Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Maires et élus

  • Pierre Toscer

    La période de l'occupation allemande durant la Seconde-guerre-mondiale reste une période trouble, dont on n'a pas encore tout a fait tiré au clair tous les événements. Nombres de documents ayant trait à la collaboration et aux délations sont toujours sous le sceau du secret car le Droit Français tient comme non communicable les données ayant moins de cent-ans. Cela complique le travail des historiens, et concernant Saint-Nazaire l'ont doit se référer essentiellement à l'ouvrage de Fernand Guériff, '' Saint-Nazaire sous l'occupation allemande '', ouvrage témoignage édité en 1971, aux éditions des Paludiers, La Baule. Les autres documents publiés à la suite, ne sont en majorité que des resucés plus ou moins illustrées, avec incorporation de lieux communs et étalage d'ignorance sur l'histoire de la commune. L'histoire de Saint-Nazaire à l'heure de l'occupation reste encore à étudier en profondeur.

     

    Depuis quelque temps il semble à la mode de dénoncer comme pétainiste celui qui fut maire de la commune durant l'occupation, Pierre Toscer. C'est allé vite en besogne. Pierre Toscer ne fut pas un pétainiste pur et dur, il ne le fut pas plus que les Français en général, qui même après le débarquement continuaient d'acclamer benoîtement Philippe Pétain. Soyons francs devant notre histoire, même si cela nous dérange : La France en fut pas un pays de résistants, la majorité des gens se contentait de pourvoir à leurs besoins et d'éviter les ennuis en regardant leurs pieds et en se bouchant les oreilles. Aurions nous fait autrement que nos grands-parents et arrières-grands-parents ? Nous ne pouvons pas répondre. Combien d'entre-nous se sont restés face à une agression, ou une attitude immonde, immobiles et silencieux. La résistance, la révolte face à l'injustice, qu'il convient de louer et d'admirer, qu'il faut citer en exemple, n'est pas une chose innée, ce sont les événements qui par accident font d'une personne ordinaire un héros.

     

    Parlons donc de Pierre Toscer et rétablissons la vérité à son sujet :

     

    Pierre Joseph Marie Toscer est né à Brest le 11 juin 1893, 9 rue du Rempart . Il il était fils de Joseph Henri Toscer , dessinateur au port de Brest, puis contremaître surveillant les travaux à la Marin, alors âgé de 24ans, et de Jeanne Marie Briant. Son grand-père paternel, Jean-François Toscer, fut maître principal au port. Pierre eut deux sœurs :  Jeanne Marie Philomène, (1894-1971) et Anna Augustine Marie, (1897-1970). Élève de l'École Pratique, il sortit ingénieur des Arts et Métiers, et entra comme ingénieur aux Chantiers de la Loire, (turbines). Envoyé sur le front en 1914, il fut décoré de la Croix de guerre. Démobilisé, il se maria le 6 février 1917 à Trignac à Germaine Jeanne Clotilde Lerot. Le couple eut un fils, Henri. Établit à Saint-Nazaire au 17 de la rue l'hippodrome, il partageait alors ses activités entre Saint-Denis, où il enseignait aux apprentis des Chantiers, et Saint-Nazaire. Sa sœur Anna vient s'établir à Saint-Nazaire, elle y épousa, le 5 août 1924 Paul Alfred Trouillard., elle habitait 15 avenue de Lesseps.

     

    Le 20 décembre 1940, François Blancho, maire de Saint-Nazaire, remis sa démission au Préfet, suivit par l'ensemble des conseillers socialistes de la commune. La Loi du 16 novembre 1940 modifia l'organisation de municipalités de plus de 2,000 habitants : maires et adjoins seraient à l'avenir nommé par le sous-préfet, le préfet et le ministre. François Blancho déclara alors : '' J'estime que la plus entière liberté doit être laissée à l'autorité préfectorale dans le choix de celui qui aura demain la charge d'administrer la Cité ''. En fait François Blancho anticipe sa révocation. Membre du parti SFIO, proche de Léon Blum, il savait pertinemment que Vichy voulait sa tête. Son choit fut de sortir avec un peu de dignité, et d'éviter des représailles. Étrangement, l'Amiral Darlan, devenu vice-président du Conseil, décréta le 3 mars 1941 que François Blancho devait rester en place à la tête de la municipalité. Aucune obligation ou contraints ayant été attachée à la nomination, François Blancho, mais fit savoir qu'il ne serait qu'un administrateur. Mais rapidement les décrets et ordres de Vichy sont insupportables pour lui, et il présenta sa démission le 19 mai 1941, (lettre rendue publique le 5 juillet 1941). Le 22 juin 1941 le sous-préfet Michel Douay, convoqua Pierre Toscer et lui signifia qu'il le désignait comme maire de Saint-Nazaire. Très surpris et un peu abasourdi, Pierre Toscer refusa, argumentant qu'il n'était pas un homme politique. Qu'importe pour le Sous-préfet ! Celui-ci ne laisse pas le choix à Toscer, il se devait d'accepter et de présenter une liste de vingt personnes devant constituer le Conseil municipal. Pierre Toscer tenta de se soustraire à la nomination, en argumentant qu'il lui fallait l'aval de son employeur. Il se rendit à Paris le 29 juin 1941 pour expliquer la situation à la direction des Chantier. La direction y trouva son avantage, et Pierre Toscer accepta contraint et forcé. Vichy procéda alors le 30 juin 1941 à la révocation de François Blancho, pourtant déjà parti. Geste absurde et inutile, typique du gouvernent collaborationniste. La nomination du nouveau maire fut officielle par arrêt ministériel du 16 septembre 1941. A fin de constituer le nouveau Conseil, Pierre Toscer sollicita toutes les franges politiques de Saint-Nazaire, demandant à François Blancho d'en faire partie, ce dernier refusa. Un arrêt préfectoral du 1er octobre 1941 nomma officiellement les 20 conseillers réunis par Toscer. L'entrée en fonction se fit le 6 octobre 1941. La nouvelle municipalité du faire face au ravitaillement, à l'organisation de la défense passive, l'organisation scolaire et l'évacuation des enfants, et surtout les relations avec l'occupant nazi qui étaient plus que difficiles. Pierre Toscer s'illustra alors comme un grand négociateur, n'hésitant pas à discuter point par point, A chaque arrestation il se précipitait à la Kommandantur et mettait tout en œuvre pour obtenir la libération et n'hésitait pas à se présenter comme otage quand un citoyen était l'objet d'une arrestation. Le 9 janvier 1942, son fils, Henri, élève-officier, périt durant le naufrage du Lamoricière au large des Baléares.

     

    La situation à Saint-Nazaire empira à la suite de l'Opération Chariot, la nuit du 27 au 28 mars 1942. Comme nous l'avons écrit plus haut, Pierre Toscer habitait avant guerre au 17 rue de l'Hippodrome, derrière la caserne de La Briandais. Les nazis avaient fortifié la caserne en incorporant un bastion, (rasé durant l'hiver 2007-2008), ils firent démolir tout les maisons de la rue sauf celle de Toscer qui fit des pieds et des mains pour qu'on la lui conserva. Il dut cependant déménager, officiellement il logeait au 5 rue de Villebois Mareuil, rue où les services municipaux avaient été déplacés, (la mairie était alors au 15), mais en réalité il s'installa chez sa sœur Anna. C'est là que les nazis allèrent le chercher la nuit du 30 mars 1942 pour le conduire au Collège Saint Louis avec les conseillers municipaux. Malgré sa bonne volonté, le maire ne put dissuader les nazis de fusiller en représailles 41 personnes dont 16 moururent immédiatement, ou à la suite de leurs blessures, (les autres furent sauvés grâce aux soins prodigués à l'Hôpital de Saint-Nazaire)1. Le 31 mars 1942 la municipalité fut contrainte de placarder une affiche informant la population qu'à l'avenir à chaque acte de résistance constaté, un dixième de la population du quartier où auraient lieu les faits.

     

    Le 21 avril 1943, Pierre Toscer œuvra à la libération de onze otages retenus au camp de prisonniers de Ker Faouet, une villa située à la Villès-Martin. Les arrestations avaient été ordonnée suite à un attentat dans le local de la L.V.F. Rue de l'Amiral Courbet. Les otages, tous notable de la ville, (dont Jean Guitton, qui fut par la suite maire). Entre le 1er et le 12 mars 1943, Pierre Toscer, aidé par le conseil municipal, procéda à l'évacuation des habitants de la ville. Lui-même trouva refuge à La Baule avec sa sœur, mais se rendait chaque matins à Saint-Nazaire, pour présider les services municipaux rassemblés rue de Villebois Mareuil.

     

    Le 11 mai 1945, Pierre Toscer présenta la démission collective du conseil municipale et remis officiellement ses pouvoirs le 12 mais 1945 à 9h à François Blancho. Il se retira de la vie publique. Quoiqu'il fut nommé par Vichy, et décoré en 1943 de la Francique à Vichy en présence du Pétain le même jour que la maire de Nantes, Henry Orrion, tous s'accordèrent à lui reconnaître sa droiture, son sens de la nation et du devoir. Jamais il ne se montra particulièrement attaché à Pétain. Il respectait l'homme comme maréchal de France et chef de l'État, mais sans plus.

     

    Les Nazairiens doivent beaucoup à Pierre Toscer, car il se mit souvent en danger pour ses administrés. Il décéda le 6 avril 1967 à Saint-Nazaire.

     

    1 Furent tués sur le coup :

    Allaire Marie, (veuve), 27 janvier 1867 – 30 mars 1942
    Berlebeau Joseph, 3 mars 1909 – 30 mars 1942 
    Blanchard Fernand, 21 mars 1881 – 30 mars 1942
    Esnault Joseph, 12 janvier 1902 - 30 mars 1942
    Favannec Mathurin, 2 juillet 1902 - 30 mars 1942
    Fouquet Jules, 22 novembre 1906– 30 mars 1942
    Hoyet Pierre, 5 juillet 1874 - 30 mars 1942
    Niger Jean, 8 mai 1907 - 30 mars 1942
    Potin Louis, 7 août 1892 - 30 mars 1942
    Quéré Robert, 29 décembre 1921 - 30 mars 1942
    Stéphan Sébastien, 22 janvier 1912 - 30 mars 1942
    Zallio Angelo, 19 mars 1927 – 30 mars 1942

    Décédèrent à l'hôpital des suites de leurs blessures

    Allaire Clémentine, 9 mars 1902 – 8 avril 1942
    Giquel Henri, 23 octobre 1883 - 31 mars 1942
    Lemaitre Julien, 1er août 1885 – 31 mars 1942
    Pelven Bernard, 19 avril 1937 - 31 mars 1942 (enfant de 5ans!)

  • La famille Goy

    Mathieu Goy, (12 avril 1792 - 1860), son père, Antoine Goy s’était établie à Saint-Nazaire au moment de la Révolution, où il acquis la métairie de La Vecquerie. Une légende voulait que les Goy soient originaires de Suisse, où l’on trouve effectivement une famille de ce nom au canton de Vaud, il n’en est rien, Antoine Goy était originaire de Saint-Romain, dans le Forest, comme son épouse, Claudine Monmartin, ils eurent plusieurs enfants, dont Claude,  menuisier dans la Grand’Rue de Saint-Nazaire, un autre fils qui partit aux Amériques, et que Mathieu suivit. Un temps capitaine au long cours, il revient à Saint-Nazaire s’établir commerçant, le 15 décembre 1830 il fut nommé, par le préfet, maire de Saint-Nazaire, en remplacement de Charles Blanchard, qui était trop impliqué dans le régime des Bourbon fraichement renversé par la révolution de juillet 1830, et qui, parce qu’il était président de la Commission sanitaire, faisait exécuter ses décision comme maire.  Charles Blanchard était de plus parents avec tous les notables en poste à la mairie et au port de Saint-Nazaire durant la Restauration, et la majorité de la bourgeoisie locale était pour les Bourbon et voyait d’un mauvais œil le duc d’Orléans devenu roi, ainsi que les gens qui pouvaient servir sa politique. Dans cette atmosphère de personnes pensant le pouvoir municipal comme un bien de famille, et  estimaient Louis-Philippe comme un usurpateur, les membres du Conseil protestèrent en adressant au préfet une lettre collective calomnieuse, affirmant  : « Monsieur Goy, habitant d’un autre monde depuis l’enfance, dès lors étranger à ce pays et à sa patrie pour laquelle il n’a jamais rien fait, ni comme homme public, ni comme homme privé, pas même satisfait aux lois sur le recrutement de terre et de mer… » (1)

     

    On reprochait surtout à Mathieu Goy de ne pas être parent de la bourgeoisie locale, (établie pour la plus grande partie depuis seulement une génération à Saint-Nazaire), et d’être ce pour quoi il avait été établi par le préfet : être un honnête commerçant qui n’avait été impliqué dans aucune affaire politique ! A son entrée en fonction le 21 décembre, les conseillers, sauf un, sortir tous de la salle en signe de protestation.

     

    Il démissionna le 6 octobre 1834, suite à un différant avec monsieur Aurin, l’ingénieur en charge de la construction du vieux-mole, dont le transport des pierres pour sa construction, depuis la carrière de Saint-Marc, dans des chars tirés par des bœufs, avait détruisait la chaussée (2).

     

    Mathieu Goy  était l'héritier de la métairie de La Vecquerie. Son père, Antoine Goy, l'avait acquise en 1804 suite à la liquidation de la succession de  Claude-Louis-Gabriel-Donatien marquis de Sesmaisons. Mathieu Goy vendit en 1854 la métairie de la Vecquerie à Alcide Bord, qui constitua ainsi le domaine de Porcé. Mathieu Goy conserva pour son usage la maison, qui fait l'angle de la rue de La Vecquerie et de la route de Saint Marc, qui était à la fois son logement et son commerce d'épicerie et de restauration.

     

    Il avait épousé Anne-Augustine Giraud des Vrillères, d’une vieille famille de juloded de Couëron, dont il eut :

    1° Ernest, mort  à 33ans en 1868, capitaine du navire «  Nouveau Monde » ;

    2° Francis, capitaine de navire, père d’une fille, madame Salle, née en 1877, qui fut la dernière représentante de sa famille.

    3° une fille ;

    4° Atys, courtier, consul du Honduras, conseiller municipal, (il provoqua la démission du maire Auguste Desanges le 18 mai 1884), chansonnier qui publia en 1869, chez l’éditeur nazairien Fronteau, « Hilariter. Les Chants de La Vécrie » un recueil de chanson à boire, il fut d’ailleurs le grand ami de Gustave Nadaud, chansonnier célèbre en son temps.

     

    La famille possédait plusieurs maisons dans le vieux Saint-Nazaire.

     

     

    (1)   Cf. Henri Moret.

    (2)  Le Conseil dans ses délibérations 6 novembre 1836 et 8 février 1837 déplorait ne pas avoir l’argent pour réparer la route.

  • Notes sur la famille Dufrexou

    Dufrexou alias du Frexou

    Familles de la bourgeoisie de Saint-Nazaire.

     

    I° Jan Dufrexou, mort le 23 janvier 1729 à Saint-Nazaire, maître chirurgien, marié le 1er septembre 1729 à Saint-Nazaire avec Julienne Flachot, (Saint-Nazaire 25 aout 1665 – Saint-Nazaire 3 juin 1741), fille de Jacques Flachot, maître chirurgien, et de Françoise Terrier, d'où 15 enfants, dont :

    1° Julienne Dufrexou, (30 aout 1688 – 25 juillet 1747), mariée le 22 juillet 1714 à Saint-Nazaire avec René Langevin, sieur de Langle, né le 14 septembre 1685 à Saint-André-des-Eaux), avocat à la Cour, d'où postérité (voyez généalogie Langevin) ;

    2° Jan, qui suit.

    II° Jan Dufrexou, sieur de La Maillardière, (1695-1761), maître chirurgien, époux d'Elisabeth Rolland, d'où :

    1° Jean-Pierre, sieur de La Maillardière, (Saint-Nazaire 4 septembre 1749 - Saint-Nazaire 30 juillet 1806), avocat, il remplissait souvent dans ses fonctions le sénéchal de Saint-Nazaire, Chaillon, (qui résidait à Nantes), fut élu délégué pour l'assemblée générale de 1789 tenue à Guérande, devint secrétaire du Comité de permanence en août 1789 pour son recteur Sébastien Bureau de La Bessardière, il fut le premier maire de Saint-Nazaire, élu le 3 février 1790, le 25 mai suivant il fut élu membre de l'administration du département, il donna alors sa démission et fut remplacer par Sébastien Bureau de La Bessardière, en 1791 il fut élu député de la Loire-Inférieure à l'Assemblée législative ou il fut suppléant du comité de Marine, et fut remplacé à l'administration centrale du département par son frère, l'Almanach critique, de 1792 le décrit comme un "législateur ennuyeux”, il retourna à Saint-Nazaire en décembre 1792 où il fut réélu maire, fonction qu'il occupa jusqu'en décembre 1794. Le 23 décembre 1793 il eut à ravitailler, sur ordre de réquisition du général Marceau, en pain et en eau de vie, l'armée révolutionnaire qui campait dans la plaine de Montoire dans l'attente d'affronter l'Armée Catholique et Royale à Savenay. Ravitaillement qu'il ne pu accomplir que partiellement pour le pain, et aucunement pour l'alcool, faute de vivres. Nommé président du tribunal de première instance de Savenay en 1800, il légat à la ville sa maison de la rue du Port, qui en fit un hospice, puis mairie de 1836 à 1855.

    2° René-Jean-Baptiste, né en 1750, maître chirurgien, remplaça son frère à l'administration centrale du département en 1791, et en fut élu président, il se distingua par son ardeur révolutionnaire, surtout contre les prêtres insermentés.

     

  • René Guillouzo

     

    Sans titre-1.jpg

    René Guillouzo fut maire de Saint-Nazaire durant vingt-deux ans, durant la période qui vit la réalisation du port et le développement de la ville. Cependant il a été mis au purgatoire de l'histoire communale, même si une petite rue près du cimetière de Toutes-Aides perpétue son souvenir. Pourquoi ? En raison de son bonapartisme.  

     

    René Guilouzo, dessin de Maurice Riquez.

     

     

     

    René Guilouzo fut l’élu de l’Empire, enthousiasmé par la politique de développement et d’industrialisation de Napoléon III, période faste pour la France, mais qui se termina dans un vaudeville qui tourna au drame à Sedan. 

     

    Né à Guérande le 1er juillet 1816, fils d’un horloger, il fut médecin, et il s’établit en mai 1848 à Saint-Nazaire, où, suite à la purge organisée par la loi du 3 juillet 1848, il se trouva membre du Conseil municipale le 3 octobre, et y fut élu maire le 16, poste dont il fut investi le 12 novembre. Cette élection souleva une protestation : « Ce jeune homme habitant Saint-Nazaire depuis cinq mois, ancien séminariste, protégé du curé et du vicaire qui ont fait son élection à la grande indignation des habitants (1) ». 

     

    Avec ses adjoints, le nouveau maire du faire face au développement soudain de la cité, tant sur le point de vu urbain, industriel, et humain, la ville passa en vingt ans de 2000 à 14000 habitants.

     

    Dans cette poussée chaotique, qui dépassa souvent les capacités des élus municipaux, les problèmes d’hygiènes et de santé furent nombreux, l’ingénieur Leferme, qui avait en charge la réalisation du port, et avait dessiné les plans de la nouvelle ville, n’avait pas prévu les structures nécessaires liées à l’eau(2), aux égouts, ou aux structures de santé, ni même celle de l'administration, car ce n’était pas dans ses attributions. La municipalité était responsable de l'évolution et du développement urbain, elle géra très mal le dossier, rien ne fut pensé et entrepris correctement, les actions se faisaient au cas par cas, non sur la longueur, et les spéculations immobilières, n’arrangèrent rien, le prix des terrains augmentait de jour en jour, les grands propriétaires, comme la famille de  Girard de La Cantrie, qui fit pression pour que l’on ne fit pas trop de places ou de rues larges, afin de pouvoir lotir le plus possible, la Société Salamenca, propriété de l’ingénieur Chatelus et du marquis de Salamenca, banquier madrilène, proposait à la vente ses terrains qu’il savait le tracé des nouvelles voix, à des prix exorbitants (3), ou encore les actions désastreuses d’Alphonse-Nicolas Cézard qui finir en scandales financiers après avoir grugé le Conseil, et pire, les conditions de vie et de travail des ouvriers, entassés dans des bidons villes de cases en planches. Saint-Nazaire avec ses immeubles luxueux poussant comme des champignons, entre lesquels s’élevaient des masures, fut en mai 1858 qualifié par le Journal du Loiret de «  Petite  Californie bretonne », et Eugéne Fourcade, dans La Revue des deux-mondes, de septembre 1858 : fit la description suivante : «  Il faut aller à Saint-Nazaire pour avoir une idée de la façon incohérente et scandée dont s’élève une cité californienne, agglomérations d’émigrants grossissant à vue d’œil. Partout comme au hasard, s’élèvent des constructions de toutes sortes, depuis la maison parisienne à porte cochère gouvernée par un portier, jusqu’à la taverne de matelots… » ; en 1865  dans « Saint-Nazaire, son avenir », Henri Chevreau relatait: «  On cherche en vain des maisons confortables où l’on puisse établir des comptoirs, des bureaux, où les négociants puissent habiter avec leur familles. Des constructions importantes s’élèvent sur des terrains où doivent passer des avenues : les rues qui aboutissent aux quais sont mal pavées, mal macadamisées. La ville n’a pas de ressources ; elle a une mairie déjà insuffisante, une usine à gaz dont les rares réverbères éclairent à peine les quais et rues tant ils sont parcimonieusement espacés, un hôpital qui ne comporte qu’une salle unique de 14 à 15 lits, pas de halls, pas de tribunal de commerce, pas de marché, pas d’abattoirs, pas de savoirs publics, pas de bourse, pas de théâtre, pas de bibliothèque publique. Elle n’a même pas encore organisé un service d’eau : l’eau potable se vend dans les rues. »

     

    En dehors du port, créé par l'Etat, de l'instauration des lignes transatlantiques, la municipalité Guillouzo procéda à l'aménagement des voix publiques, la création du cimetière de La Briandais en 1854, (en remplacement de celui de La Poterie disparu dans la construction du premier bassin), à gérer l'ouverture de la ligne de chemin de fer 1857, (la construction de la gare fut achevée en 1866), procédé à l'installation du bureau de postes et télégraphes (23 août 1859), l'organisation des sapeurs-pompiers en compagnie (23 mai 1862), gérer l'annexion de Méan (détaché de Montoire par loi du 13 mars 1865), l'installation de la sous-préfecture en 1868. Elle du aussi faire face à la faillite des chantiers John Scott, qui entraîna la mise au chômage de plus de 2000 personnes, provocant la faillite de plusieurs commerçants, la ruine d’épargnants, la chute des loyers en quelques semaines en raison du départ de plus de 1000 familles. Certes on peut largement reprocher à René Guillouzo, pourtant médecin, de ne pas avoir su mettre en place la proposition du projet des ingénieurs Oppermann et Joret pour les eaux, adopté cependant en 1861 par le Conseil, qui ne sera jamais appliqué (4), alors que des épidémies de choléras touchèrent la ville dès août 1849, de ne pas avoir vu la situation réelle à bord de l' »Anne-Marie », navire qui apporta la fièvre jaune à Saint-Nazaire et qui coûta la vie à plusieurs centaines de personnes dans l'estuaire et la presqu’île (5), sa réaction molle face à l'épidémie, et les actions médiocres du Conseil, qui se contenta en 1849 de procédé à la création d’un atelier de charité, et de la transformation du lazaret de Penhoët en hôpital municipale avec 12 lits suite à l'épidémie de fièvre. On peut estimer que René Guillozo fut un piètre médecin, même en prenant compte des réalités de la médecine durant le Second Empire, il fut un parfait exemple de son époque, avec une réussite sociale rapide, un établissement assuré grâce au régime, malgré des capacités relativement médiocres au regard de celles qui lui étaient demandées pour gérer l'essor de Saint-Nazaire, mais il faut lui reconnaître qu'il fit de son mieux, avec les moyens à sa disposition, un Conseil municipal qui n'était pas plus capable, et probablement pas aussi volontaire que lui, mais surtout, il faut souligner qu'il fut parfaitement honnête, ne profitant pas de sa position d'élu pour s'enrichir, il n'en fut pas de même avec les maires qui lui succédèrent sous la Troisième République.

     

     

    Généalogie de René Guillouzo

     

    I° Mathurin Guillouzo, époux de Jeanne-Louise Texier, d'où :

    II° René-Marie Guillouzo, (Guérande 1er juillet 1816 – Saint-Nazaire 6 mai 1879),  maire de Saint-Nazaire  le 16 décembre 1848, (entré en fonctions le 12 novembre), jusqu'au 7 septembre 1870 ; maire de la construction et du développement portuaire de Saint-Nazaire, passée de 2000 à 14000 habitants, ainsi que le déplacement de la sous-préfecture située à Savenay, à de Saint-Nazaire en 1868, l'établissement de la ligne transatlantique vers les Antilles ; son appartenance au Parti bonapartiste, le mis au purgatoire de l'histoire communale, même si une petite rue près du cimetière de Toutes-Aides perpétue son souvenir. Docteur en médecine, à l'époque ou la ville n'en comptait que deux, il du faire face, avec les docteurs Benoist et Gestin Robert-Héristel, à la la terrible épidémie de fièvre jaune de 1861 qui fit plusieurs morts dans estuaire, dont le docteur Alphonse Chaillon, médecin de Montoire, il œuvra entre autres, pour la création d'un hôpital à Saint-Nazaire, et pour la salubrité de la ville et du port ; chevalier de la Légion d'Honneur ; époux d'Angèle Tartoué, décédée à Saint-Nazaire le 28 décembre 1856, fille d'Yves-Honoré Tartoué, capitaine au long cours, et de Marie-Josèphe Bernard, d'où :

    1° Pauline-Emilie-Angèle, née à Saint-Nazaire le 28 mars 1852, épouse d'Emile-Désiré Lecorre ;

    2° Angèle-Marie-Alphonsine, née le 11 décembre 1856, mariée le 15 novembre 1881 à Saint-Nazaire avec Emile-Charles-Pierre Malmanche ;

    3° Armand, courtier maritime, marié, il eut au moins une fille.

     

     

     

    (1) Fernand Gueriff, « Histoire de Saint-Nazaire », tome II, note en bas de la page 17.

    (2) Le problème perdurera jusqu’à la reconduction.

    (3) Au prix de 2fr. le m² en 1847 monté à 50fr. en 1857, 100fr. sur la rue Villes-Martin, et les quais ; les dunes valaient 0,60fr. l’are en 1866 à 130fr. le m² !

    (4) il fallut attendre vingt ans avant qu'on agisse, et d'autres maires y perdirent à cause de cela leur siège

    (5) Lisez à ce sujet « Relation de la fièvre jaune: survenue a Saint-Nazaire en 1861, lue à l'Académie Impériale de Médecine dans les séances des 7, 14, 21 et 28 avril 1863, suivie d'une réponse aux discours prononcés dans le cours de la discussion et de la loi anglaise sur les quarantaines », du Docteur Melier.

     

  • Notes sur la famille Durand

    La famille Durand, est à l'origine une famille de laboureurs de Saint-Nazaire. L'un de ces membres devint pilote et engendra des élus municipaux, un célèbre médecin local, et un conseiller d'Etat.

     

    I° René Durand, époux de Marguerite Hervo, d'où :

    II° Pierre Durand, laboureur, marié : 1° le 22 septembre 1682 à Saint-Nazaire avec Jeanne Pichard, d'où 11 enfants ; 2° le 8 février 1707 à Saint-Nazaire avec Yvonne Bernier, d'où quatre enfants ; dont du second lit :

    III° Jean Durand, né à Saint-Nazaire le 21 avril 1711, matelot, maître pilote lamaneur, marié à Saint-Nazaire le 28 avril 1739 avec Françoise Rastel, d'où 11 enfants, dont :

    IV° Guillaume Durand,(Saint-Nazaire 10 février 1752 - Saint-Nazaire , soldat puis sergent des gardes-côtes, employé aux douanes maritimes, maire de Saint-Nazaire du 3 juillet 1811 au 24 août 1815 ; marié : 1° le 9 juin 1769 à Jeanne Boullet, (1751-1770) ; 2° le 9 juin 1772 à Françoise Allançon, (Saint-Nazaire 5 avril 1754 – Saint-Nazaire 4 décembre 1777), sœur de Jean-François Allançon, maire de Saint-Nazaire,  ; 3° 3 mai 1784 avec Jeanne Birgand ; d'où du troisième lit :

    1° Jean-Baptiste, (1789-1832), géomètre ;

    2° René, capitaine au long cours, lieutenant de Vaisseau, (1790-1832)

    3° Joseph-René, qui suit ;

    4° Julie, (1800-1800).

     

    V° Joseph-René Durand, capitaine au long cours, (Saint-Nazaire 20 novembre 1796 – Saint-Nazaire 22 octobre 1828), marié le 28 septembre 1826, à Nantes avec Esther Brun, (veuve elle se remaria le 9 novembre 1835 avec Charles-Alexandre Blanchard, maire remplaçant en 1830), d'où :

    VI° Hippolyte Durand, (Nantes 9 juillet 1827 – Saint-Nazaire 1892), médecin, médecin de la Santé, commissaire municipal à la mairie de Saint-Nazaire du 3 juillet 1811 au 24 août 1815, il du signer le 24 octobre 1814 un serment de fidélité au Roi après l'abdication de Napoléon, afin de rester en poste, il fut à nouveau commissaire municipal à la mairie en 1870, (une rue porte aujourd'hui son nom) ; marié le 4 février 1862 à Saint-Nazaire avec Marie-Aglaë Tahier, (1836-1919), fille de Jacques-François Tahier, capitaine au long cours, syndic des gens de mer à Saint-Nazaire, maitre de port, chevalier de la Légion d'Honneur, médaillé de Sainte-Hélène, et d'Eléonore-Aglaë Blanchard, (elle était la petite-nièce de Julien Tahier de Kervaret, maire de Saint-Nazaire de 1815 à 1823 et la nièce de Charles-Alexandre Blanchard maire remplaçant en 1830, et donc sa cousine par alliance) ; d'où, sous le nom de Durand-Tahier :

    1° Hippolyte-Marie-Alexandre, (Saint-Nazaire 14 août 1863 – Paris 7 février 1899), clerc de notaire, artiste peintre sous le pseudonyme de "Paul Froment",secrétaire général de la Société des Beaux-Arts, poète ; marié à Paris le 14 juin 1895 avec Elise-Juliette Cody, d'où postérité à Paris ;

    2° Louisa Marie Aglaë, (Saint-Nazaire 19 janvier 1865 - Le Croisic 10 juin 1941) ; mariée le 9 juin 1884, au Croisic, avec René Eudel, négociant au Croisic, puis directeur de la Maison de Santé de la rue Blomet à Paris XV, d'où postérité ;

    3° Anna Marie Joséphine, (Saint-Nazaire 10 mars 1867 -  Nantes le 10 mai 1930), mariée le 27 avril 1889 à Saint-Nazaire, avec Joseph-Léon-Paul Fraisse, (Nantes 5 mars 1864 – Sucé-sur-Erdre 2 novembre 1940), négocient, d'où postérité ; 

    4° Amélie, (Saint-Nazaire 13 juillet 1869 – Saint-Nazaire 5 décembre 1869) ;

    5° Charles, (Saint-Nazaire 25 mai 1873 - Saint-Nazaire 15 janvier 1983), docteur en médecine, marié : 1° le 4 février 1902 à Saint-Nazaire, avec Amélie Louise Rivet, décédée en 1904 ; 2° le 5 mai 1910, à Paris V, avec Marie Louise Torsat, sans postérité ;

    6° Émile-Marie, Saint-Nazaire 14 mars 1875 - Clichy 29 janvier 1950 ), conseiller d'état, commandeur de la Légion d'honneur le 22 mars 1917 ; époux de Jeanne Touron, sans postérité.

  • Chouan et royalistes qui furent maires de Saint-Nazaire

    Dans le n°210 de Saint-Nazaire magazine d'avril 2008, un article intitulé « Les maires de la Révolution française à nos jours », il est mentionné au sujet des anciens maires de Saint-Nazaire : « Certains seront républicains, d’autres un peu moins comme Bureau de la Bessardière ou Tahier de Kervaret. » (sic). La phrase est un doux euphémisme... Bureau de la Bessardière et Tahier de Kervaret n'étaient pas du tout républicains ! 

     

    Si le premier accueillit la Révolution comme ses contemporains, avec la continence de la nécessité de réformer un système qui agonissait depuis Louis XIV, il déchanta cependant quand la machine révolutionnaire s'emballa et devint incontrôlable. Le second, était lui un royaliste convaincu, attaché aux Bourbons.

     

     

    Sébastien Bureau de La Bessardière

     

    Sébastien Bureau de La Bessardière, dit aussi Bureau du Fiefheulin, fut baptisé le 13 novembre 1714 à La Boissières-du-Doré, (Maine-et-Loire), où son père, sieur du Fief-Heulin, possédait une charge de sénéchal. Sa famille fut anoblie par charge de secrétaire du roi, maison et couronne de France, anoblissement confirmé après règlement de quittance de taxe de confirmation de noblesse de 100 Livres le 28 mars 1693, (1). La charge de sénéchal exercée par le père de Sébastien était fort lucrative, mais peu commune pour un gentilhomme, cela traduit une certaine déchéance sociale, dans la mesure où, étant généralement assumées par des bourgeois, elle était considérée comme méprisable par les nobles, quoiqu'elle ne fut pas dérogeante.

     

    Entré en religion, Sébastien Bureau de La Bessardière fut d'abord vicaire à Saint-Nazaire du 21 juin 1751 au 1er juin 1755, puis promu recteur de la paroisse de Saint-Nazaire en 1763. Il y participa à la rédaction du cahier des vœux et doléances du général de la Paroisse, commencé le 23 novembre 1788, et dont les délibérations avaient conclu,  le 23 décembre 1788,  à la demande suivante (2) :

     

    28 décembre 1788

    Le Général de la Paroisse de Saint-Nazaire a arrêté :

    Que les représentants du peuple aux Etats, soit de la Province ou du Royaume, seraient priés de demander :

     

     

    1° L'abolition de toutes corvées pour le compte de l'Etat, parce que les 3 ordres la doivent supporter proportionnellement en argent et que le Tiers sera 30 ans sans contribuer à la corvée des grands chemins.

    2° Le remboursement de ce que le peuple a payé pour la capitation de plus que l'ordre de la Noblesse ;

    3° L'assistance tant aux Etats de la Province qu'à ceux du Royaume de MM. les recteurs ou vicaires ayant 10 ans d'exercice dans les paroisses pour faire moitié du Clergé.

    4° La suppression des francs-fiefs des lods et ventes en fait d'échange, le remboursement pour la grurie (3) et droits de nouveaux acquets et d'ansaisinement (4).

    5° La réunion de toutes les juridictions intérieurs dans une arrondissement donnée à une principale, sauf les droits respectifs des seigneurs.

     

    Réserve au surplus le Général à faire connaître les autres droits qu'il a à réclamer, par un des mémoires séparés et qui sera signé par MM. les Commissaires ci-dessus dénommés, par eux adressés, ou M. Chaillon, ou bien concurremment avec les autres.

     

    Arrêté en la sacristie de cette église, sous les seings de MM. les délibérants et Commissaires, Recteur, le procureur-fiscal président.

     

    Signé : Bureau, recteur ; Bertho ; Allançon ; Julien Rousselet ; Vincent Birgant ; Jean Geffroy ; Pierre Bertho ; Dufrexou ; Génnevois ; Louis Lescard ; François Boullet ; Jacques Labour ; Mathieu Dhervé ; Hardouin, procureur fiscal.

     

     

    En août 1789, il fut nommé au Comité de permanence de Saint-Nazaire, il en devient président le 3 février 1790, puis fut élu maire de Saint-Nazaire le 25 janvier 1790, investi de la fonction le 30 janvier suivant, et en poste jusqu'au 14 janvier 1791, date à laquelle il abandonna sa fonction « pour raison de santé ». 

    On arrêta sa lixalion du traitement auquel il avait droit en tant qu'ex-recteur de Saint-Nazaire, il demanda alors l'autorisation de demeurer chez son frère. Il avait prêté plus de vingt fois le semant civique depuis la Révolution, mais refusait de prêter le semant religieux, le procureur de Saint-Nazaire le poursuit afin qu'il le fit avec les autres prêtres, ce à quoi il s'exécuta le 23 janvier 1793. Deux mois après il quitta sa cure, s'établit chez son frère, puis devint aumônier de l'Armée Catholique et Royale, ce qui lui valut d'être condamné par contumace à la déportation. Il décéda à Saint-Mars-du-Désert le 11 janvier 1794 au milieu des chouans.

     

     



    bureau de la bessardière,maire de saint-nazaire,guerande,tahier de kervaret,durant,bregeotBureau La Bessardière
    : D’azur au chevron potencé et contre potencé d’or, rempli de sable, accompagné de trois burettes d’or.

     

     

     L'une de ses nièces, fut la marraine de la cloche de al vieille église en 1778

    (cf. René de Kerviler, " Doc.pour l'hist. de St-Nazaire, III, 73 ").

     

     

     

    Les maires qui furent nommés durant la Restauration :

    Au début du 19e siècle, le conseil municipal était élu, mais le maire nommé par le préfet,  qui désignait normalement l’un des élus du conseil. Quoiqu’il fût royaliste comme nombre d’officiers de marine, et choisis pour son attachement aux Bourbons. On ne peut affirmer les idées exactes de Tahier de Kervaret, par manque de témoignages à son sujet, il semble avoir été un royaliste modéré, et non comme son suivants, Bernardin de Lesquen qui était un «  ultra », (comprenez, ultra-royaliste, c'est-à-dire pour une monarchie capétienne et absolue, ce que l'on nomme aujourd'hui « légitimiste », quoique ce terme est souvent mal compris et déformé de nos jour). Jean-Pierre Mahé, était lui aussi proche des idées des ultras, ainsi que Charles-Alexandre Blanchard, dont l'attachement aux Bourbons, et sa parenté avec Tahier de Kervaret, lui valu de ne pas conserver la fonction, au profit de Mathieu Goy, marchand et aubergiste, dont la nomination déplu aux élus municipaux, au point que le jour de son entrée en fonction le 15 décembre 1830, les conseillers municipaux, sauf un, quittèrent la salle. Une lettre collective fut adressée au préfet, reprochant à Mathieu Goy de ne pas être natif de la commune, où pourtant il était arrivé enfant quand son père acquit la ferme de la Vecquerie, de n'avoir jamais fait partie de la marine ou de l'armée, de n'avoir jamais eu de vie politique, ou de s'être investi localement dans quelconque œuvres, etc, ce qui était faux, attendu que Mathieu Goy avait été capitaine au long cours ! En fait on reprocha à Mathieu Goy ce qui avait fait qu'on l'avait nommé : être un honnête commerçant qui n'avait pas été impliqué dans quoi que ce soit du temps de l'ancien gouvernement renversé par la révolution de 1830 ; mais aussi, parce que Charles-Alexandre Blanchard, était président de la commission sanitaire, et que les décisions qu'il prenait en tant que, il les faisait exécuter entant que maire ! Mathieu Goy laissa d'ailleurs un très bon souvenir aux Nazairiens, alors que ses précédents furent oubliés ...

    Précisons enfin que comme le voulait l’usage, perpétué sous la République, puis sous l’Empire, le maire et les conseillers municipaux prêtaient serment de fidélité au Roi, et obéissance à la Charte constitutionnel.

     

     

    Nous publions ici un passage de la généalogie de la famille Tahier, liée à l'histoire de Saint-Nazaire et de Guérandes au 19e siècle.

     

    Tahier

    Famille bourgeoise guérandaise.

     

    I° Julien-Maurice Tahier, sieur de La Villesgouté, né en 1717 à Ploubalay, décédé en avant la naissance de son second fils, contrôleur aux devoirs ; marié à Guérande le 2 août 1746 à Aimable-Jeanne-Jérômine de Kerveno (issue d'une famille noble), née le 22 septembre 1719 à Donges, décédée le13 février 1786 à Guérande, d'où 12 enfants dont :

    1° Jacques-René-Claude Tahier, (Guingamp 19 septembre 1748 – Guérande 13 juillet 1816), marié à Guérande le 16 septembre 1798 avec Françoise Viaud, d'où 5 enfants dont :

    A° Jacques-François Tahier, né à Guérande le 8 février 1796, sous le nom de Viaud, reconnu par son père au mariage de ses parents le 16 septembre 1798, capitaine au long cours, syndic des gens de mer à Saint-Nazaire, maitre de port, chevalier de la Légion d'Honneur, médaillé de Sainte-Hélène, époux d'Eléonore-Aglaë Blanchard, d'où quatre enfants, dont, Marie-Aglaë, (1836-1919), épouse de Hippolyte Durand, (Nantes 9 juillet 1827 – Saint-Nazaire 1892), médecin, commissaire municipal à la mairie de Saint-Nazaire.

    2° Julien Maurice Tahier de Kervaret, qui suit.

     

    II° Julien-Maurice Tahier, sieur de Kervaret, (La Roche-Bernard le 20 septembre 1749 – Saint-Nazaire 6 décembre 1832) ; lieutenant de Frégate en 1778, de Vaisseau 1786 à nouveau en 1792, en l'an II, 18 Floréal (1793) parti à Philadelphie conduire un ambassadeur et toute sa suite, en l'an V (1796) commandant la corvette "Mercury" et la station navale de Mindin capitaine de Frégate en 1814, retraité le 1er novembre. 1817, nommé maire de Saint- Nazaire le 13 septembre 1815, il entra en fonction le 25 suivant, et resta en place jusqu'en 1823, date à laquelle il démissionna en raison de son âge et de ses infirmités ; chevalier de Saint-Louis 1821 ; propriétaire du domaine du Parc à l'Eau ; marié à Saint-Nazaire le 18 juillet 1799 à Françoise Thomas, d'où :

    1° Aimable-Geneviève, (1801-1866), hérita du domaine du Parc à l'Eau ;

    2° Claire-Eulalie, (1802-1866) ;

    3° Aimée-Gertrude, née à Saint-Nazaire le 23 octobre 1806, mariée sous le nom de Tahier du Kreset à Saint-Nazaire le 10 mai 1830 avec Pierre-François-René de Brégeot, né à Herbigniac le 14 juin 1801, licencié en droit, juge auditeur à vannes le 10 mars 1825, substitut à Savenay en 1829, juge de paix à Guérande en 1849, conseiller général de la Loire-Inférieur de 1850 à 1853, juge de paix à Briec en 1867, d'où : 

    1° Eugène-Julien-François de Brégeot, né le 4 mars 1831, décédé en 1904, maire de Guérande, marié à Guéméné-Penfao le 28 septembre 1869 avec Aline Potiron de Boisfleury, d'où postérité ;

    2° Henri-François de Brégeot, né le 7 avril 1833 ;

    3° François-Maurice de Brégeot,  né à Guérande le 10 octobre 1834, il fonda une briquerie à la Ville-au-Fève en 1862, celle-ci était en ruine en 1925 (cf. H.Moret), c'est son fils, Pierre-François-René, vendit à la paroisse le terrain de l'église Saint-Nazaire en 1886.

     

     

    A la suite Julien Tahier de Kervaret, on nomma pour maire Bernardin-Marie de Lesquen

     

    Bernardin-Marie de Lesquen, né le 24 novembre 1778 à Pontchâteau, dans une famille noble d'extraction chevaleresque maintenue en 1668 à Saint-Brieu, qui possédait la terre de Casso à Pontchâteau, il fut maire de Saint-Nazaire sur nomination 19 juin 1826, entré en fonction le 6 juillet suivant, il resta en post jusqu'à sa démission pour raison de santé le 8 juin 1829. En commémoration du sacre de Charles X qui avait eu lieu le 29 mai 1825, il organisa une grande fête publique, durant laquelle il lut une longue déclaration dithyrambique dans un style très niais, désignant le souverain sous le vocable de "bon roi Charles X"  appelant à l'allégresse générale, et finissant par  " Vive Charles X !  Vivent les Bourbon ! ". La municipalité prêta serment au Roi et à la Charte constitutionnelle maintenue le 2 avril 1826.

     

    Jean-Pierre Mahé, fut promu maire remplaçant de Saint-Nazaire  du 8 juin 1829 au 29 juillet 1830. Ce n'était pas la première fois qu'il exerça cette fonction du 28 août au 24 septembre 1815, en remplacement de Guillaume Durant, maire nommé durant l'Empire, et qui avait eu la mauvaise idée de se rallier à l'Empereur durant les Cents jours. Jean-Pierre Mahé était issu d'une très ancienne famille nazairienne de laboureurs.

     

    Suite  à la révolution de 1830, Charles-Alexandre Blanchard fut donc nommé maire remplaçant, le 26 juillet 1830, il espéra être investi définitivement, mais le 15 novembre 1830, le préfet nomma Mathieu Goy maire, à son détriment.

     

    Nous publions ici un extrait de la généalogie de la famille Blanchard, dont les alliances son intéressante au point de vue de l'histoire locale :

     

     

    Blanchard

     

    Famille bourgeoise venue de Charente, à ne pas confondre avec une famille homonyme qui habitait avant la Révolution le village de La Grande-Fontaine (6).

     

    I° Jean Blanchard, (Jurignac (Charente) 1768 – Saint-Nazaire 15 mai 1823), officier de Santé, époux de Marie-Charlotte-Elisabeth Thomas, d'où :

    1° Jean-Marie, capitaine au long cour ;

    2°  Charles-Alexandre Blanchard, (Saint-Nazaire 24 septembre 1797 – Saint-Nazaire 22 juillet 1866), médecin, officier de santé, maire remplaçant du 26 juillet au 15 novembre 1830, marié le 9 novembre 1835 à Nantes avec Ester Brun, (elle était veuve de Joseph-René Durand, et mère de Hippolite-Joseph Durant, médecin, commissaire municipal à la mairie de Saint-Nazaire du 3 juillet 1811 au 24 août 1815, qui avait signé le 24 octobre 1814 un serment de fidélité au Roi après l'abdication de Napoléon, afin de rester en poste) (7);

    3° Eléonore-Aglaë Blanchard, (Saint-Nazaire 15 juillet 1803 – Saint-Nazaire 10 février 1865), mariée à Saint-Nazaire le 26 novembre 1833 avec Jacques-François Tahier, capitaine au long cours, syndic des gens de mer à Saint-Nazaire, maître de port, chevalier de la Légion d'Honneur, médaillé de Sainte-Hélène, (neveux de  Julien Tahier de Kervaret, maire de Saint-Nazaire de 1815 à 1823), d'où quatre enfants donc une fille épouse du maire Hippolyte Durand, son cousin par alliance. 

     

      

    (1) A.N., P 3850, p. 177 - Elle fut aussi maintenue noble comme descendante d'un secrétaire du Roi lors de la réformation de noblesse par arrêt du 6 avril 1699, (Bibliothèque Municipale de Rennes, Ms. 504 et 505)

    (2) Relevé et publié par Gustave Bord, dans :« Saint-Nazaire sous la Révolution, 1789-1790 », Saint-Nazaire, imp. Frédéric Girard, 1881.

    (3) Grurie, ou gruerie, juridiction intérieure qui prononçait en première instance les délits forestiers. On nommait aussi gruerie le droit que percevait le Roi sur les coupes de bois. Les seigneurs ayant le même droit étaient qualifiés de seigneurs gruyers.

    (4) Ansaisinement, pour ensaisinement, mise en possession de l’acquéreur d’une propriété tenue en roture. L’ensaisinement, ou investiture, était donné par le seigneur de qui dépendait la propriété.

    (5) Famille toujours existante ayant fait ses preuves en mai 1934 à l'A.N.F. Armoiries : De sable à  trois jars d'argent, becqués et membres de gueules.

    (6) La Grande-Fontaine était un hameau situé sur la dune, avant le bourg, situé à peu près ou se trouve aujourd'hui l'église Saint-Nazaire.

    (7) Son portrait, conservé en des mains privées, a été reproduit par Fernand Guériff, en 1963, dans son "Histoire de Saint-Nazaire", tome 2, p. 241.

     

  • le Château de Porcé à Saint-Nazaire, première partie

    saint-nazaire,porcé,château,gustave bord,patrimoine,histoireUn château et son nom

     

    Château de Port-Cé en aout 2009, photo Saint Loup.

     

    Port-Cé ou Porcé, les cartes ne sont pas d'accord sur l'orthographe du lieu, en fait le nom original est Port Ségurand,  ou encore Port Ségouran, du latin Portus-Séguranusc'est à dire « port protégé ». Sous le règne de Louis XIV, les romains furent à la mode, et l'on chercha le lieu où s'abrita avec sa flotte Jules César durant les combats navals qui l'opposèrent aux Vénètes et aux Namnètes. entre l'estuaire de la Loire et celui de la Vilaine(1), on associa alors le nom de Port-Ségurand, orthographié parfois en Port-Sé au nom de Portus-Caesaris, en faisant alors Port-Cézaré, Port-César, puis Port-Cé, enfin Porcé(2), on y installa un corps de garde pour surveiller la côte, et le lieu fut alors cartographié Port-Cé… On trouve encore les orthographes suivantes jusqu'au début du 20e siècle : Porsay, et Porçay.



    Port-Cé n'a jamais été une seigneurie, il n'a jamais comporté de manoir ou de château avant l'arrivée de la famille Bord. Avant la Révolution c'était un fief, (comprenez un terrain qui se transmettait en partage noble), appartenant aux seigneurs du Bois-Jolland, inféodé à la vicomté de Saint-Nazaire, où l'on piégeait dans des nasses les poissons qui venus frayer dans le ruisseau. Les propriétaires du lieu furent donc les familles Le Pennec, puis de Sesmaison.

    L'aveu du 13 septembre 1734 mentionne dans le dénombrement des biens de la famille Le Pennec seigneur de Bois-Joallan, dans ses article 36 et 37 parmi les terres sises à Gavid (Le Grand Gavy) " l'escluse de Ségurand ". Puis à l'article 52 il est écrit : " Six erraux de terres autres erreaux appartenant au seigneur de Heinleix-Pommeraie, d'autre côté erreaux appartenant à Jacques Bernard, fils de Mathurin, qu'ils tiennent dudit seigneur de Boisjollan ".

    L'emplacement de l'école Ferdinand Buisson était une vigne : " la vigne du Prieuré" ; elle appartenant en effet au Prieuré Saint-Jean-Baptiste de Saint-Nazaire, et fut saisie à la Révolution. Les terres du prieuré furent toutes rachetées par la famille Galliot de Cran. Rappelons que toutes les falaises de Saint-Nazaire étaient couvertes de vignes jusqu'à l'épidémie de phylloxéra. Seuls bâtiments existant avant la construction du lotissement de Porcé : la métairie de La Vecquerie, propriété de la famille Goy, entre 1804 et 1854, qui devint, à force de rachat de parcelle par Alcide Bord, la ferme du Château de Charmilles. Mathieu Goy, (1792 - 1860), ancien capitaine au long cours, avait hérité de la Vecquerie de son Antoine Goy, qui lui-même l'avait acquise en 1804 suite à la liquidation de la succession de  Claude-Louis-Gabriel-Donatien marquis de Sesmaisons. Mathieu Goy conserva pour son usage la maison qui fait l'angle de la rue de La Vecquerie et de la route de Saint Marc, qui était à la fois son logement et son commerce d'épicerie et de restauration. Il fut promu maire de Saint-Nazaire du 21 décembre 1830 au 22 octobre 1834, sous décision préfectorale. Mathieu Goy avait hérité La Vecquerie de son père, Antoine Goy, qui l'avait acquise en 1804 suite à la liquidation de la succession de Claude-Louis-Gabriel-Donatien marquis de Sesmaisons.

     

    saint-nazaire,porcé,château,gustave bord,patrimoine,histoire

    la plage de Porcé vers 1908, Coll. Saint Loup

     

    Henri Moret nous apprend que l'on tenta de créer une sorte de station balnéaire à l'image de ce qui se faisait à La Baule, Saint-Marc, et Sainte-Marguerite, le commanditaire était Alcide Bord. La destruction des archives de Saint-Nazaire durant la Seconde guerre mondiale fait que nous ignorons qui était l'architecte, mais il est probable que se soit Henri Van Den Broucke(3) qui en fut l'auteur, il était le seul architecte de Saint-Nazaire compétent en la matière, celui-ci a réalisé le lotissement de Sainte-Marguerite, et de nombreuses villas dans le centre de Pornichet. Ces maisons sont toutes construites à partir de 1854-55 dans le mêmes style, en gré enduits, briques et tuiles mécaniques, toutes baptisées de noms floraux : Les Acacias, sur la falaise, dominant la plage près de l'ancien corps de garde transformé en chapelle par l'abbé Créton(4).

     

    saint-nazaire,porcé,château,gustave bord,patrimoine,histoire


    La plage, avec les Acacias, et l'ancien corps de garde devenu chapelle du chanoine
    Coll. Saint Loup
     

    Les Camélias, sur le chemin de La Plage, et le Château des Charmilles, connu à partir de son achat par monsieur et madame Raffegeau sous le nom de Château de Port-Cé. Ce type de lotissements sera encouragé par la propagation des découvertes de Pasteur qui recommandera pour la santé les séjours balnéaires et les bains de mer pris par l'impératrice Eugénie et la reine Victoria.

    Commentaires sur la Guerre des Gaules : Ouvrage d'histoire en sept livres constitué de notes rédigées au fur et à mesure de la guerre par Jules César, et rassemblées vers 52-51 av. J.-C.

    2 cf. Fernand Guériff.

    3 Il était  le beau-père de Ferdinand de Puigaudeau, et le grand-père d'Odette du Puigaudeau

    Alfred-Pierre Créton, né à Saint-Nazaire en 1842, prêtre en 1867, professeur aux petits séminaires de Nantes et de Guérande dont il fut le directeur, puis vicaire à Saint-Similien de Nantes en 1882, aumônier de l'Hôtel Dieu en 1883, curé de Montoir en 1883, curé doyen de la basique de Saint-Nicolas de Nantes en 1891. Il fut pressenti pour devenir évêque de Vannes en mars 1898, mais se fut Amédée-Jean-Baptiste Latieule qui fut nommé à sa place. 

     

     

    Propriétaires successifs du Château des Charmilles, dit de Port-Cé

     

    On trouvera dans ces notes les généalogies et biographies des propriétaires privés. (Les prénoms soulignés sont les prénoms usuels).

     

     

    Première époque, la château des Charmilles, 1860-1909 :

     

    La famille Bord. D'Alcide à Gustave...

     

    I° Sylvain-Alcide Bord, né en 1827 à La Chatre dans l'Indre, décédé au Pellerin le 13 octobre 1888, entrepreneur de travaux publiques. Il était le fils d'Etienne Bord, natif du village de Compreignac près de Limoges, d'une famille de tailleurs de pierres, et de Jeanne Vaury, originaire de l'Orléanais (elle était encore vivante et domiciliée à La Chatre à la mort de son fils). Son père avait fait fortune avec la Révolution et l'Empire, période durant lesquelles de nombreuses routes nouvelles furent créées et des ponts construits. Alcide restera toute sa vie très attaché à ses racines limousines, c'est d'ailleurs à Limoges qu'il se maria et où sont nés ses enfants. Il s'installa à Saint-Nazaire avec eux vers 1852-1853, afin de participer à création du port de Saint-Nazaire, où il collabora d’abord avec l’ingénieur Paul Leferme, puis sous la direction de l'ingénieur (aussi archéologue et historien) René de Kerviler c'est son entreprise qui creusera le bassin de Penhouët de 1875 à 1884. D'après les descendants de ses anciens employés, Acide Bord aurait aussi participé à la construction du canal de Suez, nous n'en avons pas trouvé d'informations à ce sujet, mais son fils Gustave le mentionna plusieurs fois à son entourage. Alcide participa à la construction du canal de Basse-Loire (et non du chenal), travaux durant lesquels il décéda dans une maison du Pellerin. Son corps fut inhumé à Saint-Nazaire, et c'est René de Kerviler, dont il était l'ami, qui prononça le discours sur sa tombe. De son vivant il était domicilié rue de La Paix, maison où se trouvait le siège de son entreprise dont l'associé était A. Nouteau, et qu'il laissa à son fils à son mariage, au profit d'une résidence au 20 rue Mercœur à Nantes. A Saint-Nazaire, sa position de notable, sa fortune grandissante, le bruit constant de la ville en construction, mais surtout les épidémies régulières de choléra et de fièvres qui firent plusieurs morts, l'incitent à se faire bâtir une demeure à l'extérieur de la ville, suffisamment éloignée pour en fuir les désagréments, mais suffisamment proche pour revenir rapidement gérer ses affaires en ville. Son choix se porte alors sur Porcé où dont fait l'acquisition en 1854 de la métairie de La Vecquerie qui comprenait tout le vallon, et par la suite de l'ancienne vigne du prieuré après de la famille Galliot de Cran.

     

    L'ensemble du lotissement de Porcé, qui aurait du devenir une station balnéaire, est à l'image de ce qui se fait encore en 21e siècle, nous entendons par ces termes que les matériaux sont industriels, que rien n'est personnalisés, aucun artisans d'art n'est intervenu, l'architecte ne s'est pas permis des fantaisies particulières. Le château est en réalité une vaste villa second empire dans le style " chalet " alors très en vogue. Les pièces étaient nombreuses, spacieuses, mais pas démesurées, dotées de grandes cheminées de marbre, dont le bord des foyers était garnie de carreaux de Delft, figurant des cavaliers. Tout était conçu pour profiter de l'air marin, de la lumière tout en étant abrité du soleil.

     

    La nature de la structure du château, laisse à penser que la construction eu lieu en plusieurs temps, d’abord le corps centrale, à la manière sur un plant classique, pour résider, puis l’aile Est, pour recevoir dans un vaste espace de réception, et enfin l’aile Ouest, pour les services, et l’adjonction d’une tour pour castelliser l’ensemble. De villa, Les Charmilles, se mutèrent en château, témoignage de sa réussite d'Alcide Bord. 

     

    La maison était faite pour recevoir, avec au rez-de-chaussée un hall d'où part un escalier centrale en bois ouvragé à double évolution, qui se réunissaient à un inter-palier ou se trouvaient à gauche les wc, puis delà repartaient quelques marches vers un second palier qui s'ouvrait sur une véranda et les couloirs des chambres ; au rez-de-chaussée donc, vers l'Est un petit salon s'ouvrant sur une loggia qui fut par la suite vitrée et transformée en salon d'hiver, et un second très vaste, nommée « salle des gardes » qui faisait office bibliothèque et billard doté d'un parquet alors que le reste de la maison était carrelée, avec une porte fenêtre ouvrant sur le parc au sud, le plafond était garni de poutres de bois entre les quelles se trouvaient des lattes posées en chevrons, le premier tiers de la pièce était coupé par une poutre de fonte appuyée sur deux colonnes de fonte, le second tiers était très de sorte de former une alcôve. Vers l'ouest une salle à manger intime, une loggias  elle aussi vitrée avec des visseries métalliques par le docteur Raffegeau, faisant office de salon d'hiver, une cuisine et son office, à l'étage une dizaines de chambres, une véranda, et luxe extrême en cette période de catholicisme exacerbé, une chapelle, à l'imitation des familles nobles, située à l'angle Nord-Est. on y accédait par quelques marches qui conduisaient à une tribune, on en redescendait pour accéder à la chapelle proprement dite, de forme octogonale avec une voûte en ogive en stuc. Les six chambres des domestiques étaient sous les combles du corps central, l'aile Est était surmontée d'un vaste grenier, l'aile ouest avait une toiture plate. Il y avait des caves en sous sol n'occupaient que la moité de la largeur, l'accès se faisait depuis la cuisine et depuis le hall, ainsi que par un escalier extérieur sous le pallier de la cuisine à l'Ouest. Comme nous l'avons écrit les matériaux de constructions étaient simples, carreaux de ciments, boiseries en sapin tinté, dont les moulures n'étaient que des baguettes cloutées formant des rectangles et des losanges, surmonté d'une frise de 10cm ou 15cm de hauteur, constituée de fuseaux de bois tourné, entre deux moulures, derrière lesquels était "collé du cuir rouge" d'après le souvenir d'une ancienne résidente, mais qui devaient être probablement de la moleskine. L'escalier était en chêne, comme les portes du hall et des pièces de réception, traité dans le style breton. Les volets étaient en bois, ou métalliques, balustres et festons en bois blanc découpés mécaniquement, poutres et colonnes de soutènement en fonte, tout est produit de l'industrie, mais la forme général du bâtiment, avec sa tourelle, ses nombreuses dépendances, et surtout le lieu de son édification, font que cette demeure a un charme unique, qui malgré sa ruine nous laisse encore rêveurs. Le parc est encore agrémenté de cèdres, palmier phénix, une vaste pelouse décent en pente douce vers la mer aboutissant à une maison de plage dotée d'un garage à bateau, les massif de camélias ont malheureusement disparus, ainsi que les nombreux bâtiments annexes.  Le domaine était constitué de 22ha de terres qui s'étendait de la route de Vecquerie à la Plage et du chemin de la Plage jusqu'au sous-bois qui constitue l'actuel parc de Porcé. La propriété comporte plusieurs portails, le principal se trouve encore en 2012 sur la rue de La Vecquerie, entre le blockhaus-tour et l'école Ferdinand Buisson, il porte à son sommet les initiales B et V, pour "Bord" et "des Vallières", ce portail d'honneur est en fait sur une parcelle séparée du parc du château, le chemin de Porcé passe en effet à cet endroit, Alcide Bord chercha à annexer cette partie du chemin communal mais ce chemin existaient depuis bien avant la Révolution, après de nombreuses querelles il dut abandonné son projet. Depuis le portail d'honneur on accédait dont à un second portail ouvrant sur le sommet du parc, un autre portail en fer forgé, plus modeste se trouve le long du chemin de la plage, enfin un simple portail de bois fait face à la plage, l'ensemble de la propriété est clôturée de grillages et de haie, sauf au nord le long du chemin de Porcé où il était bordé d'un mur de pierres. En dehors du château proprement dit il y avait donc de nombreuses dépendances : des écuries construites à l'ouest à peut prêt à l'emplacement du gymnase, un atelier en haut du chemin de la plage, une maison de gardien près de l'école Ferdinand Buisson, une autre belle maison plus tard baptisée Pornichette à l'emplacement de l'école, et bien sûr la ferme de La Vecquerie à l'emplacement du collège. Le parc était agrémenté de vases en fonte, de quelques statues, d'un colombier en bois, (simple nichoir au sommé d'un poteau entre l'aile Ouest et le chemin de La Plage).

     

    Alcide Bord avait épousé Marie-Joséphine Sazerat (1), issue d'une vieille famille limougeaude, d'où   :

    1° Jean-Baptiste-Gustave Bord, qui suit ;

    2° Louise-Eulalie-Jeanne Bord, mariée civilement le 15 novembre 1884, Paris 9e, religieusement le 17 novembre, en l'église Notre Dame de Lorette à Paris,  avec Octave-Marie Fidières-Desprinveaux puis Fidière des Prinveaux, 1855-1904, cousin germain de sa belle sœur Dolorès Lefebvre-Desvallières.

     

    - Au cours de l'hiver 1877-78, Marie-Joséphine Bord se rendit chez le sculpteur nazairien Alfred Caravaniez dans son atelier de la rue du Dolmen, qui était en réalité une serre (une autre version de l'histoire dit qu'elle envoya en fait Gustave mais il semble bien que c'est elle qui fit la visite). Caravaniez n'avait pas les moyens de payer de quoi se  chauffer, ni de rémunérer un modèle. Il posait nu devant un miroir pour l'une de ses oeuvres quand madame Bord débarqua ! Elle lui versa une pension à titre de mécénat, incita son époux à faire pression sur le conseil municipal pour qu'une bourse d'études lui soit versée, et avec l'aide de son fils l'introduit dans le milieux royaliste, ce qui lui procura des commandes.

     

    saint-nazaire,porcé,château,gustave bord,patrimoine,histoire

    Le château au temps de Gustave Bord, vers 1905. Coll. Saint Loup.

     

    II° Jean-Baptiste-Gustave Bord, né le 26 janvier 1852 à Limoges, décédé le 21 avril 1934 à Saint-Malo. Sans profession au moment de son mariage et à la naissance de ses deux fils, c'est un érudit, passionné de mathématique, de musique qui devient historien spécialisé sur la période révolutionnaire, royaliste légitimiste, il fut un des cinq membres du Parti monarchiste à assister aux obsèques du comte de Chambord en 1883, de catholique fervent il devint fanatique, totalement antirépublicain, persuadé de la culpabilité des loges maçonniques dans la Révolution de 1789, qu'il accusa d'être " une secte religieuse matérialiste ". Il reprit la direction de l'entreprise de son père à la mort de celui-ci, poursuivant la construction du canal de la Basse-Loire, mais dilapida ses revenus et sa fortune dans ses activités royalistes. Il fonde en 1883 avec l'orléaniste Charles d'Héricault de La Revue de la Révolution, qu'il dirigea jusqu'en 1890, il écrivit des articles dans Le Correspondant, L'Éclair, collabore à L'Intermédiaire des chercheurs et des curieux dont le créateur est son ami, et à partir de 1912 dans la Revue internationale des sociétés secrètes, ou encore La revue bleue. En parallèle il est l'auteur entre autres de :

     

    • Saint-Nazaire sous la Révolution, 1789-1790 ; Saint-Nazaire, Frédéric Girard imprimeur, 1881 ;
    •  La Prise de la Bastille, conséquences de cet événement dans les provinces jusqu'aux journées des 5 et 6 octobre 1789, Paris, Champion, 1882 ;
    • La Prise de la Bastille, conséquences de cet événement dans les provinces jusqu'aux journées des 5 et 6 octobre 1789, Paris, Champion, 1882 ;

    • Le combat du 13 prairial an II et La légende du vengeur, Nantes Imprimerie Vincent Forest et Emile Grimaud, 1883.

    • Un épisode de l'histoire de Saint-Nazaire: les pilotes de Saint-Nazaire en 1791; Saint-Nazaire, Girard imprimeur, 1883 ;

    • La vérité sur la condamnation de Louis XVI : liste des membres de la Convention et de leurs suppléants, Paris, A. Sauton, éditeur. 1885 ;

    • Documents pour servir a l'histoire de la Révolution Française, en collaboration avec Charles d'Héricault, Paris, A. Saudron, 1885 ;

    • Naploléon et ses derniers historiens, 1887.

    • Histoire du blé en France : Le pacte de famine, histoire-légende, Paris, A. Sauton, éditeur. 1887 ;

    • La franc-maçonnerie en France des origines à 1815 ; Nouvelles Librairie nationale, paris, 1909, (qui se voulait être une liste brulot des loges maçonniques, mais qui est devenu malgré lui un outil de recherche pour les francs-maçons !) ;

    • Étude sur la question Louis XVII – Autour du Temple (1792-1795), III Pièces justificatives, Paris, Émile-Paul éd., 1912 ;

    • Législation des grains ;

    • Changements apportés aux noms de villes pendant la Révolution ;

    • Histoire de l'épiscopat français ;

    • Une émeute à Saint Nazaire en 1791 ;

    • Lendemain de Révolution ;

    • Grandes et petites légendes ;

    • La conspiration révolutionnaire de 1789, 1909 :

    • La fin de deux légendes: l'affaire Léonard, le baron de Batz, 1909 ;

    • Documents inédits sur les soulèvements de mars 1793 dans le département de la Vendée ; Saint-Nazaire sous la révolution, 1789-1790, document inédits pour servir l'histoire de la Révolution à Saint-Nazaire, sous le pseudonyme de " vicomte B. d'Agours " ;

    • Autour du Temple (1792-1795), 1912 ;

    • Grandes et petites légendes ;

    • Barfleur et La Hougue ;

    • Restauration des Stuart ;

    • La maison du "dix-huit brumaire ", (Paris), Editions Neptune, 1930, en collaboration avec L. Bigard.

     

    et fit éditer et annota :

     

    • Le patriote Bournonville, 1791-1792 : documents inédits pour servir à l'histoire de la révolution à Saint-Nazaire, Saint-Nazaire, F. Girard imprimeur, 1881 ;

    • Mes trois mois de prison dans la Vendée : mémoires d'un capitaine des volontaires de Sillé-le-Guillaume envoyé en Vendée en 1793, Nantes, V. Forest, 1882 ;

    • Notes sur les tribunaux criminels sous le directoire, d'après des documents inédits recueillis et annotés, Paris, Bourgeois, 1882 ;

    • Papiers du comte Molé.

     

    La majorité de ses publications le furent à compte d'auteur, et sa revue ne lui rapporta jamais d'argent.

     

    Gustave Bord épousa à Saint-Nazaire le 26 juillet 1880 Jeanne-Dolorès Lefebvre-Desvallières, dit Dolorès des Vallières, née le 13 août 1860 à Ville d'Avray, (anciennement en Yvelines, aujourd'hui en Haut de Seine), décédée avant 1919, fille d'Anatole-Marie Lefebvre-Desvallières, né en 1838, alors receveur particulier des finances à Saint Nazaire, et de Luisa-Françoise-Prospère de Barberia, dite Louise. Elle eut pour témoins son oncle paternel Ernest-Louis-Prosper Lefebvre-Desvallières, et pour second témoin son cousin germain par filiation paternelle Octave-Marie Fidière-Desprinveaux dit des Prinveaux. Un contrat de mariage fut signé chez maître Georges Le Besque, notaire à Saint-Nazaire, on en ignore le contenu, mais tout laisse à penser que la dote de Dolores était très importante et que ce contrat permis à celle-ci de ne pas être entraînée dans la ruine de son époux. Le discours du mariage fut prononcé par Auguste Touchet, Gustave fit publier le discours, avec celui que le même avait fait au mariage de la sœur de Gustave, en 1885.  Ils se domicilièrent à Saint-Nazaire rue de La Paix dans la maison de son père, où naquirent :

     

    1. Henri-Louis-Georges Bord, né le 30 avril 1881, mort en 1929, connu sous le nom de Bord de Pierrefitte, il hérite de sa mère le château de Bon Don, près de Vannes où celle-ci vit séparée de son époux en 1909, il a un domicile au 1 square de l'Alboni à Paris (16), il ne contracta jamais d'alliance ;

    2. Henri-Sylvain-Jacques Bord, né à Saint-Nazaire le 6 août 1882, marié 1° à Versailles le 5 mars 1915 à Lucrèce Protococcus ; 2° à Marseille le 28 septembre 1940 à Gabrielle-Anne Garnier ; il décéda le 22 janvier 1971 à Marseille. Il est nommé sous le nom de Bord de Pierrefitte à l'adresse de sa mère en 1909, mais n'utilisera jamais cette particule à sa majorité, et n'aura pas au contraire de son frère de vie mondaine.

     

    En 1897 Gustave Bord fit publier dans l'Annuaire des châteaux, qu'il résidait au château des Charmilles à Saint-Nazaire, et au 55 avenue des Champs Elysées à Paris, à l'angle de la rue de La Boétie, en 1899 son adresse parisienne change pour le 60 rue de Londres, face au pont de l'Europe, puis en 1907 le couple et leurs fils résident au 145 rue de La Pompe dans le quartier de l'Etoile, il n'est pas propriétaire de ses logements parisiens, l'immeuble de la rue de La Pompe appartient à la Compagnie d'assurance sur la Vie.

     

    L'intérieur était meublé avec gout, si les meubles hérités de son père étaient de facture industrielle dans le style « renaissance » alors en vogue, sans une valeur marchande particulière, Gustave était un collectionneur, instruments de musique, objets d'art et de curiosités de la fin du 18e siècle s'entassent dans les pièces du château, et surtout il possédait une importante bibliothèque et une collection réputée de manuscrits révolutionnaires.

     

    S'il poursuivit à la suite de son père le creusement du canal de la Basse-Loire, pour lequel il demanda révision d'expertise auprès du Conseil de la préfecture le 27 octobre 1894, après que le Préfet l'ait attaqué dans deux rapports les 18 juin et 17 juillet 1894, avec messieurs Dinet et Monmerqué les 26 et 27 juin, Gustave Bord se désintéressa de plus en plus de son entreprise, il fonda un comité royaliste cantonal à Saint-Nazaire, et devient conseiller municipal de Saint-Nazaire de 1885 à 1889, sa correspondance d'entre 1882 à 1932, tombée après la mort de son fils aîné dans des mains étrangères, a été vendue en salle des ventes à Paris en 2005, elle comprenait des échanges avec les historiens Léon de La Sicotière, Henri Wallon, le marquis de Lescure, Alphonse Aulard, les écrivains et critiques littéraire Hippolyte Babou et Edmond Biré, Gustave Desnoiresterres, Georges Montorgueil fondateur de L'intermédiaire des chercheurs et des curieux, Henri Lavedan, l'avocat Claudio Jannet auteur antimaçonique, imprimeur-éditeur parisien, mais aussi le recteur de l'Institue Catholique de Paris monseigneur Maurice Le Sage d'Hauteroche d'Hulst, l'abbé Augustin Jouin. En juillet 1905 il perdit l'usage de l'œil droit, la cause nous est inconnue, (peut être une risque au moment des inventaires des églises), mais il poursuivit plus ardemment ses activités littéraires, politiques, et antimaçonnique. Gustave perdit peu à peu le bon sens et la raison, il devint totalement fanatique, persuadé d'un complot perpétuel de la franc-maçonnerie contre le Roi, l'Eglise et la France sa fille aînée. La loi de 1905 qui sépare l'Eglise et l'Etat, la réforme des congrégations qui entraîna l'exil de millier de religieux, et surtout les inventaires des églises qui furent l'objet d'affrontements entre gendarmes et paroissiens, finissent de le conforter dans sa paranoïa, il associa dans son esprit la République et franc-maçon, au point d'affirmer que si l'on supprimait le principe d'égalité les loges-maçonniques disparaîtraient, le tout soutenu par de longues théorisations alambiquées nourries des écrits d'Augustin Barruel (3).

    Gustave Bord et son épouse passaient à Saint-Nazaire pour des personnes généreuses. Gustave fit de nombreux dons pour financer la construction de l'église Saint-Gohard que fit édifier l'abbé Hamel. En 1897, à la création de la salle 6 de l'Hôpital, dite salle Sainte-Anne, il donna 5.000fr et paya le mobilier. 

     

      En 1907, Gustave qui passait pour l'un des hommes les plus riches du canton, se trouva ruiné, de plus en plus violant  et instable psychiquement. Sa femme obtint la séparation afin de sauver ce qui reste de sa fortune personnelle et de protéger ses enfants, elle prit dans le monde le nom de Bord de Pierrefitte, particule et nom de terre qui ne passeront jamais à l'état civil, (voyez à ce sujet l’annexe VIII), et que leur fils aîné utilisera jusqu'à sa mort, celle-ci est domiciliée avec ses fils en 1909 au château de Bon Don à Vannes, un logis renaissance qui fut le siège d’un couvent de carmes fondé par le duc Jean V, et conserve la location du 145 rue de la Pompe à Paris. Pour payer les créanciers, Gustave céda à bas prix ses collections d'objets d'arts, ses papiers et autographes révolutionnaires, ses biens immobiliers à Saint-Nazaire. A partir de 1908, Gustave n’apparaît plus dans les annuaires, les Charmilles furent acquises la même année par le docteur Raffegeau. Gustave Bord s'établit à Saint-Malo, la guerre finit de lui faire perdre ses derniers revenus, à l'armistice l'Académie Française lui verse une maigre subvention durant quelques années afin de continuer ses travaux historiques. On ne reparla de lui à Saint-Nazaire qu'à la suite de la publication dans la presse d'une lettre qu'il avait adressé le 6 avril 1926 au Courrier de Saint-Nazaire. En mars précédent le Conseil d'administration de l'hôpital avait fait retiré les crucifix qui se trouvaient dans les salles. Gustave Bord fit rappeler qu'il avait payer un crucifix ainsi que tout l'aménagement de la salle 6 et que l'hôpital s'était alors engagé à respecter la présence du Christ en croix qui s'y trouvait. Le Conseil fit remettre le crucifix qui resta en place dans la salle  6 jusqu'à la destruction de l'hôpital durant les bombardements.

     

    Il avait fait bâtir pour lui et les siens une chapelle funéraire au cimetière de La Briandais, plus grosse concession du cimetière, elle est toujours existante en 2011, elle fait face au portail d'entrée au bout de l'allée principale. Aucune plaque ne précise qui est y est inhumée et les archives municipales sont muettes à ce sujet. On sait cependant par des extraits de presse de l'époque qu'elle contient  le corps d'Alcide et celui de son épouse, celui de Gustave. Quoique séparé de sa famille qui ne lui parlait plus, son corps fut transporté de Saint-Malo pour être inhumé le 1er mai 1935 à Saint-Nazaire en présence de son fils Georges qui avait fait le déplacement seul depuis Paris. D'anciens employés, des gens qui avaient bénéficié de ses largesses, beaucoup de royalistes nazairiens, la famille Nouteau, des religieuses de l'hôpital, la veuve de Raymond Gasnier ancien maire, le peintre Charles Beilvaire, et A. Bernard, directeur du Courrier de Saint-Nazaire, journal de droite-catholique, virent lui rendre hommage. 

     

    Détail historique : Gustave Bord fut le premier (ou le second ?) nazairien à posséder une voiture !

     

    Bord de Pierrefitte ?

     

    Comme nous l'avons expliqué, les Bord sont issus d'une famille de tailleurs de pierre du Limousin enrichies par les politiques de grands travaux et de modernisation de la France au 19e siècle. Mais d'où vient cette particule et ce nom de terre que la femme séparée de Gustave Bord et ses fils portèrent dans le monde, et qui ne passa jamais à l'état civil ?

     

    Pour comprendre il faut savoir avant tout qu'il exista en Limousin une famille chevaleresque du nom de Bort, avec une particule et un T et non un D à la fin de son patronyme, qui posséda la seigneurie de Bort-les-Orgues en Corrèze. Cette très ancienne famille noble s'illustra durant la quatrième croisade, fonda le monastère de Bort, donna des chevaliers à l'Ordre du Temple qui seront appelés à témoigner lors du fameux procès intenté à l'Ordre par Philippe le Bel. Très riches et très puissants, ils héritèrent par mariage de la Seigneurie de Pierrefitte, où dès 1471, Charles de Bort, gentilhomme de la Chambre de Charles VIII, époux d'Antoinette de Saint Avit, ordonna la construction en cet emplacement du château de Pierrefitte située maintenant sur la commune de Sarroux en Corrèze, où durant trois siècles, dix générations de Bort se succéderont dans une admirable résidence médiévale toujours existante. Cette famille s'éteignit avec deux frères, Léonard-Antoine de Bort de Pierrefitte, (1758-1822), qui n'eut de Béatrice de Laforet-Bulhon, un fils, Jean mort jeune, et une fille, Sophie Antoinette, épouse de Guillaume de Lagrange, (qui ne laissa elle même que deux enfants mort jeune), et Octavien de Bort de Pierrefitte, né en 1767, chevalier de Malte, fait prisonnier par les troupes de Bonaparte en 1798 au siège de La Valette, et qui sous la Restauration fut maire de la ville de Bort de 1816 à 1830. Resté célibataire, il décéda très âgé le 14 novembre 1859.

     

    Ainsi, en 1907, quand Gustave Bord et son épouse Dolorès des Vallières se séparèrent, il n'y avait plus de membre de la famille de Bort de Pierrefitte vivant, probablement Gustave avait au cours de ses recherches voulu se trouver une filiation commune avec cette famille. Ainsi à leur séparation, son épouse et ses fils prirent le nom de Bord de Pierrefitte, ainsi que les armoiries de la famille de Bort de Pierrefitte, dont plus aucun membre ne pouvait leur intenter un procès pour usurpation. Le plus jeune fils, Jacques, ne semble pas l'avoir utilisé, mais son frère aîné, Georges le conserva jusqu'à son décès en 1926.

     

    La famille de Bort de Pierrefitte avait pour armoiries : D'or au sautoir denché de gueules.

     

     

     

    (2) Une erreur de retranscription sur l'un des registres nous a fait croire qu'elle était décédée avant le mariage de son fils, en réalité elle survécus à son époux. Elle avais une soeur, Louise, fut très proche de son neveu Gustave, qui lui dédia son ouvrage sur les Loges. 

    (3) Il participa à répandre aussi une stupide et infamante légende qui prétendait que le comte de Chambord aurait été tué à l'aide de poudre de diamant par "les franc-maçons" ! 

     

     

    (Sources : Archives de Saint-Nazaire ; BNF ; René Kerviler, Répertoire général de bio-bibliographie bretonne, 1899 ; Histoire de Saint-Nazaire par Fernand Guerrif ; Annuaire des Châteaux, 1898 à 1935 ; L'intermédiaire des chercheurs et des curieux, 1938 ; La franc-Maçonnerie, Christian Jacq, Paris, Robert-Laffont éditeur, 1975.Ésotérisme, occultisme, franc-maçonnerie et christianisme aux XIXe et XXe siècles. Explorations bio-bibliographiques, Marie-France James, Paris, Nouvelles Éditions latines, 1981. Archives du Courrier de Saint-Nazaire.)