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  • Giovanni de Chanaz et Paule de Leslay

    Durant l'entre-deux-guerres, Saint-Nazaire et la Côte d'Amour se régalaient des aventures de deux membres de la Café Society, (ancêtre de la Jet Set) : Giovanni de Chanaz et Paule de Leslay,

     

    Le comte Giovanni de Chanaz, ou plus exactement Jean-Pierre Muffa de Saint-Amour de Chanaz, des marquis de Chanaz, naquit à Rome en 1892 dans une famille très fortunée appartenant à la noblesse savoisienne, anoblie en 1732, qui avait acquis la seigneurie de Chanaz le 12 juillet 1746. Son père, Victor, était colonel au 9e régiment de bersagliers, (unité d'infanterie légère), chevalier des Saints Maurice et Lazare ; sa mère, Marie-Elisabeth Wilson, était écossaise.

     

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    (Sources : Armorial et nobiliaire de l'ancien duché de Savoie, Amédée de Foras, 1863)

    Armoiries de la famille Muffa de Saint-Amour de Chanaz : écartelé aux 1 & 4 d 'azur au lion couronné d'or ; aux 2 & 3 de gueules à trois tètes de loup d'argent. Cimier : un lion d'or issant. Tenants : deux hommes en armes tenant leur bouclier posés sur la terrasse ; Cri de guerre : FORTITI'UO.

     

     

    Ingénieur diplômé, il s'illustra durant la guerre en créant une vedette lance torpille avec laquelle il réussit à couler un croiseur autrichien, ce qui lui valut la médaille de la couronne d’Italie. Les Chantiers de la Loire lui firent un pont d'or à l'armistice pour qu'il vienne travailler chez eux. Il s'établit à Nantes, au 9 rue de Gresset, mais avait un pied-à-terre à Saint-Nazaire. Les Chantiers de la Loire en firent leur ingénieur en chef, et lui confièrent la réalisation des vedettes à destination de la Marine Nationale, soit neuf modèles, (trois de 15 m et cinq de 11 m et une de 18 m 10), jusqu'à la seconde guerre mondiale.

     

    Passionné de vitesse, il acquit une moto de course, avec laquelle il fit des compétitions, qu'il remportait régulièrement, notamment en juin 1929, à Beaufort-en-Vallée, sur une moto de 350 cm3 avec laquelle il monta à 137 km/h 404, ou encore le gymkhana motocycliste de Nantes auquel il participa le 7 juillet 1929, sous les couleurs du Centre Maritime de Nantes. Il concourait aussi à différent rallyes à bord d'Alfa-Roméo qu'il changeait régulièrement.

     

    Ancien officier de l'Armée italienne, il était directeur de la zone ouest des anciens combattants italiens, ce qui faisait qu'il était présent à tous les événements de la fédération des anciens combattants, et fréquentait assidûment les hauts représentants de l’État italien en France, ainsi que du Parti Fasciste dont il fut rapidement membre. A Nantes et Saint-Nazaire, il était de toutes les mondanités du consulat, et se lia rapidement avec Enrico Marenesi, ancien officier qui s'illustra durant la guerre, qui reçut l'exequatur de consul de troisième classe d'Italie à Nantes en août 1928.

     

     

    C'est Enrico Marenesi, qui, durant une réunion mondaine à La Baule, lui présenta Paule Fercoq du Leslay de Keranguevel, une jeune femme née le 12 décembre 1895 à Jemelle près de Namure, issue de la vieille bourgeoisie bretonne, dont le père, chef de bureau à la Banque de France, usurpait le titre de vicomte. Son grand-père, Emmanuel Fercoq avait obtenu le 16 décembre 1851 d'ajouter à son patronyme celui de sa mère1.

     

    Paule du Leslay était une célébrité du monde sportif. Elle avait gagné le lancer du poids et le 60 m durant les premiers championnats de France d’athlétisme féminin organisé au stade Brancion à Vanves le 15 juillet 1917. Le 07 juillet 1918, durant les championnats de France au Stade Jean Bouin, elle remporta le saut en hauteur avec 1,29 m, ce qui fut record de France, se classa 3ème du 80 m et 2ème du 83 m haies, 4ème du saut en longueur sans élan (2,19 m) et 3ème du lancement du poids deux bras additionnés (12,09 m : 6,25+5,84). Elle renouvela son titre de championne de France de saut en hauteur avec 1,32 m, le 29 juin 1919, et avec 1,37 m en 1920. Elle arrêta la compétition suite à une blessure le 11 juillet 1920, durant les championnats de France F.S.F.S.F qui eurent lieu au stade Élisabeth à Paris2. C'était aussi une excellente cavalière. Dès 1918 elle tenait une chronique sportive, « Sports et femmes », dans la revue L'Auto. Pour Giovanni, Paule était la femme idéale, sportive et indépendante.

     

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    Paule en 1918

     

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    La mort du consul d'Italie au large de Saint-Nazaire :

     

     

    Le 1er septembre 1929, à la fin des régates de La Baule, les Chantiers de La Loire proposèrent à des notables et leurs familles de rentrer à Saint-Nazaire à bord des quatre vedettes, dont la toute nouvelle 112. Le consul d'Italie accepta, mais il demanda plusieurs fois si cela n'était pas dangereux. Giovanni de Chanaz, et monsieur Pinczon sous-directeur des Chantiers de Penhoët, le rassurèrent. Montant à bord de la 112, il décida de rester sur le pont, avec monsieur Pinczon, pendant que son épouse, sa nièce Ninetta, le secrétaire du consulat Faleschi, madame Pinczon, et Paule, allèrent dans la cabine avec Giovanni. La mer était agitée, la vedette n'allait pas à très grande vitesse. Vers 19h30, au large de Chemoulin, la vedette rebondie sur la crête d'une vague de fond particulièrement forte, elle retomba presque droite. Monsieur Pinczon et le consul Enrico Marenesi furent projetés à l'eau. Si Piczon eut la présence d'esprit de se débarrasser de son veston et de placer entre les dents son portefeuille plein de croquis pour regagner à la nage le bord de la vedette, accomplissant une sorte d'exploit malgré ses 70 ans, Enrico Marenesi, qui avait été ballotté de tribord à bâbord comme une boule de flipper entre les rambardes, flottait à l'envers entre les vagues. Giovani sauta à l'eau pour le récupérer, mais il était trop tard. Le consul avait fait un arrêt cardiaque du fait de sa frayeur. On tenta de le ranimer à bord de la vedette, et on accosta sur la plage de La Courance d'où il fut embarqué dans une ambulance en direction de l’hôpital.

     

    La mort du consul causa un grand émoi. On lui rendit un hommage fastueux pour ses funérailles. Un pavillon de l'hôpital fut transformé en chapelle ardente, couverte de voiles noirs et aux couleurs de l'Italie, de fleurs, de cierges. En grand uniforme, l'épée au côté, son corps fut présenté à la foule qui vint s'incliner. La mise en bière eut lieu le 2 septembre à 21 h en présence de monsieur Cantoni Marca, premier secrétaire de la délégation italienne arrivée de l'ambassade à Paris.

    Le 4 septembre 1929 eurent lieu les funérailles dans un faste jamais vu jusqu'alors à Saint-Nazaire. Tous les consulats de la ville avaient leurs drapeaux en berne. Le chapeau de gala et épée de consul avaient été posés sur le cercueil, il fut levé par des marins du vapeur italien Tropico qui stationnait au port pour réparation ; un aspirant de la marine porta sur un coussin les six décorations du défunt, entouré des drapeaux des anciens combattants italiens et fanions fascistes. Le deuil fut conduit par la veuve du défunt, sa nièce Ninetta, et son frère Manion qui était arrivé de Florence. Le lieutenant Boulet fut délégué à la tête d'un peloton de vingt-cinq gardes républicains.

    Étaient présents dans le cortège : le sous-préfet de Saint-Nazaire Bütterlin en tenue ; le chef de cabinet du préfet de la Loire-Inférieur ; les secrétaires de l’ambassade d'Italie à Paris, avec une délégation d'anciens officiers de la Grande Guerre ; le doyen et les consuls de Nantes ; Luis Valdes Roigt doyen des consuls de Saint-Nazaire et consul de Cuba ; Argimbaud, consul du Mexique ; Maurice Carré, vice-consul du Venezuela ; Ducs, consul de Grèce ; César Flores Blanco consul du Pérou, Arthur Raffin vice consul du Royaume-Uni ; Auguste Bellan, vice-consul de Norvège ; l'état-major et l'équipage du Tropico ; les délégations italiennes de colonies de Nantes, Couëron et de Saint-Nazaire,  ; le capitaine de frégate Gustave Théry ; le lieutenant de vaisseau Mahélas, les ingénieurs des Chantiers de la Loire ; Giovanni de Chanaz ; madame Pinczon, (monsieur étant souffrant depuis l'accident) ; Béliard, procureur de la République à Saint-Nazaire ; le capitaine Panat, des douanes, accompagné de son lieutenant ; le commissaire central Duboscq ; le commissaire spécial Lacroix et ses inspecteurs ; Gaudry commissaire du 2ème arrondissement qui a mis son écharpe ; l'adjudant Bouron et les gendarmes de la caserne de la rue de Pornichet ; le brigadier Marchand et un groupe d'agents de police municipal ; messieurs Morisseau, Pogu, Despers, de la fédération des anciens combattants, de l'U.N.C., sous la direction de leur président, monsieur Broussard ; les frères d'armes du Bastion, des médaillés militaires coloniaux, des poilus d'Orient, des mutilés, des anciens prisonniers de guerre, des vétérans, etc.

     

     

    Après une cérémonie de trois quarts d'heure en la chapelle de l’hôpital, les cordons du poêle furent tenus par le sous-préfet, le doyen des consuls de Saint-Nazaire, le chef de cabinet du préfet, le premier secrétaire de l'ambassade d'Italie, les doyens du corps consulaire de Nantes, et Giovanni de Chanaz au titre de délégué du commandeur Pietro Parini, secrétaire du Fascio de Rome. Le cercueil fut déposé provisoirement au reposoir du cimetière de Toutes Aides sous les saluts fascistes...

     

    Ce déploiement fasciste peut surprendre, mais il faut retenir que l'Italie, même fasciste, était l'alliée de la France, et que le déploiement policier était tel qu'il n'y eut pas la possibilité de manifestations anti-fascistes. Cependant, même si la presse couvrit avec de longs articles la cérémonie, ce fut en pages intérieures, et il n'y en eut aucune photographie.

     

     

     

    Le comte et sa comtesse :

     

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    De droite à gauche : Paule, sous la fléche, Giovanni derrière elle,

    et la romancière Alexandra Pecker qui était la meilleure amie de Paule.

     

     

    Rapidement Paule et Giovanni décidèrent de vivre en couple à Saint-Nazaire. Giovanni y fit construire une maison sur le remblai, au 3 boulevard Albert Ier, demeure de style Art Déco qui subsiste, dotée d'un garage.

     

    Tout le monde les pensait mariés, mais en réalité ils n'étaient que concubins. Dans leur vie publique autant que privée, ils étaient le comte et la comtesse de Chanaz. On les voyait partout, que ce soit au 7ème grand prix automobile de La Baule le 13 septembre 1931, auquel Giovanni participa avec son Alfa Romeo 1750 CMC, où il fit « une bonne performance » ou à la mise en eau de la forme écluse Joubert le 16 juin 1932. Giovanni couvrait de bijoux et de fourrures Paule, qu'elle portait sans autre chose que son maquillage quand ils étaient chez eux, lui valant le surnom de « comtesse nue ».

     

    Giovanni fit particulièrement parler de lui en décembre 1933 quand il présenta la vedette B-10.

     

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    La Vedette B-10 aux Chantiers de La Loire, Ouest France, 24 décembre 1933

     

    Armée de deux lance-torpilles, mue de deux moteur Lorraine-Diétrich de 1,000 chevaux chacun, la vedette B-10 faisait 24 tonneaux de jauge, mesurait 18 m 10 de long, pour 4 m 86 de large, était dotée de trois quilles, d'un gouvernail double, deux hélices, d'éclairage et d'une TSF sur une dynamo qui alimentait aussi une batterie pouvant en cas de panne de carburant prendre le relais de l'alimentation des moteurs. Elle avait 350 milles de rayon d'action pour une vitesse horaire de 49 nœuds. Il avait réalisé les plans en moins de deux ans pour la Marine Nationale qui en avait fait commande. Les tests avaient lieu dans l'estuaire, pour la plus grande joie de la population qui voyait fendre à toute allure entre deux ailes d'écume une production innovante pour laquelle la Paramount avait envoyé un cameraman le 16 janvier 1934.

     

    La vedette B-10 quitta Saint-Nazaire le l5 septembre et gagna Brest en 4 heures malgré une forte houle ; elle gagna Saint-Malo en 5 heures le lendemain, et arriva à Cherbourg le 7 septembre pour être remise à la Marine Nationale.

     

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    Giovanni en décembre 1933

     

    Du point de vue personnel, la réussite n'était pas la même pour Giovanni. Il se refusait toujours d'épouser sa maîtresse. Devant les menaces de rupture, il lui céda le 20 juin 1934, par acte authentique la propriété de la maison du 3 boulevard Albert 1er à Saint-Nazaire, avec son mobilier, (uniquement des meubles bretons anciens et des tapisseries du 18ème siècle). Par ailleurs il lui offrit la somme de 96,750 fr, et une rente annuelle de 24,000 fr.

     

    Le 15 avril 1934 Paule partit en voyage ; la légende raconte qu’elle avait trouvé une carte autrichienne ancienne qui laissait en blanc une partie de l’Albanie, non cartographiée. Elle se piqua d'aller explorer la zone, et obtint un contrat avec la revue L'Illustration. Elle décida de partir à l'aventure dans ce pays dont elle parcourut les plus hauts sommets à cheval accompagnée d'une escorte, armée d'une carabine en bandoulière et d'un revolver à la ceinture, une boussole en poche et un appareil photographique appendu autour du cou. L'Albanie avait alors des liens particuliers avec le gouvernement italien qui finançait son développement. Les relations de Giovanni au sein du parti fasciste furent utiles. Le voyage devait durer un mois... elle partit deux ans, parcourant l'Albanie, la Yougoslavie, la Grèce et la Turquie, enivrée par l'aventure qu'elle détaillait dans de longues lettres adressées à Giovanni.

     

     

    Mais pour Giovanni, les lettres ne comblaient sa solitude. Il finit par rencontrer une Hongroise nommée Szivine, qui se faisait passer pour une princesse russe. Il l'installa chez lui à Nantes, et tout le monde la prit pour sa nouvelle épouse ! D'ailleurs il la présenta comme telle partout comme il l'avait fait avec Paule.

     

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    Giovani et la " princesse " Szivine désignée comme comtesse de Saint-Amour de Chanaz au concours d'élégance automobile de Cannes de mars 1939, publié dans « L'Automobile sur la Côte d'azur : organe officiel des automobiles-clubs de la Côte d'azur ».

    (la voiture est une Delahaye 135  versions « client » de 1938, dite 135 MS sur lequel est monté le moteur utilisé en course à trois carburateurs, de 120 chevaux, carrossée par Figoni, un modèle semblable est visible ici : http://www.montesquieuvolvestre.com/article-voitures-de-legende-xx-delahaye-135-competition-court-figoni-falaschi-coupe-56143276.html ).

     

    Giovanni décida de vider la maison du boulevard Albert 1er. Il expédia le mobilier au garde meuble le 17 novembre 1936 chez Lemarier. Il offrit les fourres à sa nouvelle maîtresse, dont un vison d'une valeur de 19.000 fr, et le contenu de la bibliothèque à son ami monsieur Humphry qui habitait Savenay, livres qui comportaient en ex-libris le monogramme de Paule.

     

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    Ex-libris monogramme de Paule du Leslay.

     

     

    Quand Paule rentra à Saint-Nazaire en mars 1937, elle trouva la maison vidée de son mobilier, de l'automobile. Elle fit constater par huissier le 6 avril 1937 les faits et réclama ses biens. Giovanni lui expédiât des vêtements, devenue hardes du fait de leur mauvaise conservation, à son domicile parisien du 45 rue Frederick-Lemaître à Paris. Après diverses tractations une partie du mobilier lui fut livrer à l'appartement qu'elle louait au 20 rue Fréderick Lemaître à Ménilmontant. le 12 novembre 1937.

     

    On porta l'affaire devant le tribunal civil de Saint-Nazaire. Giovanni espérait que le juge annulerait ses libéralités, en argumentant que la donation reposait sur une clause immorale. Paule se porta partie civile et fut défendue par maître Grimaud assisté de maître Vincent, du barreau de Nantes. Giovanni choisit comme avocat une célébrité, maître Vincent de Moro-Giafferri, le défenseur de Landru, de Caillaux, de l'épouse d'Alexandre Stavisky, et du tueur en série Eugène Weidmann, et qui avait été sous-secrétaire d'Etat à l'enseignement technique durant quelques mois au gouvernement Herriot.

     

    Maître de Moro-Giafferri descendit au Grand Hôtel le 1er décembre 1937 pour défendre les intérêts de son client. Sa célébrité fit qu'on en parla dans le journal, et que l'affaire entre Giovanni et Paule devint publique... Et cela dura des années ! Le grand final eut lieu le 29 juin 1939, dans une salle pleine. Le déballage public fut lamentable. On fit défiler les témoins qui racontèrent chacun à leur tour ce qu'ils savaient de la relation des deux anciens amants. Maître de Moro-Giafferri prétendit que son client avait été ruiné par Paule, ce qui était faux et fit rire, car tout le monde savait le train de vie de Giovanni. La plaidoirie dura jusqu'à 18 h 45 ; elle avait duré deux heures, avec une pause de 15 minutes, car la « princesse » avait fait une crise de nerfs au début de la plaidoirie de Moro-Giafferri, ce qui amusa là encore beaucoup la foule présente.

    Le 13 juillet 1939 Giovanni fut condamné par le tribunal civil de Saint-Nazaire à 6 jours de prison avec sursis, et 55.000 fr de dommages et intérêts.

     

    Il fit appel devant la cour de Rennes. Le 31 janvier 1940 ont représenta l'affaire, toujours en présence des journalistes. Le 7 février 1940, la cour d'appel de Rennes annula les 6 jours de prison avec sursis, mais pas les dédommagements.

     

     

    Giovanni de Chanaz regagna l'Italie après les bombardements qui anéantirent Saint-Nazaire, peu avant que le pays se divise entre le Royaume du Sud et la République de Salò, Nous ignorons dans l'état actuel de nos recherche son devenir.

     

     

    Paule du Leslay ne revient jamais à Saint-Nazaire, elle vendit sa maison du boulevard Albert Ier et acquit une ferme au lieu-dit Borderune à Belle-Île-en-Mer. Durant l'occupation, elle devint l'amante d'un officier allemand qui lui payait son loyer parisien. Elle échappa à l'épuration en se faisant tatouer un numéro sur l'avant-bras comme les déportés. Elle s'attira les faveurs des troupes étasuniennes dont elle endossa l'uniforme de lieutenant et fut un temps speakerine à la radio étasunienne à Vienne. Revenue rapidement à Paris, elle recevait beaucoup la nuit. Le matin vers 10 heures, elle partait pour le bois de Boulogne à vélo. Son passé la poursuivit pourtant, et sa mort fut mystérieuse. Le 26 mars 1948, elle annonça à la concierge de l'immeuble qu’elle partait séjourner chez des amis au château de Courgis dans l’Yonne. Le lendemain un locataire prévient la concierge « ça sent le gaz à l’étage de la comtesse ». On ne s’alerta pas. Le locataire continua de se plaindre de l'odeur, et finit par regarder par le trou de la serrure de Paule. Il s'aperçut que la clef était à l’intérieur. Le vendredi 29, on fit venir la police et les pompiers. Paule gisait nue, maquillée et parée de ses bijoux, dans la salle à manger, une casserole de cuivre à la main. Aucun désordre, pas de trace de violence, mais sur la table deux tasses vides dont une portait des traces de rouge à lèvre. On conclut au suicide. Paule avait confié à sa meilleure amie, la romancière Alexandra Pecker : « Si un jour je n’ai plus d’argent il me reste le compteur à gaz ! » On l'inhuma le 5 avril 1948 à Pantin.

     

     

     

     

     

    Remerciements particuliers à Béatrix Guillet sans qui les recherches sur ce couple n'auraient pas été approfondies.

     

    1 Les Ferocq relevèrent les armes des du Leslay de Keranguével : d'argent, au lion d'azur, armé, lampassé et couronné de gueule.