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voyage à antnes

  • En réponse aux nombreux courriels de ce weekend

    Ce blog n’est pas un blog politique, il est consacré à l’histoire de la Ville de Saint-Nazaire, il relate des faits, analyse des événements.

    L’auteur n’a pas vocation à commenter les choix culturels des organismes municipaux, (grand café and co°), des élus morts, morts-vivants, ou en action, même si concernant ces derniers il est possible d’applaudir un heureux choix, d'exprimer un désaccord ou une inquiétude argumentés, bien qu’un échange direct et franc avec les élus a toujours été préféré, autant par l’auteur, que par lesdits élus (majoritairement), malgré que cela dérange parfois leurs collaborateurs qui jouent les  outragés face à quelque chose auquel ils ne sont pas habitués, nommer un chat un chat. Sentiment d'outrage exprimé avec un fond de sentiment de panique parce que, ciel, on peut être très bien informé et instruit des dossiers sans être un intervenant direct, que oui la mairie est une passoire à secrets, que les élus et leur épouse/époux aiment faire me des confidences, (qu’on se rassure je ne répète pas même le dixième de ce qui m’est dit, les histoires de fesses et de crasses n’intéressant pas le public), et que horreur, il semble incroyable que l’on puisse retenir ce que les employés municipaux racontent à chaque niveau de l’échelon et additionner cela pour comprendre ce qui se fait et se prépare. Pire encore, que l’on ait la capacité de comprendre le galimatias des administrations sans être soi-même hors sol, bref être un homo sapiens sapiens, et non un néandertalien armé d’une massue (au demeurant, contrairement à la légende, c’est une cravache qui se trouve dans ma serviette).

    Je me trouve cependant en ce lundi matin, très embarrassé à la lecture des courriels que je relève. Nombre de lecteurs m’ont écrit au cours du weekend après avoir vu passer sur les réseaux le compte rendu de la visite organisée pour les élèves de CM1 et CM2 de l’école Carnot sur le chantier de l’installation en cours de l’ensemble sculpté « Le Pied, le Pull-over et le Système digestif ».

    Répondre publiquement à ces messages c’est à la fois voir la Mairie me bouder parce que je pose le doigt là où ça fait mal, c’est aussi pour les mous du bulbe sans argumentations passer pour un boomer. A vrai dire, le « Cosaque », (mon surnom dans les couloirs municipaux), se contrefout de ces réactions comme de sa première Daimler. Ce poste n’est pas un billet d’humeur, c’est un constat général dont il transparaitra probablement une certaine amertume.

     

    Les Nazairiens, une fois de plus, découvrent un peu tard ce qui se prépare et se réalise dans leur Ville. Ils s‘indignent du coût, expriment un sentiment de « bétonnage de la côte » qui entre en collision avec l’annonce faite le 28 novembre par monsieur Samzun d’une appartenance à « la sociale écologie »[1], un ressenti « d’absurdité » à propos de l’ensemble,  un dégoût à propos d’un « système digestif » qui n’est en réalité qu’un intestin (cela les élèves de CM1 et CM2 qui ont écouté leur cours de sciences naturelles l’ont tout de suite pointé), un dégoût, un choc de voir « trois éléments d’un corps explosé dans un attentat » ; un Nazairien, (dont je salus ici les engagements pédagogiques), m’a souligné dans un échange sur groupe « SAINT-NAZAIRE hier-aujourd'hui » que c’est une « édification à l’endroit même où s’échouèrent, les restes humains, membres, boyaux des 4 à 6.000 marins du Lancastria, bombardé par la Luftwaffe ». Là forcement, il faut être nazairien pour avoir mémoire de ce drame, mais quand on laisse le pouvoir décisionnaire à des gens qui ne le sont pas où pire, qui n’ont aucune connaissance de l’histoire de Saint-Nazaire…

    Les Nazairiens qui m’écrivent à travers la boite courriel du blog sont par ailleurs curieux de savoir si c’est-ce « un monument à la mémoire des victimes de la maladie de Crohn », « de la constipation », « de la coloscopie », à « Woollite » (Woollite aime la laine et Saint-Nazaire aime le béton?), « Mir express », « Procter and Gamble », à « tous les vents », « un message de Nantes qui trouve Saint-Nazaire à chier », ou bien « une anticipation à l’explosion attendu de l’usine Yara qui transformera l’Estuaire en un Beyrouth puissance 10 » ?

    On s’insurge aussi que l’organisation se nomme « Voyage à Nantes, à croire qu’à Saint-Nazaire on n’est pas capable de faire quelque chose ». Le lecteur m’excusera de ne pas répondre, tout autant que je m’abstiendrai de commenter les invitations et annonces à venir maculer après inauguration les intestins, si ce n’est en faisant un rappelle à la Loi, (quoique là on pourrait justifier l’acte sous couverture d’une performance artistique qui vaut bien une orange qui rebondit dans un mur au Grand Café en 2009).

    Les réseaux sociaux s’agitent on le voit, avec certes de l’humour, mais la polémique est réelle, elle enfle, et une fois de plus elle a dépassé les limites des petits cercles culturels et patrimoniaux nazairiens. Le Non-nazairien face à cette vague de protestation demande « pourquoi les Nazairiens n’ont pas fait une pétions ou envoyé des courriers à la Mairie pour protester ? » Cette réponse est triste et humiliante pour les Nazairiens : il est trop tard pour une pétition et il était trop tard pour la faire quand on informa le public de la création de l’œuvre. Développons cette réponse en faisant l’historique de l’information de la mise en place du projet : le chantier a débuté en octobre, et c'est au lancement de ce chantier que la population fut informée de l’implantation de l’œuvre par la municipalité le 9 octobre 2020[2] ; Le Voyage à Nantes ne communiqua qu’après coup sur son site avec publication de la vidéo du 12 octobre 2020 réalisée par Saint-Nazaire Agglomération[3]. Il n'y a aucun article de presse qui mentionne avant l’annonce municipale à propos du projet. Cherchez sur Google en calibrant votre recherche par date et mots clefs, vous ne trouverez rien. Il n'y a pas eu de concertation avec la population, car c'est une concertation de l'organisme " Voyage à Nantes" avec la Région, la DRAC des Pays de la Loire (c’est-à-dire l’Etat dans le cadre du dispositif de la commande publique du Ministère de la Culture), le Département des Pays de la Loire, Saint-Nazaire agglomération, et enfin la Ville, ajoutez à cela le Grand-Port qui est responsable du site, et tirez en les conclusions qui vous semblent les plus probables, mais retenez cependant que la ville a versé 60.000 € sur les 754.000 € que coute l’ensemble, (le Département a donné 100.000 €, l’Union européenne à aussi cofinancé, mais le montant n’a pas été communiqué à la presse, et aussi l’Etat via la DRAC pour un montant non communiqué). Sommes que beaucoup jugent indécente dans le contexte actuel, alors que le Ville a à procéder à des restaurations, des mises en place de projets, avec un budget culturel que la Covid19 a totalement écorné. (Là, j’entends déjà l’indignation sans autre argumentation « qu'il s'agit là d'une attaque directe de détracteur de l'art contemporain »[4], de la part du sérail.)

    Communiquer, c’est ici le verbe qui résume tout, et explique l’agacement des Nazairiens : le manque de communication municipale, la mauvaise communication municipale.

    Les Nazairiens pourront demander à leurs élus, à la Ville, « pourquoi ? », ils leurs sera très probablement répondu « la Ville à toute légitimité à », c’est en effet la grande réponse à tout pour ne pas avoir à s’expliquer, à s’excuser des décisions prisent au présent ou antérieurement mais qui se concrétise qu’aujourd’hui sans que personne n’ait aucun contrôle sur le dossier.

    Soyons honnête, quand le projet fut annoncé aux habitants par la Ville, des élus et des cadres municipaux m’ont signifié « en off » qu’ils désapprouvaient l’œuvre, jugeant l’intestin répugnant, le pull planté droit ridicule, et le pied non pertinent.

    La pertinence, autant que l’esthétique, les Nazairiens ont la capacité d’en avoir opinion ; on priera donc pour les huiles des vendeurs de projets d’arts contemporains de ne pas nous servir leurs vides blablas habituels en nov’langue mêlé d’anglais de Dora l’Exploratrice ponctué de références sorties de leur contexte et de faire insulte à nos intelligences et instructions.

    Jugeons en effet la pertinence de l’œuvre : Elle n’en a pas.

    Détaillons ces morceaux :

    • Le pied n’est pas innovant, c’est un grand classique du genre, qui s’inscrit certes dans l’imaginaire collectif du colosse disparu, qu’il soit de Rhode ou de la Planet des Singes. Il n’a qu’un effet médiocre car il est trop petit pour qu’on puisse le juger comme monumental, bref ce pied ne va pas loin.
    • Le pull aurait pu s’inscrire dans le paysage s’il avait été couché dans l’eau, il aurait alors évoqué un vêtement dont on se libère pour les joies de la baignade, mais il n’est finalement qu’un gros torse sans tête planté droit.
    • Le « système digestif », comment dire ? Avez-vous déjà assisté à l’exécution d’un cochon à la ferme, à une curée chaude en fin de chasse à courre, ou à une fête de l’Aïd ? Un accident de moto peut-être ? Personnellement il me vient à la mémoire des lignes du Guépard de Lampedusa quand le cadavre d’un soldat est trouvé dans le jardin de la villa du prince Salina : « Sous les bandoulières, les intestins violets avaient formé une mare. C’était Russo, le gardien, qui avaient découvert le corps brisé. […] Puis, avec une inquiétante dextérité, il avait renforcé les entrailles dans la déchirure du ventre à l’aide d’une branche […] ».

    La matière, le béton, revient plusieurs fois dans les messages. Je laisse ici le co-artiste-auteur de l’œuvre, Grégory Gicquel, s’exprimer sur ce choix en reproduisant ce qui a été publié le 9 octobre 2020 sur le site municipal : « Quand le Voyage à Nantes nous a proposé ce lieu, cette crique à la sortie du port, on a tout de suite eu un questionnement sur la taille de nos sculptures. On est au bord de la mer avec des infrastructures gigantesques. Le béton est très présent à Saint-Nazaire également. C’est une matière qu’on avait déjà travaillée. On a donc pensé à ça car il y avait des solutions techniques pour travailler à grande échelle avec du béton. On n’avait jamais réalisé des pièces aussi grandes avec cette matière »[5] . Bref Saint-Nazaire c’est du béton, alors un peu plus, un peu moins, personne n’y trouvera à redire ? Et après on sera surpris que les Nazairiens explosent de colère !

     

    Les Nazairiens auraient pu espérer que la municipalité communique avec son Conseil du Patrimoine, mis en place dans le cadre du Label Ville et Pays d’Arts et d’Histoire, mais cela relevant d’une décision antérieure à l’obtention du Label, autant qu’à une organisation totalement indépendante et régie par ces conventions antérieures à 2007 et 2011, (Le Voyage à Nantes étant entre autres depuis 2011 la succession des Biennale/festival Estuaire), et la municipalité dans une certaine mesure, attendu qu’elle est ici acculée à suivre par contrat une convention où elle n’est pas seule à décider. Ajouté que la Covid19 met un couvercle sur une bonne part du système démocratique et que la communication municipale est défaillante et maladroite, (ce qui est très visible depuis septembre), vous comprenez maintenant pourquoi il y a un sentiment négatif qui enfle de façon générale envers tout ce qui concerne le volet culturel de la politique municipale. La ville à 20 ans de retard dans ses méthodes de communication, cela dans un contexte politique, sociale et sanitaire où l'on s'aperçoit que les trois quart des élus locaux, qu'ils soient municipaux ou départementaux, n'ont pas compris que le monde à changé en peu de temps, trop bercés qu'ils sont par un Elysée qui se croit encore en avril 1968 et s'autorise des relents de 1940 en donnant des leçons de démocratie aux autres. Peut-on s'étonner que les gens hurlent et vocifèrent ensuite pour la moindre chose et qu'une banal histoire de sculpture les fasse réagir avec des mots lourds ? Cela ne laisse pas au tissu associatif et à la société civile la possibilité de tenir en constance un discours positif. On vient à manquer d'argument pour.

     

    A titre personnel, j’avoue être habitué à ce que les choix d’acquisition d’œuvre se fasse par les collectivités depuis cent-cinquante ans sur appréciation d’un comité, sans consultation de la population, mais je suis pour que cela change. Quant à la présentation de l’œuvre comme étant à rapprocher d’un géant qui aurait semé des souvenirs de lui, (on a cherché une vision poétique à ce truc qui jusqu’à présent n’est pas une évidence dans ce qu’en disent les deux co-auteurs), outre que son démembrement sur un lieu de drame me révolte et me soulève l’estomac, j’aurai aimé qu’il s’inscrive dans l’esprit de deux vers du poème turc « Merveilleux vagabond » (« Şahane Serseri »), d'Attila İlhan : « J'ai aimé comme les enfants, j'ai souffert comme les géants, Tous les vents du monde sont dans mes veines », (« Çocuklar gibi sevdim, devler gibi ıstırab çektim, Damarlarımda dünyanın bütün rüzgarları »). Nous en sommes hélas trop loin de la poésie pour que je puisse avoir un regard positif sur cette réalisation.

     

     

    [1] https://l.facebook.com/l.php?u=https%3A%2F%2Furlz.fr%2FemSb&h=AT3CC3INdozC-ztDxbTHedz1ClNE_TtBSOrh1NEQ3OdkKOWKYoIyY-XGAwwHjo6NzbfNJdBPu_qLbA3cJILH8oGwuF93Y64esSk7ctSZIYsPQcNRvRjuhIEqhUXUBkuw9zTmLhS_jVVKqORl1g&s=1

    [2] https://www.saintnazaire.fr/actus/art-contemporain-une-troisieme-oeuvre-d-estuaire-dans-le-port-19524#:~:text=Baptis%C3%A9e%20Le%20Pied%2C%20le%20Pull,par%20Gilles%20Cl%C3%A9ment%20sur%20le

    [3] https://www.estuaire.info/fr/oeuvre/le-pied-le-pull-over-et-le-systeme-digestif/

    [4] Nous reprenons ici une réponse fait part Le Grand Café en 2010 à propos des choix d’exposition : http://www.saintnazaire-infos.fr/guillaume-leblon-au-grand-cafe-oeuvres-d-art-ou-gaspillage-indecent-26-31-178.html?fbclid=IwAR1TN_AO8rc3pvouhsq1WJw7xD-2TGEV9IDrpjU_fRYhCANJr6EHfM2AbYI

    [5] https://www.saintnazaire.fr/actus/art-contemporain-une-troisieme-oeuvre-d-estuaire-dans-le-port-19524#:~:text=Baptis%C3%A9e%20Le%20Pied%2C%20le%20Pull,par%20Gilles%20Cl%C3%A9ment%20sur%20le