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Gustave Bord

  • Porcé, le docteur et madame Raffegeau

    Dans nos articles sur le château de Port-Cé, il existe une carte postale d'avant 1914 du château portant la mention de son nom d'origine, Les Charmilles, et où l'on peut reconnaître le docteur et madame Raffegeau 

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     cartes postale entre 1907 et 1914, coll. Saint Loup

    La maison de retraite  " Résidence des Sources ", à Saint-Germain-sur-Moine, conserve dans son hall les portraits du docteur et de son épouse, fondateur de l'établissement.

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    Nous portons aussi à votre connaissance une copie du faire-part de décès du docteur, communiqué par l'un de nos correspondants 

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    Enfin, les archives municipales de Saint-Nazaire conservent la photocopie d'une photographie de 1939, où figure madame veuve Raffegeau, entourée de neveux et cousins, devant le perron du château.

     

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    Cette photographie, dont nous reproduisons ici le scanne de la photocopie déposée aux archives municipales, avait été envoyée à la fin des années 90' par monsieur P. A., petit cousin du docteur, en attache à un courrier d'indignation et d'interrogation sur le devenir du legs Raffegeau. Nous ne savons pas quelle fut la réponse du maire, (si même il y a eu réponse), mais hélas le lègue a été respecté dans la mesure où des établissements scolaires ont été bâtis, sur le domaine, rien n'obligeait dans le testament de ma madame Raffegeau de conserver le château, si ce n'est l'éthique, (chose qui n'existe pas en politique municipale), la donation est rédigée un peu comme celle de la donation du Parc des Sports. La seule chose qui pourrait sauver ce qui reste du château, serait une mobilisation des habitants. Monsieur Joël-Guy Batteux, maire de Saint-Nazaire, n'a pas fait raser dans les années 90 le bâtiment par crainte d'une contestation de masse, mais a dit publiquement " qu'il tomberait tous seul ". Le soucis est qu'il risque surtout de tomber sur quelqu'un, de préférence l'un des enfants ou adolescents que le vaisseau de pierre intrigue, fournissant ainsi dans un avenir proche un bon prétexte devant l'opinion de faire passer un bulldozer... On ne peut que blâmer la politique, ou plutôt l'absence de politique patrimoniale du monsieur Batteux, (Saint-Nazaire est ainsi une zone de non-droit pour la DRAC gentiment invitée à ne pas mettre un pied sur la commune), mais que dire dans ce cas du manque de mobilisation des habitants ? Saint-Nazaire souffre d'une attitude de non auto-appropriation par ses habitants de leur cité, heureusement la nouvelle génération des moins de 30ans a aujourd'hui une attitude très différente, même si elle ne sait pas encore s'organiser face à une municipalité qui se garde de communiquer sur ses projets urbanistiques, (cf. " l'affaire de Guindreff ").

     

  • le Château de Porcé à Saint-Nazaire, première partie

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    Château de Port-Cé en aout 2009, photo Saint Loup.

     

    Port-Cé ou Porcé, les cartes ne sont pas d'accord sur l'orthographe du lieu, en fait le nom original est Port Ségurand,  ou encore Port Ségouran, du latin Portus-Séguranusc'est à dire « port protégé ». Sous le règne de Louis XIV, les romains furent à la mode, et l'on chercha le lieu où s'abrita avec sa flotte Jules César durant les combats navals qui l'opposèrent aux Vénètes et aux Namnètes. entre l'estuaire de la Loire et celui de la Vilaine(1), on associa alors le nom de Port-Ségurand, orthographié parfois en Port-Sé au nom de Portus-Caesaris, en faisant alors Port-Cézaré, Port-César, puis Port-Cé, enfin Porcé(2), on y installa un corps de garde pour surveiller la côte, et le lieu fut alors cartographié Port-Cé… On trouve encore les orthographes suivantes jusqu'au début du 20e siècle : Porsay, et Porçay.



    Port-Cé n'a jamais été une seigneurie, il n'a jamais comporté de manoir ou de château avant l'arrivée de la famille Bord. Avant la Révolution c'était un fief, (comprenez un terrain qui se transmettait en partage noble), appartenant aux seigneurs du Bois-Jolland, inféodé à la vicomté de Saint-Nazaire, où l'on piégeait dans des nasses les poissons qui venus frayer dans le ruisseau. Les propriétaires du lieu furent donc les familles Le Pennec, puis de Sesmaison.

    L'aveu du 13 septembre 1734 mentionne dans le dénombrement des biens de la famille Le Pennec seigneur de Bois-Joallan, dans ses article 36 et 37 parmi les terres sises à Gavid (Le Grand Gavy) " l'escluse de Ségurand ". Puis à l'article 52 il est écrit : " Six erraux de terres autres erreaux appartenant au seigneur de Heinleix-Pommeraie, d'autre côté erreaux appartenant à Jacques Bernard, fils de Mathurin, qu'ils tiennent dudit seigneur de Boisjollan ".

    L'emplacement de l'école Ferdinand Buisson était une vigne : " la vigne du Prieuré" ; elle appartenant en effet au Prieuré Saint-Jean-Baptiste de Saint-Nazaire, et fut saisie à la Révolution. Les terres du prieuré furent toutes rachetées par la famille Galliot de Cran. Rappelons que toutes les falaises de Saint-Nazaire étaient couvertes de vignes jusqu'à l'épidémie de phylloxéra. Seuls bâtiments existant avant la construction du lotissement de Porcé : la métairie de La Vecquerie, propriété de la famille Goy, entre 1804 et 1854, qui devint, à force de rachat de parcelle par Alcide Bord, la ferme du Château de Charmilles. Mathieu Goy, (1792 - 1860), ancien capitaine au long cours, avait hérité de la Vecquerie de son Antoine Goy, qui lui-même l'avait acquise en 1804 suite à la liquidation de la succession de  Claude-Louis-Gabriel-Donatien marquis de Sesmaisons. Mathieu Goy conserva pour son usage la maison qui fait l'angle de la rue de La Vecquerie et de la route de Saint Marc, qui était à la fois son logement et son commerce d'épicerie et de restauration. Il fut promu maire de Saint-Nazaire du 21 décembre 1830 au 22 octobre 1834, sous décision préfectorale. Mathieu Goy avait hérité La Vecquerie de son père, Antoine Goy, qui l'avait acquise en 1804 suite à la liquidation de la succession de Claude-Louis-Gabriel-Donatien marquis de Sesmaisons.

     

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    la plage de Porcé vers 1908, Coll. Saint Loup

     

    Henri Moret nous apprend que l'on tenta de créer une sorte de station balnéaire à l'image de ce qui se faisait à La Baule, Saint-Marc, et Sainte-Marguerite, le commanditaire était Alcide Bord. La destruction des archives de Saint-Nazaire durant la Seconde guerre mondiale fait que nous ignorons qui était l'architecte, mais il est probable que se soit Henri Van Den Broucke(3) qui en fut l'auteur, il était le seul architecte de Saint-Nazaire compétent en la matière, celui-ci a réalisé le lotissement de Sainte-Marguerite, et de nombreuses villas dans le centre de Pornichet. Ces maisons sont toutes construites à partir de 1854-55 dans le mêmes style, en gré enduits, briques et tuiles mécaniques, toutes baptisées de noms floraux : Les Acacias, sur la falaise, dominant la plage près de l'ancien corps de garde transformé en chapelle par l'abbé Créton(4).

     

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    La plage, avec les Acacias, et l'ancien corps de garde devenu chapelle du chanoine
    Coll. Saint Loup
     

    Les Camélias, sur le chemin de La Plage, et le Château des Charmilles, connu à partir de son achat par monsieur et madame Raffegeau sous le nom de Château de Port-Cé. Ce type de lotissements sera encouragé par la propagation des découvertes de Pasteur qui recommandera pour la santé les séjours balnéaires et les bains de mer pris par l'impératrice Eugénie et la reine Victoria.

    Commentaires sur la Guerre des Gaules : Ouvrage d'histoire en sept livres constitué de notes rédigées au fur et à mesure de la guerre par Jules César, et rassemblées vers 52-51 av. J.-C.

    2 cf. Fernand Guériff.

    3 Il était  le beau-père de Ferdinand de Puigaudeau, et le grand-père d'Odette du Puigaudeau

    Alfred-Pierre Créton, né à Saint-Nazaire en 1842, prêtre en 1867, professeur aux petits séminaires de Nantes et de Guérande dont il fut le directeur, puis vicaire à Saint-Similien de Nantes en 1882, aumônier de l'Hôtel Dieu en 1883, curé de Montoir en 1883, curé doyen de la basique de Saint-Nicolas de Nantes en 1891. Il fut pressenti pour devenir évêque de Vannes en mars 1898, mais se fut Amédée-Jean-Baptiste Latieule qui fut nommé à sa place. 

     

     

    Propriétaires successifs du Château des Charmilles, dit de Port-Cé

     

    On trouvera dans ces notes les généalogies et biographies des propriétaires privés. (Les prénoms soulignés sont les prénoms usuels).

     

     

    Première époque, la château des Charmilles, 1854-1909 :

     

    La famille Bord. D'Alcide à Gustave...

     

    I° Sylvain-Alcide Bord, né en 1827 à La Chatre dans l'Indre, décédé au Pellerin le 13 octobre 1888, entrepreneur de travaux publiques. Il était le fils d'Etienne Bord, natif du village de Compreignac près de Limoges, d'une famille de tailleurs de pierres, et de Jeanne Vaury, originaire de l'Orléanais (elle était encore vivante et domiciliée à La Chatre à la mort de son fils). Son père avait fait fortune avec la Révolution et l'Empire, période durant lesquelles de nombreuses routes nouvelles furent créées et des ponts construits. Alcide restera toute sa vie très attaché à ses racines limousines, c'est d'ailleurs à Limoges qu'il se maria et où sont nés ses enfants. Il s'installa à Saint-Nazaire avec eux vers 1852-1853, afin de participer à création du port de Saint-Nazaire, où il collabora d’abord avec l’ingénieur Paul Leferme, puis sous la direction de l'ingénieur (aussi archéologue et historien) René de Kerviler c'est son entreprise qui creusera le bassin de Penhouët de 1875 à 1884. D'après les descendants de ses anciens employés, Acide Bord aurait aussi participé à la construction du canal de Suez, nous n'en avons pas trouvé d'informations à ce sujet, mais son fils Gustave le mentionna plusieurs fois à son entourage. Alcide participa à la construction du canal de Basse-Loire (et non du chenal), travaux durant lesquels il décéda dans une maison du Pellerin. Son corps fut inhumé à Saint-Nazaire, et c'est René de Kerviler, dont il était l'ami, qui prononça le discours sur sa tombe. De son vivant il était domicilié rue de La Paix, maison où se trouvait le siège de son entreprise dont l'associé était A. Nouteau, et qu'il laissa à son fils à son mariage, au profit d'une résidence au 20 rue Mercœur à Nantes. A Saint-Nazaire, sa position de notable, sa fortune grandissante, le bruit constant de la ville en construction, mais surtout les épidémies régulières de choléra et de fièvres qui firent plusieurs morts, l'incitent à se faire bâtir une demeure à l'extérieur de la ville, suffisamment éloignée pour en fuir les désagréments, mais suffisamment proche pour revenir rapidement gérer ses affaires en ville. Son choix se porte alors sur Porcé où dont fait l'acquisition en 1854 de la métairie de La Vecquerie qui comprenait tout le vallon, et par la suite de l'ancienne vigne du prieuré après de la famille Galliot de Cran.

     

    L'ensemble du lotissement de Porcé, qui aurait du devenir une station balnéaire, est à l'image de ce qui se fait encore en 21e siècle, nous entendons par ces termes que les matériaux sont industriels, que rien n'est personnalisés, aucun artisans d'art n'est intervenu, l'architecte ne s'est pas permis des fantaisies particulières. Le château est en réalité une vaste villa second empire dans le style " chalet " alors très en vogue. Les pièces étaient nombreuses, spacieuses, mais pas démesurées, dotées de grandes cheminées de marbre, dont le bord des foyers était garnie de carreaux de Delft, figurant des cavaliers. Tout était conçu pour profiter de l'air marin, de la lumière tout en étant abrité du soleil.

     

    La nature de la structure du château, laisse à penser que la construction eu lieu en plusieurs temps, d’abord le corps centrale, à la manière sur un plant classique, pour résider, puis l’aile Est, pour recevoir dans un vaste espace de réception, et enfin l’aile Ouest, pour les services, et l’adjonction d’une tour pour castelliser l’ensemble. De villa, Les Charmilles, se mutèrent en château, témoignage de sa réussite d'Alcide Bord. 

     

    La maison était faite pour recevoir, avec au rez-de-chaussée un hall d'où part un escalier centrale en bois ouvragé à double évolution, qui se réunissaient à un inter-palier ou se trouvaient à gauche les wc, puis delà repartaient quelques marches vers un second palier qui s'ouvrait sur une véranda et les couloirs des chambres ; au rez-de-chaussée donc, vers l'Est un petit salon s'ouvrant sur une loggia qui fut par la suite vitrée et transformée en salon d'hiver, et un second très vaste, nommée « salle des gardes » qui faisait office bibliothèque et billard doté d'un parquet alors que le reste de la maison était carrelée, avec une porte fenêtre ouvrant sur le parc au sud, le plafond était garni de poutres de bois entre les quelles se trouvaient des lattes posées en chevrons, le premier tiers de la pièce était coupé par une poutre de fonte appuyée sur deux colonnes de fonte, le second tiers était très de sorte de former une alcôve. Vers l'ouest une salle à manger intime, une loggias  elle aussi vitrée avec des visseries métalliques par le docteur Raffegeau, faisant office de salon d'hiver, une cuisine et son office, à l'étage une dizaines de chambres, une véranda, et luxe extrême en cette période de catholicisme exacerbé, une chapelle, à l'imitation des familles nobles, située à l'angle Nord-Est. on y accédait par quelques marches qui conduisaient à une tribune, on en redescendait pour accéder à la chapelle proprement dite, de forme octogonale avec une voûte en ogive en stuc. Les six chambres des domestiques étaient sous les combles du corps central, l'aile Est était surmontée d'un vaste grenier, l'aile ouest avait une toiture plate. Il y avait des caves en sous sol n'occupaient que la moité de la largeur, l'accès se faisait depuis la cuisine et depuis le hall, ainsi que par un escalier extérieur sous le pallier de la cuisine à l'Ouest. Comme nous l'avons écrit les matériaux de constructions étaient simples, carreaux de ciments, boiseries en sapin tinté, dont les moulures n'étaient que des baguettes cloutées formant des rectangles et des losanges, surmonté d'une frise de 10cm ou 15cm de hauteur, constituée de fuseaux de bois tourné, entre deux moulures, derrière lesquels était "collé du cuir rouge" d'après le souvenir d'une ancienne résidente, mais qui devaient être probablement de la moleskine. L'escalier était en chêne, comme les portes du hall et des pièces de réception, traité dans le style breton. Les volets étaient en bois, ou métalliques, balustres et festons en bois blanc découpés mécaniquement, poutres et colonnes de soutènement en fonte, tout est produit de l'industrie, mais la forme général du bâtiment, avec sa tourelle, ses nombreuses dépendances, et surtout le lieu de son édification, font que cette demeure a un charme unique, qui malgré sa ruine nous laisse encore rêveurs. Le parc est encore agrémenté de cèdres, palmier phénix, une vaste pelouse décent en pente douce vers la mer aboutissant à une maison de plage dotée d'un garage à bateau, les massif de camélias ont malheureusement disparus, ainsi que les nombreux bâtiments annexes.  Le domaine était constitué de 22ha de terres qui s'étendait de la route de Vecquerie à la Plage et du chemin de la Plage jusqu'au sous-bois qui constitue l'actuel parc de Porcé. La propriété comporte plusieurs portails, le principal se trouve encore en 2012 sur la rue de La Vecquerie, entre le blockhaus-tour et l'école Ferdinand Buisson, il porte à son sommet les initiales B et V, pour "Bord" et "des Vallières", ce portail d'honneur est en fait sur une parcelle séparée du parc du château, le chemin de Porcé passe en effet à cet endroit, Alcide Bord chercha à annexer cette partie du chemin communal mais ce chemin existaient depuis bien avant la Révolution, après de nombreuses querelles il dut abandonné son projet. Depuis le portail d'honneur on accédait dont à un second portail ouvrant sur le sommet du parc, un autre portail en fer forgé, plus modeste se trouve le long du chemin de la plage, enfin un simple portail de bois fait face à la plage, l'ensemble de la propriété est clôturée de grillages et de haie, sauf au nord le long du chemin de Porcé où il était bordé d'un mur de pierres. En dehors du château proprement dit il y avait donc de nombreuses dépendances : des écuries construites à l'ouest à peut prêt à l'emplacement du gymnase, un atelier en haut du chemin de la plage, une maison de gardien près de l'école Ferdinand Buisson, une autre belle maison plus tard baptisée Pornichette à l'emplacement de l'école, et bien sûr la ferme de La Vecquerie à l'emplacement du collège. Le parc était agrémenté de vases en fonte, de quelques statues, d'un colombier en bois, (simple nichoir au sommé d'un poteau entre l'aile Ouest et le chemin de La Plage).

     

    Alcide Bord avait épousé Marie-Joséphine Sazerat (1), issue d'une vieille famille limougeaude, d'où   :

    1° Jean-Baptiste-Gustave Bord, qui suit ;

    2° Louise-Eulalie-Jeanne Bord, mariée civilement le 15 novembre 1884, Paris 9e, religieusement le 17 novembre, en l'église Notre Dame de Lorette à Paris,  avec Octave-Marie Fidières-Desprinveaux puis Fidière des Prinveaux, 1855-1904, cousin germain de sa belle sœur Dolorès Lefebvre-Desvallières.

     

    - Au cours de l'hiver 1877-78, Marie-Joséphine Bord se rendit chez le sculpteur nazairien Alfred Caravaniez dans son atelier de la rue du Dolmen, qui était en réalité une serre (une autre version de l'histoire dit qu'elle envoya en fait Gustave mais il semble bien que c'est elle qui fit la visite). Caravaniez n'avait pas les moyens de payer de quoi se  chauffer, ni de rémunérer un modèle. Il posait nu devant un miroir pour l'une de ses œuvres quand madame Bord débarqua ! Elle lui versa une pension à titre de mécénat, incita son époux à faire pression sur le conseil municipal pour qu'une bourse d'études lui soit versée, et avec l'aide de son fils l'introduit dans le milieux royaliste, ce qui lui procura des commandes.

     

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    Le château au temps de Gustave Bord, vers 1905. Coll. Saint Loup.

     

    II° Jean-Baptiste-Gustave Bord, né le 26 janvier 1852 à Limoges, décédé le 21 avril 1934 à Saint-Malo. Sans profession au moment de son mariage et à la naissance de ses deux fils, c'est un érudit, passionné de mathématique, de musique qui devient historien spécialisé sur la période révolutionnaire, royaliste légitimiste, il fut un des cinq membres du Parti monarchiste à assister aux obsèques du comte de Chambord en 1883, de catholique fervent il devint fanatique, totalement antirépublicain, persuadé de la culpabilité des loges maçonniques dans la Révolution de 1789, qu'il accusa d'être " une secte religieuse matérialiste ". Il reprit la direction de l'entreprise de son père à la mort de celui-ci, poursuivant la construction du canal de la Basse-Loire, mais dilapida ses revenus et sa fortune dans ses activités royalistes. Il fonde en 1883 avec l'orléaniste Charles d'Héricault de La Revue de la Révolution, qu'il dirigea jusqu'en 1890, il écrivit des articles dans Le Correspondant, L'Éclair, collabore à L'Intermédiaire des chercheurs et des curieux dont le créateur est son ami, et à partir de 1912 dans la Revue internationale des sociétés secrètes, ou encore La revue bleue. En parallèle il est l'auteur entre autres de :

     

    • Saint-Nazaire sous la Révolution, 1789-1790 ; Saint-Nazaire, Frédéric Girard imprimeur, 1881 ;
    •  La Prise de la Bastille, conséquences de cet événement dans les provinces jusqu'aux journées des 5 et 6 octobre 1789, Paris, Champion, 1882 ;
    • La Prise de la Bastille, conséquences de cet événement dans les provinces jusqu'aux journées des 5 et 6 octobre 1789, Paris, Champion, 1882 ;

    • Le combat du 13 prairial an II et La légende du vengeur, Nantes Imprimerie Vincent Forest et Emile Grimaud, 1883.

    • Un épisode de l'histoire de Saint-Nazaire: les pilotes de Saint-Nazaire en 1791; Saint-Nazaire, Girard imprimeur, 1883 ;

    • La vérité sur la condamnation de Louis XVI : liste des membres de la Convention et de leurs suppléants, Paris, A. Sauton, éditeur. 1885 ;

    • Documents pour servir a l'histoire de la Révolution Française, en collaboration avec Charles d'Héricault, Paris, A. Saudron, 1885 ;

    • Naploléon et ses derniers historiens, 1887.

    • Histoire du blé en France : Le pacte de famine, histoire-légende, Paris, A. Sauton, éditeur. 1887 ;

    • La franc-maçonnerie en France des origines à 1815 ; Nouvelles Librairie nationale, paris, 1909, (qui se voulait être une liste brulot des loges maçonniques, mais qui est devenu malgré lui un outil de recherche pour les francs-maçons !) ;

    • Étude sur la question Louis XVII – Autour du Temple (1792-1795), III Pièces justificatives, Paris, Émile-Paul éd., 1912 ;

    • Législation des grains ;

    • Changements apportés aux noms de villes pendant la Révolution ;

    • Histoire de l'épiscopat français ;

    • Une émeute à Saint Nazaire en 1791 ;

    • Lendemain de Révolution ;

    • Grandes et petites légendes ;

    • La conspiration révolutionnaire de 1789, 1909 :

    • La fin de deux légendes: l'affaire Léonard, le baron de Batz, 1909 ;

    • Documents inédits sur les soulèvements de mars 1793 dans le département de la Vendée ; Saint-Nazaire sous la révolution, 1789-1790, document inédits pour servir l'histoire de la Révolution à Saint-Nazaire, sous le pseudonyme de " vicomte B. d'Agours " ;

    • Autour du Temple (1792-1795), 1912 ;

    • Grandes et petites légendes ;

    • Barfleur et La Hougue ;

    • Restauration des Stuart ;

    • La maison du "dix-huit brumaire ", (Paris), Editions Neptune, 1930, en collaboration avec L. Bigard.

     

    et fit éditer et annota :

     

    • Le patriote Bournonville, 1791-1792 : documents inédits pour servir à l'histoire de la révolution à Saint-Nazaire, Saint-Nazaire, F. Girard imprimeur, 1881 ;

    • Mes trois mois de prison dans la Vendée : mémoires d'un capitaine des volontaires de Sillé-le-Guillaume envoyé en Vendée en 1793, Nantes, V. Forest, 1882 ;

    • Notes sur les tribunaux criminels sous le directoire, d'après des documents inédits recueillis et annotés, Paris, Bourgeois, 1882 ;

    • Papiers du comte Molé.

     

    La majorité de ses publications le furent à compte d'auteur, et sa revue ne lui rapporta jamais d'argent.

     

    Gustave Bord épousa à Saint-Nazaire le 26 juillet 1880 Jeanne-Dolorès Lefebvre-Desvallières, dit Dolorès des Vallières, née le 13 août 1860 à Ville d'Avray, (anciennement en Yvelines, aujourd'hui en Haut de Seine), décédée avant 1919, fille d'Anatole-Marie Lefebvre-Desvallières, né en 1838, alors receveur particulier des finances à Saint Nazaire, et de Luisa-Françoise-Prospère de Barberia, dite Louise. Elle eut pour témoins son oncle paternel Ernest-Louis-Prosper Lefebvre-Desvallières, et pour second témoin son cousin germain par filiation paternelle Octave-Marie Fidière-Desprinveaux dit des Prinveaux. Un contrat de mariage fut signé chez maître Georges Le Besque, notaire à Saint-Nazaire, on en ignore le contenu, mais tout laisse à penser que la dote de Dolores était très importante et que ce contrat permis à celle-ci de ne pas être entraînée dans la ruine de son époux. Le discours du mariage fut prononcé par Auguste Touchet, Gustave fit publier le discours, avec celui que le même avait fait au mariage de la sœur de Gustave, en 1885.  Ils se domicilièrent à Saint-Nazaire rue de La Paix dans la maison de son père, où naquirent :

     

    1. Henri-Louis-Georges Bord, né le 30 avril 1881, mort en 1929, connu sous le nom de Bord de Pierrefitte, il hérite de sa mère le château de Bon Don, près de Vannes où celle-ci vit séparée de son époux en 1909, il a un domicile au 1 square de l'Alboni à Paris (16), il ne contracta jamais d'alliance ;

    2. Henri-Sylvain-Jacques Bord, né à Saint-Nazaire le 6 août 1882, marié 1° à Versailles le 5 mars 1915 à Lucrèce Protococcus ; 2° à Marseille le 28 septembre 1940 à Gabrielle-Anne Garnier ; il décéda le 22 janvier 1971 à Marseille. Il est nommé sous le nom de Bord de Pierrefitte à l'adresse de sa mère en 1909, mais n'utilisera jamais cette particule à sa majorité, et n'aura pas au contraire de son frère de vie mondaine.

     

    En 1897 Gustave Bord fit publier dans l'Annuaire des châteaux, qu'il résidait au château des Charmilles à Saint-Nazaire, et au 55 avenue des Champs Elysées à Paris, à l'angle de la rue de La Boétie, en 1899 son adresse parisienne change pour le 60 rue de Londres, face au pont de l'Europe, puis en 1907 le couple et leurs fils résident au 145 rue de La Pompe dans le quartier de l'Etoile, il n'est pas propriétaire de ses logements parisiens, l'immeuble de la rue de La Pompe appartient à la Compagnie d'assurance sur la Vie.

     

    L'intérieur était meublé avec gout, si les meubles hérités de son père étaient de facture industrielle dans le style « renaissance » alors en vogue, sans une valeur marchande particulière, Gustave était un collectionneur, instruments de musique, objets d'art et de curiosités de la fin du 18e siècle s'entassent dans les pièces du château, et surtout il possédait une importante bibliothèque et une collection réputée de manuscrits révolutionnaires.

     

    S'il poursuivit à la suite de son père le creusement du canal de la Basse-Loire, pour lequel il demanda révision d'expertise auprès du Conseil de la préfecture le 27 octobre 1894, après que le Préfet l'ait attaqué dans deux rapports les 18 juin et 17 juillet 1894, avec messieurs Dinet et Monmerqué les 26 et 27 juin, Gustave Bord se désintéressa de plus en plus de son entreprise, il fonda un comité royaliste cantonal à Saint-Nazaire, et devient conseiller municipal de Saint-Nazaire de 1885 à 1889, sa correspondance d'entre 1882 à 1932, tombée après la mort de son fils aîné dans des mains étrangères, a été vendue en salle des ventes à Paris en 2005, elle comprenait des échanges avec les historiens Léon de La Sicotière, Henri Wallon, le marquis de Lescure, Alphonse Aulard, les écrivains et critiques littéraire Hippolyte Babou et Edmond Biré, Gustave Desnoiresterres, Georges Montorgueil fondateur de L'intermédiaire des chercheurs et des curieux, Henri Lavedan, l'avocat Claudio Jannet auteur antimaçonique, imprimeur-éditeur parisien, mais aussi le recteur de l'Institue Catholique de Paris monseigneur Maurice Le Sage d'Hauteroche d'Hulst, l'abbé Augustin Jouin. En juillet 1905 il perdit l'usage de l'œil droit, la cause nous est inconnue, (peut être une risque au moment des inventaires des églises), mais il poursuivit plus ardemment ses activités littéraires, politiques, et antimaçonnique. Gustave perdit peu à peu le bon sens et la raison, il devint totalement fanatique, persuadé d'un complot perpétuel de la franc-maçonnerie contre le Roi, l'Eglise et la France sa fille aînée. La loi de 1905 qui sépare l'Eglise et l'Etat, la réforme des congrégations qui entraîna l'exil de millier de religieux, et surtout les inventaires des églises qui furent l'objet d'affrontements entre gendarmes et paroissiens, finissent de le conforter dans sa paranoïa, il associa dans son esprit la République et franc-maçon, au point d'affirmer que si l'on supprimait le principe d'égalité les loges-maçonniques disparaîtraient, le tout soutenu par de longues théorisations alambiquées nourries des écrits d'Augustin Barruel (3).

    Gustave Bord et son épouse passaient à Saint-Nazaire pour des personnes généreuses. Gustave fit de nombreux dons pour financer la construction de l'église Saint-Gohard que fit édifier l'abbé Hamel. En 1897, à la création de la salle 6 de l'Hôpital, dite salle Sainte-Anne, il donna 5.000fr et paya le mobilier. 

     

      En 1907, Gustave qui passait pour l'un des hommes les plus riches du canton, se trouva ruiné, de plus en plus violant  et instable psychiquement. Sa femme obtint la séparation afin de sauver ce qui reste de sa fortune personnelle et de protéger ses enfants, elle prit dans le monde le nom de Bord de Pierrefitte, particule et nom de terre qui ne passeront jamais à l'état civil, (voyez à ce sujet l’annexe VIII), et que leur fils aîné utilisera jusqu'à sa mort, celle-ci est domiciliée avec ses fils en 1909 au château de Bon Don à Vannes, un logis renaissance qui fut le siège d’un couvent de carmes fondé par le duc Jean V, et conserve la location du 145 rue de la Pompe à Paris. Pour payer les créanciers, Gustave céda à bas prix ses collections d'objets d'arts, ses papiers et autographes révolutionnaires, ses biens immobiliers à Saint-Nazaire. A partir de 1908, Gustave n’apparaît plus dans les annuaires, les Charmilles furent acquises la même année par le docteur Raffegeau. Gustave Bord s'établit à Saint-Malo, la guerre finit de lui faire perdre ses derniers revenus, à l'armistice l'Académie Française lui verse une maigre subvention durant quelques années afin de continuer ses travaux historiques. On ne reparla de lui à Saint-Nazaire qu'à la suite de la publication dans la presse d'une lettre qu'il avait adressé le 6 avril 1926 au Courrier de Saint-Nazaire. En mars précédent le Conseil d'administration de l'hôpital avait fait retiré les crucifix qui se trouvaient dans les salles. Gustave Bord fit rappeler qu'il avait payer un crucifix ainsi que tout l'aménagement de la salle 6 et que l'hôpital s'était alors engagé à respecter la présence du Christ en croix qui s'y trouvait. Le Conseil fit remettre le crucifix qui resta en place dans la salle  6 jusqu'à la destruction de l'hôpital durant les bombardements.

     

    Il avait fait bâtir pour lui et les siens une chapelle funéraire au cimetière de La Briandais, plus grosse concession du cimetière, elle est toujours existante en 2011, elle fait face au portail d'entrée au bout de l'allée principale. Aucune plaque ne précise qui est y est inhumée et les archives municipales sont muettes à ce sujet. On sait cependant par des extraits de presse de l'époque qu'elle contient  le corps d'Alcide et celui de son épouse, celui de Gustave. Quoique séparé de sa famille qui ne lui parlait plus, son corps fut transporté de Saint-Malo pour être inhumé le 1er mai 1935 à Saint-Nazaire en présence de son fils Georges qui avait fait le déplacement seul depuis Paris. D'anciens employés, des gens qui avaient bénéficié de ses largesses, beaucoup de royalistes nazairiens, la famille Nouteau, des religieuses de l'hôpital, la veuve de Raymond Gasnier ancien maire, le peintre Charles Beilvaire, et A. Bernard, directeur du Courrier de Saint-Nazaire, journal de droite-catholique, virent lui rendre hommage. 

     

    Détail historique : Gustave Bord fut le premier (ou le second ?) nazairien à posséder une voiture !

     

    Bord de Pierrefitte ?

     

    Comme nous l'avons expliqué, les Bord sont issus d'une famille de tailleurs de pierre du Limousin enrichies par les politiques de grands travaux et de modernisation de la France au 19e siècle. Mais d'où vient cette particule et ce nom de terre que la femme séparée de Gustave Bord et ses fils portèrent dans le monde, et qui ne passa jamais à l'état civil ?

     

    Pour comprendre il faut savoir avant tout qu'il exista en Limousin une famille chevaleresque du nom de Bort, avec une particule et un T et non un D à la fin de son patronyme, qui posséda la seigneurie de Bort-les-Orgues en Corrèze. Cette très ancienne famille noble s'illustra durant la quatrième croisade, fonda le monastère de Bort, donna des chevaliers à l'Ordre du Temple qui seront appelés à témoigner lors du fameux procès intenté à l'Ordre par Philippe le Bel. Très riches et très puissants, ils héritèrent par mariage de la Seigneurie de Pierrefitte, où dès 1471, Charles de Bort, gentilhomme de la Chambre de Charles VIII, époux d'Antoinette de Saint Avit, ordonna la construction en cet emplacement du château de Pierrefitte située maintenant sur la commune de Sarroux en Corrèze, où durant trois siècles, dix générations de Bort se succéderont dans une admirable résidence médiévale toujours existante. Cette famille s'éteignit avec deux frères, Léonard-Antoine de Bort de Pierrefitte, (1758-1822), qui n'eut de Béatrice de Laforet-Bulhon, un fils, Jean mort jeune, et une fille, Sophie Antoinette, épouse de Guillaume de Lagrange, (qui ne laissa elle même que deux enfants mort jeune), et Octavien de Bort de Pierrefitte, né en 1767, chevalier de Malte, fait prisonnier par les troupes de Bonaparte en 1798 au siège de La Valette, et qui sous la Restauration fut maire de la ville de Bort de 1816 à 1830. Resté célibataire, il décéda très âgé le 14 novembre 1859.

     

    Ainsi, en 1907, quand Gustave Bord et son épouse Dolorès des Vallières se séparèrent, il n'y avait plus de membre de la famille de Bort de Pierrefitte vivant, probablement Gustave avait au cours de ses recherches voulu se trouver une filiation commune avec cette famille. Ainsi à leur séparation, son épouse et ses fils prirent le nom de Bord de Pierrefitte, ainsi que les armoiries de la famille de Bort de Pierrefitte, dont plus aucun membre ne pouvait leur intenter un procès pour usurpation. Le plus jeune fils, Jacques, ne semble pas l'avoir utilisé, mais son frère aîné, Georges le conserva jusqu'à son décès en 1926.

     

    La famille de Bort de Pierrefitte avait pour armoiries : D'or au sautoir denché de gueules.

     

     

     

    (2) Une erreur de retranscription sur l'un des registres nous a fait croire qu'elle était décédée avant le mariage de son fils, en réalité elle survécus à son époux. Elle avais une soeur, Louise, fut très proche de son neveu Gustave, qui lui dédia son ouvrage sur les Loges. 

    (3) Il participa à répandre aussi une stupide et infamante légende qui prétendait que le comte de Chambord aurait été tué à l'aide de poudre de diamant par "les franc-maçons" ! 

     

     

    (Sources : Archives de Saint-Nazaire ; BNF ; René Kerviler, Répertoire général de bio-bibliographie bretonne, 1899 ; Histoire de Saint-Nazaire par Fernand Guerrif ; Annuaire des Châteaux, 1898 à 1935 ; L'intermédiaire des chercheurs et des curieux, 1938 ; La franc-Maçonnerie, Christian Jacq, Paris, Robert-Laffont éditeur, 1975.Ésotérisme, occultisme, franc-maçonnerie et christianisme aux XIXe et XXe siècles. Explorations bio-bibliographiques, Marie-France James, Paris, Nouvelles Éditions latines, 1981. Archives du Courrier de Saint-Nazaire.)