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  • Alfred Caravanniez

    Souvent cité comme célébrité née à Saint-Nazaire par les historiens locaux, sans plus de détail, Alfred Caravanniez est à la fois un inconnu des Nazairiens mais aussi des historiens de l’art qui en redécouvrent l’œuvre que depuis quelques années.

    Nous n’établirons pas ici un catalogue de ses oeuvres, mais à travers le récit de sa vie, nous en citerons quelques unes dans cet essai biographique de situer une partie de sa production artistique en donnant des repères temporels.

     

     

    Alfred-Adolph Caravanniez est né le 7 octobre 1855 à Saint-Nazaire au domicile de son père, Léon Caravanniez, âgé de 33 ans, plongeur, et d'Angélique Monnet, 36 ans, demeurant à Saint- Florent-le-Viel, de passage à Saint-Nazaire. Sa naissance fut déclarée le 9 octobre ; l’acte mentionne que sa mère était " sa ménagère '', ce qui signifie concubine, et que son père adoptait l'enfant qu’il déclarait, démarche ordinaire pour les couples non mariés.

    Les parents d’Alfred ne se marièrent jamais, et Léon, probablement natif de l’Anjou, disparu rapidement, laissant l’enfant et sa mère à Saint-Nazaire, occupant la maison louée par Alfred. C’était une étrange masure dans laquelle on pénétrait en passant par le grenier, et dont le jardin et qui s’enfonçait dans le sol, éclairée par une cour étroite un niveau plus bas. La disposition s’explique par le fait que la maison se trouvait initialement à flanc du rocher de la vieille-ville, du côté de ce qui est aujourd’hui le grand-bassin du port. La réalisation des quais avait enterré la maison. Elle disparue à la création de la nouvelle entrée.

     

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    La toiture qui dépasse à gauche est la maison natale d'Alfred Caravanniez (photo d'avant 1897)

     

    Angélique y avait ouvert un cabaret, mais elle but plus qu’elle ne vendit, si bien qu’elle devient chiffonnière, arpentant les rues et fouillant les boites à ordures et la décharge du trou à David, une excavation située en amont de la rue d’Anjou, servant initialement à drainer les eaux de pluie au moment de la construction du port, devenu dépotoir pour les navires de commerce et les paquebots. Il arrivait que le personnel des paquebots y jetât au milieu des restes un couvert en argent ou une pièce de service en porcelaine. Le trou était fouillé par les plus pauvres, surtout des enfants, au risque de leur vie. L’odeur était tellement pestilentielle, et la présence des mouettes et des pigeons telle, qu’on surnommait la zone : " le guano ".

    Angélique, que l’alcool et la misère faisait perdre tout bon sens, était surnommée " la Mère Toupet ". Elle fit connaitre à son fils la honte et la violence de l’alcool. Un jour, n’y pouvant plus, Alfred s'enfuisit à l'âge de 11 ans en s'engageant comme mousse. Au contact des marins il apprit à sculpter dans des visages dans le bois au couteau et se montra rapidement très doué. Le capitaine du navire sur lequel il était embarqué lui conseilla de suivre des cours aux beaux-arts et l'incita à rentrer à Saint-Nazaire.

    Il revint à Saint-Nazaire à 17 ans quand il revint à Saint-Nazaire et se rendit à Paris en 1872. On ignore de quoi il vécut, probablement il épuisa le pécule qu’il s’était constitué en travaillant en mer. Il fut rapidement remarqué par le sculpteur Aimé Millet dont il avait reproduit la tête de la vénus du Capitole. Cependant, faute de moyens financiers, il retourna à Saint-Nazaire en 1878, où il loua une serre à la sortie de la ville, prêt du Dolmen, pour en faire son atelier et son lieu de vie. Durant l'hiver 1877-1878 madame Alcide Bord, née Marie-Joséphine Sazerat, recherchait un sculpteur pour réaliser des bustes de ses trois enfants. Elle avait entendu qu’un jeune sculpteur revenu de Paris, dont on ventait les modelages. Elle se rendit chez Alfred, et le trouva entièrement nu devant un miroir. Alfred Caravanniez était si pauvre, qui ne pouvant s’offrir un modèle, il réalisait alors les corps de ses sculptures en se basant sur son reflet. La serre n’était pas chauffée, et Alfred grelottait les mains dans l’argile, (une autre version dit que c'est Gustave qui le découvrit ainsi, mais c'est bien en réalité sa mère).

    Madame Bord, '' émue par cette vision '', (Alfred était très beau jeune), et mère de garçons qui avaient le même âge que lui, décida de lui fit immédiatement une commande. Elle persuada son mari de faire pression sur le Conseil municipal afin qu'une bourse lui soit attribuée pour qu'il fit des études aux Beaux-Arts à Paris. Il reçut ainsi 1.200 frs de la part de la municipalité par décision du Conseil du 24 mai 1878. Le Conseil Général de Loire Inférieure lui versa lui aussi une bourse. Il fut reçu le premier au concours de place à l'école des Beaux-Arts où son professeur est Jules Cavenier, et où il se lia avec Stanislas Biron dont il fit un médaillon en 1882.

    La famille Bord le prit sous sa protection, d’autant que le décès de Louis Bord, en septembre 1879, dont il avait presque le même âge, avait laissé ses parents dans une peine immense. Alfred fut pour ainsi dire adopté, et introduit dans leur cercle de relations. C’est grâce à eux qu’il reçut la commande en 1880 des portraits en médaillons de terre-cuite des enfants de José-Maria-Fernandez Quiros, consul d'Espagne à Saint-Nazaire.

    Gustave Bord finança la réalisation de tirages en terre-cuite à échelle réduite de l’œuvre originale, il lui commanda de « Cathelineau jurant de défendre sa foi en 1793 », dont le plâtre fut présenté au Salon de 1881 et lui permis de recevoir une médaille de troisième classe. Le plâtre fut offert au Collège Aristide Briand de Saint-Nazaire, et disparu durant l’occupation. L’œuvre représentait le général contre révolutionnaire en soldat vendéen, adossé à un calvaire brisé, la croix à ses pieds, la main droite tendu en serment. Exposée prêt du bureau du proviseur, la main gauche avait été brisée avant juin 1929.

    On lui connait de cette époque les œuvres suivantes : " Mon petit ami Henri Biron ", médaillon terre cuite 1882 ; le buste terre cuite de François Soubigou, sénateur du Finistère en 1883 ; un bas-relief en marbre destiné au cimetière de Coutances en 1884, et toujours la même année la statue d’Anne de Bretagne, en pierre, 1m87 de haut, acquise par l’État qui en fit don en 1897 au musée de Saint-Brieuc.

    Gustave introduisit Alfred auprès de ses relations politiques du milieu royaliste, ce qui permit d'avoir de multiples commandes, " Le général de Charrette à Palay " statue en terre-cuite en 1885, commandé par Adémar de Lusignan, et toujours la même année une représentation en terre-cuite de saint Ignace de Loyola. Gustave Bord le présenta Louise-Charlotte-Marie de Bourbon de Vierson (1809-1891), fille illégitime du duc de Berry, demi-sœur du comte de Chambord, veuve du Général baron de Charrette. Elle favorisa son installation en 1888 à Saint-Servan, où il eut un atelier en plus de celui qu’il avait à Paris. Elle fut par ailleurs la marraine de l'une de ses filles. Par la suite il s’établit à Saint-Suiliac.

    En 1888 il exposa au Salon les maquettes des statues qui lui avait été commandées pour le Monument au comte de Chambord, à Sainte-Anne d’Auray. Le monument, dessiné par l’architecte Édouard Deperthes, fut érigé à la demande de Société de Saint-Henri, une association royaliste fondée par Athanase de Charrette, baron de La Contrie. Alfred Caravanniez réalisa les statues monumentales du comte de Chambord en tenue de sacre un genou à terre, placée au sommet d’un piédestal, avec Jehanne d'Arc devant, Sainte Geneviève à l'arrière, Du Guesclin et Bayard à gauche. L’ensemble fut coulé chez Barbedienne. Des tirages en taille 64 et 66 cm des deux chevaliers et de Jehanne furent vendus en grand nombre aux amateurs. La critique se déchaina contre Alfred dès l’exposition au Salon.

    En 1890 on lui fit commande d’une statue de la Vierge destinée à être érigée sur le rocher de la Vierge de Bizeux, au milieu de la Rance entre Saint Servant et Dinard. Un premier plâtre fut posé au sommet du rocher, puis en 1891 le préfet d'Ille et Vilaine autorisa qu’on la remplace par un tirage, en fonte de fer recouverte d'une couche argentée de nickel, fondue dans les Ateliers Durenne. Elle fut exposée au salon de 1896, puis érigée le 24 octobre 1897. Elle est haute de 3 mètres.

    La ville de Dinan avait songé lui commander une statue de Du Guesclin en 1891, mais ce fut finalement Emmanuel Frémiet qui fut retenu en 1900.

    Si le milieu royaliste permis à Alfred d'avoir d'importantes commandes, son carnet commença à se vider dès 1891, car il était considéré comme trop politisé. René de Kerviler dans ses biographie bretonnes, dit à son propos : '' s'est fait une spécialité de la sculpture royaliste et religieuse ". Alfred avait dit publiquement que reconnaissant envers Dieu de ses succès, il jurait de ne jamais « traiter que des sujets inspirés par la foi ». Cette étiquette et ce serment lui furent par la suite défavorables. Au demeurant Kervilez ne lui pardonna jamais de ne pas avoir livré trois statues qu’il lui avait commandé en 1891 au nom du Conseil de fabrique, pour l’église Saint-Nazaire : Saint Nazaire, Saint Yves, et Sainte Françoise d’Amboise.

     

    Les œuvres qui furent commandées à Alfred après 1891 étaient des généralement des médaillons pour des particulier ou des bustes, comme celui de Charles Rouxin, (1814-1891) maire de Saint-Malo, pour orner son tombeau. En 1894 il reçut la commande du ministère des Beaux-Arts d’un buste en marbre du poète Auguste Brizeux, donné au musée de Nantes.

     

    alfred caravanniez

    Alfred Caravanniez avec son épouse et deux de ses filles en 1900.

     

    Le 10 juillet 1902, il fut reversé par une voiture à la sortie du Salon. Le conducteur continua sans s'arrêter, le laissant grièvement blessé, avec trois cotes brisées.

    Les deux dernières commandes importantes qu’il reçut, furent le bronze monumental à l’effigie de Surcouf inauguré le 6 juillet 1903 à Saint-Malo, coulée elle aussi par Barbedienne, et pour laquelle Alfred avait reçu pour elle la médaille 3e classe au Salon des Artistes Français de 1903, et la décoration du monument funéraire de Robert Planquette en 1904. Planquetet devait à l’origine poser pour Caravanniez, mais celui-ci prétexta n’avoir jamais le temps, si bien qu’il ne réalisa qu’un médaillon, qui fut tiré en bronze pour le monument.

    Il faut préciser qu'il était devenu alcoolique comme sa mère, et que d’après Alexandre Bernard, le directeur du Courrier de Saint-Nazaire, il agaçait profondément ses interlocuteurs en " parlant couramment de son génie ". Alfred ne savait pas garder ses élèves, se fâchait avec ses commanditaires, s’épuisait en procès pour la moindre chose, dont un très long contre la Société des Artistes dont il ne vit jamais l’aboutissement, et honorait de moins en moins ses commandes. Par ailleurs, il ne sut pas prendre le tournant de l'Art-nouveau. Au fur et à mesure des années, il déménagea plusieurs fois par an, ayant à chaque fois des ateliers et des logements plus petits que les précédents. Il avait aussi onze enfants, qu’il terrorisait dans ses crises d’ivrognerie, et son épouse, qu’il battait, peinait à les nourrir.

    Il tenta d'obtenir plusieurs commandes d'états, mais se vit toujours écarté. Il exposa au Salon des Artistes Français en 1904 " La pensée " et " L'étude ", et en 1905 un bronze " Plaisir champêtre ". Gustave Bord, qui était alors en pleine ruine, força la municipalité de Saint-Nazaire à accepter dans le cadre des fêtes de l’inauguration de la nouvelle entrée les 21, 22, et 23 septembre 1907, un grand plâtre, désignée comme " maquette de la statue La Glorification du Travail ", qui fut placée à titre de décoration provisoire à côté du pont des Frégates. L’œuvre représentait une femme, dans les canons de l’époque, revêtue d’une sorte de tunique d’où s’échappait un sein traité à la Michel-Ange, un bras tendu tenant une couronne de lauriers, et s’appuyant de l’autre sur un écu aux armes de la ville. 

    Caravanniez

    Maquette de la statue La Glorification du Travail, septembre 1907, (Coll David Silvestre).

     

    Cette statue n'avait pas l'énergie ni le fini des antérieures. Elle fut accueillie tièdement par la population, et les bigot nazairens habituels lui reprochèrent ce sein qu’ils ne voulaient voir. On la relégua aux réserves du musée qui fut inauguré le 4 mars 1908, et qui comprenait dans ses collections exposées le plâtre original de la statue de Surcouf de Saint-Malo, mais aussi des modelages en terre cuite, et quelques bronzes de taille moyenne. L'ensemble disparu dans les bombardement, car les caisses du musées ne furent pas évacuée à temps.

     

    Alfred se retrouva au début de la Première-Guerre-Mondiale dans un pavillon de Montrouge situé au fond d’une impasse, où il survit péniblement avec sa femme et ses plus jeunes enfants. Un jugement du Tribunal de Senlis, en date du 28 novembre 1916, lui permit de recevoir le paiement des travaux de restauration de sculptures exécutés pour la propriété de madame veuve Napoléon Doyen, l’une des nombreuses personnes avec qui il était en conflit.

    Il décéda dans le plus grand dénuement à Paris le 30 aout 1917. Sa veuve poursuivit ses procès, qui furent presque tous classés sans suite, dont celui contre les Artiste Français, qui perdura jusqu’en 1929 !

     

    Les communes de Saint-Malo et de Saint-Suiliac ont baptisée chacune une rue à son nom. Il n'existe aucune plaque à Saint-Nazaire.

     

     

    Les aînés des enfants d’Alfred Caravanniez firent carrières dans la mode et la vente de soieries. L’une de ses filles, Irène, née à Paris en 1901, fut une chapelière réputée travaillant en collaboration avec les grandes maisons de couture parisiennes. Fiancée à Alain Saboureau, un étudiant en médecine, elle partie avec lui en mer à bord d’un canoë pliable en caoutchouc rouge à deux places, muni d’une voile, depuis le port de Monaco le 19 août 1931, à destination de la Corse. Les marins et pêcheurs du port de la Principauté les déconseillèrent de se lancer dans une telle expédition. Mais Irène était sûr d’elle, elle était une très bonne nageuse. Hélas, la Méditerranée n’est pas l’Atlantique, et un hydravion retrouva le 25 août le canoë à la dérive en pleine mer au large des côtes italiennes, proche de La Spezia, avec à assise à l’arrière Irène décédée. Alain Saboureau était introuvable. Sur l’instant il courut la rumeur qu’elle avait été assassinée d’un tir de révolver, ce qui provoqua des spéculations de la part de sa famille, au grand agacement de la famille Saboureau qui demanda qu’on attende les résultats de l’autopsie. Par ailleurs Irène avait emporté avec elle le passeport de sa sœur Marinette, ce qui créa quelques problèmes supplémentaires au début de l’enquête. En réalité Irène n’avait aucune blessure ; elle était décédée de faim et de déshydratation. On supposa que son fiancé avait tenté de rejoindre la côte à la nage, ou s’était volontairement jeté à la mer pour lui permettre de survivre avec les rations qu’ils avaient emporté. Le corps d’Alain ne fut jamais retrouvé.

       

  • Port Gavy ou l'école des infirmières

    Connu actuellement comme " l’École des infirmières ", Port Gavy fut à l'origine une propriété comportant une villa et ses dépendances dans un vaste parc.

     

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    La villa de Port Gavy en septembre 1919, (coll. personnelle)

     

     

    Située sur la Grande île des Gavids, à un emplacement où il n'y avait aucune construction, la propriété fut bâtie durant le Second Empire, probablement vers 1855 à la même période que le château des Charmilles à Porcé, pour William-Felix Le Besque, (1802 - 8 décembre 1877 à Nantes), capitaine de navire, et son épouse Delphine-Aimée Lefebvre, native de Saint-Florent-le-Vieil, couple domicilié à Nantes.

    Destinée a l'usage de demeure de vacances, la villa fut construite sur cave, avec au-dessus un entresol avec une cuisine carrelée munie d'un monte plat, et une salle à manger pour les domestiques ; un rez-de-chaussé avec salle à manger lambrissée et plafonnée d'acajou, grand salon, et dans la tour un boudoir rond. Au 1er étage trois grandes chambres de maître avec chacune leur cabinet de toilette. Celle qui occupait la tour était dite de Monseigneur Fournier, en référence à Félix Fournier, (1803-1877), évêque du diocèse de Nantes de 1870 à sa mort en 1877, qui passait chaque été quelques semaines à Port-Gavy, car il était ami d'enfance de William-Felix Le Besque. Sa chambre était décorée de peintures qui représentaient en médaillon les bustes des Apôtres et des premiers disciples, avec au-dessus de chaque médaillon, en lettres gothiques dorées, un versé du credo. Les fenêtres étaient dotées de vitraux évoquant des moments de la vie d’Anne de Bretagne, et de François Ier. Au second étage étaient les quartiers des domestiques, avec un accès au grenier et au troisième niveau de la tour, ainsi qu'à la terrasse qui la somme, d'où l'on peut voir de la rade de Saint-Nazaire à la pointe Saint Gildas, et le clocher de l'Immaculée.

    Le domaine était d'une surface de 10ha, le long de 400m de côte, il y avait notamment 3ha de vignes situées à l'emplacement des bâtiments de l'université, qui donnaient encore en 1929 cents barriques de vins rosé dont la qualité était louée par ceux qui l'avaient goûté. Un verger et une prairie, un bois de chênes verts, sapins, et lauriers, une pelouse dégagée en direction de la Villès-Martin, bordée de rosiers, de camélias, et d'une allée de palmiers. Encore aujourd'hui, on pénétré en direction de l'ancienne villa par un portail du 19e siècle peint en vert, via une allée autrefois bordée de houx. Il y avait aussi une chouette de granite près de la grille, référence  aux Chouans pour les familles royalistes.

     

    Au décès de William-Felix Le Besque, son fils Georges-William, né à Nantes le 25 avril 1844, hérita d'une fortune suffisamment confortable pour ne jamais avoir à travailler, et du domaine où décida de résider toute l'année. A l'âge de 36ans, il rencontra Eliza Chavril, âgée de 19ans, orpheline placée sous la tutelle d'un lointain parent, Yves Martin, propriétaire domicilié à Saint-Nazaire. Eliza Chavril naquit le 12 mai 1864 à La Motte dans les Côtes-d'Armor. Sa mère, Marie Anne Le Maire, décéda à La Motte le 5 mai 1875, et son père, Louis Chavril, décéda à Saint-Nazaire le 10 juin 1880. Afin de se marier, Eliza obtint l’autorisation de son conseil de famille, par délibérations du 20 juillet 1883, validées par le juge de Paix du Canton de Saint-Nazaire. Le couple s'unit à la mairie de Saint-Nazaire le 20 août 1883. Si les témoins de Georges-William étaient ses cousins germains Lefebvre venus de Saint-Florent, Eliza eut quant à elle Victor Delaris, le vérificateur des douanes de Saint-Nazaire, cousin par alliance, et Charles Marion de Procé, procureur de la République, désigné comme son ami dans l'acte.

     

    En 1929, la ville de Saint-Nazaire, désireuse de construire un hospice pour ses vieillards, qui se trouvait rue du Traict, tenu par les Filles de la sagesse, congrégation de religieuses hospitalières, se porta acquéreur auprès des héritiers Le Besque, du domaine de Gavy pour la somme de 800.000 frs avec son ameublement et le matériel agricole. La maison était alors relativement défrichée : les marches du perron étaient disjointes, semé d'herbe, les rampes de bois des balcons auxquels s’accrochaient des rosiers, de la glycine et de la vigne vierge, étaient branlantes. La chapelle et les bâtiments de la ferme qui la complétaient, nécessitaient des travaux. Les Nazairiens trouvèrent aussi que déplacer les vieillards à 6km du centre, dans une partie de la commune mal desservie par une ligne de bus, n'était pas une bonne idée, même si tous s'accordaient sur la beauté de l'endroit. Au demeurant, la propriété n'avaient ni gaz, ni électricité. 

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    La propriété au moment de son achat dans un reportage du Courrier de Saint-Nazaire publié le 07/12/1929.

     

     

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    Intérieur de la chapelle en 1939. (Carte Postale éditions Rosy.)

     

     

    Plusieurs projets furent discutés, le premier, dit " projet A " consistait à l'ajout d'une aile à la villa, le second, " projet B ,  prévoyait de construire en plus un vaste complexe de bâtiments construits en paravent face à la côte.

     

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    projet A, (réalisé). (Archives départementales).

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    Projet B, (Archives départementales).

    1 = villa ; 2 = aile réalisée.

     

    Ce fut le projet A qui fut réalisé, par l'ajout à la villa une aile pour les patients. L'entresol de la villa fut adapté aux services, et les niveaux supérieurs devinrent le logement du directeur. Le balcon en bois découpé de la tour fut remplacé par un balcon en ciment avec escalier ; la fenêtre du troisième étage de la tour fut retaillée en ogive, et l’ensemble fut enduit de ciment peint en blanc. Il est à noter que jusqu'à la guerre, le logement servait uniquement durant les périodes d'été, comme résidence secondaire de l'économe de l'hopital... En effet, Gavy étant à 4km du centre ville, et 3km de Saint-Marc, et l’absence d'un ligne de bus régulière, firent que son utilisation comme logement à l'année ne convenait pas à une famille.

    Ce n’est que le 30 avril 1939 que l’inauguration eut lieu.

     

     

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    Les bâtiments en 1939, (Carte Postale éditions Rosy).

     

    Occupé par les Allemands durant la guerre, puis par les troupes française, les bâtiments furent restitués en septembre 1945 à la municipalité. Après une remise en état des lieux, effectuées par 180 prisonniers allemands, Henri Allanet, ancien économe devenu directeur, à qui l'on doit entre autre la reconstruction de l'hôpital de saint-Nazaire, y installa l'ensemble du service chirurgicale de la ville, toujours en collaboration avec les Filles de la sagesse. C'est sœur Gustave, (née Anne-Marie Barreteau), qui en assura la gestion. Trois chirurgiens y officiaient : Jagot, Gentin, et Delouche.

    Henry Allanet emménagea dans l'apparentement de fonction avec sa famille, au grand dam de son épouse qui se plaignait de l'isolement géographique du site (Cf. " Henri Allanet, un citoyen du XXe siècle ", de Pierre H. Allanet). Ils y restèrent jusqu'à la construction de leur maison square des Acacias, actuellement square Henri Allanet.

    En janvier 1947, le Centre chirurgicale de Gavy était équipé de 90 lits. En décembre de cette année, la ministre de la Santé, Germaine Poinso-Chapuis, vint visiter les installations hospitalières de Saint-Nazaire. 

    En 1951 il comportait 100 lits.

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    Salle des malade du centre Chirurgicale en 1939. (Carte Postale éditions Rosy.)

     

    A la suite de la construction d'un nouvelle hôpital, inauguré en 1960, le Centre chirurgical fut déplacé, et Gavy devient un institut de formation en soins infirmiers en 1961 après de nouveaux travaux de transformation. L’inauguration eut lieu en septembre 1962 et l'enseignement débuta avec 30 élèves en formation de 3 ans.

     

    (Remerciements particuliers à monsieur S. Paquet pour le complément d'informations.)

     

     

  • Le quartier de Plaisance

     Si vous vous promenez rues Honoré de Mirabeau et Frederic Mistral, vous découvrirez des maisons de style art-déco. Ces maisons sont les survivantes d’un projet urbanistique ayant pour but de loger les familles ouvrières de Saint-Nazaire.

     

    Le lieu d’édification du quartier de Plaisance est l’emplacement des terrains occupés par le Camp N°1 des troupes des États Unis d’Amérique dans le cadre de l’aide armée et matérielle que ce pays apporta à la France en 1917.

    Ce camp était doté de préfabriqués en bois entre lesquels furent tracés des voies goudronnées.

     

    camp-N°1, américains, 1917, saint-nazaire

    Le Camp N°1

     

    Après le départ des Etasuniens en 1922, l’ancien camp, dont on avait démonté les préfabriqués, devint un terrain vague sillonné de routes goudronnées.

     

    Il fut décidé d’y édifier une cité afin de pallier le manque de logements pour les ouvriers de Penhoët et remédier à l’existence des taudis (le mot bidonville n’existait pas encore).

    Le chantier fut entrepris entre 1926 et 1930 autour des voies déjà existantes, ce qui explique que certaines rues ne débouchent pas directement sur les avenues qui bordent les îlots.

    Ce projet fit qu’on projeta la création d’une avenue à travers le Grand Marais (actuel Parc Paysager). Cette avenue, qui devait relier le nouveau quartier à l’avenue de Lesseps, fut nommée avenue de Plaisance, et est actuellement l’avenue François Mitterrand.

    Bien sûr on s’étonna de choisir un endroit aussi éloigné des chantiers, mais la Municipalité n’avait pas la possibilité de lotir décemment à Penhoët, et le choix de Plaisance permettait d’offrir aux familles ouvrières l’électricité, et surtout l’eau courante, un lux dans la Saint-Nazaire d’avant la reconstruction.

    Au demeurant, à l’époque on était au milieu des champs et des prairies, et l’on pouvait voir jusqu’au clocher de l’Immaculée et au château d’Heinlex !

    La construction débuta en 1927 avec six premières constructions où furent loger onze familles.

    Les logements, construits en pierre, au toit en tuiles (presque tous remplacées depuis par de l’ardoise), étaient constitués de quatre pièces et dotés d’une cave et doté de jardinets. Les premiers bâtiments étaient tous identiques. On décida pour éviter une monotonie dépriment que les constructions suivantes seraient d’une autre architecture. Quatre nouveaux bâtiments destinés à six familles furent livrés en 1928. Une troisième tranche de construction eu lieu en 1929 afin d'atteindre le nombre de 31 logements.

    On permit aux familles qui le désirez, d’acquérir ces maisons sous des conditions avantageuses, et l’on proposa des terrains à lotir à la vente à des prix avantageux. L’Abri familiale fut aussi intéressé au projet.

     Enfin, on y créa l’École Jules Ferry, dont les locaux abritèrent le cinéma Cameo.

     

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    Le cinéma Cameo, derrière l'école Jules Ferry, carte postale Rosy.

     

    Plaisance à beaucoup changé depuis l’installation des premières familles en 1927, c’est en 2018 un quartier en mutation, mais au hasard des promenades, vous pourrez y découvrir quelques constructions intéressantes.