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Artistes nazairiens

  • Le Groupe Artistique de Saint-Nazaire et le Groupe de Indépendants

    La création du Groupe Artistique :

     

    En 1904 et 1905, l'ingénieur des Pont-et-Chaussées et peintre amateur Beilvaire Charles (1861-1943)[1], aidé financièrement par Gustave Bord[2], organisa deux expositions regroupant les œuvres d’artistes nazairiens. Malheureusement le succès fut mitigé, et la ruine du mécène de ces expositions laissa les artistes sans possibilité.

     

    En 1912 Victor Lamoureux[3], directeur de la caisse d'épargne et de prévoyance de Saint-Nazaire, qui s'adonnait en amateur à la sculpture en réalisant des modelages, décida de réunir des collectionneurs de ses relations afin de créer une société artistique regroupant artistes et amateurs d’art, et qui aurait pour but de promouvoir les créateurs locaux en les sortant de leurs ateliers. Il poussa l’idée avec la création d’une école de beaux-arts.

     

    Le Groupe Artistique de Saint-Nazaire fut ainsi fondé en 1913 par Victor Lamoureux, avec le concours de monsieur Pied, de Jacques Dommée[4], et du docteur Meloche[5]. Dès le mois d'août 1913 la Commission du Musée fit acquisition d'aquarelles et de tableaux ayant un "caractère locale" auprès de ce groupe.

     

    La Première-guerre-mondiale mis en sommeil le Groupe artistique, et il fallut attendre 1919 pour que celui-ci reprenne son activité, toujours sous l’impulsion de ses fondateurs, et avec l’aide du journaliste Pierre Norange[6] qui combattit l’opposition que souleva la réouverture des cours d’art. En récompense il devint le secrétaire de l’association. Le comité central du Groupe, composé de 15 membres renouvelables part tiers chaque année, était présidé par le docteur Méloche, suppléé par Victor Lamoureux, (membre de la commission du Musée de Saint-Nazaire depuis décembre 1914), et Louis Joubert, (président de la chambre de commerce de Saint-Nazaire, remplacé par Louis Brichaux en 1938), choisit de placer les activités d’enseignement de l’école qu’il fonda sous la direction du peintre impressionniste Georges Eveillard[7], qui donna des cours de dessin et de peinture, et qui fut rejoint par messieurs Chartier et Périgo. 

    Georges Eveillard (Nantes le 2 juillet 1879 - Nantes le 25 février 1965), était un peintre d’inspiration postimpressionniste, représente essentiellement des marines et paysage bretonnant de l’estuaire de la Loire et quelques scènes de genre, décoré de la médaille d'Argent de l'Ecole d'Art des Batignolles, lauréat qu Concours général de la ville de Paris en 1900, grande médaille d'argent de l'école d'Art de Montparnasse en 1901, premier prix de l'Ecole des Beaux Arts de Nantes en 1902, premier prix de l'Ecole des beaux Art de Rouen en 1903, il fut officier d'Académie en 1911. Affecté aux service d'illustration des armées durant la guerre comme peintre militaire, il réalisa des aquarelles des soldats, et fut chargé de réaliser les portraits des officiers. Il devint alors le portraitiste des officiels laïc, militaire ou religieux du département, comme Aristide Briand ; le maire de Nantes, Paul Bellamy ; Brichaud, maire de Saint-Nazaire ; le père Ricodel, le chanoine Guillon. En 1923 il devient officier de l'Instruction publique en 1923, chevalier la Légion d'Honneur en 1936, puis officier en 1953.

     

    Ce fut un rapide succès, le groupe organisa sa première exposition en 1919, avec un succès d’estime, mais sa seconde exposition qui débuta le 31 janvier 1920 dans la salle de la Fraternité 1 boulevard de l’Océan attira beaucoup de visiteurs et d’acheteurs. Ouverte avec une conférence, l’exposition perdura jusqu’au 22 février. L’exposition n’était pas réservée aux seuls sociétaires du groupe, on pouvait, moyennant 3 frs, y participer. Chaque artiste pouvait exposer 5 œuvres. Les deux murs du passage qui conduisait de la rue à la salle d'exposition, à l'éclairage zénithal, qu'on divisait avec des panneaux de bois, furent réservés à deux peintres que le groupe voulait mettre à l'honneur, et qui avaient la possibilité d'exposer chacun 20 à 30 tableaux. L’exposition était réservée aux peintures, sculptures, dessins, aquarelles, pastels, miniatures, gravures, lithographies, travaux d’architectures, arts-décoratifs, céramiques, vitraux, dentelles, bijoux, arts-appliquées. La restriction d’admission se faisait aux peintures, aquarelles et dessins non encadrés, ainsi que les copies, sauf celles qui reproduisaient une œuvre originale par procédé d'une technique différente. Le groupe se chargeait de vendre les œuvres exposées moyennant 15% de commission, comme le font les galeristes. L’exposition fut renouvelée chaque année jusqu’en 1940, mais, ne disposant pas toujours de la salle de la Fraternité, il fallait se replier au musée, dans la « salle Greuze », en réalité un ancien bureau au plafond bas, avec une cheminée comme on en voyait dans les chambres de bonne. On se plaignit durant quinze ans par voix de presse que la municipalité ne possédait pas une salle d'exposition digne de ce nom, et que le musée était lui même trop petit et dans un état lamentable. Cependant, le Groupe Artistique conclu un contrat avec la Galerie Mignon-Massart à Nantes pour la promotion de ses artistes les plus talentueux et organisa aussi régulièrement des conférences.

     

    Le 13 novembre 1924 l’inspecteur des Beaux-Arts fut délégué par le Ministère pour présider la distribution des prix remis aux élèves en présence d’un adjoint au maire, du secrétaire de la sous-préfecture, de l’inspecteur primaire et des membres du comité central du Groupe Artistique, alors sous la présidence du docteur Méloche. On considéra dès lors au Ministère que le Groupe Artistique était suffisamment important pour bénéficier à chaque remise de prix la présence de l’inspecteur des Beaux-Arts.

     

    En 1926 le Groupe Artistique réunissait 500 sociétaires. La marie municipalisa alors son école, et concevra Georges Eveillard à sa direction.

     

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    L'exposition de 1929 dans la salle de la Fraternité

     

    En 1929 fut fondée la Foire commerciale de Saint-Nazaire[8], on réserva chaque année un stand au Groupe Artistique qui y participa sans pouvoir concourir aux prix et récompenses.

    À partir de juillet 1929 le Groupe organisa des visites de musées dans le département en affrétant un autocar. Les frais de transport et le déjeuner étaient offerts par le Groupe à ses sociétaires. La première fut sous la forme d’une récompense accordé à chaque meilleur élèves de chaque école, publiques et privées, de Saint-Nazaire, soit 26 enfants qui purent se rendre au Château de Nantes. Cette visite récompense devint annuelle et par la suite fixée au 21 juin. Pour nombre de ces enfants cette visite était alors la première fois qu’ils allaient à Nantes. Il faut ici préciser qu'Eveillard avait pour grand ami le peintre Charles Perron, (Plessé 22 août 1893 - Nantes 18 avril 1958) ; cet ancien élève des Beaux-Arts de Nantes et de Paris, professeur à Nantes avait obtenu le deuxième Grand prix de Rome en 1921, la merdaille d'or au Salon des artistes français en 1928. Charles Perron fut l'un des membre actifs du groupe, participant à chaque exposition avec plusieurs toiles, (paysages et portraits), et usa de son influence en sa faveur, jusqu'à sa nomination en 1936 comme conservateur du Musée des beaux-arts de Nantes  (pste qu'il conserva jusqu'en 1935)

     

    En février 1933, l'exposition fut l'objet d'un achat par le marchand de charbon Michel van den Broucke en nature, qui fut l'objet d'un reportage du Courrier de Saint-Nazaire :

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    Achat d'un tableau payé en charbon, Le Courrier de Saint-Nazaire du 25 février 1933 ;

    (cliquer pour agrandir).

     

    En 1933 toujours, avec l’aide des Réseaux de Chemins de Fer Français, le Groupe Artistique organisa une exposition itinérante des œuvres de ses sociétaires. 

     

    L’exposition du 27 janvier au 27 février 1934 fut réalisée dans un état de tensions. Le Groupe Artistique de Saint-Nazaire était en perte de vitesse, et qualifié par certains de ses sociétaires de « réunion de vieilles barbes ». Il est vrai que le Comité central était toujours composé de ses fondateurs réélus chaque année, qui avaient tous un âge avancé, et regardaient avec un certain mépris les styles nouveaux s’éloignant du figuratif et de l’impressionnisme convenu, et qu’ils estimaient comme des phénomènes de mode qui passeraient. Georges Eveillard ne voyait pas les choses ainsi, et tentait de pousser le Comité central à plus d’ouverture. Rares étaient les artistes professionnels nazairiens et du canton à ne pas être sociétaires, mais ceux de l’Unvaniezh ar Seiz Breur, (les peintres René Yves Creston et Suzanne Candré-Creston, l’architecte André Batillat, etc.), étaient mis de côté, considérés comme des décorateurs, leur innovation artistique déconcertait ces messieurs. Émile Guillaume avait eu plus de chance auprès du Comité central. Assimilable au symbolisme et au néo-bretonnisme, avec des personnages aux teints rouges, ressemblant à des pantins plus ou moins désarticulés. Il était pourtant à la mode, mais outre que son style déconcertait ces messieurs du Comité central, il était perçu comme un peintre décorateurs car il exerçait ce travail dans des studios de cinémas, et qu’il ne refusait pas les commandes que lui faisaient les commerçants ou les particuliers désireux d’une fresque sur leurs murs[9]. Au demeurant il avait le tors de vivre à La Baule. Cependant cette année-là, le Comité fit le choix de donner une place importante aux œuvres d’Émile Guillaume qui eut tout un mur pour lui. On accorda la même largesse aux œuvres de Ferdinand du Puigaudeau mort quatre ans plus tôt, et dont la vente des œuvres devait se faire au profit de sa famille qu’il avait laissé démuni. Mais le jour même de l’exposition l’Ouest éclair dans la colonne précédent celle consacrée à l’exposition du Groupe Artistique publia que l’idée d’une exposition de photographie était dans l’air du temps, et s’étonnait que la Groupe Artistique ait écarté cet art. La révolte grondait parmi les sociétaires, car outre le rejet de certains styles ou de certains médiums d’expression artistique, il y avait aussi une censure concernant les nus. Pourtant il y avait des cours de dessin anatomique, mais dans l’esprit du Comité Central, le nu était forcément pornographique, et la peur d’avoir les protestations des biens pensants avait même relégué les nus académiques d’Eveillard pourtant bien innocents.

     

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    L'Ouest éclair 27 janvier 1934,

    (cliquer pour agrandir)

     

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    Le courrier de Saint-Nazaire 24 février 1934

     

    En avril-mai 1934 le Groupe ouvrit une exposition commune de dessin avec les écoles d’Art de Brest, Orléans, Nantes, Angers, Tours, Le Mans, Rennes et Laval, en présence de monsieur Bayard, inspecteur général des Beaux-Arts. René Geoffroy, le critique artistique de L’Ouest éclair, commenta que le niveau était plus élevé dans les écoles de Rennes, Angers et Nantes, et nota que le cubisme était dans les travaux exposés en minorité.

    L’exposition commune fut couplée d’une seconde sous forme de concours réservée aux dessins de Nazairiens de moins de 15 ans, organisée par l’Université Populaire sur la supervision de George Eveillard qui cherchait à renouveler le groupe. Il y eu 560 participants sur la thématique : « Ce que je vois par ma fenêtre ». Un tri garda 300 dessins qui furent exposés le dimanche 29 avril 1930 et 10 gagnants furent désignés. Le succès fut tel que le concours devint annuel.

     

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    L'exposition concours des dessins des moins de 15 ans,

    L'Ouest éclair 30 avril 1934.

     

    La réunion du Comité centrale qui suivit, avec la remise des prix, furent réalisés devant une assistante clairsemée. L'actif du Groupe Artistique avait atteint 16.346 frs, contre 17.115 frs, l'année précédente. Les sociétaires étaient passé de 472 à 464 en un an, ce nombre continua de chuter les années suivantes.

     

    Pourtant l'exposition du 27 janvier au 24 février 1935 se fit avec le concours du peintre Paul Chabas, président des Artistes Français, et André Dauchez, président de la Société Nationale des Beaux-Arts. Plusieurs artistes Nazairiens qui avaient été médaillés au Salon des Artistes Français : Yvonne Carro, qui peignait des paysages et des intérieurs, mais dont la réputation est surtout basée sur ses tableaux de fleurs, et Alice Carissand, qui peignaient elle aussi des fleurs essentiellement, et des scènes d'intérieur ; les poste impressionnistes Michel Collé, Émile Simon, Alexis de Broca, (grand-père du réalisateur Philippe de Broca), et d’autres au Salon du Société Nationale des Beaux-Arts, dont Hélène Lacoulomère, (qui vivait en Vendée).

    Aux côtés des sociétaires du Groupe Artistiques ont exposa 50 tableaux provenant du Salon des Artistes Français, dont : Marie-Louise Lustremant, Gabrielle Henriette Rieunier-Rouzaud, Maurice Joron, Jean Vincent-Darasse, Alexandre Jacob, Gaston Galey, Robert Genicot, Fernand Maillaud, Cesar Mammes, Jules Merle, Henri Barnoin, (qui devint sociétaire, mais décéda l’année suivante), ainsi que le graveur Jacques Derrey, le sculpteur Roger Favin, et Luc Lanel créateur de mobilier et d'objet de décoration en métal émaillé qui travailla pour les Chantiers.

    Le Normandie était alors en réalisation, et pour l’occasion on exposa des maquettes de ses décors, ainsi que des projets pour d’autres paquebots, dont Ville d’Alger.

    Le Groupe Artistique acheta 20 œuvres qui furent reparties au tirage entre les visiteurs qui avaient acquis le catalogue illustré de l’exposition.

     

    Le groupe des indépendants :

     

    L'exposition du Groupe Artistique de 1936 fut un four. On sentait que toutes l’énergie dont pouvaient faire preuve les organisateurs et les soutiens extérieur dont ils pouvaient bénéficier avait été épuisée par l'exposition de 1935, et ceux malgré une volonté de renouveler l'effet en faisant venir quelques personnes du Salon d’Automne dont le président se demanda ce qu’il faisait là le jour du vernissage où André Astoul, portraitiste vendéen, fut invité d’honneur. Il y eu des différents entre le Comité Central et René-Yves Creston, proue des artistes de style contemporain. Le bateau coulait inexorablement et le nombre des sociétaires toujours à la baisse.

     

    Il existait à Nantes un Salon des Indépendants, qui longtemps n’exposa que des refusés des beaux-Arts de Nantes, et dont les œuvres étaient de mauvaise qualité. En 1935, ce Salon des Indépendants nantais commença à regrouper quelques artistes dont le talent était indéniable, mais qui n’étaient finalement pas à leur place et n’y participaient qu’en raison de mésententes avec les Beaux-Arts de Nantes. C’est alors que René Yves Creston et André Batillat, lassés d’être déconsidérés par le Groupe Artistique de Saint-Nazaire, décidèrent de créer à Saint-Nazaire un Salon des Indépendants. Ils débauchèrent sans mal les peintres Pierre Wagner, (1897-1943), ancien élève d'Emile Simon et qui était aussi sociétaire des groupes des Indépendants de Bordeaux et Bourges, et Edmond Bertreux, (1911-1991), mais attirèrent aussi à eux des nazairiens mécontents du Groupe Artistique : Michel Brun (qui avait tenté sa chance aux indépendants de Nantes), Émile Guillaume, Berthe Riboulleau-Margotton, une miniaturiste et illustratriste spécialisée dans le genre néo-médiéval, Marthe Danard Puig connue essentiellement pour ses bouquets de fleurs, et surtout Georgette Nivert, (1900 - 1960), peintre de nus féminin sensuels et de couples saphiques [10]. Batillat et Creston eurent l’idée d’ouvrir leur groupe aux photographes. Créé en février 1936, ce nouveau groupe se finança au début avec une tombola, et avec les fonds avancés par René-Yves Creston et André Batillat, qui logeait chez lui, 18 rue Villebois Mareuil[11], le bureau de ce nouveau groupe, et avec l’aide de l’agence Havas de Saint-Nazaire.

     

    La première exposition eu lieu durant la foire commerciale de Saint-Nazaire, du 25 au 30 mai 1936. Affichant un panneau « fondé en 1936 », (l'enregistrement ne fut déposé cependant que le 13 juin), le Groupe des Indépendants avait disposé quelques œuvres de ses sociétaires, et Émile Guillaume faisait des démonstrations de dessin, tout en proposant des cours gratuits aux visiteurs. Batillat fit la réclame de son groupe en organisant un concours réservé aux amateur « Le meilleur croquis de la Foire Commerciale », avec pour jury les membre du bureau de la Foire et du Groupe des Indépendants, et de ses professeurs.

    Le Groupe Artistique, qui participait aussi à la Foire, qui était sous le pavillon de l’alimentation, semblait bien poussiéreux avec son exposition d’un portrait réalisé par un inconnu de Victor Lamoureux, et les dessins d’enfants sous le thème des fables de La Fontaine.

     

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    Emile Guillaume à la Foire de Saint-Nazaire,

    L'Ouest éclair 27 mai 1936.

     

    La première exposition organisée par les Indépendant eut lieu le weekend du 30 et 31 mai 1936 au cercle du Club d’aviation populaire et des Officiers républicains, 7 rue de Villès-Martin 1936, qui fut aussi le siège du bureau du Groupe. Devant le succès de cette exposition, le Cercle proposa de prêter ses locaux pour l’année suivante. Mais les Seiz Breurs avaient été sollicités en 1935 pour réaliser le pavillon de Bretagne à L'Exposition universelle de 1937[12]. Cela impressionna tant la municipalité de Saint-Nazaire, que le maire, François Blancho, proposa pour l’exposition du Groupe des Indépendant la salle des Halles, un vaste espace que la mairie avait destinée à y déplacer le musée, située rue du Bois Savary. Cela n’alla pas sans créer des tensions avec le Groupe Artistique qui y avait fait son exposition annuelle.

    En effet, ayant quitté les locaux du boulevard de l’Océan, le 6 février 1937, la 19e exposition du groupe Artistique eut lieu dans la salle des halles, une vaste pièce qui se trouvaient à l’étage des halles, et en avait la même surface. L’exposition avait réunie 600 œuvres, elle eut lieu sous le patronage de François Blanche, sous-secrétaire d'État, du Sous-Préfet de Saint-Nazaire et sous la présidence effective de M. Leroy, préfet de la Loire-Inférieure. Un déjeuner payant, (19 frs), fut organisé au Grand Hôtel et réservés aux personnalités de la ville et du département, les membres honoraires, les sociétaires et les artistes participants. La aussi l’événement fut rendu annuel.

    Pour ménager le Comité central du Groupe Artistique, François Blancho proposa aux Indépendants un autre lieu d’exposition… le vieux Musée municipal ! On s’étrangla devant ce choix du maire qui consacrait des artistes qui avaient été refusés ou mal traités jusque-là, mais il n’était pas possible de protester. Les Indépendants de Saint-Nazaire exposèrent ainsi au Musée les 29 mai au 30 juin 1937. René Geoffroy, le critique artistique de L’Ouest éclair, fut dithyrambique, mais avoua aussi dans son article 4 juin 1937, qu’il était l’ami et le cousin de René Yves Creston…

     

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    Le Comité central le jour du déjeuner donné pour le 25e anivarsaire de la fondation du Groupe Artistique,

    L'Ouest éclair du 30 novembre 1937.

     

    La paix avec les Indépendants :

     

    La 20e expolition du Groupe Artistique, eu lieu du 30 janvier au 27 février 1938. Elle regroupa les œuvres des artistes locaux, d’un choix d’artistes quelques autres régions françaises et de quelques parisiens, qui travaillent en collaboration avec les fabricants de tapisseries d'art d'Aubusson. Les ateliers envoyèrent pour l’occasion des tapisseries et du mobilier contemporains et anciens, dont des œuvres du 16e siècles, 17e et 18e siècles qui éblouirent les visiteurs.

    Parmi les invités officiels pour le vernissage et le déjeuner, il y eut André Batillat et René-Yves Creston. L’Exposition universelle de 1937 leur avait donné une importance auprès des autorités.

     

    René-Yves Creston participa à la 21e exposition en 1938, exposition qui pour la première fois fut réellement novatrice, et fut placée sous le haut patronage du Ministère de l'Éducation Nationale, subventionné par le département de la Loire-Inférieure, la Ville et la Chambre de Commerce de Saint-Nazaire. Le Salon des indépendants disparu dans cette réconciliation, échange de bons procédés et réalité économiques obligeant.

    Cette année-là, l’adhésion des sociétaires fut fixée à 20 frs par an. 

     

    La fin du Groupe Artistique :

     

    Il n’y eu pas d’exposition en janvier 1939 en raison d’un problème financier.

     

    La 22e exposition de 1940 fut retardée et n’ouvrit que le 25 février, avec 500 tableaux malgré la mobilisation de certains artistes. Elle se déroula dans une sale de l’école Jean Jaurès, boulevard Victor Hugo.

     

    Après avoir obtenu une subvention municipale de 1.000 frs, la 23e exposition se déroula avant la date classique, du 1er décembre 1940 au 22 décembre 1940 au Syndicat d’Initiative 4 rue de l’Océan. On lui avait accordé une semaine de prolongement devant le succès qu’elle suscita. Il est vrai qu’à ce moment-là il y avait peu de distractions à Saint-Nazaire. Il avait eu une semaine de prolongement. Parmi les peintres exposés citons, venue de Stenay en Meuse, Germaine Lantoine-Neveux, (1892-1978) exposa des portraits, Berthe Riboulleau-Margotton et Émile Guillaume revenus au bercail. Celui-ci fut, avec Ulysse Gorrin, (1884-1965), éreinté par la critique de René Geoffroy.

    L’exposition s’acheva avec un tirage au sort de numéro d’acheteurs de l’exposition précédentes, de catalogue d’exposition acheté, et de cartes de sociétaire, qui gagnèrent des aquarelles et des tableaux des têtes de pont du Groupe, mais aussi une toile de Puigaudeau.

     

    Le 24 mai 1941 dernier concours des enfants. La guerre fit son œuvre, et le groupe disparu dans les ruines de la ville. Mais l'école d'enseignement d'art plastique, fondée en 1919, et municipalisée en 1926, fut rétablie. Emile Guillaume y fut professeur, (il enseigna aussi à l'Ecole Normale de Savenay).

     

    Le Groupe Artistique de Saint-Nazaire : une école ?

     

    Peut-on parler d’une école nazairienne ? Nous pensons que oui, en ce qui concerne la peinture.

     

    Si l’on excepte les membres de l’Unvaniezh ar Seiz Breur, qui forme une école particulière et clairement identifiée, et bien sûr Émile Guillaume qui est inclassable, ainsi que Georgette Nivert aux nus sensuels et sexuels, et Félix Lorioux (1872-1964), illustrateur et dessinateur de bande dessinée qui participa à la dernière exposition de 1940 mais dont on ne peut affirmer qu’il fut sociétaire, on s’aperçoit qu’il y a une cohérence des œuvres des peintres membre du Groupe Artistique de Saint-Nazaire pour ceux qui nous sont aujourd’hui connu.

     

    Nous avons pu établir à la lecture des articles de presse et des rares catalogues d’exposition qui nous sont parvenus une liste de nom de peintres qui sont aujourd’hui reconnus par les marchands d’arts comme des peintre de tallent :

     

    Auffray Alexandre (1869-1942)[13] ;

    Beilvaire Charles (1861-1943)[14] ;

    Bouillon Gaston (1881-1958) ;

    Broca Alexis (de) (1868-1948), médaille d'argent Salon des artistes français 1922 ;

    Brun Michel ;

    Carro Yvonne(-Antoinette), (Meaux 25 novembre 1895 - Luçon  31 décembre 1946), membre de l'Union des Femmes Peintres et Sculpteurs, sociétaire des Artistes Français, mention honorable au Salon des artiste français 1928 et médaille d'argent 1933, surtout connue pour ses fleurs, que pour ses intérieurs et paysages, ou ses illustrations, (elle signait parfois Carro-Boulard) ;

    Chaney Lester Joseph (Zala, Nagy Kanisza, Hongrie, 19 avril 1907 -  New Lenox, Illinois, USA, 14 septembre 1998), né hongrois, il s’exila aux USA dans les année 1920 obtint la nationalité ; il étudia à l'Art Institute of Chicago, auprès de Charles H. Woodbury et Leon Lundmark. Entre 1935 et 1939 il vient vivre à Saint-Nazaire : à la déclaration de guerre il s'établit dans l'état du Maine.

    Collé Michel-Auguste (Baccarat 7 janvier 1872 - Kervalet en Batz-sur-Me 15 septembre 1949), formé comme doreur à la cristallerie de Baccarat, il exposa à partir de 1903 à la Société nationale des beaux-arts, puis au salon des Tuilleries et obtint la mention honorable au  Salons des Artiste Français en 1920, puis la médaille d'argent en 1921, époque où il commença  séjourner en Presqu'île et s'y établit définitivement au village de Kervalet en 1940 ;

    Cylkow Louis ( Varsovie 1877 - 1934), élève à l’Académie Julian, c'est en 1923 qu'il découvrit la Presqu'île guérandaise, le musée de Nantes lui achètera deux toiles en 1920 et 1925 ;

    Deboute Maurice-Pierre (s'éloigna en peignant des paysages d'Ile de France) ;

    Eveillard Georges (1879-1965) ;

    Evein Claude-René-Pierre ;

    Gauffriaud Émile (Brest 1877-1957), peintre, aquarelliste et graveur, il fut l'un des artiste bretons les plus prisé de sa génération, traitant presque exclusivement de sa province natlae, à lexeption de quelques oeuvres réalisée durant un séjour sur la Côte d'Azur ; il stoppa toute activité artistique quatorze-ans avant son décès ;

    Gauthier Stany (Joseph dit) (1883-1969), peintre, architecte-décorateur et sculpteur, diplômé de l'Etat pour l'enseignement de la composition décorative, professeur à l'Ecole des beaux-arts de Nantes en 1911, conservateur du Musée d'Art populaire régional de Nantes de 1922 à 1969, il publia cinquante ouvrage sur les la décoration, l’ameublement et l'architecture ;

    Gautier Émile (1920-2013), peintre et aquarelliste très connu en Presqu'île ;

    Gorrin Ulysse (1884-1965), médaille d'argent du Salon des artistes français 1936, prix Corot et médaille d'or 1949 ;

    Guyot Paul (1906-1960), peintre, puis journaliste, rédacteur en chef de France Soir il fut aussi romancier), auteur de trois  romans publiés chez Caman-Levy : Les Bois du Nord en 1925 ; Belle Amie en 1957 ; et Un été en Brière en 1958 ;

    Jacquier Marcel (1877-1957), « Inscrit à l’école des Beaux Arts de Nantes en 1889, il fréquente ensuite l’académie Julian à Paris en 1907. Il revient en Bretagne chaque été entre 1903 et 1911; à la belle saison, depuis Tréboul, il part à la recherche de motifs, sillonnant ainsi le Finistère. Il est l’auteur de plusieurs affiches pour des syndicats d’initiative. Il est récompensé au Salon des Artistes Français de 1933, Il reçoit la médaille d’argent pour son levure Les Veuves. Peintre de Douarnenez, il est aussi l’auteur de paysages de bière et de scènes de pardons. Il peint également à Concarneau, vers 1910. » (sources : La modernité en Bretagne : Tome 2, Silvana Editoriale, 1er juillet 2017 ;

    Labitte Eugène Léon (1858-1937), peintre et acquarelliste ;

    Lacouloumère Hélène,  (Fontenay-le-Comte 17 septembre 1873 - Bleneau 16 juillet 1960) ;

    Lemasson Paul (Saint-Mars-du-Désert 10 janvier 1897 - Nantes 22 septembre 1971), élève de l'Ecole des Beaux Arts de Nantes, il exposa au Salon de 1934 et de 1969, ces œuvres étaient inspirée des paysages anciennes maîtres flamands ; il fut membre de l'association La Fresque, (tout comme Madeleine Massonneau) ; (son frère Albert était lui aussi peintre) ;

    Lusseau Georges (Clisson 1897-1989), médaille d'argent de l'exposition internationale des arts décoratifs en 1925, il réalisa plusieurs fresque dans le département ; après guerre il fut professeur à l'école des Beaux Arts de la ville de Paris ;

    Massonneau Madeleine-Valentine, (New-York 21 mai 1901- ...), domiciliée chez ses parents au 44, rue de Villers, Levallois-Perret jusqu'en 1933, inscrite à l’école des Beaux-Arts en 1920., admise à la section de peinture de l'École nationale supérieure des beaux-arts en 1923, second-prix de Rome en 1928, membre de l'association La Fresque, (tout comme Paul Lemasson), elle exposa au Salon des artistes français de 1925 à 1932, concourra sans succès au prix de Rome de 1928, exposa au Salon des Indépendants à partir de 1930 l'état et la ville de Paris lui achetèrent et commendataire plusieurs œuvres, notablement des fresques, la ville de Saint-Nazaire lui commanda en 1932 une fresque pour le stade du Plessis, et le 24 octobre 1933 la fresque toujours existante qui couvre les quatre murs du hall de l'ancienne école Jean Jaurès, au 25 boulevard Victor Hugo pour la somme de 18.256 fr (soit 400 fr du m²) (cf. article du L'Ouest Éclaire du 5 novembre 1933) ; elle fut aussi connue pour avoir membre à partir de 1931 du Cercle Féminin de Paris comme internationale de cross ;

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    (source : L'intran : le plus grand hebdomadaire sportif, 22 novembre 1932.)

     

    Maxence Jean (1901-1962), médaille d'argent Salon des artistes français 1920, médaille d'or 1925 et prix Madagascar ;

    Puigaudeau Ferdinand (du) (1864-1930), issu de l'école de Pont-Aven ;

    Simon Émile (1890-1976), mention honorable Salon des artistes français, médaille d'argent 1934, médaille d'or 1935 ;

     

    Ces peintres, dont la liste est non exhaustive, (le Groupe artistique ayant eu jusqu’à 500 sociétaires, et cumula le même chiffre en nombre de tableaux exposés), ont en commun d’avoir peint à l’huile et à l’aquarelle des marines du port de Saint-Nazaire, des côtes d’Amour et de Jade, de l’estuaire et de la Loire maritime, des marais salants, de la Grande Brière, des environs paysage de Guérande, Saint-Nazaire et Pornic, et des scènes bretonnes de la Loire Atlantique, dans le style postimpressionniste de l’entre-deux-guerres, sur une période allant de 1919 à 1941.

     

    On peut aussi pousser la thèse d'une école nazairienne à une école parallèle consacrée à la présentation florale dont nous citerons :

    Carissand Alice-Emilie-Elise-Marie, née le 13 novembre 1869 à Saint-Nazaire, (fille d'un commissaire de paquebot de la Compagnie Général Transatlantique, et sœur du lieutenant de vaisseau Edmond-Eugène-Ambroise Carissan), membre de la Société des Artistes Français, médaille d'argent au Salon de 1934 avec une toile figurant un intérieur en clair obscure qu'il offrit en 1945 à la Ville pour la reconstitution du musée, intitulée " Mystère des reflets ", (130x97).

    Carro Yvonne, déjà nommée plus haut ;

    Danard-Puig Marthe.

     

     

     

    [1] Cf : L’Ouest éclair du 30 novembre 1934. Pour sa biographie, voir notre article : http://saint-nazaire.hautetfort.com/charles-beilvaire/

    [2] A propos de Gustave Bord voir : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/06/13/le-chateau-de-porce-a-saint-nazaire-premiere-partie.html

    [3]  Victor Lamoureux (1864-1954), tailleurs pour homme, sculpteur amateur, époux de Marguerite Janvin, (1867-1930), dont la boutique, ouverte en 1855, existe toujours à Saint-Nazaire, quoiqu’elle ait changé de nom en devenant « Territoire des hommes ». La fondation par lui du Groupe artistique de Saint-Nazaire le fit nommer officier de l’instruction publique le 1er février 1930 pour services rendus aux arts. Le 12 février 1931 il reçue la médaille d’argent de la Prévoyance sociale.

    [4] Jacque Dommée devient l’archiviste du Groupe, il fut rejoint par son fils, Claude Dommée, architecte, qui fut nommé trésorier adjoint. Claude Dommé fut larchitecte des halls à la Reconstruction, et de différents immeubles.

    [5] Le docteur Pierre-Ernest Méloche, (1860-1946), ancien interne des hôpitaux de Nantes, avait son cabinet 24 rue Henri Gautier à Saint-Nazaire. Il fut la risée de la ville et de la profession à la suite d’une erreur de diagnostic : le 18 mars 1896 le juge d’instruction de Saint-Nazaire, Jules Batillat, (père de l'architecte André-Laurent Batillat), convoqua le docteur Méloche pour examiner une prévenue, la veuve Billy, arrêtée sous l'inculpation d'infanticide. La femme nia l’accusation, et affirma être toujours enceinte. Le docteur Méloche se déplaça, examina, et dit que la femme avait déjà accouchée. Deux jours plus tard, la veuve Billy accoucha en prison d'un enfant de cinq mois qui ne vécut que quelques minutes. Elle porta plainte conte le médecin, et lui réclama 1.000 frs de dédommagement, (la consultation qui avait coûté 6 frs au Tribunal de Saint-Nazaire). Le tribunal de Saint-Nazaire condamna le docteur Méloche le 26 février 1897. Il gagna en appel à Rennes le 2 juin 1898. Son honneur étant lavé, il reprit sa place à Saint-Nazaire, et la ville fit comme si rien ne s’était passée, tout en ricanant dans son dos. Appuyé par ses confrères, et ses relations politiques et maçonniques, il fut promu en 1911 médecin chef du comité de la Croix Rouge de Saint-Nazaire, la Croix Rouge de Saint-Nazaire. Durant la première-guerre il fut médecin chef de l’hôpital bénévole des sœurs de Saint-Vincent de Paul, puis il dirigel’Œuvre Antituberculeuse de Saint-Nazaire, vice-président de la Ligue antialcoolisme de Saint-Nazaire, fondée en 1918 par Louis Campredon, et fut nommé président du syndicat des médecins de Saint-Nazaire le 28 septembre 1930. Durant l'entre-deux-guerres il fut aussi président du Conseil d’Administration de l’École de musique, membre de la Commission du Musée à partir de novembre 1920, et était de toutes les inaugurations. Personnalité incontournable et indéboulonnable, il se fait gentiment moquer par les chroniqueurs de L'Ouest-Éclaire. Réfugié à La Baule à la suite des bombardements, il y décéda en 1946. Si le caveau familiale au cimetière de La Briandais comporte une plaque mentionnant " Docteur Méloche 1860 - 1946 ", son corps ne s'y trouve pas. Il fut en effet inhumé à La Baule dans une sépulture provisoire, mais, dans la confusion de l'après-guerre et de la reconstruction, ses cendres ne furent jamais transférées, la tombe provisoire fut reprise par les services de La Baule et ses restes déposés en l'ossuaire.

    [6] Journaliste militant socialiste, de son vrai nom Georges Pierre, né le 25 avril 1871 à Bléneau, décédé le 9 février 1958 à Saint-Nazaire.

    [7] Georges-Alexandre Eveillard, né à Nantes le 2 juillet 1879, marié à Nantes le 11 mai 1917 à Augustine Louise-Marie Carrière, décédé à Nantes le 25 février 1965 ; il fut le premier professeur de l'école des Beaux Arts de Saint-Nazaire. En 1938 il devint directeur du musée municipale, et œuvra à reconstituer un nouveau musée à la Libération à la demande de la mairie. Le projet n'abouti pas, mais il fit plusieurs acquisition jusqu'en 1955 au nom de la ville. A sa mort, la municipalité Blancho fit acheter au nom de la ville plusieurs toiles de sa collection mise aux enchères à Nantes, dont un tableau copie de l'entourage de Goya, une esquisse de Manet, et quelques toiles du 17 et 18ème siècle à la qualité discutable.

    [8] Elle eut d’abord le nom de Foire Exposition.

    [9] Membre de la Loge Le Trait d’Union, Emile Guillaume réalisa les décors de la nouvelle loge à la demande de son vénérable, Henri Allanet, chirurgien et directeur de l’Hôpital de Saint-Nazaire. Il ilustra aussi des cartes postales avec des scènes bretonnes, dont une série ayant pour thème les côtes de la province. Ajoutons qu'Emile Guillaume était né à Paris dans une famille originaire de Questembert, et dont la grand-mère maternelle vivait au Pouliguen, s'était établi à La Baule en 1928.

    [10]  Sa biographie officielle la dit née à Lorient en 1900, mais aucun acte n'y existe à ce nom à cette date. Elle vivait en 1932 au 18 rue Leconte de Lisle à Paris 16ème, puis au 26 rue des Plantes à Paris 14ème en 1935, ville où elle exposa au Salon des indépendants de 1932 et au Salon de la Société d'Automne de 1935. A la Libération, elle se consacra à des représentations d’enfants. Non mariée, elle eut une fille, Paulette Nivert, née en 1921, qui fut aussi artiste peintre, et qui exposa durant l'occupation à Biarritz, où sa mère avait une villégiature, où elles avaient trouvé refuge.

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    (sources : L’Écho de Paris, 26 février 1930)

    [11] Par la suite il se fit construire une maison sur ses plans 82 rue Jean Macé.

    [12] Ce fut sous l’impulsion de Joseph Stany Gauthier, conservateur du musée des beaux-arts de Nantes, que le comité de l’Exposition Universel choisit les Seiz Breur. Le secrétariat général pour la réalisation de ce pavillon étant attribué à René-Yves Creston.

    [13] Voir notre article : http://saint-nazaire.hautetfort.com/alexandre-affray/

    [14] Voir notre article : http://saint-nazaire.hautetfort.com/charles-beilvaire/

    Lien permanent Catégories : Alexandre Affray, Artistes nazairiens, Charles Beilvaire, Groupe Artistique, Groupe des indépendants, Seiz Breur 0 commentaire
  • Charles Beilvaire, un peintre nazairien oublié

     

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    Charles Beilvaire, " Bisquines de Paimbœuf " devant le vieux Môle, Saint-Nazaire, 1889, coll. O. M. de S. L.

     

     

    Quand on recherche des vues anciennes de Saint-Nazaire, on finit par trouver des dessins à la plume réalisés par Charles Beilvaire, représentant l'ancien bourg de Saint-Nazaire au 19e siècle. L'Ecomusée de Saint-Nazaire a en réserve trois dessins au crayon et un dessin à la plume de cet artiste, qui sont propriétés de la ville. Fernand Guériff a reproduit plusieurs dessins de Beilvaire dans son livre "Le Vieux Saint-Nazaire", édité aux Éditions Jean-Maris Pierre en 1987. Certaines de ces vues furent réalisées par Charles Beilvaire entre 1882 et 1886, ou d'après des dessins plus anciens, conservés par des particuliers, dont une série datant des années 1830. Le bombardement de Saint-Nazaire du 28 février 1943 a anéanti la maison de la famille Beilvaire, mais aussi de les collections de Charles, qui, outre ses œuvres personnelles, comportaient des documents iconographiques, des manuscrits, des publications, anciens concernant Saint-Nazaire, l'estuaire de la Loire, la Grande-Brière1, la marine à voile, et qui devaient servir à un fond muséal projeté par Charles Beilvaire. Cette destruction a entraîné au passage la disparition pure et simple de la mémoire collective Charles Beilvaire, qui pourtant fut de son vivant un artiste reconnu, tant au protectorat du Maroc où il fut en poste, qu'en Loire-Atlantique. On trouve encore des peintures, des dessins, des aquarelles, de Charles Beilvaire. Si ses marines du Maroc ne sont pas rares, ces marines de l'Estuaire de la Loire le sont presque devenues, et il est fort difficile aujourd'hui d'en trouver des originales, fort prisées des collectionneurs.Notons ici que Charles n'est pas le premier peintre de sa famille. En effet sont père, Victor Beilvaire, peignait d'adorables marines, toujours en petit format, sur carton noir, et, avouons le, d'une exécution bien meilleure que celle de son fils. 

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    Victor Beilvaire, bateaux de pêche suivit du bateau pilote dans le chenal de Saint-Nazaire, vers 1865, Coll. O. M. de S. L.

     

    Contrairement à ce René de Kervilers a écrit dans son ''Répertoire général de bio-bibliographie bretonne'', Charles Beilvaire n'est pas natif de Saint-Nazaire, mais de Paimboeuf, où sa famille avait fait souche. Charles Beilvaire expliqua dans la dernière interview qu'il accorda à R. Montaron dans L'Ouest Éclair du 17 décembre 1943, qu'il est arrivé à Saint-Nazaire à l'âge de deux ans.

     

    Généalogie :

     

    De son vivant Charles Beilvaire prétendit qu'il était issu d'un marin espagnol venu s'établir sur l'Estuaire de la Loire, mais en réalité les Beilvaire sont une famille de cultivateurs et de marins du pays de Retz, plus précisément originaire de la rive ouest du lac de Grand-Lieu. leur nom, parfois orthographié Beilbvert, vient de beil, mot poitevin employé en pays de Retz, qui signifie ventre, et de vair, c'est à dire la fourrure d’écureuil. C’est donc un patronyme issu du surnom d'un ancêtre qui devait ceindre sa taille en hiver d'une ceinture faite en fourrure d'écureuil, fourrure particulièrement recherchée au Moyen-Age.

     

    I° Jean-Antoine-Simon Beilvaire, né en 1778, marin, domicilier à Paimboeuf, époux d'Adele-Euphrosine Séjourné, née en 1801, d'où :

    II° Charles-Victor Beilvaire, (Paimboeuf 18 janvier 1832 - 10 octobre 1891 Saint-Nazaire), matelot, peintre de marines, il passa trois années aux Indes avant de revenir se marier au pays ; décoré de la médaille d'argent 2e classe de Sauvetage le 28 février 1884 ; époux d'Anne-Elisa Nicou, (décédée à Saint-Nazaire le 22 janvier 1878) ; le couple aménage en 1863 à Saint-Nazaire, d'abord au rez-de-chaussée de l'ancienne gendarmerie rue du Calvaire, puis ils s'établit rue Neuve, d'où :

    1° Charles-Julien, dont il sera question dans cet article ;

    2° Jules-François, (Saint-Nazaire 17 juillet 1867 - 23 juillet 1959 Fontenay-le-Comte), technicien de la marine en 1889, puis dessinateur aux Chantiers de la Loire en 1907, et directeur des chantiers Belliard à Dunkerque en 1937, jusqu'à la guerre ; marié le 26 mai 1889 à Fontenay-le-Comte avec Alida-Anna-Anais-Marie Videt, (°Fontenay-le-Comte 4 août 1872), fille d'Ernest Auguste Vinet, chapelier à Fontenay, et de feu Eloïse-Marie-Augustine-Adèle Poupin, (+ 6 novembre 1874 à Fontenay-le-Comte), d'où :

    A° Maurice-Ernest-Jules, né à Saint-Nazaire le 16 avril 1900, lieutenant à bord du Caraïbe en 1918, croix de guerre pour sa conduite exemplaire durant le torpillage de ce bâtiment ; matelot sans spécialité au Havre le 23 septembre 1921, nommé capitaine au long cours en juin 1924 à la Compagnie Général Transatlantique sur la Ligne Le Havre-New-York, enseigne de vaisseau passé de première classe le 15 novembre 1926, professeur à bord du navire école Jacques-Cartier en 1927, où il enseigna l'anglais, le droit naval, et la construction navale, nommé commandant en 1939, participa à la construction du navire météorologique Carimaré qu'il commanda de 1937 à 1939, second-commandant du Normandie en juin 1939, il fut affecté à la suite de la réquisition de ce navire en 1942, à différentes mission aux Etats-Unis et aux Antilles, puis pris le commandement de l'Oregon en 1943, année où le gouvernement d'Alger l'envoya à Rome pour prendre les premières mesures concernant les navires français aux mains des Italiens ; nommé directeur de l'armement de la Compagnie Générale Transatlantique en 1945 ; domicilié au Havre à partir de 1924 jusqu'aux bombardement, puis à Cherbourg à la Libération, lieutenant de vaisseau le 30 juin 1946, il décéda le 10 mars 1951 à Argenteuil et fut inhumé au cimetière d’Asnières ; marié à Jeanne Avril le 16 juin 1930 à Paris II, il eu un fils, prénommé Jacques, née en 1932, décédé le 4 avril 1937 au Havre, et un second encore vivant en 1952, mais dont on ne sait rien ;

    B° Guy, marié  au Royaume-Unis avec Miette Papon, il décédé entre 1963 et 1970 sans postérité ; il avait hérité des droits et papiers de son oncle Charles, dont une centaine d'aquarelles passée ensuite à la sœur de son épouse, elle-même sans héritiers direct, ces documents sont aujourd'hui entre les mains de monsieur O. M. de S. L.

    3° Auguste-Charles, (Saint-Nazaire 5 mai 1873 - Saint-Nazaire 29 août 1893), employé, célibataire ;

    4° Marie-Adèle, épouse du sous-brigadier Pageot, veuve pensionnée le 2 mai 1926.

     

    Biographie :

     

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    Charles Belvaire, photographie publiée dans la revue ''France Maroc''  de mars 1925.

     

     

     

    Charles-Julien Beilvaire pris en 1863 le bac à Mindin avec ses parents depuis Paimboeuf où il est né le 15 décembre 1861, et passa son enfance à Saint-Nazaire rue Neuve. Cette maison fut celle de sa vie, son frère y est né, ses parents y sont morts, il avait espéré en faire un musée d'histoire locale et aussi consacrée à ses œuvres. Le port de Saint-Nazaire était alors tout neuf ; R. Montaron dans son interview de Charles Beilivaire pour L'Ouest Éclair du 17 décembre 1943, nous rapporte à ce sujet, à travers les souvenirs de Charles Beilvaire, que le port de Saint-Nazaire ne comportait alors qu'un seul bassin où « s'entassaient pêle-mêle jusqu' à 110 voiliers. Ils se tenaient si près les uns des autres qu'ils créaient comme un pont et que, sautant d'un bord à l'autre, le petit Beilvaire pouvait passer du quai Démange au quai du Commerce.

     

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    Le port de Saint-Nazaire en 1864, coll. O. M. de S. L.

     

     

    Son âme d'enfant, inconsciemment éprise d'art, s'émerveillait devant l'imagé aérienne et comme insaisissable de ces longs courriers aux voiles arachnéennes et qui frémissaient au souffle du large comme des ailes d'oiseaux. Aussi, dès qu'il put tenir entre ses menottes, un crayon, Charles Beilvaire commença à prendre des croquis. Ce n'était certes pas parfait, mais la fidélité y était incluse et, plus tard, elle devait servir à l'homme en plein épanouissement intellectuel, à reconstituer exactement tel vieux coin du ''Petit Maroc2'' ou encore tel gréement de trois mâts franc disparu. Son père, précisément, courait le grand large sur la dunette d'un de ces magnifiques bâtiments de la Marine en Bois. En ce temps-là, les records du ''Ruban Bleu'' n'existaient point... Chaque navire était tributaire du vent, des éléments comme ces mouettes incessamment balancées au-dessus des vagues et parcourant des distances considérables sans qu'on y prenne garde. Mon père, m'a confié M. Beilvaire, est resté trois ans aux Indes, avec lesquelles nous faisions jadis un gros commerce. Tous les voiliers ou presque qui fréquentaient le port de Saint-Nazaire, venaient de là-bas, avec leurs cargaisons d'épices et de fruits aux lourdes senteurs ou de sucre de Bourbon. Nous guettions leur arrivée au bout du môle. Nous reconnaissions de loin, de bien loin, à la limite d'horizon, le ''Penseur'', le ''Navigateur'',1' ''Epervier'', l' ''Isabelle'' ou encore le ''Persévérant'', à cause de leurs cacatois ou de leurs perroquets. Ceux-là appartenaient à la vraie Marine en bois. On saluait aussi le passage des ''guanotlers'', des trois mâts de 3.000 tonnes qui importaient en France le guano des îles Chiloé (Chili et Pérou). 3,000 tonnes !? Ça nous paraissait formidable !.. Je vis. un jour, aussi le plus grand voilier français '' La Victorine '', qui faisait un peu plus de 3.000 tonnes et les deux ''France'', qui étaient des cinq mâts. Après les navires mixtes comme 1' ''Eugénie'', il y eût les bateaux à roues... C'était déjà l'avènement de la vapeur. La première unité qui relâcha à Saint-Nazaire fut le ''Nouveau Monde''. Il mesurait 105 mètres de longueur, atteignait New-York en... 25 jours ! C'étaient, d'ailleurs, de mauvais bateaux qui ''engageaient'' par grosse mer. Et puis le progrès est venu... On a construit ''Normandie''... »

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    Charles Beilvaire, voiliers dans le port, Saint-Nazaire, 1880, Coll. O. M. de S. L.

     

    Bon élève, il fit Ponts-et-Chaussées et fut reçu au concours de de 1882. Il fut affecté à l'emploie de conducteur des Ponts-et-Chaussées le 17 novembre 1882 sur concours. Son premier poste fut à Saint-Nazaire en 1883 sur le chantier d'agrandissement du port, puis il intégra le Service des eaux dont il devint en juin 1900 le directeur avec un appontement de 3500 fr. Il fonda en 1885 la société de gymnastique et de tir ''La Nazairienne'', société de gymnastique réservé aux hommes3, avec François Fouché, (Paimboeuf le 15 juin 1852 – Saint-Nazaire, 26 avril 1940), autre natif de Paimboeuf arrivé à Saint-Nazaire à l'age de 7 ans, comptable aux Chantiers de la Compagnie, futurs Chantiers de Penhoët. Des rumeurs commencèrent à courir ; on murmurait qu'il était " myope quand [passait] une belle femme ". Il se maria le 5 juillet 1886 avec, Marie-Philomène Pierre, (Saint-Nazaire 12 août 1865), fille d'Etienne Pierre, charpentier reconverti comme buraliste, (Saint-Nazaire 22 août 1836 - Saint-Nazaire mars 1923), et de Jeanne-Marie-Ghislaine Pierre. le couple s'établie rue d'Anjou, au 111, dans la maison de la famille Pierre. Ils eurent pour enfants :

    1° Charles-Etienne, (Saint-Nazaire 29 mai 1887 - Saint-Nazaire janvier 1937), dessinateur, établi à Paris, 16 rue de la Jonquière en  1911 ; 64 rue Levis en 1931, célibataire ; inhumé au cimetière de La Briandais ;

    2° Fernand-Jules-Arsène, né à Saint-Nazaire le 18 août 1888, mort pour la France le 8 septembre 1914 en gare de Lens, des suites de ses blessures reçues à Fère-Champenoise, sergent du 6ème génie ; il avait crié  ses hommes " vengez-moi ! ", ce qui lui valut citation posthume le 8 juin 1922 ; médaille militaire et croix de guerre ; inhumé au cimetière de La Briandais ;

    3° Georges-Marcel, né à Saint-Nazaire le 2 septembre 1890, mort pour la France, tué à l’ennemi à Vaux-Chapitre, le 5 août 1916, sous-lieutenant au 4ème zouaves de marche ; inhumé au cimetière de La Briandais, croix de guerre et légion d'honneur ;

    4° Andrée-Madeleine, née à Saint-Nazaire le 1er février 1892, établie à Paris 19 rue Lamartine, célibataire.

    Très intéressé par les arts, à l'imitation de son père, il se perfectionna au dessin, s'initia à l'aquarelle et à la peinture à l'huile. La fondation de ce club sportif et ses fonctions d'ingénieur, ainsi que de membre de la commission du musée de Saint-Nazaire à partir du 14 février 1905, lui valurent d'être décoré des Palmes académiques, puis d'être élevé au grade d'officier académique le 17 août 1907. Charles Beilvaire était parfaitement intégré dans la vie nazairienne, sa position de conducteur des Ponts-et-Chaussées de première classe détaché au service de la ville faisait de lui une personnalité incontournable, mais un arrêté du 9 décembre 1909 le nomma dans le département de la Seine-Inférieure, au service de la navigation de la Seine (4e section). Ce changement de poste ne fut pas de son goût, il n'arriva pas à se faire à des amis à Rouen. Comme beaucoup d'homme dans son cas, il était obligé de mener une double vie, en ayant la peur d'être découvert et d’être fiché par la police de mœurs, de se retrouvé victime de la haine et d'être mis au ban de la société. Passablement déprimé, il obtint un arrêtés en date du 24 février 1911 qui le « mis en congé, hors cadres »4. Un décret du 15 mars 1911 l'autorisa à entrer au service de la Compagnie parisienne de distribution d'électricité, une société privée fondée en 1907. Il réintégra la fonction publique et fut nommé au travaux publics le 16 mars 1914 au Maroc, protectorat français que le maréchal Lyautay avait transformé en paradis pour les homosexuels hommes, et où il retrouva plusieurs Nazairiens dont la sexualité n'était pas toujours un mystère ; Lyautey, dont Charles Beivaire dira avoir été de ses amis intimes, devant des Nazairiens qui se poussaient du coude avec un sourire entendu, amitié qu'il faut cependant relativiser, mais qui lui valut une fiche rose dans les classeurs de la police de Rabat. Au sortir de la guerre, il se rendit avec son épouse en France pour récupérer les corps de ses fils morts au champs d'honneur, et les faire inhumer au cimetière de La Briandais. Ces deux morts le laissèrent amère et firent s'effondrer son épouse dans une profonde dépression. Le 1er juillet 1920 il fut transféré à la sous-direction du Chemin de fer et Travaux publics du Maroc.

     

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    Exemples de marines peintes à Casablanca, publiées dans la revue ''France Maroc'' de mars 1925.

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    un autre exemple publié le 18 août 1934 dans Le Courrier de Saint-Nazaire.

     

     

    Il passa au grade d'ingénieur de première classe le 20 janvier 1925. Le 23 janvier 1925, il obtint sa nomination au service détaché, sur ancienneté, puis par décret du 28 mars 1925 il est admis à faire valoir ses droits à la retraite, et cessa ses fonctions à la même date. Il perdit son épouse dans l'intervalle, à une date qui ne nous est pas connue dans l'état présent de nos recherches.

    Revenu à Saint-Nazaire en 1925, avec «  350 aquarelles », on le retrouve prenant part à partir de 1932 aux différentes manifestations de ''La nazairienne'', de l’École municipale de dessin, et du Groupe artistique de Saint-Nazaire, (dont il fut nommé bibliothécaire en mai 1930), après qu'il fut élevé au grade d'officier de l'instruction publique le 7 avril 1932. Le Groupe artistique fit  plusieurs fois acquisition de certains de ces marine peinte à l'huile pour constituer des prix à sa tombola annuelle, la dernière fois pour celle du 18 mars 1940. En effet, s'il était désigné comme " le peintre de la ville ", ses œuvres trouvaient difficilement preneur, les formats étant jugé généralement trop petits, (entre 15x20cm et 20x30cm), et toujours sur carton ou contreplaqué ; lui même ne tenait pas à s'en séparer.

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    Charles Beilvaire, bateau dans la vieille-entrée du port de Saint-Nazaire, 1926, Coll. O. M. de S. L.

     

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    Charles Beilvaire, bateaux de pêche dans la baie de La Courance à Saint-Nazaire, 1931,

    Coll. O. M. de S. L.

     

    A son retour à Saint-Nazaire, il réaménagea dans la maison de son beau-père, dont il avait hérité la moitié avec ses enfants. L'autre moitié étant revenue à sa belle-sœur, Marie-Joséphine Pierre, (Saint-Nazaire 11 août 1867 - Nantes 13 juin 1958), restée célibataire, et qui avait repris le commerce paternel. C'est alors qu'Andrée, sa fille, exigea la vente de la maison et des autres biens immobiliers (une chaumière à Toutes Aides, 4 ares de marais, et un près au Courtil), pour en avoir sa part. Après un procès retentissant intentée contre son père et son frère, qui alimenta les ragots à coup d'entrefilets relatant les enchérissements chez le notaire. Père et fils ne pardonnèrent jamais à Andrée et restèrent fâchés. cette vente l'obligea à emménager au 52 de la rue de La Villès-Martin, rue la plus élégante de la ville. Ce fut un changement favorable pour lui, car la rue d'Anjou, très populaire, débouchait sur des taudis, et avait mauvaise réputation.

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    en 1932

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    en 1933

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    en février 1934.

     

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    Avec François Fouché en mars 1935 à l'occasion du banquet du cinquantenaire de La Nazairienne.

     

    Charles Beilvaire exposa régulièrement avec autres membres du Groupe artistique, et collabore activement comme illustrateur au journal Le Courrier de Saint-Nazaire, journal locale, situé politiquement du côté la droite royaliste et catholique, à qui l'ont doit de nombreux articles et publications sur le patrimoine et l'histoire de la commune. Cette collaboration se stoppa soudainement en 1935, quand Jacqueline Bruno, dont il illustrait la chronique historique, lui préféra Paul Bellaudeau, dont elle avait le même âge, et qui comme elle avait des enflammemants de catholicisme. Sa participation au journal ne fut plus qu'épisodique, même si la mobilisation en 1939 le rendit à nouveau indispensable. En 1943 Charles Beilvaire avait alors 82 ans, R. Montaron rapporte : « après 60 années d'efforts patients, assidus et discrets, cet artiste allait enfin pouvoir constituer son Musée personnel et l'offrir à la ville de Saint-Nazaire ou — en attendant la fin des événements, à celle de Nantes — lorsque survint l'affreux bombardement du 28 février qui, en quelques secondes, anéantit toute l'œuvre réalisée. — J'étais parti la veille de la catastrophe — nous dit encore M. Beilvaire — le 27 février, mais je n'ai rien rien pu sauver, pas même mes violons, pas même mes papiers de famille... rien... et, à mon âge, cela revêt une signification douloureuse ! [en réalité un dessin encadré fut sauvé, mais en parti déchiré, nous le reproduisons après] Je fus à Pont-Rousseau [chez un membre de la famille Pierre] d'où je repartis pour Fontenay-le-Comte [chez son frère] que je connaissais déjà depuis longtemps. J'y vins, pour la première fois, en 1880, afin de faire les études préliminaires à l'établissement de la voie ferrée Fontenay-Cholet. Comme vous voyez, ce n'est pas une nouveauté. »

     

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    St Nazaire Canot de pêche, dessin à la plume seul rescapé des bombardements, qui fut reproduit, dans son cadre avec passe-partout, dans Le Courrier de Saint-Nazaire du 30 juillet 1932.

     

    Durant toute l'occupation, Charles Beilvaire sillonna la Vendée, avec ses couleurs, réalisant des aquarelles sur des restes de carnets de croquis. Il ne revient pas à Saint-Nazaire, préférant aller de pension en pension en Vendée, allant parfois à Nantes et à Ancenis, puis il décida de s'établir à Pont-Rousseau, (Rezé), rue Fontaine Launay, où il décéda le 14 janvier 1952. Pour une raison qui nous est inconnue, il ne fut pas inhumé dans le caveau de sa famille à La Birandais, avec son épouse et ses fils, mais au cimetière Saint-Paul de Rezé.

     

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    Charles Beilvaire, maison du 28 rue des Quais à Ancenis, 1949, Coll. O. M. de S. L.

     

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    Charles Beilvaire, port de Saint-Gilles-sur-Vie, 1949, Coll. O. M. de S. L.

     

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    Caveau de la famille Beilvaire au cimetière de La Briandais.

     

    1 Sur la suggestion d'un ami, il proposa sa documentation brièronne à Anatole Le Bras pour qu'il en fasse une livre, qui accepta, mais peu après, déclaré forfait. Ce fut Alphonse de Chateaubriant qui fut chargé de cette entreprise et qui en fit le roman ''La Brière'' publié en 1923, Grand Prix du roman de l'Académie française, que, ironiquement, il n'illustra pas, et qui le fut pour sa réédition de 1932, par un autre nazairien, René-Yves Creston.
     
     
    2 Cette appellation de '' Petit Maroc '' est apparue dans la presse en 1926, il est surprenant que Beilvaire utilisa ce surnom alors tout neuf pour désigner le vieux bourg de son enfance, mais attendu qu'il avait vécu au Maroc, cela devait l'amuser.
     
     
    3 Cette société eut son premier stand dans l'ancienne hall aux poisson situé à coté de la Vieille Eglise, désaffectée depuis 1883. le local avait été obtenu de la municipalité sur intervention de René de Kerviler ; il s’accapara le projet de Beilvaire et Fouché, et en fut le premier président, les tenant à distance. Remplacé part Joseph Creston, adjoint au maire, la société fut mise en sommeil durant les premiers mois de la guerre, et perdit de nombreux membres sur le front. Elle ne réouvrit qu'en 1919, avec le concours de la municipalité, ses présidents furent successivement Urbain Guillet, en 1929 Renondineau, remplacé par H. Terriou, puis à nouveau par Renondineau. Elle était avant le première guerre-mondiale réputée pour être très prisée de la scène gay nazairienne de l'époque.

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    dessin qui servit d'illustration au menu du banquet du cinquantenaire de La Nazairienne.

     
    4 Son poste à Rouen ne fut attribué à un autre qu'en janvier 1913 ! 
  • La famille Goy

    Mathieu Goy, (12 avril 1792 - 1860), son père, Antoine Goy s’était établie à Saint-Nazaire au moment de la Révolution, où il acquis la métairie de La Vecquerie. Une légende voulait que les Goy soient originaires de Suisse, où l’on trouve effectivement une famille de ce nom au canton de Vaud, il n’en est rien, Antoine Goy était originaire de Saint-Romain dans le département de la Loire, (ancienne province du Forez), comme son épouse, Claudine Monmartin, ils eurent plusieurs enfants, dont Claude,  menuisier dans la Grand’Rue de Saint-Nazaire, un autre fils qui partit aux Amériques, et que Mathieu suivit. Un temps capitaine au long cours, il revient à Saint-Nazaire s’établir commerçant, le 15 décembre 1830 il fut nommé, par le préfet, maire de Saint-Nazaire, en remplacement de Charles Blanchard, qui était trop impliqué dans le régime des Bourbon fraichement renversé par la révolution de juillet 1830, et qui, parce qu’il était président de la Commission sanitaire, faisait exécuter ses décision comme maire.  Charles Blanchard était de plus parents avec tous les notables en poste à la mairie et au port de Saint-Nazaire durant la Restauration, et la majorité de la bourgeoisie locale était pour les Bourbon et voyait d’un mauvais œil le duc d’Orléans devenu roi, ainsi que les gens qui pouvaient servir sa politique. Dans cette atmosphère de personnes pensant le pouvoir municipal comme un bien de famille, et  estimaient Louis-Philippe comme un usurpateur, les membres du Conseil protestèrent en adressant au préfet une lettre collective calomnieuse, affirmant  : « Monsieur Goy, habitant d’un autre monde depuis l’enfance, dès lors étranger à ce pays et à sa patrie pour laquelle il n’a jamais rien fait, ni comme homme public, ni comme homme privé, pas même satisfait aux lois sur le recrutement de terre et de mer… » (1)

     

    On reprochait surtout à Mathieu Goy de ne pas être parent de la bourgeoisie locale, (établie pour la plus grande partie depuis seulement une génération à Saint-Nazaire), et d’être ce pour quoi il avait été établi par le préfet : être un honnête commerçant qui n’avait été impliqué dans aucune affaire politique ! A son entrée en fonction le 21 décembre, les conseillers, sauf un, sortir tous de la salle en signe de protestation.

     

    Il démissionna le 6 octobre 1834, suite à un différant avec monsieur Aurin, l’ingénieur en charge de la construction du vieux-mole, dont le transport des pierres pour sa construction, depuis la carrière de Saint-Marc, dans des chars tirés par des bœufs, avait détruisait la chaussée (2).

     

    Mathieu Goy  était l'héritier de la métairie de La Vecquerie. Son père, Antoine Goy, l'avait acquise en 1804 suite à la liquidation de la succession de  Claude-Louis-Gabriel-Donatien marquis de Sesmaisons. Mathieu Goy vendit en 1854 la métairie de la Vecquerie à Alcide Bord, qui constitua ainsi le domaine de Porcé. Mathieu Goy conserva pour son usage la maison, qui fait l'angle de la rue de La Vecquerie et de la route de Saint Marc, qui était à la fois son logement et son commerce d'épicerie et de restauration.

     

    Il avait épousé Anne-Augustine Giraud des Vrillères, d’une vieille famille de juloded de Couëron, dont il eut :

    1° Ernest, mort  à 33ans en 1868, capitaine du transatlantique Nouveau Monde, membre de la Loge Mars et les Arts de Nantes, puis du Trait d'Union de Saint Nazaire ;

    2° Francis, (décédé en 1892), capitaine au long-cours, membre de la Loge Mars et les Arts de Nantes puis du Trait d'Union de Saint Nazaire dont il fut l'orateur (se veuve, « quoique catholique », remis 100 fr à la loge de Saint-Nazaire au décès de son époux) père d’une fille, madame Salle, née en 1877, qui fut la dernière représentante de sa famille.

    3° une fille ;

    4° Atys, courtier maritime, correspondant de la Société d'encouragement pour la navigation de plaisance maritime, reçu l'exequatur de consul du Honduras en juin 1870, conseiller municipal, (il provoqua la démission du maire Auguste Desanges le 18 mai 1884), chansonnier qui publia en 1869, chez l’éditeur nazairien Fronteau, « Hilarité. Les Chants de La Vécrie » un recueil de chanson à boire, il fut le grand ami de Gustave Nadaud, chansonnier célèbre en son temps.

     

    La famille possédait plusieurs maisons dans le vieux Saint-Nazaire.

     

     

    (1)   Cf. Henri Moret.

    (2)  Le Conseil dans ses délibérations 6 novembre 1836 et 8 février 1837 déplorait ne pas avoir l’argent pour réparer la route.

  • Alexandre Auffray, peintre nazairien

    L'ouvrage historique d'Henri Moret, sur la ville de Saint-Nazaire, édité en 1925, est illustré de dessin d'Alexandre Auffray. Mais qui était Alexandre Auffray ? 

     

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    Autoportrait 46x38, (c) Ville de Saint-Nazaire.

     

    Eugéne-Alexandre Auffray est né à Saint-Nazaire le 14 mai 1869, dans une maison de la Grand'rue du vieux bourg de Saint-Nazaire. Son père Eugène Auffray, était pilote lamaneur, sa mère Philomène Barreau était femme au foyer. Les Auffray semblent originaires de Saint-Etienne-de-Montluc. Henri Moret nous apprend à son sujet qu'il aurait voulu être marin, mais que sa famille s'y opposa, et le poussa à entrer aux Chantiers et Ateliers de Penhoët, où il fut successivement ajusteur mécanicien et dessinateur. A l'âge de 24 ans il abandonna son travail et parti pour Paris, où il fut reçu élève à l'Ecole Nationale des Beaux Arts, la municipalité de Saint-Nazaire lui accorda une bouse le 27 décembre 1896. Il y fut l'élève de Léon Bonnat, Jean-Paul Laurens et Benjamin-Constant, 

    Peintre de genre à ses débuts, il exposa deux toiles au Salon des Indépendant à Paris en 1920. Puis il devint peintre à fresque. L'Etat Argentin lui passa une commande officielle pour la décoration de la Banco de la Nación Argentina, (mais aucunement le Musée des beaux-Arts de Buenos Aires comme on l'a parfois écrit). Il résida deux ans à Buenos Aire et à Mendoza, travaillant aussi pour des particuliers ; certaines de ses œuvres furent alors vendues à des collectionneurs brésiliens, mais nous ignorons par quel circuit. A son retour en France, il s'établit à Paris, quartier Montparnasse, et fut employé par différents collectionneurs désireux de décorer leurs appartements ou leurs demeures. On lui doit en 1927 le décor de la brasserie La Coupole, pour laquelle il mobilisa 26 autres peintres de Montparnasse.

    Membre du Salon des Artistes français, il exposa au Salon d'automne en 1928 et au Salon des Tuileries des natures mortes et des vues de Cahors.  Pour l'Exposition universelle de 1937 il réalisa une décoration pour le Palais des Métiers.

    Il fut aussi membre du Groupe Artistique de Saint-Nazaire.

     

    Moins connu, et pas encore étudié, il fut aussi sculpteur à ses débuts. On lui douit le médaillon en bronze du docteur Gabriel Coquet, (Saint Nazaire 9 octobre 1866 - La Turballe 29 août 1902), offert par ses amis en 1903 pour décorer sa tombe au cimetière de La Briandais.

     

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    Médaillon de la tombe du docteur Coquet.

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    Il épousa le 15 septembre 1906, au Vésinet, Polonie-Blanche-Georgette Vacquetrel. Il décéda le 18 juillet 1942 à Paris. Sa veuve offrit en 1878 quatre tableaux à la ville de Saint-Nazaire : Vue du Vieux-Saint-Nazaire, 50x81 ; Vue du Port de Saint-Nazaire, 69x89 ; Portrait de madame Auffray, 31x36 ;

     

     

    Il ne faut pas confondre la famille Auffray de Saint-Nazaire, avec celle de Joseph-Marie Auffray, juge au tribunal civil de Saint-Nazaire en 1920,  originaire de Lamballe.

     

    La ville de Saint-Nazaire possède aussi d'autre œuvres de lui, issues d'un don de décembre 1969 et leg de novembre 1977, de mademoiselle Lucie-Fernande Lorival, comédienne sous le nom de Fernande Lorival, (22 février 1896 - 21 février 1977) : Port de Saint-Nazaire 68x90  ;  Etude figurant la chapelle Notre-Dame d’Espérance, 29x41; Vallée de Rance à Dinan 61x76 ; l’ancien Palais du Trocadéro 73x116 ; Autoportrait sans chapeau 46x28 ; Autoportrait 46x38. Ainsi que 4 lithographies : Colisée et l’arc de Constantin 19x33 ; Château saint ange 19x28 ; Parc monceau 22x28 ; Pointe de l’ile de la cité 22x28.