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Un irlandais gouverneur de Saint-Nazaire

Les 20 octobre 1758, Louis XV, roi de France, duc en Bretagne, donna le gouvernent militaire de Guérande, du Croisic et du port de Saint-Nazaire à Richard-Edmond de Cusack, maréchal de camp et armées du Roi, commandeur de l’Ordre militaire de Saint-Jacques, (couronne d’Espagne), chevalier de l'Ordre royal et militaire de Saint-Louis. Le nouveau gouverneur prêta serment pour cette charge le 18 mars 1759.

 

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Cusack (de) : Partie d’or et d’azur ; à la fasce de l’un en l’autre. Couronne de marquis. Tenants deux triton portant chacun un badelaire sur l’épaule. Cimier : une sirène portant d’une main un sceptre fleurdelisé, de l’autre une épée. Devise : Dieu est mon espoir.

 

La presqu’île guérandaise, tout comme Nantes, était un foyer jacobite. Nombre d’Irlandais, d’écossais, et quelques anglaises, de confession catholique, ou attaché à la dynastie légitime, avaient préféré s’y exiler après la fuite en France du roi Jacques II en décembre 1688. On le sait, le 2 juillet 1745, c’est de Saint-Nazaire que Charles Stuart, dit Bonnie Prince Charlie, ou The Young Pretender, parti à la reconquête du trône de ses ancêtres, aidé par la famille Walsh[1].

 

Cependant, Richard-Edmond de Cusack n’était pas l’un de ces exilés de 1688. En effet, l’exil de sa famille avait débuté à l’avènement d’Olivier Cromwell en 1653, et aux persécutions qu’il fit subir aux catholiques. Le père de Richard-Edmond, Richard de Cusack de Gerards-Town, était entré au service d'Espagne, et fit carrière aux Pays-Bas-Espagnoles, où il devint capitaine dans le régiment irlandais d'O’Byrne en 1690. De son union avec Anne-Catherine Martyn, ont lui connait trois fils et une fille. Richard-Edmond était le troisième fils et on le suppose né à Aire-sur-la-Lys, en 1687. Tout comme ses frère, il embrassa la carrière militaire, entrant comme cadet volontaire au régiment d’infanterie irlandaise de Dorington, (plus tard renommé de Rothe), à l’âge de seize ans.

Il participa au siège de Kehl, au combat de Munderkinghen et à la première bataille d'Hochstoedt en 1700, à la seconde bataille en 1704, et fut fait lieutenant réformé dans le cours de la même année.

Il fit les campagnes de 1705, 1706, 1707 et 1708 à l'armée du Rhin. Nommé capitaine réformé au même régiment par commission du 21 mai 1 709, il se trouva, le 11 septembre suivant, à la bataille de Malplaquet, marcha en Flandre en 1710, combattit à l'attaque d'Arleux en 1711, et se trouva à la bataille de Denain et aux sièges de Douay, du Quesnoy et de Bouchain en 1712. En 1713, il servit aux sièges de Landau et de Fribourg, ainsi qu'à l'attaque des retranchements du général Vaubonne. Il devint aide-major de son régiment (alors renommé Rothe), par brevet du 20 août 1720, y eut rang de capitaine en second le 21 juin 1721, puis de capitaine en pied le 19 juin 1729, et obtint, le 9 janvier 1701, une compagnie qu'il commanda au siège de Kehl en 1735, à l'attaque des lignes d'Etlingen et au siège de Philisbourg en 1734 à la bataille de Clausen en 1735, puis à l'armée de Flandre en 1742.

Fait chevalier de l'Ordre royal et militaire de Saint-Louis en 1736 ; il fut fait capitaine de grenadiers le 24 janvier 1742, et lieutenant-colonel le 4 avril suivant. Le 27 juin il combattit à la bataille de Dettingen, sous les ordres du maréchal de Noailles. Il servit, en 1744, aux sièges de Menin, d'Ypres, de Furnes et du fort de la Knocke, que Louis XV fit en personne, et finit la campagne au camp de Courtray. Le Roi, en considération de ses services et de sa conduite distinguée à la bataille de Fontenoy, le 11 mai 1744, lui assigna une pension de 600 livres sur le trésor royal[2]. Dans la même année, Richard-Edmond de Cusack assista aux sièges des villes et citadelles de Tournay, Oudenarde, Denderinonde et Ath. Créé brigadier d'infanterie par brevet du 20 mars 1747, il commanda au pont de Walheim, poste important, où il se maintint pendant six semaines avec 600 hommes qui étaient relevés tous les cinq jours. A la bataille de Lawfeld, gagnée par le Roi le 2 juillet de la même année, il donna les plus grandes preuves de sang-froid et de valeur, et, en considération des nouveaux services qu'il avait rendus dans cette occasion, Louis XV porta à 1.000 livres sa pension sur le trésor royal[3]. Après la campagne, le régiment de Rothe fut mis dans Berg-op-Zoom, où Richard-Edmond commanda les convois pendant tout l'hiver. Il eut à soutenir de fréquentes attaques de l'ennemi, mais il sut toujours le repousser et assurer l'arrivage des approvisionnements de l'Armée. Il fut employé au siège de Maëstricht en 1748, au camp d'Aimeries en 1704, au camp de Calais en 1756, et à l'armée de Flandre en 1757 et 1758, et fut créé maréchal-de-camp par brevet du 10 février 1758. Se démettant alors de la lieutenance-colonelle du régiment de Rothe, et se retira après avoir servi pendant 56 ans sans interruption, le Roi lui accorda en remerciement le 20 octobre 1758 le gouvernement de Guérande, du Croisic et de Saint-Nazaire. Le souverain espagnol, Charles III, lui avait pour sa part, accordé, par brevet du 10 août 1758, la commanderie de l'hôpital de Mancied, dans l’Ordre militaire de Saint-Jacques de l’Epée.

De son union avec Marie-Anne-Isabelle-Brigitte Fitz-Gérald, il eut plusieurs enfants, dont seule survécu Marie-Madelaine-Josèphe-Aglaé de Cusack, née à Lille  le 25 octobre 1727, mariée avec Etienne Joseph de Lespinasse, marquis de Langeac, comte de Saint-llpize , chevalier de l'Ordre royal et militaire de Saint-Louis, gouverneur de Pierrepertuse, commandant pour Sa Majesté des ville et citadelle du Pont-Saint-Esprit et en Bas-Languedoc, maréchal des camps et armées du Roi, et commandeur des ordres royaux, militaires et hospitaliers de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem qui engendra Auguste-Louis-Joseph-Fidèle-Armand de Lespinasse, comte de Langeac, né à Paris, le 9 octobre 1748, pour qui Richard-Edmond de Cusack abandonna, avec consentement du Roi, le gouvernement de Guérande, du Croisic, et de Saint-Nazaire, le 1er septembre 1765.

Il avait épousé en secondes noces Marie-Louise de La Rasse, veuve du marquis de Moulins, de laquelle il n'eut pas d'enfants. Il est décédé à Corbeil le 14 décembre 1770, à l'âge de 82 ans.

 

 

 

Le dernier gouverneur de Saint-Nazaire :

 

Petit-fils du précédent, Auguste-Louis-Joseph-Fidèle-Armand de Lespinasse, comte de Langeac, entra au service, le 1er février 1767, comme cornette dans le régiment de Bauffremont, dragons. En 1765, il fut nommé capitaine d'infanterie dans le régiment de recrues de la ville de Paris. Le 1er septembre, sur démission de son grand-père maternel, Richard-Edmond de Cusack, reçu du Roi le gouvernement des villes de Guérande, du Croisse et de Saint-Nazaire, en Bretagne. Le 15 décembre 1766, il obtint la survivance du gouvernement de la ville de Rue en Picardie, et, le 21 mai 1767, celle du gouvernement de la ville du Puy-en-Velay. Nommé capitaine de dragons dans le régiment de Bauffremont , le 16 août suivant, il fut employé en 1768 à l'Ecole royale d'équitation des dragons, à Cambray. Il fit la guerre de Corse, en 1769, en qualité d'aide-de-camp du général en chef comte de Vaux[4]. Il gagna alors le Ponte-Nuovo du Golo contre les Corses, anéantissant le dernier obstacle pour marcher sur Corté, alors capitale de l'île. Avec les vicomtes de Custine et de Vioménil[5], à la tête de quinze cents grenadiers et chasseurs,il fut chargé d'aller par les montagnes et l'intérieur de l'île, à la poursuite des troupes Corses, entraînant la fuite de Paoli.

Nommé colonel au corps des Grenadiers de France le 3 janvier 1770, puis le 25 décembre suivant, commandeur de la commanderie de l'hôpital de Mancied, de l’Ordre militaire de Saint-Jacques de l'Épée à la suite de son grand-père maternel, il reçut, le 13 mars 1771, la croix de l'Ordre royal et militaire de Saint-Louis, et fut chargé la même année, sous les ordres du comte de Mailly[6], de l'inspection des frontières de France, des Pyrénées, des côtes de la Méditerranée, des Alpes, etc. Le corps des grenadiers de France ayant été réformé en 1771, le comte de Lespinasse-Langeac fut attaché, avec son grade de colonel en second du régiment de l'Ile-de-France. A la réforme des colonels en second, il fut attaché à la garnison de la ville de Valenciennes. En 1772, le roi Louis XV le pourvut de la charge de capitaine des gardes de la porte de son petit-fils, monseigneur le comte de Provence[7]. Il obtint alors les entrées de la chambre, et l’année suivante celles du cabinet. En 1775, il fut nommé commandeur de l'ordre de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem. Après avoir été témoin des journées des 5 et 6 octobre 1789, et des événements qui en furent la suite, il partit en Lorraine. Ayant appris que Louis XVI s’était enfui de Paris, il se mit en marche pour rejoindre le monarque ; mais, arrivé à Neufchâteau, il apprit l’arrestation de Varennes, et fut lui-même arrêté à Neufchâteau, comme suspect d'opinions anti-révolutionnaires, et accusé do courir de château en château pour favoriser le départ du Roi, et opérer une contre-révolution.

Désarmé et conduit par la maréchaussée dans la ville de La Marche, il y fut détenu pendant deux mois dans une prison que la population, agitée par les révolutionnaires, menaçait de forcer toutes les nuits. On était sur le point de le conduire à la haute cour, à Orléans, lorsque l'acceptation de la Constitution par le Roi le fit rendre à la liberté. Après s'être offert inutilement en otage pour Louis XVI et sa famille, il émigra, et alla rejoindre le comte d’Artois à Coblence. Il servit dans l’armée de Condé en qualité d'aide-maréchal-général des logis de la cavalerie, suivit les princes à Dusseldorff, et ne prit congé d’eux qu'à l'époque de leur départ pour la Westphalie. Retiré au Provinces-Unies, il allait passer en Angleterre, lorsqu'il fut fait prisonnier par un corps de troupes sur les glaces du Texel. Après avoir été dépouillé de tout, il aurait été infailliblement fusillé, s'il n'avait eu la chance de s'échapper. Muni de l'autorisation écrite de monseigneur le comte d'Artois, il servi dans divers corps, au service des Provinces-Unies et du souverain britannique. Après la réforme de ces corps, il se fixa à Hambourg, et s’y trouvait pendant le siège qu'en firent les alliés, en 1813, et ne put rentrer en France qu'après l'évacuation de cette place par les troupes françaises, le 8 juin 1814.

Mis à la retraite le 25 septembre 1816, il décéda à Paris en 1832, sans avoir contracté d’alliance.

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Lespinasse (de) : Ecartelé ; au 1 d'or au dauphin pâmé d'azur ; au 2 d'or au gonfalon de gueules ; au 3 d'azur semé de fleurs de lys d'or à la tour d'argent, brochante sur le tout ; au 4 d'or à 6 fleurs de lys d'azur ; sur le tout fascé d'argent et de gueules de huit pièces, et au centre un écusson de gueules, à la bande d'argent et au lambel du même. L'écu timbré d'une couronne de marquis. Supports : Deux lions. Devise : Sans chimères et sans reproches.

 

 

[1] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/06/15/bonnie-prince-charlie-ou-the-young-pretender.html

[2] Lettre de M. d'Argenson, datée du camp de Tournay, le 29 mai 1746.

[3] Lettre de M. d'Argenson, du 27 juillet 1747.

[4] Futur maréchal et gouverneur de Corse.

[5] Futur maréchal.

[6] Futur maréchal.

[7] Futur Louis XVIII.

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