimetiere-5702134.html

     

     

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    Démolition de la vieille église par Paul Bellaudeau

     

    [1] Cela fut réalisé par le serrurier du Pouliguen, Jean Lamarre, qui fut payer 45 livres.

  • Ancien chapelle Notre-Dame d’Espérance

     

    Si le nom de Notre-Dame d’Espérance est celui de la paroisse de Pertuischaud et de son église circulaire, bel exemple de construction religieuse des années 1950, il fut auparavant celui d’une chapelle située dans le Vieux Saint-Nazaire, au point le plus élevé du rocher, rasée en 1906, là où se dresse aujourd’hui le quartier du Petit-Maroc[1], .

     

    Remontant le temps, jusqu’au début du Moyen-âge. Il ne nous est pas possible d’affirmer si cette chapelle était l’église dont parle Grégoire de Tour à propos de la légende du Baudrier d’or, même si c’est la théorie de Desmars à laquelle s’opposait maître Galibourg[2] qui voulait que la ville se situait à l’origine au lieu-dit « la Vieille-Ville », nom qui pourrait en réalité désigner l’emplacement d’un bourg antique. Faute de documentation, et plus encore de fouilles archéologiques, matière encore balbutiante quand on urbanisa à la fin du 19ème siècle, nous nous bornerons à dire que le bâtiment désigné au 19ème siècle sous le nom de « Chapelle Notre-Dame d’Espérance », était initialement l’église de la ville médiévale de Saint-Nazaire.

    Dominant l’agglomération, ce long bâtiment à une seule nef sous une toiture à plafond voûté de bois, doté un temps d’un clocheton en façade, était orienté vers l’Est, comme le voulait la tradition. Cette église offrait l’aspect simple de ses consœurs bretonnes, et donc architecturalement très proche de la chapelle de Penchâteau au Pouliguen. Comme elle, elle comportait une porte principale à deux ventaux face au chœur, et une petite porte latérale au milieu du mur sud dans le gout de la seconde moitié du 14ème siècle. Si l’éclairage se faisait par les baies du chœur.

    Sa situation au sommet du rocher de Saint-Nazaire, tout comme son orientation, rendait la construction vulnérable aux vents et tempêtes. L’église fut aussi incendiée durant la guerre de Cent-ans, déclarée en ruine en 1373. Les archives du Vatican, que les pères G. de Lesquen et Guillaume Mollat, chapelains de Saint-Louis-des-Français à Rome, avaient consulté pour la rédaction de leur livre « Mesures fiscales exercées en Bretagne par les Papes d'Avignon à l'époque du Grand Schisme d'Occident », publié en 1903 par A. Picard, révèlent que la Papauté d'Avignon, accordât des indulgences aux fidèles qui voulussent bien concourir aux frais de réparation. La Bulle papale précise : « Désirant donc que l'église paroissiale de Saint-Nazaire, au diocèse de Nantes, dont les constructions, ont par suite des longues guerres qui dirent encore, été détruite et réduites à rien ainsi qu'il nous l'a été affirmé, soit réparée et fréquentée avec les honneurs habituels. »

    L'église ne fut reconstruite que partiellement ; on recula le chœur de plusieurs mètres. C'était une maçonnerie à trois pans, avec deux baies en arc et un mur central sans ouverture devant lequel fut placé un retable. Les deux sculpture qui sont dans l'actuel chœur de l'actuelle église Saint-Nazaire, à savoir la « Vierge de douleur » et « Saint-Jean priant », que l'on date du 15ème siècle et qui devaient être des ornements d'une poutre de gloire, proviennent de cet ancien lieu de culte.

    Les dommages réguliers dus aux tempêtes poussèrent les habitants à solliciter en 1580 leur seigneur, Charles d’Avaugour, à obtenir l’autorisation de transformée les ruines de l’ancien logis seigneuriale, détruit durant la guerre de Cent-ans, en église et d'en remployer les pierres. En 1584 l’église usuelle de la paroisse était définitivement fixée sur la place au bord de la Loire, ce sera le bâtiment nommé « Vieille-église » au moment de la construction du Port, (nous lui consacrerons un article).

    Cependant l’église initiale, au sommet du rocher, resta pour Rome la seule église principale de la paroisse, si bien que quand en 1660 Jean de Carné acquit la vicomté de Saint-Nazaire, il fit modifier le portail d’entrée de celle-ci en ajoutant de chaque côté son écu dans un quadrilobe, car c’était encore le siège de la paroisse où il avait le pas sur les autres seigneurs locaux.

     

    Armes de la famille de Carné :

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    D’or à deux fasces de gueules.

    Dans les premières années du 18ème siècle, les Gardes côtes édifièrent un corps de garde au bord des flots, sur le bas du cimetière, au sud de la chapelle.  Durant le creusement des fondations de ce nouveau bâtiment, il fut découvert « plusieurs cadavres qui avaient sept pieds de haut, et dont quelques-uns avaient encore des casques[3] », ce qui fait des sépultures de 1 m 80 à 1 m 90 de long.

     

    Sur le cadastre seigneurial du 18ème siècle, dit par Fernand Guériff « plan Goinard », (du nom de son découvreur en 1980), on lit la mention « Grande chapelle, autrefois grande église de Saint-Nazaire ».

     

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    Ce plan nous renseigne aussi sur le recul du chœur en précisant l’emplacement des ruines de l’ancien, et délimite « Le grand cimetière ».

     

    La chapelle fut employée jusqu’en 1749 comme chapelle mortuaire, quoique le cimetière qui l’entourait fut désaffecté au profit du nouveau constitué autour de l’église le long de la Loire.

    1749 fut donc la date de sa désaffection comme que lieu de culte ; une tempête avait une nouvelle fois endommagé sa toiture, qui fut sommairement réparée par les militaires qui en firent un magasin. Restitué à la paroisse, le clergé y établit l’école.

     

    À la Révolution la chapelle devint la propriété de la commune, l’enseignement de l’école fut confié à des laïcs, puis déplacée. Le cimetière en parti vendu par lots remployés comme jardins potagers, la plus grande part revenant à l'Armée pour l'usage de son fort, (une simple batterie). La grande chapelle tomba peu à peu en ruine et servant au stockage militaire jusqu’au retour des Bourbon. On entreprit alors de lui rendre sa fonction primitive, mais ce n’est qu’en 1860 qu’une restauration, dans le goût troubadour, en modifia la façade, la dotant d’un œil de bœuf bordé de rinceaux qui se rêvait rosace, et d’un clocheton qui ne reçut jamais de cloche ! On préféra poser devant l’arc de celui-ci, le 27 novembre 1860, une colonne néo-gothique supportant une Vierge à l’Enfant en fonte, oeuvre du sculpteur Fourchon, de Nantes, d’après un dessin de l’abbé Rousteau. Cette jolie statue - oeuvre du sculpteur Fourchon, de Nantes, d’après un dessin de l’abbé Rousteau.

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    Enfin, on fit établir de larges baient à fronton triangulaire dépassant la pente du toit, toutes sur le même modèle, trois à chaque flanc. Le résultat était laid et le lieu, rebaptisé Notre-Dame d’Espérance, servit peu au culte. A l’intérieur on réalisa une voûte en plâtre peinte en bleu avec des étoiles or, on plaça des statues de saints en plâtre plâtres, un Chemin de Croix de gravures, et de maigres bancs. Quelques ex-votos de marbre furent fixés aux murs blancs, ainsi que quelques maquettes de navires pendues au plafond. L’autel était une don de la famille de Villiers de Heloup, (qui possédait une propriété face à l'océan à l'emplacement de l'actuelle Place Franklin Roosevelt).

     

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    intérieur de la chapelle

     

    Peu de messes y furent célébrées. On se contentât d’y faire le catéchisme et en 1896 elle fut à nouveau désaffectée et employée comme magasin pour les sacs de ciment du port.

     

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    La chapelle en 1872, dessin d’après photographie originale, par Charles Beilvaire, le Courrier de Saint-Nazaire du 20 août 1932.

     

    Le percement de la Nouvelle-entrée entraîna sa destruction. La chapelle n’était pourtant pas dans l’axe du percement, mais il faut décider de raboter le haut du rocher. Outre la destruction du lieu de culte, ce nivellement du sommet du Vieux-Saint-Nazaire entraîna le curage de l’ancien cimetière en août et juillet 1906. On trouva des sarcophages en granites qui furent estimé antérieurs au 11ème siècle, l’entrée d’une crypte, une fosse contenant les ossements entremêlés de chaux des victimes de la peste de 1501, (que certains prirent au début pour les victimes de Carrier), des cercueils en châtaigner dont les clous à tête biseautée remontaient avant le 17ème siècle, un autre cercueil contenait des restes datant du règne de Louis XIV d’un homme dont les dentelles, les étoffes, et les souliers étaient dans un bon état de conservation, et qui tenait en ses main un chapelet d’ivoire. Maître Galibourg, ainsi que messieurs Luc Totain et G. Billard, vinrent observer les découvertes[4]. Mais rien en fut conservé. Les objets archéologiques ou monnayables furent partagés, dispersés. Les ossements furent mis dans des charrettes recouvertes de draps mortuaires, et conduit par le clergé à la fosse du cimetière de La Briandais, le 23 août 1906.

    De la chapelle furent conservés la statue de fonte de la Vierge à l’Enfant avec sa colonne placée sur la façade de l’église Saint-Nazaire actuelle ; les deux porches, transportés au jardin des plantes, le plus grand posé dans un massif de roses, le plus petit employé comme porte d’accès dans l’avenue Ferdinand de Lesseps. Ce dernier fut détruit durant la guerre, où peut-être volé durant le déblaiement, les souvenirs divergent.

     

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    [1] Concernant le nom Petit-Maroc, voyez notre article : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2018/07/22/le-petit-maroc-histoire-d-un-nom-6067779.html

    [2] A propos de maitre Galibourg : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/11/02/maitre-alexandre-galibourg.html

    [3] Jean-François Le Boyer : « Notices sur le département de la Loire-Inférieure », 1824.

    [4] Lire à ce propos l’article de L’Ouest Éclair 6 février 1931, page 6.