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  • Le monument de 1870

    A la croisée des rues (Georges de) Villebois Mareuil, de Santander et du boulevard du président Wilson, se trouve une statue dont peu de Nazairiens savent à quoi elle correspond.

     

    En 1910 on prépara la visite du président de la République, Armand Fallières, on s' aperçut que la ville de Saint-Nazaire était l'une des rares municipalités d'importance ne disposant pas d'un monument commémoratif des soldats morts durant les combats de la guerre de 1870. Ce n'était pas rare attendu que cette guerre avait été perdue par la France, et que l'on préféra ne pas en parler durant plusieurs décennies, de plus, Saint-Nazaire étant une ville bretonne qui brassait une population venant de toutes les provinces de Bretagne, le souvenir du camp Conlie et comment Gambetta traita les Bretons, faisaient que toute allusion était mal venue. Cependant en 1910 la politique française était de rendre hommage aux morts de 1870, dans le seul but d'attiser les revendications au sujet de l'Alsace et du nord de la Lorraine dans l'esprit de la population. La statue était offerte par le gouvernement, (en réalité confiée à titre d'usufruit, elle appartient aujourd'hui au Fond national d'Art contemporain),  le maire, Louis Brichaux, accepta au nom de la municipalité le cadeau, et un comité d'érection, composé de monsieur Renaud, président des vétérans, du commandant Gaté, du capitaine des pompiers Sorel, et du commissaire central Parisot de Sainte-Marie, fut nommé. La sculpture fut extraite des réserves des Beaux-Arts, un bronze fort beau du sculpteur René-Philéas Carillon, mais suprême insulte aux Bretons, elle figure un soldat de l'An II, l'un de ces soldats de la République qui massacra la résistance bretonne et royaliste, qu'importe pour la municipalité, elle n'avait d'ailleurs pas les moyens de refuser, cela les aurait tous fait qualifier d'antifrançais, de non-patriotes, qu'importe aussi si la sculpture avait été refusée par toutes les villes à qui elle avait été proposée et attendait depuis dix-sept ans dans les réserves... Il fallut trouver un emplacement, l'entrepreneur lyonnais Aimé Duquaire qui possédait et lotissait le front de mer de l'ancien domaine du manoir du sable offrit une parcelle face à l'océan, très beau cadeau quand on sait qu'il y avait la place pour construire deux maisons semblables à celles encore existantes. La donation fut finalisée le 27 mai 1910, et le nom du donateur devint celui du square nouvellement constitué et entouré d'une grille. Le 10 juillet, le sous-secrétaire d’État à la Guerre, Albert Sarault, vint en grande pompe inaugurer le nouveau monument, le 64e sorti de sa caserne en grands uniformes, on avait convoqué toutes les sociétés de gymnastique de la région pour compléter et animer le défilé, trois-cents enfants des écoles avaient été rassemblés et entonnèrent le Chant des vétérans, suivit de la Marseillaise, quand, à 11h15, le sous-secrétaire tira le voile qui couvrait le monument. Personne ne remarqua que celui-c ne comportait pas les noms des Nazairiens morts durant ces combats, la liste aurait été bien courte, sinon inexistante1. La cérémonie fut suivie d'un banquet de quatre-cents couverts au Casino des Mille-Colonnes. Le 15 septembre le président vient en visite officielle...

     

    Le monument fut rapidement ignoré, la majorité des cartes postales éditées après son érection ne mentionnent que le square, sans commenter sa présence, on l'ignora aussi quand il fut réalisé le monument aux morts de la Première-guerre-mondiale. Pour les Nazairiens, la statue était juste une statue que certains prenaient pour Surcouf ou autres corsaires ! Durant l'occupation allemande, les Nazis voulurent la déboulonner pour l'envoyer à la fonte, ont les en empêcha en leur racontant que c'était la statue du comte de Villebois Mareuil, nantais qui avait participé à la guerre de 1870 mais aussi combattu les Anglais durant la seconde guerre des Boers, acte que les Allemands approuvaient. Ce mensonge sauva la statue. En 2010 la municipalité a fait remettre en état le square et déplacé la statue de quelques mètres, elle l'a aussi orienté en direction de l'océan, alors que jusque-là elle tait orienté en direction du port.

     

     

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    La maison au fond derrière le monument était la résidence d'Aimé Duquaire, elle a été détruite à la fin des années 1960 pour faire place à l'immeuble « Palazzo San Marée ».  

     

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    Le monument à la Libération, (coll. L.O.M.)

     

     

    1 Le général Edmond-Frédéric Rose avait séjourné à Saint-Nazaire pour les recrutements et la formation des bataillons, il y était d'ailleurs resté coincé par une sciatique durant le mois de septembre 1870.