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Et nous traversions le Brivet à dos de chameau…

Connaissez-vous le Chameau de Méan ? Les vieilles familles de Donges, Trignac et Saint-Nazaire s’en souviennent, et plus encore celles de Méan. Non, vraiment ? Il vécue pourtant longtemps, deux-cents-ans. Oui, à Saint-Nazaire les chameaux vivent vieux s’ils évitent les crocodiles[1]. C’est en raison du bon air de l’Estuaire…

 

Alors, ce chameau ? Non, il n’est pas un cadeau du sultan Mahomet Bol Ier du Petit-Maroc, il était déjà là bien avant la visite de sa majesté en juillet 1930[2]

De ce chameau, il en reste la tête et la queue sur les rives du Brivet, coincées entre la quatre-voies, le pont Henri Gautier et la rue de Trignac. Oui, vous y êtes, il s’agit du vieux pont de Méan, qu’on surnommait « Le Chameau », quoique le quadrupède à robe jaune fut en réalité un dromadaire, ce qui provoqua longtemps des divergences entre zoologues méanais.

 

pont-mean, batillat

Le pont de Méan, bois d'André-Laurent Batillat, 1934.

 

Il y a un pont à cet endroit depuis l’antiquité. La voie romaine passait par là. Ce fut durant des siècle un pont de bois qui appartenait à partir de l’époque médiévale au vicomte de Donges, (Méan n’est devenu nazairien qu’au 19ème siècle). Jusqu’à la Révolution il fallait payer un droit de passage, en échange le Vicomte prenait à sa charge l’entretient du pont, ce qui n’était pas toujours fait, ou bien fait… Un jour de foire à Saint-Nazaire en avril 1713, deux bœufs liés ensembles passèrent à travers le tablier. Une banque avec deux pêcheurs passait à ce moment-là sous le pont. L’un des hommes se noya. Le vicomte de Donges, René de Lopriac, marquis d'Assérac, refusa de payer les réparations. Les Méanais ne pouvaient plus passer sans faire un grand détour pour se rendre à Montoir dont ils dépendaient. Méan avait sa propre chapelle depuis le 17ème siècle[3], dédiée à Saint-Joseph, mais le chapellin ne résidait pas sur place, si bien que l’essentielle de la vie paroissiale fut réorientée vers Saint-Nazaire. Entre avril 1713 et novembre 1740, on baptisa les petits Méanais à Saint-Nazaire « en raison de la mauvaise situation du pont de Méan ».

Les États de Bretagne furent saisis du dossier à la demande du Général de fabrique de Saint-Nazaire en octobre 1738. Le procès-verbal de la séance du 5 octobre justifia la présentation du problème devant la plus haute instance du Duché ainsi : « vu que l’on n’y peut passer sans risquer sa vie, dans l’état qu’il est ».

Guy-Marie de Lopriac, le nouveau vicomte de Donges, ne voulant plus contribuer à l’entretient ni à la reconstruction du pont, perdit ses droits seigneuriaux, et ce fut l’État breton qui finança la réalisation du nouveau pont. Il fut achevé vers 1745. Trois arches, (largeur de droite à gauche : 13 m 30 ; 11 m 35 ; 11 m 35), celle du centre plus haute, pour permettre la circulation des bateaux, le profil en chevron.

pont-mean, Saint-Nazaire

 

Au sommet de l’arche principale, faisant face à l’estuaire, une petite niche surmontée d’une croix contenant une statuette de la Vierge fut taillée.

pont-mean, Saint-Nazaire

La niche avec la croix, article du Courrier de Saint-Nazaire du 21 janvier 1939.

 

L’arche de la rive gauche fut détruite en décembre 1793 à la veille de la bataille de Savenay par les troupes de Canclaux afin d’empêcher le retrait par Saint-Nazaire de l’Armée catholique et royale. Canclaux fit aussi arracher le pavage et la chaussée sur 13 m. Pendant cette opération, il fit traverser ses canons et munitions à bord d’un navire nomme Jean Bart.

En janvier 1794, sous la direction de l’ingénieur Hervoüet, l’entrepreneur Deniaud reconstruisit l’arche. Cela couta 1.100 livres et les travaux furent achevés le 21 juillet 1794.

 

En 1929, en raison de l’augmentation de la circulation, du nombre des voitures qui arrivaient en trombe dans le virage en venant de Saint-Nazaire, on se décida pour réaliser une nouvelle voix d’accès avec un pont large et droit, mais le projet fit long feu. En août 1936 on discutait encore. Les devis s'accumulèrent; on songea à réaliser des déviations en logeant la voie ferrée et faisant passer les voitures par le centre ville et le boulevard de l'Océan, ou encore par le boulevard Victor Hugo.  Les montant allaient de 7.200.000 frs à 9.500.000 frs, car il fallait acquérir des terrains en plus de la réalisation de routes nouvelles. On continua d'en discuter si bien, que le 14 juillet 1939, le Tour de France passa sur le pont de Méan toujours en fonction, et en « gravit la bosse ».

pont-mean, Saint-Nazaire

 

Le 18 juin 1940, afin de retarder les Allemands, et permettre la sortie d’un autre Jean Bart, cuirassé en construction aux Ateliers et Chantiers de la Loire à Penhoët, les marins dynamitèrent l’arche central du pont. Depuis, il ne reste que la tête et la queue du chameau et on attend toujours le bon vouloir de la Municipalité pour la mise en valeur des ruines et de leurs abords.

 

 

 

[1] Le crocodile de Sautron : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2019/03/06/et-le-crocodile-de-sautron-fit-s-echouer-les-navires-sur-le-6133822.html

[2] Le Sultan du Petit-Maroc : http://saint-nazaire.hautetfort.com/archive/2018/07/22/le-petit-maroc-histoire-d-un-nom-6067779.html

[3] La chapellenie avait été fondée par la famille Deniaud pour l’un de ses fils, entré en Religion.

Commentaires

  • Très intéressant .merci

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