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Inventaire du patrimoine bâtî nazairien

Ce samedi 27 avril au Garage se tiendra une journée « d’ateliers-découverte animés », consacrée à l’Inventaire du patrimoine nazairien, essentiellement celui du bâti[1].

 

⦁ 10h00-12h30 : Accueil et Ateliers de l’Inventaire

⦁ 14h00-15h30 : l’Enquête Patrimoine : (ateliers et sortie sur le terrain)

⦁ 15h30-16h30 : analyse et bilan de l’Enquête Patrimoine

 

Depuis 2015, madame Stéphanie Le Lu, chargée de l'inventaire du Patrimoine pour la ville de Saint-Nazaire, arpente notre cité à la recherche des éléments patrimoniaux. Si sa nomination fut l’objet d’un article de Ouest-France en mars 2015, il est dommage que la municipalité n’ait pas mieux communiqué à propos de ce beau projet qui est devenu en deux semaines la découverte soudaine chez les passionnés de Saint-Nazaire et de son histoire, autant que pour ceux qui sont en capacité de la raconter et de corriger les erreurs que l’on voit dans les publications officielles, (que de choses fausses sur les pages nazairiennes de l’inventaire du patrimoine balnéaire réalisé par la région Pays de Loire qui n’a jamais rien corrigé malgré les courriels adressés !). Ce manque de communication est fort regrettable car maintenant que madame Le Lu va présenter son travail, nous lui tomberons dessus un peu comme des inspecteurs des travaux finis, ce qui sera probablement désagréable autant pour elle que pour nous qui pourtant ne pensons pas à mal.

 

 

À l’heure du grand émoi causé par l’incendie de la cathédrale Notre Dame de Paris, la question du patrimoine bâti nazairien va en énerver beaucoup. On a vu, le 3 avril, la mise en place d’une pétition contre le projet de construction d’une structure à façades de verre dans la cour de l’ancienne Usine élévatoire. Insistons ici sur le fait que c’est cette nouvelle construction qui dérange les signataires, (j'écris bien les signataires), et non comme l’a laissé entendre L’éco de la Presqu’île une opposition à une implantation hôtelière. Ce nouveau bâtiment est autant discutable par ses dimensions, que par son aspect inesthétique pour un établissement qui espère attirer une clientèle ayant les moyens d’un certain art de vivre. Et l’on ne peut que douté de son vieillissement face aux réalités de l’environnement marin, autant que l’on peut se demander dans ce cas pourquoi avoir empêcher les propriétaires d’une maison qui surplombe l’Usine de procéder à une isolation par l’extérieur de leur façade, sans intérêt esthétique autant que patrimoniale, sous le prétexte qu’on avait pas rasé au moment du déblaiement ce bâtiment transformé en café pour les ouvriers alors qu’on a pas eu de scrupule de le faire à l’époque avec d’autres mitoyens qui remontaient parfois au 15ème siècle. Même les plus acharnés de la défense du patrimoine nazairien en sont restés interloqués.

Ajoutons que contrairement à ce qu’il a été dit ici où là, et qui circule en ville, le site n’appartient pas à la municipalité. C’est la propriété du Grand Port Maritime de Nantes-Saint-Nazaire. La Mairie est limitée dans son champ d’action, et ne peut que donner des recommandations et exprimer des préférences, autrement cela ferait déjà longtemps que le Conseil aurait œuvré pour en faire un pôle touristique et muséal.

Cependant on ne peut pas transformer tout en musée, c’est impossible, même si nombre de Nazairiennes aurait voulu que l’on fasse quelque chose dans l’esprit de la Centrale Montemartini à Rome, où vestiges antiques ont été associés aux machineries début 20ème. Le projet qui avait été envisagé par le Conseil régional des Pays de la Loire d'y créer un « centre d’interprétation et de valorisation de l’estuaire de la Loire », était sans avenir, nous aurions eu encore un truc qui coûte de l’argent et où personne ne serait allé, et tout le monde aurait ronchonné. Les musées peinent à faire venir des visiteurs, une exposition temporaire coûte énormément, tout comme l’entretient des œuvres d’une exposition permanente pèse sur un budget.

Un bâtiment a besoin d’une destination, tout comme une ville a besoin de se développer et de s’adapter en permanence aux besoins de ses habitants.

J’entends les Nazairiens qui se plaignent du manque de protection accordé à ces demeures privées par la Mairie qui accorde des permis de démolir sans que l’on ait le sentiment que les responsables soient allés faire un tour sur place pour voir ce qu’ils vont laisser être remplacé par un phalanstère cage à lapin baulois ou cube. Cette architecture cube déplaît fortement à la population, c’est un fait, mais elle n’est pas une spécifié nazairienne, elle est en réalité une mode française que l’on retrouve partout en hexagone, que ce soit en Bretagne, à Montpellier, en banlieue Parisienne ou même à Chartres. C’est un fait, les sociétés de construction comme Legendre-Ouest, dont les bureaux sont à Nantes, construisent partout en France les mêmes cubes blancs à toit plat, et tant pis si cela n’est pas adapté au climat et que l’eau y stagne. Cet espéranto architectural qui désespérait Cocteau, existe depuis des siècles, car il suit les modes, mais il est depuis l’industrialisation du Second-Empire épidémique. Ces maisons à arêtes de briques que nous trouvons charmantes étaient les cubes de la IIIe République. On en vient donc à se demander : qu’est-ce que le patrimoine architectural ?

Dans une ville comme Saint-Nazaire, où le centre fut ravagé par les bombes à 72%, (chiffres de l’État), et que la reconstruction a augmenté à 85% pour des raisons de réaménagement, (élargissement de rue, destruction volontaire pour un agrandissement du port qui n’a finalement pas été réalisé), dans une ville comme Saint-Nazaire, donc, le patrimoine est ce qui est à la fois la survivance d’avant la Catastrophe de 1943, que la cohérence urbaine de la Reconstruction.

Combien de fois ai-je entendu des gens de la génération de mes parents débarquer dans notre ville et dire que c’est « stalinien » ? Trop ! Beaucoup trop, et il me faut à chaque fois toute la contenance de mon éducation pour retenir mon sang nazairien qui me donne envie de coller un baigne à l’impudent accompagné d’un cortège d’insultes. Saint-Nazaire n’est pas reconstruite dans les goûts du Régime soviétique, allez voir Moscou, la périphérie de Saint-Pétersbourg, Chișinău. Non, Saint-Nazaire a été reconstruite suivant des plans établis dès 1943, en suivant le gout de l’époque, et qui étaient ceux aimés par les régimes fascistes. Il suffit de sa balader dans la banlieue de Rome, et sur la côte romaine, entre Sabaudia et Torvaianica, et ensuite de comparer aux immeubles des avenues de la République et du Général de Gaulle pour en prendre conscience. Bon, je vous l’accorde, la référence est dérangeante, mais rassurez-vous, les constructions de l’entre-deux-guerres par Mallet-Stevens et Le Corbusier, et même par les nazairiens Seiz Breur avaient eux aussi les codes esthétiques adoré par Mussolini. C’est la réalité du goût d’une époque.

Le résultat est cependant esthétique, cela vaut bien l’uniformité architectural haussmannienne, et ceux qui ont aujourd’hui moins de 30 ans trouvent plein de qualités à ces façades.

Il faut admettre que notre patrimoine est à la fois ce qui là depuis toujours, notre toujours humain, c'est-à-dire une centaine d’années, comme le disait Lampedusa en réduisant malgré lui les affirmations de Léonard de Vinci, et aussi ce que nous trouvons esthétique, ce qui est une valeur fluctuante. L’ancienne gare était considérée comme une verrue par la génération de mes grands-parents qui n’y voyait que les restes d’une structure utilitaire réalisée sans brio dans des matériaux friables. Or, depuis, on s’est beaucoup affairé à en protéger les vestiges, à retrouver les deux mauvaises copies de Michel-Ange qui en avait été démontés de la façade. Ces murs mitées, réemplâtrées pour poser des visseries même pas sur mesure, les Nazairiens ne pourraient plus vivre sans elles. Cette ancienne gare est devenue comme l’Immeuble Barakat de Beyrouth, (surnommé par les Européens « maison jaune »), un symbole de ce qu’a subi la ville, non par la guerre, car en dehors des vitrages elle était encore intacte à la Libération, mais du choix de faire table rase d’un passé douloureux par les générations précédentes. Et je comprends aujourd’hui les jeunes ménages qui s’efforcent d’arracher les moquettes 1980’ collé sur les parquets 1950’ et les faïences marron-beurk pour retrouver les petits carreaux de ciment jaune ou rouge, tout comme je comprends ces passionnés de patrimoine qui rétablissent des décors 19èmes dans les villas de la corniche nazairiennes éprouvée par les modes des années 1960’&70’.

Notre ville a été bien reconstruite, même si à un moment l’État a arrêté de financer la reconstruction des immeubles publics, ce qui explique que l’on a des bâtiments très agréables visuellement comme ceux de l’École élémentaire Jean Jaurès, et d’autres franchement repoussants mais que la Municipalité se retrouva seule à financer en urgence. Il en va de même pour les immeubles privés qui subirent les tractations des indemnités de guerre et de la spéculation de la Reconstruction. Ajoutez à cela le poids de la culture ouvrière qui a interdit durant des décennies d’avoir la fantaisie d’un pot de géranium à la fenêtre ou de volet d’une autre couleur que le blanc, cela n’a pas poussé les particuliers à oser comme leurs prédécesseurs, (voyez la diversité du quartier autour du Jardin des Plantes et les cartes postales anciennes de Saint-Nazaire).

 

Vient aussi le patrimoine défini comme tel par les autorités. Peu de choses sont classées au titre des Monuments historiques dans notre ville : des sites mégalithiques, (dont le dolmen qui fut en 2012 l’objet d’une des nombreuses polémiques et aberrations de la fin de règne du maire précédent), quelques calvaires ignorés dans les buissons et qui attendent encore, malgré les alertes, qu’on les restaure, deux éléments maritimes au milieu des flots… La base sou marine n’est pas classée, contrairement à ce que croient les gens ; le label patrimoine du XXème siècle n’est qu’une étiquette pour désigner un élément touristique, mais il n’offre aucune protection. Au demeurant, la base a tellement été transformée qu’elle ne peut plus faire l’objet d’un classement. Il en va de même pour le recensement du patrimoine balnéaire, c’est uniquement une mise ne lumière dans le cadre d’un inventaire, et cela n’a pas empêché la destruction, il y a trois ans à La Baule, d’une villa du front d’océan. L’État a longtemps limité la protection au titre des monuments historique presque uniquement à ce qui était antérieur à 1815. Les sites fouilles archéologiques ne furent aussi intéressantes aux yeux du législateur que quand c’était un trou de poteau « gaulois » ou un mur « romain », au mieux une muraille médiévale. L’étude d’une fosse 17ème, qui pourtant nous permet de comprendre la vie de nos prédécesseurs, est encore reçu tièdement, surtout quand il y a un immeuble à livrer. Pourtant au niveau du patrimoine bâti, il y a eu de grandes évolutions sur les critères de l’État.

Peu de choses sont classées au titre de Monuments Historiques à Saint-Nazaire. Pourtant nous avons des bâtiments privés qui mériteraient que leurs propriétaires fassent quelques démarches pour les protéger, et même pour bénéficier d’avantages fiscaux. Que l’on ne me réponde pas qu’un bâtiment classé est contraignant pour un privé. C’est faux ! On vous demandera de ne pas le laisser tomber en ruine, de ne pas peindre sa façade en rose à rayures vertes, de ne pas faire passer une colonne d’eau usagée au milieu du salon, ou de remplacer les visseries en bois par du pvc. On me dira aussi que cela peut être cependant contraignant pour les voisins d’un élément classé car ils ne sont plus libres de modifier leur façade comme ils le veulent. Je réponds que l’on ne peut pas modifier sa façade comme on le veut, tout répond à des normes d’urbanise définis par la mairie, même si beaucoup de municipalité se cachent derrière le prétexte du classement au lieu d’assumer sa politique urbaine.

 

On l’ignore généralement, mais les villes ont toutes une liste de constructions qu’elles désirent préserver. On ne peut ainsi modifier à Saint-Nazaire les immeubles de l’avenue de la République, ou de la place François Blancho, les demeures qui donnent directement sur l’océan. Même changer vos barrières de jardin dans une rue oubliée relève de normes municipales définies par le Plan Local d’Urbanisme (PLU), et doit faire l’objet d’une déclaration.

 

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Extrait du cahier de prescriptions des clôtures de la mairie de Saint-Nazaire

( http://www.saintnazaire.fr/fileadmin/Saint-Nazaire/01.Demarches_infos-pratiques/Urbanisme/201703_cahier-prescriptions-clotures.pdf )

 

J’entends des Nazairiens dirent que l’initiative de monsieur Samzun de faire répertorier les bâtiments intéressants de la commune arrive trop tard. Mais il fallait bien que cela commence un jour, et au moins cela a été entrepris, saluons donc l’entreprise.

J’entends aussi crier qu’à côté de ce relevé, il a été accordé depuis 2015 la destruction ou la modification de bâtiments qui avaient une valeur aux yeux des Nazairiens. Oui, je suis peiné moi aussi qu’on ait laissé à la spéculation la ferme de Kerlédé, et d’autres demeures du la route de la Côte d’Amour faire place à des immeubles inesthétiques construit sur des parcelles si petites qu’il en ressort des choses ridicules et étriquées qui agressent le regard. ̶J̶e̶ ̶s̶u̶i̶s̶ ̶n̶a̶v̶r̶é̶ ̶d̶e̶ ̶v̶o̶i̶r̶ ̶q̶u̶’̶o̶n̶ ̶v̶a̶ ̶d̶e̶ ̶c̶e̶t̶t̶e̶ ̶m̶a̶n̶i̶è̶r̶e̶ ̶f̶a̶i̶r̶e̶ ̶d̶i̶s̶p̶a̶r̶a̶î̶t̶r̶e̶  RECTIFICATION DU TEXTE LE 23 AVRIL 2019 : Contrairement à ce qui m'avait été communiqué, la villa art-déco « Mektoub » réalisée pour un nazairien qui avait été en poste à İstanbul durant l'occupation de Constantinople par les troupes françaises, britanniques et italiennes, de novembre 1918 à octobre 1923, ne sera pas détruite.

Mademoiselle Stéphanie Le Lu, chargée d’études Inventaire du Patrimoine, à la Direction de la Culture à la Ville de Saint-Nazaire, m’a écrit ce jour à propos de la villa Mektoub : « Je l’ai repérée au titre de l’Inventaire dès l’instant où je l’ai vue. Je l’ai présentée à de nombreuses reprises aux élus pour les alerter sur son intérêt patrimonial. […] la maison ne fait pas l’objet d’un permis de destruction. […] Effectivement, un collectif sera prochainement construit mais uniquement sur une partie de la parcelle. La maison sera préservée. »

Je suis heureux de pouvoir communiquer aux lecteurs que cette maison restera. Elle a des proportions et une architecture aux emprunts islamiques qui s’inscrivent dans le paysage, (elle est aussi un cube),qu’elle comporte sur sa façade le mot « Mektoub » en calligraphie ottomane, écriture disparue avec la réforme d’Atatürk, et non en arabe classique. Cette calligraphie faite dans l’enduit est la seul à ma connaissance en France. FIN DE RECTIFICATION DU TEXTE LE 23 AVRIL 2019.

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La calligraphie ottomane de la villa « Mektoub » au 37 rue de la Vecquerie

 

Le jardin si agréable de la villa va disparaître, réduisant encore un peu plus la verdure dans l’agglomération en étouffant plus encore Porcé. Il faut aussi tenir compte que notre patrimoine est aussi les espaces vert municipaux et privés.

 

 

Saint-Nazaire est un sujet compliqué. Mais encore une fois je salue les efforts de la municipalité actuelle, et souhaite à madame Le Lu que son travail reçoive un écho positif autant auprès du Conseil que parmi la population.

 

[1] Plus d’information à ce sujet ici : https://legaragesaintnazaire.com/2019/03/27/27-avril-2019-les-enquetes-patrimoine-de-saint-nazaire-au-garage/

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