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  • L’église de Saint-Marc-sur-Mer

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    L’église de Saint-Marc, avec son clocher à la française et son chevet à la bretonne, est, par sa silhouette, l’un des bâtiments les plus charmants du quartier de Saint-Marc-sur-Mer. On devine de loin cette église, mais sa situation à flanc de coteau, dans la courbe d’un large virage, son esplanade pentue encombrée de voiture, et surtout deux grands tilleuls la dissimulent au regard du passant. Cette église est aussi la plus mal connue des Nazairiens, car elle est dans un quartier à vocation balnéaire, dont la population, pour l’essentiel, n’y vit pas à l’année, et plus encore, en périphérie du centre du charmant bourg blottie contre la plage qui porte initialement le nom de Saint-Marc, et qui au fil des décennies fut rebaptisée plage du gorille, en raison de la forme d'un rocher aujourd’hui érodé, et depuis une vingtaine d’année, plage de Monsieur Hulot, en souvenir du personnage principale que Jacques Tati filma ici les extérieurs des vacances durant l’été 1951. Nous l’avions déjà écrit dans un article précédent concernant le Château de Saint-Marc[1], la station balnéaire se nommait à l’origine Le Crépelet ; c’était un village de vignerons situé au bas du coteau où se trouve l’actuelle église, et c’est parce qu’il y avait initialement une chapelle dédiée à Saint Marc au bord de la plage, à l’emplacement de la Place de la Chapelle, plus exactement devant le jardin du n°36, que la station balnéaire fondée durant le Second Empire pris son nom actuel.

     

    L’ancienne chapelle Saint-Marc :

     

    Il y avait donc une chapelle, depuis des temps immémoriaux, au bord de la plage. On ne connait de celle-ci qu’un dessin de Charles Beilvaire, publié le 19 mars 1932 dans Le Courrier de Saint-Nazaire figurant un bâtiment qui comportait à l’intérieur une poutre portant le millésime 1643.

     

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    Longue et basse, très simple, orientée à l’Est, avec une porte double à l’Ouest surmonté d’un clocheton en arche comportant une seule cloche, trois fenêtres au nord, une porte basse et deux fenêtres au Sud, vers la plage, dotée d’une sacristie au nord, et accompagné d’une croix de bois sur un large piédestal remontant à la fin du 17ème siècle ou au début du 18ème ; croix qui existe encore et surveille les voitures que l’on parque ici. Cette église était le siège de la frairie de Saint-Marc et servait de lieu de culte ordinaire à la population environnantes éparpillées en plusieurs villages et hameaux, (Le Crépelet, Béac, Verdun, La Ville Cresneau, La Villès Molé, Berrien, Le Grand Pez, Le Prasilun, La Fin, etc.). Seule bâtiment à proximité de cette chapelle, une ferme en longère posée en parallèle à l’Est, qui lui était dépendante et fournissait le revenu à son chapelain.

    Saint Marc bénéficiait chaque 25 avril, jour de la saint-Marc, d’une procession qui faisait venir à une messe spéciale à 11h toute la population de la frairie, mais aussi de celle de Gavy et Saint-Sébastien. Les fidèles se réunissait au bas de la Colline du château[2], la contournait en direction de la plage. Après la messe, ils piqueniquaient sur des tables devant la ferme et sur le sable de la plage, puis rentraient chez eux. Il était de coutume que ceux de Gavy prennent une chaloupe pour se faire déposer à Port-Charlotte. La chapelle passa la Révolution sans encombre malgré la suppression des cultes et la nationalisation des biens du clergé. Elle fut rendue au culte au moment du Concorda en 1801, et fut desservie jusqu’en 1857, date de la création de la Paroisse de l’Immaculée, qui vida les chapelles séculaires des banlieues de Saint-Nazaire, et en entraina la ruine, même si celle de Saint-Marc fut toujours considérée comme une chapellenie, et donc encore desservie occasionnellement jusqu’en 1870. La création de la station balnéaire, à la veille de la Troisième République, fit qu’on eut besoin d’un lieu de culte avec des messes et un service régulier. Le cimetière actuel y avait été fondé par mademoiselle Marie-Joseph Mollé[3], le 1er janvier 1885. L’Evêché et la Préfecture fondèrent la paroisse Saint-Marc le 1er juin 1888.  La chapelle étant dans un état de délabrement avancé, le conseil de fabrique vota la construction d’une église, loin de la chapelle qui devait laisser place au développement de la station, au bourg même du Crépelet.

     

    L’église de Saint-Marc :

     

    L’église de Saint-Marc fut rapidement construite. Edifiée sur les plans de l'architecte Henri van den Brouk, (grand-père d'Odette du Puygaudeau), elle comporte un clocher porche, sommet d'un coq girouette perché sur une croix, accolé d'une tourelle d'escalier qui va jusqu'au niveau de la tribune, une porte latérale, et dix-sept baies, dont cinq dans le chœur. Sa bénédiction solennelle eut lieu le 22 décembre 1889. elle fut rapidement décrite comme « si grande en hiver, si petite en été ».

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    Sortie de la messe vers 1903.

     

    Elle est constituée d’une simple nef, précédée d’une entrée, le chœur se trouve orienté au Nord, car il fut décidé que l’entrée se ferait face à la route en contre bas, par la base du clocher, ce qui oblige à gravir un escalier pour y entrer, et allonge sa façade Sud en lui procurant un aspect étroit disgracieux de part de cake oublié sur un coin de table à la fin d’un banquet. Une sacristie se trouve à l’Ouest, elle est séparée du jardin du presbytère par un petit chemin. Le sentiment d’étroitesse est accentué quand on passe l’entrée sous le clocher, et il se trouve alors suivit d’un sentiment d’écrasement. En effet, la majesté du lieu, songé comme une ouverture à la Foi après le passage du chameau dans le chas d'aiguille, a été totalement détruit par la construction d’une tribune démesurée et pensée dans aucun bon sens en 1964. La mairie, qui possède le bâtiment depuis 1905, (le presbytère restant propriété de la paroisse), avait accordé à l’abbé Jaunin, curé de 1953 à 1967, la construction de cet étage démesuré de 50 places, car à l’époque l’église se trouvait incapable de contenir tous les fidèles qui y venaient l’été. cette structure est posée trop bas et pire s'abaisse encore de 60 cm à la moitié.

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    L'intérieur de l'église, sous la tribune, en avril 2020, © L.O.M.

     

    Une fois passé sous ce plafond oppressant, on retrouve les proportions initiales qui sont, elles, gracieuses et dotées d’un décor sobre et élégant sous une voûte lambrissée en coque de navire renversée.

     

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    La nef et le chœur en avril 2020, © L.O.M.

     

    L’église de Saint-Marc a en effet bénéficié du goût réfléchit de deux de ses curées.  D’abord l’abbé Jean Blois, (1858 – Saint-Marc en Nazaire 18 décembre 1926)[4], ancien professeur au Petit Séminaire de Guérande, curé de Saint-Marc de 1904 à sa mort. Celui-ci a doté le clocher de quatre cloches bénies par monseigneur Rouard, évêque de Nantes. Celle nommé Maria Anna, fut refondue en 2010. L’abbé Blois fit l’acquisition en 1912 d’une chaire en chêne de style Louis XVI finement sculptée de panneau figurants les quatre évangélistes et de fleurons et des palmes, et un panneau gravé du mot « Veritas », au-dessus d’un trophée composé des tables de la Loi, d’une page d’Evangile, et d’une trompe de la renommée. Cette chaire a depuis été déposée à même le sol du chœur). Son successeur, l’abbé Guisnel[5], curé de 1927 à 1955, dès 1935 il fit remplacer l’autel du chœur en pin peint en blanc par l’actuel en chêne, ajouta des lambris bas du même bois tout au long de la muraille, avec, enchâssés de chaque côté de l’entrée des coquilles de bénitier. Il modifia aussi en parti le dallage, en faisant ajouter entre les carreaux de terre cuite sous les bancs, (qui remplacent les chaises paillées qui meublaient  autrefois), les carreaux de ciment qui tracent l’allée traversante, et celle menant à la porte latérale, et ceux qui délimitent le chœur. Il y avait aussi initialement deux autels de chaque côté de l’entrée, mais ils furent supprimés, ainsi que le chemin de croix et toutes les statues en plâtre du 19ème [6], par l’abbé Jaunin.

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    Intérieur de l'église vers 1905

     

    En 1955, l’abbé Guisnel fit maroufler sur la voûte du chœur la peinture qui représente la pêche miraculeuse, (l'auteur nous en est inconnu, mais il pourrait s'agir d'un couple nantais nommé Leroy).

     

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    L'a tribune, en avril 2020, © L.O.M. ; on l’ose espérer qu’elle sera un jour détruite et que l’on rendra à cette ravissante église son aspect d’avant le massacre Jaunin.

     

     

    La tribune actuelle date, nous l’avons écrit plus haut, de 1964. On y accède par deux escaliers, le premier est par de la nef via une porte percée exprès, conduisant à un escalier construit dans un appentis disgracieux et débouche par l’une des baies baie reconvertie en passage ; le second par l’escalier du clocher, depuis le hall, à droite en entrant, en passant sous la plaque posée en 1920, faisant liste des paroissiens morts et disparus au champs d’honneurs durant la première-guerre-mondiale. Cet escalier qui conduisait dès la construction à une tribune qui aurait dû être doté d’un orgue, à la particularité de comporté dans sa chaux qui le crépi, des graffitis allant de 1926 à 1968. Ce sont essentiellement des patronymes typiquement nazairiens, (Cavarro, Lejeune, Berthaud, Gouard, Fuelle, Noblé, etc.), mais aussi une bicyclette et des personnages des années 1930, (un enfant au béret qui fume, un cycliste sur son vélo, des trois policiers), mais aussi une figure du Diable, avec sa fourche et sa queue pointue...

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    Exemple de graffitis, © L.O.M.

     

    La tribune se décompose en deux plateaux pentue descendant vers le chœur. 

     

    L’église avait été dotée dès sa construction de vitraux, qui n’étaient en réalité que des verrières claires peintes de fleurons en grisailles. Ces verrières furent détruites par le souffle d’une bombe tombée sur la place la nuit du 28 juin 1942. La déflagration avait été si forte que les porte de l’église avaient elles aussi été arrachées. On les remplaça par du verre martelé, dont sont encore pourvues les quatre baies latérales qui éclairent la tribune. En 1964, nous l’avons écrit, l’une des baies fut transformée en accès pour la nouvelle tribune, quatre autres virent leur ouverture entravée par la nouvelle tribune. En 1977, onze des baies furent doté de vitraux non figuratifs, interprétables de mille façon pour celui qui s'ennuie durant l’homélie, aux tons jaunes, orangés et rouges, signé par Colin Leroux à Béac.

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    Signature sur l'un des vitraux, © L.O.M.

     

    A la suite du Concile Vatican II, on suréleva le chœur d’un planché haut de trois marches, on y plaça une table de chêne pour servir la messe, et l’on posa la chaire à même ce nouveau planché. Le baptistaire, qui se trouvait à l’entrée de l’église, fut placé devant le chœur.

     

    Le dernier curé résident fut le père Pierre Brétéché, (1928-2020), parti en 1997. Depuis 2005 l’église est rattachée à la paroisse Saint-Pierre de l’Océan.

     

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    Le chevet en avril 2020, © L.O.M.

     

     

     

     

    [1] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/07/25/le-chateau-de-saint-marc.html

    [2] A propos de cette colline et de l’origine de son nom : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/01/18/l-allee-du-chateau-a-saint-marc-6121661.html

    [3] Née le 20 octobre 1845 à la ferme du Petit Verdun propriété de ses parents laboureurs, elle avait hérité, n’était qu’une fille, des terres les plus proche de l’océan, et qui étaient déconsidérées mauvaise pour l’agriculture. La mode des bains de mer fit décupler la valeur de ces terrains considérés ingrats, la rendant riche, et lui permettant de jouer un rôle dans l’urbanisation du quartier.

    [4] Il repose au cimetière de Saint-Marc dans le caveau des religieux de la paroisse. La plaque qui le mentionne comporte des dates erronées.

    [5] Lui aussi ancien professeur au Petit Séminaire de Guérande, il dirigea l’école libre de garçon de Saint-Marc, qui comportait une institutrice, mademoiselle Boya, âgée de 53ans en 1927, et le prêtre instituteur Bouché. Cette école était préférée des habitants de Saint-Marc, dès son ouverture en septembre 1927, si bien que l’école public du bourg perdit à son profit les trois quarts de ses élèves, et ceux malgré le fait que l’école publique était gratuite et fournissait, livres, blouse, et sabots. Le Travailleur de l’Ouest entama le 26 novembre 1927, une attaque contre cette école, à travers un article de quarante-huit alinéas, non signé, l’accusant de faire concurrence à l’école publique, prétendit que l’abbé Guisnel avait fait pression pour cela sur les familles, prétendit que l’école était à une distance non réglementaire du cimetière, que l’eau qu’on y consommait était impropre, (ce qui fut contredit par une analyse de l’institut Pasteur), et qualifiant son personnel « d’illettrés ». En réalité, le problème était que les habitants de Saint-Marc étaient en conflit avec la municipalité qui imposait aux enfants un règlement d’école trop strict et avec des exigences que la population qualifiait de « chinoiseries ». Par ailleurs le maire François Blancho, dès son élection, cherchait à empêcher les processions et autres manifestations religieuses, ce qui déplaisait à cette population fortement religieuse. Quelques mois auparavant, le curé de Méan avait écopé d’une amande de 1 Fr. pour en avoir organisé une, et s’était retrouve emprisonné durant 48h pour avoir refusé de la payer ; l’affaire était remontée jusqu’au Conseil d’Etat et au président Poincaré en mars 1927, et l’on se battait régulièrement à coup de poing devant l’église Saint-Gohard place Marceau. Le prédécesseur de l’abbé Guisnel, l’abbé Blois, avait bravé en juillet 1925 à l’occasion de la Fête Dieu l’arrêté municipal Blancho, et en avait écopé 25 centimes d’amande. L’abbé Guisnel eut aussi à faire aux délires d’une pauvre folle, la demoiselle Berthe, qui lui asséna des coups de parapluie en 19 février 1936, au prétexte que sa T.S.F. la dérangeait. L’abbé n’ayant pas de radio chez lui, et ne tolérant pas qu’on le frappa, porta plainte contre la femme.

    [6] La Vierge, Jeanne d’Arc, saint Michel, Jésus au Sacré Cœur, saint Joseph, sainte Anne, un petit saint Pierre sur son trône, et deux très petit saints Antoine et François

  • La Croix de Saint-Nazaire

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    La Croix de Saint-Nazaire, au cimetière de La Briandais, photographie V.D.M.

     

    Au milieu de l’allée principale du cimetière de La Briandais est une croix de pierre au sommé d’une colonne posée sur un piédestal. Cette croix est la Croix de Saint-Nazaire, oubliée des plaquettes historiques municipales. Sculptée au temps de la duchesse Anne, elle figure d’un côté le Christ crucifié, entouré de deux personnages que le temps a rendu inidentifiables, mais qui sont probablement Marie et Jean, et de l’autre côté le corps du Christ sur les genoux de sa mère ; le tout est soutenu par quatre têtes angéliques.

     

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    La Croix de Saint-Nazaire, au cimetière de La Briandais, photographie L.O.M.

     

    La Croix de Saint-Nazaire était initialement une croix de chemin. Elle se trouvait initialement au lieudit Le Grand Pré, à l’emplacement des croisements de la rue du Bois Savary, de La Petite Californie, et Henri Gautier, (endroit qui sera réemployé en 1820 pour édifier un calvaire dont Beilvaire fit un dessin connu des Nazairiens). C’est cette croix, vers laquelle les navires allant à Nantes tiraient une salve d’honneur, dont parle Edouard Richer dans son Voyage pittoresque en Loire-Inférieure, publié à Nantes en 1820, par Mellinet-Malassis. Mais contrairement à ce que croyait Edouard Richet, la croix ne fut pas détruite à la révolution, elle fut en réalité déplacée en 1783.

     

    Du Grand Pré au cimetière de La Porterie :

     

    En 1783 Saint-Nazaire avait deux cimetières : le Grand, autour de l’église primitive, au sommet sur rocher, qui n’était plus utilisé que pour les corps échoués sur la plage ou les suicidés ; et le cimetière de l’église, qui se trouvait plein. En effet, en comté de Nantes, on ne pratiquait le curage des cimetières avec dépose en ossuaire, comme cela était le cas dans l’Est de la Bretagne. Comme il était hors de question de déplacer les morts, il fallut faire le choix d’un nouveau lieu d’inhumation. On demanda au maître chirurgien de la ville, le docteur Jean-Philippe-Emmanuel Pierre[1], son avis, et celui-ci recommanda que l’on choisisse un lieu éloigné de la ville, des sources et fontaines, afin de préserver la population d’épidémie. Le choix se porta sur un jardin, clos de trois côtés de murs, s’ouvrant sur la Loire qui le baignait les jours de forte marée. Son emplacement correspond au boulevard de La Légion d’Honneur et au terrain des anciens frigos, ce qui explique pourquoi, aujourd’hui encore, il n’est pas rare que les cantonniers, quand ils ouvrent une fosse dans cette zone, découvrent des ossements.  Le jardin répondait au nom de La Porterie et appartenait au sieur Dubocher[2] qui l’avait mis en fermage. L’acquisition, avec dédommagement du fermier, fut décidée par le conseil de fabrique le 4 mai 1783, il fut béni le 17 mai, et il y eut en même temps l’interdiction d’inhumer en un autre lieu de la paroisse que celui-ci[3]. Sur délibération du 22 juin 1783, le conseil de fabrique décida le déplacement de la Croix de Saint-Nazaire dans le nouveau cimetière, avec démolition pour réemploi des pierres, du piédestal original. En 1856, il fallut déplacer à nouveau le cimetière qui se trouvait trop près de ce qui allait devenir le port.

     

    De La Porterie à La Briandais :

     

    Le cimetière de La Briandais fut ouvert en 1856. Son acquisition et les travaux qui furent nécessaires à sa fondation coutèrent 20.000 fr[4]. On vida progressivement l’ancien cimetière de La Porterie, et la croix fut déplacée à La Briandais. Mais, parce qu’elle n’était plus dans le goût de l’époque, elle fut déposée démontée le long d’un mur, et rapidement prise par les ronces. En 1890, le cimetière de La Briandais était dominé par un grand crucifix de bois érigé en 1884[5], mais il menaçait de tomber. Par prudence on le démonta. C’est alors que Charles Beivaire[6] suggéra au maire, Fernand Gasnier, de remplacer ce crucifix par la croix ancienne qu’on avait totalement oublié. Le maire fit ériger à nouveau la Croix de Saint-Nazaire, et elle veille depuis à nouveau sur le repos des Nazairiens[7]. Un bombardement, qui toucha le cimetière, la renversa, on la remit en place à la Reconstruction.

    La Croix de Saint-Nazaire est la seule croix ancienne de la ville à ne pas être protégée au titre des Monuments Historiques.

     

     

    [1] Originaire d’Ancenis, il avait épousé Jeanne-Philippe Bouveron. En 1796 il était qualifié d’officier de santé.

    [2] Il ne nous a pas été possible de déterminer s’il s’agit de Mathieu ou de Thomas.

    [3] Notons ici que le terrain dépendait de la seigneurie de La Ville-au-Fèves : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/06/15/la-ville-aux-feves.html

    [4] Cf. Henri Moret, Histoire de Saint-Nazaire.

    [5] La date figure encore aujourd’hui à l’arrière du piédestal de la croix se trouvant au milieu de l’allée principale.

    [6] Lire à ce sujet : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2014/12/08/charles-beilvaire-un-peintre-nazairien-oublie-5505901.html

    [7] Voir à ce sujet l’article du Courrier de Saint-Nazaire du 25 mai 1939, mais qui comporte des erreurs de date.

  • Un irlandais gouverneur de Saint-Nazaire

    Les 20 octobre 1758, Louis XV, roi de France, duc en Bretagne, donna le gouvernent militaire de Guérande, du Croisic et du port de Saint-Nazaire à Richard-Edmond de Cusack, maréchal de camp et armées du Roi, commandeur de l’Ordre militaire de Saint-Jacques, (couronne d’Espagne), chevalier de l'Ordre royal et militaire de Saint-Louis. Le nouveau gouverneur prêta serment pour cette charge le 18 mars 1759.

     

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    Cusack (de) : Partie d’or et d’azur ; à la fasce de l’un en l’autre. Couronne de marquis. Tenants deux triton portant chacun un badelaire sur l’épaule. Cimier : une sirène portant d’une main un sceptre fleurdelisé, de l’autre une épée. Devise : Dieu est mon espoir.

     

    La presqu’île guérandaise, tout comme Nantes, était un foyer jacobite. Nombre d’Irlandais, d’écossais, et quelques anglaises, de confession catholique, ou attaché à la dynastie légitime, avaient préféré s’y exiler après la fuite en France du roi Jacques II en décembre 1688. On le sait, le 2 juillet 1745, c’est de Saint-Nazaire que Charles Stuart, dit Bonnie Prince Charlie, ou The Young Pretender, parti à la reconquête du trône de ses ancêtres, aidé par la famille Walsh[1].

     

    Cependant, Richard-Edmond de Cusack n’était pas l’un de ces exilés de 1688. En effet, l’exil de sa famille avait débuté à l’avènement d’Olivier Cromwell en 1653, et aux persécutions qu’il fit subir aux catholiques. Le père de Richard-Edmond, Richard de Cusack de Gerards-Town, était entré au service d'Espagne, et fit carrière aux Pays-Bas-Espagnoles, où il devint capitaine dans le régiment irlandais d'O’Byrne en 1690. De son union avec Anne-Catherine Martyn, ont lui connait trois fils et une fille. Richard-Edmond était le troisième fils et on le suppose né à Aire-sur-la-Lys, en 1687. Tout comme ses frère, il embrassa la carrière militaire, entrant comme cadet volontaire au régiment d’infanterie irlandaise de Dorington, (plus tard renommé de Rothe), à l’âge de seize ans.

    Il participa au siège de Kehl, au combat de Munderkinghen et à la première bataille d'Hochstoedt en 1700, à la seconde bataille en 1704, et fut fait lieutenant réformé dans le cours de la même année.

    Il fit les campagnes de 1705, 1706, 1707 et 1708 à l'armée du Rhin. Nommé capitaine réformé au même régiment par commission du 21 mai 1 709, il se trouva, le 11 septembre suivant, à la bataille de Malplaquet, marcha en Flandre en 1710, combattit à l'attaque d'Arleux en 1711, et se trouva à la bataille de Denain et aux sièges de Douay, du Quesnoy et de Bouchain en 1712. En 1713, il servit aux sièges de Landau et de Fribourg, ainsi qu'à l'attaque des retranchements du général Vaubonne. Il devint aide-major de son régiment (alors renommé Rothe), par brevet du 20 août 1720, y eut rang de capitaine en second le 21 juin 1721, puis de capitaine en pied le 19 juin 1729, et obtint, le 9 janvier 1701, une compagnie qu'il commanda au siège de Kehl en 1735, à l'attaque des lignes d'Etlingen et au siège de Philisbourg en 1734 à la bataille de Clausen en 1735, puis à l'armée de Flandre en 1742.

    Fait chevalier de l'Ordre royal et militaire de Saint-Louis en 1736 ; il fut fait capitaine de grenadiers le 24 janvier 1742, et lieutenant-colonel le 4 avril suivant. Le 27 juin il combattit à la bataille de Dettingen, sous les ordres du maréchal de Noailles. Il servit, en 1744, aux sièges de Menin, d'Ypres, de Furnes et du fort de la Knocke, que Louis XV fit en personne, et finit la campagne au camp de Courtray. Le Roi, en considération de ses services et de sa conduite distinguée à la bataille de Fontenoy, le 11 mai 1744, lui assigna une pension de 600 livres sur le trésor royal[2]. Dans la même année, Richard-Edmond de Cusack assista aux sièges des villes et citadelles de Tournay, Oudenarde, Denderinonde et Ath. Créé brigadier d'infanterie par brevet du 20 mars 1747, il commanda au pont de Walheim, poste important, où il se maintint pendant six semaines avec 600 hommes qui étaient relevés tous les cinq jours. A la bataille de Lawfeld, gagnée par le Roi le 2 juillet de la même année, il donna les plus grandes preuves de sang-froid et de valeur, et, en considération des nouveaux services qu'il avait rendus dans cette occasion, Louis XV porta à 1.000 livres sa pension sur le trésor royal[3]. Après la campagne, le régiment de Rothe fut mis dans Berg-op-Zoom, où Richard-Edmond commanda les convois pendant tout l'hiver. Il eut à soutenir de fréquentes attaques de l'ennemi, mais il sut toujours le repousser et assurer l'arrivage des approvisionnements de l'Armée. Il fut employé au siège de Maëstricht en 1748, au camp d'Aimeries en 1704, au camp de Calais en 1756, et à l'armée de Flandre en 1757 et 1758, et fut créé maréchal-de-camp par brevet du 10 février 1758. Se démettant alors de la lieutenance-colonelle du régiment de Rothe, et se retira après avoir servi pendant 56 ans sans interruption, le Roi lui accorda en remerciement le 20 octobre 1758 le gouvernement de Guérande, du Croisic et de Saint-Nazaire. Le souverain espagnol, Charles III, lui avait pour sa part, accordé, par brevet du 10 août 1758, la commanderie de l'hôpital de Mancied, dans l’Ordre militaire de Saint-Jacques de l’Epée.

    De son union avec Marie-Anne-Isabelle-Brigitte Fitz-Gérald, il eut plusieurs enfants, dont seule survécu Marie-Madelaine-Josèphe-Aglaé de Cusack, née à Lille  le 25 octobre 1727, mariée avec Etienne Joseph de Lespinasse, marquis de Langeac, comte de Saint-llpize , chevalier de l'Ordre royal et militaire de Saint-Louis, gouverneur de Pierrepertuse, commandant pour Sa Majesté des ville et citadelle du Pont-Saint-Esprit et en Bas-Languedoc, maréchal des camps et armées du Roi, et commandeur des ordres royaux, militaires et hospitaliers de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem qui engendra Auguste-Louis-Joseph-Fidèle-Armand de Lespinasse, comte de Langeac, né à Paris, le 9 octobre 1748, pour qui Richard-Edmond de Cusack abandonna, avec consentement du Roi, le gouvernement de Guérande, du Croisic, et de Saint-Nazaire, le 1er septembre 1765.

    Il avait épousé en secondes noces Marie-Louise de La Rasse, veuve du marquis de Moulins, de laquelle il n'eut pas d'enfants. Il est décédé à Corbeil le 14 décembre 1770, à l'âge de 82 ans.

     

     

     

    Le dernier gouverneur de Saint-Nazaire :

     

    Petit-fils du précédent, Auguste-Louis-Joseph-Fidèle-Armand de Lespinasse, comte de Langeac, entra au service, le 1er février 1767, comme cornette dans le régiment de Bauffremont, dragons. En 1765, il fut nommé capitaine d'infanterie dans le régiment de recrues de la ville de Paris. Le 1er septembre, sur démission de son grand-père maternel, Richard-Edmond de Cusack, reçu du Roi le gouvernement des villes de Guérande, du Croisse et de Saint-Nazaire, en Bretagne. Le 15 décembre 1766, il obtint la survivance du gouvernement de la ville de Rue en Picardie, et, le 21 mai 1767, celle du gouvernement de la ville du Puy-en-Velay. Nommé capitaine de dragons dans le régiment de Bauffremont , le 16 août suivant, il fut employé en 1768 à l'Ecole royale d'équitation des dragons, à Cambray. Il fit la guerre de Corse, en 1769, en qualité d'aide-de-camp du général en chef comte de Vaux[4]. Il gagna alors le Ponte-Nuovo du Golo contre les Corses, anéantissant le dernier obstacle pour marcher sur Corté, alors capitale de l'île. Avec les vicomtes de Custine et de Vioménil[5], à la tête de quinze cents grenadiers et chasseurs,il fut chargé d'aller par les montagnes et l'intérieur de l'île, à la poursuite des troupes Corses, entraînant la fuite de Paoli.

    Nommé colonel au corps des Grenadiers de France le 3 janvier 1770, puis le 25 décembre suivant, commandeur de la commanderie de l'hôpital de Mancied, de l’Ordre militaire de Saint-Jacques de l'Épée à la suite de son grand-père maternel, il reçut, le 13 mars 1771, la croix de l'Ordre royal et militaire de Saint-Louis, et fut chargé la même année, sous les ordres du comte de Mailly[6], de l'inspection des frontières de France, des Pyrénées, des côtes de la Méditerranée, des Alpes, etc. Le corps des grenadiers de France ayant été réformé en 1771, le comte de Lespinasse-Langeac fut attaché, avec son grade de colonel en second du régiment de l'Ile-de-France. A la réforme des colonels en second, il fut attaché à la garnison de la ville de Valenciennes. En 1772, le roi Louis XV le pourvut de la charge de capitaine des gardes de la porte de son petit-fils, monseigneur le comte de Provence[7]. Il obtint alors les entrées de la chambre, et l’année suivante celles du cabinet. En 1775, il fut nommé commandeur de l'ordre de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem. Après avoir été témoin des journées des 5 et 6 octobre 1789, et des événements qui en furent la suite, il partit en Lorraine. Ayant appris que Louis XVI s’était enfui de Paris, il se mit en marche pour rejoindre le monarque ; mais, arrivé à Neufchâteau, il apprit l’arrestation de Varennes, et fut lui-même arrêté à Neufchâteau, comme suspect d'opinions anti-révolutionnaires, et accusé do courir de château en château pour favoriser le départ du Roi, et opérer une contre-révolution.

    Désarmé et conduit par la maréchaussée dans la ville de La Marche, il y fut détenu pendant deux mois dans une prison que la population, agitée par les révolutionnaires, menaçait de forcer toutes les nuits. On était sur le point de le conduire à la haute cour, à Orléans, lorsque l'acceptation de la Constitution par le Roi le fit rendre à la liberté. Après s'être offert inutilement en otage pour Louis XVI et sa famille, il émigra, et alla rejoindre le comte d’Artois à Coblence. Il servit dans l’armée de Condé en qualité d'aide-maréchal-général des logis de la cavalerie, suivit les princes à Dusseldorff, et ne prit congé d’eux qu'à l'époque de leur départ pour la Westphalie. Retiré au Provinces-Unies, il allait passer en Angleterre, lorsqu'il fut fait prisonnier par un corps de troupes sur les glaces du Texel. Après avoir été dépouillé de tout, il aurait été infailliblement fusillé, s'il n'avait eu la chance de s'échapper. Muni de l'autorisation écrite de monseigneur le comte d'Artois, il servi dans divers corps, au service des Provinces-Unies et du souverain britannique. Après la réforme de ces corps, il se fixa à Hambourg, et s’y trouvait pendant le siège qu'en firent les alliés, en 1813, et ne put rentrer en France qu'après l'évacuation de cette place par les troupes françaises, le 8 juin 1814.

    Mis à la retraite le 25 septembre 1816, il décéda à Paris en 1832, sans avoir contracté d’alliance.

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    Lespinasse (de) : Ecartelé ; au 1 d'or au dauphin pâmé d'azur ; au 2 d'or au gonfalon de gueules ; au 3 d'azur semé de fleurs de lys d'or à la tour d'argent, brochante sur le tout ; au 4 d'or à 6 fleurs de lys d'azur ; sur le tout fascé d'argent et de gueules de huit pièces, et au centre un écusson de gueules, à la bande d'argent et au lambel du même. L'écu timbré d'une couronne de marquis. Supports : Deux lions. Devise : Sans chimères et sans reproches.

     

     

    [1] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/06/15/bonnie-prince-charlie-ou-the-young-pretender.html

    [2] Lettre de M. d'Argenson, datée du camp de Tournay, le 29 mai 1746.

    [3] Lettre de M. d'Argenson, du 27 juillet 1747.

    [4] Futur maréchal et gouverneur de Corse.

    [5] Futur maréchal.

    [6] Futur maréchal.

    [7] Futur Louis XVIII.