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  • Les remparts des Saint-Nazaire

     

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    Saint-Nazaire, nous l’avons répété plusieurs fois sur ce blogue, a statut de ville depuis le 14ème siècle. Ce statut a pour origine l’existence de fortifications sur le rocher où se trouvaient l’église primitive, (connue au 19ème siècle comme chapelle Notre-Dame d’Espérance[1]), et la première agglomération. L'emplacement était déjà doté d'un point de surveillance fortifié depuis longtemps, car les chroniqueurs disent que le roi Waroch y avait déjà un fort au 6ème siècle, ce qui n'est pas impossible car des tours de guet avec une palissade entourant une cour émaillaient la côte depuis l'Antiquité, et il nous reste encore à Saint-Marc, sur la Colline du Château, les traces de l'une d'entre elles.

    On sait par des archives que les vicomtes de Donges, premiers seigneurs de la paroisse de Saint-Nazaire, partageaient l’entretien des murailles de la ville avec leur vassaux, les seigneurs d’Heinlex, (seigneurie fondée en 1330)[2], et les seigneurs de Marsain, (seigneurie fondée avant 1365[3]). Les possesseurs de ces deux seigneuries reçurent en retour des fiefs à l’intérieurs de l’enceinte. Ces fortifications étaient augmentées d’une tour résidence pour les Vicomtes de Donges, puis leurs successeurs, les Vicomtes de Saint-Nazaire[4] ; celle-ci se trouvait à l’emplacement de l’esplanade au bordant au Nord-Ouest l’anse d’échouage au pied du Vieux Môle.

    La fortification de la première agglomération fut une nécessité en raison de la guerre débutée en 1337, nommée depuis « Guerre de Cent ans ». La Bretagne n’échappa pas au conflit, d'autant qu'elle fut elle-même de 1341 à 1364 secouée par la Guerre de succession. Saint-Nazaire, occupé par les troupes françaises de Charles V et d'Olivier de Clisson, fut attaqué par les troupes anglaises, qui incendièrent l’église, déclarée en ruine en 1373. En 1379, peu après le siège de Guérande par Olivier Clisson, que la garnison guérandaise mit en fuite et poursuivit jusque dans ses terres de Blain, la flotte castillane tenta une entrée dans l'estuaire de la Loire et attaqua Saint-Nazaire. La bannière ducale, nous disent les chroniques, flottait au sommet de la tour des Vicomtes, et le capitaine des garde-côtes de la paroisse, était Jehan d'Ust[5]. Avec ses hommes il défendit la cité, (les chroniques parlent de Chastel ou château de Saint-Nazaire, mais qu’on ne s’y trompe pas, cela désigne l’ensemble de l’enceinte, comme on le constate dans les textes désignant Guérande). Devant la résistance de la garnison et des habitants, l'amiral envoya un écuyer auprès de Jehan d'Ust afin de négocier, et lui proposa d'envoyer un représentant auprès de l'amiral. Jehan d’Ust envoya son lieutenant, Jehan de Heinlex pour négocier auprès de l'amiral. L'écuyer castillan avait charge d'observer la place, Jehan d'Ust le savait, mais, nous disent les chroniques, comme il ne craignait rien, il renvoya très courtoisement l'otage au retour de Heinlex, qui n'avait rien conclu de son côté. L'écuyer castillan retourna faire son rapport, qui fit perdre l'envie à l'Amiral d'attaquer Saint-Nazaire. En effet les Castillans étaient affamés, et se trouvaient face aux Bretons retranchés dans leur ville pleine de vives. L'amiral castillan envoya deux galères remonter la Loire jusqu'à Nantes, devant laquelle elles pavoisèrent avant de redescendre dans l'estuaire. Il chercha à poser pied à la pointe de Chemoulin où ils furent repoussés par Guillaume du Chastel et ses archers, il tenta un autre débarquement dans la presqu'île de Rhuys, mais Jehan de Malestroit et ses lanciers le mirent en fuite.

    La ville état donc entourée de murs défensifs, en maçonneries côté estuaire, avec des tours, et un donjon seigneurial ; côté terre, face à l’espace dunaire qu’il fallait stabiliser avec des épieux et dont il fallait se protéger en raison du sable envahissant tout à chaque tempête, les murs étaient accompagnés de palissades et remblais.

    Il n’y a jamais eu d’étude de ces fortifications, on peut uniquement faire des observations à travers les photographies et les dessins réalisés au 19ème siècle, qui laissent supposer une emprise sur la roche de maçonneries d’une épaisseur moyenne de 80 cm, comme celles encore observables de la ville d’Antibes, remblayées par l’arrière pour constituer une terrasse au-dessus de l’eau, avec une série de tours carrées ou arrondies, et une structure en bois, comme dans tous les ensembles défensifs de l’époque, coiffant le haut des murs, afin de protéger les gardes des intempéries.

    Ces murailles furent peu à peu arasées, à commencer par le donjon résidence des Vicomtes, laissé à l’abandon après la Guerre de cent ans, qui fut remplacé en 1380 par une nouvelle église, dite au 19ème siècle « Vieille Eglise »[6].

    L’absence de conflits, la modernisation de l’artillerie, rendirent obsolètes les murailles de Saint-Nazaire. A la Révolution elles furent rabaissées côté estuaire, percées de portes pour permettre l’accès à l’eau aux particulier vivant dans les habitats urbains mitoyens, et supprimées coté terre. Ce que nous en connaissons par l’intermédiaires des photographies ne sont en réalité que les subsistances de ses murailles. La seule construction militaire qui sera à nouveau constituée sur ces vestiges, fut une batterie en arc, à la pointe, sur ordre du Consul Bonaparte, afin de protéger l’entrée de l’Estuaire.

     

    Sur cette photographie du chantier de construction du Quai des Marée, prise le 23 février 1899 par Théo Prat[7], on peut observer ce qui restait des fortifications avant qu’elles soient enterrées.

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    Cette photographie nous montre aussi les habitations, dont un manoir urbain qui servit de logis au Sénéchal de la Vicomté, identifiable par sa tour d’escalier, mais aussi la maison natale d’Alexandre Auffray, au bout, près du Môle, et la maison où Charles Beilvaire passa une partie de son enfance. Parmi les personnes, on remarquera les femmes portants coiffe bretonne ; et au milieu des ouvriers, avec barbe et chapeau melon, René de Kerviler, à qui l’ont donna le nom à ce quai durant une courte période de l’entre-deux-guerres-mondiales.

     

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    Au cours du mois de juin, on procéda à la réalisation d'un égout, dont les prises de vues nous permettent de voir d'autres aspects de la muraille.

     

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    Au cours du mois d'octobre 1898, on procéda à la démolition de la batterie construite sur ordre de Bonaparte.

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    Ajouton que la maquette réalisée en 1985 par monsieur Charles Busseneau, aujourd’hui conservée à l’Eco-Musée, est une parfaite reconstitution de la Vieille Ville en 1895, et figure avec exactitude les murailles.

     

    Les murailles du côté de l’Estuaires sont donc enterrées dans une zone qui comprend la résidence Callao la rue Hyppolite Durand et les hangars du quai des Marées, et leur redécouverte va probablement avoir lieu avec les travaux envisagés par le Grand Port pour la mise en valeur et le développement du site. La DRAC devra en effet intervenir pour des fouilles archéologiques.

     

    [1] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/02/04/ancien-chapelle-notre-dame-d-esperance.html

    [2] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/06/14/le-chateau-de-heinlex.html

    [3] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/07/04/es-seigneur-et-barons-de-marcein-1365-1660.html

    [4] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/07/04/genealogies-des-vicomtes-de-saint-nazaire-1466-1660.html

    [5] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2012/07/03/je.html

    [6] http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/02/05/la-vieille-eglise-6126779.html

    [7] Théophile Prat, (Candes-Saint-Martin 29 mars 1873 - 26 avril 1956 Saint-Cyr-sur-Loire), photographe professionnel établit à Nantes, il quitta cette ville pour s’établir à Saint-Nazaire en août 1900, après avoir repris l’atelier d’Auguste Guéranne au 67 rue de Nantes. Il arrêta son activité en 1914. Théo Prat est le père du sculpteur nazairien Roger Prat, dont la Ville possède le fond d’atelier.