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Légendes

  • L’armateur, sa villa et l’or du Kaiser : une légende urbaine à Saint Marc

    Depuis quelques années, la promotion pour la location d’une villa à Saint-Marc se fait en partie sur l’histoire imaginée à propos de l’un de ses anciens propriétaires.

    Il y a matière à rire, tant le récit est une ficelle trop grosse pour être prise comme véridique par des gens réfléchis, mais le rêve d’aventure et de mystères l’emporte souvent sur la réalité. Or, cette histoire absurde a été reprise pour véridique par diverses personnes, et se trouve maintenant dans les pages d’un ouvrage publié il y a quelques semaines.

     

    François Estier

     

    La légende concerne François Léon Adolphe Henri Estier, né le 15 février 1889 à Marseille.

    Son père, Henri Nicolas Estier (1862-1928), était un self-made-man devenu armateur en association avec ses frères. Il fut président de plusieurs compagnies maritimes, conseiller du Commerce extérieur, membre du Conseil Supérieur de la Marine marchande, et fut officier de l’Ordre de la Légion d’Honneur.

    François Estier fut intéressé aux affaires paternelles. Le 20 octobre 1913, il épousa à Paris Odette Léonie Journet[1], dont le père, toulousain, décédé en 1902, avait été ingénieur en Chef des Ponts et Chaussées, et dont la mère était une Blavier, famille angevine qui possédait à Saint-Marc les villas Géorama et Stella Maris Ave

    François fut envoyé au front en 1914. En mai 1915 il fut grièvement blessé à la tête à Tracy-le-Val[2]. Il revint de la guerre avec des séquelles qui jouèrent sur son esprit. Sa convalescence fut longue, et se déroula en partie à Saint-Marc, en la villa Stella Maris Ave. Le lieu lui fut doux, et il acheta un chalet, La Brise, situé sur la falaise à la sortie du bourg. Odette se distrayait en pratiquant le golf au Pouliguen et à La Baule.

    Remis sur pieds, François réintégra les affaires paternelles, devenant armateur à son tour, gérant et président de différentes sociétés, à Marseille, à Lorient, au Havre, et à Dunkerque. Personne discrète, comme le sont les gens nés riches, et en l’occurrence extrêmes riche dans son cas, il vivait sans ostentation la plupart du temps à Paris, et était un redoutable homme d’affaires qui fructifia ses avoirs dans nombres de secteurs liés à la mer. Ces réussites lui attirèrent des inimitiés, dont celle de l’écrivain Claude Farrère, qui publia, dans le quotidien Demain un roman pamphlet intitulé 100 millions d’or.

    La trame de ce roman est construite autour de deux petits armateurs qui cherchent à récupérer de l’or appartenant au Kaizer, perdu au fond de la Mer du Nord dans le naufrage d’un paquebot néerlandais torpillé en 1916. L’un des armateurs est modelé sur François Estier, qui est dépeint comme un affreux individu, dont Farrère accentue la cupidité en mettant en avant la judéité de sa mère (la mère de François était en effet née juive, fille d’un bijoutier). L’autre personnage est la caricature d’un armateur de Dunkerque dont Farrère déforme le patronyme pour le renommer «Trouduc».

    Pour ce qui concerne l’or et le naufrage, il s’est inspiré du drame du SS Tubantia, un navire néerlandais torpillé le 15 mars 1916. Il courrait depuis l’Armistice, et plus exactement depuis que le Kaizer trouva refuge aux Pays-Bas, que ce navire eût dans ses cales pour 1 ou 2 millions en or, ayant appartenu au souverain allemand, qui cherchait envoyer une part de sa fortune à Buenos Aires, port de destination du Tubantia. Ledit or étant dissimulé dans des meules de fromage! Un trésor qui fut aussi prétendu constitué de livres sterlings «en liquide»…

    Cette histoire farfelue amena des sociétés britanniques, et une italienne, spécialisées dans la récupération d’épaves, et plus exactement de leurs cargaisons de métaux et charbon, à envoyer des équipes sur le lieu du naufrage entre 1931 et 1934, excitant au passage les journaux en mal de sensationnel.

    Le roman-feuilleton de Farrère fut publié en volume par Flammarion en janvier 1927.

     

    François et Odette :

     

    La blessure de guerre de François lui laissa des séquelles. Comme nombre de trépanés, il avait des sauts d’humeurs qui finirent par épuiser Odette. Elle obtint le divorce le 7 avril 1925[3].

    François se concentra encore plus sur ses affaires. Il obtint la concession du port de pêche de Lorient, à Ker Roman, en mars 1927, pour lequel il entreprit des travaux de grande envergure. Mais sa réussite en affaire ne pouvait le consoler du départ d’Odette. En avril 1926, il projeta volontairement sa voiture contre un arbre à la sortie d’Auxerre. Le choc fut si violent que l’arbre en fut déraciné[4]. François se trouva le corps lacéré de plaies profondes, mais survécu. Odette alla le retrouver à l’hôpital, et finit par le réépouser le 26 août 1927.

     

     

    La vie du couple reprit les habitudes passées. Le chalet de Saint-Marc redevient un lieu de vacances aimé où François se resourçait, tandis qu’Odette repratiquait à La Baule le golf. Ils étaient discrets, menaient une vie peu mondaine, et ne fréquentaient que peu de gens à Saint-Marc. Demeure uniquement de villégiature, le chalet était peu meublé, et ne contenait rien de précieux, ce qui laissa sans butin important le cambrioleur qui le visita en novembre 1934[5].

     

    En juin 1940, Odette et François fuirent Paris, comme deux tiers des habitants, à l’annonce de l’arrivée des troupes allemandes, qui entèrent dans la ville, déclarée ouverte, le 14.

    Le soir du 20 juin 1940, l’arrivée des Allemands fut annoncée (ils entrèrent dans Saint-Nazaire le lendemain). Le couple était à La Baule. Sur le chemin du retour à Saint-Marc, leur voiture fit, pour une raison inconnue, une embardée sur la route de Pornichet, peu avant l’entrée de Saint-Marc. Allant à vive allure, ils percutèrent un arbre et furent grièvement blessés. Le curé de Saint-Marc arriva avec le docteur, et il eut tout juste le temps de leur donner les derniers sacrements.

    Les corps furent ramenés à La Brise. La déclaration de décès se fit à Saint-Nazaire, avec mention de la mort sur le territoire de Pornichet. Les obsèques et l’enterrement se déroulèrent le 22 juin 1940 à Saint-Marc.

    Dans le contexte de l’invasion, les familles ne furent informées qu’un mois après de ces morts. Le faire-part fut publié dans Le Petit Provençal du 24 juillet 1940.

     

    Il a été prétendu que la mère de François aurait conservé la maison, et y serait venue y séjourner plusieurs mois durant des années. C’est là aussi une légende, la mère de François est décédée en 1944.

     

    La Brise changea plusieurs fois de propriétaires.

    En 1978, le romancier et ancien éditeur Léonce Peillard, qui s’était spécialisé dans les récits d’histoire maritime, publia Le trésor du Tubantia aux éditions Robert Laffont. Renseigné sur les sources d’inspiration de Farrère pour 100 millions d’or, il rédigea une histoire qu’il présenta comme authentique, rebrodant une légende autour du prétendu trésor, et en y incorporant nommément François Estier, en prétendant que sa mort, accidentelle, était un attentat allemand…

    Le livre a eu un certain succès. Il était dans l’esprit d’autres qui racontaient que l’or d’Hitler avait coulé dans un sous-marin au large des côtes argentines… En 1979, Alain Decaux s’empara du sujet pour son émission, Alain Decaux raconte, sur Antenne2, une émission grand public à forte audience à une époque où il n’y avait que trois chaînes de télévision. Une émission dont les historiens reconnaissaient qu’elle était souvent composée d’absurdités, à l’image de certaines théories de son présentateur dont les livres étaient déjà contestés de son vivant.

     

    Toutes ces légendes auraient dû être oubliées, dénoncées comme des inventions littéraires, mais le sensationnelle et le rêvent font profit. On est en droit de se demander quand quelques énergumènes viendront faire des trous dans le jardin du chalet avec des pelles à la recherche de l’or du Kaiser!

    Ajoutons pour finir, que la photographie présentée comme celle de François Estier sur le site de location du chalet (om il ets orthographié Hestier), n'est pas François : c'est un portrait de l'aviateur Sydney Sippe, qui n'a aucun lien avec le lieu ! 

     
     
     
     

    [1] Fiançailles avaient été annoncés dans Le Figaro du 18 septembre 1913.

    [2] Excelsior du 21 mai 1915.

    [3] Mention marginale dans l’acte de mariage.

    [4] Excelsior du 18 avril 1926.

    [5] Le Courrier de Saint-Nazaire du 17 novembre 1934.

  • La croix de Heinleix

    La Croix de Heinlex était une croix de chemin dont la disparition est l’objet de légendes urbaines qui prétendent un renversement par un camion allemand ou un broyage par un char étasunien. Deux affirmations fausses, comme nous allons l’expliquer.

    croix de Heinlex

    Le Croix d’Heinlex avant 1914

     

    La Croix d’Heinlex se trouvait face au portail du parc du château d’Heinlex, portail de pierres et briques, fortement endommagé, disparu il y a quelques années pour laisser place à la voie qui désert la « Résidence Tricastel ».

     

    croix de Heinlex

    Emplacement de la croix vers 1905

     

    croix de Heinlex

    Emplacement de la croix, vue en 2008, © Google Maps

     

    croix de Heinlex

    Emplacement de la croix et du portail, vue en 2019, © Google Maps

     

    Elle fut inscrite à la liste des Monuments Historiques le 18 octobre 1944, car elle était réputée dater du XIIIème siècle. C’était une croix latine simple, au sommet d’une colonne dotée d'un chapiteau et qu'une base de facture grossière, elle-même posée sur un piédestal rectangulaire en moellons, assemblage probablement plus récent. Cependant, quand son classement fut décidé, la croix avait déjà disparue. En effet, elle était tombée de son socle par manque d’entretien, et un article du Courrier de Saint-Nazaire du 6 févier 1941 nous apprend que la croix proprement dite et la colonne, qualifié de incorrectement de  « calvaire [fut] pieusement recueilli et abrité dans une maison voisine ». Une photo du piédestal publiée dans le même journal le 14 novembre 1941 montre le piédestal intact.

    croix de Heinlex

    Piédestal de la croix de Heinlex en 1941, photographie d'Alex Bernard fils,

    publiée dans Le Courrier de Saint-Nazaire du 14 novembre 1941

     

    Malheureusement jamais remise en place, les éléments ont été perdus, car on ne s’y est pas intéressé au moment de la Reconstruction, les priorités étant ailleurs, et la base du monument a disparu avec l’élargissement de la route du Haut Rocher. Ce n’est qu’en 1960 que Ferdinand Guériff remémora aux Nazairiens son existence, mais sans donner de détail à propos de sa disparition autre que « disparue durant la guerre », ce qui entraîna les légendes citées.

     

     

     

  • Poissons d'avril et légendes urbaines de Nazairien

    Si le Vieux-Mole était surnommé avant la Première-Guerre-mondiale « la pointe des blagueurs »[1], le 1er avril est l’occasion de faire suite à notre article concernant le surnom de « petite Californie bretonne[2] » et de noyer quelques autres légendes qui courent à Saint-Nazaire et qu’on présente souvent comme des vérités, y compris dans les plaquettes touristiques de la municipalité, ainsi que conformer quelques éléments que les gens disent être faux.

     

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    « Saint-Nazaire était un village de pécheurs avant la création du port ».

    FAUX : En premier lieu Saint-Nazaire n’était pas un village, c’était une ville depuis le moyen-âge, c'est-à-dire une agglomération pourvue de fortifications. Et non, sa population n’était pas composée de pécheurs. L’activité principale des habitants du bourg étaient la navigation, comme pilotes de la Loire, et comme marins au long cours. Les femmes de ces marins pratiquaient la fabrication conjointe de chapeaux à l’aide des joncs qu’elles ramassaient dans les dunes. La seconde activité au sein de la ville était le commerce. On y faisait principalement celui du vin, car le vignoble nazairien était réputé et que la ville était dispensée du droit de billot, (impôt sur l’alcool), on y brassait aussi de la bière ; avant la révolution y avait plusieurs auberges et épiceries, et même un perruquier. La campagne nazairienne produisait outre du vin, du froment, qui était la farine la plus recherchée et la plus chère, des châtaignes dont on produisait aussi de la farine, ainsi que le maraichage, et de la production de sel à l’emplacement de ce qui est aujourd’hui le front de mer de Pornichet et sa plage du centre-ville. La pêche en mer était donc une activité minoritaire, au demeurant la population préférait les poissons d’eau douce, se fournissant pour cela dans les nombreux viviers seigneuriaux.

     

    « C’est à partir du 15ème siècle qu’on a un véritable bourg à Saint-Nazaire ».

    FAUX. La ville fortifiée est attestée dès le 14ème siècle. La place de Saint Nazaire appartenait aux vicomtes de Donges. Une partie de la place fut donnée en 1330 Bonabes de Rochefort, fils cadet de Thibaut de Rochefort vicomte de Donges quand il lui constitua la seigneurie de Heinlex. Une autre part avait été donnée à la même époque à la famille de Cleuz, lors de la constitution de la seigneurie de Marcein (élevé en baronnie deux générations après).

    C’est cette place forte qui fut éprouvée par une attaque en 1373 durant laquelle l’église fut incendiée, et que défendit en 1379 Jehan d’Ust contre des navires Castillans.

    Le reste de la place fut finalement donnée à Charles de Couësme à l'occasion de son mariage le 20 mai 1423 avec Marguerite de Rieux, fille de Jean de Rieux, vicomte de Donges, entraînant la constitution de la vicomté de Saint-Nazaire.

     

    « Jehan d’Ust a défendu Saint-Nazaire contre les Espagnols »

    FAUX & VRAI : En 1379 l’Espagne n’existe pas, c’est contre les Castillans qu’il fallut combattre[3]. Cependant la Flotte espagnole revint à Saint-Nazaire en 1655[4].

     

    « La vieille-église était la première église de Saint-Nazaire. »

    FAUX. Ce bâtiment ne fut construit qu’entre 1580 et 1584 à l’emplacement du logis seigneurial des Vicomtes, (nommé château Brutus en raison de la légende qui disait que Brutus de Troie, débarqua à cet endroit pour fonder de la Bretagne). La première église du bourg fortifiée était la chapelle qui fut détruite au moment du creusement de la nouvelle entrée[5]. Elle n’était cependant pas le premier lieu de culte chrétien, initialement la population vivait autour du site aujourd’hui occupé par le Ruban Bleu. On y a trouvé les reste d’une église et des sarcophages de pierre en 1850. Tout ce matériel a disparu dans les bombardements, mais il est possible qu’une partie soit au musée de Saint-Germain-en-Laye.

     

    « Le rocher du Petit-Maroc/Vieux Saint-Nazaire était plus haut. »

    VRAI : Il a été raboté en 1906 quand on a percé la nouvelle entrée et décidé de détruire la chapelle qui s’y trouvait et qu’on a saccagé le site archéologique du cimetière médiéval qui l'entourait

     

    « Les parents d’Aristide Briand possédaient le Grand Café »

    FAUX : Les parents d’Aristide Briand possédaient un magasin de spiritueux à côté du Grand Café, puis ils sont devenus propriétaires du Café Chantant un établissement qui se tenait sur la place des Quatre Z'horloges dans une baraque de bois et qui fut remplacé ensuite par Le Grand Café construire en dur. Les parents de Briand acquirent le Café des Sports rue de Sallé, (il devient ensuite Fantasio). Le Grand café était le lieu de réunion de la droite nazairienne ; Fernand Pelloutier a été un jour agressé par des clients qui étaient en terrasse alors qu'il passait.

     

    « Le dolmen a été déplacé de son emplacement initial. »

    FAUX : le dolmen occupe toujours son emplacement d’origine, la légende vient d’un article de Ouest éclair rédigé dans les années 1930 dans lequel un stagiaire ayant lu de travers une phrase d’Henri Moret pensa qu’on avait déplacé le site. En réalité Moret explique dans son ouvrage qu’il avait connu l’époque où le Dolmen était au milieu d’une prairie du domaine du Bois-Savary, avant l’urbanisation du lieu.

     

    « Pornichet est une partie de Saint-Nazaire. »

    VRAI, mais pas que :  si 1150 hectares de Pornichet correspondent à la part soustraite à Saint-Nazaire, 97 hectares ont été soustraits à Escoublac, part qui compose une grande partie de l'hypercentre. Pornichet est né de la séparation d’avec Saint-Nazaire de la paroisse de Saint-Sébastien et du village de Pornichet, avec son marais salant aujourd’hui remplacé par le centre-ville, et la plage de Sainte-Marguerite, dont le promoteur, Mercier, initiateur de la création de Pornichet, fut ensuite le premier maire de la nouvelle commune. Saint-Nazaire perdit 974 habitants et Escoublac 289 habitants. Cette séparation eut lieu par décret du 9 avril 1900, et agaça beaucoup de Nazairiens qui reprochèrent à Lechat-Boislevé, le maire de Saint-Nazaire de l’époque, d’avoir abandonné à la spéculation de Mercier une partie de la ville. Cela fit que durant plusieurs mois, le courrier adressé à monsieur Lechat à la Mairie de Saint-Nazaire, était renvoyé en direction de Pornichet par les agents de la Poste de Saint-Nazaire ! 

     

    « Il y a le village de l’Épine-Blanche sous l’étang du Bois-Joalland et quand l’eau est basse on voit le clocher. »

    VRAI & FAUX : Il y a bien un village sous la surface de l’étang, mais c’était un hameau du nom de Quelmer, où vivaient quatre familles, auquel il faut associée la ferme des Bélaudais, et une maison avec un atelier de menuiserie construit à un croisement après 1850, et qui reçut le nom d’Épine Blanche en raison des buissons d’aubépine autour. Il n’y avait pas d’église ou de chapelle, ni de tour, cependant à certaines périodes de sécheresse, on peut voir affleurer le reste du pignon de la ferme médiévale de Quelmer[6].

     

    « Les Allemands ont détruit le vieux Saint-Nazaire. »

    FAUX : Les Allemands ont détruit les maisons qui se trouvaient en bordure du Quai des Marées parce que les habitants avaient aidé les marins britanniques survivants de l’attaque de la forme Joubert. Le vieux Saint-Nazaire, fut ravagé par les bombes incendiaires britanniques de mars 1943. Les façades des maisons étaient encore debout à la Libération, elles furent rasées, à l’exception d’une maison qui abritait un café et qui existe toujours au  3 rue de la Vieille Église, l’usine élévatoire et le bâtiment du Service maritime. Il était prévu de longue date de détruire la vieille ville ainsi que la gare (qu’on voulait déplacer à Méan), dès avant la guerre, afin de permettre un développement industriel du port. C’est pour cette raison que le centre-ville fut déplacé après-guerre au niveau de la rue Jehan d’Ust, actuelle avenue de La République. Mais le Port ne s’est finalement pas industrialisé comme prévu.

     

    « Le Petit-Maroc se nomme ainsi parce qu’il y avait des pécheurs de Concarneau qui vivaient là. »

    FAUX : Il y avait très peu de pécheurs à Saint-Nazaire, et ceux-ci vivaient ailleurs. Le surnom, apparu vers 1926 dans la presse, et généralisé à partir de 1930 sur décision du Comité de Quartier[7].

     

    « Le quartier de La Havane est le seul à avoir survécu aux bombardements. »

    FAUX : En premier lieu le nom de Havane n’est que celui d’une des rues de ce quartier. Le vrai nom est Quartier du Sable, du nom du domaine féodal sur lequel i a été constitué. Ajoutons aussi que ce quartier occupe en réalité les deux côtés du Jardin des plante, et ne peut être limité aux abords immédiats de la rue de La Havane. Si vous allez à Méan, vous observerez que ce quartier développé au 19ème siècle a conservé ses maisons, de même que le quartier du Bois Savary (autour du Dolmen), mais aussi rue de La Paix, où les bâtiments anciens qui se trouvent entre des bâtiments plus récents le sont parce qu’on a fait le choix de remplacer leurs voisins par des immeubles de rapport.

     

    « Saint-Nazaire a été détruit à 85%. »

    FAUX : elle a été détruite à 72%. Ce sont les chiffres de l’enquête diligentée par le Gouvernement à la Libération. Il fut cependant reconstruit à 85% parce qu’on a fait le choix de raser des bâtiments réparables ou intacts pour agrandir la zone du port, élargir certaines rues, et que certains particuliers préférèrent reconstruire au lieu de réparer[8].

     

    « La plage   du Grand Traict est à Saint-Marc »

    FAUX : la plage du Grand Traict est en réalité ce qu’on nomme à l’office du tourisme « plage du centre-ville ». En fait cette grande plage qui borde la rade est divisée entre les Grand Traict et le Petit Traict, le premier allant de la Pointe de La Villès-Martin aux rochers du Soulevain (là où est érigé le monument du débarquement étasunien de 1917), le second allant desdits rochers à la nouvelle-entrée du port de Saint-Nazaire. La plage nommée « Grand Traict » par l’office du tourisme à Saint-Marc n’avait en réalité pas de nom jusqu’aux années 2000.

     

    « Fernand Guériff fût le premier historien de Saint-Nazaire. » 

    FAUX : Le premier à avoir publié à propos de l’histoire de Saint-Nazaire fut René de Kerviler. En 1907 Gabriel Le Barbier de Pradun publia une plaquette de 39 pages sur l’histoire de la ville, mais très succincte. Le premier véritable recueil historique à propos de la Ville fut publié en 1925 et est l’œuvre (monumentale) de Henry Moret. Fernand Guériff à repris les travaux de Moret, les a élagués pour les rendre plus digestes, et a complété sa chronologie jusqu’en 1963.

     

    « La famille Goy venait de Suisse »

    FAUX : les Goy venaient de Saint-Romain dans le département de La Loire, (ancienne province du Forez). Cette légende est venue du fait qu’il y a des Goy dans le canton de Vaux, et parce que quand Mathieu Goy se lança en politique, l’opposition le désigna comme « un étranger fraichement arrivé », (il existe des familles Goy en Auvergne).

     

    « La mairie n’avait pas légalement le droit de laisser tomber en ruine le château de Porcé. »

    FAUX : le Château de Porcé, dont le nom véritable est « Château des Charmilles » a été légué sans qu’il soit mentionné une conservation des bâtiments existants. La mairie a uniquement obligation d’employer le terrain qu’à des buts éducatifs. Les premiers bâtiments détruits du domaine le furent dès 1953.

     

    « La villa du Centre de Bonne-Anse a été léguée à la mairie. »

    FAUX : la villa Ker Louis a été achetée par la mairie en 1933[9].

     

     

     

    [1] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/02/10/le-vieux-mole-6127788.html

    [2] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/03/19/saint-nazaire-petite-californie-bretonne-6137164.html

    [3] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/07/03/je.html

    [4] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/08/07/1655-la-flotte-espagnole-croise-dans-l-estuaire.html

    [5] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/02/04/ancien-chapelle-notre-dame-d-esperance.html

    [6] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2015/08/06/saint-nazaire-72-non-85-de-destruction-5667108.html

    [7] http://saint-nazaire.hautetfort.com/petit-maroc/

    [8] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2015/08/06/saint-nazaire-72-non-85-de-destruction-5667108.html

    [9] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2014/03/02/la-villa-ker-louis-a-bonne-anse-5312235.html

  • Sous l'étang un village ?

    Il est des légendes tenaces et communes à tous les lieux. Là où il y un château, il y a un souterrain qui traverse la campagne sur des kilomètres, là où sont des ruines il y a forcément eu un crime et un trésor est caché, et chaque fois qu'il y a une retenue d'eau, il y a un village englouti...

     

    Forcément notre bon Saint-Nazaire ne pouvait vivre sans l'une de ces légendes, (la ville d'Is n'est-elle pas bretonne ?), l'étang artificiel du Bois Joalland s'y prête. On est régulièrement venu me demander ce qu'il en était. Il revient souvent dans la bouche des Nazairiens l'histoire d'un '' village noyé par les allemands durant l'occupation ''. Avec un peu plus de détails certains vous affirmeront que '' les nazis auraient inondé un village nommé l'Epine Blanche ''. On reste cependant toujours au conditionnel en faisant ces affirmations, car au fond de soi on se demande comment cela peut être possible dans une retenue d'eau aussi peu profonde, parce que on est surpris par de telles mesures alors que les nazis brûlaient ou rasaient à coup de bulldozer les maisons pour faire répression. Inonder un village dans le bocage nazairien cela demanderait une mise en œuvre complexe et coûteuse. Toute légende à cependant son fond de vérité, et il y a bien eu un '' village '' submergé au Bois Joalland. Remettons cependant quelques éléments '' à échelle '' : le terme '' village '' est mal approprié, à Saint-Nazaire, que se soit dans les dénombrements seigneuriaux et dans les rapports des arpenteurs qui firent le cadastre de 1829, on nommait '' village '' le moindre hameau, qu'il y ait vingt maisons ou seulement trois.

     

    Voici le cadastre de 1829 à l'emplacement de l'étang du Bois Joalland :

    cadastre1.jpg

     

    Et maintenant voici la superposition avec une vue aérienne de l'étang, avec la zone inondée :

    carte 3.jpg

     

    On observe donc la présence d'une métairie nommée Les Bélaudais, et d'un village, Quelmer (Kermel), qui était le siège d'une ancienne métairie de la seigneurie du Bois Joalland.

     

    Sur le cadastre de 1829, on distingue donc une dizaine de bâtiments à usage agricole et d'habitations qui constituaient le village de Quelmer. Le plus long sur l'axe nord-sud, à droite, était la ferme médiévale, seul bâtiment partiellement en pierre, les autres  bâtiments étaient en torchis. En 1850 ces bâtiments abritaient 3 ménages, soit 14 personnes.

    bois-joalland,l'immaculée,soldats-américain,1917s

    Les Bélaudais (ou La Bellaudais), qui n'est pas sans rappeler le nom de La Bellotière, (aujourd'hui La Belle-Hautière). La racine en est la même, c'est le patronyme de la famille Belliote fort nombreuse à Saint-Nazaire, et qui laissa son nom à plusieurs lieux-dits où elle vivait et possédait des fermes.

    Une vue plus détaillée du secteur, et remontée d'après les feuilles des sections R2, E1, et D2, (la zone se trouve dans une zone de coupe entre ces sections), du cadastre de 1829, nous montre la présence de trois bâtiments et d'une croix à un carrefour :

    belaudais.jpg

     

    La métairie des Bélaudais existait encore quand les troupes étasuniennes arrivèrent à Saint-Nazaire le 26 juin 1917, mais que cela n'était tout au plus qu'une ferme partiellement en torchis et à toit de chaume.

     

    Les Etasuniens établirent leur Camp N°1 dans notre ville. Ils investirent des baraquements construits par des prisonniers allemands qui avaient été expédiés par Paris dans le but de remplacer les ouvriers bretons envoyés sur le front. Les Américains furent confrontés au problème redondant de l’alimentation en eau de Saint-Nazaire. L’afflux de soldats provoqua rapidement une pénurie. Le commandement décida la création d'un réservoir de 2.000.000m², sous la forme d'un lac artificiel, en inondant le vallon situé au cœur de l'ancienne seigneurie du Bois-Joalland. Ils chargèrent les soldats noirs et les prisonniers allemands de couper les arbres, de détruire les quelques maisons qui étaient présentes dans la zone à inonder, de construire une digue de barrage, et une route permettant de contourner l'étang. Cette route passa à l'emplacement du manoir du Bois-Joalland, et juste devant les maisons d'un hameau nommé La Cavarderie, qui se situait entre la route du château de Beauregard et la rue Charles Garnier, comme on peut le voir sur la superposition suivante :

    la cavar.jpg

     C'est ainsi que disparurent la ferme des Bélaudais, le village de Quelmer, et la ferme médiévale  dont le ruines étaient encore visibles durant l'hiver 1933-34 suite à un été de sécheresse qui avait presque vidé l'étang, que fut aussi détruit le manoir du Bois-Joalland, (dont il reste la ferme), et que furent constitués les étangs du Bois-Jolland, de Guindreff, et de La Belle-Hautière. L'ensemble de ses retenues d'eau furent achetées par la commune sur cote du Conseil municipal du 18 mars 1920, au moment du départ des troupes américaines.

     

    bois-joalland,l'immaculée,soldats-américain,1917s

     

    Les ruines de la ferme médiévale de Quelmer durant l'hiver 1933-34, suite à la sécheresse qui vida l'étang, photographie parue dans Le courrier de Saint-Nazaire du 28 janvier 1934.

     

    Mais L’Épine Blanche ? On la retrouve dans le second tome de l'histoire de Saint-Nazaire de Fernand Guériff, publié en 1963, il mentionne sa destruction par les américains, ainsi que celui d'un autre village qu'il nomme '' Pengat ''. Henri Moret, pourtant pas avare en détails, et qui était présent sur les lieux à l'époque de la construction, ne mentionne aucun hameau à cet endroit. En fait il y a deux choses qui se superposent dans la mémoire des personnes interrogées entre 1957 et 1963 par Guériff : la mémoire de la création de l'étang, et celle de la destruction du village de L’Immaculée durant la Seconde Guerre mondiale. L'Epine Blanche est le nom du coteau qui se trouve au sommet de la rue du château de Beauregard. Deux hypothèses sur l'origine du nom : la plus vraisemblable : la présence d'un important massif d'épines blanches. La seconde serait que le nom vient d'un cépage nommé en Ile-de-France épinette blanche, qui est en fait le pineau blanc, et remonte au temps où Saint-Nazaire était un pays de vignobles. Il semble en effet qu'il y avait à cet endroit des vignes, mais le cépage à Saint-Nazaire était le " Congor ", (pineau d'Aunis). [Modification du texte en date du 28 décembre 2016] Jusqu'à un courriel de monsieur P.L. en date du 27 novembre 2016, nous pension qu'il y avait confusion entre le nom du coteau et celui oublié du village de La Cavarderie, qui perdit son patronymique au profit de celui de L'Immaculée qui est en réalité celui de l'église et de la paroisse fondées sous le Second-Empire. Mais monsieur P.L. nous a fourni les preuves de l’existence d'un lieudit " L'Epine Blanche, à l’intersection de la route de Nantes au Croisic et de la route reliant la Villez-Thomas à Beauregard. " Ce lieu-dit, composé d’au moins deux maisons, était au nord du village de Quelmer, sur la section des Carrois. Son existence trop courte, située entre 1850 et 1918, fait qu'il n'a jamais été cartographié, et n'est mentionné que dans le décret d’expropriation définitif de novembre 1921.

    bois-joalland,l'immaculée,soldats-américain,1917s

    Cadastre de 1829, le X marque l'emplacement du hameau de L'Epine Blanche.

    [fin de la modification du texte en date du 28 décembre 2017]

    Et '' Pengat '' ? Hélas, si Guériff avait su, il ne l'aurait pas mentionné ! Ce '' Pengat '' qu'on pourrait croire breton, est la déformation de '' penga '' sans '' T '' finale, mot d'origine espagnole, qui en argot des soldats étasuniens de la Première-Guerre-mondiale désigne le sexe de l'homme, et par extension un lieu écarté où les hommes peuvent avoir entre eux un rapport sexuel, et à nouveau par extension où ils pouvaient avoir un rapport sexuel avec une femme... La création de l'étang et la présence d'un grand nombre de soldats alors que la majorité des hommes étaient au front avaient aiguisé les appétits, (il y eut entre juin 1917 et octobre 1920, 174 mariages entre Nazairiennes et soldats étasuniens). Il y avait autour de l'étang des bosquets, des prairies, des champs que plus personne ne cultivait faute de bras. Aussi, la zone était devenue un lieu de badinage, et de sexe à la hussarde. L'expression '' penga '' ayant une consonance bretonne, le mot fit long feu, sans que les Nazairiens n'en comprissent le sens. Les soldats stationnés à Saint-Nazaire, préféraient ainsi faire des rencontres sexuelles sur les rives de l'étang que de se rendre dans l'une des maisons closes du camp ou de la ville. Le souci fut qu'il y eut des débordements. Le secteur de l'étang était devenu un lieu de balade pour les curieux, plusieurs familles furent offusquées de ce qu'elles virent. Plus grave, la route reliant Saint-Nazaire à l'Immaculée, avait été détournée pour contourner l'étang, en logeant directement ses rives, et quelques jeunes femmes et jeunes hommes se trouvèrent harcelés par des soldats dont ils ne partageaient pas la langue. Les soldats demandaient '' Hey, wanna grab hold of my penga ? '', ('' Salut, tu veux t'occuper de ma b... ? ''), et les pauvres nazairiens pensaient qu'ils leur demandaient où étaient le lieu que les étasuniens nommaient Pengat. Plusieurs se risquèrent à faire les guides, et cela tourna mal. Au-delà du souci de langue, les intentions n'étaient pas toujours compréhensibles pour des jeunes-gens de 1917-1920 ignorant des choses de la chaire. Il y eut des agressions, des attouchements, des viols. Le haut-commandement étouffa les affaires, la presse locale finie par s'en faire l'écho au début de l'année 1920, à la suite d'une bagarre dans le bourg de l'Immaculée entre soldats alcoolisés et gens du voisinage. Les troupes étasuniens partirent en octobre 1920 et le calme revint.

     

  • Un comte polonais à Saint-Marc ?

    Du coté de Saint-Marc, les anciens propagent encore la légende d’un comte polonais qui aurait vécu dans une villa de la corniche où il recevait avant la Première-Guerre-mondiale la « bonne société ».


    La noblesse polonaise n’est pas titrée, sauf quelques rares familles qui le furent par les souverains des nations occupantes de la Pologne, ou étrangers, nous fument donc surpris d’entendre ce vague souvenir. Après enquête, (reconstituer l’histoire de Saint-Nazaire en est une perpétuelle), nous avons trouvé les origines de cette légende locale. Il y a d'une par la confusion avec le comte russo-lituanien Tyszkiewicz-Logoisky, qui fut propriétaire de la villa Minne au Petit-Gavy, et celui d'un noble polonais établi à Saint-Marc.

    Il y a à Saint Marc, route de l'Océan, une villa du nom de « Villa Polonaise », elle fut la propriété d’Eugène Wieczffinski, appelé par les Nazairiens « monsieur Eugène ». Il était né à Bayonne le 18 juin 1843, il était le fils d’Ignace-Théophile Wieczffinski, né le 30 juillet 1807 à Komarówka, un village la partie annexée par les Russes de la Pologne, membre de la noblesse polonaise, dont la famille fut ruinée à la suite de sa participation aux insurrections menées contre les Russes entre novembre 1830 et septembre 1831. Ayant émigré en France, Ignace s’établit à Bayonne où il épousa en 1840 Jeanne Serres, (1820- Bayonne 17 novembre 1846), dont il eut deux fils : Auguste, et Auguste-Eugène, dit Eugène. Veuf, Ignace parti vivre avec ses fils à La Rochelle, où il décéda le 25 juin 1872. Eugène devint marin, et s’établit à Saint-Nazaire, à Méan, il épousa le 28 juin 1869 Marie-Emilie Bernier, (23 octobre 1850 - juin 1931), native de Montoire, domiciliée à Méan (1), fille de Victor Bernier, maître au cabotage, déclaré disparu depuis plus de dix ans par le tribunal de Saint-Nazaire, et de Marie-Emilie Michel. Parmi les témoins figure son frère, il semble qu’ils se soient fâchés avec leur père, car l’acte mentionne qu’ils ne savent pas où il est domicilié. Eugène semble avoir bénéficié de l'influence de l’oncle de son épouse, Jean Michel, car de simple marin à son mariage, il était capitaine au long cours de la Marine marchande à la naissance de son premier enfant. Le couple eut deux filles :  

    1° Marie-Madeleine, (Saint-Nazaire 1 mai 1872 - Saint-Nazaire 7 février 1888) ;

    2° Emilienne-Marie, (Saint-Nazaire 16 juin 1874 - Saint-Nazaire 4 mars 1888).

    Le couple fut chargé de l'éducation d'un garçon et d'une fille, et adopta cette dernière en 1910, Louise, qui hérita de la villa.

    Avec le temps Eugène se constitua une fortune confortable,

    Ayant abandonné la marine vers 1901, pour le poste de directeur-caissier de la caisse d’épargne de Saint-Nazaire, (probablement grâce aux relations politiques de son frère). Il se fit bâtir une villa à Saint-Marc, la « Villa Polonaise ». Il s’impliqua dans la vie de la cité, devant conseiller municipal, secrétaire du Conseil municipal le 22 janvier 1889, membre de la Chambre de Commerce de Saint-Nazaire  jusqu'au 17 décembre 1920. Il fonda en 1885 « La Lire de la Loire », une société musicale regroupant vingt-cinq musiciens, qui fit construire sa propre salle des fêtes à Penhoët dès 1893, de 21m sur 10m, (2).

     

    Le frère d’Eugène, Auguste, (Saint-Esprit 26 juin 1841 – Paris 20 août 1900), fut un homme brillant et doué, polytechnicien, fit aussi l’Ecole des Ponts et Chaussées, dont il sortit ingénieur, il réussit à devenir inspecteur général du chemin de fer autrichien en ­1867, et collabora avec Gustave Eiffel, qui  lui confia la direction d’un chantier de construction de la gare de Budapest. Il changea son nom en « de Serres » et partagea sa vie entre l’Autriche-Hongrie et Paris, il fut un proche collaborateur de Gambetta, qui lui remit la Légion d’Honneur  le 18 novembre 1870, « pour brillants services contre l’ennemi », ce qui surprit, attendu qu’on ne lui avait pas connu d’activités particulières durant la guerre de 1870… Auguste épousa à Paris le 8 novembre 1885 Fanny-Marceline-Caroline Remaurie, dite Caroline Montigny-Remaury, (Pamier 22 janvier 1843 – Paris 19 juin 1913), célèbre pianiste, élèves de Liszt, muse de Fauré,  Pierné, et Saint-Saëns, belle sœur d’Antoine Thomas, veuve du publiciste Léon Montigny dont elle avait des enfants.

     

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    La Villa Polonaise

     

    Eugène reçu en sa villa de Saint-Marc intelligentsia locale en raison de sa société musicale et des personnalités de la société artistique parisienne grâce à sa belle-sœur qui faisait des séjours prolongés à Saint-Marc-en-Nazaire. Son frère et lui aiment faire état de leurs origines nobles et avaient quelques prétentions qui impressionnaient ou faisaient rire. La Lire de la Loire fut dissoute le 9 février 1920. Le 29 octobre suivant, la municipalité qui s'était portée acquéreur de la salle des fêtes de la société la transforma en halles pour les marchés. Eugène Wieczffinski décéda à Saint-Nazaire le 19 septembre 1923.

     

    saint marc,saint nazaire,wieczffinski,de serresLa famille Wieczffinski portait pour armoiries : Parti de gueules et d’azur, à un lame de faucille d’argent mouvante du parti, versée vers la pointe de l’écu, au demi fer à cheval du même sur l’azur, mouvant lui aussi du parti, de telle sorte qu’il forme avec la lame de faucille un arc, à la croix de Lorraine d’or, privée de sa travée senestre inférieure, brochant sur le parti, et posée sur la composition formée par la lame et le fer.

     

    (1)   Méan fut annexé à Saint-Nazaire le 13 mars 1865.

    (2)   Le chef d’orchestre était M.F. Delvigne ; le secrétaire était Emmanuel Moyon, dessinateur aux Chantiers de la Loire, qui avait la particularité de se promener l’été sous une ombrelle blanche et verte… 

  • Un noble nazairien devenu facteur

    Comme nous l'avons mentionné dans l'article portant sur l'histoire de la maison noble du Sable, une légende locale rapportée par F. Guériff veut que le dernier membre de la famille de La Haye du Sable termina douanier ou facteur à Saint-Nazaire. Nous l'avons expliqué, on trouve effectivement un Honoré Delahaye, facteur des postes à Saint-Nazaire en 1843, né vers 1805, qui laissa une descendance dans cette ville, mais rien ne prouve une filiation commune avec les nobles de La Haye du Sable, le nom de La Haye, ou Delahaye est très commun, on le trouve dans toutes les provinces de France et de Belgique, il y avait d'ailleurs à Saint-Nazaire une seconde famille noble du même nom, avec laquelle elles n'avaient aucun lien. Au-delà de cette homonymie, cette légende a été entretenue par le fait qu'il existait un Saint-Nazaire une famille noble pauvre que la Révolution, réduisit à l'état de simple cultivateur, il s'agit de la branche nazairienne de la famille du Bouays de Couesbouc, dont nous allons relater ici une partie de l'histoire.

     

     

    du bouays de couesbouc,de la haye du sable,facteur,douanierLa famille du Bouays de Couesbouc est une famille guérandaise noble d'ancienne extraction maintenue lors de la réformation de noblesse par arrêt du 5 février 1669, (Bibliothèque Municipale de Rennes, Ms. 504 et 505), toujours existante, elle porte pour armoiries : De sable à la fasce d'argent bordée de gueules. Cette famille s'illustra durant la guerre de succession de Bretagne avec un membre qui participa au combat des Trente le 26 mars 1351, mais aussi avec deux chouans, Alexis Louis Gordien du Bouays, comte de Couësbouc, et son fils René-Benjamin.

     

    L'une de ses branches de cette illustre famille s'établit à Saint-Nazaire à la suite d'un mariage au milieu du 18e siècle.

     

     

    I° Marie-René-Jacques du Bouays de Couesbouc, écuyer, époux de Marie-Josèphe de Kerpoisson, morte le 8 nivôse an II (28 décembre 1793) à La Ville-es-Liron à Saint-Nazaire, d'où :

     

    II° Joachim-Joseph du Bouays de Couesbouc, écuyer, lieutenant des gardes-côtes avant la Révolution, inscrit le 3 août 1790 sur les contrôles de la Garde nationale de Saint-Nazaire, se déclara marin dans l'acte de décès de sa mère, père de :

     

    III° François-Marie du Bouays de Couesbouc, était simple cultivateur à Kerveloche à Saint-Lyphard en 1834, devint facteur des postes à Guérande en 1849, époux de Jeanne Le Gall, d'où :

    1° Pierre, qui suit ;

    2° François, établi pharmacien à La Chataigneraye en Vendée

    3° un autre fils pharmacien à Paris.

     

    IV° Pierre du Bouays,(Saint-Lyphard le 16 octobre 1831 – La Chataigneraye 2 mars 1861), reçu docteur en médecine à Montpellier le 2 mars 1861, maire de Guérande en 1876, époux d'Emilie Grimaud, d'où :

    1° Gaétan ;

    2° Geoffroy.

     

    C'est donc François-Marie du Bouays de Couesbouc, devenu facteur sous le Second Empire, qui est à l'origine de confusion et de légende autour de la famille de La Haye du Sable.